ATTENTION ceci est le second chapitre d'une double-update. Assurez-vous que vous avez bien lu le précédent !
— Hitomi-nee !
Un rire qui ressemblait un peu à un sanglot échappa à Hitomi tandis que Naruto la broyait dans son étreinte. Elle se sentait presque saturée de sensations – envahie par son toucher trop franc, son odeur si particulière, le tonnerre du cœur qui battait dans sa poitrine – mais elle n'aurait brisé cette étreinte pour rien au monde. Il était bien plus grand qu'elle à présent, si bien qu'elle avait l'oreille contre son pectoral et se sentait disparaître dans ses bras. Jiraiya se trouvait deux pas derrière son élève, pratiquement oublié.
— Tu m'as tellement manqué… Pourquoi tu ne m'as pas dit que tu rentrais ? Maman est en mission et…
Sa voix, où perçaient des accents presque hystériques, mourut dans sa gorge quand il lui offrir son sourire tendre, solaire.
— Je voulais te faire la surprise, Hitomi-nee. Je sais que Maman n'est pas à la maison. Tu me l'as dit dans ta dernière lettre, tu te souviens ?
Elle acquiesça puis réussit à s'éloigner d'un pas et saluer Jiraiya d'un léger mouvement de menton. Elle n'avait pas envie de détourner le regard de son frère, de quitter la chaleur corporelle qu'il émettait comme un astre miniature, mais Kurenai lui avait appris à montrer un certain respect à ses aînés – à ceux qui le méritaient en tout cas.
— Jiraiya-sama. Je vais ramener Naruto à la maison, mais vous pouvez venir, si vous voulez.
— C'est gentil, gamine, mais Tsunade-hime m'attend, et tu sais comment elle peut être quand on la fait attendre, non ?
Oui, elle savait… Et elle se sentait un peu soulagée que l'ermite la laisse seule avec son frère. Ensui seul se trouvait à la maison. Il serait ravi de revoir Naruto, elle n'en doutait pas un seul instant. Un frisson glacé lui courut le long de la colonne vertébrale, elle ferma les yeux pour l'encaisser. Naruto était de retour – cela signifiait que cette nuit, Suna serait attaquée. Heureusement, elle était prête. Son plan pour Deidara était simplissime, mais elle ne pouvait empêcher son estomac de se contracter douloureusement à la simple idée de l'affronter. Était-il aussi redoutable que Sasori, ou pire encore ?
— Je ne sais pas ce que tu avais prévu de manger ce soir, Hitomi-nee, mais ça fait trois ans que je n'ai pas cuisiné. Tu peux me laisser m'en occuper ?
La voix enthousiaste et tendre de Naruto la tira de ses pensées. Elle battit des paupières, réalisa qu'il avait commencé à l'attirer vers les terres Nara et répondit d'un petit rire :
— N'importe qui, en revenant d'un voyage de trois ans, serait pressé de mettre les pieds sous la table et laisser les autres s'affairer autour de lui. Et toi tu as hâte de cuisiner ?
— Que veux-tu ? Je suis exceptionnel !
Ils continuèrent de discuter sur ce ton jusqu'à franchir le portail qui séparait les terres Nara du reste du village. Les deux gardes saluèrent Naruto, sincèrement heureux de le voir de retour. Ici, personne ne le méprisait pour le crime d'être un jinchûriki ; les Nara suivaient l'exemple de leur chef, qui avait toujours traité le jeune blond avec respect et douceur, d'autant plus depuis qu'il faisait partie de sa famille par adoption.
— Kakashi-sensei a prévu de venir dîner à la maison aussi. Il a travaillé sur un projet avec moi ces derniers jours. Je t'en parlerai quand on sera bien installés.
Elle déverrouilla la porte d'entrée et le laissa passer d'abord. Ses anciens chaussons étaient trop petits pour lui, ainsi que le reste de sa garde-robe – comme Hitomi l'avait fait à son retour, il devrait s'accorder une journée de shopping intensif pour tout remplacer. En attendant, il enfila une paire de pantoufles dédiées aux invités qui lui allait plus ou moins.
— Eh bien, regardez qui voilà. J'ai cru que tu étais tombé amoureux des voyages et ne reviendrais jamais, gamin.
— Ensui-san !
