— Sasuke-kun, salua Sasori d'une voix vaguement amusée. Interromps ta technique immédiatement. Le chef de l'Akatsuki a décrété que cette kunoichi m'appartenait.
Hitomi se recroquevilla dans le manteau de chakra impénétrable. À présent qu'elle réalisait à qui appartenait le chakra qui l'entourait, elle ne percevait depuis ses méridiens rien d'autre que la violente sensation d'appartenance, de familiarité et de sécurité qu'elle avait associée à Sasuke pendant des années. Agitée de spasmes de douleur – ses sens étaient toujours mille fois trop aiguisés – elle s'effondra dans l'herbe rase, le souffle si précipité qu'une vague de souffrance envahit sa poitrine.
— Ah… Je ne peux pas te laisser faire ça, Sasori.
— Kabuto ne peut pas avoir celle-là. Je lui ai apporté assez de sujets d'expérimentation ces dernières années pour qu'il me laisse la gamine qui a tué Deidara, tu ne penses pas ?
Un rire sans joie, presque inaudible, secoua le torse de Sasuke. Il avança jusqu'à se trouver à côté de la forme tremblante d'Hitomi, son regard prenant la plus brève des secondes pour graver à jamais cette vision dans sa mémoire. Sa sœur adoptive, jadis si démesurément forte et fière, prostrée et terrifiée à ses pieds. À cause de cet homme. Une pression insupportable naquit derrière ses globes oculaires tandis qu'un bras de Susanoo se matérialisait depuis le néant. Sa haine. Sa haine nourrissait le pouvoir de ses Sharingan et sa volonté de défendre, de protéger.
Ce fut si rapide ensuite. Ni Sasori ni ses deux larbins ne s'y attendaient. Amaterasu s'éveilla dans l'œil gauche de Sasuke, ses flammes noires affamées de leurs hurlements, de tout ce qui avait défini leur existence. Seul le déserteur Sunajin échappa au feu inextinguible, mais Sasuke l'attendait. Une expression de haine pure tordit ses traits alors qu'il plongeait son bras dans la seule partie encore humaine de son corps, les Mille Oiseaux hurlant leur colère tandis qu'ils fendaient la chair et le chakra. L'homme-marionnette mourut en quelques secondes.
Deux membres de Crépuscule réduits en cendres et un marionnettiste de légende au cœur déchiré et saturé de foudre. La vie était un bien si fragile. Même les hommes comme Sasori, qui sacrifiaient tout ce qu'ils pouvaient pour tromper la mort, finissaient par perdre à ce petit jeu. D'un geste négligeant, Sasuke dégagea son bras du torse de bois et de chair du déserteur. Son œil droit saigna quand il l'utilisa pour éteindre les flammes. La haine foudroyante qui l'avait guidé jusqu'ici s'était éteinte à présent… Ou presque. Il en ressentit une nouvelle décharge quand il alla s'accroupir devant Hitomi et entendit son petit geignement brisé, si plein de douleur et de terreur qu'il avait envie de tuer Sasori dix fois de plus.
— N-ne… Touche pas…
— Je sais, murmura-t-il de la voix la plus basse possible. Je ne te toucherai pas. Tu as eu une toute petite dose… L'effet devrait se dissiper dans environ deux heures. Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi en attendant ?
Elle répondit d'un sanglot étranglé, le visage pressé contre le sol, la tête sous les bras pour se protéger de la lumière, du bruit, de tous les stimuli qui lui donnaient l'impression d'agoniser. Malgré la tension et la douleur qui saturaient ses yeux, Sasuke décida de maintenir Susanoo en place autour d'elle. Il voulait qu'elle se sente en sécurité. Il pressa ses paumes contre ses cuisses pour résister à l'impulsion de la prendre dans ses bras, comme quand ils étaient enfants et qu'elle faisait des cauchemars. Il avait promis de ne pas toucher – et il savait à quel point il lui ferait mal, physiquement et mentalement, s'il rompait cette promesse. Il ne lui restait plus qu'à attendre.
