La dernière fois qu'Hitomi avait été convoquée dans le bureau de Tsunade, la mission qu'elle devait remplir l'envoyait vers une mort certaine… Et le cycle se répétait. Tant de gens allaient périr durant l'assaut de Konoha par Nagato, elle savait qu'elle n'en réchapperait probablement pas. Au moins, cette fois, ils ne seraient pas deux contre six… Mais les membres du groupe de nukenin Crépuscule se joindraient à l'assaut, tous comme certains membres de l'Akatsuki qu'elle n'avait pas réussi à abattre. Parviendrait-elle à se tenir bien droit devant Kakuzu si elle venait à l'affronter ? Elle en doutait.

— L'heure est grave, la salua la cheffe de guerre.

Shikaku se tenait à ses côtés, ombre sérieuse et concentrée. Ils avaient déroulé un plan du village sur le bureau, débarrassé pour une fois de tous les petits bibelots qui lui donnaient un peu de vie, de personnalité. L'estomac d'Hitomi se serra. Elle n'avait jamais connu la guerre, la vraie. Cette attaque serait une bonne préparation pour ce qui risquait de venir ensuite – elle ne savait comment arrêter la Grande Guerre Shinobi, alors que Kabuto, Madara et Obito échappaient perpétuellement aux efforts des Villages Cachés pour leur mettre la main dessus.

— Je sais, Renard m'a résumé la situation. Où est-ce que vous voulez nous déployer ?

Le regard couleur de miel de Tsunade se posa devant chacun des six soldats devant elle. Trois d'entre eux faisaient partie de l'ANBU. Un autre avait également été brièvement engagé dans les services secrets. Un jinchûriki et un vétéran à la renommée internationale pour compléter le tableau… Elle ne pouvait pas tous les envoyer au même endroit, mais elle pouvait essayer de les garder avec des gens qu'ils aimaient autant que possible.

— Naruto, Yamato et toi êtes assignés à la protection du point de rassemblement où les médics accueilleront les blessés. Vous escorterez mes apprenties si elles doivent se déplacer pour aller chercher des blessés hors de cette zone.

Le jinchûriki hocha la tête, bien décidé à tout faire pour protéger Sakura, Karin et Shizune. Il les adorait toutes les trois, mais il était aussi bien assez adulte pour avoir conscience de leur rôle essentiel durant une bataille de cette envergure. La vie de dizaine de shinobi dépendrait de leur efficacité.

— Hitomi, Renard et Kakashi, vous revêtirez vos uniformes de l'ANBU, sans le masque. Le temps n'est plus au secret. Vous serez accompagnés d'Ensui et Itachi, et vous formerez tous les cinq une unité chargée d'attaques éclair contre nos assaillants.

Itachi et Ensui s'entreregardèrent puis hochèrent la tête à l'unisson. Ils ne faisaient plus partie des forces actives mais avaient tous les deux annoncé à Tsunade leur intention de participer à la défense du village quand elle était venue leur proposer de rejoindre la caravane menée par Jiraiya jusqu'aux terres protégées des clans. Une barrière de protection entourait également Konoha… mais elle avait déjà failli par le passé. Personne dans cette pièce ne doutait qu'elle tomberait à nouveau.

— Votre but sera de tuer autant de nos attaquants que vous le pouvez, en vous reposant un maximum sur le Shunshin et le Dieu de la Foudre pour agir directement là où on a besoin de vous. Hitomi-chan, donne-leur une partie de tes lames-balises.

La jeune femme s'exécuta en silence. Son cœur battait à tout rompre, si fort que Kakashi au moins l'entendait sans doute. Il avait une ouïe hors-norme, après tout. Elle savait… Elle savait que ces efforts seraient sans doute vains. Rien ne pouvait empêcher Tendô d'utiliser le Shinra Tensei pour raser son village bien-aimé. Elle pinça les lèvres, lutta pour conserver une expression neutre. Si elle avait accepté ses cauchemars prophétiques, elle en saurait peut-être assez pour l'en empêcher… Mais il était trop tard.

