— Madara rassemble une armée, l'accueillit Tobirama deux jours plus tard quand il rentra dans le Manoir.

Elle leva les yeux du traité de fûinjutsu qu'elle assimilait, sans surprise. Bien sûr qu'il montait une armée. La rancœur qui lui pourrissait le cœur ne connaissait ni répit ni faiblesse. Il détruirait tout ce qui lui avait été refusé ou mourrait en essayant. Avec un peu de chance, ce serait la seconde option qui prévaudrait. Hitomi se pensait capable de l'abattre avec ses nouvelles capacités… Mais pas sans mourir dans le processus.

Elle n'était pas assez forte. Elle avait appris dès l'Académie comment faire de son dernier coup, de son dernier soupir, un geste décisif. Parfois, cela se produisait dans une cellule obscure au cœur d'un pays étranger, sans espoir d'être sauvé. Parfois, c'était sur le champ de bataille. Parfois en donnant la vie. Parfois en prenant la vie. Elle se révoltait à l'idée de mourir, même en sachant pertinemment que le sceau la ramènerait dans son propre univers, qu'elle retrouverait Itachi, Ensui, Naruto, tous ceux qu'elle aimait… Si le village tenait encore debout. Pain avait-il déjà attaqué ? Elle tremblait à cette simple idée.

— S'il rassemble une armée, c'est pour attaquer Konoha… Et ça veut dire que nous devons nous attendre à cette attaque. Est-ce que les forces du village se sont assez bien rétablies des dernières guerres ?

Les traits du Hokage s'assombrirent, si c'était encore possible.

— Tout juste. Les nukenin ne sont pas si faciles à trouver par ici. Je ne vois pas Madara marcher sur Konoha avec mille hommes derrière lui. Il est charismatique, certes, mais pas à ce point. On va se préparer pour l'accueillir, nous n'avons pas le choix.

Bien sûr que non, ils n'avaient pas le choix. Hitomi ferma les yeux, refusant le réconfort de sa Bibliothèque. Cela faisait des mois qu'elle alternait les nuits de sommeil criblées de cauchemars et celles passées à arpenter ses rayons, à revoir les rêves heureux qu'Itachi lui avait tant de fois offerts. Il lui manquait tellement…

— Les Nara, les Yamanaka et les Akimichi ont des compétences idéales pour coordonner tous nos efforts. Et nous avons encore les Uzumaki, pas vrai ? Mito-sama est encore en vie, elle…

— Elle sera en première ligne, tu peux en être certaine, Eien. Je viens de la prévenir, tout comme les autres chefs de clan du village. Tous se sont engagés sans la moindre hésitation. J'ai juste… Je ne veux pas assister à un massacre.

— Ce ne sera pas un massacre, le rassura Hitomi avec tendresse. Vous avez quelques semaines pour préparer vos troupes, préparer les clans à travailler ensemble. Croyez-moi, Tobirama-san, quand ils coopèrent, leurs ennemis n'ont aucune chance. Nous gorgerons le sol du sang de nos ennemis.

La résignation dans son regard se teinta d'une douce lueur d'espoir. Ces derniers mois, il était venu de plus en plus souvent requérir son conseil. Il était un excellent Hokage, peut-être meilleur chef de guerre encore que guerrier, et elle ne faisait que le rassurer… Mais il avait besoin de cette tendresse. Hitomi ne pouvait qu'espérer que sa fiancée la lui offre s'ils survivaient assez longtemps pour se marier. Elle en doutait, à présent. Avec Madara si proche, elle ne pouvait se permettre d'aller traquer Ginkaku et Kinkaku. Si elle survivait, cependant, elle se consacrerait à leur recherche – elle ne voyait pas où d'autre se trouverait sa mort véritable.

— Les Nara m'ont assuré qu'ils étaient prêts pour assurer une fonction stratégique… Mais Madara est un génie.

Cette admission semblait peiner Tobirama. Lui aussi était un génie, et pourtant ses parents ne l'avaient jamais véritablement admis. Il avait grandi dans l'ombre de son frère, détenteur du légendaire Mokuton. Quant à Hashirama… Il n'avait jamais accordé à son cadet l'attention qu'il méritait pourtant.

— Comme si nous manquions de génies de notre côté, Tobirama-san ! Ne vous en faites pas, nous serons prêts.

