Quelques semaines plus tard, quand elle fut à nouveau assez en forme pour prendre des missions – en tout cas selon Ensui et Itachi, qui se montraient impitoyable quand ils l'entraînaient – Hitomi fut convoquée dans le bureau de Tsunade. La cheffe de guerre, contrairement à son prédécesseur, ne remettait en main propre que les missions de rang A et S ainsi que la toute première de rang D puis C pour les Genin. Cela lui laissait plus de temps pour se consacrer aux autres affaires du village : ainsi, elle ne laissait pas le Conseil prendre de décision sans la consulter.
— Désolée de te faire reprendre le travail avec une mission de rang A, Hitomi-chan, mais je n'ai vraiment pas le choix. Le Pays des Vagues nous a envoyé un appel à l'aide : un tsunami se forme dans l'océan et se dirige droit sur eux au moment où je te parle.
Les visages de Tazuna et des membres de sa famille se dessinèrent devant les yeux d'Hitomi. Le Pays des Vagues était un archipel. Minuscule. Un tsunami avait le potentiel de le détruire.
— Si on démarre dans une heure, on arrivera à temps pour essayer de contenir la vague. J'ai déjà prévenu les autres, ils se préparent. Il ne reste plus que toi et moi.
— Les autres, Tsunade-sama ? Et vous venez aussi ?
— J'ai fait appel à tous les shinobi qui ont une affinité primaire Suiton. C'est aussi mon affinité, je te rappelle… Donc oui, je viens.
Un frisson d'appréhension traversa la jeune femme. Tsunade ne quittait pas souvent le village… Son affinité n'était même pas si puissante que ça, puisqu'elle avait consacré toute sa vie à l'étude des arts médicaux. Cela dit, il n'y avait que six shinobi, elles deux comprises, à disposer d'une affinité primaire Suiton dans tout le village.
— Très bien, Tsunade-sama. Je vais me préparer et je vous rejoins dans une heure devant la porte du village, dans ce cas ?
— Parfait. On peut y arriver, Hitomi-chan. Le Pays des Vagues a aussi fait appel à Kirigakure, qui enverra beaucoup plus de ninjas que nous. Ensemble, on peut arrêter ce tsunami avant qu'il ne rase un pays tout entier.
Le regard grave, Hitomi opina du chef et prit congé, tirant directement sur la balise de téléportation qu'elle avait posée dans l'entrée, chez elle. Itachi était encore là où elle l'avait laissé, dans le jardin. Elle alla le rejoindre, s'annonça en autorisant ses pas à bruisser légèrement contre l'herbe et s'accroupit près de lui, le regardant travailler sur un parterre de fleurs semi-sauvages.
— Tsunade-sama m'a mobilisée pour une mission au Pays des Vagues. Je pars dans une heure… Je voulais te prévenir avant, cela dit.
L'ancien déserteur tourna la tête vers elle, un petit sourire soucieux aux lèvres. Il s'approcha, l'entoura de ses bras et déposa un baiser léger comme un soupir sur sa joue, le regard doux et fier.
— Tu seras prudente, pas vrai ? Écris-moi si c'est possible. Tu me manqueras…
Elle lui coupa la parole avec un baiser bien plus fougueux, d'une intensité presque colérique. Il émit un petit grognement contre ses lèvres et se laissa tomber en arrière, l'entraînant dans sa chute contre l'herbe tendre et encore un peu humide de la rosée matinale. Le cœur d'Hitomi battait à tout rompre, son corps s'embrasait lentement… Mais non, ce n'était pas le moment. Elle rompit le baiser, haletante, et se redressa. Elle se trouvait à califourchon sur son époux et n'ignorait rien de la réaction de leurs corps à une étreinte pareille… Mais un shinobi savait ignorer ses besoins physiques quand le temps venait à manquer. Elle lui caressa la lèvre inférieure de la pulpe du pouce. Si douce…
— Vil tentateur, gronda-t-elle non sans tendresse. Tout ira bien pendant cette mission, tu verras. Je serai bien entourée. Tous les ninjas avec une affinité primaire Suiton viennent, ce qui veut dire Tsunade-sama elle-même, Yoshino-san et Tenten…
— Que du beau monde, je vois. Tu me raconteras quand tu auras le temps, si tu le peux, bien entendu. Est-ce que tu as besoin d'aide pour te préparer ? Il te manque quelque chose ?
