Et voici le chapitre 2 de la fantastique histoire d'Enkida!
Bonne lecture!
Memento Vivere
2 : Bevelle, c'est reparti pour un tour
Des chants. Rikku entendait des voix chanter, réalisa-t-elle, encore vaseuse. Elle cligna des yeux une fois, deux fois, puis essaya de les fermer et de se rendormir. De belles voix, des hommes, des femmes et des enfants, tous en parfaite harmonie dans un choeur douloureusement familier, qui l'obligeait à rester éveillée. « Pourquoi ? » marmonna-t-elle, sentant ses entrailles se nouer. Elle connaissait les paroles de la chanson, comme n'importe quel habitant de Spira.
Rêve, Priant. Pour les siècles des siècles, accorde-nous la prospérité.
« Non, » murmura Rikku, ouvrant les yeux à nouveau. La lumière des pyrolucioles l'éblouit; elles tournaient paresseusement à la limite de son champ de vision avant de se perdre dans le ciel sombre. « Non, c'est un cauchemar, » se dit-elle avec fermeté tandis que la mélodie sans fin recommençait. L'Hymne des Priants était un chant qui fendait le coeur, beau et terrible à la fois. Entendre le chant, c'était entendre les Priants. Mais là où il y avait les Priants, il y avait aussi Sin.
Rikku ferma à nouveau les yeux et essaya d'ignorer le ciel noir et la sensation du béton froid sous sa joue. « Faites que ce soit un rêve, juste un rêve, » dit Rikku à nouveau, serrant les poings étroitement. La pointe de ses doigts la lança vivement, et elle ouvrir les yeux d'un coup. La blessure due à sa morsure était toujours là, recouverte maintenant d'une mince couche de sang séché et pulsant doucement là où elle avait malmené la croûte. Et l'Hymne flottait toujours au-dessus d'elle, chanté comme il ne pouvait l'être que par les Priants.
« Ça ne peut pas arriver... » grommela Rikku en s'asseyant et en se frottant la tête. Elle prit lentement conscience de son environnement. C'était la nuit et elle était assez certaine d'être à l'extérieur néanmoins, les hauts bâtiments sombres qui s'élevaient autour d'elle lui cachaient le ciel. En massant ses tempes battantes, Rikku se remit tant bien que mal sur ses pieds et s'appuya contre le mur. Elle poussa un soupir de soulagement : un rapide contrôle révéla qu'elle était toujours en un seul morceau. C'était la seule bonne nouvelle elle n'avait toujours aucune idée de l'endroit où elle se trouvait ni de comment elle était arrivée là.
Avec précaution, elle s'adossa contre le bâtiment et se glissa le long de la venelle elle voyait la lumière artificielle de la rue au-delà et les formes indistinctes de silhouettes qui bougeaient à proximité de la route. L'Hymne des Priants était inhabituellement fort, mais personne ne semblait s'en apercevoir ou y accorder de l'attention. Quand elle atteignit le bout de la ruelle, Rikku rassembla son courage et se pencha à l'extérieur, regardant dans la cité.
Des bâtiments décorés, vivement colorés, se dressaient haut dans le ciel des bannières claquaient au vent sur les toits de plusieurs immeubles. La rue débordait d'activité des gens se mêlaient en une vaste foule en vaquant à leurs affaires, formant un marais fourmillant d'humanité. Rikku reconnut immédiatement cette scène, et recula vivement dans la ruelle avec une exclamation silencieuse.
« Bon sang, qu'est-ce que... » chuchota-t-elle furieusement, alors que ses mains cherchaient automatiquement ses poignards et les dégainaient. « C'est Bevelle ! »
Sauf que ce n'était pas Bevelle, pas la Bevelle que Rikku connaissait bien, celle que Paine appelait son nouveau terrain de jeu, et le siège du gouvernement de coalition de Spira. C'était la Bevelle du passé, la puissance religieuse manipulatrice et terrifiante qui donnait des cauchemars aux Al Bheds. Les drapeaux et les bannières qui claquaient au vent affichaient bien en vue le symbole de Yevon et des gardes lourdement armés patrouillaient les rues avec des expressions sévères. On pouvait voir des prêtres et des moines guerriers qui portaient leurs anciens uniformes et se saluaient tandis qu'ils suivaient chacun leur chemin.
« Je suis en enfer ! » couina Rikku, jetant un rapide regard sur elle-même. Elle se glissa plus profondément dans la sécurité de la ruelle, ses doigts engourdis tâtant méthodiquement ses poches à la recherche d'un quelconque moyen de défense. Et elle en aurait besoin avec sa tenue excentrique et sa longue chevelure blonde, Rikku savait que son apparence faisait d'elle la parfaite incarnation de toute la race Al Bhed.
« Ça doit être l'idée que cette chimère se fait d'une très très mauvaise blague, » gémit-elle pour elle-même tandis qu'elle courait le long de la venelle vers l'autre extrémité de la rue en essayant de s'orienter. « Je savais que j'aurais dû accepter l'offre de Paine pour cette visite de Bevelle plus tôt. » Elle serra les dents et jeta un oeil depuis l'autre extrémité de la ruelle. Alors elle chancela et s'arrêta, bouche bée.