À partir de là, le temps passa à toute allure. Hitomi s'impliquait sans réserve dans les préparatifs de guerre, les espions accouraient pour offrir leurs informations à Tobirama qui dépensait son énergie sans compter pour coordonner l'effort de tous les clans. Les Inuzuka adoucirent les Uchiha, les Hyûga mirent de l'eau dans leur vin, les Aburame acceptèrent de se mêler aux autres, charmés par les caractères ouverts et énergiques des Uzumaki. Jamais cela n'aurait été possible dans le monde d'où Hitomi venait, à une pareille époque. Elle commençait à peine à voir ses efforts dans son présent payer.

— Les Genin ne participeront pas au combat, rapporta le chef de l'Académie à Tobirama un matin. Ils ne sont pas prêts. Nous refusons de voir des morts inutiles.

— Non, en effet… Ils sont les prochains porteurs de la Flamme de la Volonté. Nous ne pouvons pas la voir disparaître.

La ferveur de Tobirama s'était embrasée de plus belle ces derniers temps. Il priait au temple tous les matins et tous les soirs, l'intensité de sa foi transcendant son expression ouverte et dévouée. Parfois, Hitomi se joignait à lui. Les Jônin qui avaient protesté au début quand elle avait pris une position prévalente dans l'effort de guerre s'étaient calmés au contact de son intelligence, de son efficacité et de sa compréhension. Elle pouvait remercier Shikaku pour ce qu'il lui avait appris. Pour la première fois, elle se sentait véritablement prête à lui succéder un jour en tant que Jônin en Chef. D'ailleurs…

— Itsuki Uchiha devrait devenir votre Jônin en Chef, Tobirama-san. Vous n'avez jamais accordé la fonction à quiconque depuis votre nomination au poste de Hokage, mais vos hommes ont besoin d'un meneur. Le fait de choisir un Uchiha enverrait le meilleur signal qui soit à ce clan. Vous ne voulez pas qu'ils suivent les traces de Madara, pas vrai ?

— Non, mais…

— Les isoler n'est pas la solution, l'interrompit-elle avec sévérité. Récompensez-les de ne pas avoir suivi un traître plutôt que de les punir de partager son sang. Gagnez leur loyauté plutôt que de l'exiger.

Elle vit un rictus haineux tordre les lèvres de Tobirama puis s'effacer. Il luttait. Il luttait contre sa rancœur, ses préjugés, et toute la légitimité de sa colère. Il ne voulait pas reproduire en miroir les erreurs de son frère, si partial envers son ami – son amant, si on en croyait la légende. Elle, elle croyait la légende. Seul l'amour pouvait rendre un homme aussi dévoué et aveugle. Elle s'assit près de Tobirama, s'appuya contre lui jusqu'à ce qu'il l'enlace d'un bras et laissa leurs chakras se mêler avec affection. Elle avait décidé de ne pas lui donner plus que cela, à moins qu'un véritable élan les y pousse. Elle savait à présent qu'elle n'était pas douée pour réprimer une attraction réciproque quand elle se manifestait.

— D'accord, Eien. J'irai le lui dire demain… Tu voudrais m'accompagner ?

Elle secoua la tête.

— Il penserait que je vous ai poussé à cette décision. Bien que ce soit la vérité, le signal sera plus fort si ça ne vient que de vous. Il faut que vous gagniez leur dévotion pour vous-même, Tobirama-san.

Un sourire amer lui toucha les lèvres. Elle savait qu'il ne voulait pas de la dévotion des Uchiha, en surface, là où brûlait sa colère. Mais quelle vengeance merveilleuse serait-ce que de voler l'amour de son clan à Madara ? Après qu'il lui ait tant et tant dérobé, Tobirama avait bien le droit de se venger. Elle posa la main sur sa cuisse musculeuse et la laissa là, sage mais presque tentatrice.

— Il faut penser à l'avenir, après tout. Il n'a jamais été dit que les Senju gouverneraient Konoha pour toujours. En fait, votre successeur idéal est Hiruzen Sarutobi, pas vrai ?

Elle dut serrer les dents en prononçant ce nom qu'elle n'avait jamais cessé de mépriser. Elle ne pouvait nier l'importance d'Hiruzen et de son influence pour faire de Konoha un endroit meilleur… C'était Danzô, le problème. Encore un cadavre qu'elle laisserait sur sa route si le destin le lui accordait. Elle avait déjà tué le chef de la Racine une fois, après tout : elle se sentait capable de le refaire. Et il participerait à la bataille… Elle resta soigneusement impassible, mais son esprit commença à s'emballer.

