Une semaine passa sans qu'Hitomi le réalise. La délégation de Suna arriva : Hitomi ne connaissait que Temari parmi les shinobi qu'il avait envoyés. Elle consacrait beaucoup du temps libre entre deux séances de négociations à l'entraînement de ses Genin, qui avaient déjà fait de gros progrès en ninjutsu ces sept derniers jours. Elle rivalisait d'ingéniosité pour créer des exercices de contrôle de chakra toujours plus complexes puis enchaînait avec de nouvelles techniques qu'elle voulait les voir apprendre ou des manières innovantes de combiner celles qu'ils maîtrisaient déjà.
Les habitants civils d'Uzushiogakure adoraient ce spectacle. Chaque jour, ils étaient un peu plus nombreux à venir s'installer de l'autre côté de la grille parcourue de sceaux qui isolait le terrain du reste du village, toujours plus nombreux à observer les ninjas qui s'entraînaient. Bien vite, Hitomi réalisa qu'ils avaient leurs « réguliers », ceux qui ne rataient pas la moindre occasion de venir. Parfois, quand elle sortait, elle découvrait qu'un petit cadeau ou un peu de nourriture avait été laissé à leur intention. Comme s'ils avaient été des demi-dieux et non de simples combattants.
— Itachi, fit-elle un matin, que dirais-tu de donner un beau spectacle à la fois à mes Genin et aux villageois ?
Il lui jeta un regard inquisiteur, puis sembla comprendre ce qu'elle avait en tête et alla se placer face à elle, effectuant la Mudra de la Discorde. Elle reproduisit ses gestes, le cœur battant à toute allure. Elle ne parvenait plus à penser à grand-chose d'autre que la manière dont il lui avait déclaré ses sentiments durant leur nuit enfiévrée aux côtés d'Haku. De pareilles étreintes s'étaient reproduites – parfois, Suigetsu réquisitionnait son compagnon, mais il s'était joint à eu durant un épisode mémorable – et à chaque fois il semblait craquer sans même s'en rendre compte.
Cela faisait un long moment qu'elle ne l'avait plus affronté. Elle s'entraînait régulièrement à ses côtés, parce qu'il y avait des exercices qu'elle ne pouvait effectuer de pair avec ses pauvres élèves déjà épuisés chaque jour en l'état, mais ce n'était pas la même chose qu'un combat véritable. Elle aimait se battre, beaucoup plus qu'Itachi. Certes, il ne méprisait pas cet art à la fois intellectuel et charnel, mais il l'avait tant assimilé à son devoir en tant que shinobi qu'il n'y prenait plus que très rarement plaisir. Hitomi lui offrait de telles occasions. Il savait quelles techniques ne pas utiliser s'il ne voulait pas la tuer ; le reste, elle était assez forte pour esquiver, parer et lui renvoyer à la tête en dix fois pire.
— Les enfants, restez à bonne distance mais utilisez toutes vos compétences de perception pour observer. Vous apprendrez des choses même comme ça.
Ils s'empressèrent tous trois de s'éloigner sous son regard affectueux. Quand ils furent hors de portée, elle s'éloigna de deux pas et rompit lentement le Sceau de la Discorde, Itachi suivant le moindre de ses gestes. Il avait déjà activé son Sharingan. Pas besoin d'énoncer de règles. Un sourire farouche se dessina sur les traits de la jeune Yûhi.
— Commencez ! s'exclama Hanabi de là où elle se tenait.
L'impertinence de son élève fit sourire Hitomi mais ne la déconcentra pas : quand Itachi frappa, elle n'était déjà plus là, un Shunshin l'ayant emmenée hors de portée de son coup de pied. Elle dégaina son sabre mais n'utilisa pas sa gaine de chakra. Elle ne voulait pas causer de graves dommages. Ils s'arrêteraient à la première blessure, de toute façon. Seules les égratignures et hématomes constituaient des plaies acceptables.
— Suiton : L'Appel à la Meute !
Cinq loups se formèrent entre ses mains et bondirent en direction d'Itachi, qui les détruisit d'une Boule de Feu Suprême. Il enchaîna avec la Technique de la Balsamine, des shuriken se dissimulant dans les flammes plus petites et rapides qu'il envoyait dans sa direction. Le chakra d'Hitomi se mua en eau et retomba sur les projectiles, les éteignant dans un crépitement assourdissant. Avant qu'il puisse maintenir ses efforts pour la tenir à distance, elle franchit l'espace qui les séparait et le frappa au torse d'un coup de pied, lui faisant perdre l'équilibre pendant un instant.