L'Hymne des Priants enfla jusqu'à un niveau insupportable, et Rikku se couvrit les oreilles et sentit la couleur se retirer de son visage. « Ce n'est pas possible... » marmonna-t-elle, sous le choc. Il y avait une immense foule réunie dans la rue les gens regardaient une étrange cérémonie religieuse qui avait lieu devant le palais ornementé de Bevelle. Ce n'était pas ça qui avait stoppé Rikku net c'était les participants qui l'avaient bouleversée.
« Désormais, » proclama la voix chevrotante, s'élevant au-dessus des murmures des gens rassemblés là, « ... nous accepterons le Ronso dans l'église de Yevon comme l'un des autres, car nous sommes tous frères et soeurs de Spira. Va maintenant avec la bénédiction de Bevelle et répands la parole dans ton peuple. La clémence de Yevon doit être connue de tous ceux qui ouvrent leurs coeurs aux Enseignements ! »
La massive créature à fourrure bleue se redressa et se retourna, et Rikku sentit ses entrailles se changer en plomb. « Maester Kelk... » s'étrangla-t-elle. Sauf qu'il n'était pas vêtu comme un Maester, et ne portait pas encore la longue barbe blanche qui le différenciait de ses frères. Plus important, quoi qu'il en soit, Kelk n'était de toute évidence pas mort. Par contre, Rikku ne pouvait être certaine que cela soit également vrai de Maester Mika, qui se tenait au côté du Ronso et paraissait minuscule en comparaison de son immense compagnon. Elle repéra même quelqu'un qui ressemblait beaucoup à Kinoc qui rôdait derrière eux, bien qu'il arborât bien plus de cheveux et moins de bedaine que dans ses souvenirs. Kinoc fit un pas en avant et leva les bras vers la foule, un large sourire sur le visage.
« Louange à Yevon ! » l'entendit-elle clamer, et la foule explosa en acclamations frénétiques.
Non. Non, non non NON ! pensa Rikku furieusement, se prenant la tête dans les mains tout en la secouant. « Ce n'est pas juste ! Ce n'est pas Spira ! Ce n'est pas ma Spira ! » Elle ne se rendait même pas compte qu'elle criait alors qu'elle se pliait en deux et essayait de se forcer à se réveiller de son cauchemar. « Yevon est mort ! Sin est mort ! On a déjà payé pour ça ! On a payé avec du sang et des vies et des coeurs et des Priants et tout ça c'est un mensonge ! »
Un petit attroupement commençait à se former autour d'elle, et des cris de surprise s'élevèrent quand ils reconnurent sa race. Rikku les ignora, trébuchant vers le palais qui, elle le savait, abritait la chimère dans ses profondeurs. « Ramène-moi à la maison ! » hurla-t-elle dans cette direction, comme si Bahamut était capable de l'entendre à travers les épais murs de pierre. « Je savais que vous étiez cruels, les gars, mais comment avez-vous pu me faire ça ? Comment avez-vous pu laisser perdre le sacrifice de Yuna ? Comment avez-vous pu me ramener ici ? Tout est faux ici et COMMENT AVEZ-VOUS PU ! »
Son dernier cri fut étouffé tandis que le premier garde l'attaquait. Rikku esquiva automatiquement et l'ignora, en l'envoyant voler d'un coup de coude au menton. Elle se tourna et courut vers le palais, se précipitant à travers les rangs des gardes surpris la seule chose qu'elle savait, c'était qu'il lui fallait atteindre la Chambre du Priant, pour voir l'étrange enfant-dragon et exiger d'être renvoyée à sa propre réalité.
« Elle veut s'en prendre à Mika ! » cria quelqu'un. La foule hurla et se dispersa. Elle entendit le déclic d'une arme à feu, porta la main à sa sacoche et lança une bombe aveuglante derrière elle. Elle explosa en même temps que la riposte du fusil, et des gens se mirent à courir dans toutes les directions, dans la panique. Rikku les ignora tous, déterminée à forcer le passage vers l'intérieur du palais elle trébucha et ralentit mais refusa de s'arrêter tandis qu'un autre fusil claquait brusquement et que la douleur explosait dans son épaule. « Enfer ! Bon, utilise de la poudre à rêve ! » entendit-elle un autre garde crier. Une bonbonne fumante atterrit à ses pieds et sans s'arrêter Rikku la ramassa et la relança dans la direction d'où elle avait été jetée. De nouveaux jurons jaillirent derrière elle, et Rikku se couvrit la bouche et retint sa respiration, chargeant à travers les quelques gardes qui restaient. J'y suis presque, pensa-t-elle furieusement, se jetant sur l'estrade et faisant signe de s'écarter à un Mika abasourdi. Sa course fut douloureusement stoppé alors que Kelk se jetait en travers de son chemin, en plantant un solide poing bleu dans son estomac. Et alors pour la deuxième fois de la journée, le monde explosa en blanc, et Rikku perdit connaissance.
.x.x.x.