— D'après nos estimations, ils frapperont en fin d'après-midi, sauf s'ils décident de nous observer. Il ne sert à rien d'aller essayer de les intercepter hors du village… Nous sommes plus forts ici, avec toutes nos infrastructures et le fûinjutsu qui nous protège.

— Les civils, Tsunade-sama ? demanda Kakashi d'un ton préoccupé. Est-ce que l'évacuation sera terminée à temps ?

— L'Académie et l'hôpital ont déjà été évacués. Nous avons aussi déplacé les prisonniers hors du village. Tout le reste est encore en cours, mais nous ferons de notre mieux pour avoir fini à temps. Le département de Mori no Akina a été assigné à la protection des retardataires. Les Forces Générales sont déjà parties.

Les Genin qui composaient les Forces Générales n'auraient aucune chance contre les nukenin qui se préparaient à attaquer Konoha… Mais les civils étaient habitués à les voir dans le village, puisqu'ils occupaient entre autres une fonction de policiers. Leur présence les rassurerait.

— Je vois, murmura le Jônin. Bon, dans ce cas, on pourra se battre avec ça en moins sur la conscience. Il va falloir s'attendre à de très lourds dégâts matériels, y compris sur les terres des clans…

— Oui, hélas, répondit la cheffe de guerre. Malheureusement, c'est le prix à payer pour disposer des meilleures défenses possibles. D'ailleurs, vous risquez de devoir changer d'assignation au cours de la bataille, mais je trouverai un moyen de vous prévenir. Katsuyu, ma familière, me servira sans doute de messagère.

— Tsunade-sama ? demanda Hitomi. Est-ce que je pourrais faire appel à mes familiers ? Je ne peux pas les prendre avec moi dans le Dieu de la Foudre, mais ils pourraient faire partie de nos renforts.

— Je peux faire la même chose avec Gama Bunta et certains crapauds qui me suivront maintenant que Jiraiya-shishou…

Tsunade ne laissa pas le temps à Naruto de terminer sa phrase.

— Appelez-les. Appelez toutes les invocations qui pourraient nous être utiles en combat. Kakashi, tes chiens, Itachi, tes corbeaux… Même les cerfs de Shikaku se joindront à la bataille.

Le Jônin en Chef hocha la tête en signe de confirmation. Il ne serait pas le seul. Les Papillons et les Sangliers étaient prêts à intervenir eux aussi, même si le contrat des Akimichi avec les délicats insectes n'impliquait aucune invocation capable de force brute. Ils soigneraient les blessés, déploieraient des illusions…

— Est-ce que ma mère et Asuma-san ont déjà été déployés ? fit Hitomi en se redressant légèrement.

— Ils feront tous les deux partie du gros de nos forces, avec les départements composés de combattants.

— Torture et Interrogatoire, devina la jeune femme immédiatement.

— Oui. Certains n'ont plus foulé un champ de bataille depuis longtemps, mais ils n'ont pas oublié. Ce n'est pas le genre de choses qu'on oublie.

Après cela, il ne resta que peu de détails à régler. Le soleil venait d'atteindre l'apogée de sa courbe dans le ciel : il commencerait lentement à décliner et, bientôt, l'Akatsuki et Crépuscule fondraient sur eux. Hitomi aurait sans doute dû s'inquiéter du fait que Naruto, dans cet univers, n'avait pas eu le temps d'apprendre le senjutsu, mais il avait d'autres compétences. Il était capable d'appeler Kyûbi et de le contrôler à condition que lui-même ne ressente pas de colère trop forte. Cette compétence, qu'il avait acquise bien plus tard dans le canon, lui offrirait une force inimaginable. Il survivrait à l'assaut de Pain, et ensuite Jiraiya aurait tout le temps de lui apprendre à maîtriser le chakra naturel. Si Hitomi en réchappait, elle pourrait peut-être même apprendre à ses côtés, si ses invocations l'y autorisaient.

— Bonjour, Hoshihi, murmura-t-elle d'une voix douce en étreignant l'immense chat roux.

Elle l'avait appelé en premier, parce qu'elle voulait un peu de temps avec lui avant d'invoquer les autres, et se sentit mieux dès l'instant où elle baigna dans son chakra tiède, puissant, si réconfortant. Il se mit à ronronner et posa sa lourde tête au-dessus de la sienne.