L'homme sourit si largement que des pattes d'oie se creusèrent aux coins de ses yeux et étreignit l'adolescent pendant quelques instants avant de le tenir à longueur de bras afin de le dévisager. Naruto et Sasuke n'avaient jamais été aussi proches d'Ensui qu'Hitomi – un tel lien ne pouvait être reproduit – mais ils s'étaient appréciés tous les trois, jadis.
— Tu as bien grandi, Naruto-kun. Et tu es plus puissant aussi, hm ? Je le sens dans ton chakra.
Le regard de Naruto se teignit d'une forme de réserve qui éveilla la méfiance d'Hitomi. Il avait eu le même genre d'expression au début de leur amitié, des années plus tôt, quand il pensait encore qu'elle allait cesser de l'aimer en apprenant que Kyûbi était scellé en lui. Cependant, Ensui avait raison : même si sa signature était identique à ce qu'Hitomi connaissait, son chakra circulait avec moins d'agressivité dans ses méridiens.
— J-j'ai travaillé avec Jiraiya-shishou ! Ça fait partie des choses que je voulais te raconter en personne, Hitomi-nee.
Elle acquiesça en signe de compréhension. L'écriture était son hobby, pas celui de Naruto, qui n'avait jamais réussi à développer une véritable aisance avec les carnets communicants. La dyslexie jamais diagnostiquée n'avait sans doute pas aidé le jeune homme à prendre plaisir à lire ou écrire. Elle laissa tomber le sujet et enjoignit d'un regard ferme son maître à faire de même, puis accompagna Naruto jusqu'à la cuisine. Trente minutes plus tard, ils étaient attablés tous les trois et commençaient à manger. Hitomi enfournait une bouchée de ramen quand Kakashi apparut dans l'encadrement de la porte à l'aide de son Shunshin.
— Sensei, vous mettez des feuilles mortes partout ! Qu'est-ce que ça vous aurait coûté de frapper à la porte comme tout le monde ?
Kakashi écarquilla son seul œil visible et prit une inspiration choquée – et avant même qu'il ouvre la bouche, Hitomi sut comment il allait répondre.
— Mais enfin, Hitomi-chan, si j'avais fait ça, je ne serais pas encore là, et je serais encore plus en retard ! C'est toi qui menaces toujours de me jeter ta mère à la figure si je ne suis pas assez ponctuel à ton goût !
— Bonsoir, Kakashi-sensei ! lança Naruto autour de sa bouchée de nouilles.
— Ah, Naruto-kun, enfin de retour ! Protège-moi de ta sœur diabolique, puisqu'elle est impossible à satisfaire !
— Pfeuh, hors de question. Je ne suis pas assez stupide pour me mettre Hitomi-nee à dos.
— Vous êtes tous tellement méchants dans cette maison, se lamenta Kakashi en tombant dramatiquement à genoux.
Ce fut trop pour Ensui : la gorgée de bouillon qu'il essayait d'avaler lui ressortit par le nez tandis qu'il s'effondrait à côté de son bol, secoué d'un rire presque hystérique. Les joues douloureuses de sourire si largement, Hitomi contempla le chaos domestique qui avait interrompu le repas. Il fallut presque dix minutes pour calmer Ensui, réconforter Kakashi et l'installer à table devant son propre bol – heureusement, Naruto aida un peu, quand il n'était pas occupé à raconter ses aventures au sensei. La jeune femme nota qu'il évitait soigneusement d'aborder le sujet de Kumogakure. Était-ce lié aux réserves qu'il avait montrées plus tôt ? Elle voulait savoir.
— J-j'ai commencé à parler à Kurama, au Kyûbi, avoua Naruto d'une petite voix une heure plus tard.
Il était assis sur le lit d'Hitomi, les jambes enlacées dans ses bras comme pour s'apporter une petite source de réconfort. Elle le regardait avec soin de son propre perchoir, la chaise de bureau. Savait-il combien d'informations il lui donnait par sa simple gestuelle ?
— C'était prévu, oui, je m'en souviens. Comment ça se passe ?
Le regard de Naruto fuit le sien et se riva au sol. Il avait honte. Craignait-il qu'elle se détourne de lui, dégoûtée par l'évidence qu'il était un jinchûriki ?
— Naruto, respire. J'étais au courant de la présence de Kyûbi en toi dès le début et j'ai choisi d'être ton amie sans que ce facteur entre en compte un seul instant. Si tu me dis que tu te rapproches de lui, alors je suis heureuse. Ca veut dire que ce n'est plus un ennemi mais un allié qui vit en toi.