« Ouch... je crois que j'ai préféré le réveil la première fois, » dit Rikku avec une grimace. Tout son corps la faisait souffrir, et son épaule lui faisait mal à crever. Bon sang, qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai l'impression qu'un chocobo m'a dansé sur le ventre ! Est-ce que j'ai de nouveau fait de la lutte avec Paine ou quoi ?
« Finalement tu te réveilles, » la salua une voix bourrue.
« Non, » répliqua immédiatement Rikku, en gardant les yeux fermés et en essayant de comprendre pourquoi elle avait l'impression que son épaule était en feu. Il vaut mieux soigner ça d'abord, pensa-t-elle, vaseuse, cherchant sa sacoche de la main. Ses doigts se refermèrent sur le vide au niveau de sa hanche, et elle ouvrit les yeux d'un coup. « Mes affaires ! Elles ne sont plus là ! » Elle essaya de s'asseoir et retomba aussitôt alors que son corps protestait à ce mouvement. Avec un sentiment croissant d'appréhension, Rikku tâta autour de sa taille et remarqua l'absence de toute sa ceinture, y compris la vêtigrille. « Oh non ! » gémit-elle.
« 'Videmment que tes affaires sont plus là! Tu crois pas qu'ils te laissent ton matos en prison, ou bien ? »
Rikku se força à ouvrir les yeux et lança un regard noir à la source de la voix. « Ferme-la ! » cria-t-elle. Puis elle écarquilla les yeux et la mémoire lui revint comme un coup de massue sur le front. Il n'y avait aucun doute depuis les cheveux bruns en bataille jusqu'au tatouage qui serpentait en travers de sa poitrine, c'était définitivement Jecht qui s'appuyait contre le mur dans la cellule en face de la sienne, en lui adressant un sourire amusé et suffisant. « Dje-dje-dje... » bégaya-t-elle, en le fixant bouche bée.
Jecht sourit et se rengorgea d'un air suffisant, en se tapotant la poitrine du pouce. « La vue te plait, hein? »
« Jecht ! Tu...Vous êtes Messire Jecht ! » finit par s'exclamer Rikku, la douleur momentanément oubliée pendant qu'elle le regardait avec de grands yeux. « Qu'est-ce que vous faites là ? »
Jecht croisa les bras et eut l'air perplexe. « Ben ça, c'est la première fois que j'obtiens une réaction normale depuis que je suis arrivé dans cette ville de fous. Pas étonnant que ça vienne d'une cinglée, » maugréa-t-il pour lui-même.
« Qui vous traitez de cinglée ? » rétorqua immédiatement Rikku, le choc disparaissant momentanément sous l'indignation.
« C'est comme ça que ces gardes t'ont appelée. Une sorte de cinglée d'un certain Al Bed. Si c'est là que ça te mène de te maquer avec ce Al, tu devrais probablement le larguer ! » Il prit un moment pour rire à sa propre blague pendant que Rikku ne pouvait que le regarder fixement, puis il lui adressa un autre large sourire. « Comme ça t'as entendu parler de moi, hein ? T'es une fan de Blitzball ? »
« Ah non ! » répliqua Rikku sèchement, exaspérée par sa suffisance inébranlable. « Vous êtes vraiment Messire Jecht ? » répéta-t-elle, en s'asseyant lentement et en s'accrochant aux barreaux pour mieux le voir.
Jecht fronça les sourcils et se gratta l'arrière de la tête, et l'espace d'un instant il ressembla tellement à Tidus que Rikku crut qu'elle allait éclater de rire. Puis elle se rappela qu'il pensait déjà qu'elle était folle et elle contint l'impulsion.
« Je sais pas pourquoi diable t'arrêtes pas de me donner ce « messire » à deux balles, mais ouais. Mon nom c'est Jecht, mon jeu c'est le Blitzball. » Il lui adressa un sourire travaillé et prit la pose, et Rikku résista à l'envie de lever les yeux au ciel.
« Waouh... Tidus ne plaisantait pas à propos de son ego, » murmura-t-elle à voix basse.
« C'était quoi ça ? » demanda Jecht, fronçant les sourcils avec curiosité.
« A-a-ah, » bredouilla Rikku en essayant de se rattraper, tout en agitant ses tresses. Le mouvement la fit siffler de douleur et elle tendit la main pour toucher son épaule avec précaution. Quand elle retira ses doigts, ils étaient couverts de fragments de sang séché. « Ouille, » dit-elle misérablement, en essayant de tâter les bords de la blessure.
« Hé, gamine, ça va ? » demanda Jecht, en la regardant avec un peu d'inquiétude. « Tu saignais assez méchamment quand ils t'ont amenée. Je crois qu'ils t'ont donné une sorte de médicament avant de te laisser là. Qu'est-ce que t'as fait, d'ailleurs ? »
Rikku fronça les sourcils et renonça à évaluer la blessure sur son épaule. « Je suis née, c'est suffisant pour ces Yévonites, » grommela-t-elle avec colère.
« Yévoquoi ? » demanda Jecht, perdu.
