Le reste du voyage se déroula sans problème. Hitomi apprit à ses élèves toute une volée d'exercices de contrôle du chakra bien plus pointus que ce qu'on attendait en général de Genin diplômés depuis un mois. Elle était exigeante, n'abandonnait jamais une idée quand elle sentait que ses enfants pouvaient réussir, inventait sans cesse de nouveaux défis qu'elle leur faisait surmonter. Parfois, elle autorisait Kakashi à l'assister durant les séances d'entraînement qu'elle parvenait à intercaler dans les étapes de leur voyage, mais seulement si Itachi se trouvait à proximité, près à intervenir. Le Jônin n'en prit pas ombrage. Il comprenait, elle le savait.

— On arrive dans moins d'une heure, annonça-t-elle aux trois enfants assis sur l'un des chariots de cadeaux diplomatiques qui venaient avec la caravane. Je ne vous rappellerai pas les conséquences si vous vous conduisez mal pendant ce séjour. Je sais que vous ne seriez pas assez stupides. Cela dit, si vous devez entrer en conflit avec quelqu'un qui n'appartient pas au village, venez me trouver avant que ça dégénère, c'est compris ?

Ils acquiescèrent tous les uns après les autres. C'était Hanabi qui inquiétait le plus Hitomi : malgré son éducation extrêmement stricte, la jeune fille contrôlait mal son tempérament belliqueux. Les autorités du Pays des Tourbillons avaient décidé de laisser leurs invités porter les armes : un shinobi n'en était de toute façon jamais tout à fait dénué, alors à quoi bon ? Bien sûr, sa petite Hanabi avait l'air presque inoffensive, mais elle commençait sérieusement à maîtriser l'art de tromper son monde tel qu'enseigné par sa sensei.

— Bien. On nous mettra sans doute un terrain d'entraînement à disposition avec des accès limités dans le temps. C'est la procédure standard. Cela veut dire que le reste de ce temps, quand vous ne travaillerez pas pour la mission, sera consacré à l'approfondissement de vos connaissances théoriques et de nouveaux exercices de contrôle.

Sugi laissa échapper un petit soupir rêveur. Pour lui, « plus de connaissances théoriques » signifiait de nouveaux sceaux à apprendre. Hitomi avait réussi à cultiver la soif de savoir qui avait toujours couru à l'intérieur du petit garçon. S'il travaillait dur, peut-être deviendrait-il même un Maître des Sceaux, un jour. Elle n'avait pas été certaine que cet objectif se trouve à sa portée à l'époque où elle avait commencé à lui enseigner son art mais aujourd'hui… Aujourd'hui, c'était différent. Il absorbait tout ce qu'elle lui montrait avec une facilité qui n'était pas sans rappeler à la jeune femme l'époque où elle-même avait appris les bases sous la tutelle d'Ensui.

— Puisque c'est entendu, filez vous dégourdir les jambes. Allez voir si Sakura-chan n'a besoin de rien avant qu'on arrive. Si ce n'est pas le cas, restez avec elle et demandez-lui de vous enseigner quelques astuces médicales utiles en mission.

— Oui, sensei ! répondirent-il en cœur.

Elle les regarda s'en aller, un petit sourire aux lèvres. Elle était fière de cette nouvelle position. Tellement fière. Quand ils eurent disparu de son champ de vision, elle accéléra le pas et retrouva Itachi, qui avançait seul un peu en marge de la caravane. Il se mêlait plus facilement aux shinobi qu'aux civils, bien qu'il ne fasse plus partie du service actif. Il était une légende… Et ses liens avec Hitomi facilitaient les choses. Elle connaissait presque tous les ninjas déployés sur cette mission ; les seuls dont elle ne savait rien sinon le nom, le rang et le poste étaient des Chûnin fonctionnaires envoyés par Tsunade pour se charger de la paperasse.

— Tu as hâte d'arriver, pas vrai ? demanda son époux quand elle accrocha son bras au sien. Tu vas revoir tes amis de Sunagakure et Kirigakure.

