Le jour de l'exercice des élèves, Hitomi se prépara pour se rendre à l'Académie avec deux heures d'avance. Elle avait le ventre noué de nervosité et, pour la première fois depuis son retour, elle était armée jusqu'aux dents. Itachi avait eu un temps d'arrêt en la voyant dans l'entrée de la maison, une vague aura de menace collée sur sa peau, les cheveux attachés en queue de cheval haute et les yeux soulignés d'un trait d'eye-liner. Elle s'était apprêtée pour une bataille.

— J'y vais, Itachi-san. Passez un bon week-end.

— Prenez soin de vous et des enfants, Hitomi-san.

Elle répondit d'un sourire puis tourna les talons, le regard assombri par la détermination qu'elle ressentait. Tout se passerait bien. Elle ne laisserait pas le choix au destin, cette fois, elle se le promit à chaque pas qu'elle faisait en direction de l'Académie. Ils iraient bien. Le Murmure s'agita à l'intérieur d'elle, promesse d'agonie et de langueur. Elle craignait de lui succomber désormais. Elle connaissait trop intimement le genre de souffrance qu'il offrait à ses proies.

— Hitomi-chan, tu es en avance. Tiens, prends une tasse de thé en attendant.

Elle s'empara de la tasse qu'Iruka lui tendait, les mains toujours gantées. Elle devrait enlever ses gants quand ils quitteraient le village : elle avait besoin de ses mains pour utiliser le ninjutsu, et peut-être qu'elle devrait s'en servir pour protéger ses trois élèves, alors… Peu importait la peur qui lui mordait le ventre. La peur était toujours secondaire, accessoire. Elle but une gorgée mesurée du thé offert, laissant sa température lui mordre cruellement la langue. Elle avait vécu pire qu'une petite brûlure.

Finalement, ses trois élèves arrivèrent. Ils ne semblèrent pas un seul instant surpris de la voir déjà là ; peut-être l'un d'entre eux avait-il senti sa présence, ou peut-être connaissaient-ils l'angoisse qui lui mordait le ventre. Anosuke la connaissait sans doute – elle avait envie de hurler rien que d'y penser. Sa main se crispa autour de la garde de son sabre. Les yeux d'Iruka se posèrent brièvement sur l'endroit où ses doigts gantés broyaient le tissu et l'acier, mais il ne dit rien. Il n'aurait pas osé. Confronter un shinobi concernant ses faiblesses en public était un interdit tacite à Konoha, et sans doute partout ailleurs.

— Bien, commença Iruka deux heures plus tard, maintenant que tout le monde est là, je vais vous expliquer le principe de cet exercice en extérieur.

Les élèves dispersés partout dans la salle de classe se redressèrent tous, exprimant volontairement ou non leur attention soudaine. Ils voulaient réussir cet exercice, même ceux qui se retrouvaient encore et encore à la fin du classement. Une faim de victoire qu'Hitomi reconnaîtrait entre toutes brillait dans le regard d'Hanabi.

— Vous devrez suivre un parcours indiqué sur une carte à travers le réseau de montagnes et de grottes qu'on trouve derrière le village. Plusieurs obstacles adaptés au niveau que nous attendons de vous cette année attendront sur votre chemin. Les Jônin-sensei sont là pour s'assurer que tout se passe bien et nous remettre un rapport sur votre comportement quand vous rentrerez. L'exercice est noté, bien entendu, et comptera pour votre classement.

Hanabi leva la main dès que le professeur eut fini de parler et prit la parole quand il l'y autorisa.

— Que fait-on si on rencontre une autre équipe ?

— Interdiction de collaborer ou de vous mettre des bâtons dans les roues. Vous garderez ça pour vos examens Chûnin, merci bien.

Un rictus amusé tordit les lèvres d'Hitomi. La collaboration et le sabotage avaient été ce qu'elle préférait pendant ses examens Chûnin. Le regard catastrophé des équipes ennemies qui se dispersaient devant son alliance dans les Marais Infernaux de Kusagakure… Mais elle voyait bien que cela compliquerait encore un exercice déjà bien plus retors que ce à quoi les élèves de cette classe avaient été habitués. Tant de paramètres incertains criblaient déjà cet exercice ; Hitomi devait lutter pour maintenir son habituelle façade calme et composée.

