Le lendemain matin, Hitomi ne montrait plus aucun signe de frayeur ou de mélancolie quand elle fut prête à quitter la maison. Itachi, lui, pouvait se le permettre, mais il le faisait d'une manière discrète, mesurée. Il voulait soutenir son épouse plutôt que la tirer en arrière. Elle avait l'air tellement heureuse d'avoir enfin son équipe – ils avaient réussi leur examen la veille avec brio d'après le message qu'Iruka lui avait fait parvenir par le carnet de Tsunade. Elle n'en attendait pas moins d'eux, bien entendu, mais ça faisait plaisir malgré tout.
— Ah, Kiba, ça faisait longtemps ! Excité de rencontrer tes nouveaux petits élèves ?
Le jeune Inuzuka la salua d'un sourire véritablement solaire, l'air suprêmement détendu – le chanceux. Une calme anxiété avait trouvé sa place dans le ventre d'Hitomi, un serpent lourd, glacé, qui refusait de la quitter. Elle s'était préparée. Elle n'allait pas décevoir ses élèves.
— Oh que oui ! Ma mère me prépare pour ce jour depuis des mois, si tu savais. Elle m'a même forcé à devenir un Jônin rien que pour ça !
Hitomi laissa un ricanement bien peu charitable lui échapper.
— Oh, mon pauvre petit chiot, tu n'aimes pas les responsabilités, hm ? Pourtant, personne ne t'a menacé de mort si tu ne prenais pas ces élèves à ta charge.
— J'en avais envie aussi, admit Kiba en haussant les épaules. Quand on était Genin, avec Shino et Hinata, on a été affectés à l'Académie plusieurs fois. Eux n'ont pas raffolé de ce travail, mais moi, j'aimais bien. En plus, je pourrai toujours travailler au département de ma mère quand mes gamins se reposeront.
— Je vois. Tu y gagnes, en somme ! Tu savais que Lee et Tenten ont aussi reçu une équipe ?
— Ça ne m'étonne absolument pas. Tenten donne des cours aux kunoichi de l'Académie depuis presque deux ans après leurs leçons. Et Lee… Bha, c'est Lee. Je suis sûr qu'on lui a mis un petit prodige du taijutsu dans les pattes pour perpétuer la tradition.
Cela n'étonnerait pas non plus Hitomi. Aux côtés de son ami d'enfance, elle fendit la foule de civils qui peuplaient les rues de Konoha à cette heure matinale jusqu'à ce que l'Académie et la Tour du Hokage se dressent devant eux. Ils inspirèrent profondément, carrèrent les épaules, et endossèrent en franchissant la porte principale de l'école leur nouvelle responsabilité. Trois jeunes flammes à protéger…
— Vas-y, entre en premier. Je te laisse deux minutes pour aller chercher les tiens puis je vais récupérer les miens. Je veux en avoir fini avec le test des clochettes aujourd'hui.
— Crois-moi, s'ils ont terminé le parcours d'obstacles que je leur ai concoctés avant la nuit tombée, je m'estimerai chanceux.
Elle lui tapa dans la main et le regarda entrer dans la classe, déployant ses sens juste à temps pour sonder l'énergie des jeunes Genin sous sa charge. Une distante cousine du clan Nara, que la kunoichi avait rencontrée une ou deux fois en passant, et deux enfants descendus de civils. Une combinaison intéressante… Mais peu d'enfants des clans peuplaient cette promotion en comparaison de celle d'Hitomi. Avec un petit sourire, elle entra à son tour quelques secondes après que Kiba soit sorti par la fenêtre avec ses nouveaux protégés, ouvrant la porte avec assez de violence pour la faire claquer contre le mur. Tous les élèves sursautèrent, sauf les siens. Parfait.
— Hanabi-chan, Sugi-kun, Anosuke-kun, avec moi !
Elle ne leur laissa pas le temps de répondre ou de la saluer comme il se devait, traversant la vaste salle en quelques pas à peine avant de se jeter dans le vide les pieds en avant. Elle atterrit sans même vaciller plus bas dans la rue et attendit, les bras croisés, que ses trois élèves apparaissent à la fenêtre. Quand elle fut certaines qu'ils suivaient, elle s'élança à un bon rythme à travers le village. Qu'ils la traquent, ça leur ferait un excellent exercice. Il ne lui fallut que quelques minutes pour traverser toute la distance qui les séparait du terrain d'entraînement numéro six, qui leur avait été alloué. Ils étaient à bout de souffle quand ils la rejoignirent.
