Les traits d'encre sur le visage de Jiraiya se déployèrent, caressant ses pommettes et la ligne de ses yeux à sa mâchoire, de chaque côté du visage. Ses Portes flamboyèrent contre les méridiens d'Hitomi. Cela faisait presque mal – si elle n'avait pas rigoureusement suivi l'entraînement d'Ensui quand elle n'était qu'une enfant, elle se tordrait de douleur sur le sol. Elle repoussa la sensation, se plaça entre Jiraiya et Chikushôdô puis se mit en garde, sans cesser de sourire. Si elle tombait, ce serait en ayant affronté un ennemi terrible la tête haute.
— Il a disparu ! avertit Gamaken.
Hitomi fronça les sourcils et commença aussitôt à se référer à ses méridiens plutôt qu'à ses yeux. Cependant, Jiraiya ne possédait pas des sens aussi aiguisés que les siens : il suspendit son invocation le temps de s'entourer, ainsi que Gamaken, d'une barrière ninjutsu qui l'avertirait au moindre contact. Hitomi croisa brièvement son regard et le salua d'un signe de tête, comme un dernier honneur, avant de se ruer en direction de la masse de chakra qu'elle percevait devant elle.
Bien conscient de son désavantage, Chikushôdô changea d'approche et invoqua le Chien des Enfers, un cerbère colossal, qui fonça en direction de Jiraiya. Hitomi l'intercepta et le força à battre en retraite d'un coup de sabre en direction de son formidable poitrail, les sourcils froncés de concentration. Si c'était comme la légende, elle devrait trancher toutes les têtes d'un seul coup et brûler les moignons, sans doute avec un sceau explosif… Elle perdit sans doute trop de temps à se perdre dans ses préparatifs, car la bête ouvrit la gueule et cracha une immense boule de feu directement sous elle.
Le sol explosa dans un craquement de fin du monde, entraînant Jiraiya, Gamaken, le chien et Hitomi dans sa chute. Elle jura, jaugea la distance sous elle et se téléporta directement à la hauteur du sol d'un Shunshin, évitant ainsi la dépense d'énergie qu'elle aurait subie en concentrant son chakra dans ses jambes pour amortir sa chute. Elle commençait à sentir une colère brûlante monter dans son esprit, le Murmure s'agitant plus que jamais au fond de son âme, et lutta pour ne pas céder. Elle ne pouvait se permettre le moindre emportement face à un adversaire pareil.
Elle faillit cependant céder et exploser en jurons furieux quand elle vit apparaître une grue aux plumes grises et au bec couleur d'or à gauche du Chien des Enfers, et un énorme taureau aux cornes noires à sa droite. Le seul point commun entre toutes ces invocations étaient ces barres de chakras qui servaient de piercing à Chikushôdô, parcourues du chakra de Nagato. Chaque animal en avait au moins une plantée quelque part dans le corps. Hitomi déduisit qu'il s'agissait sans doute de cadavres d'invocations vaincues dans le passé, tous comme les Six Voies de Pain étaient des adversaires – et alliés, dans le cas de Yahiko – abattues de la main de Nagato. Elle ne savait si elle trouvait ce processus plus ou moins répugnant que celui de Sasori, le marionnettiste qui avait changé ses ennemis vaincus en pantins pour sa collection.
Avec un cri farouche, le Chien des Enfers s'élança en direction d'Hitomi, si rapide qu'elle eut tout juste le temps de faire appel à la Main Étrangleuse de l'Ombre, lui donnant la forme d'une lance qui lui transperça les deux pattes avant et les cloua au sol. Elle se téléporta hors de chemin du taureau, dont l'élan était si puissant qu'il s'enfonça dans le mur du souterrain et continua de courir, puis para l'assaut de la grue en invoquant juste à temps un Bouclier Aqueux sous lequel elle se replia. Elle n'avait pas l'habitude d'affronter tant d'ennemis en même temps, mais elle décida de passer à l'initiative.
