Resté seul avec son épouse, Itachi resserra son étreinte autour d'elle et se leva, la soulevant sans effort. Elle ne pesait pas grand-chose, après tout. Les petits sanglots qui agitaient encore parfois son corps menu lui brisaient le cœur. Il traversa la maison pratiquement à l'aveugle, le champ de vision empli de ses longues boucles noires et les poumons de son odeur si reconnaissable – pour lui, en tout cas. L'ameublement de la chambre d'Hitomi n'était pas familier pour l'ancien déserteur, mais c'était elle qui avait besoin de familiarité.

— Je peux t'enlever ton kimono, si tu veux. Tu te sentiras plus à l'aise sans.

Il fallut un long, insoutenable moment avant qu'elle acquiesce, le mouvement si discret qu'Itachi le rata presque alors qu'il ne la quittait pas un instant du regard. Un petit sourire triste aux lèvres, il installa la jeune femme sur son lit et commença à dénouer la obi de son kimono de combat. Le tissu épais résista quelque peu mais finit par céder.

— Tout va bien se passer, promit-il d'une voix qu'il espérait apaisante.

Il mentait, bien entendu. Il le savait, elle le savait… Mais ils ne confronteraient pas son mensonge. Il lui caressa la joue d'une main, l'autre s'appliquant à faire reculer le tissu de son kimono sur ses épaules. Ses bras étaient si frêles… Il se pencha, son souffle agitant quelques mèches qui s'étaient échappées de sa queue de cheval, et acheva de lui ôter sa tenue de combat. Elle ne le regardait pas, les yeux perdus quelque part devant elle.

Il aurait préféré lui laisser le legging qu'elle portait, mais elle avait décidé d'enfiler sa combinaison en résille de maille d'acier sous ses vêtement ce jour-là. Si elle dormait dans cette tenue, elle souffrirait au réveil. Avec un petit soupir, il la poussa tout doucement en arrière jusqu'à ce qu'elle comprenne ce qu'il voulait et s'allonge sur le lit. Il lui fallut quelques minutes pour ôter le legging puis la combinaison. Il prenait des précautions sans doute superflues pour ne pas avoir de geste inapproprié, pour ne pas la toucher d'une manière qu'elle n'aurait peut-être pas souhaitée si elle s'était trouvée dans son état normal. Finalement, elle fut en sous-vêtements devant lui. Si les circonstances avaient été différentes, il l'aurait dévorée du regard. Tout ce qu'il parvenait à voir réellement maintenant était l'expression défaite sur ses traits et son regard tellement, tellement perdu.

— Pyjama ? demanda-t-il dans l'espoir d'attirer son attention.

Pour la première fois depuis de longues minutes, elle bougea seule, sans son impulsion. Elle entoura son ventre de ses bras comme si elle souffrait, se replia sur elle-même et secoua la tête. Il l'aida à s'installer sous la couverture légère et se figea quand elle empoigna une pleine poignée du tissu de sa tunique, l'empêchant de reculer.

— Reste, s'il te plaît, murmura-t-elle.

Ses mots étaient à peine audibles, mais leur sens suffisamment clair. Les gestes lents, précautionneux, il s'installa à ses côtés tandis qu'elle se tournait sur le ventre, enlaçant son oreiller comme pour se réconforter toute seule. Itachi préférait dormir torse nu, mais ce n'était pas le moment de faire le difficile. Elle avait besoin de lui et elle obtiendrait tout ce qu'il pouvait bien lui offrir à cet instant.

— Je suis là, ne t'en fais pas.

Il l'enlaça avec toutes les précautions du monde. Sa peau délicate semblait froide sous ses doigts, ce qui ne le surprenait pas tant que ça. Son état de choc ne s'était pas tout à fait dissipé. Il ne savait pas combien de temps cela prendrait, seulement qu'il se tiendrait à ses côtés tout du long. Il caressa ses bras nus du bout des doigts puis ses épaules, sa nuque, lui tirant un petit geignement satisfait. Elle semblait avide de ce genre de contact doux, délicat, ses yeux se fermant contre sa volonté à plusieurs reprises. Ses longs, lents battements de cils rappelaient à Itachi la manière dont un chat exprimait son affection à la personne qu'il regardait.

