Après un mois de missions paisibles à l'intérieur du village et d'entraînements sans doute un poil trop durs de l'avis de ses pairs, Hitomi décida que ses enfants étaient prêts à réaliser une mission de rang C. Cela faisait deux semaines que Tenten avait emmené les siens au Pays des Vagues. Ils n'étaient pas encore rentrés, tout comme ceux de Kiba, partis trois jours plus tôt. Ebisu n'avait pas encore décidé pour Konohamaru et ses camarades, mais Hitomi serait damnée si elle écoutait ce sycophante. Quant à Lee, il avait décidé d'attendre encore un peu car il voulait être certains que ses élèves étaient assez forts. Une telle retenue impressionnait sincèrement son ex-petite amie. Lee avait l'air heureux – la rumeur disait qu'il courtisait ardemment Ino Yamanaka depuis trois mois et demi et que celle-ci était bien plus entichée qu'elle ne voulait l'admettre. Un couple que personne n'aurait vu venir.
— Je me demandais si tu te déciderais un jour, salua Tsunade quand elle entra dans le bureau, ses petits canetons sur les talons. J'ai la mission parfaite pour toi, tu verras !
Un frisson d'excitation parcourut Hitomi. Elle n'avait pas quitté le village depuis un mois, comme par solidarité avec ses élèves. Elle aurait eu le temps, pourtant : elle les laissait rentrer chez eux à dix-huit heures, après cinq heures d'entraînement entrecoupées de pauses de dix minutes toutes les heures. Parfois, ils prolongeaient la session tous seuls, mais elle préférait les surveiller discrètement, juste au cas où. Et quand ils rentraient chez eux… Elle n'avait plus envie de partir. Chaque soir, elle réalisait qu'Itachi l'attendait et qu'elle désirait avec plus d'ardeur aller le retrouver que s'en aller porter des messages à la frontière.
— Tu te souviens du Village Caché qui est en train de se construire au Pays des Tourbillons, pas vrai ? J'ai décidé d'envoyer une délégation diplomatique là-bas. Tes Genin et toi contribuerez à sa protection, mais tu seras également chargée de te mettre à la table des négociations. Ils seront autorisés à regarder si ça leur chante. Shikaku m'a dit que tu voulais étendre ton pouvoir diplomatique. C'est l'occasion.
Une vague de plaisir traversa Hitomi. Par ces quelques mots, entendus à la fois par ses élèves et par les trois ANBU qui montaient la garde dans des caches prévues à cet effet, Tsunade venait de marquer son approbation concernant ses manœuvres politiques. L'alliance qui incluait désormais tous les clans de Konoha s'annoncerait d'autant plus solide si elle pouvait y joindre les Uzumaki qui vivaient encore au Pays des Tourbillons.
— Très bien, Tsunade-sama. Quand partons-nous ? Dois-je prendre garde à quelque chose en particulier ?
— Vous partez demain matin, une heure et demi après l'aube. Shikaku m'a dit de te prévenir que Mei-sama avait elle aussi envoyé une délégation, tout comme Gaara-sama. Tu as l'autorisation de fréquenter tes pairs de ces deux villages à condition que vous n'oubliiez pas votre devoir.
Les joues d'Hitomi rougirent légèrement mais elle ne put effacer le sourire qui rayonnait sur ses lèvres quand elle s'inclina profondément devant sa cheffe de guerre. Elle savait qui Mei enverrait. Haku et Suigetsu, comme toujours, et soit Kisame soit Zabuza – mais pas les deux, jamais. Elle n'était pas assez stupide pour disperser ses atouts. Quant à Gaara… Il chargeait toujours Temari de ce genre de missions. Elle était bien plus talentueuse en politique que Kankurô, c'était certain !
— Ne vous en faites pas, Tsunade-sama, tout se passera à merveille. Est-ce que vous voulez que je vous envoie des rapports réguliers ?
— Oui. Vous serez là-bas pendant au moins un mois, je veux que tu me tiennes au courant. D'ailleurs, j'y pense, tu devrais peut-être demander à ton mari s'il veut venir, représenter les Uchiha, tout ça. Même s'il n'en porte plus le nom, il garde leur pouvoir et il est toujours l'aîné…
Itachi et Haku dans le même village ? Le cœur d'Hitomi rata un battement, son sourire s'élargit et son chakra s'agita avant qu'elle reprenne tout à fait le contrôle. Tsunade posa la tête sur son poing et lui jeta un regard amusé, comme si elle n'ignorait rien de ce qui la liait à ces deux hommes. La connaissant, c'était probable : la cheffe de guerre, contrairement à son prédécesseur, se tenait aussi informée que possible de tout ce qu'il se passait dans son village et en-dehors.
