Ils s'infiltrèrent dans le manoir durant les heures creuses de l'après-midi. Contrairement aux idées reçues, une forteresse ou n'importe quel endroit gardé se montrait souvent vulnérable à cette période de la journée, juste avant la relève des sentinelles épuisées par des heures et des heures à guetter les ennuis. Il fut donc facile pour les deux Nara de jeter un petit galet marqué d'un sceau de l'autre côté d'un mur derrière lequel ils ne sentaient aucun chakra et de se téléporter jusqu'à la balise ainsi parfaitement positionnée.
Cela devenait le tour préféré d'Hitomi.
Sous le manteau d'illusion soigneusement tissé par Hai, ils s'assurèrent malgré tout d'éviter les quelques gardes par un large détour. Les tours de la jeune chatte les dissimulaient à la vue mais pas à l'ouïe, ou même à l'odorat et au toucher. Leur chakra non plus ne se cachait pas sous le mirage, mais cela ne les aurait préoccupés que si un ninja ou plus s'étaient trouvés sur les lieux. Le maître des lieux ne semblait pas se douter de la menace bien réelle que constituaient les shinobi de Konoha – le clan Nara. Si elle avait pu le faire sans éveiller les soupçons de Kabuto, Hitomi aurait exécuté cet imbécile juste pour le châtier de sa stupidité.
Ils avaient décidé de fouiller d'abord la salle vide de chakra et se tinrent à cette décision, arpentant les couloirs sans faire plus de bruit qu'un murmure. Leurs pieds semblaient à peine toucher le sol à chaque pas. Cela faisait longtemps qu'Hitomi n'avait pas dû se déplacer discrètement, mais il semblait que la mémoire des muscles se montrait très efficace. Bien sûr, Shikamaru, qui recevait des missions d'infiltration et d'espionnage un peu plus fréquemment qu'elle, se montrait plus doué, mais elle n'en prit absolument pas ombrage.
Quand ils arrivèrent juste après un coude dans le couloir qui les intéressait, Hitomi donna le signal attendu à Hai, lui effleurant le bout de sa queue avant de serrer ses doigts autour de l'appendice de chair et de fourrure. La jeune chatte se libéra d'une petite secousse, signifiant ainsi qu'elle avait saisi l'appel. Elle se concentra, son chakra aussi doux et léger que de la fumée s'élevant brièvement dans l'air. Le garde regarda dans la direction des deux envahisseurs, mais ceux-ci se contentèrent de se fondre dans les ombres, lui cédant le passage. Hitomi réalisa à quel point elle avait soif de violence et de sang quand le Murmure bondit à l'intérieur d'elle tandis que le soldat l'effleurait presque, suffisamment proche pour qu'elle soit capable de sentir l'odeur de sa sueur et de l'huile qu'il utilisait pour entretenir l'épée dont le fourreau abîmé pendait le long de sa jambe gauche.
Elle fit signe à Shikamaru de suivre et avança dans le couloir sans le moindre bruit. L'illusion d'Hai les dissimulait toujours, envahissant ses méridiens d'un contact frais, délicat, non sans évoquer le bon air marin qu'elle avait respiré sans vergogne quelques semaines plus tôt au Pays des Vagues. Si elle n'avait pas été parfaitement concentrée sur sa mission, un ninja sans faille discernable à l'œil nu, elle aurait songé qu'Haku et Suigetsu lui manquaient. Qu'elle se languissait de retrouver Itachi et de l'embrasser jusqu'à ce que ses joues pâles aux pommettes nobles rougissent.
Heureusement, elle était un ninja sans faille discernable à l'œil nu.