— J'ai hâte de revoir Haku, admit-elle après un instant de silence. Les autres aussi… Mais surtout Haku. Je… Hum. J'aimerais que vous vous rencontriez. Je n'ai jamais cessé de l'aimer, tu sais ? Je n'ai pas pu, même quand j'ai réalisé que mes plans pour toi allaient fonctionner.

— Je comprends. Ce que je t'ai dit au début de notre mariage tient toujours, Hitomi. Aime comme tu l'entends, tu auras toujours ma bénédiction. Non pas que tu en aies besoin… Mais si c'est important pour toi, tu l'as.

Le cœur d'Hitomi rata un battement. Elle sourit, laissant le sentiment d'acceptation et de tendresse qui voulait l'envahir prendre toute la place à l'intérieur d'elle, effacer juste pour un instant tout ce qui la tourmentait et hantait ses cauchemars. Elle se sentait… Plus forte aux côtés d'Itachi. Entière, et stable, dans une certaine mesure.

— Aime comme tu l'entends, musa-t-elle. Un bel adage, Itachi. Tu l'appliques à toi-même aussi, j'espère ?

Il baissa les yeux vers elle, le regard empli d'une tendresse si intense qu'elle aurait pu s'y noyer.

— Bien sûr que je l'applique à moi-même. Tu es simplement la seule personne qui m'intéresse pour l'instant. Ça pourrait changer, je n'en sais rien, mais je ne ressens pas le besoin de quelque chose de plus pour l'instant.

Elle haussa les sourcils, son stupide cœur ratant un battement. Est-ce que cela signifiait bien ce qu'elle y comprenait, ou jouait-elle trop sur les mots ? Elle… Ne savait pas. N'était pas sûre de vouloir vraiment savoir, si elle se montrait tout à fait honnête. Ces sentiments semblaient si fragiles, du côté d'Itachi comme du sien. Poser des mots dessus risquerait de les faire voler en éclats, de leur dénier leur pureté.

— Ça peut sembler un peu stupide, mais je veux que tu, hum, approuves. C'est important, je crois, dans un arrangement comme le nôtre.

— Je le rencontrerai. C'est important pour toi, et ça me suffit comme raison. Et puis, qui sait, on pourrait s'entendre, lui et moi. Ça faciliterait les choses.

Hitomi répondit d'un petit son approbateur puis resta suspendue à son bras pendant le reste du trajet, partageant avec lui un confortable silence. Elle ne voulait pas que deux personnes tellement importantes pour elle ne s'entendent pas, il s'agissait d'une évidence. Ils marchèrent calmement durant l'heure de voyage qu'il leur restait encore, observant le reste de la caravane sans pour autant monter la garde. C'était le tour de l'équipe de Naruto. Il était ravi, extatique presque, d'être assigné à la même mission qu'elle, mais il avait assez grandi pour savoir qu'il devait travailler plutôt que s'amuser. Elle était tellement, tellement fière de lui.

Une délégation du Pays des Tourbillons les attendait devant les portes du nouveau village. Au centre se trouvait le daimyô, reconnaissable à son kimono marqué du symbole de sa très noble famille et au mince cercle d'or qui lui ceignait le front. Étrangement, Hitomi s'était attendue à ce qu'il fasse plus vieux que ses trente ans, mais c'était l'inverse : ses longs cheveux châtains, qui cascadaient librement sur ses épaules, lui donnaient un air jeune, peut-être même un peu rebelle. Cette impression était contrebalancée par la sagesse contenue dans ses yeux d'un bleu perçant. Il avança d'un pas, laissant ses conseillers derrière lui, et s'adressa à Sakura, qui représentait Tsunade durant cette mission.

— Haruno-sensei, nous vous souhaitons la bienvenue à vous et à tous vos compagnons. Vous êtes les premiers arrivés ; nous attendons Kirigakure demain et Sunagakure dans quatre jours. Je suis extrêmement fier de vous présenter Uzushiogakure, le nouveau joyau du monde shinobi !