— C'est tout ? Très bien, venez chercher par équipe votre itinéraire. Vous partez dans une demi-heure des portes du village.

Le regard déjà attentif et acéré, Hitomi regarda ses élèves s'avancer ensemble en direction d'Iruka et revenir avec une carte entre les mains. Elle examina la ligne brisée tracée en rouge à travers les creux et reliefs illustrés en couleurs. Elle connaissait ces montagnes et grottes comme les motifs sur les paumes de ses mains. Bien entendu, le professeur l'aurait refusée pour cette mission si ce n'avait pas été le cas. La sécurité des enfants valait plus que tout au monde à ses yeux. Il ne la sacrifierait pas pour les caprices d'une Jônin inexpérimentée – et d'accord, elle était une Jônin inexpérimentée. Juste pas dans ce domaine précis.

— On y va, ordonna-t-elle d'une voix ferme. On attendra le signal de départ à côté du poste de contrôle.

Il ne leur fallut que cinq minutes pour traverser la distance qui sépare le cœur du village de son entrée. Les enfants avaient perçu le changement dans le comportement de la Jônin, qui se déplaçait presque sur la pointe des pieds, comme si elle était prête à bondir à la moindre menace, et n'éloignait plus sa main de la garde de son sabre. Elle était prête au combat. Les civils s'écartaient soigneusement sur son passage, baissant parfois même les yeux de crainte qu'elle les perçoive comme une menace. On ne vivait pas dans un Village Caché sans apprendre à côtoyer les ninjas paranoïaques qui le peuplaient.

— Tout le monde est prêt ? C'est parti !

Elle suivit les trois élèves qui s'élancèrent immédiatement hors du village d'un pas tranquille selon ses propres standards. Ils apprendraient à courir trois fois plus vite que ça pendant des heures sans fatiguer… Plus tard. Quand ils seraient officiellement ses élèves et qu'elle les emmènerait en mission, si seulement cela arrivait un jour. Elle se sentait à peine capable de sortir de Konoha, incapable de faire taire la petite voix qui hurlait de terreur dans sa tête. Oui, Kakuzu pouvait se trouver n'importe où – et cela impliquait qu'il pouvait se trouver à quelques pas d'elle, dissimulé dans les fourrés qui l'entouraient. Ce serait toujours le cas, jusqu'à ce que quelqu'un le détruise au-delà de toute réparation de la part de son Kekkei Genkai. Pas elle. Elle ne se sentait pas capable de l'affronter à nouveau un jour.

Ils longèrent le mur d'enceinte pendant un kilomètre avant de s'enfoncer dans la Forêt du Feu, se dissimulant ainsi aux autres équipes. Au bout d'une heure, Hitomi fit signe aux trois aspirants de s'arrêter. Sugi et Hanabi levèrent sur elle des regards remplis d'expectative, de désir d'en découdre. Elle les protégerait, se promit-elle pour la millième fois. Même si elle ne se remettait pas à temps pour devenir leur sensei officiel, elle les protégerait et s'assurerait qu'ils se trouvent entre de bonnes mains – peut-être celles de Lee ou Tenten, tous deux prêts à prendre leurs premiers élèves ?

— Laissez-moi juste le temps d'invoquer mes chats. On ne sait pas quelles épreuves se cachent sur votre parcours et le point de départ de la mission n'est qu'à un petit kilomètre au nord. Puisque ce n'est pas une mission d'infiltration, on peut se permettre de se déplacer en nombre.

Les yeux d'Hanabi la dévisagèrent avec tant d'intensité qu'ils auraient pu la percer comme une flèche. Le bruit courait que son père avait refusé de lui faire signer le contrat familial avant qu'elle devienne Genin, et à la condition qu'elle se trouve à la tête de sa promotion. Elle ne l'aurait pas si profondément convoité si elle n'avait pas passé les dernières années à voir la proximité qu'entretenaient Hitomi et ses partenaires félins. Elle voulait la même chose pour elle-même et la jeune femme comprenait l'avidité qui la traversait. Elle l'avait ressentie bien des fois avant son élève, après tout.