Elle ne s'était toujours pas relevée et sentait le désir d'Itachi pulser contre ses hanches. Il lui fallut un effort de volonté pour se redresser, lui tendre la main et l'aider à en faire de même.
— J'ai tout ce qu'il me faut. Ça fait des semaines que j'accumule du chakra dans mon sceau de stockage… Et je ne pense pas avoir besoin de matériel particulier. Est-ce que tu sais si Père est chez Shizune ? Si oui, il est sans doute déjà au courant pour cette mission…
— Shikaku-sama avait besoin de lui ce matin. Je suis sûr qu'il aimerait que tu ailles lui dire au revoir avant de partir.
— Je vais faire ça tout de suite alors ! Bon, j'y vais…
— Fais attention à toi et reviens vite, conclut-il d'une voix douce, où perçait la plus délicate nuance de tristesse.
— Je ferai de mon mieux.
Il s'agissait d'une promesse et du meilleur qu'elle puisse lui offrir en la matière, hélas. Elle se retourna une dernière fois avant de quitter le jardin ; son époux était retourné au jardinage, mais ses mains tremblaient très légèrement. Il était inquiet, bien entendu, à chaque fois qu'elle sortait du village. Il se sentait impuissant à intervenir quand ses missions tournaient mal, ce qui était tout de même souvent le cas… Et elle comprenait, oui. Elle savait comment elle se sentirait à sa place.
— Père ! s'exclama-t-elle en bondissant dans le bureau d'Ensui par la fenêtre.
Il n'était pas seul : un autre membre du clan Nara se tenait devant lui, le dos droit, apparemment en plein rapport. Hitomi haussa les sourcils et le jeune homme, qui n'avait sans doute pas plus de la vingtaine, s'interrompit en plein milieu de sa phrase puis s'empressa de sortir en marmonnant qu'il attendrait juste derrière la porte. Une très sage décision – les Nara n'étaient pas connus pour leur imprudence, après tout.
— Ça devient une sale habitude, ma puce. Continue comme ça.
La jeune femme ricana et prit la place jusque là occupée par son sans doute très lointain cousin. Son regard intercepta quelques phrases sur le document qu'Ensui lisait avant qu'il ne pose les mains dessus. Si c'était important, il lui en parlerait.
— Je pars en mission dans quelques dizaines de minutes et je voulais venir vous dire au revoir, c'est tout. J'y vais avec Tsunade-sama…
— Et Yoshino-sama. Entre autres. Je sais, ma puce. Shikaku-sama boude parce que sa femme sera partie pour au moins dix jours.
— Je voulais quand même venir vous dire au revoir. Est-ce que je peux avoir un câlin avant d'aller affronter le grand méchant tsunami ?
Ensui soupira, mais un tendre sourire adoucissait son expression. Il se leva, fit le tour du bureau et l'entoura de ses bras avec la force d'un ours, prenant le temps de la regarder avant de s'éloigner.
— Tu prends bien soin de toi, ou je te jure qu'à ton retour je te trouve un exercice épouvantable à répéter jusqu'à la fin de tes jours. Promis ?
— Promis, Père. Ne vous tuez pas à la tâche !
Elle se hissa sur la pointe des pieds, lui déposa un baiser sur la joue et disparut comme elle était venue, à travers la fenêtre grande ouverte. Elle vibrait d'énergie mal contenue, l'air épaissi autour d'elle par son chakra et l'intensité de son impatience. Quoi qu'on en dise, quoi qu'il se passe, elle aimait partir en mission. Elle aimait la vie des shinobi – ce qui ne l'empêchait pas de vouloir en améliorer certains aspects, parce que satisfaction ne signifiait pas perfection. Elle s'élança de toit en toit, croisant quelques Chûnin agités et même une équipe de l'ANBU, qu'elle s'assura de sonder pour voir si elle les reconnaissait. L'un d'eux était un membre du clan Aburame qu'elle avait rencontré lors de l'une de ses nombreuses visites chez Shibi ces dernières semaines. La politique avait quelque chose d'ennuyeux mais au moins elle buvait régulièrement un thé de qualité en agréable compagnie… Et c'était déjà ça de pris.
