Avec un juron, Hitomi se jeta sur la droite, roula sur l'herbe tendre et se redressa aussi vite que possible, esquivant de justesse le long arc électrique qui l'aurait paralysée et brûlée si elle ne l'avait pas vu venir à temps. Elle répliqua à l'aide de la Technique de l'Appel à la Meute, mais Ensui détruisit ses cinq loups aqueux à l'aide d'une technique Doton de force supérieure. Un rictus frustré tordit les traits de la jeune femme et s'approfondit alors qu'Itachi se joignait à la bataille, crachant une titanesque boule de feu à sa figure.

D'accord, elle avait sans doute fait preuve de stupidité quand elle avait affirmé vouloir les combattre tous les trois à la fois… Mais cela faisait une semaine qu'elle travaillait sans relâche pour retrouver son niveau d'antan et elle avait toujours l'impression que quelque chose à l'intérieur d'elle coinçait. Ce n'était pas un problème externe, cette fois : elle connaissait peu de véritables tracas en ce moment, et d'autant moins depuis que Gaara lui avait raconté comment Naruto avait gagné le Tournoi et promis de lui envoyer un enregistrement de tous ses combats. Le Kazekage n'avait pas raconté de quelle manière il avait récompensé son petit-ami et compagnon jinchûriki, mais elle en avait deviné assez à travers ses mots pour pouvoir en deviner plus qu'elle ne voulait savoir.

Non, c'était à l'intérieur que quelque chose clochait. Elle n'aurait su dire ce qui provoquait sa retenue. En fait, elle ne réalisait même pas qu'elle se retenait jusqu'à ce que ses deux – techniquement trois – mentors la poussent dans ses retranchements, exactement comme ils s'y appliquaient là, tout de suite. Elle dévia une pluie de projectiles à l'aide de son tantô dégainé et en attrapa quelques-uns au vol pour les renvoyer en direction d'Itachi, qui esquiva sans le moindre mal. Un jour, elle lui botterait le cul à travers tout le foutu Désert.

— Tu m'as habitué à mieux que ça, Hitomi, accélère la cadence !

Elle serra les dents pour ne pas répondre à la pique de son père adoptif par une volée d'insultes. Oh, il ne le prendrait pas mal, il saurait que c'était l'impulsion du moment qui parlait plutôt que son véritable état d'esprit à son égard, mais elle devait absolument économiser son souffle, là, tout de suite. Elle n'avait pas droit à ses invocations ou au Dieu de la Foudre, ce qui signifiait qu'elle devait mobiliser absolument toute son énergie pour se protéger, esquiver et répliquer – de préférence sans se transformer en lapin et courir sur tout le terrain en cherchant désespérément une cachette qu'elle ne trouverait pas.

D'une impulsion de chakra, elle activa l'un de ses sceaux à proximité de Kakashi. L'encre explosa aussitôt, si violemment qu'elle emporta avec elle le rocher sur lequel elle l'avait posée quelques minutes plus tôt. Cependant, le professeur avait senti ses intentions et s'était téléporté hors du champ d'action de sa terrible petite œuvre. Les ANBU ou Genin des Forces Générales en poste à proximité du terrain d'entraînement numéro trois auraient sans doute dû intervenir vu la violence de l'explosion mais, comme Hitomi l'avait exposé une fois à Karin et Sakura, ils avaient l'habitude, désormais, d'ignorer tous les bruits inquiétants venant de cet endroit.

— Ce vieux truc ? Décevant, Hitomi-chan !

La jeune femme répondit d'un rictus farouche à son sensei, exposant le sang qui maculait ses dents et sa bouche – elle ne s'était franchement pas attendue à ce qu'Itachi la frappe en plein visage en guise d'ouverture. Pas parce qu'elle était une femme, sa femme même, mais parce qu'il était censé préférer le putain de combat à distance. Elle feula, invoqua son Fouet Aqueux et parvint à toucher son mari au bras, maculant sa tunique d'un mélange d'eau et de sang. Quelqu'un le soignerait plus tard et ce ne serait probablement pas elle. Elle bondit, évitant de justesse le pilier de pierre qui l'aurait cueillie en plein estomac, mobilisa son chakra et entra à nouveau dans la bataille, aussi féroce et impitoyable qu'elle avait pu l'être autrefois.

