Elle se réveilla dans une sensation de fraîcheur et de confort qui tranchait nettement avec ses derniers souvenirs. Elle était allongée sur le ventre, les bras placés sous l'oreiller, et au moins respirer ne lui faisait plus mal. Elle tenta de remuer, testa la peau nouvelle et délicate qui recouvrait désormais ses épaules, sa nuque et le haut de son dos. Elle n'avait pas besoin de pour savoir qu'une grande portion de ses cheveux avait disparu : elle ne percevait même pas la moitié du poids habituel de sa queue de cheval, même si l'élastique était toujours là.
— Tu peux te redresser, fit la voix douce d'Ensui hors de son champ de vision. Kakashi s'est réveillé avant toi mais je lui ai ordonné de se rendormir. Il ira bien, ma puce.
— Deidara est bien mort, pas vrai ?
— J'ai examiné son cadavre moi-même. Même les restes de chakra dans ses portes correspondaient, Hitomi. Il est mort.
Mais à quel prix ? Elle se redressa et s'installa en tailleur sur le lit avant de poser le regard sur la silhouette immobile de Kakashi, étendue par-dessus les couvertures d'un deuxième lit à sa droite. Quelqu'un lui avait ôté tous ses vêtements, sans doute pour laisser sa nouvelle peau respirer – Hitomi elle-même ne portait rien au-dessus de la ceinture.
— Comment vont les garçons ?
— Gaara a emmené Naruto dans son bureau pour lui montrer comment se passe une journée-type pour lui, même si la nuit et la matinée ont été perturbées par l'attaque. Ton frère avait l'air absolument aux anges, et au moins il ne s'inquiète pas pour vous tant qu'il est occupé.
La jeune femme opina du chef tout en s'étirant, désireuse de tester ses muscles. Sa peau avait pris le plus gros des dégâts, mais la sensation de fragilité et de tension qui émanait de son épiderme au moindre mouvement ne lui inspirait aucune confiance.
— Il faut qu'on voie des médics au plus vite, Kakashi-sensei et moi. Quand est-ce que je pourrai nous ramener à Konoha ?
— Quand il se sera réveillé. Tu peux toujours nous prendre tous les quatre ? Si ce n'est pas le cas, emmène Kakashi et nous rentrerons par nos propres moyens.
— Non, je vais y arriver. Ça ne demande pratiquement pas de chakra et je n'ai pas subi de dégâts aux méridiens. Je suis très heureuse d'avoir empêché l'attaque contre Gaara, mais j'ai vraiment hâte de rentrer.
— Je comprends, ma puce, je comprends. En attendant, ça me ferait plaisir que tu essayes de boire et de manger un peu.
Elle obéit, trouvant un maigre réconfort dans l'habitude et la docilité. L'état de Kakashi quand Gaara les avait ramenés sur le toit ne cessait de lui revenir à l'esprit, rappel terrible et morbide de ce que ses plans pouvaient coûter à ceux qu'elle voulait protéger à tout prix. Elle aurait dû être celle qui prendrait le plus gros de l'impact – si l'un d'eux devait payer le tribut de son imprudence, il semblait tout naturel que ce fardeau lui incombe.
Sous son regard scrutateur, Kakashi remua enfin. Ses épaules tressautèrent d'abord, puis le reste de son corps se tendit et se détendit au rythme des réalisation et de la mémoire qui lui revenait. Souffrait-il ou, comme elle, ne ressentait-il qu'une désagréable sensation de tension et de fragilité ? Avec une fascination coupable, elle le regarda se redresser comme elle l'avait fait un peu plus tôt, à l'exception qu'il s'empressa de placer le coussin sur lequel sa tête avait reposé devant son entrejambe – et rougit, le regard rivé au sol, quand il regarda dans sa direction et comprit qu'elle était à demi-nue.
