Sous sa peau, le dessin délicat et terrible des méridiens gorgés de chakra fleurit lentement tandis qu'elle se relevait après avoir fermé les yeux de sa mère. De Kiba. Elle n'arrivait pas à penser à l'après, à l'espoir qui pesait plus lourd qu'une montagne sur les épaules de Naruto sans même qu'il le sache. Il devait réussir, oui, mais elle ne parvenait pas à songer à ce tournant crucial. Tout ce qui se jouait dans ses sens hypersensibles et devant ses yeux baignés de larmes était le spectacle macabre de gens qu'elle avait aimés, brisés et sans vie.

Kiba.

Asuma.

Kurenai.

Le nukenin qui venait d'exécuter son ami d'enfance n'eut même pas le temps d'avancer vers elle – le Murmure bondit et lui arracha le cœur avant de le vider de son chakra jusqu'à la dernière, pitoyable goutte. Elle laissa le cadavre retomber à ses pieds comme on se débarrasserait d'un déchet, se tournant déjà vers des cibles plus alléchantes.

Ils allaient mourir.

Ils allaient tous mourir.

Ils allaient mourir, oui, et de sa main s'il le fallait. Elle rendrait à Konoha tout ce qu'on lui avait pris, avec le sang de ses ennemis comme offrande supplémentaire. Elle ne prit pas la peine de dégainer son sabre : pour sentir la vie quitter la multitude d'ennemis qui osaient tuer les gens qu'elle aimait plus que l'existence elle-même, elle préférait utiliser son chakra. Le Murmure. Ses ombres. Ses techniques Suiton. Parfois les trois à la fois. Une minute s'écoula et déjà les cadavres s'entassaient sur le chemin qu'elle se creusait à travers les rues dévastées du village.

Le pire était encore à venir.

Le Murmure lui parlait sans cesse à l'oreille, berçant son esprit de promesses de vengeance et de carnage. Elle éprouvait quelque chose qui ressemblait à du réconfort en les écoutant… Et un bénéfique détachement qui éloignait un peu la douleur. Sans ce voile protecteur autour de son âme, elle aurait été paralysée de souffrance en dépassant le corps brisé d'Ibiki sur les décombres, le visage ensanglanté. Sans ce voile, elle se serait effondrée en croisant le regard sans vie de Sai, les corps d'innombrables ennemis effondrés autour de lui – sa force et son courage n'avaient pas suffi.

Un rictus de haine pure tordit ses traits quand elle identifia les deux silhouettes qui lui tournaient le dos, loin devant elle, et le chakra de Kakashi juste à côté. Tendô et Shuradô. Elle leva les mains, le Murmure hurlant contre sa peau. Elle sentait déjà leur mort approcher comme un goût d'ambroisie sur sa langue. Quel plaisir elle en tirerait, musa-t-elle tandis que le terrible pouvoir du chakra que le Murmure lui offrait se solidifiait dans l'air.

— Hitomi !

Soudain, Hoshihi et Kurokumo apparurent devant elle, lui barrant le chemin et la vue. Leurs pelages étaient collés contre leurs corps minces par du sang séché, invisible sur le poil noir du plus petit des deux chats. Elle ne répondit pas, parce que les mots lui semblaient abstraits, comme des souvenirs à l'arrière de sa mémoire, derrière la Bibliothèque dressée comme un bastion de souffrance et d'engourdissement.

— Hitomi, tu dois reprendre le contrôle ! s'exclama Hoshihi. Je t'en prie, je sais que c'est tentant, que tu as mal, mais tu risques de tuer des gens que tu aimes dans cet état… Je t'en prie, Hitomi, reviens.

Ce ne fut pas la voix raisonnable de son familier qui fit reculer l'influence du Murmure sur son esprit mais la sensation de son chakra contre sa peau, à l'intérieur de ses méridiens. Kibaki lui avait parlé du pouvoir étrange des félins sur le Murmure ; la proximité d'Hoshihi suffisait à atténuer le rugissement constant du Kekkei Genkai dans ses oreilles. La tentation faiblit puis se dilua dans ses veines. Son regard s'éclaircit, la lumière qui émanait de ses méridiens s'atténuant peu à peu.