Elle répondait à leurs assauts sans relâche depuis plus d'une heure quand, enfin, ils l'attrapèrent dans un moment de faiblesse. Le pied de Kakashi frappa le côté de son mauvais genou, celui que Sai avec abîmé des années plus tôt dans l'espoir de gagner le Tournoi de leur examen Chûnin. Avec un petit cri de douleur, elle s'effondra. Cette fois, elle ne parvint pas à rouler hors de portée suffisamment vite pour esquiver les deux kunai qui clouèrent sa tunique au sol et la main d'Itachi, délicatement posée sur sa gorge. Il lui avait fallu énormément de travail sur elle-même pour accepter l'intimité de ce contact, le danger sous-jacent et la confiance que tout cela lui demandait.

— Déclare forfait, murmura-t-il près de son visage.

Elle déglutit nerveusement mais força ses membres saturés d'adrénaline à retomber sans force contre le sol, poussant l'abandon jusqu'à fermer les yeux. Le poids d'Itachi sur elle la troublait plus qu'elle ne l'aurait admis à voix haute. Elle n'était pas surprise de ressentir de l'attirance physique pour lui : tout chez lui, depuis ses longues mains fines jusqu'à l'intensité de son regard, attisait son désir. Elle l'avait toujours observé avec le détachement d'un amateur d'art face à un chef-d'œuvre, mais ils étaient mariés désormais, et avaient posé des mots sur leur fascination réciproque. Elle ignorait seulement s'ils étaient prêts, elle comme lui, à laisser les mots derrière eux et passer à l'action.

— J'abandonne. Est-ce que Père peut venir soigner mes blessures maintenant ? Vous n'y êtes pas allés de main morte, tous les trois.

— C'est exactement ce que tu as demandé, Hitomi-chan.

Elle répondit d'un petit sourire à Kakashi et se redressa quand son époux cessa de la clouer au sol de tout son poids. La tête lui tournait légèrement, une vague sensation de brûlure hantait ses méridiens et ses muscles tressaillaient d'épuisement. Malgré sa mauvaise humeur durant le combat, elle avait obtenu le genre de profonde, apaisante fatigue qu'elle avait recherchée en leur demandant de la combattre ensemble. Elle soupira de soulagement quand son père adoptif posa une main nimbée de chakra couleur menthe sur l'entaille qui lui barrait l'épaule droite.

— Ton timing s'est amélioré depuis hier, constata Ensui tout en soignant ses écorchures et hématomes. Tu as encore du mal à passer d'une affinité à l'autre, mais tu as fait des progrès avec tes sceaux. Bravo.

La jeune femme se leva, un mince sourire aux lèvres. Elle avait encore quelques vertiges, mais rien de bien problématique, vraiment. Elle n'était pas surprise de l'état dans lequel elle se trouvait : même entre shinobi de très haut niveau, et elle n'en était pas encore là, surtout quand certaines capacités lui étaient interdites, les combats duraient rarement plus de quelques minutes. Heureusement, elle avait les réserves de chakra nécessaires pour lutter plus longtemps… Mais tout de même, un vide douloureux s'était installé dans ses Portes. Elle tituba jusqu'à un coin de soleil du jardin, laissant les tièdes rayons de lumière réchauffer sa peau.

— Ce n'est pas la peine de recommencer un combat maintenant, Shikaku-sama t'attend dans moins d'une heure. Il te fait vraiment travailler dur, Hitomi-chan.

Elle haussa les épaules, plus détendue qu'elle ne l'avait été avant le combat. Certes, elle le sentirait passer pendant au moins quarante-huit heures, mais un poids avait disparu de sa poitrine.

— C'est exactement ce que je lui ai demandé, à lui aussi. Et après le travail dans son bureau, je compte aller chercher les petits pour une séance d'exercice. Ce n'est pas parce que l'année académique se termine qu'ils vont se la couler douce.