« Yévonites, » répéta Rikku, en secouant la tête. Puis, avec un léger sentiment de culpabilité, elle s'éclaircit la gorge. « Ecoutez, peut-être que vous devriez la fermer à propos d'être un célèbre joueur de blitz et tout ça à proximité des autres gens ici. Et... peut-être que vous ne devriez pas vous promener en disant aux gens d'où vous venez, non plus. La Zanarkand qu'ils connaissent n'est pas exactement la même Zanarkand que celle d'où vous venez de toute manière. »
« Tu sais que je viens de Zanarkand ! » répéta Jecht, avec une étincelle dans les yeux. « Ça alors, je pensais que je devenais dingue ici ! Donc tu me crois alors ? » demanda-t-il avec enthousiasme.
Je m'enfonce, je le sais bien. Qu'est-ce que je peux dire, qu'est-ce que je peux dire... « Je... euh... Je vous ai déjà vu jouer au Blitz. Sur... des sphères. Oui, c'est ça, des sphères ! J'ai vu des sphères de vous en train de blitzer ! Alors, hem... ouais. Je vous crois. Mais je suis sûre que personne d'autre ne le fera ! Parce que... ils n'ont pas vu les, euh, les sphères. »
« Mes matchs sont toujours passés en prime time ! Comment ça personne ne les a vus ? » bredouilla Jecht.
« Elles ont été cassées ! » dit Rikku avec un rire nerveux.
« Qu'est-ce qui a été cassé ? » demanda Jecht, l'air encore plus contrarié.
« La vache ! Vous êtes vraiment bouché ! Les sphères où vous jouiez au Blitz, » répliqua Rikku, exaspérée.
« Ben, c'est quoi des sphères, bon sang ? » Jecht jeta les bras en l'air de frustration.
Rikku soupira et se rassit. « Vous êtes vraiment d'un autre monde, » murmura-t-elle à voix basse. Puis son visage s'éclaira et elle claqua des doigts. « Là, je vais vous montrer ! » Elle porta la main à ses cheveux et tâtonna sous son bandana.
« Eh ? » dit Jecht, en regardant Rikku répandre ses tresses hors de leur lien désordonné et en faire le tri. « Qu'est-ce que tu fabriques encore ? »
« Hah, ils ne m'ont pas tout pris, » se réjouit Rikku, adressant à Jecht un signe de victoire tandis qu'elle dégageait un orbe bleu de l'une de ses tresses. Elle ne se souvenait même pas avoir caché ses précieuses vêtisphères pendant qu'elle courait à travers la ruelle parfois elle était reconnaissante que ses doigts baladeurs puissent travailler en pilote automatique même si son esprit était complètement ailleurs. « Parfois c'est bien d'avoir de longs cheveux, souvenez-vous-en ! » dit-elle à Jecht d'un air suffisant, en examinant brièvement la sphère.
« Humpf. Peut-être si on aime avoir l'air d'un nid d'oiseau, » répliqua Jecht avec un large sourire, si bien que Rikku fronça les sourcils et lui tira la langue.
« Tu peux causer, M. J'ai-terriblement-besoin-d'un-coup-de-peigne ! Pour ton information, ce nid d'oiseau est la raison pour laquelle je peux te montrer ce que c'est qu'une sphère, alors tu ferais mieux d'être reconnaissant ! » cracha Rikku. Elle tenait sa propre vêtisphère de voleuse, celle qu'elle avait enregistré alors qu'elle chipait des outils sous le nez de son père. Elle la gardait plus comme un souvenir qu'autre chose, puisqu'elle n'avait pas besoin de l'augmentation de la sphère pour renforcer ses capacités de pick-pocket voler était le passe-temps favori de Rikku, après tout.
« C'est ça, une sphère. On peut l'utiliser pour enregistrer des trucs qui arrivent et les repasser plus tard si on veut s'en souvenir, » expliqua Rikku patiemment.
« Hum, un peu comme une caméra alors ? » demanda Jecht, examinant la sphère avec curiosité.
« Ouais, on peut en faire des caméras aussi, même si ça n'arrive pas beaucoup en dehors de Luca... » Jecht commençait à regarder dans le vague tandis qu'elle jacassait, et Rikku se mordit les lèvres et reconsidéra sa générosité. Papa est là dessus. Et si Jecht est ici, alors peut-être qu'oncle Braska…
« Hé ! » dit Jecht avec impatience en l'interrompant. « Je pensais que tu allais me montrer comment ça marche ! »
« Ahh, » dit Rikku, en riant un peu trop fort tout en effaçant discrètement l'enregistrement sur la sphère. « Eh bien… hum, j'avais oublié que celle-ci est vide. Donc il n'y a rien à te… à vous montrer pour le moment ! »
Jecht se contenta de renifler et se rassit avec un air incrédule. « Bon sang, tues vraiment une tête de linotte. Peut-être qu'ils avaient raison, que tu es réellement folle, » grogna-t-il. « Pourquoi utiliser des sphères quand on pourrait simplement prendre une caméra, d'ailleurs ? C'est stupide, » grommela-t-il pour lui-même.
Rikku fusilla du regard Jecht et tint la sphère d'un air de défi. « Les sphères sont des caméras, crétin ! Je ne mens pas, et je vais le prouver ! Je vais faire un enregistrement de toi tout de suite et on verra qui est stupide, na ! » Elle batailla avec les boutons de la sphère, en fulminant.