Cependant, il en fallait plus pour réellement déstabiliser Itachi. Il attrapa le bras qui tenait son sabre et serra l'articulation assez fort pour lui faire lâcher prise. Elle s'était préparée : du chakra maintenait la garde du tantô contre sa main malgré la décharge de douleur qui lui remontait jusqu'à l'épaule. Elle le frappa au plexus solaire de sa main libre, assez fort pour le faire tousser d'inconfort, et se libéra d'une secousse sèche.
— Tu peux faire mieux que ça, Itachi. Fais-moi voir des étoiles.
Il gronda, reconnaissant là la phrase qu'elle prononçait quand elle avait désespérément besoin de lui, du plaisir qu'il lui offrait sans limite. Elle savait, bien entendu, qu'utiliser une telle expression dans ce contexte le frustrerait. Il était tellement sensible aux effets de l'adrénaline, le pauvre.
— Tu te rappelleras que tu t'es infligé ça à toi-même, gronda-t-il en se jetant dans sa direction.
Elle éclata d'un rire sauvage tout en parant ses premiers coups, le corps vibrant d'adrénaline et de plaisir mêlés. Ils échangèrent passe d'arme après passe d'arme pendant de longues minutes sans lésiner sur la vitesse ou la force, tous deux bien décidés à prendre l'avantage. Hitomi adorait cette sensation, vraiment. Elle adorait son cœur battant la chamade, le chakra et le Murmure entrelacés qui chantaient à l'intérieur d'elle, la profonde concentration qui l'enveloppait comme une cape et la maintenait dans l'instant présent.
Et puis Itachi parvint à placer un coup qu'elle ne vit pas venir, l'envoyant voler contre un arbre. Elle se redressa, légèrement sonnée, à peine assez vite pour le voir bondir dans sa direction. Juste à temps, elle utilisa un Shunshin pour l'intercepter à mi-chemin et le frapper à l'arrière des genoux. Il tomba comme elle l'avait prévu mais para le coup qu'elle voulait abattre sur son épaule. Avec un petit grognement joueur, elle s'éloigna d'un pas et mobilisa son chakra, activant la Manipulation des Ombres. Il devait la guetter elle et le sol tout à la fois, à présent.
Elle fit détonner un sceau placé contre l'arbre qui avait accueilli sa chute, l'effusion de lumière étendant brutalement son ombre dans la direction de sa cible. Une inconfortable chaleur lui passa sur le dos, mais elle ne s'estima pas brûlée. Elle était vaguement consciente des encouragements de ses élèves et des acclamations des civils mais ne laissa rien de tout cela la déconcentrer. Elle avait une ombre à contrôler, après tout, et Itachi bougeait si vite qu'elle peinait à suivre le rythme malgré la quantité de chakra qu'elle dépensait dans la manœuvre. Il utilisa une Boule de Feu Suprême dans l'espoir de contrecarrer l'avancée de son ombre et y parvint un temps, mais les flammes derrière elle brûlaient toujours, contrairement à celles de sa technique, qui s'éteignirent bien vite.
— Je comprends pourquoi les autres Jônin n'aiment pas s'entraîner contre toi. Tu es une vraie peste !
— Oh, Itachi, répondit-elle en battant des cils, tu vas finir par me faire rougir.
Il rit à son tour, le front plissé de concentration. Il n'avait rien perdu des talents qui faisaient de lui l'un des shinobi les plus accomplis du village – du monde, peut-être, si l'on considérait qu'il avait fait partie d'une organisation de déserteurs d'élite. Le sang d'Hitomi ne chantait jamais aussi haut ni aussi clair que quand elle l'affrontait. Elle parvint à mêler son ombre à la sienne et s'appliqua aussitôt à le clouer sur place, ses mains formant la Mudra du Rat pour stabiliser la technique.
Il consumait des quantités titanesques de chakra pour essayer de se libérer, mais elle avait des réserves équivalentes à celles de Kisame. Ce n'était pas comme ça qu'il lui ferait lâcher prise. Elle renforça la technique Nara en passant au deuxième stade, la Main Étrangleuse de l'Ombre, regardant le membre immatériel remonter le long de son corps et s'enrouler autour de ses épaules. Itachi avait cessé de lutter. Son souffle était à peine plus précipité que d'habitude, mais la très légère pellicule de sueur qui perlait sur son front témoignait de l'effort auquel elle l'avait contraint. Elle se lécha les lèvres, cueillant un peu de sel et de sa propre sueur au passage, et avança d'un pas.