Un murmure étonné courut à travers la caravane. Uzushiogakure avait été le nom du précédent village, celui que des attaques ennemies avait réduit en cendres. Hitomi elle-même ne pouvait contenir sa surprise : était-il bien sage de réutiliser ce nom pour quelque chose de nouveau, d'innovant ? Le Daimyô, cependant, n'avait pas terminé :

— Le Pays des Tourbillons entretient son histoire, se sert de son passé pour construire l'avenir. Nous sommes fiers des enseignements tirés de nos échecs et de la manière dont nos réussites paveront un nouveau chemin vers la paix. Traitez ce village avec le respect que vous accorderiez au vôtre et nous vous traiterons en retour comme si vous en faisiez partie depuis toujours.

Sakura ne se démonta pas devant ces paroles tout à la fois limpides et cryptiques. De là où elle se tenait, Hitomi ne pouvait qu'imaginer son sourire diplomate.

— Bien entendu, Votre Seigneurie. Mes ninjas sauront se tenir. Je les châtierai moi-même s'ils dépassent les bornes. Cependant, je dois admettre que le voyage a été extrêmement long et que les plus fragiles d'entre nous rêvent d'un bon lit où se reposer. Pourrions-nous nous installer, si cela vous convient ?

Le large sourire du daimyô creusa une fossette dans sa joue droite. Il était incroyablement bel homme, nota distraitement Hitomi. Pas encore marié, parce qu'il avait décidé de faire honneur à ses ancêtres Uzumaki et d'épouser une kunoichi. Il faudrait une femme noble, bien entendu, de la famille principale d'un clan ninja. Konoha avait déjà proposé deux femmes : une cousine de Shino et une tante d'Ino, la seconde plus proche en âge du seigneur féodal. Les autres villages, dont Kirigakure et Suna, bien entendu, avaient également formulé leurs suggestions. Personne n'avait entendu de décision de la part de l'homme, cependant. Il choisirait quand il serait prêt.

— Bien sûr, vous devez être épuisés. J'oublie parfois comme la route depuis Konoha est longue. Je vous en prie, allez rejoindre mes intendants. Ils ont décidé que nous pouvions accorder une chambre seule à tous ceux qui le souhaitent, ou des arrangements si nécessaire. Le village n'accueille pas encore de visiteurs, nous avons de la place.

Sakura sourit et s'avança la première, montrant la voie. Les autres shinobi restèrent en arrière, attendant que les diplomates et autres civils aillent d'abord prendre leurs logis. Les élèves d'Hitomi la rejoignirent ; les yeux d'Hanabi s'attardèrent un instant sur son bras, toujours noué à celui d'Itachi. Ils attendirent tous les cinq qu'un intendant se dirige vers eux. L'homme, dans la vingtaine, portait ses cheveux rouge sombre coupés à l'épaule. Peut-être un civil Uzumaki ; ses traits ressemblaient vaguement à ceux de Karin, en plus virils et marqués.

— Bonjour, estimés invités. Je m'appelle Fumiko Uzumaki, je serai votre guide durant tout votre séjour. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je vous le fournirai, bien entendu. Suivez-moi, je vais vous montrer votre hôtel. Quels seront vos arrangements ?

— Une chambre pour deux adultes et trois chambres pour les enfants, contingentes si c'est possible, répondit Hitomi.

Elle voulait que ses gamins aient droit à leur intimité pendant ce long séjour loin du village et du confort de leurs propres demeures. Le jeune intendant inclina la tête et leur fit signe de le suivre. Il marchait dans les rues d'Uzushiogakure comme s'il y avait vécu toute sa vie, alors que partout Hitomi voyait des signes que le village n'existait pas ne fut-ce qu'une décennie plus tôt. Elle se demanda brièvement ce que les locaux comme lui ressentaient à l'idée de posséder à nouveau un Village Caché. Avaient-ils résisté ou acclamé l'annonce de leur daimyô avec joie et enthousiasme ? Elle ne le saurait sans doute jamais.

— Voilà votre hôtel. Il reste des chambres au dernier étage, si vous le souhaitez. Pas de suite, malheureusement ; on nous a fait savoir que les civils des délégations devaient les obtenir en priorité. Cependant, chaque chambre dispose de sa salle de bains attenante.

— Ce sera parfait, ne vous en faites pas.