— Maman, appela à nouveau Hitomi d'une voix rauque de douleur. Hoshihi, elle…

Elle ne parvint pas à articuler un mot de plus. Cela faisait tellement mal – elle avait l'impression qu'on l'écorchait vive. Le regard d'Hoshihi s'assombrit quand il comprit ce qu'elle ne parvenait pas à dire. Il pressa son museau, chaud et humide, contre l'épaule de sa familière.

— Je suis vraiment désolé, Hitomi. Nous la vengerons, tu verras, mais tu seras consciente à ce moment-là, pas perdue dans un pouvoir trop grand et trop terrible pour toi.

Elle ferma un instant les yeux puis acquiesça. Elle n'avait pas envie de lutter, de toute façon. Elle voulait que tout cela se termine – savait qu'il faudrait encore bien des morts avant que le bain de sang ne s'arrête. Il la poussa de la tête jusqu'à ce qu'elle tourne les talons et s'éloigne de Tendô, Shuradô et Kakashi. Il avait raison… Ce n'était pas son combat. Même si elle entrait dans la danse, elle ne pouvait rien faire, pas face à eux.

— Je vais aller chercher Konan, décida la jeune femme d'une voix ferme. Elle est sans doute après Naruto…

Elle s'étrangla quand elle songea à son frère – il ne savait pas, pour Kurenai. Elle ne pouvait même pas s'imaginer le lui dire. Elle allait utiliser ses méridiens pour chercher la kunoichi d'Amegakure quand elle sentit une petite source de chakra approcher. Katsuyu, l'une des limaces de Tsunade, sous sa forme la plus menue…

— Est-ce que la situation est critique à ce point ? demanda-t-elle en recueillant la limace blanc et bleu dans ses mains.

— Kakashi est mort, annonça gravement la limace. La Voie Tendô l'a défait au combat.

Les traits d'Hitomi se crispèrent de douleur. Hoshihi se pressa contre elle, mais toute la chaleur et la douceur du monde ne pouvaient lutter contre la souffrance qu'elle ressentait à cet instant. Peut-être aurait-elle pu l'aider si elle était restée, ou venue le rejoindre après avoir déposé Iruka chez les médics… Elle refoula la culpabilité, la détresse et la lente, lente agonie qui voulaient s'emparer d'elle.

— Konan, rappela-t-elle à Kurokumo et son familier. Il faut bien commencer quelque part, autant que ce soit par là.

Ce n'était pas exactement l'ordre que Tsunade lui avait donné – mais plus personne n'était en mesure de les suivre strictement. Le Murmure claqua à l'intérieur de ses méridiens ; même si son terrifiant pouvoir n'avait plus d'emprise sur son esprit, il remplissait toujours ses Portes de chakra au point d'y provoquer une douleur sourde, constante, assez forte pour l'ancrer dans l'instant présent sans considération de son désir de fuir, d'oublier.

Comme si elle pouvait oublier.

— Le camp médical vient d'être assailli, les informa Katsuyu tandis qu'Hitomi cherchait sa cible. Je crois que c'est la femme que vous appelez Konan ? Je la vois à travers la partie de moi restée aux côtés de Sakura-chan…

Le sang d'Hitomi s'enflamma aussitôt. Sakura. L'une de ses amies d'enfance. Hors de question qu'elle la laisse mourir. Elle s'élança en direction du chakra qu'elle connaissait si bien, ses chats sur les talons. Elle se téléporta hors du chemin d'un nukenin qui se jetait sur elle – rien ne l'arrêterait, cette fois. Elle tira son sabre, l'aura meurtrière qu'elle maîtrisait à merveille fleurissant sur sa peau. Le Murmure pourrait nourrir l'aura à cette intensité pendant des semaines s'il le fallait, mais elle n'avait pas besoin de ça.