Elle comprit que quelque chose n'allait pas au moment d'entrer dans la pièce. Bien entendu, c'était à cela que les quatre sceaux gravés aux coins de la pièce avaient servi : dissimuler la présence d'un garde bien plus inquiétant qu'un vulgaire soldat. Le chakra d'Hitomi était toujours là, sans quoi elle n'aurait pu entrer dans sa Bibliothèque ou percevoir l'énergie qui vibrait dans chaque être vivant à l'intérieur de la salle – mais elle ne parvenait pas à accéder à sa force vitale. L'illusion d'Hai se rompit comme un élastique soumis à une trop grande pression dès l'instant où la porte se referma derrière eux.
L'homme assis en seiza au centre de la salle se releva d'un geste souple. Pas un shinobi, cela se voyait à sa façon de bouger. Et quel ninja aurait été assez stupide pour monter la garde dans un endroit où il n'aurait pas pu accéder à son chakra ? Même les maîtres du taijutsu comme Gai avaient besoin de cette énergie pour contraindre leurs muscles, leurs articulations, leurs corps tout entiers, à supporter l'énorme pression qu'ils s'infligeaient. Non, cet homme était un samurai, elle le voyait à la manière dont il se tenait, à sa coiffure traditionnelle et à la paire de lames à sa ceinture, le katana et le wakizashi, plus court.
— Shika, appela Hitomi d'une voix douce en tendant la main droite.
Il comprit instantanément, dégaina un kunai et le plaça dans sa paume ouverte tandis qu'elle dégainait de l'autre main et se plaçait en position de départ. Elle se chargerait de l'assaut frontal et il s'occuperait du support de chacun de ses mouvements pour augmenter son avantage et réduire les faiblesses dans sa défense et ses attaques. Ils n'avaient plus travaillé ensemble de la sorte depuis des années mais, alors que leur adversaire se mettait en garde à son tour, Hitomi songea qu'elle n'avait pas perdu la capacité de travailler en symbiose avec son cousin.
— J'espérais ne pas avoir à tuer quand j'ai reçu cette affectation, dit le samurai en guise de préambule. J'espérais vraiment ne pas avoir à tuer.
— Vous n'êtes pas obligé de tuer. Vous pouvez nous laisser accomplir notre mission comme si de rien n'était.
Les yeux de l'homme s'adoucirent tandis qu'un sourire triste lui tordait les lèvres. Il avait l'air âgé, presqu'autant que Mamoru – le dernier souvenir qu'elle avait du vieux Jônin lui serra le cœur, son pendentif à l'effigie de la Flamme de la Volonté comme une ancre autour de son cou – même si son visage comportait peu de rides. Tout l'âge et l'expérience se concentrait dans son regard, sa posture. Hitomi n'avait pas non plus envie de le tuer.
— Kunoichi-san, vous n'espériez pas vraiment que ça marche, n'est-ce pas ?
La jeune femme haussa les épaules, son regard ne quittant plus désormais les mains de son adversaire.
— Ça ne coûte rien d'essayer, pas vrai ? Je suis désolée, samurai-san. Sachez que je ne veux pas vous tuer non plus, mais je sacrifierais bien plus précieux que votre vie pour protéger mon clan.
Il inclina légèrement la tête, lui concédant le point de ce bref échange, puis dégaina ses deux sabres. Elle analysa sa posture, la force dans ses bras, son équilibre. Il était âgé, aguerri, oui, mais fatigué aussi. Elle n'aurait pas été surprise si les premiers signes d'arthrose avaient commencé à se manifester dans ses articulations. Il n'avait pas un chakra actif, contrairement aux shinobi, qui chasserait ce genre de faiblesses et prolongerait sa carrière – si seulement ce jour n'avait pas été le dernier pour lui.
Elle se porta la première à l'assaut, dérobant l'initiative avec toute la brutalité et la vitesse caractéristiques des plus jeunes générations. Il leva son sabre pour riposter mais elle passa sous la lame du katana et le frappa au bras, entaillant ses vêtements et sa chair avec son kunai. Elle n'était pas à l'avantage dans une petite pièce comme celle-ci, agacée par l'idée que son chakra lui échappait à cause d'un fichu sceau qu'elle aurait pu défaire en quelques secondes si le samurai ne l'avait pas attendue.