Comme ça, elle n'aurait pas à aller bien loin si elle voulait rendre visite à ses élèves. Elle entremêla ses doigts à ceux d'Itachi. Il observait tout autour de lui, sans activer son Sharingan mais sans laisser pour autant ce qu'il voyait disparaître de sa mémoire.

— J'aimerais avoir accès à un terrain d'entraînement aussi souvent que possible, informa Hitomi. J'ai trois élèves à entraîner, je ne veux pas qu'ils perdent leurs bonnes habitudes.

— Bien sûr, j'en ai déjà réservé un pour vous, pour la durée de votre séjour. Vous devrez maintenir le terrain dans un état convenable ou payer pour le nettoyage. Cependant, sachez que des habitants d'Uzushio viendront peut-être observer ce que vous faites depuis les limites du terrain. Les shinobi sont une véritable rareté ici, c'est la première fois que nous en aurons autant en même temps dans le pays.

— Qu'ils observent s'ils le souhaitent, ça ne me dérange pas. Vous avez entendu, les enfants ? Il va falloir donner un beau spectacle à nos hôtes d'Uzushiogakure. Nous ne voudrions pas les décevoir, pas vrai ?

Un sourire féroce tordit les lèvres d'Hanabi, qui frétillait déjà d'impatience.

— On sait donner du spectacle, Hitomi-sensei, ne vous en faites pas.

Satisfaite, la jeune femme entraîna ses élèves à la suite de l'intendant. Elle s'était préparée à cette éventualité. De toute façon, ses Genin étaient encore trop inexpérimentés pour apprendre de véritables techniques secrètes. La seule chose qu'elle ne voulait pas voir se répandre était le fûinjutsu enseigné à Sugi, mais des néophytes ne comprendraient de toute façon pas la construction des sceaux qu'elle avait conçus pour les apprendre au jeune Aburame.

— Voilà la chambre double, Yûhi-san. Est-ce qu'elle vous convient ?

Un coup d'œil suffit à Hitomi pour acquiescer. La pièce était grande, lumineuse et confortablement meublée dans un ensemble de bois clair, le lit couvert d'une épaisse couverture bleu sombre. Ils seraient bien, ici, même s'il leur faudrait dessiner un sceau d'isolement sur la tête de lit. Elle ne voulait absolument pas reproduire les erreurs commises durant sa première nuit avec Haku et Suigetsu. Elle ne savait pas comment des civils réagiraient si elle les exposait à de l'aura sensuelle, mais elle ne voulait pas le découvrir.

— Ce sera parfait, merci. Tu peux commencer à t'installer, Itachi, je vais aller m'assurer que les enfants ont tout ce qu'il leur faut.

Dans certaines circonstances, réalisa-t-elle, avoir des Genin sous sa responsabilité ressemblait presque à avoir sa propre descendance. Bien entendu, elle ne connaissait pas ses gamins depuis leur naissance, n'avait pas eu à changer leurs couches ou traverser des nuits sans sommeil quand ils n'étaient encore que des bébés, mais elle ne se voyait pas s'occuper de son futur fils ou sa future fille autrement si elle l'emmenait en voyage.

— Bon, je vois que tout est correct et confortable, constata-t-elle quelques minutes plus tard. Les enfants, allez vous installer et vous reposer, je vous veux en forme demain. Vous pouvez explorer les environs, mais rappelez-vous de ce que je vous ai dit à propos des conflits.

Qu'il fallait venir la chercher avant qu'ils se produisent. Elle ne transigerait pas sur ce point, et pas seulement en raison de la menace de Tsunade qui s'abattrait sur elle si ses subordonnés se comportaient mal.

— Yûhi-san, l'interpella Fumiko, voici la clé de votre terrain d'entraînement, le numéro deux. Vous pouvez me faire demander à l'accueil de l'hôtel si vous avez besoin de moi, ils sauront où me trouver.