Quelques minutes.

Seulement quelques minutes.

Elle bondit au-dessus d'une pile de gravats presque plus haute qu'elle sans se soucier de ses chats ninjas, bien capables de suivre par eux-mêmes. Ce ne fut qu'une fois à une vingtaine de mètres qu'elle réalisa qui se dressait entre Sakura et Konan… Shino. Chuchotant des prières entre deux expirations soigneusement contrôlées, elle s'approcha juste assez près pour voir la situation et se téléporta aux côtés de son ami Aburame dès qu'elle fut certaine de pouvoir le faire sans le mettre en danger. Elle leva les mains, son chakra suivant déjà les méridiens nécessaires pour une technique Suiton dévastatrice, mais le jeune homme ne lui en laissa pas le temps.

— On a la situation bien en main ici, Hitomi ! Va plutôt aider Sugi et son équipe, ils sont en difficulté et vraiment tout près d'ici. Je m'occupe de cette adversaire, ne t'en fais pas.

Elle entendit dans sa voix toute l'inquiétude qu'il ressentait pour son frère cadet, si jeune et si fragile tout à la fois. Le sang d'Hitomi rugit dans ses veines. Elle ne leur avait enseigné ce qu'elle savait que pendant un an, mais Sugi, Anosuke et Hanabi restaient ses élèves. Elle avait prêté serment de leur porter secours et de les protéger… Quant à Shino, il était bien assez fort pour s'en tirer seul. Elle acquiesça et s'élança à nouveau dans la direction qu'il lui indiquait, à la recherche du chakra des trois enfants qu'elle avait élevés au rang de Chûnin.

Elle n'eut pas le temps de faire trente mètres que Sakura poussait un hurlement à lui glacer le sang. Elle fit volte-face en plein saut, retomba adroitement sur une pile de gravats et leva les yeux haut, haut au-dessus des toits, là où elle sentait le chakra de Shino… s'éteindre. Elle voyait à présent pourquoi Sakura hurlait et pleurait, elle qui n'avait que peu d'expérience guerrière. Le papier de Konan formait une lance qui transperçait son fiancé et le tenait empalé sur sa lame près de dix mètres au-dessus du sol. Une vague de nausée frappa Hitomi tandis que ses yeux se posaient sur le sang qui ruisselait lentement le long de l'arme infusée de chakra.

Une goutte tomba au sol. Une deuxième.

Elle serra les dents et se détourna, un rictus de rage pure sur les traits. Ses élèves. Sa responsabilité. Sa priorité. Elle laissa Sakura à son sort, peu importait à quel point elle se dégoûtait, parce qu'elle savait qu'elle ne pouvait pas sauver tout le monde – qu'avec juste un peu de chance, ils reviendraient tous d'entre les morts. De la chance, vraiment ? Non, elle devait trouver Naruto, lui expliquer ce qu'elle savait sans se trahir… Mais d'abord ses élèves. Ses enfants.

Elle arriva devant un spectacle qui lui déchira le cœur : Hanabi se battait seule, si petite, si frêle, si farouche, dressée comme un bouclier devant deux corps sans vie qu'Hitomi connaissait bien. Des larmes roulaient sans cesse sur les joues de la jeune fille, mais les méridiens enflés sur son visage prouvaient qu'elle se battait toujours avec toute l'ardeur dont elle était capable. La jeune Hyûga feula de rage quand un nukenin s'approcha du cadavre d'Anosuke et lui jeta un nuage de poudre à la figure avant de l'enflammer d'une décharge de chakra Raiton. Le nuage explosa, tuant net son adversaire.