Itachi échoua à réprimer un petit rire. Il se débarrassa de ses chaussures dans la petite entrée aménagée devant la baie vitrée, ôta sa tunique gorgée de sueur, d'eau – et de sang, là où Hitomi l'avait atteint avec son fouet. Elle entama un mouvement pour aller le soigner, même si elle s'était répété qu'elle ne le ferait pas, mais Ensui se trouvait plus près et s'en chargeait déjà, effaçant la balafre jusqu'à ce que reste seulement la peau lisse et pâle, intacte. Il était si difficile de ne pas le regarder quand il ne portait rien pour cacher son torse… ses avant-bras… les arcs étrangement délicats de ses clavicules… Il intercepta la manière dont elle l'observait et rougit légèrement, mais ne se couvrit ni ne se détourna.

— Je dois me préparer avant d'y aller. La dernière fois que je me suis pointée en tenue d'entraînement, il avait l'air horrifié que je travaille tellement.

— C'est un Nara. Le chef des Nara. Est-ce que tu t'attendais vraiment à autre chose de sa part ?

Le sourire d'Hitomi creusa une fossette dans sa joue lisse de toute cicatrice.

— Non, père, vous avez raison.

Sur ces mots, elle s'élança dans les escaliers, effleurant à peine les marches dans son empressement à aller se débarrasser de la sueur, du sang et de la terre que le combat avait laissés sur elle. Elle prit une douche sans doute un peu trop longue, s'accordant un moment pour rester sous le jet brûlant après s'être savonné et rincé autant le corps que les cheveux. Elle apprenait à s'offrir ces menues bénédictions, à récompenser son corps de l'endurance et de la force qu'il détenait – et qu'elle ne pouvait voir comme acquises.

— Pas la peine de me faire un bentô, fit-elle en arrivant dans la cuisine, vêtue de l'uniforme standard des Jônin, moins la veste.

Quand elle ne prévoyait pas de partir hors du village, elle appréciait le pantalon noir près du corps et la tunique tout aussi moulante, au col large et manches parfaitement ajustées. La couleur habituelle du haut était un bleu très sombre, mais personne n'aurait pu l'empêcher de porter le rouge presque bordeaux qu'elle affectionnait tant. Elle attacha ses cheveux encore légèrement humides en queue de cheval, ajusta sous sa tenue la chemise en résille d'acier dont elle ne se séparait jamais et récupéra son tantô, bien vite fixé à sa ceinture. Elle s'était maquillée, pour une fois : un peu de mascara allongeait ses cils, la couleur de ses lèvres était accentuée par le baume presque transparent et sans odeur que les kunoichi appréciaient tant, et elle avait souligné ses yeux d'un trait d'eye-liner noir, comme en hommage aux habitudes d'Ensui, qui arborait tous les jours le même trait en vert foncé.

— Travaille bien pour Shikaku aujourd'hui…

— … Et fais suer tes petits élèves jusqu'à ce qu'ils demandent grâce, Hitomi-chan.

Avec un petit rire, elle alla enfiler ses bottes et s'en alla. Parfois, Ensui et Kakashi se coordonnaient vraiment bien dans ce rôle mi-formateur mi-paternel – même si la partie réellement paternelle appartenait au Nara, qui la défendrait jusqu'à la mort s'il le fallait. Le pas guilleret, la jeune femme fendit la foule de civils préoccupés par leur vie de tous les jours. Elle aurait atteint la Tour plus vite par les toits, mais elle avait encore le temps. Le ciel s'était dégagé ; elle voulait sentir les généreux rayons de soleil sur son visage, ses mains nues.

— Vingt-cinq secondes de retard ? Fais attention, chaton, je vais finir par penser que tu reproduis les mauvaises habitudes de ton sensei.

Hitomi leva les yeux au ciel, referma la porte derrière elle et alla s'affaler sur la chaise des visiteurs, attirant une pile de dossiers devant elle.

— J'avais envie de marcher. Vu ta posture aujourd'hui, Ojisan, tu devrais essayer de t'y mettre.