— Hitomi-san ! la salua une voix bien connue quand elle atterrit pile devant le box des départs, soulevant un peu de poussière sur son passage.
— Izumo-san. Qu'est-ce que vous faites là ? Pourquoi vous n'êtes pas avec Kotetsu-san ?
Un seul garde se trouvait dans le box, et il boudait. Très fort. En fait, il allait sans doute se causer des rides à froncer les sourcils comme ça.
— Je fais partie des shinobi avec une affinité Suiton par ici. Tsunade-sama m'a dit qu'elle n'aimait pas inviter des Chûnin à participer à des missions de rang A mais que là, elle n'avait pas le choix.
— Et Kotetsu-san… Est d'affinité Doton. Outch. Moi qui vous pensais inséparables…
— Est-ce que vous savez que je vous entends ? intervint le shinobi boudeur.
Izumo ricana, mais ne parvint pas tout à fait à dissimuler son bien-être. Tout le monde au village savait qu'ils étaient amants de longue date. Les paris qui couraient portaient sur qui d'entre eux demanderait l'autre en mariage, et quand. Hitomi elle-même avait misé et perdu – elle avait parié pour après l'invasion de Konoha par Orochimaru, des années plus tôt. Si quelqu'un devait gagner à ce jeu, ce serait sans doute Shikamaru. Il était roi des commérages, même si personne ne le soupçonnait jamais, le petit fourbe. Malgré tout, il devait être difficile pour les deux hommes, qui sortaient rarement du village, de devoir se séparer le temps d'une mission.
— Ne vous en faites pas, Kotetsu-san, fit-elle en tapotant l'épaule de son partenaire. Je prendrai bien soin d'Izumo-san. Ce n'est pas une petite vague qui va me faire peur.
— C'est ça le problème, intervint une autre voix qu'Hitomi connaissait particulièrement bien. Ce n'est pas du tout une petite vague. Tsunade-sama m'a dit que l'estimation était de vingt-trois mètres de haut quand elle frapperait le Pays des Vagues.
Hitomi fit volte-face et salua son amie, vêtue de pied en cap, d'un signe de tête. Elle ne fréquentait pas souvent Tenten, qui s'immergeait sans réserve dans le travail et aurait sans doute sa première équipe Genin en même temps qu'elle, mais elle entendait parler de ses exploits… Et de sa vie amoureuse, puisqu'apparemment sortir avec Hinata lui ôtait le droit à une vie privée digne de ce nom.
— Toujours plus petit qu'Aotsuki la Terreur, répondit Hitomi en haussant les épaules. C'est difficile d'avoir peur d'un truc objectivement titanesque quand ton grand-père te parle de son chat plus grand qu'un Chêne d'Hashirama depuis que tu es enfant.
— Est-ce que l'un de tes chats va pouvoir nous aider contre ce tsunami, d'ailleurs ?
— Non. Aucun d'eux n'a d'affinité Suiton, et je n'ai pas le droit d'appeler leurs aînés, ils appartiennent à mon grand-père. On m'a très clairement fait comprendre que si je les appelais pour moins que la destruction du monde, je le sentirais passer… Mais on devrait s'en sortir sans eux. Tsunade-sama a sans doute un plan.
— En fait, oui, j'en ai un, et il est très simple.
Cette fois-ci, c'était la cheffe de guerre qui approchait, encadrée de deux ANBU qu'Hitomi reconnut immédiatement à leur chakra respectif. Renard et… Kakashi. Elle déglutit, fuit délibérément son regard et força un sourire sur ses lèvres en s'adressant à Tsunade.
— Et vous voulez le partager, Tsunade-sama ?
— Pas maintenant. On en parlera une fois arrivés au Pays des Vagues, je veux qu'on se coordonne avec les Kirijin que Mei-sama a envoyés.