— Essaye de dormir, maintenant. Tout ira mieux quand tu te réveilleras, tu verras.

Un nouveau mensonge. Elle roula sur le flanc, pressant son dos pratiquement nu contre le torse de son époux. Il ne savait pas trop où poser ses mains : les hanches et la taille lui semblaient trop intimes, mais c'était pire au-dessus de cette ligne. Il ne voulait pas qu'elle vive mal son contact quand elle aurait la tête assez claire pour réfléchir à la manière dont il l'avait traitée. Il ne cherchait qu'à lui apporter du réconfort, rien de plus. Une part absente de son esprit notait la satisfaction de la sentir blottie contre lui, savourait la douceur de sa peau, mais Itachi faisait taire cette partie de lui depuis toujours. Cette fois, il avait une excellente raison de l'ignorer.

Ensui avait raison, Hitomi eut des cauchemars. Itachi n'était pas certain du moment où elle s'était endormie, mais elle commença à s'agiter dans son sommeil une heure après qu'ils se furent installés dans le lit. Au début, elle se contentait de sursauter et de se tendre, mais bien vite des petites plaintes de détresse lui échappèrent. Son chakra commença à circuler plus vite et avec plus d'intensité à l'intérieur de ses méridiens en réaction à quelque chose qui manifestement la terrifiait.

— Hitomi ?

Elle ne se réveilla pas, ne répondit pas. Les sourcils froncés, Itachi s'écarta juste assez pour la faire rouler sur le dos et observa ses traits tordus de frayeur. Il lui caressa la tempe, la pommette, la joue, mais elle ne réagit pas à son contact. Ce dont elle rêvait l'avait emmenée loin, très loin de la surface. Les Sharingan de l'ancien déserteur s'éveillèrent, les trois tomoe pivotant paresseusement autour de chacun de ses iris. Il ne voulait pas la forcer à se réveiller, elle avait besoin de sommeil – mais d'un sommeil paisible.

Itachi mobilisa son chakra à travers les méridiens qui remontaient vers sa nuque, son crâne, ses yeux. Il réutilisait son Sharingan pour la première fois depuis que le village l'avait à nouveau accepté en son sein. Son cœur accéléra la cadence. La technique qu'il voulait utiliser pour aider son épouse ne demanderait pas énormément de chakra, mais le niveau de contrôle exigé impliquait toujours un très léger risque d'erreur. Heureusement, quand il posa sa paume gauche sur le front d'Hitomi, il glissa sans peine dans son esprit, dans son rêve.

Ils se trouvaient dans la Forêt de la Mort. Itachi reconnut directement son frère cadet à côté de son épouse, tous deux bien plus jeunes qu'ils ne l'étaient aujourd'hui. Hitomi se concentrait totalement sur ce qui trouvait devant elle, au point de ne pas réaliser que quelqu'un s'était infiltré dans son esprit. Quand il tourna la tête, l'ancien déserteur comprit pourquoi : devant elle se tenait Orochimaru. Il savait que c'était un rêve, pourtant un réflexe le poussa à posa sa main sur sa cuisse gauche – et puis il se rappela qu'il avait laissé ses armes sur la table de nuit, de toute façon.

— Hitomi, l'appela-t-il d'une voix douce.

Elle tourna la tête vers lui, agitée de violents tremblements, les pupilles si dilatées qu'il distinguait à peine ses iris carmin. Une terreur au-delà des mots s'écoulait hors d'elle comme un fleuve sous la forme d'une lourde nappe de chakra. Des larmes apparurent aux coins de ses paupières et roulèrent sur ses joues, dont l'une n'était qu'un amas de chair à vif. Elle lui avait raconté l'origine de cette cicatrice, il s'en souvenait… Mais c'était tout autre chose de voir.

— Je suis là pour t'emmener en sécurité. Ce n'est qu'un mauvais rêve. Viens avec moi.

Il tendit la main, un sourire rassurant aux lèvres. Elle s'en saisit mais tourna la tête vers Sasuke et refusa de bouger quand il tira légèrement sur son bras.