Le second nukenin profita de la lumière, du bruit et de la confusion pour fondre sur Hanabi, mais Hitomi l'attendait de pied ferme. Son ombre s'éveilla et lui traversa le torse, brutale, nette, sans fioriture. Le Murmure s'y substitua bien vite – hors de question de gaspiller la moindre goutte de chakra, allié comme ennemi. Quand il eut émis son dernier soupir, elle dégagea le Murmure de la plaie et le laissa retomber aux pieds d'Hanabi, puis s'approcha à son tour.

— J-je suis désolée de ne pas être arr…

Elle n'eut pas le temps d'achever sa phrase qu'Hanabi se précipitait vers elle et l'enlaçait à lui briser les os, secouée de sanglots hystériques. Hitomi referma ses bras sur son élève et la berça tendrement contre elle tandis que ses chats montaient la garde, feu roux contre feu noir. Elle caressa les cheveux de la jeune fille, le cœur lourd. Elle était trop jeune pour traverser quelque chose d'aussi terrible. Hitomi l'avait été aussi, bien sûr – par exemple face à Orochimaru dans la Forêt de la Mort – mais elle avait toujours voulu protéger ses enfants d'une manière dont elle n'avait jamais ressenti le besoin elle-même.

— Hanabi, écoute-moi, ordonna Hitomi en séchant les larmes de son élève à l'aide de ses pouces. Je ne peux pas t'emmener moi-même en sécurité, mais il est temps que tu te retires des combats. T-tu ne peux pas te battre dans cet état.

— M-mais sensei…

— Non. Je t'en prie, chaton, je ne peux pas m'inquiéter pour toi en plus du reste, j'ai besoin…

Elle ferma les yeux un instant, les traits déformés par une douleur innommable. Hanabi se détendit dans ses bras en signe d'acceptation quand elle vit son expression défaite – battue et déjà à terre. Elle n'avait jamais vu son sensei dans un tel état.

— D-d'accord. Qu'est-ce que je dois faire ?

— La limite ouest du village est la plus proche. Je veux que tu utilises absolument tout ce que je t'ai appris pour passer inaperçue et t'enfuir. En fait, je vais même…

Elle s'interrompit, récolta le sang qui coulait toujours sur sa joue depuis les blessures récoltées tandis qu'elle pleurait sa mère, et s'en servit pour invoquer Hai, qu'elle souleva de terre et plaça dans les bras d'Hanabi.

— Hai-chan, je veux que tu gardes Hanabi parfaitement invisible jusqu'à ce que vous soyez un kilomètre à l'extérieur du village. Hanabi, reviens dans… Reviens dans douze heures, en restant invisible. D'une manière ou d'une autre, tout sera terminé d'ici-là. Est-ce que c'est bien compris ?

Elle attendit le hochement de tête tremblant d'Hanabi avant de la relâcher et la regarda disparaître devant ses yeux épuisés. Elle sentait toujours son chakra, puisque les pouvoirs de Hai influençaient seulement les cinq sens primaires et non les méridiens, mais cela suffirait : aucune des six Voies ne disposait de pouvoirs de traqueur, et Konan non plus. Une fois qu'elle fut certaine d'avoir envoyé son élève en sécurité, Hitomi se concentra à nouveau sur la personne qu'elle devait trouver à tout prix avant de perdre la vie.

Naruto n'était pas difficile à repérer, au contraire : il avait déjà éveillé quatre queues et son chakra, à ce titre, irradiait dans l'air à des lieues à la ronde. Si les Voies avaient disposé du même pouvoir qu'elle, Nagato lui aurait déjà mis la main dessus – tout aurait été terminé sans autre victime que son frère. Elle ne souhaitait cela pour rien au monde. Hoshihi et Kurokumo s'élancèrent derrière elle. Ils abattirent tous les hommes de Crépuscule qu'ils trouvèrent sans la moindre pitié, mais sans s'attarder non plus. Hitomi connaissait tant de techniques d'assassinat à présent qu'elle avait l'embarras du choix. Cela aurait sans doute dû la dégoûter quelque part au fond d'elle, mais elle éprouvait une joie féroce en abattant ses ennemis, ceux qui lui avaient déjà tant pris et tant coûté.