— Allez, arrête d'illuminer la pièce avec ce sourire et va préparer tes élèves à cette mission, Hitomi-chan. Je suis sûre qu'ils seront aussi surexcités que toi quand ils en sauront plus.
Hitomi renifla d'amusement mais se replia. Elle en doutait un peu. Ses petits élèves étaient encore un peu trop jeunes pour comprendre les élans du cœur qui la poussaient à présent en direction du Pays des Tourbillons d'une caresse irrésistible. Elle les entraîna tous les trois hors de la Tour, son pouce caressant sans arrêt le sceau de cire qui fermait le petit rouleau de parchemin. Elle les conduisit jusqu'à un petit parc peu fréquenté et les fit asseoir sur un banc avant de s'affaler dans l'herbe sans aucune grâce.
— Donc… Le Pays des Tourbillons. Posez vos questions, les enfants.
Hanabi et Sugi échangèrent un regard chargé d'anticipation mais hésitèrent, si bien que ce fut Anosuke qui prit la parole en premier.
— Comment ça se fait qu'on parle d'un village caché ? Uzushiogakure a été rasée pendant la Troisième Grande Guerre, non ?
— C'est exact. Vous avez vu ça à l'Académie, non ? Rappelez-moi qui l'a rasée et pourquoi.
— Ce sont les puissances conjointes de Kirigakure, Kumogakure et Iwagakure qui ont détruit ce village, répondit Sugi. Ils voulaient priver Konoha de son plus proche allié.
— Correct, mais incomplet. Hanabi-chan ?
— Uzushiogakure était le village qui contenait le plus de Maîtres des Sceaux et de théoriciens du ninjutsu. Ils voulaient empêcher l'émergence de nouveaux puissants shinobi comme Tobirama Senju, qui avait étudié là-bas, et porter un grave coup au culte de la Flamme de la Volonté, qui est né au Pays des Tourbillons.
— Exactement. Certains prétendent que ce n'est pas la tentative d'enlèvement de Kushina Uzumaki, alors jinchûriki du Kyûbi, qui a véritablement commencé la guerre, mais cet assaut conjoint.
— Mais alors, pourquoi est-ce qu'on parle d'un village au Pays des Tourbillons s'il n'y en a plus ? demanda Anosuke.
Hitomi sourit et rajusta sa position dans l'herbe, le dos droit et la ligne des épaules détendues. Même comme ça, elle dégageait une subtile impression de danger qui laisserait des observateurs non-désirés frissonnants et tendus.
— Parce qu'ils le reconstruisent. Le but du daimyô n'est pas clair mais, apparemment, il veut un village axé sur la paix, la diplomatie et la coopération internationale. Un peu comme ce qu'on a au Pays du Fer pour les Sommets du Gokage, en somme.
— Et c'est pour ça qu'on y envoie une délégation diplomatique, pour montrer notre soutien ? demanda Sugi.
— Oui, c'est exactement ça.
— Et ce n'est pas un hasard si on nous envoie nous, devina Hanabi. Notre équipe représente trois clans puissants de Konoha, quatre si on compte le fait qu'Hitomi-sensei représente les Yûhi.
— Bien repéré. En effet, notre équipe est la plus puissante sur le plan politique…
— La plus puissante tout court, marmonna Hanabi.
— … et vous pouvez vous attendre à ce que cette délégation soit remplie de dignitaires puissants dans le village. Les chefs de clans ne se déplaceront pas, bien entendu, mais ils enverront tous quelqu'un, et nous ne serons pas les seuls à la protéger.
Anosuke prit la parole à nouveau, triturant sa tunique du bout des doigts.
— Est-ce qu'ils ont vraiment besoin de nous pour protéger cette délégation ? On n'est que des Genin et il y aura sans doute des ninjas de haut niveau qui seront envoyés par Tsunade-sama…
— Non, admit Hitomi avec un petit sourire contrit. Votre rôle pendant le trajet et quand nous serons là-bas sera surtout d'assister les ninjas supérieurs et civils que nous encadrerons. Cela dit, ça ne vous laissera que plus de temps pour apprendre des choses ! Croyez-moi, c'est une occasion en or.