Il ricana en guise de réponse et lui tendit un stylo pour qu'elle puisse commencer à remplir les dossiers. Demandes de réaffectation, de congés pour raisons diverses, une interminable liste de rapports, des dépôts de brevets dans les domaines qui intéressaient les shinobi… Elle ne manquait pas de travail. La paperasse n'avait rien d'amusant, mais elle en comprenait tout à fait la nécessité. Shikaku ne pouvait prendre de décision éclairée sans vision d'ensemble des forces du villages. Connaître ses Jônin les plus actifs ne suffisait pas, il devait également avoir conscience des mouvements dans les troupes des Forces Générales, des Chûnin, de l'ANBU. Elle étouffait presque de fierté à l'idée qu'il la juge digne de lui succéder à un tel poste.

— Il est temps de manger, je pense, fit-il après plusieurs heures. Tu veux aller passer commande ou je m'en occupe ?

— Je dois finir ce formulaire, tu peux y aller. En plus tu te dégourdiras les jambes comme ça !

Son rire résonnait encore dans la pièce quelques secondes après qu'il l'eut quittée. Hitomi découvrait avec étonnement que le rythme paisible d'un emploi de bureau ne la dérangeait pas tant que ça, à condition qu'elle s'entraîne aussi intensément que possible en-dehors de ses heures de travail et participe régulièrement à des missions à l'extérieur du village. Elle avait cru plusieurs années plus tôt, et même encore en acceptant l'offre de son oncle, que l'inaction du poste qu'il lui proposait aurait raison d'elle et de son sentiment de liberté. Ce n'était pas le cas. Shikaku choisissait de rester au village dans le cadre de ses fonctions. Elle n'était pas obligée de les accomplir à l'identique.

Plusieurs jours passèrent à ce rythme : le matin, elle s'entraînait avec Ensui, Itachi et Kakashi quand il ne se trouvait pas en mission, puis elle enchaînait avec plusieurs heures de travail aux côtés de Shikaku et clôturait sa journée en allant apprendre ce qui lui passait par la tête à ses trois petits élèves. Ils devenaient redoutables, tous les trois. Sugi avait enfin compris comment fonctionnait un sceau explosif, pour le ravissement d'Hanabi, et le talent d'Anosuke pour les techniques du clan Nara éveillait une sourde fierté au creux de son ventre. Ils grandissaient si bien, tous les trois. Dans un an, ils seraient de fiers Genin de Konoha… Et avec l'influence de son oncle, Hitomi était assurée de les guider jusqu'à ce qu'ils deviennent Chûnin et puis Jônin.

Un après-midi, elle se retrouva seule dans le bureau de Shikaku, qui avait été demandé auprès du Conseil pour une séance exceptionnelle. Il expliquerait tout à Hitomi quand il reviendrait, mais elle avait entendu dire que la séance aborderait le sujet du Pays de la Pluie – la simple idée de ce qui s'y cachait couvrait son dos d'une sueur glacée. Elle se redressa et cacha son inconfort sous un masque impassible quand elle sentit un chakra bien connu remonter le couloir jusqu'à la porte du bureau et entendit une main frapper à la porte.

— Entrez, Kakashi-sensei !

Toute trace de la joie qu'elle avait insufflée dans sa voix et son expression disparut quand elle le vit entrer. Il boitait bas, la jambe droite de son pantalon maculée de sang, mais ce n'était pas ce qui l'interpelait immédiatement : il avait les mains qui tremblaient et, quand il approcha, elle réalisa que ses pupilles étaient contractées à l'extrême. Elle s'ouvrit aux perceptions de ses méridiens, dut réprimer un mouvement de recul. Pilule militaire.

— Sensei, tout va bien ?

Il ne répondit pas tout de suite, regardant autour de lui comme un enfant perdu. Que s'était-il passé ? Elle plaça ses mains sous le bureau pour essuyer discrètement la moiteur qui s'y était formée. Rien, cependant, ne pouvait cacher aux sens extrêmement aiguisés de son professeur les battements effrayés et désordonnés de son cœur. Le fait qu'il ne le relève pas, qu'il ne pose pas de mots sur la peur immédiate qui l'avait frappée, ne l'inquiéta que davantage.