Il lui fallut près de dix minutes, à vitesse de shinobi, pour traverser le village jusqu'à l'endroit où se trouvait Naruto. Elle ne saurait jamais comment, exactement, il avait bien pu se retrouver à l'entrée des terres Nara, mais elle réalisa aux larmes sur ses joues qu'il avait vu des gens qu'il aimait mourir, lui aussi. Il se battait comme un diable, et pour la première fois, ne se contentait pas de blesser ses adversaires. Elle ne l'avait jamais vu prendre une vie, aussi fut-elle choquée quand, sous ses yeux, il décapita net un nukenin à l'aide de sa terrible claymore. Avec la gaine de chakra Fûton qui entourait la lame, il ne rencontra pas la moindre résistance. Il faillit s'en prendre à elle quand elle apparut à ses côtés, puis la reconnut sous la poussière, la cendre et le sang. Il avait l'air plus épuisé et hanté qu'elle ne l'avait jamais vu. Elle ouvrit la bouche pour lui annoncer la mort de Kurenai, puis la referma. Avec un peu de chance, quand il le découvrirait, elle serait à nouveau sur pieds…

— Naruto, j'ai un plan pour toi.

— Est-ce que c'est vraiment le moment ?

Elle ne répondit pas tout de suite, trop occupée à exécuter une kunoichi au bandeau de Suna barré avant qu'elle ne puisse l'approcher. Derrière eux, les terres Nara n'étaient plus qu'un tas de ruines. Elle ne pensait pas avoir encore la force d'éprouver de la douleur, pourtant son cœur se brisa quand elle réalisa que les quartiers de son enfance ne reviendraient plus jamais à leur état d'origine. Déjà comme ça, Konoha devrait être entièrement rebâtie. Et si Tendô avait le temps d'abattre sur le village la fureur de la Répulsion Céleste…

— Oui, c'est le moment. En fait, tout dépend de nous, alors concentre-toi, d'accord ?

Tout en continuant d'abattre autant d'ennemis qu'elle le pouvait autour d'elle, Hitomi expliqua son plan à son frère. Elle se basait lourdement sur ses connaissances canon, hélas, sur des choses qu'elle n'était pas censée savoir, et il le réalisa :

— Comment t'es au courant de tout ça, Hitomi-nee ?

Elle hésita un instant, puis décida de lui accorder un écho de la vérité.

— J-je ne peux pas te le dire, Naruto. Cela nous mettrait tous les deux terriblement en danger. Mais je te promets que c'est la vérité, et que personne au monde ne connaît ce secret à part moi, parce que je suis la seule qu'il concerne. Je t'en prie, accepte-le. Ce n'est pas que je ne te fais pas confiance ; je veux juste que tu sois en sécurité.

Il la regarda avec gravité pendant quelques secondes puis hocha la tête en signe d'acceptation. Un poids extrêmement lourd se dissipa des épaules d'Hitomi et, contre toute attente, un mince sourire apparut sur ses lèvres. Elle effleura tendrement l'avant-bras de Naruto et se rapprocha de lui. Une mer de cadavres les entourait. Elle aurait sans doute dû ressentir quelque chose à ce sujet…

— Je vais y aller, dans ce cas. Je te laisse Hoshihi, Kurokumo et mon clone. Tu sais quoi faire quand il se dissipera.

— Oui. U-uh… Je sais que c'est difficile, là, tout de suite, mais prends soin de toi, s'il te plaît…

Le sourire d'Hitomi n'atteignit pas tout à fait ses yeux, cette fois. Par l'Ermite, qu'elle haïssait lui mentir…

— Je ferai de mon mieux, je te le promets. Je t'aime, petit frère.