Elle n'avait jamais vu son visage sans masque auparavant, mais au fond elle avait toujours su à quoi il ressemblait. Le regard tout à la fois teinté d'avidité et de respect, elle découvrit ses traits droits, sa mâchoire plus carrée que ce que le masque laissait penser, la cicatrice qui s'étendait bas sous son œil gauche et le spectacle singulier de ses prunelles si différentes l'une de l'autre. Kakashi était un bel homme, bien entendu, tout le monde le savait, même ceux qui ne l'avaient jamais vu comme elle le voyait maintenant. Gai-sensei était très chanceux de l'avoir charmé.
— Tiens, ma puce, dit Ensui en lui tendant une gourde d'eau et un petit gâteau au sésame.
Elle détestait manger au lit mais ses jambes ne la porteraient sans doute pas très bien si elle essayait d'en sortir pour ne pas souiller les draps de ses miettes. Avec un soupir, elle commença à manger en récoltant les dégâts comme elle le pouvait de son autre main, la gourde coincée entre ses cuisses. Ensui avait raison, bien entendu : elle avait besoin de cette nourriture, de cette boisson, et Kakashi aussi si elle en jugeait par l'avidité avec laquelle il avalait son propre repas.
— Deidara est mort ? demanda le professeur quand il ne resta plus rien du gâteau.
Un petit rire triste échappa à Hitomi.
— J'ai posé exactement la même question en me réveillant. D'après Père, oui, il est mort. Je lui fais parfaitement confiance à ce sujet, mais j'aimerais récupérer la bague qu'il portait à son doigt. D'après… D'après mon informateur, les membres de l'Akatsuki sont tous obligés de les porter et j'ai remarqué qu'elles contenaient un petit peu de chakra. Je pense qu'il y a un sceau à l'œuvre.
— Tu pourras aller demander à Gaara dès que tu auras enfilé quelque chose. Tu as des vêtements dans tes sceaux, non ?
— Oui. J'en ai même pour vous, Kakashi-sensei, si vous voulez.
Le professeur posa sur elle un regard incrédule auquel elle répondit en haussant les épaules.
— On ne sait jamais que ça puisse servir. J'en ai aussi pour Père et Naruto.
Et Sasuke, mais cela elle ne pouvait pas l'avouer, pas devant Kakashi. Elle se leva avec prudence mais dut admettre sa faiblesse et s'appuyer contre le mur pour ne pas tomber. D'une main quelque peu maladroite, elle descella deux tenues très lâches d'un sceau gravé sur sa hanche et tendit la plus large à Kakashi avant d'enfiler la sienne. La caresse du tissu doux et délicat sur la peau nouvelle de son dos lui donnait des frissons, mais elle les réprima bien vite.
— Bon, je vais y aller. Ça va me prendre un temps fou, mais c'est mieux que d'attendre ici. Je reviens aussi vite que possible, sensei, Père.
— Fais attention à toi, ma puce.
— Et on reparlera de cette histoire d'informateur, grogna Kakashi tout en achevant d'enfiler son haut. Je sais que tu es toujours très douée pour obtenir des informations que personne ne possède, mais fricoter avec Itachi Uchiha, Hitomi-chan ? Vraiment ?
Elle ouvrit la bouche, la referma avec un claquement sec de ses dents les unes contre les autres, puis la rouvrit, sa réponse toute décidée.
— Hum, Père, vous pourriez lui expliquer, s'il vous plaît ?
Si Ensui songea à protester, elle ne lui en laissa pas l'occasion, le frappant pour la première fois depuis longtemps avec les Yeux, réglés à pleine puissance. Il sembla vaciller légèrement sous l'impact, ses traits se crispèrent puis se détendirent et il acquiesça – elle avait presqu'oublié à quel point c'était efficace.
— Bien sûr, ma puce.
Avec un petit signe de la main, elle quitta la chambre et laissa les deux adultes discuter tranquillement de son absence de prudence. Elle reconnut immédiatement le manoir dans lequel elle avait passé la fin de son séjour à Suna ; son estomac se tordit d'angoisse quand elle passa devant la porte derrière laquelle Ensui avait été consumé par une terrible fièvre, une poignée d'années plus tôt. Elle ne voulait pas se souvenir, pas maintenant. Il lui fallut une vingtaine de minutes pour traverser la distance qui la séparait des chakras de Naruto et Gaara.