Comme Sasuke l'avait promis, le feu commença à baisser dans ses nerfs abusés au bout de deux heures. Le soleil avait presque atteint son zénith, elle sentait sa chaleur débilitante sur la peau exposée de ses bras, de l'arrière de ses cuisses. Elle étouffait. Même les larmes sur ses joues lui donnaient l'impression de taillader sa peau. Mais petit à petit, ces sensations faiblissaient, s'adoucissaient. Quand elles franchirent la limite du tolérable à nouveau, les muscles d'Hitomi se dénouèrent. Elle roula sur le flanc, les membres parcourus de spasmes épuisés, et croisa un instant son regard. Elle était sans doute désormais la seule personne au monde assez brave, assez confiante ou assez stupide pour regarder un porteur de Sharingan droit dans les yeux.
Sasuke avait encore un peu changé depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu. Quelque chose en lui avait évolué, transformant un peu de sa rage en quelque chose de plus paisible. Il remua légèrement, juste assez pour que son ombre se place sur elle, sur son visage, et protège ses yeux abusés du soleil. Elle battit lentement des paupières en signe de reconnaissance, un signe qu'il avait appris à identifier des années plus tôt, alors qu'ils n'étaient que des Genin et qu'elle passait un temps infini avec ses chats.
— Est-ce que tu veux quelque chose à boire ? À manger ? Partir d'ici ? Qu'est-ce que tu fais ici, Hitomi ? N'importe lequel des ninjas dans la région donnerait sa vie sans hésiter pour une chance de te capturer et de te ramener à Kabuto.
N'importe lequel, sauf lui. Un violent frisson la traversa comme la foudre. Elle força sur ses bras pour se redresser et sursauta quand il posa les mains sur elle pour l'aider, même si la décharge de douleur dont elle se souvenait si bien ne vint pas. Il veillait à ne pas toucher sa peau avec la sienne, redoutant sans doute la même chose. Il soutint son bras, l'assista dans chaque lente, douloureuse étape du processus qui lui permit de se lever.
— On doit… Parler, articula-t-elle d'une voix pâteuse et rauque. En sécurité. À l'abri des oreilles indiscrètes.
Un sourire faible et épuisé naquit sur ses lèvres ensanglantées quand il acquiesça. Elle ne se souvenait pas avoir mordu, pourtant. Ses souvenirs étaient toujours brumeux sous la substance créée par Sasori : elle ne se souvenait que de la douleur, brûlante, dévastatrice, et de l'agonie qui s'imposait dans chacune de ses pensées.
— D'accord. Je vais t'aider à marcher, viens…
Il y avait quelque chose qu'elle ne parvenait pas à identifier dans la voix de Sasuke au-delà de la sollicitude et de la préoccupation. Elle n'avait pas la force de s'en soucier, là, tout de suite. Elle ferma les yeux et se laissa guider sans même prendre la peine de veiller à ne pas trébucher. Elle était bien trop épuisée pour ça, le fantôme de la douleur embrassant encore ses nerfs. Elle avait frôlé la mort, encore une fois. Les shinobi étaient ceux qui enduraient. Elle n'aurait pas dû ressentir de surprise ou de véritable peur, mais elle avait été terrorisée face à Sasori. Si cela lui donnait une idée de ce qu'elle allait ressentir avec Kakuzu… Elle ne serait probablement jamais capable de l'affronter.
Quand elle rouvrit les yeux, elle réalisa qu'ils se trouvaient dans une grotte, pas si différente de celle qui l'avait abritée durant sa nuit aux côtés d'Hoshihi. Elle ne se souvenait pas avoir perdu connaissance… Mais cela ne l'étonnait pas. Son esprit ne voulait pas s'accrocher au monde conscient. Il voulait la paix, le silence et une privation sensorielle qui compenserait la surstimulation qu'elle venait de traverser. Elle sourit à Sasuke en guise de salut et se redressa en position assise avec son aide.