— Sensei ?

Enfin, il releva la tête vers elle. Le bandeau frontal qu'il posa sur le bureau de Shikaku était gorgé de sang. Elle n'avait pas besoin de plus pour comprendre. On ne ramenait jamais un bandeau frontal au village sans son propriétaire, sauf si…

— Qui ? demanda-t-elle d'une petite voix tremblante.

Enfin, il rencontra son regard du sien. Il avait l'air deux fois plus vieux qu'il ne l'était réellement : épuisé autant mentalement que physiquement, les blessures de l'âme bien plus graves et profondes que celles qu'elle voyait sur son corps.

— L'ANBU Sanglier est tombé au combat, répondit-il enfin d'une voix presque inaudible. Que la Flamme de la Volonté le protège dans son dernier voyage.

Une vague glacée s'abattit sur Hitomi. Elle connaissait Sanglier. Il lui était venu en aide des années plus tôt, quand elle avait trouvé Hayate à l'agonie sur un toit du village. Elle se souvenait de la sensation douce et tiède de son chakra, de la maladresse dont il avait fait preuve autour d'elle – il ne savait comment réconforter un enfant qui grandissait trop vite. Elle… Elle aurait aimé se dire que non, elle ne parvenait pas à l'imaginer mort, mais c'était faux. La mort faisait partie du mode de vie des shinobi, si étroitement lié à chaque aspect de leur existence qu'ils ne l'oubliaient jamais vraiment.

— Qu'Elle le protège, parvint-elle à articuler en réponse. Est-ce que vous voulez me dire comment c'est arrivé ?

Il secoua la tête mais s'affala sur la chaise des visiteurs – quand Shikaku s'en allait, Hitomi lui prenait sa place derrière le grand bureau de Chêne d'Hashirama. Elle ne dit rien pendant un long moment, se contentant d'observer son professeur à la recherche de quelque chose qui l'aiderait. Une entreprise bien vaine… Il connaissait Sanglier depuis des années, avait côtoyé cet homme durant toute la période la plus sombre de sa vie, si sombre qu'il s'était caché derrière le masque de porcelaine du Limier et avait failli ne jamais s'en défaire. Rien dans le pouvoir d'Hitomi n'allégerait la douleur de le perdre.

— Crépuscule… Encore eux. Deux équipes de quatre… On n'était que trois, cette fois. J'ai envoyé Renard à l'hôpital. Mais Sanglier… Sasori était avec eux. Il l'a empoisonné et je n'ai rien pu faire.

Le simple fait d'entendre le nom du déserteur Sunajin pétrifia Hitomi de terreur. Elle se souvenait encore du baiser d'agonie de son poison à l'intérieur de ses veines, du chant désespéré de ses nerfs à vif, de toutes les fois où elle avait prié pour s'éteindre et abandonner la lutte, pour emporter ses mille secrets avec elle là où l'Akatsuki ne la suivrait pas. Elle ferma les yeux, enfouit son visage dans ses mains, mais finit par se reprendre.

— Je vais vous emmener à l'hôpital, sensei. Vous avez besoin qu'un vrai médic examine vos blessures. Nous honorerons la mémoire de Sanglier, je vous le promets. Est-ce que… Est-ce que vous savez s'il avait de la famille, quelqu'un que je puisse prévenir ?

À nouveau, le professeur épuisé secoua la tête.

— La plupart des ANBU n'ont ni famille ni amis. Ils ne sont même pas censés former des liens avec leurs camarades dans les Forces Spéciales…

Et pourtant, voilà où en était Kakashi, dévasté par la mort d'un homme qui avait été plus qu'un simple camarade à ses yeux. Un sourire triste s'inscrivit sur les lèvres d'Hitomi. Elle aida le Ninja Copieur à se redresser et le guida un pas après l'autre en direction de la porte.