Il releva la tête – son cœur se serra quand elle vit qu'il avait les larmes aux yeux. Elle détestait le voir aussi vulnérable, mais elle comprenait : Naruto portait ses émotions inscrites sur son visage, avec une sincérité presque douloureuse, et elle ne l'en aimait pas moins. Elle quitta son siège, s'assit sur le lit à côté de lui et lui enlaça les épaules, même s'il était devenu trop grand et trop musclé pour qu'elle puisse le faire confortablement.
— Alors, comment ça se passe avec Kyûbi ? Pardon, c'est Kurama, c'est ça ?
— Oui. Kurama est son prénom. Je crois que ça ne se passe pas trop mal… Je peux lui emprunter assez de pouvoir pour deux queues sans avoir mal, maintenant. Bee dit que c'est parce que nos chakras ont commencé à entrer en résonance. Plus, c'est encore compliqué, mais je médite tous les soirs pour lui parler un petit peu avant de m'endormir.
Elle était curieuse, elle devait l'avouer, de voir ce qu'il entendait par là. Elle doutait que ce soit possible, mais tout de même… La curiosité refusait de s'éteindre. Elle avait construit sa Bibliothèque très tôt dans son existence, l'avait chérie, restaurée après chaque traumatisme, décorée, améliorée. Elle se demandait si Naruto disposait de la patience, de la discipline et de la précision que cela lui avait demandé.
— C'est super, ça ! Tu deviens plus fort. J'en étais sûre, bien entendu : comme Ensui-shishou le disait, ça se sent. J'aimerais bien t'affronter à l'occasion, juste pour voir tout ce que Jiraiya t'a appris. Mais bon, d'abord, j'imagine que Kakashi-sensei va nous faire repasser le test des clochettes dès qu'il en aura l'occasion.
— C'est bien son genre, oui. Tu n'es pas encore capable de les lui prendre toute seule ?
— Ca va pas la tête ? C'est toujours l'un des meilleurs shinobi du village et moi, je suis Jônin depuis quelques mois à peine. Quand Père et lui m'entraînent, je ne suis même pas capable de les toucher.
Un petit silence ponctua cette déclaration, puis Naruto se plia jusqu'à ce que sa tête repose sur l'épaule d'Hitomi.
— Je suis vraiment content qu'il t'ait adoptée, tu sais. Tu le mérites.
— Ne sois pas triste, Naruto. Tu sais que tu fais partie de la famille. Il y a des adoptions dans tous les sens, après tout. Si on reste logique, Ensui-shishou est ton père à toi aussi.
L'adolescent eut un petit rire à cette idée, qui sembla suffire à lui rendre courage. Il se redressa et s'étira avec soin avant de quitter le lit. Elle savait qu'il était l'heure pour lui d'aller ranger ses affaires dans sa chambre, qui n'avait été touchée que pour la nettoyer pendant son absence, mais elle n'avait pas envie qu'il parte.
— Bonne nuit, Naruto. Je viendrai peut-être te réveiller à pas d'heure demain matin, comme au bon vieux temps.
— Pfeuh, tu ne me laisserais même pas une nuit de bonheur et d'innocence ? C'est trop injuste !
Elle éclata d'un rire sauvage et il la regarda avec une tendresse toute fraternelle avant de quitter la chambre. Dès qu'il eut fermé la porte derrière lui, elle s'assombrit à nouveau. Elle avait bien des choses à faire si elle voulait être prête pour les évènements qui se produiraient cette nuit. Elle s'installa à nouveau devant son bureau, répondit au message d'Itachi qui la prévenait du départ de Sasori et Deidara en direction de Suna, espérant que le déserteur ne remarquerait pas le très léger tremblement qui troublait son écriture, et se mit au travail.
Il ne lui fallut que quelques minutes pour sélectionner les kunai qu'elle utiliserait, les marquer d'une balise et les enfermer dans la paume de sa main. Elle priait pour que Gaara reconnaisse la cape noire marquée de nuages rouges, priait pour qu'il n'essaye pas de la placer hors de danger. Elle, elle avait promis de ne pas arriver seule s'il l'appelait à l'aide. Prise d'une inspiration soudaine, elle sortit de sa chambre et retrouva Kakashi et Ensui, qui discutaient d'un programme d'entraînement au salon.