Elle frappa à la porte du bureau mais n'attendit pas d'autorisation pour entrer… et le regretta quand elle surprit son frère et le jinchûriki en train de s'embrasser. Ils se séparèrent avec une paire d'exclamations surprises, tous les deux cramoisis et à moitié prêts à trouver une excuse pour le spectacle auquel elle venait d'assister. Elle diffusa la tension d'un petit rire et secoua la tête. Ils avaient l'air tellement gênés, comme si elle les avait surpris dans une position bien plus compromettante. Au moins, ils étaient encore habillés, et de cela au moins elle était reconnaissante.
— Eh bien, je me demandais s'il allait se passer quelque chose entre vous deux un jour ou l'autre.
— Hitomi-nee ! s'exclama Naruto en quittant sa place presque sur les genoux de Gaara pour la rejoindre dans l'encadrement de la porte. Est-ce que tout va bien ? Et Kakashi-sensei ?
— C'est inconfortable, mais pas douloureux. Il n'a pas semblé avoir mal non plus, d'ailleurs. On s'en va bientôt, mais il restait un dernier détail à régler avant ça.
Elle pressa l'épaule de son frère d'une main douce puis s'avança dans le bureau en direction de Gaara, qui faisait mine de chercher quelque chose dans la paperasse sur son bureau, l'air toujours mortellement gêné. Elle tapota le meuble du bout des ongles, attirant son attention avec efficacité.
— Gaara, tu prends bien soin du cœur de Naruto, d'accord ? Je vais raccorder vos carnets avant de partir pour que vous puissiez parler à loisir. Dis-moi, est-ce que tu as la bague de Deidara ?
— Oui, je l'ai gardée, dit-il en ouvrant l'un de ses tiroirs. Je me doutais que tu voudrais l'examiner, même moi j'ai senti le chakra qui en émanait. Tiens.
Il laissa tomber l'anneau d'acier, serti d'une pierre turquoise sur laquelle était gravée le kanji désignant cette nuance de bleu, dans sa paume ouverte. Elle tressaillit en percevant le chakra qui se dégageait du sceau… Mais où était-il gravé ? Il lui fallut quelques minutes à triturer l'objet fragile pour déloger la pierre du métal et découvrir ce que l'anneau cachait : un sceau capable de localiser l'objet où qu'il se trouve. Elle le rendit à Gaara avec l'impression que ses mains étaient sales, souillées.
— Détruis-le. Broie-le avec ton sable, brûle-le, peut-être les deux ensemble. La personne qui a tracé ce sceau sait exactement où il se trouve. Il n'y aura rien de bizarre à ce qu'il soit à Suna pour l'instant… Si tu ne trouves pas de moyen de détruire la source de chakra complètement, dis-le moi et je reviendrai le défaire moi-même.
— Tu es sûre que c'est sans danger ? demanda le Kazekage d'une voix soucieuse.
— Certaine. Il n'y a pas la plus petite once de fûinjutsu offensif dans cette bague, seulement un mécanisme de localisation. Je vais laisser une balise ici au cas où je devrais revenir te voir rapidement, mais qu'il n'y ait pas d'attaque. N'utilise le sceau que je t'ai donné qu'en cas d'urgence, d'accord ?
Il acquiesça, l'air grave, tandis qu'elle apposait une balise sur la face inférieure de son bureau, là où personne ne songerait à regarder. Quand elle se redressa, elle s'était adoucie, avait perdu de cette envergure de général qui avait émané d'elle dès l'instant où elle avait pris le commandement de cette mission. L'objectif était accompli, au moins, même si l'un de ses subordonnés d'un temps avait été blessé. Pour les prochains membres de l'Akatsuki sur sa route, elle adapterait son plan de sorte à être seule à en subir les conséquences s'il virait au drame. Oui, elle devait au moins cela aux gens qu'elle aimait et avait juré de protéger.