Et quand elle en aurait l'occasion, Hitomi emmènerait ses gamins visiter Kirigakure, Sunagakure et tous les endroits qu'elle avait découverts et aimés au fil de sa carrière. Elle leur apprendrait à survivre et se débrouiller quel que soit le milieu, sans avoir à se soucier des conditions environnantes. Elle ferait d'eux des shinobi d'exception. Elle n'avait pas besoin de se le promettre : elle ne s'autoriserait pas l'échec.
— Bon, puisque c'est réglé, il est temps pour vous trois de rentrer chez vous. Je vais vous accompagner et vous aider à empaqueter vos affaires correctement. Nous serons partis longtemps, je ne veux pas que vous commettiez d'erreur cruciale.
Elle effectua la Mudra de la Croix et généra deux clones d'une décharge de chakra. L'originale accompagnerait Anosuke, puisqu'il vivrait chez Kurenai jusqu'à sa majorité au moins. Elle serait tout près de chez elle. Et dire qu'elle allait pouvoir emmener Itachi… Une bouffée de chaleur la parcourut. Elle savait que la plupart de ses amis n'auraient pas voulu voir leur partenaire actuel rencontrer des amants passés, mais ce n'était pas pareil avec lui : il acceptait les conceptions qui allaient de pair avec le polyamour et elle n'aurait pu être plus chanceuse.
Elle raccompagna Anosuke à la maison et lui lista de tête tout ce dont il aurait besoin. Il manquait de filon d'acier, aussi décida-t-elle de lui fournir une bobine venue de l'un de ses sceaux de stockage. Ce n'était pas la première fois qu'elle fournissait du matériel à ses élèves à condition qu'ils le lui remplacent plus tard. Ils n'auraient pas le temps d'aller visiter les armureries du village s'ils partaient le lendemain. Certes, ses clones ne pourraient pas aider Hanabi et Sugi de la même manière, mais ils lui rendraient leur mémoire en disparaissant : elle saurait ce qu'il leur manquait.
— Ah, ma puce, je vois que Tsunade-sama vous a choisis ton équipe et toi pour faire partie de la délégation ! Est-ce qu'elle t'a dit d'emmener Itachi-san ?
Kurenai ne s'était jamais exactement rapprochée d'Itachi. Quand ils se voyaient, elle demeurait tout à fait cordiale, mais ne le traitait pas avec la chaleur qu'elle réservait de coutume aux membres de sa famille, sans distinction. À ses yeux, l'ancien déserteur restait l'homme qui avait mis la main sur sa fille, l'avait privée d'une partie de sa liberté. Hitomi comprenait et l'acceptait – tant que ces légères tensions n'évoluaient pas au-delà de ce qu'elle parvenait à gérer sans trop de peine.
— Oui, répondit-elle tout en resserrant les sangles du sac à dos d'Anosuke. Pourquoi, tu ne viens pas ?
— Non, et Asuma non plus. Par contre, elle envoie Naruto et son équipe.
Hitomi commenta d'un simple grognement. Depuis que Kakashi était de retour en service actif, il dirigeait l'unité composée de Naruto et Yamato, enfin débarrassé de son masque. Elle ne savait pas qui était le quatrième membre, cela dit : ça changeait en fonction des besoins et de la mission, comme souvent avec les Chûnin. Hitomi n'avait que peu subi ces variations, parce que Shikaku avait eu un plan pour elle et qu'Ensui avait veillé au grain – elle avait après tout passé la très large majorité de son temps en tant que ninja de moyenne classe à l'étranger. Cela dit, Naruto savait s'adapter à toutes les situations.
— Je ne vais pas sauter à la gorge de Kakashi, si c'est ce qui t'inquiète. Il est sobre, maintenant. Tant mieux pour lui.
Une vague de compassion réchauffa le regard de Kurenai. Elle voyait à quel point la distance qui s'était créée entre sa fille et son ancien sensei la faisait souffrir. Ils avaient été si proches, autrefois. Elle avait fini par apprendre ce qui les avait séparés à l'origine : elle l'aurait probablement tué s'il ne s'était pas retrouvé en désintox avec Gai pour le superviser. Même elle considérait qu'il s'agissait d'une punition suffisante.