Jecht leva juste les yeux au ciel et s'appuya à nouveau contre le mur avec un bâillement. « Mais oui, bien sûr. Garce cinglée, » maugréa-t-il à mi-voix.
« Ooh, toi ! » cracha Rikku, en tenant la sphère en l'air et en adressant à Jecht son meilleur regard assassin tandis qu'elle démarrait l'enregistrement. Avant qu'elle puisse ajouter une insulte acerbe, néanmoins, l'ouverture de la porte attira son attention. Un garde de la prison en armure lourde la franchit. Il entra à grand pas dans la pièce étroite et s'arrêta en face de sa cellule. Il se tourna brusquement et se mit au garde-à-vous.
Hmm... quelqu'un d'important doit nous rendre visite, pensa Rikku pour elle-même, en tendant le cou pour essayer de voir de qui il s'agissait. Et ensuite le temps s'arrêta.
Il était jeune, tellement jeune que cela faisait presque mal de le regarder elle n'avait pas réalisé à quel point il serait impitoyablement beau avec ses longs cheveux sombres et ses deux yeux valides et flamboyants. Même en tant que jeune homme il arborait la même expression sévère, les lèvres étroitement serrées l'une contre l'autre et les sourcils abaissés dans un froncement permanent, comme s'il était continuellement contrarié par ce qui l'entourait. Le plus époustouflant de tout, quoi qu'il en soit, c'était son visage. Pour la première fois, Rikku le voyait sans le masque de ses lunettes sombres et de son col montant. Et il était plus beau que dans n'importe lequel de ses rêves. Inconsciemment, elle tendit la main à travers les barreaux pour essayer de le toucher, pour voir s'il était réel, mais il la dépassa sans même montrer qu'il avait remarqué sa présence. Il s'arrêta devant le garde et lui adressa un regard sombre.
« Est-ce ainsi que vous marquez votre respect envers un Invocateur et son Gardien ? » dit Auron d'un ton sec, et Rikku laissa presque tomber la sphère.
C'est lui, c'est vraiment lui... Je reconnaîtrais cette voix n'importe où ! Elle regarda Auron, bouche bée et sans émettre un son, toujours assise sur le sol de sa cellule, et elle rougit violemment quand il la remarqua et rencontra son regard. Puis il remarqua la sphère dans les mains de Rikku et son froncement de sourcils s'accentua.
« Et au nom de Yevon, que fait cette prisonnière avec une- »
Rikku hoqueta et secoua furieusement la tête en direction d'Auron. S'il-te-plait, S'il-te-plait, S'il-te-plait, ne dis rien ! Elle paniquait, en le suppliant silencieusement. Si elle était vraiment coincée dans le passé, elle avait une vague idée de ce qui se passerait si les gardes de Bevelle prenait une prisonnière avec du matériel de contrebande..., en particulier une prisonnière al bhed.
Les lèvres d'Auron se tordirent légèrement, mais il reporta son attention sur le garde qui affichait un air narquois et il croisa les bras. « Vous vous inclinerez quand le seigneur Braska entrera. »
« Il n'est pas encore Invocateur, monsieur. Donnez-moi une seule bonne raison pour laquelle je devrais faire quoi que ce soit pour cet amoureux des Al Bheds, » dit le garde avec un rictus méprisant.
Rikku tressaillit au ton du garde, baissant les yeux vers sa sphère. Outch... Elle avait presque oublié ce que ça faisait d'être à ce point haï par tous les autres un élancement douloureux traversa sa poitrine. Puis elle serra les lèvres en une ligne mince. Ne les laisse jamais voir que tu es mal à l'aise ! se dit-elle sévèrement. Ouais, c'est bien moi... Reste d'un calme olympien, Rikku. Sois comme Auron. Calme. Impassible. Tu pourras mettre le feu au pantalon de ce connard plus tard, pas vrai ?
La voix glaciale d'Auron coupa court à ses réflexions elle aurait juré que la température ambiante avait baissé de plusieurs degrés rien qu'au ton de sa voix. « Volontairement ou non, vous vous inclinerez. Est-ce que je me fais bien comprendre ? » Il effleura la poignée de son épée et adressa au garde un regard éloquent.
Le garde pâlit et déglutit bruyamment avec d'acquiescer. « Ou-oui, monsieur... »
« Auron, ça suffit. » Rikku tourna d'un coup la tête vers la porte et manqua pour la deuxième fois de lâcher la sphère. L'homme de grande taille qui entrait dans la pièce derrière lui était facilement reconnaissable. Il eut un sourire d'excuse, défroissant ses longues robes. « Il faut lui pardonner. Les Gardiens peuvent être assez intimidants parfois, n'est-ce pas ? »
« Oui, monsieur ! » répondit vivement le garde, en joignant les mains respectueusement et en s'inclinant bien bas devant Braska. « Le prisonnier que vous vouliez voir, monsieur ! » ajouta-t-il en faisant claquer ses talons et en indiquant Jecht.