D'une main qui ne tremblait que légèrement, elle fit sauter le capuchon de l'une des dix fioles de sang qu'elle transportait à présent en permanence dans un sceau de stase. Elle ne parvenait plus à s'entailler pour appeler ses chers compagnons, mais ce subterfuge fonctionnait. Elle avait passé des heures blottie contre le flanc d'Hoshihi à écouter sa respiration paisible et rythmée quand elle l'avait rappelé pour la première fois après être revenue au village. Elle avait réalisé après coup à quel point il lui manquait, à quel point elle avait besoin de lui et des autres. Elle s'était même sentie assez forte pour chasser à leurs côtés.

Une décharge de chakra et ils apparaissaient tous les six dans un nuage de fumée, remplissant l'espace comme aucun autre prédateur ne pouvait y prétendre. Hoshihi, le plus grand et le plus puissant, se donna un dernier coup de langue sur le poitrail et redressa la tête, ses yeux verts évaluant la situation avec sérénité. Les autres se déployèrent derrière lui, leurs pattes parcourant le sol sans le moindre bruit. Ils n'étaient jamais aussi à l'aise qu'en forêt. Seule la petite Hai brisa les rangs, se faufilant entre ses aînés pour se poster juste devant Hitomi.

— Je me demandais quand tu allais nous appeler pour cette mission, Invocatrice ! On se met au travail ?

Un petit rire franchit les lèvres d'Hitomi. Elle adorait la jeune chatte au poil gris sombre et aux yeux d'un bleu pâle incroyablement pur. Sa voix légère et enthousiaste lui mettait toujours du baume au cœur.

— Oui. Nous allons entrer dans la montagne. Je vous veux tout autour de nous, mais à assez de distance pour pouvoir vous dissimuler sous les illusions d'Hai-chan. Vous interviendrez si je vous en donne l'ordre ou si je suis neutralisée.

Kurokumo et Haîro échangèrent des regards lourds de sens derrière leur capitaine et ami, supposant sans doute qu'elle ne les voyait pas. Elle savait qu'il y avait peu de chance pour que ce qui se trouverait sur leur route soit assez corsé pour ne fut-ce que froisser ses vêtements, mais on ne se montrait jamais trop prudent. Sa main tressaillit et, en réaction au signal pratiquement invisible, les six chats s'exécutèrent. Seule Hai resta en vue, se drapant sur les épaules d'Hitomi comme une capeline de fourrure. Menue, inoffensive et délicate, Hai détonnait parmi ses pairs félins. Malgré son apparence fragile comparée à la leur, elle était sans doute cent fois plus redoutable que n'importe quel autre chat géant.

Ils s'enfoncèrent dans la montagne par la route surlignée sur la carte. La première épreuve apparut devant eux une heure plus tard : il s'agissait d'une barrière fûinjutsu qu'il fallait décoder et forcer. Avec un sourire fier, Hitomi regarda Sugi se frotter les mains d'impatience et s'atteler à ce travail. Il s'appropriait le savoir qu'elle lui transmettait dans ce domaine avec une férocité et une passion qui lui rappelaient l'enfant qu'elle avait été jadis. En quelques minutes, il parvint à forcer le verrou fûinjutsu et la barrière disparut comme si elle n'avait jamais existé. Ils reprirent leur route en silence, mais les trois élèves étaient manifestement très satisfaits d'eux-mêmes, cela se voyait à leur démarche plus dynamique qu'auparavant, presque sautillante.

— Il est temps de s'arrêter, indiqua Hitomi à la nuit tombée. Répartissez-vous les tâches comme je vous l'ai expliqué la semaine dernière.