— J-je ne peux pas le laisser ici tout seul…

La dévotion qu'elle portait à son petit frère serra le cœur d'Itachi mais il secoua la tête et attira à nouveau son attention.

— Il n'est pas vraiment là, Hitomi. C'est juste une construction de ton esprit, une image. Il ne peut pas nous suivre là où je t'emmène. Suis-moi maintenant. Tout ira bien, tu verras.

Cette fois, elle accepta de le suivre, même si sa réticence s'inscrivait sur ses traits en lettres d'or. Itachi la guida hors de la Forêt de la Mort, à travers le village parfaitement immobile. Son esprit n'avait pas prévu qu'elle visite cette partie du rêve. Il enlaça ses épaules d'un bras ; même dans cet espace onirique, il parvenait à sentir sa chaleur contre lui, le doux chatouillis quand le vent portait l'une de ses boucles jusqu'à son visage, l'odeur indéfinissable mais addictive qui s'y accrochait.

Ils arrivèrent finalement à un onsen mixte, totalement désert. Sans un mot, l'ancien déserteur fit signe à son épouse d'aller se préparer et se dirigea vers les vestiaires des hommes. Il se dévêtit, prit une douche – ce n'était pas parce qu'il se trouvait dans un rêve qu'il pouvait se permettre d'ignorer les règles très strictes concernant les bains publics – et marcha d'un pas presque paresseux jusqu'au bassin commun. Elle s'y trouvait déjà, immergée jusqu'au menton et totalement nue. Il la rejoignit avec prudence, les yeux rigoureusement rivés à son visage qui se détendait lentement. Même quand il la toucha, l'enlaça à nouveau, il se concentra pour ne pas se conduire d'une façon inappropriée. C'était son rêve à elle. Il ne pouvait pas se conduire n'importe comment.

— C'est mieux d'être ici, pas vrai ? fit-il après un petit moment de silence.

— Hm hm. C'est drôle, mes rêves n'ont jamais dévié de cette façon.

Un petit sourire naquit sur les lèvres d'Itachi. Il était ravi de lui permettre quelques heures de repos, de bonheur simple. Certes, cela lui demandait un gros effort mental, mais il pourrait se reposer après. S'il n'avait pas sacrifié un peu de ses forces, elle n'aurait eu aucun repos, elle. D'une décharge de chakra, il grava un écho doux et prévenant de lui-même dans son esprit puis s'en retira, retournant au monde réel.

Une violente douleur pulsa derrière ses globes oculaires, si intense que pendant une seconde il ne distingua rien dans la semi-pénombre, la vision recouverte d'un voile rouge sombre. Puis la douleur se retira, le laissant frissonnant et légèrement étourdi. Tsunade l'avait prévenu que cela risquait d'arriver. Il devait réentraîner ses Sharingan à accepter la pression d'un combat. Cette technique, si délicate et précise, constituait en soi un bon exercice… Mais ses précieuses pupilles n'avaient pas été prêtes pour ça. Bha, le bonheur d'Hitomi valait bien un peu de douleur. Il lui caressa les cheveux une dernière fois puis quitta le lit, la regardant rouler dans la chaleur qu'il laissait derrière lui avec un soupir satisfait. Cette vision lui serrait le cœur, de la bonne manière.

Il avait d'autres tâches à accomplir, cela dit. Elle ne ferait plus de cauchemars cette nuit, ce qui signifiait qu'elle n'avait plus besoin de lui pour l'instant. Sans le moindre bruit, il ramassa les vêtements qu'il avait laissés traîner un peu partout et commença à ranger avant de descendre au rez-de-chaussée. Hélas, son épouse ne goûterait pas les ramen qu'il avait préparés avec l'aide de Naruto… Ils n'étaient jamais aussi bons le lendemain que le jour-même. Le jeune homme décida donc de placer la portion qu'elle aurait dû consommer dans un bentô hermétique. Il l'apporterait à son frère par alliance plus tard, quand le désastre provoqué par Kakashi serait retombé.