Braska regarda par-dessus l'épaule du garde vers Rikku. Des yeux étonnamment bleus dans un visage doux examinèrent la jeune femme il ressemble tout à fait à Yunie ! réalisa-t-elle, sous le choc. Il leva un sourcil quand il remarqua la sphère, et ensuite, à la surprise de Rikku, lui adressa un clin d'oeil de complice. Puis Braska se tourna vers Jecht, qui regardait toute la scène avec un air d'ennui amusé.
« Ces dames ont fini de se pavaner ? » dit Jecht d'un ton méprisant, appuyant un bras sur sa jambe. « Vous êtes qui, d'ailleurs ? »
Braska ignora le sarcasme et s'approcha de la cellule de Jecht, inclinant la tête avec curiosité. « Vous êtes celui qu'ils appellent Jecht, l'homme qui vient de Zanarkand, n'est-ce pas ? »
Jecht dévisagea Braska avec suspicion, tambourinant des doigts sur son genou. Il jeta un regard furtif à Rikku, et elle réalisa un peu tard que ses conseils bien intentionnés pourraient s'avérer contre-productifs. Avec un large sourire, elle essaya d'adresser à Jecht un signe de tête encourageant et elle se figea quand elle remarqua le regard sombre et suspicieux d'Auron.
Jecht soupira bruyamment et haussa les épaules. « Et alors ? » dit-il avec insouciance.
Auron était au côté de Braska avant qu'il ne puisse ajouter un mot de plus. « Surveille ton langage, canaille ! » cracha-t-il durement, mais il se maîtrisa quand Braska lui lança un regard d'avertissement.
« Mes excuses. Je suis Braska, un Invocateur. » Il fit une pause, attendant la réaction de Jecht, mais le joueur de blitzball se contenta de bâiller. Auron se raidit visiblement. Braska laissa un demi-sourire jouer sur son visage et baissa un peu la tête. « Eh bien... peut-être que vous serez plus intéressé à savoir que je viens pour vous faire sortir de cet endroit. »
Cela éveilla l'intérêt de Jecht il se redressa rapidement, s'approcha des barreaux de la cellule et adressa à Braska un commentaire direct. « Ça sonne bien. Où est le piège ? » Il s'étira paresseusement et replia les bras sur sa tête.
Braska répondit seulement par un rire, en haussant les épaules. « Etait-ce si facile à voir, vraiment ? Je pars bientôt en Pélerinage. » Braska fit une pause, attendant une réponse, et comme aucune ne venait, il secoua la tête et essaya à nouveau. « ... vers Zanarkand ? »
Les bras de Jecht s'abaissèrent en même temps que ses yeux s'éclairaient avec un espoir enfantin, un autre trait dont Tidus avait hérité sans le savoir. « Sans blague ? » demanda-t-il.
Braska acquiesça et sourit. « Je voudrais que vous vous joigniez à nous. Ce sera un voyage dangereux. Néanmoins, si nous atteignons vraiment Zanarkand... » Il fit une pause et ferma les yeux. Ses épaules s'affaissèrent un peu. « ...mes prières seront exaucées. »
La sphère trembla dans les mains de Rikku. Comment peux-tu prier pour ça, oncle Braska ? Ton espoir est un mensonge ! Mais elle resta silencieuse.
« Hein ? » marmonna Jecht en regardant Braska à travers les barreaux de la cellule, confus.
« Oh... » Son humeur sombre quitta Braska aussi vite qu'elle lui était venue, et il adressa à Jecht un sourire d'encouragement. « Et vous pourrez rentrez chez vous, pensons-nous. Qu'en dites-vous ? »
Jecht haussa les épaules, un large sourire s'épanouissant sur son visage. « Génial, allons-y ! »
Aussi bien Auron que Braska marquèrent un temps d'arrêt à l'acceptation facile de Jecht. « Si vite ? » demanda Braska avec un air de doute. « Même Auron n'a pas- »
« Ne me comparez pas avec cet imbécile aviné, » le coupa aussitôt Auron avec dégoût.
« Ce n'est pas moi qui ait une jarre de gnôle accrochée à la hanche, » répliqua Jecht avec un sourire narquois, imperturbable devant le regard féroce d'Auron.
Braska intervint rapidement quand il vit la mâchoire d'Auron se serrer. « Alors c'est décidé, » dit-il, écartant Auron des barreaux.
« Mais je dois protester ! » bredouilla Auron, en fixant Braska avec consternation. « Cet ivrogne, un Gardien ? » Le dégoût dans sa voix était évident, et Jecht se hérissa.
« Tu veux entrer ici et me répéter ça ? » Il fit craquer sa nuque et frappa ses larges poings l'un contre l'autre, en soutenant fermement le regard d'Auron.
« Mmh, » dit Braska, tandis qu'un petit sourire se formait sur ses lèvres. « Il n'y pas beaucoup de gens qui peuvent soutenir le regard d'Auron sans broncher, » dit-il à Jecht, surprenant le grand gaillard. « Je crois que vous ferez un très bon Gardien. » Puis il se tourna vers Auron et posa une main apaisante sur son épaule. « Quelle importance cela a-t-il de toute manière, Auron ? Personne ne croit vraiment que moi, un Invocateur déchu marié à une Al Bhed, j'aie une chance de vaincre Sin. C'est ce qu'ils disent tous. Personne ne s'attend à ce que nous réussissions. »
« Braska... » protesta aussitôt Auron, mais Braska se contenta de secouer la tête et resserra sa prise.