— Voici le terrain d'entraînement qu'on va utiliser à présent. Vous pouvez venir vous y entraîner sans moi si vous voulez, et que je ne vous ai pas suffisamment épuisés à votre goût, mais si je décide que l'un d'entre vous ne prend pas assez soin de lui et ne se repose pas assez, je lui ferai porter le collier de la honte jusqu'à ce qu'il me satisfasse. Vu ?
Les trois enfants hochèrent la tête à l'unisson, manifestement impressionnés par leur professeur. Un rictus amusé se peignit sur les lèvres de la jeune femme. Elle n'allait pas utiliser de torture psychologique sur eux comme Kakashi l'avait fait à l'époque, mais elle les ferait suer un peu.
— Bon, le test des clochettes ! Si vous échouez, je vous renvoie à l'Académie pour une année supplémentaire à coups de pied au cul, Tsunade-sama ou pas Tsunade-sama. Elle veut que vous deveniez l'une de nos meilleures équipes de Genin, bien entendu, et moi aussi, mais ça ne veut pas dire que je vais vous faciliter les choses, alors ouvrez grand vos oreilles.
D'une voix énergique, elle leur décrivit les paramètres de l'entraînement. Ils auraient deux heures pour tout faire afin de lui prendre ses clochettes ; l'exercice se prolongerait si elle le jugeait nécessaire – et ils n'auraient pas droit à leur pause repas tant qu'elle ne serait pas satisfaite de leur performance. Midi se trouvait encore loin, mais elle savait qu'ils n'avaient pas emporté de casse-croûte : aucun d'eux ne portait de sceau de stockage adapté au transport de nourriture. La faim les motiverait sans doute assez pour qu'ils unissent leurs cerveaux et trouvent un plan convaincant pour lui dérober les clochettes qu'elle leur montra avant de les attacher à sa ceinture. Trois clochettes. Elle ne voulait pas tester leur travail d'équipe, seulement leur ingéniosité.
Ils allèrent tous se cacher à son signal, pour sa plus grande satisfaction. Elle savait exactement où ils se trouvaient malgré leurs efforts pour étouffer leur chakra – ils ne pouvaient pas se dissimuler totalement à ses méridiens – mais l'effort était louable et tromperait sans doute d'autres Genin, voire un Jônin au crâne particulièrement épais. Elle prit le temps d'examiner le terrain d'entraînement qu'elle avait choisi : une rivière le traversait et une combe de sable se trouvait derrière le petit bois qui se dressait devant elle. Plusieurs terrains, un atout idéal.
Elle bondit en arrière quand un filon d'ombre se détacha du fourré et s'étendit en direction de ses pieds. Anosuke. Il avait besoin de moins de chakra qu'elle à son âge pour ses ombres. En fait, il dépassait sans doute Shikamaru en termes de maîtrise pure, à l'époque où son cousin et elle sortaient de l'Académie. Il faudrait qu'elle travaille absolument avec Tobirama pour trouver un moyen d'exploiter cette force… D'une étincelle de chakra, elle se permuta avec le rocher le plus proche juste à temps pour éviter un kunai qui lui aurait transpercé la nuque si elle n'avait pas bougé.
— Ce n'est pas très gentil d'essayer d'assassiner ta pauvre sensei, susurra-t-elle à l'oreille de Sugi en se téléportant d'un Shunshin dans son dos. Je vais avoir de la peine…
Il fit volte-face mais elle lui saisit le poignet et serra juste assez pour le forcer à lâcher son kunai avant de l'envoyer bouler d'un geste négligeant en direction de la clairière où elle s'était trouvée moins d'une minute plus tôt. Le temps qu'il revienne dans sa direction, elle s'était déjà envolée, laissant derrière elle une petite flaque de paillettes en guise de signature.
— Vous vous amusez beaucoup trop, sensei ! s'exclama Hanabi en se jetant vers elle.
Hitomi arrêta sa main tendue en levant le Bouclier Aqueux qu'elle avait conjuré à toute allure, sans prendre la peine de dissimuler le sourire féroce qui lui tordait les lèvres. D'un point de vue belliqueux, c'était l'esprit d'Hanabi qui ressemblait le plus au sien. Elle la repoussa et la fit trébucher d'un coup de pied assez habile pour ne causer aucun véritable dommage.