Shikamaru bougea à son tour derrière elle, interceptant un coup de sabre avant qu'il ne s'abatte sur son épaule. Ils luttèrent ainsi pendant quelques minutes, dans le silence presque parfait d'une aile isolée et déserte du manoir – quel stupide seigneur choisissait de cacher ses informations comme ça ? Celui qui pensait dépasser et brouiller l'intellect de ses pairs, voilà lequel. Pendant de longues minutes, Hitomi pressa le moindre de ses avantages, jusqu'à récolter sa première blessure, une profonde entaille sur le flanc qui se mit aussitôt à saigner à flots.
— Hitomi, murmura Shikamaru d'un air horrifié.
Elle ne lui laissa pas le temps d'agir ou de paniquer, saisissant le poignet du samurai de sa main qui avait contenu un kunai une seconde plus tôt. Elle serra et serra jusqu'à entendre un craquement sec : même sans chakra, elle avait encore la force de briser un os. L'homme pâlit mais chercha malgré la douleur à se dégager de sa prise. La jeune femme claqua de la langue, mécontente, son tantô juste assez rapide pour interrompre le katana à un cheveu de son épaule gauche. Elle se retrouvait tordue dans une position prodigieusement inconfortable, et si Shikamaru ne se…
Sauf qu'il se décida, enfin, comme motivé par l'impatience de sa cousine. Il bondit dans le dos du samurai et, sans lui laisser la moindre chance de tourner son katana dans sa direction, lui brisa la nuque. Il s'agissait d'une mort tout sauf digne pour un homme de ses croyances… Mais les ninjas ne se souciaient pas de la dignité, pas vrai ? Ni la leur ni celle de leurs innombrables adversaires, tombés au combat les uns après les autres. Au bout du dixième, du cinquantième, du centième, ils finissaient par se fondre les uns dans les autres, leurs traits, prénoms et personnalités oubliés. Seule Hitomi n'oubliait jamais même le plus insignifiant d'entre eux.
— Ça va ? demanda Shikamaru d'une voix tremblante.
Elle écarta les pans de son kimono pour inspecter la blessure. Elle saignait beaucoup… Ce qui signifiait qu'il allait falloir nettoyer cette pièce avant de partir. Génial. Fabuleux. Elle n'avait que ça à faire, c'était évident.
— Je vais aller m'occuper de l'un de ces sceaux pour qu'on puisse utiliser du chakra. Ensuite, tu me soigneras, on échangera les parchemins et on s'en ira en emportant le corps du samurai.
Son cousin avait le teint pâle, les mains légèrement tremblantes, mais il hocha fermement la tête, le regard brûlant de détermination. Il monta la garde tandis qu'elle s'approchait d'Hai en boitillant, le bras en travers de l'estafilade qui lui barrait le flanc droit. Il l'avait bien eue.
— Tu m'aides à trouver comment se débarrasser d'un sceau sans chakra ? demanda-t-elle à sa jeune chatte d'un ton faussement joueur.
Hai était assez mature et accoutumée aux ninjas maintenant pour que ses grands yeux bleus s'emplissent de préoccupation tandis qu'elle acquiesçait et menait la voie, la queue dressée très haut et légèrement ébouriffée. Son invocatrice devait admettre sa satisfaction : elle ne s'était pas mêlée du combat, était restée à l'écart, dans un coin, exactement comme Hoshihi lui avait appris à le faire quand elle ne pouvait pas intervenir avec ses illusions. Elle avait beau être aussi grande qu'un gros chien et arriver à mi-cuisse d'Hitomi à présent, elle n'avait rien d'une machine de guerre, loin s'en fallait.