Le lendemain, la jeune femme alla retrouver Hasuki, occupée à aiguiser ses armes. La cheffe de clan entendait bien participer à la bataille qui s'annonçait, exactement comme Hitomi l'avait anticipé. Cette volonté et cette fierté, si vives dans les veines de sa mère et dans les siennes, ne pouvaient pas venir de nulle part. Le fruit ne tombait jamais bien loin de l'arbre. Cela lui faisait mal de voir son clan traverser un tel déclin… Mais elle savait que c'était pour un mieux. Un jour naîtrait Kurenai, un jour naîtrait-elle à son tour, et le Murmure reviendrait dans la lignée, elle le savait.

— Prête pour la bataille, Eien-chan ? Les hommes de Madara ont été repérés à quelques dizaines de kilomètres de Konoha.

— Je sais. Ils sont plusieurs centaines. Tobirama-san et moi venons de recevoir leur rapport…

— Tu sais que la plupart des Jônin te traitent comme leur commandante, pas vrai ?

La jeune femme haussa une épaule, un sourire impertinent aux lèvres.

— Bien sûr que je le sais. Dans ma réalité, c'est le poste que j'occuperai un jour, je reconnais les signes. Mais ici, ce poste reviendra à Itsuki Uchiha…

— Après ton départ. Oui, j'en ai entendu parler. La mère d'Itsuki-kun est une amie, elle est venue me l'annoncer dès qu'elle l'a su. C'était un bon choix de ta part, Hitomi-chan. Tu aurais fait des ravages à la cour du daimyô.

— Bah, j'en fais bien plus en tant que kunoichi, pas vrai ? Je transformerais la cour en bain de sang si on m'y lâchait pour plus d'une semaine.

Hasuki ricana, peu charitable, et lui tapota l'épaule d'une main qui ridait déjà légèrement. Elle était âgée, pour une kunoichi encore en service.

— Tu devrais aller rejoindre Hokage-sama. C'est probablement ta dernière nuit ici, pas vrai ?

Hasuki savait tout ce qui se cachait derrière sa présence dans leur univers. Elle savait que sa descendante devait mourir d'une mort lourde de sens… Et quel meilleur lieu pour cela qu'une bataille décisive pour l'avenir du village ? Bien sûr, cette bataille n'avait jamais eu lieu dans l'univers d'Hitomi, mais ce n'était pas la première différence qu'elle remarquait. Les Uchiha n'occupaient pas les terres au centre du village qu'ils avaient possédées dans son univers avant l'attaque de Kyûbi, par exemple.

— Probablement. Vous avez raison, je vais aller le retrouver. Bonne soirée, Hasuki-senpai.

La vétérane répondit d'un simple grognement, son attention déjà entièrement reportée sur la lame qu'elle aiguisait. Secouant doucement la tête, la jeune femme s'éloigna, inconsciente du regard rouge sombre et acéré qui se posa sur elle dès qu'elle eut le dos tourné. Hasuki aurait probablement donné plus qu'elle ne possédait pour que sa descendante demeure dans ce temps et rende au clan toute sa grandeur, mais elle comprenait l'élan qui l'attirait ailleurs.

Hitomi trouva Tobirama penché sur une carte topographique de la Forêt du Feu. Il ne laisserait pas Madara et ses hommes atteindre le village que son frère avait travaillé si dur pour construire, pas alors qu'il pouvait les arrêter à une bonne dizaine de kilomètres et se battre avec aisance. Une large clairière accueillerait la bataille. Les arbres qui l'encerclaient offriraient aux Konohajin une merveilleuse couverture à laquelle ils étaient accoutumés, tandis que les nukenin de Madara, d'après les espions, venaient de tous les pays du monde connu. Beaucoup d'entre eux n'avaient jamais vu une vraie forêt de leur vie.

— Eien, salua-t-il d'une voix douce en la regardant approcher. Viens voir ça, tiens.

Elle battit des cils, prise de court, mais inclina légèrement la tête et s'exécuta, se glissant entre son corps solide et le bureau. Il grogna mais ne s'écarta pas, pressant au contraire son torse contre le dos de la kunoichi. Elle sourit, le visage hors de vue. Chaque fois qu'elle entrait dans sa proximité physique, elle se sentait le pouvoir enfermé dans ses membres, à peine contenu, et se sentait attirée à la manière d'un papillon par une flamme… Sauf que ce serait la flamme qui souffrirait de ce jeu plus vieux que leur civilisation entière.