Elle inspecta le résultat de leurs efforts dix minutes plus tard d'un regard strict mais ne trouva que peu de choses à y redire : une pierre légèrement déplacée pour mieux fermer le périmètre du feu, l'ajout d'un peu de tension à la corde d'un piège, rien de bien important. Ils apprendraient tout cela durant les années à venir – peut-être sous sa garde, elle l'espérait.

— Je vais monter la garde toute la nuit, mais chacun de vous m'accompagnera pour un segment de trois heures. Anosuke-kun prendra le premier, Sugi-kun le second et Hanabi-chan le troisième.

— Sensei ? demanda Anosuke. Est-ce que ce ne serait pas mieux de dormir moins et d'avancer le plus vite possible ?

Il ne l'appelait plus Hitomi-nee, et elle ne savait pas si elle était peinée ou satisfaite de son nouveau titre.

— Certaines équipes auront sans doute fait ce choix. Demain, quand nous aurons le plus de temps pour couvrir du terrain et donc tomber sur nos épreuves, vos pairs seront plus fatigués que vous, moins réactifs. En plus, vous êtes plus rapides que la moyenne des enfants de votre âge. Je ne m'en fais pas.

Ces mots suffirent à rendre confiance aux trois enfants, qui s'installèrent pour la nuit. Seul Anosuke s'installa aux côtés d'Hitomi. Il était aveugle, oui, mais son ouïe et son odorat surpassaient ceux de ninjas accomplis et, entre le sceau que la jeune fille lui avait offert des années plus tôt et le développement par l'entraînement des perceptions de ses méridiens, il deviendrait sans doute un très bon senseur. À distance prudente du camp, qu'Hitomi avait choisi de dresser à un point où le sentier de montagne s'élargissait, les chats montaient la garde. Hai se trouvait toujours lovée sur les épaules d'Hitomi, ronronnant parfois faiblement, et s'assurait qu'ils restent invisibles.

— Il est l'heure, Anosuke-kun, dit-elle après trois heures de calme et de silence. Va réveiller Hanabi et repose-toi.

— D'accord, sensei. Bonne nuit !

Elle sourit mais ne répondit pas. Quelques minutes plus tard, la silhouette de l'héritière Hyûga prit place là où son coéquipier s'était tenu, luttant contre des restes de sommeil. Elle apprendrait à se réveiller totalement quels que soient l'heure et son nombre d'heures de sommeil – un jour. Elle avait encore le temps. On ne demandait même pas aux Genin de s'en montrer capables.

— N'utilise pas ton Byakugan, il ne sert à rien de gaspiller ton chakra. Je vais sonder l'espace avec mes sens en permanence et si je perçois quelque chose, je te demanderai de regarder.

Pendant une bonne heure, rien ne se produisit. Dans la nature, loin de Konoha et de sa concentration d'êtres vivants aux volumes de chakra colossaux, Hitomi pouvait projeter ses perceptions à des lieues à la ronde sans saturer. Seule la nature et ses entités aux faibles signatures signalaient leur présence sur ses radars. Soudain, quelque chose attira son attention : à une dizaine de kilomètres au sud-est se trouvait un vide parfait : ni arbre ni animal ni plante d'aucune sorte. Même le chakra naturel présent dans l'air lui-même semblait avoir disparu. Elle réalisa vite que cette bulle de vide se déplaçait… Dans leur direction.

— Hanabi, à quelle distance peux-tu voir avec ton Byakugan ?

— Deux cents mètres, sensei. Pourquoi ? Vous sentez quelque chose ?

— Oui, mais c'est beaucoup trop loin pour toi. Va réveiller tes camarades.

Sans même vérifier que ses ordres étaient obéis, Hitomi quitta sa position assise et commença à tapoter un pan de roche du bout des doigts. Elle sentit ses chats se redresser et s'agiter tout autour du camp, mais leur ordonna en morse de rester discrets. Elle voulait savoir ce qu'il se passait. « Hokori, viens près de moi. Sunaarashi, va voir de quoi il s'agit, sans te faire repérer. Les autres, tenez vos positions. » Elle entendit le murmure lointain de leurs pas si feutrés et délicats contre la pierre et posa la main sur la garde de son sabre. Pas la peine de le dégainer pour l'instant.