— On est en sécurité ici. T-tu te souviens des contrats d'invocation qu'on avait trouvés quand on était enfants, sur les terres de mon clan ?
Surprise par le léger tremblement de sa voix, elle acquiesça. Il n'avait pas été intéressé à l'époque : les béliers avaient toujours été les compagnons de son père et les faucons avaient un caractère aussi fier et indépendant que le sien. En plus, il n'avait pas eu assez de chakra à l'époque… Mais maintenant, réalisa-t-elle en sondant rapidement ses réserves, il ne souffrait plus de ce genre de problème.
— Les faucons ? devina-t-elle.
— Les faucons. Mon familier survole la zone et m'avertira si quelque chose approche bien avant que tu le sentes avec tes méridiens. On est en sécurité.
Elle ne savait pas pourquoi il ressentait le besoin de se répéter, mais elle comprenait l'étincelle hantée dans son regard. De toutes les faiblesses de Sasuke, la souffrance des gens qu'il aimait représentait sans doute la plus importante. Et il l'avait vue souffrir. Il avait compris immédiatement quel poison se trouvait sur l'aiguille qui avait transpercé son bras, d'un seul regard.
— Comment as-tu su…
— Pour le poison ? Crois-moi, je sais tout ce qu'i savoir sur cette saloperie que Sasori a inventée.
Une terreur glacée s'abattit sur Hitomi, lui nouant le ventre et la gorge avec tant de brusquerie qu'elle faillit s'étouffer.
— Est-ce que… Est-ce qu'ils l'ont utilisé sur…
— Sur moi ? Non. Kabuto n'aurait jamais pris le risque d'endommager son fidèle bras droit à ce point. Non, Hitomi, ils ne m'ont pas injecté de poison dans les veines. Ils m'ont fait regarder ce que ce bâtard de Kakuzu t'a fait.
Elle se figea comme une biche devant un prédateur, à peine capable de respirer.
— Q-quoi ?
— Kakuzu. Ce malade a filmé pendant qu'il te torturait. Pas à chaque fois, je pense… Mais suffisamment pour que j'aie une très bonne idée de ce qu'il t'a fait. Il a vendu la vidéo à Kabuto, parce que ça l'intéressait pour une de ses expériences… Et Kabuto m'a fait regarder, avec mon Sharingan activé. J'ai dû sourire tout du long comme si j'aimais ce que je voyais…
Horrifiée, la jeune femme coupa la parole de Sasuke en franchissant sur ses genoux le faible espace qui les séparait et se jeta dans ses bras malgré la douleur fantôme qui la parcourait encore. Elle réalisa qu'elle pleurait, des sanglots hystériques, bruyants, et si faibles en comparaison du sentiment d'intrusion et de souillure qui lui saturait l'esprit. Non content de briser son corps, son bourreau avait vendu les images de son corps presque nu, couvert de sang, tordu de douleur… Et l'acheteur s'en était servi pour faire du mal à l'une des personnes qu'elle aimait le plus au monde.
Elle fut surprise de constater, quelque part au fond de son esprit, qu'elle n'était pas la seule à pleurer. Les sillons de sang qui avaient séché sur les joues de Sasuke se diluèrent dans les larmes, d'eau et de sel celles-ci, qui dévalèrent sa peau pâle tandis qu'il l'entourait de ses bras et la serrait contre lui assez fort pour lui couper le souffle. Si les mots de Tsunade n'avaient pas été encore si vifs dans son esprit, Hitomi l'aurait ramené à Konoha pour de bon, immédiatement. Elle le voulait protégé et en sécurité plus qu'elle ne désirait la chute de Kabuto.
— Je suis content d'avoir tué Sasori, confessa-t-il la bouche pressée contre le sommet du crâne d'Hitomi. Plus personne ne pourra fabriquer ce poison. Il était le seul à connaître la formule.