La jeune femme inclina la tête en signe de compréhension et alla une dernière fois inspecter les chambres de ses élèves. Elle ne sentait aucun chakra étrange dans les murs et derrière les meubles, ni dans toute autre cache potentielle. Ils savaient cependant qu'ils se trouvaient peut-être sous écoute, ça n'était pas impossible : même si le Pays des Tourbillons n'était pas aussi avancé technologiquement que le Pays du Vent, les biens circulaient de plus en plus facilement sur le continent. Ils auraient pu acheter des micros et caméras plutôt que d'en fabriquer, et Hitomi n'avait pas de brouilleur. Même pour elle, la technologie coûtait bien trop cher.

— Bon, je vais aller rejoindre Itachi. Dégagez une décharge de chakra si vous avez besoin de quelque chose.

— Oui, sensei, répondirent les trois enfants en cœur.

Elle sourit puis quitta la chambre d'Anosuke, où ils avaient décidé de se réunir. Elle n'avait pas protesté, puisqu'il s'agissait de la plus proche de la chambre qu'elle partageait avec Itachi. Elle entendrait les problèmes arriver à travers le mur commun, si c'était nécessaire.

— Tout s'est bien passé ? demanda son époux quand elle franchir le seuil.

Il l'attendait allongé à plat ventre sur le lit, un livre ouvert sur l'oreiller. Un sourire séducteur s'empara des lèvres d'Hitomi tandis que ses yeux rouges caressaient sa silhouette mince, parcourant les pleins et déliés de la chute de ses reins et de ses jambes comme si elle ne l'avait pas vu depuis des lustres. Ils étaient restés chastes durant le trajet, mais maintenant… Elle dénoua la obi de son kimono de combat, laissant le tissu gris sombre tomber en vagues à ses pieds. Aussitôt, elle vit le regard d'Itachi s'animer d'intérêt.

— Tu peux regarder pendant que je dessine un sceau d'isolement sur la tête de lit et considérer tes options, annonça-t-elle d'un ton joueur.

Il répondit d'un grognement bas dans la gorge mais lui laissa la place, reculant de sorte à lui accorder juste assez d'espace… et la contraindre à reposer son dos contre lui pour dessiner le motif qui leur garantirait un peu d'intimité.

— J'adore te voir à l'œuvre, gronda-t-il contre son oreille. Tu es tellement habile et concentrée quand tu as un sceau à peindre…

Il trouva sa nuque de ses mains agiles et dénoua la fermeture de la chemise en résille d'acier qu'elle s'était choisie ce jour-là. Il attendit qu'elle ait fini pour lui retirer le pinceau et l'encre des mains, puis la délester du vêtement qui, de coutume, la protégeait au combat. Une fois nue, elle se retourna et s'assit en seiza face à lui, ses yeux rouges assombris d'anticipation. Il la dévisagea quelques instants, puis sa main vint cueillir sa joue marquée d'une cicatrice épaisse avec toute la délicatesse du monde.

— Tellement belle. Et assurée. Brillante…

Elle l'interrompit d'un petit rire mais ne quitta pas sa position.

— Tu peux chanter mes louanges en me faisant l'amour, Itachi. Je n'aime pas attendre…

Il rit à son tour et l'enlaça avant de l'aider à s'allonger sur les draps peu familiers. Ils oublièrent le monde alentour pendant quelques heures ensuite, ne se consacrant que l'un à l'autre. Ils seraient sortis de leur transe charnelle si l'un des Genin dans la chambre d'à côté avait sonné l'alerte, mais se montraient soulagés qu'ils se soient abstenus. Ils avaient besoin de ça tous les deux, de toute cette tendresse, cette passion, du réconfort purement physique de mains aux cals adoucis par l'usage contre leur épiderme.

Peu après le coucher du soleil, ils descendirent manger. D'autres membres de la délégation avaient été logés à cet hôtel, mais ils y étaient les seuls shinobi. Cela dit, Hitomi se doutait que d'autres les rejoindraient quand les délégations de Kirigakure et Suna arriveraient à leur tour : l'entente entre leurs trois villages était devenue incontestable désormais. Hitomi était impatiente de retrouver ses amis étrangers. Ils lui avaient manqué d'une manière que les lettres ne pouvaient combler.