— Plus que quelques instants, Hitomi-chan ! lui promit Jiraiya.
Elle ne prit même pas la peine de répondre, le Murmure s'éveillant à nouveau comme le baiser d'un amant dans ses méridiens, qui apparurent sous sa peau de cette nuance de bleu pur, rieuse et chatoyante, qui n'appartenait qu'au chakra. Elle frappa du pied au sol, infusant d'énergie les petits trous dans les semelles de ses chaussures, et un sceau de contact se dessina tout autour d'elle. L'encre se déploya en un instant, jusqu'à ce qu'elle active la chaîne extérieure qui venait d'apparaître, générant des torrents de flammes devant elle qui s'abattirent sur les trois invocations.
Le Chien des Enfers, toujours cloué au sol par ses ombres, prit feu immédiatement, mais l'oiseau se contenta de prendre son envol, tournant autour d'Hitomi comme s'il n'attendait que le moment de plonger dans sa direction. Le taureau revenait, en pleine charge à nouveau. Elle roula sur le côté juste à temps pour que son corps massif la frôle, le mouvement interrompant le flux de chakra et donc sa technique. Les flammes s'éteignirent, dévoilant un Chien des Enfers gravement brûlé. Elle voyait les dégâts qu'elle avait infligé à tout l'avant de son corps massif, dont les poils n'étaient plus qu'un souvenir et une odeur écœurante dans l'air. Elle se serait sentie mal s'il n'avait pas été là pour la tuer et mort probablement depuis des années.
— Hey, gamin, pourquoi tu nous invoques quand c'est la pagaille ? Pas étonnant que Bunta-kun soit toujours furieux contre toi !
La voix semblait appartenir à une grand-mère… Une grand-mère sous la forme d'un crapaud miniature, au corps saturé de chakra naturel, qui venait d'apparaître sur l'épaule gauche de Jiraiya. Son éternel compagnon, un mâle, s'était matérialisé au même moment sur la droite. Hitomi les écouta distraitement se disputer tandis que le Sannin revenait dans sa direction, trop occupée à empêcher le Chien des Enfers et la grue de la tuer pour vraiment prêter attention à ce qu'ils disaient.
— Bon, tu disais qu'on aurait un adversaire avec des Rinnegan, hum ? Il est où le bonhomme ? Tu ne vas pas me dire que c'est cette gamine, quand même ! Les Rinnegan sont violets, pas rouges, et il n'y a pas qu'un seul cercle concentrique dans la pupille comme pour elle, et…
— Je m'appelle Hitomi Yûhi, interrompit fermement la kunoichi. Votre adversaire est là-bas, caché sous une technique d'invisibilité. Il a laissé son caméléon l'avaler, c'est l'animal qui a cette capacité plutôt que lui, je pense.
— Ah, oui, je m'en souviens de cette saleté. Ce n'est pas la première fois qu'un signataire du Contrat des Crapauds le rencontre… Mais il n'était pas censé être mort ?
Hitomi haussa les épaules en guise de réponse. Elle n'avait aucune légitimité à posséder le savoir qui expliquerait la réapparition d'un adversaire abattu depuis des lustres ; quand Jiraiya atteindrait ses propres conclusions, elle aurait sans doute une justification pour les siennes.
— Je peux sentir son chakra, mais ça ne fera pas de miracle. La barrière de détection de Jiraiya-sama ne donne rien, hélas…
— Bah, je vais te la débusquer, moi, ta sale bestiole ! s'exclama la mamie crapaud.
— Mais au fait, Jiraiya-kun, demanda le grand-père, comment ça se fait que tu doives affronter un type pareil ? Tu n'étais pas devenu un maître-espion pour Tsunade-chan ?