Une calme colère s'emparait d'Itachi quand il songeait à ce que le Jônin avait fait. Il savait quelle confiance absolue Hitomi lui avait portée – au point de lui parler des rêves prémonitoires qui la visitaient parfois. Qui pouvait déterminer l'étendue des dommages causés par cette brèche dans leur relation ? Il aurait dû écouter la voix de la raison, consulter Tsunade ou un autre médic de haute volée dès qu'il avait senti les premiers signes de manque.

Pourtant, l'ancien déserteur ne pouvait en vouloir à Kakashi pour cette partie de son échec. Il comprenait. L'âme d'un shinobi était son pire ennemi, toujours à le persuader qu'il était assez fort, qu'il contrôlait la situation. Mais qu'avait-il contrôlé exactement quand il avait utilisé son aura meurtrière sur Hitomi ? Regrettait-il seulement son geste ? Cela au moins Itachi l'espérait. Si le professeur ne montrait aucun signe de remord, Ensui ne serait pas le seul à s'occuper de son cas.

C'était presque drôle à quel point la colère latente qui saturait son esprit en arrière-plan le rendait efficace. En quelques dizaines de minutes à peine, il eut fait le tour de toutes les tâches ménagères qui attendaient son attention à l'intérieur de la maison et s'était décidé à poursuivre le travail à l'extérieur également, tant qu'il y était. Il savait qu'Hitomi appréciait les fleurs sauvages du jardin. Il l'avait vue les regarder quelques fois avec quelque chose qui ressemblait à de la douceur dans les yeux. Tout en réfléchissant et en prenant le soin de peser les sentiments qui le traversaient, Itachi se débarrassa de toutes les mauvaises herbes et des plantes toxiques pour les chats de son épouse, ou pour les cerfs dont le clan s'occupait.

Quand il eut terminé toutes les tâches ménagères qu'il lui restait à faire et effectué celles qui n'en avaient certainement pas besoin, le soleil s'élevait paresseusement dans le ciel. Il s'installa dans le salon avec un livre ; il était tentant de s'imaginer remonter les escaliers et s'installer aux côtés d'Hitomi mais il savait que cela perturberait son sommeil. Il voulait qu'elle se repose, qu'elle dorme tout son soûl, quelque chose qu'elle ne se permettait jamais vraiment. Si cela au moins pouvait résulter de l'horrible journée qu'elle avait vécue la veille, il s'estimerait satisfait.

— Elle va bien ? demanda Ensui à l'instant où il eut troqué ses chaussures contre des pantoufles et soit entré dans le salon.

— Elle dort depuis… Treize heures d'affilée. Le jutsu que j'ai utilisé pour détourner son cauchemar peut rendre particulièrement somnolent.

Le Jônin grogna, posa une boîte de biscuits sur la table basse et s'affala à côté de lui, manifestement épuisé. Il avait encore les phalanges de la main droite légèrement enflées, même si un médic était sans le moindre doute passé par là. Itachi le savait particulièrement proche de Shizune… Avait-il recherché du réconfort à ses côtés après avoir réglé le dossier en souffrance que constituait Kakashi ?

— Gai m'a interpelé pendant que je rentrais. Kakashi a entamé son sevrage cette nuit, sous sa supervision et celle de Tsunade. Et je ne lui ai pas cassé la mâchoire, seulement la pommette gauche.

— Quel dommage, commenta Itachi d'une voix légèrement traînante.

Ensui se redressa légèrement, attrapa un biscuit dans la boîte qu'il avait ramenée et le lança à Itachi avant d'en prendre un pour lui-même.

— Il va avoir beaucoup de choses à se faire pardonner. Tu ne le laisse pas approcher d'Hitomi tant qu'il ne sera pas sevré et qu'elle ne sera pas prête, d'accord ?

— Comment est-ce que je saurai qu'elle est prête ?

— Tu ne le sauras pas. Elle, elle saura et elle te le dira.

L'ancien nukenin acquiesça. Cela lui semblait juste et correspondait à l'image qu'il se faisait de son épouse depuis qu'il vivait à ses côtés et partageait son quotidien. Elle avait appris à se connaître, à se comprendre, et même si elle ne respectait pas toujours ses propres limites, il ne la voyait pas manquer de prudence avec quelque chose d'aussi important que sa réconciliation avec Kakashi.