Un petit son entre rire et sanglot se fraya un chemin dans la gorge d'Hitomi. Elle serra les épaules de Sasuke un peu plus fort, même s'il était tellement plus grand et plus large qu'elle que ça devenait ridicule. Finalement, il desserra juste assez son étreinte pour lui permettre de respirer sans résistance et elle resta un moment assise tout contre lui, la tête posée en sécurité sur son torse. Elle devait chérir ces moments devenus trop rares.
— Comment va Naruto ? Je sais que tu as sans doute des choses importantes à me dire, m-mais… Hum… Il me manque.
— Tu lui manques aussi, Sasuke. Il est tellement persuadé que tu reviendras par toi-même quand tu auras fait tout ce que tu as à faire… Il garde espoir en toi.
— Bien sûr qu'il garde espoir. C'est Naruto. Si je l'avais poignardé lui pendant ma fuite, il croirait encore en moi.
— Il aime sans réserve, c'est comme ça. Il est triste que son frère adoré ne partage pas son quotidien, bien entendu, et il pense énormément à toi – je crois qu'il a une photo de nous trois dans sa veste – mais il va bien. Il est devenu Chûnin il y a quelques mois.
— Vraiment, uh ? Je pensais que ce serait fait depuis longtemps, mais j'imagine que Jiraiya-sama ne l'a pas laissé trop s'attarder dans un Village Caché. Et toi, comment tu…
— Sasuke, coupa-t-elle, j'ai besoin de t'expliquer des choses à propos de ton frère. À propos d'Itachi.
Sasuke avait posé une main sur son genou quelque part durant cette conversation. Quand il entendit le nom de son aîné, ses doigts se mirent à serrer et serrer l'articulation fragile jusqu'à ce qu'elle grogne de douleur, un petit son qui l'alarma juste assez pour qu'il se reprenne.
— Vas-y, dis-moi. C'est important, pas vrai ?
— Primordial. Tu te souviens de Danzô Shimura ?
D'une voix douce et emplie de compassion, Hitomi expliqua à son petit frère, la prunelle de ses yeux, un homme pour qui elle aurait mille fois offert sa vie sans hésiter, comment feu le Conseiller avait abusé de la confiance d'Itachi envers son village. Comment des idéaux vides de sens et de subtiles manipulations avaient forcé la main d'un jeune génie trop pur et avide de paix à faire couler le sang des siens en torrents autour de lui. Elle raconta l'appui discret d'Hiruzen quand le vieil homme avait réalisé quelles atrocités son plus ancien ami avait commises.
— M-mais pourquoi…
— Pourquoi il t'a épargné toi ? Sasuke, au tout dernier moment, Itachi a voulu se rebeller. Il a voulu refuser les ordres de Danzô, essayer de changer votre clan de l'intérieur malgré la révolte à un cheveu de se produire. Et puis Danzô a menacé de s'en prendre à toi. De faire de toi un exemple. Itachi t'aime plus que tout autre être vivant dans ce monde. Il t'aime plus que ses idéaux, plus que la paix, plus que toute notion de justice ou de raison. Il aurait mis le monde à feu et à sang pour toi.
Deux énormes larmes débordèrent des yeux de Sasuke et roulèrent sur ses joues. Son chakra enfla et enfla dans l'air immobile de la grotte, débordant d'un profond désespoir qu'Hitomi ne connaissait que trop bien. C'était ce qu'on ressentait quand le monde qu'on connaissait s'effondrait. Rien qu'elle ne puisse dire ne soignerait une telle douleur. Elle ne pouvait qu'essayer de l'atténuer.
— J'ai… Depuis cette nuit-là, j'ai toujours voulu… Le tuer…
— Je sais, Sasuke. Crois-moi, je sais.