— C'est la bataille dont tu me parles depuis des jours, pas vrai ? Elle commence bientôt ?

La jeune femme répondit par l'affirmative puis resta un long moment blottie contre son familier. Si elle mourait ce jour-là, il souffrirait, lui qui avait échappé à la douleur inimaginable de son trépas si peu de temps auparavant. Elle n'avait aucun moyen de le protéger, sinon en l'impliquant dans la bataille. Plus nombreux ils seraient et moins elle risquait de mourir.

— Essayez d'en tuer le plus possible, demanda-t-elle à ses six chats quand ils furent tous rassemblés en cercle autour d'elle. N'essayez pas de les raisonner, ne vous laissez pas aller à la moindre pitié, parce qu'ils ne vous en montreront aucune. Je crois en vous tous. Je suis tellement fière de combattre à vos côtés… C'est un honneur.

— Ne parle pas comme si tu allais mourir, Invocatrice, taquina Haîro en agitant la queue avec amusement. Avec nous à tes côtés, tu es invincible !

Personne ne commenta. Haîro était l'élément le plus joueur du groupe, et ils avaient besoin de cette énergie dans un moment pareil, mais seule une cruelle illusion leur aurait permis de croire leur invocatrice invincible. Ils avaient déjà senti l'effet de sa mort une fois – et seulement entendu parler de la seconde, puisqu'ils ne s'étaient pas trouvés dans le monde physique aux côtés d'Hoshihi quand elle était revenue de cette étrange dimension parallèle et avait perdu la vie.

Le temps passa en un éclair après cela, tant Hitomi s'immergeait dans ses préparatifs. Elle revêtit son armure de l'ANBU plutôt que son kimono de combat, comme Tsunade l'avait souhaité. La jeune femme comprenait la manœuvre derrière un ordre pareil : pour les Chûnin et Jônin restés défendre le village, la présence de l'ANBU à visage découvert serait à la fois un témoignage de la gravité de la situation et un encouragement.

Une explosion secoua soudain le sol sous les pieds d'Hitomi. Avec un juron, elle s'élança en direction de la source de chakra qu'elle venait de repérer, titanesque et terrifiante, son unité sur les talons. Une partie du mur s'était effondré, écrasé par un gigantesque taureau. Il ressemblait à celui qu'elle avait tué aux côtés de Jiraiya, sans doute un autre membre de ce contrat… Et la nouvelle forme de Chikushôdô, une jeune femme aux cheveux roux coupés au menton, se tenait sur ses larges épaules.

— C'est une spécialiste des invocations, avertit Hitomi d'une voix forte. J'ai vu ce Pain utiliser des taureaux, caméléons, cerbères et grues. Elle en a sans doute d'autres dans sa manche !

Elle n'eut pas le temps d'apporter plus de précisions qu'une seconde explosion retentit à l'autre bout du village. Heureusement, même si Hitomi savait que Tendô frapperait par là, il se trouvait bien loin de Naruto : le camp des médics avait été établi sur une place marchande au centre du village. Pour l'instant, son frère était en sécurité. Elle dégaina son sabre en voyant des dizaines et dizaines de nukenin s'infiltrer par la brèche dans la muraille. Les protections fûinjutsu avaient cédé à l'instant de l'impact. Était-ce Gakidô qui les avait aspirées et réduites à néant ? Elle n'avait pas le temps de s'interroger.

Six secondes passèrent, et en six secondes six nukenin s'effondrèrent, la gorge ouverte par un kunai. Hitomi ne se chargea pas de chacun d'eux elle-même, se contentant d'attraper ses coéquipiers par le bras pour les déposer devant une cible. Elle ne se servait encore que du Shunshin, mais elle avait passé deux heures à sillonner le village en déposant des balises sur toutes les surfaces où elle pouvait poser la main. Elle se déplacerait à l'envi.