— Tu vois cette différence de relief, en plein milieu de la clairière ? Tu penses que ça posera un problème à nos combattants ?

Les mains d'Hitomi se crispèrent sur la table, tandis que son regard écarlate suivait la ligne tracée par le doigt de Tobirama. Elle sentait son souffle sur sa nuque, son chakra sur sa peau. Son cœur s'emballa ; elle sut qu'il l'entendait à la manière dont il déplaça son poids pour que son corps la touche plus fermement encore. Il la voulait. Un désir profond, sauvage et instinctif qu'il ne comprenait même pas vraiment, elle le savait. Chaque fois qu'ils s'étaient affrontés sur le terrain d'entraînement, chaque fois qu'il l'avait vue se battre contre Hasuki et dompter son Murmure d'une main de fer, ce sentiment avait pris un peu plus de place. Il ne pouvait plus l'ignorer.

— Je ne pense pas, répondit-elle d'une voix presque rauque de désir contenu. Ce sont nos adversaires qui seront en désavantage : les étrangers pensent souvent que les forêts et les plaines sont des terrains plats.

Il se courba lentement jusqu'à lui caresser la nuque du bout des lèvres. Elle soupira quand une délicate morsure remplaça ce contact si doux, envoyant une décharge de plaisir le long de sa colonne vertébrale, directement entre ses cuisses. Ses yeux se fermèrent contre sa volonté et elle sentit ses bras trembler de l'effort de se maintenir dans cette position, par-dessus le bureau.

— Je sais que tu le veux aussi, murmura-t-il si près de son oreille qu'elle sentait son souffle chaud caresser la chair sensible. Ton regard ne ment pas, ton chakra ne ment pas… Eien, tu n'as qu'un mot à dire et je te le donne, tu le sais, pas vrai ?

Sa voix avait pris des accents taquins et cela rendait le tout de sa présence, du membre solide pressé contre le bas de son dos et de ses mots tentateurs encore plus intenses. Elle tenta de reprendre son souffle, de compter jusqu'à vingt pour se calmer et reprendre la maîtrise de ses émotions, mais le Murmure lui barra la route, infusant dans ses méridiens un désir brut, ancestral et impossible à ignorer plus longtemps.

— Oui, parvint-elle à articuler malgré son souffle tremblant et sa gorge sèche. S'il vous plaît, Tobirama-san…

Un petit rire sombre lui charma les oreilles et il posa les mains sur ses hanches, resserrant sa prise jusqu'à ce qu'elle soupire à nouveau, envoûtée par la fermeté et l'assurance avec laquelle il la touchait. Il la poussa à lui faire face et ne résista qu'un instant avant de l'embrasser. C'était un baiser brutal, exigeant, une danse et un combat pour la domination qu'elle lui accorda après une résistance de façade – juste pour lui montrer qu'il ne prenait pas, qu'elle donnait, et que cela rendait tout ce qui suivrait plus précieux encore.

Il passa une main dans ses longs cheveux roux et lui arracha l'élastique qui les maintenait en place, le jetant quelque part derrière lui. Son regard avide suivit la cascade des boucles sombres sur ses épaules. Elle savait que c'était ce qui l'attirait le plus chez elle, la manière dont ses cheveux accompagnaient le moindre de ses mouvements et dévoilaient, s'il était chanceux, un petit morceau de chair pâle. Il saisit la masse discrètement parfumée dans son poing, tira juste assez pour lui faire lever la tête et l'embrassa à nouveau, plus tendrement cette fois. Il n'avait plus rien à établir, sinon que ce n'était pas pour lui une simple attirance. Il t'aime, murmura une voix emplie de compassion au fond de son esprit. Elle refusa d'écouter.

— Ici ? demanda-t-il tout en tirant déjà sur sa tunique pour la faire sortir de son pantalon.

Les yeux bleus d'Eien, d'Hitomi, se posèrent un instant sur la porte derrière eux. Elle n'était pas fermée à clé… Mais personne ne venait jamais au Manoir à cette heure. Personne ne s'y trouvait, et il fallait tant marcher pour atteindre une chambre, n'importe laquelle…

— Ici. Tobirama-san…

— Laisse tomber ce foutu titre honorifique, Eien. Juste cette fois. S'il te plaît.