— Si tu es certaine que ça ira, je te crois, ma puce. Tu es une adulte. Tu es capable de gérer les élans de ton cœur, je ne m'en fais pas pour ça.
Les élans de son coeur. Drôle de manière de désigner la crainte qui s'emparait d'elle à chaque fois qu'elle sentait le chakra de Kakashi à proximité. Avec un peu de chance, la présence rassurante d'Itachi contrebalancerait ce sentiment, mais elle n'osait pas trop y croire. La peur avait toujours constitué l'une de ses faiblesses, même si elle avait appris très tôt à l'ignorer. Les dommages n'en demeuraient pas moins destructeurs, en particulier sur le long terme. Enfin… Elle n'avait pas le choix, de toute façon.
— Anosuke, tu es prêt ? demanda-t-elle dans le but assumé de détourner la conversation.
Kurenai saisit son intention mais la laissa faire. La période pendant laquelle elle avait farouchement protégé sa fille était passée depuis longtemps. Elle avait laissé ce rôle à d'autres et puis accepté qu'Hitomi n'avait plus tant besoin d'aide que quand elle était enfant.
— Oui, Hitomi-sensei. J'ai tout ce qu'il me faut.
— Parfait. Dans ce cas, tu iras dormir tôt ce soir, je te veux en forme demain. Celui que je prendrai à bâiller ira faire deux fois le tour du village avant de partir pour se réveiller.
Avec un petit ricanement, elle rassembla du chakra dans la balise qu'elle avait posée chez elle et se téléporta. Ce n'était sans doute pas très poli mais elle se sentait soudain à vif, mal à l'aise, et voulait échapper à cette situation. Elle recula de justesse pour éviter la collision avec Itachi, qui sortait. Elle se souvint soudain qu'il s'agissait de l'heure à laquelle il allait le plus souvent faire des courses.
— Hum, et si on mangeait dehors pour une fois ? Je t'emmène en mission diplomatique demain, ça justifie qu'on change nos habitudes, non ?
Pris de court, le jeune homme acquiesça et plaça sa main dans celle qu'elle lui tenait avant de la suivre à l'extérieur. Le soleil se montrait encore clément. Elle prit le temps de s'offrir à ses rayons, de les laisser lui réchauffer la peau quelques instants, puis entraîna son époux en direction d'un restaurant qui se spécialisait dans les buffets de bouchées à la vapeur. Les saveurs tournaient, changeant tous les mois, mais elle avait déjà mangé là plusieurs fois avec Ensui. C'était un Akimichi qui tenait la cuisine, comme souvent.
— Alors, tu veux m'en dire un peu plus sur cette mission ? demanda Itachi quand ils furent assis devant deux assiettes débordantes de nourriture.
Elle acquiesça et lui expliqua tout ce qu'elle savait, s'interrompant régulièrement pour manger. Elle avait repris un peu de poids depuis qu'Itachi l'avait ramenée au village, pour son plus grand plaisir. Chaque kilogramme qu'elle parvenait à ajouter à sa maigre carcasse sans que son chakra le dévore aussitôt constituait une victoire. Elle s'était redécouvert le plaisir de manger depuis que son époux prenait soin d'elle au quotidien, depuis qu'Ensui et lui veillaient sur elle comme des aigles.
— Je vois… Je serai donc là à la fois comme ton époux mais aussi comme représentant des Uchiha. Est-ce que tu veux que je retrouve l'une de mes tuniques du clan ? Je devrais pouvoir les retoucher pour qu'elles m'aillent à nouveau…
— Si tu as récupéré une tenue cérémonielle, ce serait bien que tu la portes, oui. Sinon, on peut prendre un de tes kimono et y coudre le symbole du clan au dos, tu ne penses pas ?
Le regard d'Itachi s'éclaira et il se redressa légèrement, comme excité par son idée.
— Si, tu as raison ! Il est encore tôt, j'ai le temps de le faire. Je… Tu sais, je n'ai pas porté les couleurs du clan depuis des années. Ça va me faire vraiment bizarre.
Hitomi avança la main, lui toucha le poignet avec délicatesse puis entrelaça ses doigts aux siens.