— Tu feras attention à toi, d'accord ? dit-elle d'une voix tendre en effleurant la joue de Gaara, qui l'enlaça en réponse.
— Tu dis ça, tu demandes ça, mais tu n'as pas l'air de faire attention, toi. Je ne sais pas ce que je ferais si tu mourais, Hitomi-nee, je…
— Je ferai attention, promit-elle. Donne-moi ton carnet, que je le modifie. Ensuite, je vous laisserai le temps de vous dire au revoir, et Naruto viendra nous rejoindre pour le départ dans… Un quart d'heure, si ça vous va ?
— Ça nous va, oui ! répondit Naruto de là où il se tenait encore. Mais je reviendrai bientôt à Suna, Gaara, je demanderai à Obaachan de me donner une mission chez toi !
— Pfeuh, tu n'as pas besoin de ça, Naruto. Il y a un examen Chûnin bientôt. Tu ne crois pas qu'il est temps que tu récoltes ta fichue promotion ? Tout le monde dans notre groupe est Chûnin maintenant, sauf toi. Et certains sont même devenus des Jônin !
— Oh noooon ! Mais avec qui je vais faire équipe, moi, alors ?
— Je te laisse voir ça avec Gaara dès que j'aurai réglé vos carnets pour que vous puissiez communiquer. Gaara, s'il te plaît ?
— Tiens, Hitomi-nee.
Il ne lui fallut qu'une paire de minutes pour modifier le sceau de son carnet, un bien maigre effort pour rendre son frère et l'un de ses meilleurs amis un peu plus heureux. Est-ce que cela durait depuis un moment ? Gaara n'était pas du genre à cueillir le jour : il n'aurait pas embrassé Naruto de cette manière s'il venait juste de tomber dans ses bras. D'un autre côté, Hitomi comprenait que son frère n'ait pas choisi de lui parler d'une potentielle romance en priorité, alors qu'il avait déjà tant de choses à dire concernant Kurama. Ils rattraperaient le temps perdu.
— Voilà. Je m'occupe de celui de Naruto dès que j'ai un instant une fois qu'on sera rentrés, il t'enverra un message. Prends soin de toi, Gaara, et n'hésite jamais à faire appel à moi si tu en as besoin.
Elle l'enlaça, respira son odeur de sable et de soleil une dernière fois, puis prit congé. Mieux valait laisser les deux tourtereaux se dire adieu comme ils le souhaitaient derrière une porte close – et ne surtout pas songer aux possibilités qu'une telle intimité éveillait. Elle était plus jeune que Naruto la première fois qu'elle avait vécu une telle intimité avec quelqu'un. Il était son petit frère adoré, oui, mais pas un bébé qu'elle devait protéger du moindre danger. Elle préférait le laisser à ses propres expériences et se tenir prête à l'aider si et seulement s'il le demandait.
— Kakashi-sensei, dit-elle d'une voix douce quand elle revint dans la chambre, vous êtes prêt à repartir ?
— Oui, ça ira. Tu vas nous transporter directement à l'hôpital, c'est ça ?
— Oui. Je suis sûre que Père a fait un excellent travail, mais je pense qu'un médic pourrait accélérer le processus de guérison et rendre la nouvelle peau aussi solide que l'ancienne.
— C'est l'idée, intervint Ensui en sortant de la salle de bains privative. J'ai peur que votre nouvel épiderme se déchire avant d'être solidifié, pendant un entraînement par exemple. J'ai vu Shizune diriger la procédure pour achever de soigner des brûlures, mais je n'ai pas eu le temps d'apprendre cette technique en particulier.
Il ne dit pas qu'il n'avait pas pensé en avoir besoin – tout était possible avec Hitomi et sa propension à se jeter dans de nouveaux ennuis dès qu'elle se débarrassait des suivants. Avec un petit sourire qui n'atteignit pas tout à fait ses yeux, il s'assit sur le lit qu'elle avait occupé et lui fit signe de le rejoindre. Elle s'assit avec soulagement, ce simple geste réduisant déjà son léger tournis.