— Elle ne vient pas elle-même ?
— Non, elle ne pouvait pas se le permettre. Les soutiens de l'ancien régime s'agitent en ce moment… Et elle prépare son mariage avec Zabuza.
Hitomi n'arrivait toujours pas à croire que cette union, fruit d'un accident de sceau – ou plutôt d'absence de sceau – ait duré au-delà de cette seule nuit. Zabuza et Mei étaient tous deux de fortes têtes, habituées à diriger plutôt qu'à suivre les ordres. Même en tant que Jônin en Chef il la conseillait plus souvent qu'il ne s'exécutait. Peut-être s'était-il adouci quand elle l'avait placé en charge de l'entraînement des Genin, en attendant qu'un système similaire à celui de Konoha soit mis en place… Ou peut-être l'aimait-il tellement qu'il était prêt à courber l'échine de temps à autres.
— Désolée pour le retard ! Hachiko ne voulait pas me laisser partir…
— Et mon mari avait du mal à se faire à l'idée lui aussi.
Yugao Uzuki et Yoshino Nara complétaient le tableau. Ils seraient huit à voyager en direction de Kirigakure, deux fois une équipe standard… Et deux fois plus à risque d'être repérés et assaillis par des troupes ennemies. Certes, ce n'était pas du Pays des Tourbillons ou de leurs autres alliés qu'un problème allait se présenter, pas maintenant, mais Konoha avait perdu des dizaines de shinobi aux mains de l'Akatsuki et de Crépuscule ces dernières années. Certains, Hitomi les avait connus de nom, les avait fréquentés le temps d'une mission. D'autres elle ignorait tout, et cela rendait la perte à peine plus aisée.
— Bon, puisque tout le monde est là, allons-y. On a dix minutes d'avance sur l'horaire, autant en profiter. Yoshino, Hitomi, vous ouvrez la voie. Je voyage au milieu avec mes ANBU, et les autres, formez un arc de cercle derrière moi, avec Tenten et Yugao pour fermer la marche. C'est parti !
Les huit shinobi s'élancèrent, à peine discernables parmi le dense feuillage des arbres. Ils ne faisaient presque pas de bruit non plus, tout entraînés qu'ils étaient depuis l'enfance à se fondre dans la forêt, immobiles ou non. Même les animaux se laissaient duper jusqu'au tout dernier moment et s'enfuyaient alors à toute l'allure que leur permettaient leurs jambes – bien faibles, aux yeux d'un shinobi. Ils voyagèrent en silence pendant des heures en direction de la côte Est, où se trouvait le pont de Tazuna, qui reliait le continent au Pays des Vagues et à son île minuscule.
— On va monter un camp ici, ordonna Tsunade quand ils arrivèrent dans une clairière assez large pour les accueillir tous. Hitomi-chan, tu commences immédiatement à monter la garde, je ne veux pas qu'on soit surpris en plein préparatifs.
La cheffe de guerre continua de distribuer des ordres sans la moindre hésitation, confiant à chacun la tâche qu'il était le plus à même d'accomplir. Hitomi écoutait tout cela d'une oreille, debout au milieu de la clairière, les sens étendus aussi loin que possible. La nuit était tombée depuis deux heures. Ils auraient pu continuer, mais le plan de Tsunade devait compter sur la quantité de chakra à leur disposition, puisqu'elle semblait tout faire pour qu'ils s'économisent. Au bout de dix minutes, un feu brûlait à quelques mètres de la jeune kunoichi et Izumo disparaissait entre les fourrés, à la recherche d'assez de gibier pour nourrir tout le monde. Hitomi ne cessa pas de veiller, que du contraire : elle voulait pouvoir se porter à son aide assez vite s'il tombait sur des problèmes.