— Alors, voyons voir ça…
Tout en marmonnant et jurant à chaque fois qu'un mouvement attisait le feu de douleur qui lui dévorait le flanc, Hitomi se pencha sur l'un des sceaux et l'examina. Elle retroussa le nez, dégoûtée par la maladresse évidente de quiconque l'avait appliqué là. C'était un miracle si cet amas d'encre et de chakra, aussi vulgaire que ses premiers essais sous la supervision d'Ensui des années plus tôt, ou peut-être même pire, remplissait correctement sa fonction. Au moins, l'ensemble ne serait pas bien compliqué à déstabiliser : Hitomi se contenta de gratter la roche avec sa pierre à aiguiser jusqu'à ce que l'encre, de piètre qualité, s'effrite et s'efface. Aussitôt, elle récupéra l'accès à son chakra.
— Bien, ça, c'est fait. Shikamaru, viens par ici.
Elle était trop agacée de s'être fait blesser pour l'appeler par son surnom. Bien entendu, il n'était absolument pas responsable de la plaie qui fendait sa chair et salissait le sol tout autour d'elle. C'était le principe qui l'ennuyait : un shinobi, blessé par quelqu'un aux talents théoriquement moindres… Quelle indignité.
— T-tu saignes beaucoup.
Il avait l'air tellement terrifié… Elle posa sa main sur la sienne, essayant de faire taire l'agacement, de se montrer tendre et réconfortante.
— Je sais, Shika, je le vois bien… Et je vais avoir besoin que tu rectifies ce problème.
— Mais je n'ai aucune technique de ninjutsu médical…
— Je sais ça aussi, enfin. Par contre, tu as une affinité Katon, pas vrai ?
Il rencontra son regard, les yeux si écarquillés qu'il ressemblait soudain à un animal acculé.
— Il va falloir que tu cautérises, Shika. Je ne peux pas saigner partout comme ça, pas vrai ? Plus vite tu règles ça, plus vite on peut se téléporter hors d'ici et laisser un vrai médic inspecter ma blessure.
Il semblait à deux doigts de la gifler, mais elle soutint son regard du sien sans perdre son aplomb – ou autant d'aplomb qu'elle en possédait à moitié allongée par terre dans une flaque de son propre sang.
— Et c-comment je fais ça ?
— Tu te laves les mains avec ta gourde d'eau, tu mets tes doigts dans la blessure aussi profondément que possible et tu monopolises ton chakra jusqu'à brûler les endroits d'où vient l'hémorragie. Inoichi-oji ne t'a jamais raconté qu'il avait sauvé la vie de ton père comme ça en mission ?
Shikamaru marmonna quelque chose qui ressemblait à un juron en réponse mais s'exécuta. Elle le regarda se nettoyer les mains avec soin, juste au cas où il resterait des saletés sous ses ongles ou entre ses doigts. Elle éloigna les pans de son kimono de son flanc quand il se pencha à nouveau sur elle. Elle avait la tête qui tournait légèrement, mais ce serait bientôt réglé. Il prendrait soin d'elle. Cette fois, elle le laisserait prendre soin d'elle. Peut-être que ça l'aiderait à lutter contre le traumatisme, peut-être que ça l'empirerait… Elle ne savait pas. Avec lui, c'était toujours difficile de savoir.
Elle dénoua sa obi, s'en fit un bâillon à mordre et attendit qu'il se mette au travail. Elle vit des étoiles au moment où il commença à triturer sa blessure, s'évanouit peut-être quelques secondes quand il plongea ses doigts dans sa chair meurtrie et perdit réellement connaissance juste à temps pour sentir une odeur de chair brûlée lui monter aux narines. Elle se réveilla quelques instants plus tard, si endolorie qu'elle en avait la nausée. Elle ne pouvait pas s'attarder sur ses petits bobos. Ce n'était pas le moment.
— Shika, il y a un parchemin dans le sceau tatoué le long de mon genou. Est-ce que tu peux l'activer pour moi ?