Elle ne lui laissa pas le temps de répondre : sur ces mots d'adieu, elle créa un clone solide et le laissa en compagnie du jinchûriki et de ses deux chats ninja avant de filer dans la direction où elle sentait Tendô, seul. Il ne s'était guère éloigné de l'endroit où il avait abattu Kakashi : sans doute traçait-il un chemin de cadavres à travers les rues dévastées du village, interrogeant quiconque respirait encore, à la recherche de Naruto. Comme si qui que ce soit allait parler… Ce n'était plus, depuis bien des années, la réputation des puissants autour de lui qui protégeaient le jeune homme, mais la fidélité des troupes shinobi envers un de ses membres.

Enfin, elle le trouva, en plein combat contre Shikaku. Même avec son Shunshin, même avec le Dieu de la Foudre, elle serait arrivée trop tard pour empêcher Tendô d'utiliser sur son oncle la plus faible version de la Répulsion Céleste – et pourtant assez forte pour lui briser la nuque. Il glissa le long du mur qui avait recueilli l'impact de son corps propulsé à toute vitesse comme une poupée de chiffon. Les yeux posés sur le faux chef de l'Akatsuki, Hitomi s'arrêta auprès du corps encore chaud de cet homme qu'elle aimait tant et lui ferma les yeux.

Elle ne parvenait plus à pleurer.

Elle n'en souffrait pas moins.

— La sœur du Kyûbi, comme on se retrouve, réalisa Tendô d'une voix sans timbre. Je suis surpris que tu n'aies pas encore abandonné.

Elle battit des paupières, prise de court, mais se redressa et avança vers lui.

— Pourquoi est-ce que je ferais ça, exactement ? Une kunoichi de Konoha n'abandonne pas le combat qui s'impose à elle.

— Tant de dignité et de force de caractère… Je comprends que tu sois arrivée aussi loin. Tu es une adversaire de valeur, Hitomi Yûhi. Pourtant, je pense qu'il est temps pour toi d'abandonner.

Elle ouvrit la bouche pour l'envoyer bouler, mais il ne lui en laissa pas le temps.

— Abandonne et je te tuerai rapidement, sans souffrance. Abandonne et tout s'arrêtera pour toi. La souffrance, l'agonie de voir tes proches mourir un à un par ma main… Tu ne connaîtras plus que le repos et la paix. Abandonne.

Elle le regarda pendant un long moment, médusée, avant qu'un petit rire froid et incrédule ne force son chemin entre ses lèvres.

— Tu oses, gronda-t-elle.

Son aura meurtrière explosa autour d'elle, amplifiée par le Murmure qui rugissait à ses oreilles. Elle n'avait pas encore perdu le contrôle – tout juste.

— Tu oses me dire d'abandonner, continua-t-elle d'une voix glaciale, comme si une mort rapide pouvait mettre fin à ma souffrance. Ce n'est pas d'une mort rapide dont j'ai besoin, Nagato. J'ai besoin de ta mort, lente, douloureuse, de ma propre main. Voilà ce que les guerres et le sang versé apportent au monde. Encore plus de guerres et de sang versé. Ton plan est voué à l'échec, même si tu parvenais à tuer mon frère.

Les traits de la Voie se tordirent de surprise quand elle utilisa son nom véritable, mais il se reprit quand elle critiqua son fameux, précieux plan.

— Puisque tu préfères te battre…

Elle le regarda se redresser, ajustant elle-même sa position. Son chakra tourbillonnait en elle, autour d'elle, soumis au plus rigoureux des contrôles. Elle refusa de se laisser emporter par la haine, pas alors qu'elle devait à tout prix garder la tête froide et exécuter le plan mis en place avec Naruto. Elle tiendrait la promesse qu'elle lui avait faite autant que possible.

— J'aurai ta tête sur un plateau d'argent, promit-elle avec un rictus cruel.

Avant qu'il puisse répondre, elle se téléporta dans son dos et asséna un coup brutal de son sabre en direction de sa nuque. Dès qu'il la vit disparaître, il activa la technique de l'Astre Divin, mais elle se contenta de se téléporter à nouveau hors de portée. Il ne pouvait utiliser cette technique que toutes les cinq secondes, elle s'en souvenait, aussi profita-t-elle de ce laps de temps pour lancer un kunai qui lui dessina sur la joue une ligne écarlate.