Les quatre jours suivants se poursuivirent sur ce rythme : ils couraient aussi vite que leurs jambes voulaient bien les porter en direction du Pays des Vagues du lever du soleil à deux heures après le crépuscule, s'installaient pour camper au premier endroit correct, mangeaient, dormaient et montaient la garde chacun à leur tour, puis repartaient. Hitomi ne s'approcha pas une seule fois de Kakashi, même lorsqu'il voulut lui tendre une couverture en plus de celle qu'elle avait déjà sur les épaules. Elle aurait accepté l'offrande – elle avait froid, après tout – si le simple fait de sentir son chakra ne lui rappelait pas comme si c'était hier la manière dont son aura meurtrière l'avait persuadée d'essayer de se suicider. Elle ne pouvait pas lui pardonner une chose pareille. Elle n'était ni assez forte, ni assez bonne, ni assez miséricordieuse.
Ils arrivèrent au Pays des Vagues trois heures avant midi, le cinquième jour. Tazuna les attendait, solidement campé au milieu du pont qu'il avait bâti des années plus tôt. Il reconnut Hitomi et son regard s'éclaira pendant un instant, mais il revint bien vite à Tsunade et à l'affaire sérieuse qui amenait les shinobi sur les terres de son île bien-aimée. La jeune kunoichi suivit l'échange d'une oreille distraite tandis que tous ses autres sens se gorgeaient de la sensation prégnante de se trouver de retour à cet endroit qui, jadis, avait tant signifié pour elle. Sa première véritable mission en équipe. Son premier amour intense, aussi.
— On a mis une auberge à disposition des ninjas qui viendraient nous aider, pour vous remercier d'avoir répondu aussi vite à notre appel. Vous serez avec les envoyés de Kirigakure, cela dit… Est-ce que ça ira ?
— Mes ninjas sauront se tenir. Merci pour votre hospitalité, Tazuna-san.
L'homme s'inclina profondément et guida la délégation en direction de l'auberge en question. Le cœur d'Hitomi rata un battement quand elle reconnut trois sources de chakra à l'intérieur du bâtiment. Un irrésistible sourire se peignit sur ses lèvres. Kakashi lui jeta un regard furtif mais elle ne le remarqua même pas, toute impatiente qu'elle se sentait soudain. Elle n'avait plus peur du tsunami du tout, à présent. Après tout, elle allait l'affronter avec des alliés, et mieux encore, des amis de longue date…
— Bon, allez tous choisir une chambre et vous installer, ordonna Tsunade. Je vais aller parler au chef de la délégation de Kirigakure pendant ce temps. Je vous préviens, le premier qui causera des ennuis avec les autres shinobi se verra enfoncer un kunai là où le soleil ne brille jamais…
Hitomi ricana mais s'éloigna avant de se faire remarquer. Elle ne pouvait pas aller les trouver tout de suite, pas alors que Tsunade lui avait donné un ordre très clair concernant la marche à suivre. D'abord, se trouver une chambre… Les Kirijin, au nombre de douze, occupaient en priorité les étages supérieurs, comme n'importe quel ninja digne de ce nom le ferait, pour peu qu'on lui en donne le choix. Il était bien plus facile de bondir par la fenêtre que de sortir d'un bâtiment par les couloirs et entrées principales, et sauter était bien plus facile d'une certaine hauteur, quand l'impact de la chute n'importait pas. Elle se trouva une chambre au deuxième, prit le temps d'installer ses affaires même si elle savait qu'ils ne resteraient pas bien longtemps, puis retourna dans le long corridor.
Il ne lui fallut que quelques secondes pour les trouver – deux d'entre eux au moins, le troisième était occupé avec Tsunade en sa qualité de sous-chef des Épéistes de la Brume. Kisame avait d'abord vécu cette nouvelle responsabilité avec un inconfort certain, mais c'était à ce poste qu'il servirait le mieux son pays et il n'avait jamais rien demandé de plus – pouvoir offrir sa fidélité sans réserve ni rien exiger en retour, sinon un peu de respect.
Haku et Suigetsu, eux, se trouvaient dans la même chambre, assis sur le lit double. Elle fit presque sauter la porte de ses gonds dans sa hâte de les rejoindre. Elle les prit par surprise, bien entendu – son ex-petit-ami, pour qui elle éprouvait encore des sentiments doux et complexes tout à la fois, faillit l'attaquer avant de la reconnaître. Avant de pouvoir ouvrir la bouche, elle se retrouva enveloppée dans leur étreinte à tous les deux, pressée si fort entre leurs torses solides que cela faisait presque mal et tellement, tellement de bien.