— Kakashi-sensei, restez pour la nuit, s'il vous plaît. J'aimerais mêler Naruto à l'entraînement et lui montrer les améliorations qu'on a faites au salut du soleil et je préférerais que vous vous occupiez de lui pour ça.
C'était une piètre excuse, mais Kakashi vit à l'étincelle frénétique dans son regard que quelque chose se préparait. Il ne savait pas, lui, qu'elle était en contact avec Itachi. Ensui posa les yeux sur elle – elle confirma d'un subtil hochement de tête qu'elle était effrayée, qu'elle savait quelle menace se dessinait à l'horizon. Son père, béni soit-il, décida de la soutenir et posa un bras sur les épaules de Kakashi.
— Hitomi a raison, tu devrais passer la nuit ici. On discutera des gamins jusqu'au milieu de la nuit, et puis on parlera de ton mariage avec Gai, hm ?
Cela eut le mérite d'attirer l'attention de Kakashi.
— M-mariage ?
— Mais oui ! C'est ce qu'on fait après s'être fiancé en général, tu sais. Et, le connaissant, ça lui fera très plaisir que tu viennes le voir avec des idées pour organiser votre mariage. Tu as envie de faire plaisir à Gai, Kakashi, pas vrai ?
Une étincelle rêveuse traversa brièvement le regard du professeur, qui opina frénétiquement du chef. Avec un frisson, Hitomi se replia dans sa chambre. Elle n'avait pas envie de savoir ce qui se cachait derrière cette expression extatique, ce désir de plaire. Elle n'était pas assez innocente pour ignorer ce que Kakashi et son fiancé faisaient quand ils se retrouvaient, loin sans fallait, mais elle n'avait pas besoin des détails.
— Bon, maintenant que c'est réglé…
Elle envoya un message à Gaara pour l'avertir de la menace qui approchait, lui rappeler de l'invoquer via le sceau qu'elle lui avait offert si nécessaire. Elle avait peur et se sentait encore impuissante, mais cela changerait. Cela changerait à l'instant où elle apparaîtrait à Suna. Avec un soupir, elle s'assit en seiza à côté de son lit, ferma les yeux et plongea dans une transe légère, s'enfonçant dans sa Bibliothèque pour inspecter ses réparations. Son esprit ne risquait plus de s'autodétruire, comme ç'avait été le cas après l'annonce de la mort de Sai. Elle était… Stable.
Soudain, elle sentit un tiraillement sur ses méridiens, la plus subtile étincelle de chakra qui lui rappelait le Désert et le soleil. Elle rouvrit les yeux : la nuit était bien installée sur Konoha à présent, l'aube rien de plus encore qu'une faible évocation sous l'horizon. Elle se leva, alla dans la chambre de Naruto et le secoua légèrement, le tirant du sommeil en quelques secondes à peine. Il avait l'air perdu, comme si le fait de ne pas dormir dans son lit pendant trois ans lui avait fait perdre confort et familiarité.
— Naruto, Gaara a appelé à l'aide. Tu veux venir ?
Il se leva d'un bond, s'emmêlant les pieds dans son édredon.
— Bien sûr que je veux venir !
— D'accord. Prépare-toi, on part dans deux minutes, juste le temps de réveiller Père et Kakashi-sensei. Retrouve-nous en bas.
Elle n'essaya pas d'adoucir sa voix ou de le rassurer ; elle n'avait pas le temps pour ça. Il ne lui fallut que la moitié du temps annoncé pour réveiller les deux adultes, qui venaient à peine de plonger dans le sommeil. En apprenant que l'un de ses protégés se trouvait en danger, Ensui se tendit comme un arc. Elle devait réussir à sauver Gaara, à lui épargner de tomber dans les mains de l'Akatsuki. Si ce n'était pour lui, elle le devait au moins pour apaiser son père, pour le protéger de la peine de perdre un autre être cher. Quand Naruto descendit les escaliers, elle l'attrapa aussitôt par le bras.
— J'ai un plan pour affronter ce qui nous attend. Sur cette mission, je suis l'officier commandant, et vous obéirez à mes ordres. Est-ce que c'est entendu ?
— Oui, taichô, répondit Ensui d'une voix douce.
— Oui, taichô.
— Bien sûr, Hitomi-nee ! On y va ?