Tandis qu'Hitomi repoussait la grue au plumage gris d'un revers de son sabre, l'Ermite expliqua que Nagato était l'un de ses anciens disciples, s'attirant aussitôt des exclamations horrifiées de la part des deux crapauds. Une très ancienne prophétie, qui datait de l'enfance de Jiraiya, assurait que l'un de ses disciples sauverait un jour le monde shinobi. Longtemps, Jiraiya avait cru – espéré – qu'il s'agirait de Nagato, puis de Minato. Désormais, il devenait douloureusement clair que Naruto portait ce fardeau sur ses épaules. Il en était capable. Elle le savait.
— Il s'est engagé sur une très mauvaise voie. Je vous ai parlé de l'Akatsuki, pas vrai ? C'est lui qui la dirige. Si je veux que mon petit Naruto soit en sécurité, je dois me débarrasser de Nagato et de toute son organisation, peu importe mes anciens liens avec lui.
— Bien, répondit la femelle ermite d'une voix ferme, puisque tu es décidé, Jiraiya-kun, on s'active !
Elle ouvrit la bouche et une langue interminable, couverte de pustules, jaillit de sa bouche à toute vitesse. Hitomi frissonna, incapable de dissocier cette image du souvenir d'Orochimaru, et cette seconde d'inattention faillit lui coûter la vie. Elle se jeta au sol, roula sur le dos et leva son sabre au-dessus de sa tête, fermant les yeux quand un jet de sang tiède lui frappa le visage. Le formidable taureau s'immobilisa, empalé sur sa lame, et s'effondra sur elle de tout son poids.
Quand elle s'extirpa de l'impossible masse de fourrure et de chair, les deux crapauds venaient d'en finir avec le caméléon et rétractaient leurs langues à l'intérieur de leurs bouches, l'air sombrement satisfait. Elle s'essuya le visage, fusilla du regard l'oiseau qui tournait toujours au-dessus de sa tête, hors d'atteinte, et retourna en direction de Jiraiya, légèrement sonnée. Il eut l'air inquiet pour elle pendant une seconde, mais ses invocations ne lui laissèrent pas le temps d'exprimer sa sollicitude à voix haute :
— Voilà donc les fameux Rinnegan, grinça grand-père crapaud. Je les trouve franchement glauques, moi.
Devant eux se dressait à nouveau Chikushôdô, l'air toujours aussi inexpressif. Hitomi avait envie de lui arracher le visage à mains nues. Pourtant, elle savait qu'il ne s'agissait pas du véritable ennemi. Il joignit les mains, son chakra bondissant dans l'air.
— Ninpô : Invocation !
Cela la surprenait qu'il fasse appel à une incantation orale, mais elle ne prit pas le temps de relever, pas alors qu'elle reconnaissait les deux Voies qu'il avait invoquées cette fois : Ningendô, Voie de l'Humain, avec ses longs cheveux flamboyants comme une cascade dans son dos, et Gakidô, la Voie de la Famine. De terribles adversaires.
— Tu te mets à invoquer des êtres humains, maintenant ? tança Jiraiya. Tu n'apportes que la destruction et le chaos… C'est mon devoir en tant que sensei de mettre fin à tes méfaits.
— Trois ? intervint grand-père crapaud. Comment est-ce qu'ils peuvent être trois à posséder des Rinnegan ?
— Il s'agit peut-être d'une technique spéciale, lança Hitomi en pesant soigneusement ses mots. Il va falloir analyser la manière dont ils interagissent pour déterminer quel avantage ils en tirent.
— Hitomi-chan, finis-en avec cet oiseau de malheur, laisse-moi dégager le terrain dans la cour des grands !
— Oui, Jiraiya-sama !