— Tu devrais manger encore un morceau avant qu'on parte, suggéra-t-il en lui mettant une ration de survie Akimichi dans la main. Tu es encore un peu faible. Naruto est encore avec Gaara ?
Elle rougit légèrement en se remémorant la scène à laquelle elle avait assisté mais acquiesça, sans donner plus de détails.
— Il arrivera dans un petit quart d'heure et on quittera Suna à ce moment-là.
— Parfait. Ça vous laisse le temps à tous les deux de reprendre des forces. Comment sont tes méridiens, Kakashi ?
— Je n'ai pas de problème. Ma peau a souffert, mais la brûlure n'a pas eu le temps de les atteindre grâce au sable de Gaara. Et contrairement à Hitomi-chan, je n'ai perdu que quelques mèches de cheveux !
Elle grimaça tout en tirant légèrement sur sa queue de cheval. Il n'en restait plus qu'une dizaine de centimètres au lieu de la belle longueur bouclée qui lui tombait jadis au creux des reins quand elle les détachait. Elle n'avait jamais porté les cheveux courts… Et il lui faudrait bien s'y habituer le temps qu'ils repoussent. Comme s'il comprenait son trouble, Ensui dénoua sa queue de cheval et la rattacha haut sur le crâne, à la Nara. Ses gestes doux, précautionneux, effaçaient déjà un peu du complexe qui avait menacé d'éclore en elle.
— Jusqu'à ce que ça repousse, tu auras encore plus l'air d'une Nara, ma puce. Et après ça, tes cheveux seront aussi beaux qu'ils l'ont été jusqu'ici, tu verras.
Elle répondit d'un mince sourire, les yeux rivés sur ses mains. Elle n'avait pas honte de ce petit éclat de vanité, pas alors que l'apparence jouait un tel rôle dans la perception qu'un adversaire pouvait avoir d'elle. Elle aurait l'air moins trompeusement fragile, plus féroce, avec cette coupe plus courte qui accentuait sa maigreur et le tranchant de ses pommettes. De toute façon, cela faisait quelques années qu'elle avait cessé de ressembler à une poupée. Elle ne pouvait plus jouer avec le cœur de ses ennemis, mais au moins elle pouvait toujours les anéantir. Le cadavre de Deidara n'en était-il pas une preuve incontestable ?
— Je ne suis pas en retard, je ne suis pas en retard ! s'exclama Naruto en arrivant une poignée de secondes après la fin de ses quinze minutes.
Hitomi eut un petit rire quand il lui jeta un regard catastrophé et se leva en s'appuyant le plus discrètement possible sur son maître. Il posa une main sur son bras gauche tandis que Kakashi les rejoignait et lui touchait l'épaule droite. Le jeune blond avança, lui prit la main, et elle choisit ce signal pour trouver à l'aide de son chakra l'une des balises qu'elle avait posées à l'hôpital de Konoha. Ils disparurent de la chambre, laissant derrière eux des vêtements brûlés et un écho de leur énergie, comme un rappel pour le Kazekage esseulé qui les avait appelés à l'aide.
— Hey, faites attention ! ordonna Karin en déviant sa course au tout dernier moment. Vous êtes dans un hôpital, pas dans… Oh, Naruto ! Je suis allée chez Kurenai ce matin mais il n'y avait personne et… Kakashi-sensei, Hitomi, qu'est-ce qu'il vous est arrivé ?
Légèrement embarrassée, Hitomi détourna le regard.
— On a, hum, on n'a pas eu le temps de s'éloigner assez d'une explosion. C'est Kakashi-sensei qui a eu les pires blessures. Est-ce que tu pourrais nous examiner ou nous assigner quelqu'un d'autre ? On doit encore aller faire notre rapport à Tsunade.