— J-j'ai entendu dire qu'il avait quitté l'Akatsuki. Qu'il avait disparu des radars depuis. Mais tu en sais plus que ça, pas vrai, Hitomi-nee ? C'est pour ça que tu m'en parles ? Tu as… Tu sais toujours tout. Tu sais toujours tout. Tu trouves toujours un moyen. J'ai besoin de le voir, j'ai…
Il commençait à paniquer, elle le voyait, l'entendait aux battements précipités de son cœur, si bien qu'elle plaqua sa main sur sa bouche pour lui couper la parole et mêla son chakra au sien, comme quand ils étaient enfants. Son corps avait appris à reconnaître cette sensation comme une source de réconfort au-delà des mots ; ses muscles se détendirent indépendamment de sa volonté et son énergie se stabilisa quelque peu.
— Sasuke, je n'ai pas fini de tout t'expliquer, d'accord ? Laisse-moi finir, s'il te plaît.
Il acquiesça, une étincelle désespérée animant son regard presque fiévreux. Elle sourit, son pouce s'attardant sur l'arête de sa mâchoire dans une caresse qu'elle espérait apaisante. Elle avait l'impression de se confronter à un animal affolé. Peut-être était-ce un peu le cas. Elle était sans le moindre doute passée par ce stade d'émotions débordantes, elle aussi.
— Quand K-Kakuzu m'a capturée, Itachi se trouvait au loin, en mission. Cela faisait des années qu'on était en contact parce que… Parce que j'avais compris que quelque chose n'allait pas dans cette histoire. J'attendais des preuves pour t'en parler, je savais que tu ne croirais pas à de simples suppositions…
— Mais tu t'assurais que je doute un peu, moi aussi, murmura-t-il sous sa main. Tu sous-entendais parfois que quelque chose n'allait pas autour du massacre…
— Je voulais que tu sois heureux, Sasuke. Je voulais que tu puisses revenir vers lui un jour, la vérité entre les mains. Mais Danzô est mort maintenant et tout Konoha sait ce qu'il a fait…
— C'est Itachi qui est venu te chercher quand l'Akatsuki t'a capturée, pas vrai ? Il t'a… Il t'a sauvée, ramenée à Konoha, et maintenant…
Hitomi acquiesça, les joues striées de larmes.
— Maintenant, il est en sécurité. J-je l'ai épousé, Sasuke. Parce que les crimes d'Itachi Uchiha restent attachés à son nom, et pas…
— … à sa personne. Tu as sauvé mon frère en l'épousant ?
Il avait l'air presque douloureusement émerveillé, pleurant tout comme elle, ses mains crispées sur ses membres fragiles comme pour la clouer sur place – comme si elle risquait de s'éloigner ne serait-ce que d'un petit centimètre.
— Je ne voulais pas qu'il soit tué pour m'avoir sauvée, tu comprends ? Ce n'était pas juste… Et je me destinais à un mariage politique, de toute façon. Tu sais que j'ai toujours voulu voir renaître le clan Yûhi… Itachi était un bon choix. Et tout s'est bien terminé pour lui comme pour moi dans cette histoire.
Le corps de Sasuke devint amorphe contre le sien. Il ferma les yeux, assimilant visiblement toutes ces informations. Une légère nuance de crainte tiraillait Hitomi. Elle ne voulait pas qu'il soit en colère. Tous ces choix, elle les avait faits en partie pour lui. Pour le voir heureux, un jour, Itachi à ses côtés. Finalement, Sasuke rouvrit les yeux et la regarda, incertain :
— Tu es heureuse, Hitomi-nee ? Il te traite bien ? Il…
— Ton frère est la personne la plus douce et la plus prévenante que je connaisse, mais tu le savais déjà. Il prend soin de moi. Il… Il n'a pas repris le service actif. Il ne sera sans doute jamais plus un shinobi, et je ne pense pas qu'il ait voulu l'être un jour. Il passe son temps à tenir la maison, étudier, méditer. Il va mieux aussi… Tsunade-sama l'a soigné.
— Soigné ?