— Ça se passe bien, ton mariage avec Uchiha-san ? demanda Suigetsu une dizaine de minutes plus tard.
Ils avaient repris leur souffle et réussi à rompre le contact physique tous les trois, mais l'attraction naturelle qu'elle avait éprouvée pour eux à Kirigakure vibrait toujours dans les veines d'Hitomi, douce et tentatrice.
— C'est un ange, vraiment. Je ne le mérite sans doute pas. Quand on a discuté de la nature de notre relation, il m'a dit que ça ne le dérangeait pas que j'aille… voir ailleurs. Enfin, il n'a pas dit ça comme ça, mais vous voyez l'idée, pas vrai ? Un Uchiha avec un esprit aussi ouvert, c'est plus rare qu'un casino où Tsunade-sama n'a pas perdu l'équivalent d'une rançon impériale.
Suigetsu éclata de rire et les deux autres le rejoignirent bien vite. Hitomi ne pouvait s'empêcher de ressentir un soulagement profond, au-delà des mots, quand elle riait comme ça, si librement. Elle avait oublié cette sensation, en quelque sorte, l'avait relayée au fond de son esprit quelque part entre les mains de Kakuzu et l'angoisse latente des combats passés, présents et futurs. Suigetsu et Haku avaient toujours su instinctivement lui rendre ce qu'elle perdait de vue.
— Cependant… J'ai eu le temps de réfléchir à la relation que je voulais avec lui et, hum, j'ai décidé que je voulais d'abord me consacrer à lui. Je ne pense pas que je serai capable d'aimer une seule personne à la fois sur le long terme… Mais je veux d'abord nous donner la meilleure chance possible de renforcer notre relation.
— C'est normal, Hitomi, répondit Haku d'une voix douce. Suigetsu et moi, on a fait la même chose : avant de s'intéresser à qui que ce soit d'autre, on s'est assurés de solidifier notre lien, puis nous avons ouvert nos perspectives pour d'autres personnes. C'est le bon choix de te conduire de la sorte. Ça veut dire que tu respectes Itachi-san.
— Bien sûr que je le respecte. C'est un homme très respectable.
Et doux, prévenant, d'une incroyable puissance. Elle n'avait aucun mal à s'avouer l'admiration que ces qualités lui inspiraient. Elle n'était pas amoureuse de lui, mais elle n'excluait pas cette possibilité pour l'avenir. Elle aurait pu obtenir bien pire pour un mariage arrangé. Shikaku et son grand-père, Shinku, lui auraient présenté des dizaines de partis intéressés et elle aurait choisi librement… Mais combien de shinobi ? Combien de combattants capables d'un jeu égal par rapport à elle ? Itachi le pouvait, lui.
Une vague de chakra monta du rez-de-chaussée en direction des chambres. Tsunade. Elle n'avait pas dit comment elle comptait les convoquer, mais cela semblait être un signe assez clair. Hitomi échangea un regard chargé de non-dits avec Haku puis quitta la chambre. Suigetsu et lui la suivirent un instant plus tard : Kisame venait de répéter la convocation avec son propre chakra. À gauche et à droite, tout au long du couloir, les portes s'ouvrirent et révélèrent les Kirijin venus eux aussi lutter contre la catastrophe à venir.
— La vague approche et elle approche vite, fit Tsunade en guise d'introduction quand ils furent tous rassemblés dans la salle commune du rez-de-chaussée. Kisame-san et moi avons débattu de la marche à suivre et une solution s'impose à nous : tenter de contrôler le flux de l'eau comme nous le ferions pour n'importe quelle technique Suiton.
— Je ne sais pas si vous l'avez remarqué, lança un Kirijin qu'Hitomi ne connaissait pas, mais cette foutue vague est mille fois plus volumineuse que n'importe laquelle de nos techniques. On est censés la contrôler comment exactement ? En dansant à poils comme les civils le faisaient pour prier leurs dieux avant qu'on arrive ?