C'était ce qu'il attendait. Sa main tressaillit, le sol explosa pratiquement sous les pieds de son épouse et la connexion entre leurs ombres se rompit. Elle dut utiliser un peu de chakra pour éteindre les flammes qui dévoraient la manche gauche de son kimono en pestant ; déjà il bondissait sur elle, lui fauchant les jambes avec sans doute un peu plus de force que nécessaire. Pourtant, il amortit sa chute d'un bras, l'autre plaçant immédiatement un kunai contre sa gorge. Il la clouait au sol de tout son poids, assis à califourchon sur elle.
— Je me rends, susurra-t-elle avec un sourire farouche.
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre, l'attirant par le col pour un baiser enfiévré, affamé. Il gronda puis répondit au contact, sa langue exigeant qu'elle lui cède le passage – et ce qu'il voulait, elle se montrait plus que ravie de le lui offrir. Quelque part au loin, derrière la grille qui entourait le terrain d'entraînement, les villageois venus assister au spectacle se répandaient en acclamations d'un volume encore jamais égalé. Hitomi ne se demanda même pas ce que pensaient ses élèves de la voir embrasser aussi passionnément Itachi, sans la moindre honte.
Aime comme tu l'entends.
Elle le relâcha, frôla son nez avec le sien et le laissa se relever avant de le suivre, époussetant son kimono de combat avec négligence. Cela lui avait fait du bien de se battre contre Itachi. Elle ressentait une forme de paix qui l'avait boudée depuis ce qui semblait être des lustres. Il lui tendit la main et elle entrelaça ses doigts aux siens avant de le suivre, boitillant légèrement à chaque pas. Il frappait fort, vraiment fort. Elle aurait détesté qu'il la ménage. Elle n'était ni faible ni fragile, pas quand on en venait au combat, aux arts shinobi.
— Alors, les enfants, qu'est-ce que vous avez appris ?
— La lumière est importante pour les jutsu Nara, pipa Anosuke avec enthousiasme.
Ce serait plus difficile pour lui qui ne la voyait pas, bien entendu, mais la lumière suivait des règles physiques très strictes. Il était déjà en train de les apprendre. Bientôt, il les appliquerait au combat.
— Les sceaux peuvent tout à fait être utilisés durant un combat, et pas seulement pour préparer le terrain, proposa Sugi.
— Eh oui ! Ce sera plus facile quand tu maîtriseras les sceaux de contact, bien entendu, mais si tu es assez rapide pour appliquer tes parchemins, ça fonctionnera aussi.
Les yeux du jeune garçon s'agrandirent et s'emplirent de quelque chose qui ressemblait à de la vénération. Tout ça parce qu'elle ne doutait pas un seul instant qu'il progresse jusqu'à ce stade ? Possible. Sugi avait toujours été le plus timide du lot. Il avait besoin qu'on le rassure.
— Comprendre le rythme de son adversaire et s'y accorder permet de deviner ses intentions. C'est ce que vous avez fait quand vous avez fait trébucher Itachi-san, pas vrai, sensei ?
— Hm hm. Itachi a un rythme excellent, beaucoup plus rapide que la moyenne. Ses yeux ne trahissent pas ses intentions, chacun de ses gestes est une arme. Déchiffrer son langage corporel est extrêmement compliqué. Vous arriverez tous à ce niveau de maîtrise un jour, si vous ne comptez pas vos heures d'entraînement.
Le sourire d'Hanabi prit des allures tranchantes. Elle aimait cette idée, Hitomi le savait, parce qu'elle avait été exactement la même à son âge. Avide. Tellement, tellement avide. Elle n'avait pas ménagé ses efforts, et aujourd'hui… Aujourd'hui, elle faisait presque jeu égal avec Itachi Uchiha, qui s'était élevé au rang de légende et terreur nocturne du monde shinobi avant de s'en retirer quand elle lui avait offert cette possibilité en l'épousant.
— Bien, puisque c'est réglé, mettez-vous en place. Je vais créer les clones que vous affronterez aujourd'hui. Faites de votre mieux pour porter un coup.