Elle concentra du chakra dans son ombre et l'étira autant que possible avant de la détacher du sol en pics meurtriers qui se lancèrent à la poursuite de l'oiseau. Elle avait une portée limitée, mais elle avait énormément appris en observant Gaara et son sable. Elle se concentra pleinement sur l'oiseau : Jiraiya la protégerait, elle le savait. Un élan après l'autre, elle força l'immense grue à se rapprocher du sol, jusqu'à ce qu'elle soit assez proche pour un Shunshin, et se téléporta sur son dos. Là, elle lui planta son sabre dans la nuque, puis se téléporta à nouveau au sol à quelques mètres de l'endroit où il s'effondra. Deux secondes plus tard, il disparut, comme les autres. Elle secoua la tête, comme pour s'éclaircir les idées, puis regarda où en était Jiraiya. Elle gardait le Dieu de la Foudre comme un as dans sa manche, mais elle aurait peut-être besoin de l'utiliser plus tôt que prévu…
Elle sourit, satisfaite, en voyant l'Ermite atteindre Ningendô d'un coup de pied en plein dans les yeux. D'une secousse de chakra, elle ouvrit le sceau qui stockait son surplus d'énergie en sécurité depuis des mois et laissa cette force nouvelle emplir ses méridiens. Elle en avait de quoi se battre des heures à son meilleur niveau, mais encore une fois, est-ce que ça suffirait ? Elle n'en était pas sûre, pas face au Rinnegan.
— Bon retour, Hitomi-chan. Il est temps d'en finir avec ces deux-là. Laisse-moi faire.
Elle acquiesça et observa de très près tandis que Jiraiya crachait une formidable quantité d'huile en direction des deux pantins de Nagato, aussitôt suivi par ses crapauds qui y mirent le feu. Elle observait toujours et sentit le moment où Gakidô absorba la technique, juste avant qu'elle ne les frappe, lui et Chikushôdô.
— Il s'est passé un truc pas net, nota Jiraiya. Hitomi-chan ?
— Il a absorbé le chakra de vos techniques conjointes. Je pense que l'attaquer directement serait un gaspillage de chakra… Laissez-moi me charger de lui, d'accord ? J'ai quelques as dans ma manche qui pourraient me permettre de l'abattre sans le toucher.
Avant qu'elle puisse répondre, Ningendô se relevait, les yeux toujours fermés et sans doute blessés au-delà de tout espoir de guérison. L'homme se jeta sur Hitomi. Malgré tout ce qu'elle faisait pour essayer de le frapper, il parait encore et encore, guidé par le champ de vision qu'il partageait avec les autres Voies. Elle pesta entre ses dents serrées et bondit en arrière. Elle ne devait absolument pas laisser Ningendô la toucher directement : le moindre contact et il détacherait son âme de son corps, la tuant sur le coup.
— Jiraiya-sama, je crois qu'ils partagent leurs champs de vision ! s'exclama-t-elle dès qu'elle eut le plus bref répit. L'homme aux cheveux courts ne m'a pas quittée du regard, et l'invocateur vous regarde vous quand vous attaquez celui aux cheveux courts alors qu'il vous tourne le dos !
Une exclamation furieuse lui répondit – de la part de Ningendô. Était-ce Nagato qui, par sa bouche, exprimait la frustration de voir son atout dévoilé ? Elle effectua un Shunshin juste à temps pour se trouver hors de portée de sa main tendue, mais il roula sous la volée d'aiguilles qu'elle jetait dans sa direction. Si seulement elle avait pu faire appel à ses chats ninjas… Mais non, elle avait besoin qu'ils restent dans le monde spirituel.
— Hitomi-chan, repli ! s'exclama Jiraiya à sa droite.
Elle savait quoi faire dans cette situation : d'un élan de chakra dans son pied, elle forma tous ses sceaux de contact les plus destructeurs et les fit exploser tous en même temps avant de se téléporter en direction de Jiraiya, qui l'attrapa par le bras et l'entraîna dans son propre Shunshin. Ils se retrouvèrent dans une espèce de canalisation colossale, assez large pour que dix hommes la traversent de front. Elle était essoufflée malgré tous ses efforts pour garder le rythme.