Il n'aurait jamais demandé une telle chose dans d'autres circonstances. Tobirama avait besoin du respect de ses pairs. Il le leur avait imposé jusqu'à ce qu'ils aient une véritable raison de le lui offrir librement, mais il n'avait jamais réussi à convaincre Hitomi d'utiliser « sama », le titre honorifique qui convenait pourtant à sa position de chef de guerre. Il ne l'avait jamais forcée à plier, n'avait jamais menacé de conserver ses connaissances pour lui seul et de l'en priver ; dès le premier instant, il l'avait bien trop respectée pour ça. Un doux sourire se peignit sur les traits de la jeune femme.

— D'accord, Tobirama. Tout ce que tu veux.

Elle n'attendit pas qu'il réagisse à sa promesse pour lui retirer la tunique bleu sombre qu'il portait, dévoilant son torse musclé et couturé de cicatrices. Certains des coups qui les avait causées l'auraient tué s'il n'avait été un shinobi si incroyablement puissant. Elle se dressa sur la pointe des pieds et déposa un baiser sur celle qui lui marquait l'épaule gauche. Les mains de l'homme se crispèrent sur ses hanches. Elle brûlait, désormais. Il la maintint contre lui d'un bras et, de l'autre, débarrassa son bureau, envoyant voler documents, ustensiles d'écriture et tout ce qui gênait. Une bouteille d'encre se brisa contre le sol, arrachant un petit rire à Hitomi.

Elle le laissa lui empoigner les hanches à nouveau, la soulever de terre et l'asseoir sur le bureau. Alors seulement l'aida-t-il à se débarrasser de son pantalon et de sa culotte, alors que ça aurait été plus facile quand elle était encore debout. Il ne pensait plus d'une manière véritablement cohérente, les traits durcis de la plus envoûtante des façons par un désir concentré, délibéré. Elle pouvait presque entendre l'instinct qui lui débordait les sens, le poussant à agir de la sorte. Il lui arracha presque sa tunique gris sombre et la jeta sur le côté avant de s'attaquer aux bandages de renforcement qu'elle portait autour des coudes et des poignets.

Là seulement ses mains se firent douces, il se courba et embrassa la peau qu'il dénudait un centimètre après l'autre, puis remonta du bout des lèvres le long de son bras gauche jusqu'à son épaule, sa gorge. Il ne lui fallut qu'un instant pour lui ôter sa brassière, puis ses lèvres furent sur l'épiderme sensible de ses seins, d'un mamelon érigé avec lequel il joua jusqu'à ce qu'elle se tende, rendue impatiente par les attentions qu'il accordait aux bons endroits… Mais pas au meilleur.

— Enroule tes jambes autour de ma taille, ordonna-t-il d'une voix ferme mais tendre. Accroche-toi à mes épaules et laisse-moi faire.

Elle s'exécuta parce qu'elle voulait lui plaire, parce que ce n'était pas le moment de tourner autour du pot, de s'assurer qu'elle était prête. Elle l'état. Elle sentait l'humidité entre ses jambes, la tension chargée d'anticipation au creux de ses reins. Malgré tout, quand elle eut obéi, il glissa une main habile entre leurs corps unis, gronda quand il la toucha enfin, enfin, là où il le voulait et s'assura qu'elle pouvait le recevoir.

— Tobirama…

— Tellement impatiente, Eien…

Elle ouvrit la bouche pour se défendre et il choisit ce moment exact pour enfoncer son membre en elle, lui arrachant à la place un long gémissement de plaisir. Il prit son temps pour entrer jusqu'à la garde mais n'attendit pas ensuite avant de se mouvoir, encouragé par ses hanches qui roulaient avidement sur lui. Il lui attrapa à nouveau les cheveux et tira pour exposer sa gorge fragile, qu'il mordit le long de sa carotide palpitante. Elle serra les dents et il répondit d'un mouvement plus sec, plus brusque : à nouveau, elle gémit, un petit son choqué et presque désespéré cette fois.