Le regard froid et détaché de Chikushôdô se posa sur elle tandis qu'elle éveillait le Murmure, juste à temps pour aspirer le chakra du ninja qu'elle venait d'exécuter. Autour d'eux, le combat battait déjà son plein et le sang coulait à flots – allié comme ennemi. Pour l'instant, Konoha tenait bon, mais pour combien de temps ? Les lèvres tordues dans un rictus déterminé, la jeune femme s'élança vers le taureau titanesque, qui venait de briser la nuque d'un Chûnin trop lent pour esquiver sa charge.

— Kakashi-sensei ! appela-t-elle d'une voix pressante.

De l'autre côté de la bête, le professeur l'entendit : il se téléporta d'un Shunshin à ses côtés, le bras déjà enveloppé de foudre, et frappa l'animal au poitrail au moment où elle abattait sur lui sa lame nimbée d'une gaine de chakra aqueux. Hélas, ce taureau avait le cuir bien plus épais que celui qu'elle avait affronté au Pays de la Pluie : il saignait à flots, mais se contenta de se secouer et de s'éloigner. Hitomi jura quand elle le vit percuter l'angle d'une maison si violemment que tout un pan de mur fut réduit à l'état de gravats.

Soudain, portée par l'élan de la bataille, Hitomi se retrouva séparée de ses coéquipiers. Elle abattait tous les nukenin qu'elle trouvait, sauvant parfois la vie de ses alliés de Konoha. Souvent, elle arrivait trop tard. Elle fut presque surprise de se trouver d'un coup dos à dos avec Iruka – elle avait senti son chakra mais dans le chant mouvant de la bataille, impossible de discerner une seule signature en particulier. Seule celle de Naruto se détachait réellement.

— Sensei, tout va bien ? demanda-t-elle en lançant un kunai dans l'œil d'un ninja qui se ruait vers elle.

Il avait du sang sur sa manche droite mais ne semblait pas plus affecté que ça. Naruto tenait à lui : si elle pouvait empêcher qu'il soit blessé ou pire…

— J'ai encore beaucoup de chakra, la rassura le jeune homme. Et toi ? Tu n'es pas avec Kakashi et les autres ?

— On a été séparés, ils contiennent les invocations gigantesques de l'une des Voies le long du mur sud. J'imagine que je suis plus utile ici, pour l'instant.

Tous les shinobi de Konoha, même les Genin diplômés l'an dernier qui avaient été évacués avec les élèves de l'Académie, connaissaient désormais le secret de Pain – de Nagato. Jiraiya y avait personnellement veillé. Ils savaient tous désormais qu'ils devaient fuir à vue de cette chevelure d'un roux flamboyant que les six voies partageaient – sauf Shuradô, qui était chauve. Seuls les ninjas assez forts pour espérer survivre à un tel combat avaient l'autorisation de lutter… Hélas, dans une situation pareille, cela incluait tous les Jônin et Chûnin de Konoha. S'ils s'y prenaient assez nombreux, ils s'en sortiraient peut-être… À peine.

Elle frémit d'horreur en sentant le chakra de Shuradô se rapprocher d'eux, mais n'eut pas le temps de pousser Iruka hors du chemin que le professeur hurlait de douleur et portait la main à son ventre. Elle gronda tandis qu'il s'effondrait et le défendit tandis qu'il essayait d'arrêter le flot de sang. Ce n'était pas un coup mortel, mais… Elle repoussa cette pensée et tira sur les réserves acquises avec le Murmure pour former un dôme protecteur autour d'eux. Ce n'était que du chakra, mais Gakidô se trouvait loin : ça ferait l'affaire pour arrêter les projectiles de la Voie de la Jalousie.

— Iruka-sensei, vous pouvez vous lever ? demanda-t-elle d'une voix tendue. Si vous vous agrippez à moi, je vous emmènerai hors de son champ de portée pour vous stabiliser avant de vous envoyer dans le camp des médics…

Le professeur ne répondit pas mais se redressa lentement, sa peau d'habitude hâlée plus pâle qu'elle ne l'avait jamais vue. Il avait du sang presque jusqu'aux coudes – elle le constata quand il enroula un bras tremblant autour de ses épaules. Elle maintint le dôme de protection jusqu'à ce qu'il ait assuré sa prise sur elle, puis le téléporta derrière des gravats quelques dizaines de mètres plus loin à l'aide d'un Shunshin qui lui arracha un gémissement tourmenté.