— Que dire, Hanabi-chan ? Je vois les fruits de l'entraînement que je vous ai offert. Ça me fait plaisir, j'ai bien le droit, non ?
Tandis que la jeune Hyûga se relevait, Hitomi l'attrapa par le col et l'envoya voler dans les bras d'Anosuke et Sugi qui se jetaient sur elle. Trop occupés à rattraper leur partenaire pour faire attention à leur professeur, ils se retrouvèrent perdus quand ils levèrent la tête et réalisèrent qu'elle avait disparu. Hitomi étouffa un petit ricanement de l'endroit où elle se trouvait. Elle sentait le chakra d'Itachi quelques mètres à sa droite et Ensui un peu plus loin derrière elle. Ils étaient venus observer ce qui la rendait si fière – et, dans le cas de son père adoptif, intervenir en cas de blessure sérieuse.
Cela continua sur ce rythme pendant deux heures. Midi vint puis passa sans que ses élèves ne faiblissent. Elle entendait parfois leurs ventres gronder mais ne prit pas pitié de la faim qui les tiraillait. Elle leur avait déjà infligé des entraînements plus durs que ça. Elle savait ce qu'ils pouvaient encaisser ou non, et veillait à ne rien ne leur infliger de plus grave que quelques hématomes et égratignures. Quand elle les envoyait voler, c'était pour s'assurer qu'ils avaient retenu ses leçons et savaient amortir leurs chutes en renforçant le point d'impact avec du chakra.
— C'est bon, l'exercice est terminé ! appela-t-elle après quatre heures de combats acharnés – de leur part, en tout cas.
Les trois Genin sortirent de l'endroit où ils se cachaient en prévision de leur prochain assaut, l'air absolument épuisés. Hitomi s'assit sur l'herbe tendre avec un petit sourire et leur fit signe de s'installer devant elle.
— Vous avez réussi l'exercice, bien entendu. Belle prise d'initiatives, travail d'équipe plus que correct et démonstration intéressante de vos capacités. Il est temps de manger, maintenant, puis d'aller chercher votre première mission, si vous vous sentez en forme.
Les visages des trois enfants s'éclairèrent à la mention d'une mission. Ils étaient assez lucides pour savoir que ce qui les attendait serait sans doute une corvée, mais cela faisait six ans qu'ils se préparaient à servir leur village. Ils comprenaient pourquoi ils devaient commencer tout en bas de l'échelle, à désherber un champ ou traquer et ramener au bercail un animal de compagnie récalcitrant. Sans se départir de son sourire, Hitomi descella les trois bentô qu'elle avait préparés pour ses élèves et les leur tendit.
— À partir de demain, vous amènerez votre propre repas ou de l'argent pour manger dehors, selon ce que vous préférez. J'ai aussi un présent pour vous, pour vous féliciter d'intégrer les forces de Konoha.
Sans leur laisser le temps de poser une question à ce sujet, elle activa un autre sceau, récupéra les trois carnets qui s'en échappèrent et tendit à chacun des enfants celui qui lui correspondait. Elle les laissa contempler son œuvre pendant un instant avant d'expliquer :
— Ils sont reliés les uns aux autres, ainsi qu'au mien. Pour toi, Anosuke, j'ai modifié le fonctionnement du sceau : l'encre qui apparaîtra sur la page quand tu recevras un message sera infusée de chakra pour que tu puisses lire avec ta technique de perception des ombres. Et tu pourras utiliser une encre similaire pour écrire, bien entendu.
Son petit protégé favori semblait le plus touché des trois. Cela faisait des années qu'Hitomi ne ressentait plus ni horreur ni compassion quand il levait vers elle son visage aux orbites vides – il avait décidé que ce serait plus effrayant pour ses ennemis que de simplement les recouvrir avec un bandeau, et il avait bien raison sur ce point. Non, elle n'avait plus de peine en voyant le témoignage clair comme le jour des souffrances qu'il avait traversées, seulement fière de constater qu'il s'était relevé et avançait à nouveau.
— Le programme de vos journées, à partir de demain, sera d'effectuer une ou des missions de rang D le matin, manger un morceau à midi puis vous entraîner. On va commencer par établir un moyen de communiquer en mission suffisamment efficace pour passer inaperçu même juste en face de l'ennemi.
