Paxa, an 957
Riza adressa un grand sourire à Roy. Tétanisé par la surprise et une joie incrédule, celui-ci n'esquissa pas un mouvement et resta un moment à la fixer, bouche bée, bras ballants.
-Riza ? finit-il par murmurer.
Elle pencha la tête sur le côté.
-Riza ? Qui est Riza ?
Roy blêmit. Elle… ne se souvenait pas de son prénom ? Mais alors… Le reste de sa vie ? Lui ?
-C'est toi…
-Moi ? Vous devez faire erreur, mon nom est Takanohane.
Non, c'était impossible, elle ne pouvait pas avoir perdu la mémoire, elle ne pouvait pas avoir réellement tout oublié. Lui parler d'elle raviverait sans doute ses souvenirs.
-Non. Tu t'appelles Riza Hawkeye. Tu as trente-cinq ans, et…
Mais elle le coupa d'un geste de la main et parla d'une voix douce.
-Je suis vraiment navrée mais vous devez parler d'une autre personne. Je me nomme Takanohane et je n'ai certainement pas trente-cinq ans. C'est moi qui ait transformé ce monde il y a des centaines d'années pour le faire devenir ce qu'il est aujourd'hui.
Roy voulut parler mais un nouveau geste de la main l'arrêta.
-Regardez, murmura la déesse en pointant son doigt vers le ciel que l'on pouvait apercevoir par l'entrée de la grotte.
Le général obéit et, en voyant ce qu'il y avait devant lui, ne put s'empêcher de s'avancer pour le voir en entier. Il resta bouche bée devant la magnificence du spectacle qui s'étendait sous ses yeux. Durant son ascension, le ciel s'était embrasé tandis que le soleil, lumineux orbe d'or liquide, se fondait derrière l'horizon verdoyant de forêts. Roy avait vu maints couchers de soleil, mais celui-ci… Ce n'était pas un simple crépuscule, mais un moment de sublime beauté qui lui serra la gorge et qui resterait à jamais gravé dans sa mémoire. A ses côtés, la déesse sourit.
-Je suis plutôt fière de mes couchers de soleil.
Mustang cligna des yeux, peinant à revenir à la réalité.
-Hein ? Quoi ? Euh… bafouilla-t-il.
-C'est ainsi tous les soirs. Les premiers enfants avaient parfois du mal à s'endormir, alors j'ai changé le ciel. Maintenant, tous les enfants s'endorment paisiblement.
Takanohane se tourna vers Roy, l'air soudain plus sérieux.
-Voilà ma création. D'ici, vous pouvez voir la moitié du monde. Je ne suis pas Riza. En revanche, si je peux vous aider à la retrouver, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour cela.
Mais le général était trop bouleversé pour l'entendre. Il venait de recevoir une succession de chocs qui l'avaient mis à mal. La tête lui tournait, sa vue se brouillait, ses pensées était confuses… Il se sentit tomber puis flotter, et ce fut le noir total.
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Paxa, an 957
Takanohane, assise à même le sol, laissa ses yeux se perdre dans le paysage féerique dont elle était si fière. Depuis que cet homme était arrivé, quelques heures auparavant, elle sentait une étrange pulsation au niveau de son front. Ce n'était pas douloureux -une déesse ne ressent pas de douleur physique- ni vraiment désagréable mais elle aurait aimé s'en défaire. Elle avait l'intuition que quelque chose de mauvais et destructeur se cachait derrière cette sensation. La déesse se tourna vers l'homme qui avait, semblait-il, provoqué cet étrange battement. Il s'était évanoui quelques minutes après son arrivée et ne s'était toujours pas réveillé. Des mèches corbeau tombaient sur ses yeux. Ses paupières tremblaient dans son sommeil. Sa respiration était irrégulière. Takanohane pouvait guérir n'importe quelle blessure physique, mais la douleur de l'homme était psychologique. Sans doute seule cette femme avec qui il avait confondu la déesse pourrait l'apaiser.
Les yeux divins retournèrent soudain vers le paysage, vers une maisonnette de Frieden. Une âme la priait. Takanohane ouvrit son esprit et accueillit l'humaine qui s'adressait à elle.
Parle-moi, Jana.
L'âme eut un sursaut et s'abandonna dans les doux et réconfortants bras spirituels qui s'enroulaient autour d'elle.
Déesse… Je m'inquiète pour cet homme qui est venu quérir votre aide.
T'inquiète-tu pour lui ou t'inquiète-tu de lui, Jana ?
Les deux… Il semble perdu, mais… Oh, je ne sais que penser ! Qui est-il ? D'où vient-il ? Pourquoi est-il ici ? Que veut-il ? Je sais que je ne devrais pas douter, Déesse ! Vous savez mieux, et vous nous l'avez envoyé, mais… Je n'arrive pas à m'en empêcher, pardonnez-moi !
Il n'y a rien à pardonner, ma petite, il est normal de douter. J'insinue le doute en chacun de vous, car le doute amène les questions, et ce sont les questions qui font avancer l'être humain. Roy vient de très loin. Il est arrivé non loin de Paxa en cherchant sa bien-aimée. … Quelle est cette pointe d'amertume que je sens, mon enfant ? Aimerais-tu cet homme ?
Je… crois… Mais il est étrange d'aimer si vite, c'est stupide.
L'amour a ses raisons, que la raison ignore. Va en paix, petite, et ne te tracasse plus.
La communion prit fin et Takanohane soupira. Les mortels n'avaient pas conscience de l'échange. Ils étaient plongés dans une transe et en ressortaient apaisés et en paix. Elle se leva et s'assit près de Roy. Elle avait su son nom en lisant l'esprit de Jana. Elle le contempla un long moment. Il était beau… Très beau. Brusquement troublée, elle porta la main à son pendentif et sentit la sensation habituelle de douceur et d'apaisement l'envahit. Depuis sa naissance en ce monde, elle l'avait. En l'effleurant, elle avait cette sensation, comme si une main écartait doucement sa frange et des lèvres embrassaient tendrement son front. Elle se sentait aimée, protégée…
Takanohane se secoua. Il fallait qu'elle se concentre. Attendre que l'homme se réveille et l'aider à retrouver cette femme, cette Riza. Sauf que… La déesse ne voyait pas vraiment le temps passer. Immortelle, les vies humaines défilaient comme des secondes pour elle. Mais les quelques heures que Roy avaient passées à dormir étaient inexplicablement longues. Et pour la première fois en presque mille ans, Takanohane s'ennuyait.
Son soulagement fut grand lorsque son Beau au Bois Dormant montra des signes de réveil. Elle se pencha au-dessus de lui et sourit.