— Je sais, je sais, chuchota-t-elle d'une voix pressante. Je suis désolée. Laissez-moi voir…

Elle serra les dents quand il écarta sa main de la plaie. Elle distinguait les organes sous l'amas de chair, de sang et du tissu de sa veste Chûnin. Elle posa ses doigts sur la plaie et commença à y injecter du ninjutsu médical.

— Je vais arrêter le saignement avant de vous téléporter jusqu'au camp des médics, d'accord ? Accrochez-vous, sensei. Vous le devez à Naruto.

Il commençait à perdre connaissance, le regard vague et épuisé, mais réagit au nom de cet élève pour lequel il avait toujours eu un sérieux faible.

— N-Naruto-kun…

— Il serait tellement triste si vous mourriez, sensei. Accrochez-vous…

Enfin, elle l'eut assez raffistolé pour qu'il soit transportable. Son travail ferait sans doute hurler Tsunade de dégoût – elle ne connaissait que la Technique de la Paume Mystique pour refermer les plaies, et on parlait en général de coupures, tout au plus – mais au moins il aurait la vie sauve. Juste comme elle posait la main sur son bras pour l'emmener, elle sentit une terrible source de chakra apparaître près d'elle. Elle releva la tête et frémit d'horreur. Tendô.

— Tu es la sœur adoptive du jinchûriki de Konoha, réalisa-t-il d'une voix dénuée de la moindre émotion. Parfait. Dis-moi où il se trouve, et plus personne n'aura à mourir.

— Vous pouvez rêver !

Elle retroussa ses lèvres sur ses dents en un rictus farouche, prête à se jeter sur lui contre toute prudence, mais n'en eut pas le temps – déjà, la lame noire saturée de chakra qu'elle connaissait si bien se rapprochait inexorablement d'elle. Elle tendit le bras en arrière, effleura la main d'Iruka et mobilisa son chakra, puis se figea quand elle reconnut la nouvelle source d'énergie qui venait d'attraper la main de Tendô, freinant ainsi sa course.

Kakashi.

— Emmène Iruka dans le camp des médics, ordonna son professeur d'une voix ferme. Je vais m'en sortir seul ici.

Elle savait qu'il s'agissait d'un mensonge. Kakashi mourrait si elle le laissait seul… Mais il reviendrait. Elle devait avoir foi en Naruto. Quand viendrait le moment pour lui d'entrer en scène, il parviendrait à détourner le cours du destin, à convaincre Nagato de ramener tous les morts à la vie – quitte à sacrifier la sienne. Et elle ne pouvait pas laisser Iruka, si vulnérable, au milieu des décombres… Une larme roula sur sa joue tandis qu'elle obéissait, empoignant le bras du jeune homme avant d'appeler à elle la balise posée au centre de la place où s'étaient rassemblés les médics.

— Iruka-sensei ! s'exclama aussitôt Sakura d'une voix remplie d'horreur.

Elle avait été dans la classe du jeune professeur, certes pendant peu de temps par rapport aux ninjas sortis de l'Académie avec leur diplôme en poche, mais assez pour apprendre à l'apprécier. Le regard grave, Hitomi recula d'un pas pour lui laisser la place d'agir, d'attraper le bras du Chûnin et de l'emmener jusqu'à un brancard, où elle l'allongea avec mille précautions. Elle aurait voulu rester plus longtemps, s'assurer que Naruto allait bien… Mais elle ne pouvait pas se le permettre. Elle se contenterait de la sensation de son chakra, profondément mêlé à celui de Kyûbi. Combien de queues avait-il déjà formées ? Elle le saurait… Plus tard.

Bien plus tard.

Malgré toute la puissance de l'élan qui la poussait en direction de Kakashi, elle savait qu'elle serait plus utile ailleurs. Elle se mit à trembler sous l'incroyable effort qu'il lui fallut pour se téléporter à nouveau aux côtés des membres restants de son unité, qui luttaient toujours contre les invocations de Chikushôdô. L'un des yeux de Renard était fermé et ensanglanté, mais Itachi et Ensui ne semblaient pas souffrir la moindre blessure. Elle se téléporta d'un Shunshin entre Renard et un nukenin, qu'elle transperça à l'aide du Murmure. La sensation de son chakra dans ses veines lui donnait envie de hurler et d'exulter tout à la fois.