Elle comprenait à présent ce qu'Ensui avait ressenti toutes ces années, quand elle n'était qu'une enfant avide de tout le savoir qu'il aurait à lui offrir. Bien entendu, elle n'était jamais totalement sortie de cette phase : chaque fois qu'elle s'entraînait avec lui, elle se faisait botter les fesses et apprenait, comme il se devait entre un maître et son élève. Elle le surpassait dans plus d'un domaine, à présent, mais il restait le combattant et l'adulte le plus accompli.
— Je déciderai quand vous serez prêts pour une mission de rang C. Ce sera sans doute après vos camarades, considérant que j'ai tendance à porter la poisse à mon équipe. Je veux que vous soyez prêts à affronter une mission qui dégénère. Cela dit, même si vous commencerez les missions plus complexes un peu en retard, vous aurez plus de chances qu'un rang C devienne un rang B ou A… J'imagine que ça vaut le coup.
— Hum, sensei, est-ce que c'est vrai qu'on ne se présentera pas à l'examen Chûnin dans six mois ? demanda Hanabi d'une voix un peu intimidée.
Hitomi plissa légèrement les lèvres et prit le temps de manger une bouchée de son propre bentô avant de répondre.
— Le prochain examen international se déroulera à Kumogakure… Et vu leur histoire avec ton clan, Hanabi-chan, je ne pense pas que Tsunade-sama nous laisserait tenter l'aventure même si vous étiez prêts tous les trois. Cela dit, je ne pense pas qu'elle enverrait qui que ce soit là-bas ou à Iwagakure. Mais l'examen suivant, dans un an, aura lieu à Kirigakure. Si vous êtes prêts à ce moment-là, vous participerez à celui-là.
Elle n'avait absolument aucun doute qu'ils la rendraient fière, tous les trois. Elle aurait pu tenter d'influencer Tsunade, de lui forcer légèrement la main pour participer à l'examen de Kumogakure, mais elle ne voulait pas risquer la vie de ses élèves pour une promotion rapide. Sur ce point, elle rejoignait la logique de Gai Maito, même si lui avait attendu le troisième examen après la promotion de ses élèves au rang de Genin pour les présenter.
— Bon, si vous n'avez plus de question, il est temps d'aller chercher notre première mission. Tsunade-sama nous attend à la Tour dans sept minutes, donc j'imagine que ce sera une nouvelle course !
Sans leur laisser le temps de réagir, elle bondit sur ses pieds et s'élança, tout juste poursuivie par leurs exclamations catastrophées et le bruit qu'ils faisaient en essayant de se relever. Elle passa devant Itachi, dissimulé dans l'ombre, et le salua d'un clin d'œil sans pour autant s'arrêter. Peut-être que ce serait son truc à elle, ce jeu du chat et de la souris. Elle devait admettre qu'elle aimait bien – et puis ça leur ferait les pieds, littéralement, pas vrai ?
Ils arrivèrent vingt-cinq secondes avant l'heure de leur rendez-vous, tellement essoufflés qu'ils avaient l'air à deux doigts de s'effondrer. Hitomi rencontra le regard agacé d'Hanabi et inclina la tête en signe de satisfaction. Elle savait la petite fille bien plus rapide que ses camarades. Elle aurait pu les laisser derrière pour arriver avec une minute ou deux d'avance mais avait choisi de rester avec eux. C'était le genre de travail d'équipe qu'elle attendait d'eux : chacun avait un atout dans un domaine qui le plaçait bien devant ses partenaires. Ils devraient apprendre quand la retenue était nécessaire, quand l'esprit de groupe prédominait. Elle les en savait capables.
— Tsunade-sama, salua-t-elle d'une voix polie mais désinvolte en entrant dans le bureau, mes gamins ont réussi leur épreuve. Est-ce qu'on peut avoir leur première mission ?
Tsunade haussa un sourcil sceptique en voyant dans quel état de fatigue et de crasse se trouvaient les trois enfants mais ne commenta pas – d'après les murmures qui couraient déjà dans le village, ceux de Lee étaient bien plus épuisés et sales. Elle fit signe aux Genin d'avancer, les observa dans la douce lumière de l'après-midi puis tendit un rouleau scellé à Hitomi.
— Il est encore trop tôt pour qu'ils se frottent à Tora-chan… En plus, j'ai déjà donné cette mission au groupe d'Ebisu.