— Laissez-moi voir ça, sensei, ordonna la jeune Uzumaki d'un ton qui ne souffrirait aucun refus.
Elle examina son dos pendant quelques minutes, touchant la peau du bout des doigts à plusieurs reprises comme pour tester le nouvel épiderme qu'Ensui avait fait naître de leurs tissus ravagés par le feu.
— C'est du bon travail, Ensui-san, mais encore fragile, en effet. Tsunade-shishou est dans son bureau, elle n'a aucun rendez-vous officiel pendant les deux prochaines heures. Elle pourrait finir de vous soigner pendant votre rapport, non ?
Hitomi ne pesa cette option que quelques instants, le temps de décider que non, elle n'avait aucune envie de rester à l'hôpital un instant de plus que nécessaire.
— Naruto, tu veux rester un petit peu ou te balader dans le village ?
— Oh, je… Ca fait tellement longtemps que je n'ai plus vu les autres… Est-ce que ça te dérange si je vais d'abord les saluer avant de vous rejoindre à la maison ?
— Pas du tout. Père, Kakashi-sensei ?
Ils attrapèrent chacun un de ses bras et, un instant plus tard, ils se trouvaient tous les trois devant la porte du bureau de Tsunade. Le Dieu de la Foudre était vraiment pratique, surtout quand on ressentait une fatigue pareille à celle qui lui alourdissait les membres à cet instant. Elle frappa à la porte et reçut l'autorisation d'entrer presque aussitôt.
— Hitomi-chan ? Il s'est passé quelque chose ?
— Oui, Tsunade-sama. Est-ce que vous avez du temps à nous accorder ?
— Bien sûr. Je n'ai que de la paperasse à faire, ça peut attendre de toute façon.
Hitomi essaya de toutes ses forces de ne pas imaginer Shizune feulant d'outrage tandis que sa cheffe de guerre rangeait le dossier ouvert devant elle hors de portée de vue. Elle s'installa sur la chaise de l'autre côté du bureau tandis qu'Ensui et Kakashi prenaient possession de la causeuse.
— Eh bien, qu'est-ce qui t'amène ?
— Cette nuit, j'ai reçu un appel à l'aide de Gaara, Kazekage le Cinquième. Je ne savais pas à quel point c'était urgent puisqu'il avait utilisé le sceau protecteur que j'avais apposé sur lui, alors j'ai rassemblé les shinobi les plus proches de moi, à savoir Naruto, Kakashi-sensei et Ensui-shishou, pour lui porter secours.
— C'est pour ça que vous n'étiez pas chez vous ? Je pensais à une bizarrerie Nara. Ça n'aurait pas été la première fois… Enfin, qu'est-ce que vous avez trouvé à Sunagakure ?
— Le village était attaqué par un membre de l'Akatsuki, Deidara, nukenin du Pays de la Terre.
— Le spécialiste des explosions, c'est ça ?
— Oui. Il essayait sans doute d'affaiblir Gaara pour pouvoir l'enlever… J'ai utilisé le Dieu de la Foudre pour emmener Kakashi sur l'oiseau d'argile géant qu'il utilisait pour attaquer le village. Le tuer n'a pas été bien compliqué, mais nous avons été attrapés tous les deux dans l'explosion de son oiseau. Kakashi-sensei a pris le plus gros de l'impact. Est-ce que vous pourriez nous examiner pendant que je continue ?
La cheffe de guerre ne prit même pas la peine de répondre, se contentant de se lever, de faire le tour de son bureau et de rejoindre le Ninja Copieur sur la causeuse. Elle coupa court à toute tentative de protestation en lui arrachant sa tunique d'un geste efficace et le força à lui présenter son dos. Elle inspira brusquement en voyant l'étendue de peau rose et fragile, activa immédiatement son ninjutsu médical et se mit au travail.
— Continue, Hitomi-chan.