— Ca y est, je les vois, murmura Hokori à côté d'elle. Une dizaine de shinobi, tous habillés d'un uniforme d'ANBU avec un masque…

Elle savait ce qu'il allait dire.

— … Complètement blanc.

La Racine.

Un frisson d'appréhension courut le long de sa colonne vertébrale. Elle se redressa légèrement, étouffant comme elle le pouvait son aura meurtrière. Elle devait avoir l'air vulnérable, incarner un joli petit appât. Elle ne pouvait s'attarder sur l'impossibilité pour la Racine de se trouver là. Manifestement, ils avaient trouvé un moyen de se reformer et même un nouveau chef. Elle serra les dents et les poings puis se força à se détendre. Douce. Vulnérable. Terrifiée – comme la récente victime de terribles tortures qu'elle était.

— Les enfants, venez derrière moi. Ceci ne fait pas partie de la mission initiale. Je vous interdis d'essayer d'intervenir dans le combat. Vous seriez réduits en pièces.

Hanabi ouvrit la bouche, sans doute pour protester, mais un regard sévère d'Hitomi l'en dissuada. Les trois enfants s'exécutèrent en silence et attendirent, tandis que leur sensei traquait le vide absurde qui l'empêchait d'évaluer ses futurs adversaires. Elle savait qu'il y aurait un combat : le choix de cette technique inconnue qui l'empêchait de les sonder avait été délibéré : dans son petit groupe se trouvait la cible de ce raid.

— Sunaarashi, rejoins ta position dans le cercle, ordonna-t-elle.

Son frère transmit silencieusement son ordre tandis qu'elle poursuivait en tapotant des doigts sur la pierre, pour tous ses chats. « Laissez-les pénétrer dans votre cercle mais barrez toutes les issues sans vous faire remarquer. Je veux savoir ce qu'ils nous veulent. » Elle suivit les mouvements de ses chats à l'aide de ses méridiens puis se prépara, traquant toujours le vide dérangeant à travers la forêt. Enfin, la Racine franchit le cercle de ses chats et apparut dans son champ de vision. Les ninjas ne s'arrêtèrent pas en réalisant qu'elle avait senti leur présence – ou plutôt l'absence de toute présence. Ils étaient entraînés à perdre toute émotion, après tout.

— Donnez-nous les enfants et vous aurez droit à une mort rapide, ordonna une voix sans timbre derrière le masque de tête.

La lèvre supérieure d'Hitomi se retroussa en un rictus méprisant. Elle devait lutter pour ne pas laisser exploser son aura meurtrière, mais n'avait aucun mal à se prétendre faible, effrayée. Ses entrailles formaient un nœud de terreur dans son ventre et un voile de sueur glacée lui recouvrait à présent la nuque. Elle dégaina et se plaça en position de combat, autorisant même son sabre à trembler légèrement.

— Laissez-m'en un en vie, murmura-t-elle.

— Quoi ? demanda le chef d'unité.

Elle ne lui laissa pas le temps de comprendre, sifflant à s'en percer les tympans. Aussitôt, ses chats bondirent hors de l'ombre et s'abattirent en vague cruelle et inarrêtable sur l'arrière de la troupe ennemie. Ils ne hurlèrent pas, formés par la Racine à oublier même la douleur, mais s'effondrèrent en s'étouffant dans leur propre sang. Le chef de l'unité prit cela comme un signe qu'il devait passer à l'assaut ; Hitomi l'accueillit à l'aide de son sabre, luttant en-dedans contre sa propre terreur et en-dehors contre l'homme qui osait convoiter ses élèves.

Il démontra immédiatement une grande force physique, mais même sans avoir repris l'entraînement la jeune femme réalisa qu'elle le surpassait dans les domaines de la vitesse et de la souplesse. Elle se servit de ces compétences pour esquiver tous les coups qu'il tentait de lui porter, une partie de son esprit ne s'éloignant jamais tout à fait des trois enfants qu'elle avait promis de protéger. Soudain, elle relâcha son aura meurtrière aussi brutalement que possible, laissant la force cruelle et impétueuse imposer dans l'esprit de son adversaire le désir d'en finir et la certitude qu'il allait mourir. Il s'étouffa, luttant pour forcer l'air devenu pratiquement liquide à entrer dans ses poumons – elle en profita pour le poignarder droit au cœur.