Elle avait toujours adoré cette méthode d'Ensui qui consistait à lui créer un clone solide, à sa taille, et aux compétences juste assez supérieures pour la pousser à se dépasser. Il n'utilisait plus cette méthode désormais : il la surpassait toujours dans tous les domaines guerriers qu'ils avaient en commun ainsi qu'en général, mais plus au point de pouvoir s'en tirer avec de tels subterfuges. Sur ses Genin, cependant, cela fonctionnerait à merveille.
Elle alla s'asseoir aux côtés d'Itachi quand ses trois enfants se trouvèrent face à leurs adversaires. Tous deux observèrent le combat d'un œil acéré. Ces séances en particulier se déroulaient toujours de la sorte : ils observaient puis listaient tous les bons et mauvais gestes des jeunes shinobi afin qu'ils puissent travailler dessus jusqu'à l'heure du repas de midi. L'après-midi, quand elle n'était pas occupée par des réunions de négociation, Hitomi partageait avec eux ses connaissances théoriques. Elle ne voulait pas seulement affuter leurs corps, mais aussi leurs esprits. Quand ils se retrouveraient à l'examen Chûnin de Kirigakure, ils seraient prêts et la rendraient fière.
Le temps fila à toute vitesse sans qu'elle le réalise. Les négociations avançaient bien : les quatre parties autour de la table voulaient parvenir à un accord. Comme il devenait facile de préparer une paix durable quand on ne vivait pas pour une nation consumée par la guerre ! Sans la pression des milliers de morts que les conflits shinobi laissaient dans leur sillage, peu de tensions s'épanouissaient dans la vaste et luxueuse salle de réunion accordée par le daimyô du Pays des Tourbillons.
Durant ces négociations, Hitomi parvint à tirer son épingle du jeu face aux clans de Kirigakure, tous présents autour de la table. Ils décidèrent de rejoindre l'espèce de réseau qu'elle avait commencé à fonder des années plus tôt. Avec Suna, elle n'avait même pas à demander : le Kazekage avait exprimé son soutien pour elle à maintes et maintes reprises, après tout. À une mémorable occasion, elle distribua des carnets communicants tous reliés les uns aux autres – et au sien – à tous les représentants de clans présents dans la salle.
— Vous pourrez les utiliser pour communiquer plus facilement, ensemble ou séparément.
Elle se lança dans une explication détaillée de son invention… Tout en omettant de préciser qu'elle recevrait une copie d'absolument chaque message, même ceux échangés en privé entre deux clans. Elle était un ninja, après tout. Elle trichait, elle se méfiait, et quand la fin viendrait, elle gagnerait. Elle n'avait pas assez de sens moral pour se soucier des implications éthiques de l'espionnage, elle voulait savoir. C'était la seule manière qu'elle connaissait de se préparer correctement aux problèmes qui s'annonçaient à l'horizon.
Le mois de négociations et de discussions fut plus vite passé qu'elle ne l'aurait cru. Toutes les parties avaient atteint un accord satisfaisant, même les plus difficiles. Le daimyô du Pays des Tourbillons ne parvenait pas à dissimuler la satisfaction et la fierté qui accentuaient son sourire à chaque fois qu'il se levait de son siège en tête de table pour annoncer la fin de la réunion. Hitomi aurait pu continuer sur ce rythme encore des semaines… Mais hélas, il était temps de partir à présent. Ils n'avaient plus rien à négocier qui ne nécessitait pas une consultation avec leurs chefs de clans.
Hitomi fit ses adieux à ses amis dans le calme le matin du départ. Haku l'embrassa une dernière fois, prenant son visage en coupe dans ses mains tièdes et douces, puis elle alla serrer Suigetsu et Kisame dans ses bras tour à tour. Elle avait déjà dit au revoir à Temari un peu plus tôt. Ce n'était pas elle qui manquerait le plus à la kunoichi de la Fratrie du Sable, mais plutôt son cousin. Shikamaru et elle luttaient pour former une relation sérieuse malgré la distance – et Shikaku avait déjà offert à la jeune femme de venir vivre à Konoha, au sein du clan, si elle désirait épouser son fils. Ce serait une alliance incroyablement puissante, si les deux jeunes gens considéraient sérieusement de s'investir à ce point dans leur relation durant les années à venir.