Hitomi renifla d'amusement. Elle plaignait Konohamaru et ses petits camarades, vraiment… Même elle qui aimait les chats ne parvenait pas à trouver le point faible qui ouvrirait le cœur de la bête et l'aiderait à l'approcher. À la réflexion, elle plaignait aussi le félin. Si elle s'était retrouvée avec une maîtresse aussi collante que celle de Tora-chan, elle aurait sans doute essayé de la tuer dans son sommeil juste pour être tranquille.
— Qu'est-ce qu'on fait dans ce cas ? demanda-t-elle avec intérêt.
— Yûgao Uzuki a demandé qu'on lui livre une liste de courses qui est jointe à la mission. Elle a les mains pleines avec son enfant en bas âge et est enceinte du second, donc tu imagines bien qu'elle n'a pas le temps de faire les courses… Et Hayate ne peut plus autant l'aider qu'avant maintenant qu'il a repris le poste de Chûnin en Chef.
— Il était temps, ricana Hitomi. Shikamaru m'a bien bassiné les oreilles du prédécesseur. Enfin, maintenant, c'est réglé, hm ? Très bien, on va s'occuper de ça. Si on a le temps après, on reviendra en chercher une deuxième.
Un sourire satisfait s'épanouit sur les lèvres de Tsunade tandis qu'elle les regardait partir. Personne n'avait jamais douté de la capacité d'Hitomi à enseigner, à guider et façonner de nouveaux ninjas : d'après son dossier, elle se consacrait à cet art délicat depuis qu'elle n'était qu'une enfant en première année à l'Académie. Cela dit, c'était autre chose de le voir de ses propres yeux que de l'entendre dire. Sous la nonchalance calculée de la jeune fille se dissimulait mal une véritable tendresse pour ses élèves. Ils deviendraient sans doute d'aussi fins et indispensables soldats que leur sensei d'ici quelques années… Et Tsunade s'en réjouissait d'avance.
— Qui est Yûgao Uzuki ? demanda Sugi quand ils furent sortis de la Tour. Hokage-sama vous a parlé d'elle comme si vous la connaissiez vraiment bien.
— On peut dire ça… Quand je n'avais que deux ans de plus que vous, j'ai sauvé son mari, qui n'était alors que son fiancé, d'une blessure mortelle. Ce n'était qu'un hasard, mais elle a décidé qu'elle avait une dette éternelle envers moi. Elle m'a tatoué le sceau autour de mon nombril, ainsi que celui qui permet à Anosuke-kun de voir. Elle m'a aussi appris comment utiliser une machine à tatouer pour les sceaux corporels… Et je la considère comme une amie, alors on va faire tout ce qui est en notre pouvoir pour lui rendre service, d'accord ?
— Ce n'est pas déjà ce qu'on est censés faire ? pipa Anosuke à sa gauche.
Hitomi éclata d'un petit rire amusé, ébouriffant les cheveux de son petit protégé malgré son exclamation de protestation. Il ne pouvait lui échapper, même s'il essayait de tout son cœur.
— Si, bien sûr, mais vous vous apercevrez vite que la motivation aide drôlement, surtout pour les missions de rang D. Vous verrez la différence par vous-même quand on devra aller chercher Tora-chan !
Au magasin, Hitomi laissa les trois enfants s'organiser comme ils l'entendaient. La liste de Yûgao était longue, très complète et précise, comme on pouvait s'y attendre de la part d'une kunoichi aussi accomplie qu'elle. Ses enfants décidèrent de se répartir la tâche sans même tenter de la convaincre de participer, les braves petits agneaux. Ils réaliseraient vite que, comme Kakashi avait pu le faire avant elle, elle n'interviendrait dans leurs missions de rang D que si nécessaire. Elle ne gagnerait aucun argent sur la prime de ces missions, préférant largement laisser tout cela aux enfants sous son aile, mais si elle intervenait à tous bouts de champ, ils n'apprendraient jamais rien.
Ils prirent moins de temps dans le magasin qu'elle ne l'avait escompté et s'élancèrent aussitôt en direction du quartier où vivait Yûgao, peinant très légèrement sous le poids et le volume des courses. Hélas, ni Anosuke ni Hanabi ne connaissait de technique de clone. Sugi, quant à lui, en avait créé un avec ses insectes pour pouvoir diviser la charge en quatre plutôt qu'en trois. Hitomi marchait derrière eux à un pas mesuré. Même au village, elle ne baissait jamais tout à fait sa garde. L'assaut dont elle avait été victime à quatorze ans sur les toits, à peine quelques rues plus loin, avait laissé ses traces.