Le premier sang était pour elle.

Après cela, il la prit vraiment au sérieux ; il ne se contentait plus seulement du Shinra Tensei pour essayer de l'abattre, tentant sans cesse de provoquer un corps à corps qui aurait été mortel pour elle. Si elle n'avait pas abusé du Shunshin et du Dieu de la Foudre, il l'aurait probablement exécutée en quelques minutes. Elle l'affrontait seule, uniquement dotée de ses propres facultés, comme elle s'y était toujours un peu attendue au fond. C'était pour cela que, malgré les liens très fort qui l'unissaient à ses amis, elle n'avait jamais négligé ses capacités personnelles.

Enfin, elle parvint à percer sa défense et effleurer sa cape de l'Akatsuki du bout des doigts. Il utilisa immédiatement l'Astre Divin pour la repousser, mais elle se téléporta hors de l'onde de choc, roulant au sol à cause des restes de l'impact. Elle se redressa et, avec un sourire cruel, activa le sceau de contact qu'elle venait de poser sur le vêtement. Il avait déjà commencé à le retirer, mais c'était trop tard : la cape explosa, soulevant un terrible nuage de poussière. Elle n'avait pas besoin de voir pour se battre et déploya un parchemin de stockage qu'elle activa d'une décharge de chakra, envoyant des dizaines et des dizaines de projectiles dans sa direction. Hélas, à nouveau, il la vit venir : Shinra Tensei les renvoya dans sa direction et elle dut se téléporter hors du chemin en vitesse.

Quand la poussière retomba, elle réalisa qu'elle l'avait blessé à nouveau : l'explosion avait emporté deux phalanges du petit doigt de sa main droite. Cela semblait peu pour tant d'efforts, mais les mains d'un ninja étaient sa plus précieuse possession. Sans son petit doigt, il existait des mudra qu'il ne pouvait plus effectuer. Il pouvait toujours se reposer sur l'Astre Divin, malheureusement pour elle, mais elle venait de s'assurer ainsi qu'il ne pouvait pas utiliser sa contrepartie qui l'attirerait jusqu'à lui sans qu'elle puisse y échapper sinon en se téléportant.

Il lui jeta un regard courroucé auquel elle répondit d'un petit rictus joueur. Elle avait toujours su comment pousser ses ennemis hors de leurs gonds. Souvent, se comporter comme une gamine insolente suffisait. Maintenant qu'elle avait établi sa dominance, il était temps pour elle d'aller chercher ce pourquoi elle était venue : l'une des lames de chakra de Tendô, qui dégainait justement. Elle esquiva ses premiers coups en infusant ses membres de chakra pour maintenir le rythme incroyable auquel il la poussait, le forçant parfois à rompre le contact à l'aide de ses techniques Suiton.

Ce fut justement quand il battit en retraite pour échapper au Double Fouet du Dragon qu'elle saisit sa chance. Ses doigts s'animèrent à toute vitesse puis formèrent la Mudra du Rat ; son ombre se détacha du sol et, plutôt que de chercher à le poignarder en plein torse, un tentacule aussi solide que du bois s'enroula autour de la lame d'acier noir, saturé de chakra, puis la cassa en deux. Avant que Tendô ne puisse réagir, essayer de la lui reprendre, l'ombre d'Hitomi déposa la moitié qu'elle venait de dérober dans sa main.

Sans la moindre hésitation, elle s'en servit pour se poignarder l'épaule.