— Je vais commencer à passer de plus en plus de nuits chez Shizune. Vous laisser un peu d'espace à tous les deux… Bref, je ne vais pas te faire un dessin.

— Le moment ne semble pas idéal pour quitter le nid.

— Au contraire, Itachi. Ma fille est une personne incroyablement indépendante. Si je suis tout le temps dans ses pattes alors qu'elle vient de souffrir une terrible blessure par une personne à qui elle vouait toute sa confiance, elle dira à ses chats de me transformer en jouet-qui-couine. J'ai d'autres projets dans la vie, figure-toi.

— Et moi, alors ? Est-ce que je ne risque pas d'être dans ses pattes ?

Ensui haussa les épaules, l'ombre d'un rictus amusé aux lèvres.

— Chacun ses problèmes, mon cher ami. Je te conseillerai seulement de lui proposer de s'entraîner quand tu sens qu'elle s'agite, si je ne suis pas dans le coin. Même la nuit. Ou alors trouvez d'autres manières de… Ugh, non, je ne vais pas finir cette phrase. Je ne veux pas savoir comment vous vous défoulez.

Itachi ne put s'empêcher de rire aux dépens de l'autre homme. Être père ne semblait déjà pas une entreprise facile, mais il n'osait imaginer ce que c'était avec une fille comme Hitomi. Pourtant, quand il s'imaginait paternel à son tour, un poupon dans les bras, son cœur s'emballait incontrôlablement. Un jour, il y aurait droit, lui aussi. Il savait que son épouse voulait des enfants. Le moment semblait juste tout sauf approprié : elle se consacrait à sa carrière, les ennuis s'amoncelaient à l'horizon à cause de l'Akatsuki et de Crépuscule… Et ils étaient encore si jeunes, tous les deux. Ils disposaient de tout le temps du monde.

— Je vais aller porter les ramen que j'avais faits hier à Naruto-kun, offrit le jeune homme comme nouveau sujet de conversation. C'est moins bon le deuxième jour mais, le connaissant, il va les dévorer. Il est vraiment doué pour cuisiner, c'est incroyable.

— C'est Naruto, ça. Quand il était petit, tout le monde le prenait pour un idiot et il jouait le jeu parce que c'était plus facile et que, parfois, ça faisait rire. Depuis que Kurenai l'a adopté, il s'est posé, a pris confiance en lui. Au début, il avait peur qu'elle prenne mal le fait qu'il cuisine mieux qu'elle, et puis il a compris qu'au contraire, ça la rendait heureuse.

— Kurenai-san semble être une mère formidable.

— Formidable, oui… Je pense qu'on peut dire ça. Et c'est exactement pour ça que tu ne lui diras pas un mot de ce qu'il s'est passé avec Kakashi. Les autres Jônin qui ont assistés à la scène que j'ai faite dans le bar hier sont d'accord pour dire qu'elle le tuerait sans la moindre sommation…

— Et Hitomi ne voudrait pas ça.

— Et Hitomi ne voudrait pas ça. C'est bien, tu comprends. Les jours et les semaines qui vont suivre seront incroyablement délicats pour elle. Si tu aggraves la situation en faisant tuer son sensei, même pas inadvertance, je te ferai passer l'envie de prendre des initiatives.

Itachi accepta la menace d'un calme hochement de tête. Il n'était pas effrayé par grand-chose, mais la voix grave et douce d'Ensui fit courir un frisson glacé le long de sa colonne vertébrale. Il décida de se lever, comme si quelques pas pouvaient dissiper la terrible agitation qui courait désormais à l'intérieur de son corps. Si le Nara décidait de lui faire du mal, de le détruire pour de vrai, il savait qu'il n'aurait aucune chance. Il était un génie, l'un des shinobi les plus puissants à arpenter cette terre… Mais il ne parviendrait jamais à lever la main sur Ensui, même pour se défendre. Hitomi l'aimait de tout son cœur. Il ne pourrait pas lui faire ça, c'était impossible.