— N'essaye pas de garder le silence, exigea-t-il. Je veux savoir l'effet que j'ai sur toi, Eien, je veux… Savoir…

Il ponctuait chaque mot d'un nouveau mouvement destiné à lui faire perdre la tête et la maîtrise d'elle-même, et ça fonctionnait. Il la recueillit dans ses bras sans effort, sans même prendre la peine de sortir de l'étreinte brûlante de ses muscles intimes, et la plaqua contre le mur le plus proche avant de recommencer ses va-et-vient, d'autant plus fermes désormais. Elle réagit en plantant ses ongles dans son dos, laissant sur la peau pâle de longs sillons rouges qui ne saignèrent pas. Elle ne voulait pas le blesser, seulement le motiver d'autant plus – et ça fonctionnait.

— Touche-toi, Eien. Donne-toi cet orgasme que tu veux tellement. Laisse-moi voir, laisse-moi tout voir…

Elle émit un petit rire qu'il étouffa à moitié avec ses lèvres mais obéit. Elle lui faisait largement confiance pour la maintenir en place même si elle ne s'accrochait plus à lui que d'un seul bras. Elle se fraya un chemin de sa main libre entre leurs corps recouverts d'un très léger voile moite et laissa échapper un halètement surpris quand elle parvint à son clitoris, si sensible et mécontent d'avoir été délaissé. Juste pour le jeu, pour le sport, elle lutta contre son propre plaisir tout en l'attisant du bout des doigts jusqu'à ce plus en pouvoir, jusqu'à ce que son dos se cambre au-delà de sa volonté et que ses muscles se contractent brutalement autour de Tobirama. Il gronda, chevauchant avec elle la vague de son orgasme jusqu'à s'y perdre à son tour, jusqu'à s'immobiliser essoufflé et apaisé.

Il se retira tout en l'embrassant, et elle gloussa en sentant un peu de liquide épais suivre, cachant son visage contre le torse du chef de guerre. Il se montrait doux à nouveau, tendre à nouveau. Ses larges mains glissèrent sur sa peau sensible jusqu'à ce que ses bras l'entourent. Il l'éloigna du mur avec toutes les précautions du monde et l'installa sur le bureau qu'ils avaient délaissé plus tôt, sans se soucier de leurs fluides sur le bois précieux.

— Dors avec moi cette nuit, demanda-t-il d'une voix tendre en prenant sa joue en coupe.

Elle aurait dû refuser. La fin approchait : elle le sentait dans chacun de ses membres, dans la tension qui agitait le Murmure comme un lion en cage. Elle mourrait le lendemain. Ce n'était pas la simple anxiété d'une bataille qui lui nouait l'estomac mais une prédilection que dans une douzaine d'heures au plus, elle retrouverait son foyer et les êtres qu'elle aimait le plus au monde. Elle aurait dû refuser, parce que chaque tendresse qu'elle accordait à Tobirama les liait un peu plus l'un à l'autre et que bientôt elle ne serait plus là pour entretenir ce lien.

— D'accord, murmura-t-elle pourtant en levant les yeux vers lui.

La vénération dans son regard rouge sombre l'ébranla plus qu'elle n'aurait su le dire. Elle ne voulait pas qu'il ressente des sentiments si forts pour elle que malgré son entraînement, les dissimuler soit impossible. Elle ne voulait pas lui briser le cœur. Elle ne voulait pas… Ressentir quelque chose en retour, un tiraillement plus profond que celui du désir qui l'avait parcourue un peu plus tôt. Comme si son cœur lui laissait le choix, ce stupide organe. Bien entendu, il avait choisi l'option la plus douloureuse. Elle se résolut à chasser ces pensées là où elle ne pouvait les atteindre, au moins le temps d'une nuit.

Et durant cette nuit, Tobirama la traita comme si elle était sa promise et non une flamme destinée à s'éteindre. Il la berça dans ses bras jusqu'à ce qu'elle cède et s'endorme, apaisa ses sanglots terrifiés après un violent cauchemar, essuya ses larmes et l'embrassa encore et encore, son corps puissant baigné par les glorieuses couleurs de l'aube. Il avait l'air transi et désespéré, mais tellement, tellement heureux. Un jour, elle l'espérait, il ressentirait cela aussi pour la civile Nara qui deviendrait sa destinée. Hitomi n'avait pas réussi à aller chercher les deux déserteurs qui allaient un jour tuer Hokage le Second et sa fiancée, mais elle l'avait averti. Il les éviterait, les prendrait au sérieux – et avec un peu de chance, ils survivraient tous les deux.

Elle ne pouvait que prier pour que ce vœu devienne réalité.