« Montrons-leur qu'ils ont tort. Un Invocateur déchu, un homme de Zanarkand... et un moine guerrier, condamné à l'obscurité pour avoir refuser la main de la fille d'un prêtre. Quelle délicieuse ironie ce serait si nous vainquions Sin ! »
Rikku sentit ses yeux s'écarquiller tandis qu'elle regardait fixement Auron. Il avait le visage rouge, probablement d'embarras mais aussi de colère à l'analyse sans ambiguïté de Braska quant à leur réputation. Ce n'était pas ce qui la fascinait, néanmoins. Auron a eu une petite amie ? Elle avait de la peine à intégrer cette idée l'Auron qu'elle connaissait était incompatible avec la romance. Mais si c'était vrai ? Une pointe aiguë de jalousie la transperça. Qui fut suivie par un éclair encore plus douloureux de déception. Mais si ce qu'oncle Braska dit est vrai, alors il l'a envoyée paître plus vite que Gippal ne peut soulever une jupe. Et ensuite, la déception se changea lentement en amusement, et elle eut à peine le temps d'éteindre la sphère et de la ranger dans ses cheveux avant que ses gloussements ne s'échappent de façon audible.
La vache… il est vraiment né avec un balai dans le cul ! Je me demande ce qu'il dirait s'il pouvait me voir maintenant ! Elle réalisa qu'Auron était en train de la regarder, et qu'il pouvait la voir au moment même, seulement cet Auron-là ne la connaissait pas du tout. Et c'était ça le plus drôle. « D-délicieuse… ironie ! » réussit-elle à haleter, tandis que son rire éclatait en bouffées et sanglots douloureux. Elle était pliée en deux et sentit la croûte sur son épaule s'étirer et s'ouvrir une nouvelle fois.
« Silence, chienne al bhed ! » brailla le garde en se tournant vers elle et donnant un coup dans les barreaux de la cage de sa lourde botte. Rikku se tint seulement le ventre et rit plus fort.
Jecht les regarda depuis sa cellule d'un air incertain, puis secoua les barreaux de sa propre cage avec une grimace.
« Restez pas là sans rien faire et sortez-moi de là ! Sa folie est peut-être contagieuse, » maugréa-t-il.
Braska l'ignora et se dirigea vers la cage de Rikku, s'agenouilla à côté d'elle et l'examina à travers les barreaux. Le garde fit mine de le tirer en arrière, mais Auron l'arrêta d'un regard avant qu'il ne puisse déranger l'aspirant Invocateur.
« Alors, comment une jeune fille al bhed s'est-elle retrouvée perdue au coeur de Bevelle ? » demanda-t-il avec douceur. Il fronça les sourcils quand il vit le lent filet de sang qui s'écoulait de son épaule, et un bref éclair de colère passa sur ses traits. « Elle est blessée. Pourquoi ne s'est-on pas encore occupé de cette blessure ? » demanda-t-il en se relevant et en fixant le garde d'un regard sévère.
« Mais monsieur… c'est juste une Al Bhed ! » répliqua le garde.
« C'est un être humain, et elle mérite d'être traitée comme telle, » dit Braska d'un ton sec. Il regarda fixement le garde qui s'agita un peu puis se redressa.
« Elle a attaqué Maester Mika, » dit-il sur la défensive.
Rikku, qui avait finalement réussi à réprimer son fou rire, sauta sur ses pieds et grimaça de douleur. « Pas du tout ! » cria-t-elle. « C'est cet imbécile de Kelk Ronso qui m'a attaqué ! J'essayais juste de rentrer dans le temple, mais vous vous êtes mis sur mon chemin ! »
Le garde se retourna avec colère en soulevant son arme. « Blasphème ! Une Al Bhed, dans un temple de Yevon ! On devrait te mettre à mort pour cette impudence ! »
« Silence ! » dit Braska en élevant un peu la voix. C'était un homme calme, modeste, à la voix douce, et gentil pourtant, il y avait quelque chose dans son allure qui inspirait le respect. En général, c'était paisible en revanche, quand quelque chose lui tenait suffisamment à coeur pour qu'il élève la voix, ce pouvoir se manifestait de façon éclatante, intimidant ceux qui se tenaient en sa présence.
Sa volonté, pensa Rikku. Exactement comme Yunie. C'est pour cela qu'il peut battre Sin. Braska n'avait pas bougé, mais sa présence semblait emplir la pièce. Il se tourna et regarda vers elle avec une expression pensive. « Pourquoi vouliez-vous entrer dans le temple ? » demanda-t-il doucement. « Vous êtes al bhed. » Elle savait ce qu'il n'exprimait pas à voix haute vous haïssez les temples. Vous avez les Invocateurs en horreur… vous détestez les gens comme moi.