Il s'exécuta encore, les mains si gorgées et encroûtées de rouge qu'elle ne discernait pas sa pâleur habituelle dessous. Il avait les pupilles dilatées au milieu de ses prunelles gris sombre. État de choc. Le pauvre était vraiment fait pour un travail loin des premières lignes… Il ne savait pas cacher sa panique, pas assez bien en tout cas pour la tromper. Pourtant, le danger était passé…
— Va sceller le cadavre à l'intérieur. Étends ton chakra à partir du centre du sceau dans toute la pièce, ça nous débarrassera aussi du sang.
Encore un petit bijou de fûinjutsu signé de sa main… Elle en aurait été fière si elle n'avait pas inventé bien plus impressionnant ou pratique. Le sang, une fois sorti du corps, constituait une matière morte, dans laquelle une vie s'était autrefois trouvée, et c'était ce qui autorisait le sceau à l'absorber. Complexe, oui, mais comparé au Sceau de Métamorphose… Elle ne créerait sans doute jamais rien de plus impressionnant que ça.
— Bien. L'échange des parchemins, maintenant.
L'original se trouvait dans une boîte ornementée au centre de la pièce, devant l'endroit où s'était trouvé le samurai quand ils étaient entrés. Hitomi avait failli trébucher dessus plusieurs fois durant le combat, son adversaire également. Vraiment stupide, le noble qui avait foutu ses bazars à un endroit pareil. Les bien-nés méprisaient souvent le travail de leurs servants, y compris les combattants. Était-elle surprise que cet homme ne tente même pas de faciliter la tâche à son samurai ? Absolument pas. Elle ne ressentait que de la déception teintée de mépris.
Si seulement il lui avait été permis de le tuer.
Et voilà que le Murmure était de retour, furieux qu'elle ait été blessée, furieux que la douleur lui donne envie d'aller pleurer dans un coin, de courir se faire réconforter dans les bras d'Ensui. Pour la voix qui chuchotait des promesses de carnage et d'extase dans son esprit, le seul réconfort possible se trouvait dans le sang qui coulait à flots et le chakra dérobé à ses victimes. Mais non, elle ne le permettrait pas, pas cette fois. Shikaku avait été très clair concernant l'objectif de cette mission. Elle n'allait tout de même pas décevoir son oncle !
— Je vais juste m'assurer que ce soit ce qu'on cherche…
Elle jeta brièvement un œil à l'intérieur du parchemin original et sentit ses organes se muer en glace à l'intérieur de son corps. Toutes ces informations… C'était tellement précis, tellement spécifique. Elles devraient être mieux cachées et gardées à l'avenir. Si quelqu'un, un traître, avait réussi à les voler une fois, cela se reproduirait peut-être. Et le clan Nara serait-il capable d'y faire quelque chose la prochaine fois ? Elle n'en était pas certaine. Elle n'en était pas certaine, et ne pouvait s'empêcher de songer à Anosuke et aux autres enfants, si fragiles, si vulnérables.
— On pourra y aller quand j'aurai replacé le sceau.
Sa voix restait calme, mais elle l'entendait comme à travers un tunnel. Heureusement, elle n'avait pas besoin d'énormément de lucidité pour reproduire un sceau aussi maladroit et enfantin que celui qu'elle avait effacé. Elle inspecta son travail puis se tourna vers Shikamaru.
— On va sortir pour se téléporter, comme ça je vais pouvoir réactiver le sceau ici. Hai-chan, va nous créer une illusion dans le couloir, s'il te plaît.
La jeune chatte obéit, l'air un peu plus calme qu'elle ne l'avait été quelques instants plus tôt. Son Invocatrice était hors de danger, après tout… Hai n'avait jamais eu droit au long entraînement dans le monde physique qu'Hitomi avait offert à Hoshihi et ses pairs, mais elle était la plus jeune, la plus petite. Cela seul lui attirait des galons d'affection et d'attention supplémentaires. Bien sûr, elle ne jouait pas à se faire des petits préférés. De tels jeux cruels ne l'intéressaient absolument pas.