Naruto eut à peine le temps de finir sa phrase qu'elle attrapait déjà de son chakra le tiraillement lancinant émis par l'appel à l'aide de Gaara, entraînant les trois hommes avec elle. Le Kazekage se tenait droit et fier sur le toit du bâtiment central du village, les mains levées afin de commander au sable qu'il utilisait pour poursuivre un immense oiseau blanc et l'homme debout entre ses ailes.
— Tu n'es pas blessé ? demanda-t-elle immédiatement.
— Non, ça va. Par contre, il a abattu trois de mes hommes pour entrer et je n'arrive pas à l'attraper avec mon sable, il est trop rapide.
— Ne t'inquiète pas, je m'occupe de cette partie-là.
Elle descella l'un de ses kunai et le tendit à Gaara. Quand il le prit, elle tendit la main et attrapa le bras de Kakashi. Il était le plus à même d'accomplir cette partie du plan à ses côtés.
— Naruto, protège Gaara. Père, allez voir si vous ne pouvez pas faire quelque chose pour les gardes tombés, on ne sait jamais. Sensei, vous êtes avec moi.
— Qu'est-ce que tu veux que je fasse, Hitomi-nee ? demanda le Kazekage. Qu'est-ce que tu prévois ?
— Absorbe ce kunai dans ton sable, emmène-le en direction de l'ennemi et, quand tu seras le plus près possible, lance-le dans sa direction. Je vais me téléporter là-bas avec Kakashi-sensei et le jeter à bas de son oiseau. Tu devras le rattraper et nous aussi, sans doute. Tu es prêt ?
Il acquiesça, l'air grave et terriblement concentré. Aussitôt, Hitomi sentit sa balise se déplacer le long de l'immense bras de sable. Sa main se crispa sur le bras de Kakashi. Elle ne devait pas rater son coup. Il lui restait d'autres kunai, mais Deidara serait sur ses gardes si elle manquait ne serait-ce qu'une fois. Soudain, elle perçut le moment parfait, activa sa balise et disparut du toit. Elle atterrit sur l'oiseau, le Ninja Copieur à ses côtés ; ils ne perdirent pas une seule seconde avant d'agir. Les ombres d'Hitomi prirent en volume et s'enroulèrent comme des lianes autour des pieds du traître, le clouant à son argile tandis que Kakashi activait son Éclair Pourfendeur.
— Hitomi, maintenant ! s'écria-t-il tandis qu'il lui perçait le torse de sa technique la plus redoutable.
Il se dégagea et, dès qu'il fut séparé du déserteur qui déjà faiblissait, Hitomi lui donna le plus puissant coup de pied dont elle était capable dans le ventre, le projetant dans le vide. Le sable de Gaara bondit devant eux, attrapant la menace devenue presqu'un cadavre. Il ne perdit pas de temps à le broyer dans sa terrible étreinte, tandis qu'Hitomi entraînait Kakashi avec elle, sautant de l'autre côté.
— Vite ! Il est connu pour ses jutsu suicides et…
Elle n'eut pas le temps de finir sa phrase que l'oiseau explosait, envoyant une terrible vague de chaleur dans sa nuque, son dos. Elle hurla de douleur, entendit au loin l'exclamation horrifiée de Gaara et se sentit rattrapée de justesse par la cheville – son sable avait été tout juste assez rapide pour lui éviter une fin terrible. Tout le temps qu'il fallut à son ami pour les ramener, Kakashi et elle, jusqu'au toit du bâtiment central, elle clignota entre inconscience et éveil, incapable ne fut-ce que de respirer tant la douleur la dévorait. Au moins, le sable avait éteint le feu… Elle s'accrocha à cette pensée détachée et perdue tandis que de la pierre, bienfaisante et fraîche, s'étendait sous elle.
— Hitomi-nee, Kakashi-sensei ! s'exclama Naruto d'une voix catastrophée. Non…
Avec un sanglot de douleur, Hitomi se redressa, luttant pour refouler la douleur et le terrible, terrible désir de perdre connaissance. Elle pouvait endurer. Elle serra les dents, le souffle sifflant et erratique. Kakashi, lui, s'était évanoui quelque part entre l'explosion et la chute. Il avait pris le gros de l'impact, son corps plus large retenu un instant de trop dans les airs, juste assez pour protéger une partie de celui de son élève. Une brûlure à vif s'étendait sur tout l'arrière de son corps. Sans attendre, sans égard pour sa propre blessure, Hitomi rassembla du chakra médical dans ses paumes et commença à chasser toutes les impuretés de sa peau brûlée – cela, au moins, elle en était capable.