— Pourquoi tu t'enfuis ? pesta la grand-mère crapaud toujours perchée sur son épaule.
— Ils vont nous poursuivre, ils veulent à tout prix nous éliminer… Mais fuir nous donnera le temps pour essayer de trouver une nouvelle stratégie.
— Il y a quelques choses de bizarre à propos de ces pupilles, musa Hitomi. Les Rinnegan sont censés être infiniment rares, virtuellement éteints, alors quelles sont les chances que trois personnes en possédant une paire vivent en même temps ?
— Aucune, tu as raison, c'est étrange. Moi, ce que j'aimerais savoir, c'est lequel est Pain…
— Ce n'est pas le moment pour ce genre de question, Jiraiya-sama. Concentrons-nous sur l'ennemi en face de nous avant de nous occuper de celui dont la rumeur nous agite.
L'homme émit un grognement approbateur, une claire réticence sur les traits. Il ne pouvait nier la justesse du raisonnement d'Hitomi.
— Je pense que notre priorité est celui aux cheveux courts, puisqu'il absorbe nos techniques. Je peux l'emprisonner dans un sceau et m'en débarrasser comme je l'ai fait avec Hidan, mais il faudrait les placer tous sous un sort de genjutsu pour qu'ils ne le voient pas venir…
— Hitomi-chan, tu n'as aucune capacité en genjutsu, et moi non plus.
— Mais pas nous ! intervint grand-père crapaud. Chérie, on leur fera notre grand spectacle !
La femelle crapaud ouvrit la bouche pour protester mais rencontra le regard courroucé d'Hitomi et la referma sans dire un mot. Les deux crapauds commencèrent à expliquer leur technique : il faudrait un moment pour qu'elle entre en action, comme toujours avec les genjutsu auditifs, mais une fois que ce serait le cas, leurs adversaires seraient pris au piège. Le problème, bien entendu, était aussi la clé d'une technique pareille : dès que les incarnations de Pain les entendraient, ils sauraient où ils se trouvaient et accourreraient.
— Si vous vous trouvez en danger de mort, retournez dans le monde spirituel, demanda Jiraiya aux crapauds, et emmenez Hitomi-chan avec vous. Mieux vaut que je sois le seul…
— Hors de question ! s'exclamèrent les deux crapauds et la kunoichi de concert.
— Jiraiya-sama, on se sortira de cette situation ensemble. Je ne regarderai pas Naruto en face après vous avoir abandonné à votre sort. C'est hors de question. Je suis prête depuis des années à donner ma vie pour le village s'il le faut, et je me trouve déjà chanceuse d'avoir survécu jusqu'ici, de toute façon.
Mais elle ne voulait pas mourir. Comme lorsqu'elle avait affronté Hidan et Kakuzu, une part de son esprit se révoltait contre la manière dont elle acceptait l'idée de sa mort prochaine. L'Ermite sembla voir quelque chose sur son visage qui le dissuada d'insister, à son plus grand soulagement.
— Bon, puisque c'est comme ça, j'ai un plan…
Quelques minutes plus tard, tandis que les crapauds se mettaient à chanter, Hitomi se dissimula derrière un relief du croisement de canalisations dans lequel ils avaient choisi de tendre leur piège. Cette partie de l'égout, avec son plafond plus haut, amplifierait le sort de genjutsu avec tout son écho. Elle étouffa son chakra au fond d'elle et utilisa toutes les techniques de son arsenal qui servaient à se soustraire aux sens d'un ennemi, priant pour que cela suffise. Elle distinguait le chakra de Jiraiya ; l'homme attendait debout dans l'un des quatre tuyaux, fièrement campé sur ses pieds.