— Naruto est rentré aussi, tu sais. Tsunade lui avait demandé de rester un peu plus longtemps à Sunagakure pour une sorte de mission diplomatique… Mais s'il n'avait pas débarqué en plein milieu du combat, Renard et moi… On serait sans doute morts aussi.

Dans d'autres circonstances, Hitomi aurait été ravie d'apprendre que son frère était rentré. Elle se languissait de sa présence et culpabilisait de ne pas avoir assisté au Tournoi, de ne pas avoir vu Tsunade lui remettre sa veste de Chûnin… Mais elle avait des problèmes plus urgents à traiter, là, tout de suite.

— Où est-il maintenant ? demanda-t-elle tout en guidant Kakashi dans les escaliers avec une infinie prudence.

— À l'hôpital avec Renard. Il ne pouvait plus marcher… Mais Naruto a invoqué l'un de ses énormes crapauds pour qu'il puisse suivre notre fuite. Il nous a sauvés.

L'esprit de l'homme, brisé et horrifié au-delà de toute commune mesure, commençait à divaguer. C'était le signe que la pilule militaire qu'il avait prise commençait à se dissiper et qu'il souffrirait bientôt d'une sensation glaciale à travers ses Portes. Elle lui frictionna l'épaule comme elle le pouvait en supportant la plus grande part de son poids. Il leur fallut un très, très long moment pour arriver à l'hôpital. Heureusement, un seul regard dans leur direction convainquit l'infirmière qui gérait les nouvelles arrivées que leur cas était plutôt urgent.

— Je vais aller chercher Naruto, murmura-t-elle au-dessus de la forme immobile de son sensei.

Il avait été transféré dans une chambre et perfusé, un anesthésique puissant se mêlant à tout ce dont il avait besoin pour guérir. Hitomi avait dû s'avouer soulagée en comprenant ce que les médics avaient fait – bien entendu, ils n'avaient pas informé Kakashi de leurs intentions, sans quoi il aurait refusé le sommeil. Elle caressa son front nu, ses cheveux humides de sueur, s'assura que son visage était aussi bien dissimulé qu'il le souhaitait et le laissa seul, le cœur lourd.

Hitomi trouva Naruto dans l'un des étages inférieurs, au chevet de Renard. L'ANBU était affalé sur son lit d'hôpital, à peine conscient, le masque des Services Spéciaux toujours rigoureusement fixé sur son visage. Une infirmière s'affairait sur sa jambe droite. En avançant, la jeune femme comprit qu'il s'agissait d'une fracture ouverte, particulièrement mauvaise si elle en jugeait de ce qu'elle voyait. Pas étonnant qu'il n'ait pas été capable de marcher, encore moins courir à la vitesse d'un shinobi, pour échapper aux hommes qui poursuivaient son équipe.

— Hitomi-nee ! s'exclama Naruto en la voyant arriver.

Il se jeta dans ses bras et l'étreignit à lui en briser les côtes mais elle le laissa faire et lui en rendit au moins autant, imprégnant tous ses sens de sa présence, de la sensation de son retour. Finalement, elle le relâcha et l'écarta à bout de bras, détaillant la veste de Chûnin sous le long manteau marqué de l'emblème des Uzumaki qu'il portait depuis qu'il était diplômé de l'Académie.

— Félicitations pour ta promotion. J'étais certaine que tu réussirais.

— J'aurais aimé que tu sois là pour le voir… Et Maman et Kakashi-sensei aussi.

Le regard d'Hitomi s'assombrit. Elle se sentait toujours triste de l'avoir raté au sommet de sa gloire… Elle finit par forcer un sourire sur ses lèvres, dans l'espoir que son frère retrouve vite son entrain habituel.

— Bha, je suis sûre que tu me raconteras tout dans le détail, et Gaara m'a dit qu'il t'avait donné un enregistrement pour que je puisse voir tes combats !

Elle se figea quand une larme solitaire roula sur la joue de Naruto. Elle ne l'avait plus vu pleurer depuis si longtemps… Les mains légèrement tremblantes, elle lui prit le visage en coupe et l'inclina vers elle, le regardant droit dans les yeux. Il avait le cœur brisé, et ce n'était pas parce qu'il avait vu un membre du village mourir sous ses yeux. Non, c'était de la colère qu'il ressentait pour cela en particulier, pas le voile de tristesse qu'elle apercevait à présent sur son visage.