— Je vais aller voir Naruto, du coup. Est-ce que je peux le prévenir que quelque chose s'est produit ?

— Hum… Si tu lui fais bien comprendre qu'Hitomi ne veut pas que Kurenai sache, ça devrait aller. Et qui sait, il sera peut-être d'une grande aide pour réconforter sa sœur. C'est difficile de résister à Naruto, après tout.

Ensui avait raison. Même Itachi, qui ne pouvait faire un pas dans le village sans se trouver débordé de souvenirs liés d'une façon ou d'une autre à Sasuke – et le jeune jinchûriki faisait partie de ces souvenirs, lui qui avait été si proche de son frère cadet – s'était surpris plus d'une fois à sourire sincèrement au jeune homme pendant qu'ils cuisinaient ensemble. Il comprenait soudain pourquoi Hitomi se vouait sans hésitation à de telles extrémités pour le protéger. Il était un véritable joyau parmi la pierre brute des shinobi – sans doute l'un des seuls parmi eux à ne pas être son propre pire ennemi.

Il quitta la maison en silence, les bras chargés du reste des ramen préparés la veille. Le trajet n'était pas bien long jusque chez Kurenai, qui habitait quelques maisons plus haut dans la rue. Heureusement, elle n'était pas chez elle : Itachi se concentra avant de frapper à la porte, à la recherche de son chakra, et découvrit qu'elle était partie à peu près au lever du soleil. Naruto lui ouvrit et le salua d'un sourire qui se teinta de surprise. Il venait de réaliser qu'Itachi n'était pas revenu les mains vides.

— Pourquoi tu me ramènes les ramen ? Hitomi-nee ne les a pas aimés ? Non, attends, c'est impossible, ça. Elle mange toujours ses ramen.

— Elle n'a… Pas mangé hier. Il s'est passé quelque chose. Est-ce que je peux entrer ?

Le front marqué d'un pli soucieux, Naruto s'effaça dans l'encadrement de la porte, lui laissant assez d'espace pour qu'il entre, ôte ses chaussures et enfile les chaussons à disposition des invités. Ils étaient un peu trop petits, mais ça ferait l'affaire. Il n'entendait pas s'éterniser, de toute façon. Il voulait être là quand Hitomi se réveillerait, au cas où elle aurait besoin de lui.

— Bon, alors, qu'est-ce qu'il s'est passé ? demanda Naruto quand ils furent dans la cuisine, occupés à ranger la nourriture dans le frigo.

— Elle avait un entraînement avec Kakashi-san hier. Apparemment, ça s'est très mal passé… Il a même utilisé de l'aura meurtrière sur elle.

— Il a fait quoi ?

L'assiette dans les mains de Naruto, qui avait décidé de ranger la vaisselle, explosa en mille morceaux. Pris de cours, Itachi lutta contre l'impulsion de dégainer un kunai et fit volte-face. Son cœur se mit à battre de toute allure quand il réalisa que les yeux de son beau-frère avaient viré au rouge sang, les pupilles verticales comme celles d'un chat… Ou d'un jinchûriki fou de rage.

— Ensui s'est déjà chargé de le châtier pour ça, tenta-t-il d'un ton apaisant. Quand elle est revenue de son entraînement, Hitomi était à deux doigts de faire une crise de panique, dévastée… Ensui m'a demandé de veiller sur elle. Il est rentré ce matin.

L'inquiétude commença à prendre le dessus sur Naruto. Peu à peu, ses yeux virèrent à nouveau au bleu, ses pupilles s'arrondirent. Il avait toujours l'air agité, mais pas le genre d'agitation qui raserait le village si on la laissait s'exprimer. Itachi s'autorisa à se détendre légèrement. S'il s'énervait encore, il pourrait sans doute maîtriser le jinchûriki avec son Sharingan… Sans doute, oui, vraiment. Rien n'était certain depuis qu'il avait obtenu les yeux de Shisui et recouvré une vue correcte. Il devait réapprendre bien des choses.

Avec un peu de chance, il réapprendrait à temps pour affronter les problèmes à l'horizon.