Le Murmure s'agita à l'intérieur d'elle, désespéré de se déployer et de voler le chakra qui restait encore à l'intérieur du cadavre. Si seulement cela n'avait pas impliqué de le toucher… Le cœur au bord des lèvres à la simple idée de poser les mains sur le corps d'un guerrier, Hitomi contraignit ses yeux à se détourner de la plaie si tentante pour se concentrer sur le reste du champ de bataille. Ses chats achevaient à présent leurs derniers ennemis et, comme promis, ils lui en avaient gardé un. C'était Hoshihi qui le gardait, et lui qui l'avait neutralisé : la moitié droite gravement brûlée du visage ennemi en attestait. Le masque immaculé était tombé à ses pieds, dévoilant des traits si jeunes que la kunoichi avait envie de hurler.

— Ne bouge pas, ordonna-t-elle d'une voix sèche.

Par précaution, elle le cloua malgré tout sur place à l'aide de la Manipulation des Ombres le temps de lui attacher les mains le long des flancs de sorte qu'il ne puisse ni se libérer ni utiliser de jutsu. Il n'avait pas plus de quinze ans et l'idée de l'attacher, de devoir l'amener à Ibiki pour qu'il soit interrogé et, à la fin de son parcours, exécuté, brisait quelque chose en elle. Mais elle était un shinobi : elle endurait pour le bien de son village. Ce ne serait qu'une souffrance de plus. Une larme de plus à moitié oubliée dans le silence de la nuit.

— Montez la garde pendant que je m'occupe des cadavres.

Sa voix, dénuée de tout timbre, trancha l'obscurité comme une lame. Elle ne s'attarda pas pour voir si ses chats agissaient selon ses consignes, se penchant aussitôt sur le premier cadavre, une femme d'une quarantaine d'années. Faisait-elle partie des sujets de la Racine qu'Akina et Sai avaient étudiés ? Hitomi savait qu'ils avaient dressé une sorte de commission, de conseil, pour décider quels membres de la Racine pouvaient être sauvés et réhabilités – et lesquels devraient se voir ôter la vie pour leur propre bien et celui du village. Avait-elle été jugée apte à revenir un jour à la vie civile ou dans le service actif ?

Elle passa d'un cadavre au suivant jusqu'à ce qu'ils soient tous les neuf enfermés dans leur propre sceau de stase. Elle les transportait dans un rouleau et pas à même la peau – elle ne voulait pas plus de contact que nécessaire avec les corps. Quand il ne resta plus que ses élèves, ses chats et son prisonnier, elle se redressa, s'essuyant les mains sur un mouchoir qu'elle jeta ensuite au feu. Le carré de tissu s'embrasa aussitôt et disparut parmi les cendres en quelques secondes à peine.

— Hokori, va prévenir Iruka-sensei que notre équipe a été attaquée et que l'exercice est annulé. Sa priorité doit être de vérifier que toutes les autres équipes sont en sécurité. Si on a été assaillis, d'autres aussi, sans doute.

— Bien, Invocatrice.

— Sunaarashi, Haîro et Kurokumo, prenez chacun un enfant sur votre dos. Hoshihi, je te chevaucherai moi-même avec notre prisonnier. On rentre à Konoha le plus vite possible.

Ses chats étaient sans doute aussi inquiets qu'elle des implications de cette attaque mais, tout comme elle, ils savaient ne pas avoir le droit de le montrer. Pas devant les chatons qui jouaient au brave et ne trompaient ni leur sensei ni ses invocations. En silence, les chats restants et leurs cavaliers firent demi-tour en direction du village, laissant derrière eux des taches de sang et un camp dévasté pour seule preuve du combat qui s'était tenu là.