Aussitôt, elle sentit un chakra étranger l'envahir, brûler ses méridiens de l'intérieur comme un poison, et ne put retenir le hurlement de douleur qui lui échappa. Elle parvint à échapper de justesse au coup de Tendô à l'aide du Dieu de la Foudre — le Shunshin ne lui répondait plus avec une telle perturbation fichée à l'intérieur de son corps. Elle reprit son souffle, s'ouvrit aux sensations de ses méridiens avec tant de brutalité que la tête lui tourna et enfin, enfin, elle découvrit où se cachait Nagato. Elle envoya l'explication à son clone puis, une fois certaine que Naruto savait, elle arracha la lame de chakra hors de sa blessure, la jeta à terre et se téléporta à nouveau pour esquiver l'Astre Divin.

— Je ne te pensais pas masochiste, grommela Tendô avec une expression presque offensée.

Elle éclata d'un rire froid et cruel.

— L'amour est masochiste dans un monde pareil. C'est aussi la plus belle chose qui soit, un pouvoir qui rend faible et fort tour à tour. Quand tu découvriras sa morsure, j'espère qu'on me laissera observer.

Ils luttèrent encore sans relâche pendant de longues minutes, cherchant désespérément à prendre le dessus l'un sur l'autre. Cela ressemblait presque à une danse vu de l'extérieur, la manière harmonieuse et rythmée dont leurs gestes se complétaient, se poursuivaient sans cesse. Elle parvint à le toucher deux fois de plus, récolta une entaille mineure à l'avant-bras et puis perdit brutalement sa concentration… Car Ensui et Itachi la rejoignaient, l'air catastrophés de la voir se battre contre la plus puissante des Voies.

— Non, reculez ! ordonna-t-elle d'une voix ferme.

Ils auraient dû obéir. Sur cette mission, elle était l'officier commandant – ils auraient dû obéir. Même s'ils l'avaient voulu, ils n'en auraient pas eu le temps : Tendô leva la main dans leur direction, concentra du chakra dans sa main et fit s'effondrer un mur qui tenait à peine droit sur eux. Ensui eut le temps de s'écarter mais pas Itachi. Quand la poussière retomba, il se trouvait piégé jusqu'à la taille dans les débris, les mains elles aussi prises sous la roche. Ensui se précipita pour l'aider tandis qu'Hitomi se ruait dans la direction de Tendô pour les couvrir.

Elle n'eut le temps de rien. L'homme ramassa la moitié de lame dont elle s'était débarrassée un peu plus tôt. Il en avait une dans chaque main à présent et les leva en direction d'Ensui et Itachi, les visant tous les deux au cœur. Le hurlement terrifié d'Hitomi attira l'attention de son époux, mais déjà les lames partaient. Le Uchiha commença à éveiller son Susanoo, elle le sentit aux chemins empruntés par son chakra, dans l'espoir de les protéger tous les deux. Il n'aurait pas le temps de le former.

Il n'aurait pas le temps.

Son corps agit tout seul, la transportant juste devant Itachi et Ensui. La lame la plus haute la heurta d'abord, droit dans le cœur, tandis que la deuxième se frayait un chemin dans son abdomen. Elles ressortirent toutes les deux, protubérances absurdes et cruelles, de plusieurs centimètres dans son dos. Elle entendit un bruit indéfinissable derrière, entre gémissement angoissé et sanglot. Ensui. Elle s'effondra et Ensui la rattrapa, l'air horrifié. Il activa son chakra médical, mais c'était inutile, ils le savaient tous les deux : seule l'énergie qui saturait ses méridiens la maintenait encore à ses côtés.

Elle avait su qu'elle allait mourir, dès l'instant où elle avait croisé le regard de Tendô. Mais quelle meilleure fin que de partir en ayant protégé les deux hommes qu'elle aimait le plus au monde ? Elle croisa le regard du shinobi qui avait promis de la protéger, de sacrifier sa vie pour elle s'ils devaient arriver à une telle extrémité. L'intensité de l'amour filial qu'elle éprouvait pour lui dépassait les mots, et pourtant elle ouvrit la bouche pour parler, pour lui dire.

Elle n'avait pas peur. Elle n'avait pas mal.

Elle mourut le sourire aux lèvres.