— Hm hm… Il y avait le problème de ses yeux, bien entendu, mais tu sais déjà ce que j'entends par là. À quel point ta vue a-t-elle baissé ?
Les lèvres de Sasuke se plissèrent. Il n'aimait pas avoir à admettre une faiblesse. Mais mentir à Hitomi ? Hors de question. Il se souvenait encore trop vivement de comment elle réagissait à pareille offense, avant que les chemins qu'ils avaient choisis de les éloignent inexorablement l'un de l'autre.
— Beaucoup. J'ai des migraines aussi… Et de plus en plus de mal à le cacher à Kabuto. Ce connard a toujours dans l'idée de tester mes pouvoirs, mes capacités…
— Dans ce cas, je suis arrivée juste à temps. Tsunade-sama m'a envoyée te chercher. Des yeux attendent de t'être transplantés, Sasuke. Ta vue sera rétablie quand ce sera fait.
— Des yeux ?
— Je… Est-ce que tu veux vraiment que je t'explique ça maintenant ? C'est quelque chose d'assez horrible… Et tu en as déjà subi beaucoup aujourd'hui.
— Hitomi.
Elle soupira, cachant son visage dans ses mains.
— Très bien ! Bon, quand Danzô a été accusé de ses crimes, enfin, il y a eu une ordalie par le combat. Comme deux des chefs d'accusation concernaient des Nara, Shikaku-ojisan a pu choisir le champion du village…
La voix un peu rauque, la jeune femme raconta comment elle était descendue dans l'arène et s'était appliquée à massacrer Danzô, tout en préservant le chakra qu'elle sentait dans son bras, dans l'une de ses orbites. Elle raconta ce qu'ils avaient trouvé à ces endroits, les Sharingan dormants mais encore saturés de chakra, puis enchaîna sur tout ce qu'elle savait du Kaléidoscope Hypnotique. Les yeux de Shisui avaient sauvé ceux d'Itachi. Deux autres contribueraient à rétablir les yeux de Sasuke.
— C'est… Horrible, en effet. Pourquoi mon clan semble-t-il avoir baigné toute son histoire et tout ce qu'il est dans le sang ?
Elle haussa les épaules, un sourire sans joie lui tordant les lèvres.
— Ninja, Sasuke. C'est ce que font les ninjas. Surtout ceux issus des clans. On essaye de changer les choses, mais c'est difficile. Et ça nous coûte encore plus de sang versé. Pour être honnête, je ne suis pas sûre qu'on en voie un jour la fin. Toujours est-il que je suis venue te chercher pour tes yeux. Tu as besoin de voir clair pour continuer ta mission, pas vrai ?
Les traits de Sasuke s'adoucirent. Chagrin, regrets, acceptation. Elle les voyait d'un coup d'œil, sans effort, elle qui l'avait jadis connu mieux qu'elle ne se connaissait elle-même.
— Tu as raison, Hitomi-nee. Est-ce que… Hum. Est-ce que tu crois que tu pourrais m'emmener voir Itachi avant ? J'aimerais… j'aimerais le revoir. Lui demander pardon.
Les lèvres de la jeune femme tremblèrent, des larmes brûlantes lui montèrent aux yeux, mais elle y réfléchit avec soin avant de décider si oui ou non elle pouvait lui accorder cette menue bénédiction. Tsunade n'avait pas ordonné qu'il soit amené dans sa Salle des Sceaux aussi vite que possible, pas exactement.
— Je vais d'abord écrire à Tsunade-sama pour la prévenir que je le fais. Pas lui demander son autorisation, juste la prévenir, d'accord ?
Sasuke ne répondit pas mais l'étreignit à nouveau avec forme, tout son corps si solide agité de tremblements incontrôlables. Elle ferma les yeux un instant, juste le temps de se reprendre, puis sortit son carnet communicant. Il fallait qu'elle réfléchisse au message qu'elle voulait envoyer… Et à la suite aussi. Sasuke ne pouvait pas disparaître comme une fleur pendant les deux semaines de convalescence dont il aurait besoin pour ses yeux. Finalement, elle trouva des mots qui lui semblèrent adéquats et commença à écrire.