Il attendit que les trois formes de Pain entrent dans le tuyau puis se détacha de la paroi dans laquelle il s'était fondu, leur barrant le passage avec un clone d'un côté et l'original de l'autre. Il avait très fermement refusé qu'Hitomi l'aide à refermer ce piège ou serve d'appât : il voulait qu'elle reste en retrait aussi longtemps que possible. Elle comprenait pourquoi. Un Maître des Sceaux qui utilisait son fûinjutsu au combat le faisait de manière calculée, prudente… Dévastatrice.
Gakidô se rua au contact de la boule de feu générée par Jiraiya mais, avant qu'elle disparaisse, l'Ermite avait poussé son clone à créer une seconde technique, Doton cette fois, profitant du fait que Chikushôdô, seul à posséder encore des yeux en bon état, les garde rivés sur l'original. Les trois Voies s'immobilisèrent, piégées jusqu'aux genoux dans un marécage qui travaillait dur à les aspirer plus profondément encore. Ils se tendirent à l'unisson quand le sort genjutsu commença à faire effet.
— Jiraiya-sensei, fit Chikushôdô, je ne vous pensais pas capable de genjutsu…
— Je t'ai appris à ne jamais baisser ta garde, quel que soit l'adversaire, Nagato. Tu as choisi la mauvaise voie… Plutôt que de guider le monde par la douleur, j'aurais préféré qu'une fois tes propres souffrances surmontées, tu aides à créer un monde meilleur grâce à ton talent… J'ai cru en toi… Mais c'est terminé maintenant. Adieu, mon garçon.
Hitomi se trouvait hors de l'illusion et ne partageait donc pas la vision des crapauds, de Jiraiya et des Voies, mais elle vit parfaitement une plaie béante s'ouvrir dans le torse de Chikushôdô, comme si la claymore de Naruto l'avait transpercé, et le sang qui coula aussitôt en flaque sous lui, autour de lui. Elle vit une larme unique rouler sur la joue de Jiraiya, se perdre dans son bouc. Malgré sa façade impassible, le Sannin souffrait, plus qu'elle n'aurait su le dire. Ce fut ensuite le tour de Ningendô, puis de Gakidô. Pour ce dernier, Jiraiya espérait qu'une telle estocade suffise, mais Hitomi se tenait prête, les muscles noués par l'anticipation.
— Vous allez pouvoir vous reposer tous les deux, dit Jiraiya dès que les deux crapauds cessèrent de chanter, la voix rauque d'épuisement. Ma tâche est accomplie…
Hitomi ouvrit la bouche pour l'avertir mais n'eut pas le temps de prononcer un mot avant qu'un autre pantin, Shuradô de la Voie de la Convoitise, n'apparaisse dans son dos. Le pantin frappa l'Ermite de plein fouet, lui trancha net le bras gauche puis l'envoya voler dans le bassin qui marquait l'intersection entre les canalisations, juste à côté d'Hitomi. En se redressant, Jiraiya croisa le regard de la kunoichi et battit une fois des paupières. Elle comprit qu'il ne voulait pas qu'elle intervienne avant qu'il ait pu jauger l'adversaire, mais cela la déchirait de l'intérieur. Sans son bras… Elle sentait déjà le membre tranché disparaître dans l'eau, tandis qu'il se maintenait à la surface à l'aide de son chakra.
— Il n'a pas le même visage que…
Le grand-père crapaud n'eut même pas le temps de finir sa phrase que les Six Voies de Pain apparaissaient devant eux dans toute leur gloire, les membres tombés au combat à nouveau en pleine santé. Seuls restaient les yeux tuméfiés de Ningendô ; les méridiens dans cette zone de son corps avaient été totalement détruits, si bien que la technique qui avait ranimé les trois pantins battus n'avait sans doute pas pu les soigner.
— Six, souffla grand-mère crapaud.
— Pain, salua Jiraiya. Qui es-tu exactement pour te montrer capable de telles prouesses ?
— Pain est le nom qui nous désigne tous les six, répondit Tendô, celui qui ressemblait tant à Yahiko que même Hitomi le remarquait.