Au début, Shikamaru s'était senti un peu bizarre à l'idée de savoir que la fille qu'il aimait et sa cousine avaient couché ensemble, des années plus tôt. Il avait fini par réaliser que cela ne le regardait pas, qu'il était libre de tomber amoureux de Temari et n'avait pas à baser son jugement concernant une potentielle relation sur les gens dont elle s'était rapprochée par le passé. Son corps et son cœur appartenaient à la farouche kunoichi, tout comme Hitomi n'appartenait qu'à elle-même. Il avait accepté tout cela bien avant qu'Hitomi ne rentre au village après son voyage à travers le monde aux côtés d'Ensui. Et aujourd'hui, voilà que les deux amants se disaient une nouvelle fois leurs adieux et leurs promesses si douces-amères, sans se soucier du passé. Seulement de l'avenir.
— Sensei, tout va bien ?
Hitomi baissa les yeux sur Sugi, un sourire en coin adoucissant son expression tendue. Elle lui passa une main dans les cheveux, rajusta sur son nez fin ses petites lunettes noires et acquiescça.
— J'aurais juste aimé rester encore un peu, admit-elle puisqu'elle refusait de mentir à ses élèves si la vérité ne les mettait pas en danger. Je suis amie avec beaucoup de shinobi à travers le monde.
— Est-ce que ce n'est pas plus facile et plus, hum, loyal, d'avoir des amis seulement dans son propre village ?
Hitomi pesa ses mots avec soin avant de répondre. Elle ne voulait pas faire passer le mauvais message.
— Le manuel que tu as étudié à l'Académie et qui contient toutes les lois du shinobi te dira que si, c'est plus loyal de ne se faire que des amis dans son propre village. Après tout, une guerre pourrait éclater un jour et me dresser contre mes amis, me forcer à les combattre et même les tuer, peut-être. Ce serait absolument horrible.
— Alors pourquoi…
— Cependant, l'interrompit-elle d'une voix douce, je suis convaincue que c'est à travers nos amitiés que nous construirons une paix durable entre nos Villages Cachés. Regarde Temari, par exemple : elle est la sœur de Gaara, qui est aussi mon ami, d'ailleurs. Et Haku, Suigetsu et Kisame ? Ce sont les héritiers ou chefs de clans puissants, en plus de faire partie des meilleurs Jônin de Kirigakure. Quant à moi, je serai la prochaine Jônin en Chef, en plus de faire partie de deux clans dont l'un renommé au village.
— Je ne comprends pas bien…
— Nous avons du pouvoir, Sugi. Tous autant que nous sommes. Notre amitié et la loyauté que nous nous offrons mutuellement nous donneront la force d'adresser à nos Kage toutes les protestations nécessaires pour empêcher une guerre. Si une paix doit être négociée, nous serons déployés en priorité parce que nous savons discuter sans conflit. Et n'est-il pas loyal de protéger nos villages en les protégeant d'une nouvelle guerre ?
Les traits de Sugi s'éclairèrent d'une soudaine compréhension et le cœur d'Hitomi s'apaisa. Elle avait réussi à transmettre le message. Dans quelques années, quand il serait Chûnin ou Jônin, elle les introduirait lui et ses camarades à ce monde politique si délicat et complexe. Il lui fallait faire preuve de patience, cependant, et jauger la place que chacun des enfants serait prêt à prendre dans la dynamique du village et du monde ninja pendant leur vie adulte. Elle ne voulait pas les rendre malheureux, après tout.
La caravane s'ébranla quelques temps plus tard, et bien vite Uzushiogakure disparut derrière l'horizon. Hitomi avait le cœur lourd, mais elle savait qu'elle reverrait ses amis. Elle ne laisserait pas autre chose se produire, pas alors qu'ils avaient tous tant progressé et lutté pour ce qu'ils avaient acquis, pour les liens qu'ils tissaient. Elle s'accrocha au bras d'Itachi, autorisa leurs chakras à se mêler et évita de penser à ce qu'elle laissait derrière elle.
Le voyage retour fut tout aussi long et complexe que celui de l'aller. Les civils rechignaient à presser le pas et les ninjas étaient contraints de suivre leur rythme indolent. Ils n'auraient pas pu les protéger en se trouvant des lieues devant eux, après tout. Pendant les deux premiers jours, Hitomi crut que cette mission ferait partie des très rares à se dérouler sans le moindre imprévu… Et puis elle repéra des masses de chakra trop importantes pour appartenir à des civils qui se dirigeaient vers la caravane. Avec un soupir, elle prévint Itachi en tapotant en rythme sur son bras, puis alla alerter ses apprentis et tous les ninjas qui, comme elle, se voyaient chargés de protéger les nobles et diplomates.