— Père, allez soigner Renard, je vous couvre !

L'homme répondit d'un petit grognement concentré, acheva son adversaire et bondit aux côtés de l'ANBU qui ne voyait plus que d'un œil, la main déjà nimbée de chakra médical. Avec l'appui d'Itachi, elle parvint à contrer toutes les menaces qui approchaient trop près de son coéquipier et de son père. Chaque fois qu'elle se servait du Murmure pour tuer, elle aspirait tout le chakra possible avant qu'il ne s'échappe du cadavre. Si elle ne s'était pas servie de cette énergie directement et avec tant d'intensité, ses Portes auraient sans doute explosé.

Quand Renard fut à nouveau sur pied, Hitomi promena un regard autour d'elle. Elle réprimait comme elle le pouvait la rage qui menaçait de la déborder à la vue de son beau village dévasté – elle savait que le pire était encore à venir, une simple rumeur perdue entre les gravats et dans l'air saturé de poussière. Partout où ses sens s'étendaient, elle percevait l'instant où une source de chakra s'éteignait – et parfois, elle la reconnaissait. Un Aburame qui l'avait escortée jusqu'à Shibi pour une audience. Une Inuzuka avec qui elle était partie en mission au côté d'Anko et Genma. Et puis…

Un hurlement de souffrance pure jaillit d'entre ses lèvres quand elle sentit cette source s'éteindre. Folle de douleur et de rage, elle se téléporta en direction du chakra qui disparaissait lentement, à plusieurs kilomètres de la muraille que son équipe essayait désespérément de défendre. Des larmes brûlantes roulaient déjà sur ses joues. Elle savait, savait, savait, et pourtant elle s'étrangla, s'effondra en voyant le corps inerte devant elle.

— Maman, appela-t-elle d'une voix brisée.

Elle posa une main sur la plaie ensanglantée qui barrait la poitrine de la kunoichi qui l'avait enfantée, élevée, aimée. Le chaud et le froid – la rage et la détresse – luttaient à l'intérieur de son corps pour la suprématie. Tremblante des pieds à la tête, elle recueillit la tête de Kurenai sur ses genoux, se courba pour lui embrasser le front et se recueillit sur sa dépouille comme si elle était seule au monde. Comme si une bataille terrible ne se déroulait pas autour d'elle. Elle ne réalisa même pas que Kiba, les joues striées de larmes, venait d'empêcher un nukenin de poignarder sa nuque offerte.

— M-Maman…

Le combat faisait rage à moins d'un mètre d'elle. Plusieurs armes perdues lui entaillèrent l'épaule, le dos, la joue ; elle ne sentait rien, ne ressentait rien sinon l'horreur absolue, au-delà des mots. Elle caressa les cheveux de Kurenai, les longues boucles noires dont elle avait hérité et qu'elle aimait tant – chez elle comme chez sa mère. Asuma… Où se trouvait Asuma ? Comment avait-il osé la laisser seule ?

Elle tourna la tête et le vit, gisant sur une pile de décombres.

Elle explosa en sanglots hystérique, se repliant autour du corps de sa mère comme pour essayer de la protéger, de cacher à la vue de ses yeux vitreux le terrible spectacle de son époux terrassé lui aussi. Était-ce en le voyant tomber qu'elle avait baissé sa garde ? Ne pas savoir, ne rien savoir, était la pire torture au monde. Elle resta là, immobile et vulnérable, à bercer le corps de sa mère dans ses bras tremblants. Pour la première fois, elle se sentait épuisée et pourtant parcourue d'une énergie malsaine, cruelle, déjà assoiffée de vengeance.

Kiba s'effondra à côté d'elle, la gorge ensanglantée et les yeux grand ouverts. Elle se vit tendre une main, toucher sa joue encore chaude, pleine de la vie qui pourtant l'avait déjà déserté, sans se souvenir d'avoir esquissé le geste.

Le Murmure explosa en elle.

Le Murmure explosa en elle.