Hitomi pinça les lèvres au ton – et aux mots, vraiment – irrespectueux de l'homme. Personne ne parlait comme ça à un Kage s'il tenait à la vie. Avant que qui que ce soit d'autre puisse réagir, cela dit, Kisame avait bougé : l'un de ses kunai frôla le visage de son soldat de si près qu'il lui entailla la joue. Une larme rouge se forma le long de la plaie puis roula jusqu'à sa gorge dans le silence étouffant, chargé de tension, qui régnait soudain sur l'auberge.
— Tu t'exprimes avec respect ou tu fermes ta gueule, Takumi-kun. La prochaine fois, c'est ta tête tout entière que je ferai voler. C'est assez clair pour toi ?
L'homme soudain terrifié – à raison, Kisame ne jurait pas si souvent que ça – hocha la tête et marmonna quelque chose qui ressemblait à des excuses. Les Kirijin dévisageaient soudain leurs confrères de Konoha avec ce qui ressemblait à du respect dans les yeux. Hitomi en profita pour laisser un sourire vaguement cruel se dessiner sur ses lèvres et aperçut un ou deux frissons en réaction. Konoha et Kirigakure étaient alliées… Mais pas amies. Pas encore. Peut-être même jamais.
— Maintenant que le détail de l'irrespect suicidaire est réglé, reprit la Hokage, je vais vous expliquer ce qu'on va faire. Kirigakure comme Konoha ont envoyé des personnes dotées d'une plus grande quantité de chakra que la moyenne. Chez nous, c'est Hitomi Yûhi, que vous voyez là-bas, et chez vous, le jinchûriki Haku Yuki et bien sûr, votre commandant dans cette mission, Kisame Hoshigaki. Nous allons en choisir deux pour prendre le centre de la vague et répartir le reste des troupes en éventail autour d'eux. Cela suffira. Cela a suffi par le passé.
Une vague d'adrénaline traversa Hitomi. Elle s'était un peu doutée qu'il s'agissait du plan de Tsunade, parce que de telles stratégies avaient déjà fonctionné par le passé contre des tsunami… De moindre envergure, malheureusement. Rien n'avait jamais été tenté sur des phénomènes naturels de l'ampleur qui menaçait aujourd'hui le Pays des Vagues de mémoire de shinobi. Il y avait une faiblesse indéniable dans le fait de posséder d'une Histoire et d'archives qui ne remontaient qu'à un peu plus d'un siècle en arrière.
— J'ai entraîné Haku moi-même ces derniers mois. Il dispose de plus de chakra que moi, il prendra donc place au centre de la formation. Si Yûhi-san veut également se porter volontaire…
— Bien sûr. Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion d'affronter la Nature elle-même, pas vrai ? Qui sait, je pourrai peut-être même faire ajouter ça à mon entrée au Bingo Book.
Suigetsu ricana quelque part à sa droite. Elle reconnaissait quelques visages parmi les douze shinobi envoyés par Mei : certains avaient combattu à ses côtés durant la rébellion qui avait placé la nouvelle Mizukage au pouvoir… Mais ils ne le savaient pas. Après tout, elle avait été Eien Senjin à l'époque, pas Hitomi Yûhi. Ils ne feraient sans doute pas le lien entre ces deux identités durant leur brève mission commune, mais si c'était le cas, Hitomi se sentait prête, cette fois. De toute façon, Eien n'était plus une bonne carte dissimulée dans sa manche : tout le monde savait qu'elle avait plié à sa volonté le Dieu de la Foudre et, de ce fait, elle était devenue une cible.
— Dans ce cas, c'est décidé. Tsunade-sama et moi prendrons les places juste à côté des vôtres, puis viendront…
Kisame commença à lister les positions des différents ninjas sans se soucier de leur allégeance. Tsunade et lui avaient dû en discuter en amont ou elle ne l'aurait jamais laissé faire preuve de la moindre forme d'autorité sur ses soldats. Les autres shinobi semblaient contents de leur place dans la ligne qui affronterait le tsunami. Ils ne devraient pas affronter le plus gros de l'impact, eux. Hitomi aurait dû avoir peur, mais elle ne ressentait que de l'excitation qui lui nouait le ventre et accélérait le voyage du chakra dans ses méridiens. Elle trouva la main d'Haku sous une table, à sa gauche, et la caressa du bout des doigts. Si lui n'avait pas peur, son démon n'était encore qu'un enfant. Isobu avait été terrifié par tout et tout le monde quand elle l'avait scellé à l'intérieur de son nouveau réceptacle.