— Je compte quinze shinobi, fit-elle quand ils furent tous rassemblés autour d'elle. À ce rythme, ils entreront en collision avec notre formation par l'ouest dans dix minutes. Il y a deux énergies assez concentrées pour appartenir à des Jônin, le reste est de niveau Chûnin. Kakashi-sensei, qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ?
Il était le plus expérimenté et le plus gradé des shinobi présents, après tout. Il rencontra son regard, hocha imperceptiblement le menton puis carra les épaules et prit la parole, la voix assurée et paisible.
— Nous allons nous dresser entre eux et la caravane en bloc. Nous sommes plus nombreux, plus forts… ça ne devrait pas poser de problème. Travaillez en binôme quand vous le pouvez et laissez les Jônin en première vague. C'est parti !
Hitomi et Itachi faisaient partie des Jônin que Tsunade avait déployés sur cette mission, tout comme Sakura et Kakashi. Ils formèrent la première ligne de défense, celle qui aurait la moindre chance de tomber au combat. Les Chûnin s'amassaient derrière eux, tandis que les trois Genin d'Hitomi se perdaient presque entre les civils. La dernière ligne de défense. Ils n'en viendraient pas là. Se contraignant à une tranquillité toute relative, la jeune femme observa les shinobi qui arrivaient. Des nukenin… De Crépuscule, bien entendu, parce que ce groupe ne pouvait absolument pas laisser le Pays du Feu tranquille.
Elle dégaina son sabre, un sourire cruel aux lèvres. Sa colère augmentait chaque fois qu'elle les rencontrait. Elle ne pouvait s'en empêcher. Elle ne cessait d'apprendre de nouvelles collaborations entre cette organisation et Kabuto, ou avec Danzô Shimura, ou l'Akatsuki, bien entendu. Elle en était certaine, désormais : Crépuscule était le pendant « populaire », plus nombreux et individuellement plus faible, de l'organisation criminelle dont elle s'était fait l'ennemie dès sa naissance.
— Suiton : Technique de la Grande Cataracte !
Son chakra bondit dans l'air, glacé et furieux, avant que quiconque de son côté ou du leur n'ait eu le temps de bouger. Des trombes d'eau tranchante se formèrent autour d'elle, pivotant si vite autour de son corps menu qu'elle disparaissait totalement à la vue. Une nouvelle décharge d'énergie fit s'abattre le liquide sur les quinze shinobi ennemis : deux sources de chakra s'éteignirent durant les premières secondes. Elle devina avoir brisé leur nuque sous la violence de l'impact – et n'aurait pu moins s'en soucier.
— La prochaine fois, attends le signal ! siffla Kakashi à son oreille.
Elle tourna la tête juste à temps pour croiser son regard, se dégagea de la main qu'il avait posée sur son épaule et cueillit le premier Jônin à se remettre de son assaut d'un coup de pied au plexus solaire. Il s'écroula devant elle, pris de nausée, et elle profita de cette occasion pour l'abattre. Ce fut un carnage ensuite : ces nukenin s'étaient attendus à trouver des civils et des ninjas peu préparés, pas une opposition aussi violente. Itachi lui aussi laissait sa rancœur nourrir le feu de ses techniques. Tout le monde ici avait vu de ses propres yeux les conséquences de l'existence de Crépuscule, d'une manière ou d'une autre – ne serait-ce que parce qu'ils connaissaient Hitomi, la première à les avoir affrontés.
— Eh bien, soupira Kakashi quand le combat fut terminé, tout ça pour ça… Fouillez les corps, on ne sait jamais. Rapportez-moi tous les colliers que vous trouverez, tout ce qui peut être d'intérêt pour le village. Gardez le reste.
Hitomi fut la première à se détacher de la masse de Konohajin pour récolter les biens du Jônin qu'elle avait abattu. Elle lui arracha son collier d'un geste rageur, les mains tremblantes. Il faudrait qu'elle s'occupe du cas de Crépuscule. Qu'elle commence sérieusement à les traquer. Elle était fatiguée de toujours les voir débarquer dès qu'elle osait mettre le nez hors de Konoha. Vraiment profondément fatiguée.
Heureusement, certaines sortes de fatigue agissaient chez les Nara comme un stimulant, et elle le leur prouverait.