— Oh, je ne savais pas que c'était vous que Tsunade-sama enverrait ! les accueillit Yûgao. Entrez, entrez, venez boire un thé pour votre peine.
Les enfants regardèrent Hitomi, en l'attente d'une permission qu'elle leur accorda d'un petit signe de tête. Ils avaient bien mérité un peu de repos ; s'ils se rendaient à la Tour dans une heure au plus tard, ils auraient encore le temps d'effectuer une mission avant qu'elle ne les envoie s'effondrer d'épuisement chez eux. Elle les voudrait en forme le lendemain, après tout.
— Alors, Hitomi-san, comment tu vas depuis la dernière fois qu'on s'est vues ? J'ai entendu dire que tu étais mariée, hm ? Est-ce que ça te convient, la vie d'épouse ?
La jeune femme haussa les épaules et porta la tasse de thé vert à ses lèvres avant de répondre :
— Ça va plutôt bien. Itachi est un ange, donc même si ce mode de vie ne m'avait pas convenu, je pense que j'aurais été satisfaite. Et toi ? Comment te traite le deuxième trimestre ?
Yûgao leva les yeux au ciel et se frotta le ventre d'une main tendre. Les yeux d'Hitomi se posèrent sur le renflement, plus si discret à présent. Elle sentait le chakra du fœtus à l'intérieur, si faible et fragile – un élan d'affection la traversa. Un jour, ce serait son tour.
— J'ai hâte qu'Aoimaru retourne à la crèche ! Il grimpe aux murs, le pauvre. Il a beaucoup d'énergie.
— Tu penses qu'il voudra devenir un ninja ?
— J-je ne suis pas sûre. Il voit son père tous les jours, tu sais… Il lui reste encore un peu de temps pour décider s'il veut s'assurer que personne d'autre ne subisse ça ou ne jamais se retrouver dans une telle position.
Hayate ne serait plus jamais un combattant. Il lui avait fallu des années pour ne plus avoir besoin de son fauteuil roulant ou des béquilles qui avaient suivi. Même maintenant, il s'essoufflait incroyablement vite. Si Hitomi était arrivée une ou deux minutes plus tôt, il se trouverait dans un meilleur état aujourd'hui… mais si elle était arrivée dix secondes plus tard, il serait mort. Elle tendit la main, toucha celle de Yûgao non sans affection et termina son thé.
— Ce sera son choix, de toute façon. Tu le soutiendras quoi qu'il décide, pas vrai ?
— Bien sûr ! Mes enfants deviendront ce qu'ils voudront dans la vie. D'ailleurs, j'ai montré l'exemple en quittant le service actif et l'ANBU avant la naissance d'Aoimaru. Ils savent qu'ils peuvent devenir ce que bon leur semble : leur mère est tatoueuse et leur père Chûnin en Chef… Ça ouvre des horizons, pas vrai ?
Hitomi répondit d'un petit rire approbateur. Ses enfants observaient en silence. Elle savait qu'ils tiraient des enseignements de cette interaction simple et détendue, mais aussi qu'ils n'avaient pas l'habitude de la voir comme ça, sauf peut-être Anosuke, qui la connaissait mieux que les deux autres. Jadis, la jeune femme avait regardé son aînée avec admiration. Aujourd'hui, Yûgao lui inspirait, en plus d'une prudente amitié, des élans protecteurs qu'elle ne dissimulait même pas. Hitomi prenait soin de ceux qui l'entouraient, qu'ils réalisent se trouver dans le cercle de sa protection ou non.
— Bon, les enfants, il est temps de laisser Yûgao-san se reposer. Dites au revoir, montrez vos bonnes manières et préparez-vous pour la mission suivante.
Elle ne put réprimer le sourire satisfait qui s'imposa sur ses lèvres quand ils obéirent sans discuter. Elle n'aurait pu rêver mieux. Jamais Kakashi n'avait exercé ce genre d'autorité sur l'Équipe Sept, à l'époque. Ce n'était pas qu'il faisait preuve de trop de douceur, d'une énergie trop mesurée, non. Seulement, il avait eu Hitomi sous sa garde. Sasuke et Naruto lui obéissaient à elle, l'avaient toujours fait, et associaient leur docilité avec un profond sentiment de paix, et l'impression de faire ce qui était juste. Kakashi n'avait tout simplement pas eu de quoi lutter contre ça.
Et il avait adoré chaque instant, elle le savait.