— Qu'est-ce qu'il se passe, Naruto ? Est-ce que tu veux qu'on en parle maintenant ou plus tard ?

Il força sur ses lèvres un sourire qui déchira le cœur de sa sœur aînée. Il n'avait jamais été doué pour prétendre aller bien.

— Plus tard, quand on sera rentrés. Enfin… J'imagine que comme tu vis avec Itachi-san maintenant, tu ne rentreras pas à la maison avec m-moi…

— Ne raconte pas de bêtise, enfin. J'enverrai un message à Itachi et il comprendra, tu verras.

Naruto n'avait pas été ravi d'apprendre son mariage à l'homme que Sasuke avait juré de tuer… Mais comme tout le monde au village, il savait désormais de quels crimes Danzô Shimura s'était rendu coupable. Le jinchûriki espérait toujours ramener Sasuke au village – et ignorait encore les véritables motifs de sa trahison – et il avait une motivation de plus désormais : il voulait voir les deux frères réunis, heureux. Ce serait sans doute plutôt grâce à lui qu'aux efforts d'Hitomi si cela se produisait. Naruto pratiquait l'art de la paix comme personne – et sa sœur aînée régnait sur la guerre.

— Est-ce que Renard ira bien ? demanda-t-elle finalement à l'infirmière qui se redressait en se désinfectant les mains.

— Il devra suivre un peu de rééducation mais oui, il ira bien. Vous devriez le laisser se reposer maintenant. Naruto-san, Karin-san est en réunion avec Sakura-san et Tsunade-sama. Est-ce que vous voulez que je l'informe de votre retour ?

— Oui, s'il vous plaît. Merci beaucoup, pour ça… Et pour Renard.

L'infirmière répondit d'un sourire et s'éclipsa, les laissant un instant seuls tous les deux avec le blessé endormi. Hitomi se décida : elle attrapa la main de son frère et le contraignit à la suivre hors de la petite chambre puis hors de l'hôpital, un pas après l'autre. Dehors, une lumière rieuse baignait le village, comme si tant de drames miniatures ne se déroulaient pas en son sein. La jeune femme tira légèrement sur le bras de Naruto, l'emmenant dans une autre direction que celle des terres Nara.

— Allons manger un bol de ramen d'abord. C'est moi qui invite.

Il la suivit sans résistance, une ombre de sourire aux lèvres. Elle espérait que ce n'était pas trop grave, cette chose qu'il n'avait pas voulu expliquer à l'hôpital, que c'était de la pudeur plutôt qu'un besoin de secret qui avait poussé Naruto au silence.

— Alors, tu vas pouvoir te lancer dans des missions de rang B maintenant que tu es Chûnin… Et fini les corvées de Genin ! Tu dois être plutôt content de toi sur le coup.

— C'était difficile, le Tournoi, mais je suis soulagé que ce soit terminé, oui. Qui sait, on pourrait peut-être avoir une mission ensemble bientôt ?

Un sourire creusa une fossette dans sa joue.

— Je travaille avec Shikaku-ojisan maintenant. Je participe au choix des assignations. Je nous trouverai un truc tranquille, tu verras.

Naruto ricana dans son bol de ramen, déjà à moitié vide alors qu'elle avait à peine eu le temps d'avaler une bouchée.

— Les missions ne sont jamais tranquilles avec toi, Hitomi-nee. Ça fait partie de ton charme.

— Pfeuh ! Je t'en ficherai du charme, moi, tu vas voir.

Le frère et la sœur s'abîmèrent dans un rire presque soulagé sous le regard bienveillant de Teuchi Ichiraku, qui resservit une portion plus que généreuse à son jinchûriki préféré. Juste pour quelques instants, ils s'autorisèrent à oublier les problèmes qui s'amoncelaient à l'horizon. Même les ninjas avaient besoin d'un peu de légèreté.