— Je serai avec toi tout du long, Itachi. Je devrai toujours superviser mes Genin, mais ils se tiendront correctement, je les connais. Je pourrai passer la plupart de mon temps avec toi, même pendant les réunions.
— Je ne t'ai jamais vue porter le kimono d'apparat des Yûhi, maintenant que j'y pense. Est-ce qu'ils en ont un, d'ailleurs ?
— Oui, mais tant que je ne suis pas la cheffe du clan, j'ai le droit de porter ce que je veux. Je me suis fait faire un kimono avec les insignes Nara et Yûhi quand j'ai commencé à avancer mes pions sur l'échiquier politique. Mine de rien, ça envoie un message fort.
Itachi ricana, secouant légèrement la tête.
— Toi et tes messages. Je ne sais pas ce qui devrait le plus m'étonner : qu'ils fonctionnent ou qu'on ne t'ait pas encore éloignée de la table des négociations à grands coups de pied aux fesses.
— Ils auraient trop peur que je leur coupe les pieds en représailles.
La discussion se poursuivit sur ce ton léger. Hitomi n'avait pas exactement besoin de se préparer : elle portait la plupart de ses affaires en permanence sur elle. Elle n'aurait besoin que d'ajouter son fameux kimono d'apparat à l'intérieur de l'un de ses sceaux de stockage. Elle se sentait plus en sécurité avec le corps couvert d'encre que des placards pleins, aussi bizarre que ça puisse paraître. Quand leurs assiettes furent vides, elle s'accouda à table en soupirant.
— On laisse Père derrière, cette fois. Sans moi, Shikaku-ojisan aura d'autant plus besoin de lui, et puis… Il a déjà fait sa part côté politique. Il veut éviter de quitter le village, quand il le peut.
— Il vieillit, constata Itachi d'une voix douce. Si rester au village lui permet de veiller sur toi quelques années voire décennies de plus, c'est la bonne décision, tu ne trouves pas ?
— Si, bien sûr ! Et puis, de toute façon, je ne voudrais pas lui forcer la main. C'est juste que… Ça me manque de partir sur les routes à ses côtés. Je n'avais pas vraiment réalisé en partant avec lui la dernière fois qu'il n'y aurait plus d'interminable voyage, juste lui et moi, à l'horizon.
— Tu étais jeune et remplie de tes propres illusions. C'est normal, Hitomi. Tu prenais encore pour acquises il y a quelques années des choses sur lesquelles tu n'as en réalité aucun pouvoir… Mais tu as grandi. Tu connais mieux ce genre de situations, désormais. Le principal, c'est que tu apprennes à l'accepter et à trouver de nouvelles formes de bonheur auprès de lui.
Un petit sourire triste tordit les lèvres de la jeune femme.
— Depuis quand es-tu aussi sage ?
Il lui caressa la joue du revers de la main, le regard empli de quelque chose qui ressemblait à de la tendresse – ou de l'adoration, peut-être.
— Sans doute depuis qu'une jeune Genin m'a mis du plomb dans la tête en me donnant une bonne raison de ne pas rappeler à Konoha que j'existais et que Sasuke devait rester protégé. C'est fascinant, le chemin qu'on a parcouru depuis, n'est-ce pas ?
Elle secoua la tête et se leva, quittant la table. Néanmoins, un peu du poids étouffant sur ses épaules s'était dissipé, elle devait l'admettre. Elle prit la main qu'Itachi lui tendait et ne la lâcha plus jusqu'à ce qu'ils soient à la maison et qu'elle doive enlever ses chaussures. Elle n'avait rien à préparer pour la mission qui commencerait le lendemain, c'était vrai, mais elle connaissait assez Itachi désormais pour savoir ce qu'il voudrait emporter. Il sourit tendrement quand elle affirma qu'elle s'en occupait et la suivit jusqu'à la chambre qu'il avait longtemps occupée avant qu'ils ne se décident prêts à dormir ensemble.
— On devrait peut-être faire quelque chose de cette pièce, hm ? On a déjà une chambre d'amis…
— On pourrait la réserver pour notre premier enfant. Je sais que ce n'est pas pour tout de suite mais au moins, ce sera déjà décidé.