Rikku secoua furieusement la tête. « Ce n'est pas ça ! Je… Je voulais juste voir le Priant, » marmonna-t-elle, les yeux baissés vers ses bottes. Que suis-je censée dire ? se demanda-t-elle. Je voulais forcer Bahamut à sortir de sa statue et l'obliger à me renvoyer à la maison, pour que je n'aie pas besoin de vous regarder tous les trois mourir pour rien ? Elle leva alors les yeux avec une étincelle dans l'oeil. « Je voulais juste demander pourquoi. »
Braska l'examina un moment, et lui adressa un lent hochement de tête. « Inhabituel, » dit-il finalement. « Est-ce que nous nous connaissons ? Vous me rappelez quelqu'un... » ajouta-t-il, en plissant les yeux.
« V-vous connaissez cette criminelle ? » couina le garde, en blêmissant. Il se calma très vite quand Auron tapota la poignée de son épée d'un air décidé.
« N-non ! Nous ne nous sommes jamais rencontrés ! C'est vrai ! Je ne suis personne de spécial ! » bredouilla Rikku, en souriant largement et en se tordant les mains. Elle commença à se balancer d'avant en arrière puis s'arrêta avec une grimace comme la blessure de son épaule la lançait encore davantage. « Ouille... » siffla-t-elle doucement.
« Hmm, » dit Braska pensivement, en se frottant le menton.
« Eh ! Vous devriez la prendre aussi ! » cria soudain Jecht, en s'appuyant contre les barreaux de sa cage. « Elle sait tout au sujet de ma Zanarkand. Elle a dit qu'elle l'avait vue sur une sphère ou un truc comme ça ! » Puis il sourit largement. « En plus, c'est jamais mauvais d'emmener une fille si elle est bonne !»
« Bonne ? »bredouilla Rikku, en virant au rouge, dégoûtée. Jecht, perspicace comme il l'était, prit sa réaction pour de la gêne.
« Ah, me dis pas que tu es timide, pas avec les fringues que tu portes ! » dit-il en riant.
Le visage de Rikku devint presque pourpre et elle explosa avec colère. « Tu n'es qu'un vieux cochon ! » tempêta-t-elle en secouant le poing sur le barreau. « Pour la dernière fois, je ne suis pas une de tes stupides fans de Blitzball ! Et tu n'es pas censé être marié ou quelque chose du genre ? » ajouta-t-elle, les mains sur les hanches. Puis elle blêmit en voyant Jecht devenir silencieux et la fixer avec attention.
« Et comment tu saurais ça à moins d'avoir vraiment entendu parler de moi, » se demanda-t-il à voix haute en la transperçant d'un regard menaçant.
« Oups... » marmonna Rikku, sentant les autres se tourner vers elle avec des regards interrogateurs.
« Braska, c'est une mauvaise idée, » coupa Auron en se frottant les tempes. « D'abord cet soûlard, et maintenant une Al Bhed- » il ignora le regard noir que lui lancèrent les autres et continua d'un ton brusque. « -et il semble qu'ils se connaissent, en plus. Je dois protester fermement contre cette idée, mon seigneur ! Nous ne savons pas ce qu'ils pourraient préparer de condamnable. »
Rikku serra les poings et lança un regard noir à Auron, tandis que toutes ses tendres pensées à sa jeune et époustouflante apparence s'envolaient. Enfin, presque toutes ses pensées il avait des lèvres à tomber, spécialement quand elles étaient retroussées avec tant de colère. On se concentre, Rikku ! Elle fixa son regard un peu plus haut sur le visage d'Auron.
« Ce qu'on pourrait préparer ? Ohé ? Et ce que vous et Braska préparez, hein ? Vous voulez juste qu'il fasse ce pélerinage pour qu'il nous sauve tous ! » cracha-t-elle. « Regardez-moi dans les yeux et dites-moi comment quoi que ce soit que je pourrais concocter pourrait être pire que ça ! »
La mâchoire d'Auron se crispa et il lui rendit son regard furieux mais sans rien dire. Rikku soutint son regard hardiment, refusant d'être intimidée par son expression féroce. Pas question, pas cette fois, mec! Elle laissa échapper un petit « humpf » de satisfaction quand Auron rompit le duel de regard le premier en rougissant de colère.
« Oh, » dit Braska, en se tournant vers Rikku avec un regard admiratif. « Je ne pensais pas que quelqu'un d'autre pouvait faire ça à Auron, et ici c'est arrivé deux fois en quelques minutes. Je pense que c'est un signe, » dit-il avec un petit rire.
« Eh bien ? » dit Jecht impatiemment, déconcerté par tout l'échange. « Alors elle vient avec nous ou quoi ? »
Le sourire resta sur le visage de Braska pendant qu'il observait Rikku. « Etes-vous intéressée ? »lui demanda-t-il. « C'est mieux que de rester ici, je pense. Mais en fin de compte le choix vous appartient. »
Rikku regarda Braska. Ai-je le choix ? Je ne veux pas d'un autre Pélerinage… Je voulais que ce temps-là soit terminé pour toujours. Elle fit la grimace et pensa à Bahamut si le seul chemin de retour passait par le Priant, alors elle n'avait pas beaucoup de choix après tout.
« Ouais, » dit-elle à contrecoeur. « J'irai avec vous, seigneur Braska. »
« Alors c'est décidé, » dit Braska sur un ton raisonnable. « Bienvenue dans le groupe. »