La réunion se termina un peu moins d'une heure plus tard. Les ninjas étaient agités, tendus, mais il était temps pour eux de se reposer, d'accumuler autant de forces que possible. Le lendemain, ils voyageraient jusqu'à l'autre côté de l'île, une excursion de trois heures dans des terres semi-sauvages et sillonnées de rivières et de fleuves, puis se mettraient en place là où la vague devrait frapper. Tsunade elle-même semblait assez agitée : Hitomi reconnaissait les légers tics sur son visage, la manière dont elle triturait la bouteille de saké qu'elle avait emmenée avec elle.
Avec un soupir, la jeune femme se leva et sortit de l'auberge. Elle avait besoin de prendre l'air. Des nuages s'amoncelaient dans le ciel, comme un signe que la Nature se préparait à frapper de toutes ses forces. Elle s'éloigna de quelques centaines de mètres, laissant derrière elle le chakra bourdonnant et le bruit de troupes anxieuses qui se préparaient à une lutte sans précédent. Le vent se leva quand elle s'assit au bord d'un toit choisi au hasard. Elle n'irait pas voir Tazuna et sa famille aujourd'hui. Elle ne voulait pas leur promettre qu'elle arrêterait le tsunami. Elle ne voulait pas faire une promesse qu'elle risquait de ne pas pouvoir tenir – Naruto verrait cela comme un véritable déshonneur.
— Ce n'est pas sage de t'isoler par ici, Hitomi-chan.
Elle se raidit, chaque muscle tendu comme un nœud d'anxiété et de colère, mais ne tourna pas la tête vers Kakashi. Elle l'avait senti approcher et, jusqu'au tout dernier moment, elle avait espéré qu'il soit assez sage pour ne pas l'approcher. Comment était-elle censée ne pas vouloir lui arracher la gorge quand il ne cessait de prendre mauvaise décision sur mauvaise décision – quand elle souffrait des conséquences ?
— Laissez-moi tranquille, Hatake-san. Je ne veux pas vous voir.
Elle le sentit inspirer brusquement quand elle ne l'appela ni par son prénom ni par son titre. Elle savait que cela le blesserait, bien entendu. Au fond de son esprit, le Murmure jubila alors qu'elle imaginait la douleur dans son œil unique. Il le méritait. Il en méritait chaque seconde, et même cela ne suffirait pas.
— Hitomi-chan, je suis déso…
Elle ne le laissa pas finir. Le Murmure bondit sous sa peau, furieux et tentateur, allumant ses méridiens d'une lueur bleue visible sous son épiderme. En un instant, elle se trouvait nez à nez devant lui, terriblement menaçante malgré leur différence de taille, son regard rouge comme une dague droit vers son œil noir.
— Désolé de quoi exactement, Hatake-san ? Désolé d'avoir presque provoqué mon suicide ? Désolé que j'aille jusqu'au bout toutes les nuits dans mes cauchemars ? Cette fois, ça ne suffira pas d'être désolé. Vous êtes allé trop loin. Vous n'avez aucun droit de vous excuser. On s'excuse quand on a une chance de rédemption. Laissez-moi tranquille.
Elle n'attendit pas qu'il réponde avant de disparaître d'un Sunshin sans fioriture qui la vit atterrir quelques mètres derrière la bâtisse sur laquelle elle s'était perchée. Elle s'éloigna en courant, bien consciente qu'il la rattraperait sans mal s'il le voulait – et qu'avec le coup que ses mots lui avaient porté droit au cœur, il ne parviendrait sans doute pas à remuer d'un cil. Bien. Cela aussi, il le méritait. Elle refoula le Murmure au fond d'elle, faisant taire sa voix enjôleuse et ses promesses de carnage, puis retourna vers l'auberge.
