Un cri retentit à ses oreilles. Non, pas à ses oreilles. Ça n'avait pas d'oreilles. Ce n'était que des molécules dispersées, sans véritable conscience, sans pensées. Ça sentait confusément que quelque chose n'allait pas mais quoi ? Puis, une perception. La douleur. Les souvenirs. L'être vivant reconnut la voix qui avait crié.
-Riza !
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Roy se réveilla et tenta d'ouvrir les yeux. Mais ses paupières étaient si lourdes et la lumière si agressive… Il entendit une voix puis deux sur sa gauche.
-Il devrait se réveiller dans la journée.
-D'où vient-il ?
-Aucune idée. C'est notre déesse qui l'a trouvé et amené ici.
-Regarde, il bouge !
-Vous êtes réveillé monsieur ? Bougez la tête si vous m'entendez.
-Oui, il a penché la tête vers nous !
-Pouvez-vous ouvrir vos yeux ?
Mustang refit une tentative et réussit cette fois. Penchée sur lui, une jeune femme aux yeux clairs lui adressa un large sourire. Elle fut écartée par un homme qui devait avoir la soixantaine et qui l'examina du regard.
-Il n'a pas l'air en trop mauvais état.
Le vieil homme attacha ses longs cheveux en une queue de cheval lâche et plongea la main dans une sorte de pâte verdâtre qu'il remua un moment avant d'en prendre un morceau qu'il étala sur le front du général. Aussitôt, une sensation de bien-être envahit celui-ci et il se rendormit.
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A son réveil, la lumière était beaucoup plus douce. Et pour cause : seule la Lune éclairait l'endroit. Roy s'assit précautionneusement et regarda autour de lui. Il se trouvait dans une pièce d'aspect modeste, aux murs de pierre taillée. Une petite fenêtre laissait filtrer le clair de lune, permettant à l'alchimiste de voir la couche sur laquelle il avait été installé et la table où se trouvaient ce qu'il supposait être des remèdes. Il se leva, chancela un instant et s'avança vers la porte qu'il devinait dans le fond de la chambre. Lorsqu'il l'ouvrit, une brise effleura son visage. La pièce était donc la totalité de la construction ? Dans la maisonnette d'en face, une lueur apparut. Le vieil homme sortit, une bougie à la main et alla à la rencontre de Mustang. Il l'invita d'un geste à rentrer et le suivit.
-Ravi de voir que vous êtes en état de vous lever. Nous ne l'espérions pas si tôt.
-Moi non plus.
-Comment vous appelez-vous ? interrogea le vieillard en s'appuyant contre la table.
-Roy. Et vous êtes ?
-Bercal, le médecin de Frieden.
-Frieden ?
-La région la plus à l'ouest de Paxa.
-Paxa ?
-Non, définitivement, vous n'êtes pas d'ici… Êtes-vous humain ?
-Pardon ?
Mustang cligna plusieurs fois des yeux, halluciné.
-Oh, je suis désolé, je ne voulais surtout pas paraître impoli ! s'excusa Bercal. C'est simplement que nous nous connaissons tous ici, et nous croyons être les seuls humains de ce monde. Notre déesse aussi avait l'air surprise, alors…
-Attendez… Votre… déesse vous assure, depuis des années je suppose, que vous êtes les seuls humains de ce monde alors l'explication la plus logique lorsqu'un homme inconnu apparaît, c'est qu'il n'est pas humain ?
-C'est ça.
-N'avez-vous pas tout bêtement envisagé que votre déesse est faillible ?
-Alors vous ne connaissez pas non plus notre déesse. Elle voit tout, entend tout, sait tout, elle est tout. Laissez-moi vous raconter notre histoire.
Des centaines d'années auparavant, il n'y avait pas d'air, le sol était desséché et stérile, des centaines de volcans rugissaient et brûlaient tout. Ainsi était le monde lorsque la déesse est arrivée. Constatant l'état de la Terre, elle fit taire et disparaître les volcans, referma les crevasses, fertilisa les sols, fit jaillir des sources d'eau pure. L'herbe tendre qui poussa vit naître de majestueuses forêts, vertes, luxuriantes, pleines de la vie des animaux que créa la déesse. A son œuvre ne manquait plus qu'une chose : l'être humain. Elle façonna donc dix hommes et dix femmes à partir de bois et d'eau. Elle les fit nourrissons et les éleva, leur apprit à s'aimer et se respecter, elle leur apprit la médecine, la chasse, la vie. Puis la déesse Takanohane se retira dans la montagne et se contenta de veiller de loin sur sa création, infailliblement.
-Nous sommes les descendants de ces premiers humains. Nous sommes toujours restés ensemble, nous soutenant mutuellement. C'est pourquoi nous nous connaissons tous.
-Je vois… Vous avez dit hier que j'avais été… amené ici par votre déesse ?
-Oui, on vous a trouvé aux portes de la ville, avec sur vous le symbole de la Mère du Monde.