Il y avait toujours une étrange émotion sur les traits d'Itachi quand elle mentionnait son désir d'avoir des enfants, quelque chose qui ressemblait à du languissement, de la mélancolie. Elle savait qu'il le voulait aussi : il ne lui avait pas menti quand ils en avaient discuté. S'inquiétait-il de savoir que ses fils et ses filles naîtraient avec le Sharingan et toutes les conséquences imaginables ? Mais ils seraient là, tous les deux, pour protéger leur descendance et lui offrir tout le savoir nécessaire à sa défense. Elle détacha avec difficulté son regard du sien puis se mit au travail.
Moins d'une heure plus tard, elle avait terminé d'empaqueter les affaires d'Itachi, tandis que celui-ci s'était retiré dans son bureau pour ses travaux de couture. Bien sûr qu'il était doué dans ce domaine aussi. C'était sans doute un truc caché dans les gènes des Uchiha, ce talent absurde même pour les plus petites choses. Après un instant d'hésitation devant sa bibliothèque, Hitomi décida d'emporter deux des livres sur lesquels elle travaillait en ce moment, un roman et un recueil de poèmes. Elle écrivait beaucoup moins depuis qu'elle avait été torturée par Kakuzu. Quelque chose en elle, pur et artistique, s'était brisé. Elle travaillait toujours à le réparer. Elle n'avait pas d'autre choix que d'espérer une rémission.
Le lendemain, mari et femme s'éveillèrent un peu avant l'aube et saluèrent le soleil dans le jardin. Quelques maisons plus loin, Shikaku, Yoshino et Shikamaru faisaient de même. Seul le fils ferait partie de la délégation envoyée par Tsunade, aux côtés de ses éternels coéquipiers, Chôji Akimichi et Ino Yamanaka. Kiba ne pouvait pas venir représenter les Inuzuka puisque ses Genin étaient occupés ailleurs ; Hana, sa sœur vétérinaire, s'en chargerait. De toute façon, c'était elle l'héritière, jusqu'à ce qu'elle en décide autrement. Comme si c'était possible ! Hana convoitait le pouvoir, et elle avait raison, parce qu'elle le faisait d'une manière mesurée, responsable.
Shino et Hinata venaient aussi, accompagnés par Neji, qui compléteraient leur trio et les protégerait. Tsunade envoyait également une équipe composée de Sakura et Karin, ses deux plus jeunes apprenties, ainsi que Naruto, Kakashi et Yamato. À eux cinq, ils rassemblaient un shinobi de renom, deux des meilleurs médics au monde, deux représentants du clan Uzumaki et le précieux Jinchûriki de Konoha. Une occasion rêvée pour l'Akatsuki… Si elle parvenait à prendre connaissance de tous ces mouvements de troupe. Hitomi se tiendrait prête juste au cas où. Les shinobi devaient leur survie à la paranoïa qui leur était enseignée dès la petite enfance, après tout.
Beaucoup de membres de la noblesse civile les accompagnaient. Hitomi connaissait la moitié d'entre eux pour les avoir protégés durant une mission ou une autre. Malgré sa malchance désormais légendaire, ils demandaient et redemandaient ses services pour la férocité avec laquelle elle répondait à chaque défi, chaque contrariété placée sur sa route. Ils voulaient se retrouver sous sa protection pour sa cruauté, la froideur impitoyable avec laquelle elle se plaçait devant l'ennemi, la force incroyable qu'elle investissait dans chaque mission.
— Tu es prête ? demanda Itachi quand ils se retrouvèrent hors des terres Nara.
Anosuke se trouvait avec eux ; il ne servait à rien de le faire venir plus tard alors qu'ils emprunteraient le même chemin. Il serait juste un peu en avance par rapport à ses amis. Hitomi chercha le regard de son époux puis acquiesça. Le nœud qui lui serrait le ventre n'était rien de plus que l'appréhension classique au départ d'une mission. Celle-ci ne disparaîtrait jamais vraiment, elle le savait. Elle se connaissait bien, après toutes ces années. Ils voyagèrent dans un silence confortable à travers le village qui s'éveillait lentement, croisèrent deux jeunes élèves de l'Académie qui avaient décidé de se rendre en classe un peu plus tôt que nécessaire et une poignée de civils qui travaillaient déjà.
Jiraiya les attendait devant les portes du village. Il avait manifestement fini son habituelle discussion avec Izumo et Kotetsu ; quelque part, Hitomi n'avait pas songé qu'il viendrait, mais comment aurait-il pu en être autrement ? L'ermite disposait sans doute du plus grand pouvoir politique au village après Tsunade, maintenant que les membres du Conseil qui avaient soutenu Danzô étaient tombés en disgrâce. Le visage du vieil homme s'éclaira quand il reconnut Hitomi et il se redressa en la saluant.