Hokage-sama,
J'ai trouvé Sasuke. Je lui ai confié la vérité concernant le massacre. Il l'a mieux pris que vous ou moi aurions pu l'espérer. Je le connais depuis l'enfance, je le saurais s'il était en colère… Mais on dirait que les quelques années de bonheur et d'amour dont il a bénéficié sous les bons soins de ma mère ont éteint le perpétuel désir de vengeance qui aurait éclos en lui si Hokage le Troisième avait refusé de le mettre entre de bonnes mains, aimantes.
Je vous raconte tout ceci car il a demandé à rencontrer Itachi, et j'ai décidé d'accepter sa demande. Je sais que je devrais vous demander la permission, Tsunade-sama, mais il s'agit de mon frère adoptif et de mon époux. Je suis une Nara. C'est aussi parce que j'agis comme telle que vous me respectez et m'estimez autant, n'est-ce pas ? Cela ne durera que quelques heures. Quand ils se seront vus, quand ils auront pu parler un peu, je vous l'amènerai, exactement comme vous me l'avez demandé. J'accepterai toute punition que vous déciderez de m'infliger.
Sasuke passera également sa convalescence sous mon toit, c'est moins risqué. Si Naruto est encore au village, je veillerai à ce qu'il ne vienne pas me rendre visite pendant ce laps de temps.
Avec tout mon respect,
Hitomi.
Elle envoya le message et reprit son souffle. Ses mains tremblaient légèrement. Elle n'avait jamais défié Tsunade de la sorte. Elle entretenait un véritable, profond respect pour la cheffe de guerre, pour la fermeté mâtinée de tendresse avec laquelle elle menait chacun de ses shinobi au travers de leurs carrières. Elle n'aimait pas lui désobéir. La réponse vint quelques minutes à peine plus tard – cette fois, Sasuke vint lire au-dessus de son épaule.
— Tu arrives à voir dans cette lumière ? Tes yeux…
— Ça va, grogna-t-il près de son oreille. Voyons voir si tu as des problèmes.
Hitomi,
Franchement, j'aurais été surprise si tu avais fait un autre choix. Tu as toujours été une petite peste, mais tu as raison, c'est pour ça que je t'estime. Les petites pestes gagnent des guerres. La preuve, regarde le rôle que j'ai joué pendant la Troisième Grande Guerre… Enfin. Très bien, laisse Sasuke-kun voir son frère, mais amène-le moi au coucher du soleil au plus tard. L'opération est longue, surtout que je vais devoir l'accomplir toute seule.
Et puis tu me raconteras comment ça s'est passé, tant qu'on y est. Personne ne me raconte jamais rien.
Tsunade.
— J-je, hum, je ne crois pas que je vais me faire punir ?
— C'est déjà ça de pris, hm ? Tu m'emmènes, alors ? J'ai entendu la rumeur qui dit que tu maîtrises le Dieu de la Foudre. D'ailleurs, comment tu as réussi à faire un coup pareil ?
— Très, très longue histoire. Ça m'agace que le secret soit éventé, cela dit. J'aurais espéré ne pas être prise pour cible à cause de ça un peu plus longtemps…
— Tu es capable de gérer ce genre de problèmes. Qu'est-ce qu'un petit chasseur de prime de rien du tout quand on s'appelle Hitomi Yûhi, hm ?
— Un jouet-qui-couine, voilà ce que c'est.
Sasuke éclata d'un rire sincère et Hitomi crut que son cœur allait entrer en combustion spontanée. Cela faisait si longtemps qu'elle ne l'avait plus entendu rire. Elle avait envie de se noyer dans cette mélodie pour l'éternité. Avec un petit soupir, elle lui enlaça les épaules d'un bras mince et l'attira contre elle.
— Accroche-toi. Je te ramène à la maison.