— Et d'où te viennent tous ces Rinnegan, Yahiko ? demanda l'Ermite d'une voix chargée de mélancolie.
Hitomi n'osait imaginer la torture psychologique que le Sannin traversait. Elle n'avait jamais rien vécu de semblable, elle qui avait offert toute sa confiance à son propre maître et tout son amour et son savoir à ses élèves.
— Yahiko est mort, répondit Tendô. C'est à Pain que vous avez affaire, sensei.
— Qui es-tu ? pressa encore Jiraiya. Yahiko ou Nagato ?
— Nous sommes un dieu, entonna Pain par la voix des six pantins.
D'un même mouvement, ils se jetèrent en direction de Jiraiya. Les dents serrées, des larmes d'angoisse et de détresse pure roulant sur ses joues, Hitomi observa. Elle les observa se battre à un contre six – les crapauds n'étaient pas d'une grande aide – Jiraiya essayant désespérément de parer toutes ses attaques… Et puis échouer. Un cri farouche échappa à la jeune femme quand elle vit l'Ermite poignardé par une lame noire, saturée de chakra. L'acier traversait son bras droit de part en part – le gauche n'était plus qu'un moignon sanglant – puis son pectoral avant de ressortir dans son dos.
L'esprit envahi par la rage, elle quitta sa cachette et se jeta sur le dos de Chikushôdô, le poignardant encore et encore avec un kunai qu'elle ne se souvenait pas avoir dégainé. Elle plongea les doigts dans l'une des blessures et aspira son chakra d'une torsion brutale. Le Murmure hurlait en elle sans discontinuer. Elle repoussa le cadavre d'une bourrade et fit volte-face juste à temps pour parer la lame qui s'abattait sur elle. Shuradô, Voie de la Convoitise. Le moins dangereux de tous et pourtant un ennemi formidable.
— Jiraiya-sama, débarrassez-vous de la lame, elle perturbe le flux de votre chakra ! s'exclama-t-elle tout en conjurant un Bouclier Aqueux contre lequel s'écrasèrent des éclats de métal noir.
— Hitomi, articula Jiraiya d'une voix rauque, laisse-moi…
— On en a déjà parlé, Jiraiya-sama. Si vous mourez, je meurs. Je ne vous abandonnerai pas.
Elle entendait le sang gargouiller dans le poumon déchiré de l'Ermite mais refusa de s'attarder sur toute l'horreur qu'elle ressentait. Elle se concentra sur Shuradô, que les autres Voies semblaient accepter de laisser combattre seul. Elle mobilisa son chakra avec tant de brutalité que ses méridiens brûlèrent et enchaîna les mudra :
— Suiton : La Gr…
Elle n'eut pas le temps de finir son incantation : Shuradô passa sous sa garde et l'envoya voler contre un mur à sa droite avec tant de force que ses côtes craquèrent. Des points sombres dansèrent dans son champ de vision tandis qu'elle s'affaissait contre le mur, un liquide tiède et poisseux roulant sur sa nuque. Elle s'évanouit sans doute quelques minutes parce que quand elle rouvrit les yeux, Jiraiya était allongé à plat ventre sur l'eau et les cinq incarnations restantes prenaient leur élan pour fondre sur lui, leurs lames au clair.
L'instinct.
L'instinct lui fit lever la main, jeter une de ses lames-balises qui se planta dans le bras de l'Ermite puis attirer l'étincelle de chakra à elle, jusqu'à ce qu'elle ne se trouve plus adossée contre le mur mais prostrée au-dessus de Jiraiya. La lame qui aurait dû percer le cœur du vieil homme se ficha dans son épaule, celle destiné à l'un de ses reins dans son ventre. Les autres trouvèrent leur cible. Dans un élan désespéré, elle chercha une autre balise, celle qu'elle avait dessiné avec amour et tendresse sur l'épaule de son familier.
Ils disparurent, ne laissant derrière eux que deux larges flaques de sang.