— Après l'explosion, Gaara s'est servi de son sable pour éteindre les flammes et nous ramener sur le toit du bâtiment central, où il s'était positionné pour défendre le village. Il m'a dit que trois hommes étaient morts dans l'assaut, mais j'ai envoyé Ensui-shishou voir s'il pouvait récolter des informations à ce sujet pendant que Kakashi-sensei et moi attaquions Deidara.
Le maître comprit qu'il s'agissait d'un signal pour dévoiler ses découvertes :
— Les trois hommes ont pris une explosion directement dans la figure et sont morts sur le coup, mais ils n'étaient pas les seules victimes : j'ai découvert par la suite que les deux gardes qui surveillaient l'entrée du village avaient été abattus par des senbon recouvertes de poison.
— Ce n'est pas le mode opératoire de Deidara, constata Tsunade tout en renforçant le nouvel épiderme de Kakashi.
— Non, en effet. Il faudra que les spécialistes de Suna analysent les poisons pour qu'on en soit certains, mais ça ressemble plutôt à Sasori… Son partenaire, Hitomi, c'est bien ça ?
— Oui. Le petit-fils de Chiyo, du Duel des Poisons.
Les épaules de Tsunade se crispèrent, mais elle ne commenta pas. Elle avait été le bras armé de Konoha durant cette terrible bataille et avait décimé les forces Sunajin avec ses maladies mutantes capables de toucher les ninjas même quand ils étaient encore gorgés de chakra. Personne ne référait jamais devant elle à cette partie de l'Histoire : c'était cet épisode, entre autres, qui l'avait poussée à déserter. Elle qui avait juré de guérir et protéger avait assassiné plus de gens qu'elle n'en côtoierait jamais. Elle était un monstre, oui, mais pas plus terrible qu'Hitomi ou d'autres haut gradés. Pas plus qu'Ibiki, maître des Tortures et Interrogatoires, ou qu'Inoichi Yamanaka qui se forçait un passage dans les esprits ennemis et les obligeait à se retourner contre tout ce en quoi ils croyaient. Mais, tout comme eux, elle devait porter le poids de sa propre monstruosité, la regarder en face chaque matin dans le miroir – et vivre avec, parce que son village avait besoin d'elle.
— Hitomi, c'est ton tour, dit-elle au bout d'une minute de silence. Enlève-moi ça et montre ton dos.
— Oui, Hokage-sama, répondit-elle d'une voix douce en s'exécutant.
Elle continua son rapport ensuite, passant sous silence la relation qu'entretenaient Gaara et Naruto. Si son frère voulait en parler à la cheffe de guerre, dont il était très proche, il le ferait lui-même. Elle conclut sur leur bref passage à l'hôpital puis se tut, la gorge sèche d'avoir tant parlé.
— Bon… Je suis contente que tu aies pu intervenir aussi vite chez notre allié, Hitomi-chan, et tu as pris de bonnes décisions en tant que chef d'unité malgré les blessures dont tes hommes et toi avez souffert. Cela dit, je refuse d'être laissée dans l'ignorance si cela se reproduit. Tu vas me faire un carnet communicant et, la prochaine fois, tu me préviendras.
— D-d'accord, Hokage-sama. Est-ce que je peux vous le déposer demain ?
— Demain, c'est parfait. D'ailleurs, tant que je t'ai sous la main, j'ai décidé que Sai pouvait retourner en service actif à partir d'aujourd'hui, mais pas dans l'ANBU. Il est officiellement en vie aux yeux du village, désormais. Il a repris sa place au Département d'Assassinat, mais il participera parfois à des missions aux côtés de l'équipe dont tu feras probablement partie.
— L'équipe ? demanda-t-elle dans l'espoir d'une clarification.
— Oui. Elle se composera de Sai et toi, de Naruto quand il aura enfin passé son foutu examen Chûnin, de Sakura ou Karin selon leurs disponibilités et de Kakashi. Vous aurez principalement des missions à l'extérieur du village. Des objections ?
— Aucune, Tsunade-sama.