Une fois repue, elle se retira à nouveau dans la chambre qu'elle partageait avec Itachi, lequel choisit de passer un peu de temps en bas. Elle se sentait sans doute un peu plus détendue qu'elle n'aurait dû, même si elle se trouvait toujours au moins un peu en alerte – on ne se refaisait pas, après tout. Elle s'installa au petit bureau placé devant la fenêtre et se pencha sur un projet qu'elle traînait à présent depuis trop longtemps.

Personne n'aurait nié que Konoha manquait de shinobi haut gradés et véritablement puissants – du niveau de Kakashi, par exemple. Tous les villages partageaient ce problème, le sien n'était même pas le plus durement touché, mais elle ne pouvait se sortir tout à fait de la tête l'idée que Pain n'allait pas s'intéresser à Suna ou Kirigakure dans un futur plus si lointain. Il avait compris que Gaara était surveillé et avait accès à un système de soutien. Il allait s'en prendre à Konoha ne fut-ce que pour supprimer ce système, qui reposait entièrement sur les épaules d'Hitomi.

L'éclair noir de Konoha.

Elle avait vu ce surnom dans un message envoyé par un noble du Pays du Feu qui avait fait appel à ses services en particulier à travers Shikaku, quelques mois plus tôt. C'était comme cela que les civils commençaient à l'appeler. Ils avaient eu l'éclair jaune en la personne de Minato, et maintenant ils voyaient l'éclair noir comme une héroïne revenue des temps anciens – pas si anciens, en réalité. Elle n'aurait pas dû vouloir être un héros. Ce statut accordait beaucoup trop de visibilité au goût d'un shinobi digne de ce nom. Hélas, ou heureusement, sa fierté et son arrogance se nourrissaient de cette réputation, du nom murmuré avec révérence, de la réputation à l'internationale. Bien sûr, cela ne venait pas sans son lot de conséquences négatives, mais elle pouvait les affronter.

Et pour régler la question de Pain, ou Nagato, ou peu importe son nom, vraiment, elle avait un plan. Un plan vaguement immoral, sans doute à la limite de l'acceptable même pour Tsunade, mais qui tenait la route, il fallait l'admettre. Konoha manquait de légendes ? Très bien. Puisque Konoha manquait tant de légendes, elle allait ramener celles qui avaient foulé la terre du continent des décennies plus tôt.

À commencer par Tobirama.

Ce serait le plus facile. Elle avait son chakra, des cellules soigneusement conservées au département Recherche et Développement, et elle pouvait lui parler pour s'assurer de son consentement. Elle n'aurait pas ce luxe avec tous les autres héros qu'elle convoitait. Le sceau qu'elle était en train de bâtir depuis le néant n'avait que peu de choses en commun avec l'Edo Tensei, dont se servaient dans le canon Orochimaru et Kabuto pour ramener les morts à la vie. Pas besoin de sacrifice, et aucune possibilité d'imposer sa volonté aux gens qu'elle voulait ressusciter.

Après tout, c'était leur liberté qui avait fait d'eux des ninjas formidables durant leur temps. Leurs esprits avaient été plus aiguisés que l'acier de leurs armes, leur ninjutsu inégalé, et… Les possibilités qui se présentaient à elle ne connaissaient aucune fin, vraiment. Hélas, il s'agissait d'un projet affreusement lent : elle n'y travaillait qu'à des fréquences sporadiques, sans jamais avancer très loin. Minato lui-même avait détruit toutes les recherches concernant les techniques de résurrection, dont le parchemin utilisé par Orochimaru pour réinventer l'Edo Tensei. Quant à Tobirama, il n'avait pas encore pris connaissance de son projet et n'avait jamais été bien loin dans la confection de cette technique quand il était encore en vie.

Itachi la tira de ses travaux en revenant dans la chambre. Il avait les cheveux humides et la peau très légèrement parfumée. Il s'était rendu aux bains publics, sans le moindre doute. Elle rangea ses carnets dans un sceau auquel personne d'autre qu'elle ne pouvait accéder et l'accueillit avec un tendre sourire aux lèvres.

Peut-être lui ferait-il encore voir des étoiles si elle demandait assez gentiment.