— On peut y aller, soupira-t-elle enfin quand elle se trouva dans le couloir.
Shikamaru grogna contre son oreille, ses bras solides supportant presque tout son poids. Hitomi ferma les yeux, luttant contre un accès de nausée, et attira à elle la balise placée dans le bureau d'Ensui. Elle ne voulait pas aller dans celui de Shikaku alors qu'il était peut-être en réunion avec des shinobi qui ne faisaient pas partie du clan. Elle s'effondra sur le tapis si propre se son père adoptif, luttant pour ne pas répandre le contenu de ses tripes sur le tissu duveteux.
— Ensui, il faut que tu viennes soigner Hitomi, elle m'a fait refermer sa blessure comme une espèce de barbare et…
Le Jônin n'attendit pas que Shikamaru ait fini de parler, se levant d'un bond avant de se précipiter aux côtés de sa fille adoptive. Elle sourit quand il la fit rouler sur le dos. Ses doigts agréablement frais trouvèrent aussitôt sa blessure. Elle gloussa légèrement quand il activa son chakra médical, forçant la douleur à battre en retraite.
— Le rouleau ? demanda-t-il quand elle eut repris ses esprits et cessé de divaguer.
— Dans un sceau de stockage, en sécurité. Je le ramènerai à Shikaku-ojisan dès que…
— Tu rien du tout, Hitomi, intervint Shikamaru d'un ton ferme. Je ne suis pas blessé, moi, alors j'irai porter le rouleau à mon père. Ou mieux, j'irai le ranger dans son bureau à la maison, tiens. Toi, tu vas aller retrouver ton mari et te reposer. On fera notre rapport plus tard.
Ensui accorda à l'héritier de son clan un regard fier et profondément satisfait, achevant de soigner Hitomi. Il l'aida à se redresser en position assise. Elle aurait une cicatrice – il n'était pas Tsunade, quand même – mais au moins sa chair précédemment calcinée n'était plus qu'un peu rose, comme irritée.
— Je suis d'accord avec Shikamaru, ma puce. Tu devrais te reposer maintenant que tu ne risques plus de saigner jusqu'à la mort. Le reste peut attendre.
Elle n'essaya pas de protester. Si elle avait tenté le coup, il aurait tout laissé en plan pour aller la mettre au lit et monter la garde devant sa porte. Même comme ça, il risquait de…
— Et je vais envoyer un clone avec toi pour informer Itachi-san que tu as ordre de te reposer jusqu'à demain.
Elle roula des yeux, plissant les lèvres en une moue boudeuse, tandis que Shikamaru ricanait quelque part derrière elle. Le traître. La prochaine fois qu'elle l'affronterait au shôgi, elle lui enfoncerai son foutu roi là où le soleil ne brillait jamais, ça lui apprendrait…
— Arrête de planifier le meurtre de tout ce qui vit et respire autour de toi, ma puce, rentre chez toi.
Elle battit des paupières, se leva non sans difficulté et bouda aussi ostensiblement que possible la main tendue de Shikamaru. Tout était de sa faute. Pas la blessure en elle-même, mais le reste. Le ridicule. Elle fronça le nez, dépassant à grandes enjambées imprécises le clone de son père qui l'attendait devant la porte de bureau et s'en alla sans dire au revoir. C'était tout ce qu'ils méritaient, tous les deux. Bande de petites pestes.
— Tu n'es pas vraiment grognonne à cause d'eux, musa le clone en la rattrapant sans la moindre difficulté. Tu n'aimes juste pas être blessée au combat.
— Si vous rencontrez quelqu'un qui aime ça et ne fait pas partie du culte jashiniste, vous me le direz, Père.
Il ponctua sa petite pique d'un rire affectueux et, sans un mot de plus, s'imposa à ses côtés pour porter un peu de son poids et l'aider à avancer jusqu'à chez elle.
Elle avait besoin de se reposer, après tout.