— Salut, Hitomi-chan ! Naruto m'a fait lire un de tes livres il y a quelques semaines, une belle histoire d'amour, j'ai apprécié. Est-ce que tu as emporté d'autres pépites que je pourrai lire pour éviter de mourir d'ennui ?
— Bien sûr, répondit la jeune femme en tapotant l'un de ses sceaux d'un air important. Rien de bien graphique, cependant : j'ai mes gamins avec moi et je ne voudrais pas qu'ils mettent le nez sur quelque chose qu'ils sont trop jeunes pour comprendre.
Jiraiya ne cacha pas son petit ricanement moqueur.
— Si je me souviens bien, tu n'étais pas beaucoup plus âgée quand tu as commencé à faire du chantage à ce pauvre Kakashi pour qu'il te file mes bouquins.
— Et pourtant, cette petite différence d'âge fait tout, Jiraiya-sama. Mais ne vous en faites pas, je suis certaine que vous trouverez ce que j'ai emmené très divertissant.
— Berk, Hitomi-nee, ne parle pas de divertir Jiraiya-shishou comme ça. Et Itachi, on peut savoir ce que tu fais exactement, là ? Protège ta femme !
Itachi tourna vers Naruto une expression perplexe.
— Hum, je ne pense pas, non. Elle n'a pas besoin que je la protège, et je n'ai pas envie de l'énerver par accident.
— Tu vois, Naruto, c'est une des raisons pour lesquelles j'ai choisi d'épouser Itachi. Il est intelligent et il tient à la vie, lui.
Ce fut le tour de Neji, Hinata et Shino de débarquer. L'aîné rit légèrement ; depuis qu'il accompagnait fréquemment Hitomi en mission diplomatique, ils s'étaient rapprochés tous les deux, même si nulle adversité ne les y contraignait. Sauf si on considérait qu'un thé trop amer et des langues de vipère constituaient une vraie adversité… Sans doute quelque chose sur lequel Hitomi devrait méditer plus tard. Par petits groupes, les membres de la délégation commencèrent à arriver et se rassembler devant les portes du village. Cinq minutes avant l'heure du départ, Tsunade vint les rejoindre. Elle portait le chapeau plat et le large kimono qui symbolisaient sa fonction, ainsi que le symbole des Senju en pendentif autour de son cou mince. Jiraiya la regardait comme un assoiffé face à une oasis. La flamme de son amour pour elle ne s'était jamais éteinte. Et d'après les rumeurs, la cheffe de guerre elle-même contribuait à la rallumer…
— Bien, vous êtes tous là, même Kakashi, commença Tsunade.
D'après ce qu'Hitomi avait entendu ces dernières minutes, Yamato avait dû dormir chez Gai et lui, le tirer du lit et le conduire de force au lieu du rendez-vous. Pfeuh. Kakashi réagissait mieux à la menace psychologique, surtout si elle impliquait Kurenai, c'était bien connu. Amateur.
— Rendez-moi fière, tous autant que vous êtes. Si vous causez un incident diplomatique, essayez de ne pas vous faire prendre et de réparer vos bêtises avant que quelqu'un le remarque, sinon, attendez-vous à ce que je m'occupe personnellement de votre châtiment quand vous rentrerez. Je tiens à cette alliance. Le nouveau Village Caché organisera un programme médical conjoint avec Sunagakure que Sakura Haruno et Karin Uzumaki sont chargées de développer. Vous comprendrez donc que j'ai des raisons personnelles de voir ce projet aboutir.
Un frisson d'appréhension courut dans les rangs. Tsunade verbalisait rarement ce genre de menaces, même si l'idée du châtiment – généralement, une séance d'entraînement seul à seul avec elle pour adversaire – planait toujours comme conséquence d'une conduite stupide en mission. La cheffe de guerre sourit, ses lèvres douces et aiguisées comme une lame, et conclut son discours :
— Il est temps de partir, à présent. Rappelez au monde entier que Konoha est toujours une puissance à respecter !
Hitomi joignit sa voix aux acclamations qui s'élevèrent en réponse. Elle avait exactement cette intention.