Le vieux médecin désigna sa main droite. Effectivement, par-dessus la cicatrice infligée par King Bradley lors du Jour Promis se trouvait le dessin d'une plume surplombant un arbre. Roy leva les yeux vers la petite fenêtre. L'aube pointait déjà. Bercal suivit son regard et lui intima de dormir car les gens de Frieden lui réservaient sûrement un accueil qui ne serait pas de tout repos.
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Paxa, an 957
-Et sinon… D'où as-tu dit que tu viens, déjà ?
Jana, l'apprentie de Bercal, fixait Roy avec curiosité. Celui-ci esquissa un sourire.
-Je ne l'ai pas dit. Tu n'es vraiment pas douée pour interroger discrètement.
La jeune femme grimaça.
-Forcément, normalement ici ce n'est pas nécessaire ! Alors, d'où tu viens ?
Mustang soupira et répondit vaguement. Il venait de loin, d'un endroit où ne régnait malheureusement pas cet esprit de soutien et d'amitié présent ici.
-Comment s'organise Paxa ? demanda-t-il soudain pour couper court aux questions de Jana. J'ai cru comprendre qu'il y avait plusieurs régions, et que Frieden est la plus à l'ouest, mais c'est tout.
-Tu ne connais vraiment pas du tout ? C'est super simple, tu vas voir.
Paxa est un grand cercle composé de huit régions. Celle de milieu-est s'appelle Heiwa, son médecin s'appelle Fumiyo et son apprentie, Kae. Celle de milieu-sud se nomme Paz, son médecin est Aldena et son apprenti s'appelle Lino. A milieu-ouest se trouve Pace et son médecin Ernesto, qui n'a pas encore choisi d'apprenti. A milieu-nord, il y a Fred, son médecin porte le même nom et son apprenti c'est Nor. La région de bord-est s'appelle Héping, et a deux médecins : Fen et Wei. Fen a une apprentie, Nuo. A bord-sud c'est Eirini, avec son médecin Hélène, son assistante Elia et son apprentie Lalie. Frieden à bord-ouest avec Bercal et Jana. Et enfin, Mir à bord-nord, son médecin s'appelle Agata et son apprenti, Misha.
-On est environ une centaine dans chaque région.
Jana fut appelée par une femme qui lui ressemblait à s'y méprendre. Sa sœur ? Elle adressa un signe d'excuses à Roy et s'éloigna.
Au cours de la journée, celui-ci fut beaucoup sollicité, et en répondant à diverses questions, il en posa d'autres et apprit plusieurs choses qui le surprirent au plus haut point, comme le fait que les gens d'ici paraissait toujours la moitié de leur âge. Bercal avait donc cent-vingt ans… Mustang eut le plus grand mal à expliquer qu'il n'avait pas soixante-dix ans, mais bien trente-cinq. Il sut également qu'à Paxa les notions de monnaie et de paiement n'existaient pas et qu'on pouvait lui demander n'importe quoi, n'importe quand à la déesse si on allait la voir, mais que les habitants de ce monde refusaient de la déranger tant qu'ils pouvaient s'en sortir seuls. La déesse créatrice avait besoin de repos après avoir tant fait pour eux (presque mille ans, ça quand même déjà une bonne sieste, vous trouvez pas ?). Cette façon dont leurs visages s'illuminaient à la mention de leur divinité était vraiment dérangeante. Ils étaient en totale adoration. Flippant. Et malgré le fait qu'ils le fixaient toujours avec gentillesse, le général ne pouvait s'empêcher de se sentir mal à l'aise. Résistant à l'envie de prétexter la fatigue pour retourner se terrer dans la pièce où il logeait temporairement, il s'approcha d'un groupe d'amis pour se renseigner sur cette histoire de demander n'importe quoi, n'importe quand à la déesse. Si celle-ci était vraiment omnisciente, elle devrait savoir où était Riza.
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Paxa, an 957
Roy siffla de douleur lorsque sa main s'écorcha sur la roche escarpée qu'il gravissait. Après s'être renseigné sur la possibilité de retrouver sa subordonnée grâce à la déesse -si elle existait vraiment…- le général avait pris la direction de la montagne de Pluma. L'espoir de la revoir enfin lui fit oublier sa blessure et il continua son ascension.
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Paxa, an 957
Enfin en haut ! Presque six heures qu'il jouait à l'acrobate, et il allait enfin pouvoir souffler un peu. Merde quoi, pourquoi s'installer si haut, alors qu'habiter quelques kilomètres plus bas aurait été tellement plus simple ! Pour lui…
Mustang aperçut une grande ouverture entre deux rochers massifs et s'y engouffra. Quelques mètres plus loin, un nouvel accès donnait sur un vaste espace au milieu duquel se trouvaient une table et une chaise. Plus loin, un fin matelas était posé à même le sol. Mais la grotte était vide d'une présence autre que le général. Derrière lui, il entendit des bruits de pas. Il se retourna et se figea. Riza lui adressa un grand sourire.