— Naruto, va chercher Père tout de suite !
Parce qu'il perçut l'urgence dans sa voix, il fut suffisamment secoué de sa stupeur et de son effarement pour obéir. Elle le laissa s'éloigner, traquant à l'arrière-plan de son esprit son chakra et celui de son maître, si loin, si près. Elle avait besoin de lui. Désespérément besoin de lui. Pas un instant dans la panique elle ne songea à rejoindre les multiples balises qu'elle avait posées sur les murs et les meubles de l'hôpital. Elle était terrifiée à l'idée de voir son sensei mourir sous ses ordres, durant la première mission qu'elle osait diriger. Deidara avait été exécuté, oui, mais à quel prix ? À quel prix ?
— Hi-Hitomi-nee, fit Gaara d'une voix étranglée, je dois…
— Va t'occuper des tiens, Gaara, répondit-elle d'un ton aussi apaisant que possible. On se débrouille ici. Kakashi-sensei ne va pas me claquer entre les doigts, je te le promets.
Elle détestait se parjurer de la sorte. Elle n'était sûre de rien, pas avec une telle masse de chair brûlée qu'elle n'était pas capable de soigner. Mais Gaara – Gaara avait besoin d'être rassuré, pas d'affronter la vérité en face. Une fois laissée seule, elle cessa de réprimer ses petits sanglots étranglés, même s'ils lui faisaient terriblement mal, même si elle sentait le fantôme des flammes sur le haut de son dos et sa nuque, même si à chaque fois que sa cage thoracique se déployait elle mourait un petit peu.
— Hitomi, murmura Ensui d'une voix chargée d'horreur derrière elle.
Il voyait son dos, la peau brûlée là où son kimono n'avait pas suffi à la protéger – elle ne lui laissa pas le temps de s'approcher d'elle, d'essayer de la soigner.
— Kakashi-sensei d'abord. J-je suis en train de le perdre.
Elle essaya de réprimer l'horrible terreur qui lui serrait la gorge, de rationaliser les battements de plus en plus faibles du cœur de son professeur, qui l'avait aimée et protégée à en frôler la mort. Mais Ensui était là, pas vrai ? Il allait le sauver, c'était obligé. Kakashi ne pouvait pas mourir maintenant, pas alors qu'il effleurait seulement le bonheur du bout des doigts, alors qu'il allait se marier et peut-être fonder une famille – connaissant Gai, ce serait sans doute le cas un jour.
— Recule, Hitomi, ordonna Ensui après avoir évalué la situation. Tu as besoin d'économiser ton chakra vu ta blessure. Attends tranquillement que je puisse venir te soigner, ne fais pas de geste brusque et tiens-toi aussi loin du sable que possible.
Elle laissa échapper un gloussement incrédule, la dernière phrase tout juste assez stupide pour la tirer de son abjecte terreur. Elle s'installa en seiza, la position la moins douloureuse et la plus réconfortante de par son caractère habituel, incapable de détourner les yeux du miracle qui s'opérait sous les mains de son maître. Au bout de ses doigts naissait une peau nouvelle, rose, sans doute terriblement sensible et fragile, mais mille fois plus saine que l'amas de chair brûlée resté après leur combat. Cela ne dura que dix minutes avant qu'Ensui ne s'écarte et examine son œuvre, l'air satisfait.
— Il faudra qu'un vrai médic réexamine ses blessures, mais ça fera l'affaire en attendant.
— Vous êtes un vrai médic, shishou, dit Hitomi d'une voix qui sonnait terriblement distante, comme si elle avait parlé depuis l'autre bout d'un tunnel.
Elle ne se sentit pas tomber en avant, mais avant qu'elle touche la pierre les mains d'Ensui l'avaient rattrapée et l'aidaient désormais à s'allonger à plat ventre. Elle avait du mal à respirer. Ses yeux se fermèrent tous seuls, sans lui laisser le temps de combattre l'immense fatigue qui soudain s'abattait sur elle. Un petit soupir soulagé franchit ses lèvres entrouvertes quand son maître commença à diffuser du chakra dans son dos – alors seulement elle cessa de lutter et perdit connaissance.