— Parfait. Dans ce cas, laisse-moi apporter la touche finale à ton dos et tu pourras y aller, juste à temps pour attraper ton gamin à la sortie de l'Académie.
Légèrement surprise, Hitomi leva les yeux en direction de la fenêtre et constata qu'en effet, les cours se finiraient dans quelques minutes. Anosuke avait passé la nuit chez Sugi, comme il le faisait souvent. Les examens de fin d'année approchaient, si bien que les trois élèves se consacraient pleinement à leurs révisions. Le chef du clan Aburame était le plus susceptible de laisser trois enfants s'entraîner jusqu'à pas d'heure, dormir empilés les uns sur les autres dans un salon à même le sol puis aller à l'Académie comme si de rien n'était, si bien que sa maison était devenue leur quartier général. Hitomi était tellement fière de ses trois élèves officieux qu'elle n'aurait su placer de mots sur son cœur enflé d'orgueil et la profonde satisfaction qui l'envahissait à chaque fois qu'elle entendait parler de leurs haut-faits.
— Voilà, vous pouvez y aller tous les trois. Mission de rang A, vous recevrez le payement chez vous dans trois jours, et une semaine hors-mission obligatoire pour vous remettre totalement de vos blessures. Ensui, c'est du bon travail, mais je veux que tu ailles apprendre la technique que j'ai utilisée avec Shizune… Et tu sais comment extraire du poison en urgence ?
— Oui, Hokage-sama. Merci, Hokage-sama.
— Allez-vous-en tous les trois avant que je change d'avis et décide de vous coller une mission de rang D pour ne pas m'avoir prévenue. Et dites à Naruto de passer me voir, le fichu garnement ! cria-t-elle tandis qu'ils se précipitaient tous les trois vers la porte.
Kakashi décida de rentrer chez lui tandis qu'Hitomi et Ensui allaient attendre Anosuke et ses amis à l'Académie. Ils avaient un examen de ninjutsu le lendemain, aussi les deux adultes aidèrent-ils les élèves à travailler sur les techniques qu'ils avaient déjà apprises à l'Académie – apparemment, Iruka avait décidé que leur promotion était prête pour un tel enseignement avec deux ans d'avance. La jeune Yûhi leur montra même quelques techniques basiques qui leur permettrait d'impressionner leur professeur et de gagner des points supplémentaires, en plus de leur faire réviser ce qu'ils avaient déjà appris dans leur branche élémentaire – et en fûinjutsu dans le cas de Sugi. Quand elle entra dans sa chambre quelques heures après la tombée de la nuit, elle sentit son carnet communicant refroidir contre sa cuisse. Itachi.
Hitomi-san,
Sasori vous a vue exécuter Deidara et reconnue. Il a dit qu'il pensait vous avoir tuée il y a quelques mois, a dévoilé que vous possédiez le Dieu de la Foudre… Vous êtes désormais l'une des cibles privilégiées de l'Akatsuki, même si rien n'a été décidé pour l'instant concernant le fait de vous abattre. Soyez prudente, je vous en supplie.
Ce n'est pas la seule nouvelle que j'apporte : Hidan et Kakuzu, le binôme d'immortels, a été envoyé au Pays du Feu. Ils arriveront dans quatre jours et commenceront à fouiller différents lieux d'intérêt à la recherche soit de Naruto-san, soit de cibles de renom qu'ils pourraient exécuter pour leur prime. Prévenez Tsunade-sama si vous le pouvez. Ils viseront en priorité le Temple du Feu, à la fois parce qu'ils pensent que le jinchûriki se cache là-bas et parce qu'ils veulent la tête de Chiriku, le chef des moines.
Je vous en prie, n'essayez pas de les arrêter seule. Je ne doute pas de vos capacités, mais ils sont infiniment plus forts et plus cruels que Deidara, qui était surtout passionné par son art. Eux aiment faire souffrir pour le simple plaisir de voir leur adversaire hurler et pour l'argent qu'ils pourraient en tirer.
Tenez-moi au courant, s'il vous plaît,
Itachi.
