Memento vivere chapitre 3 : Le vrai visage d'une légende
Malheureusement pour Rikku, il ne suffisait pas de simplement accepter l'offre de Braska pour devenir un de ses Gardiens. Elle s'assit sur le sol de sa minuscule cellule et regarda avec ennui Braska essayer sans succès de négocier sa libération avec le garde. « Hé, est-ce que je peux au moins avoir une serviette ou quelque chose ? » demanda-t-elle avec une mine dégoûtée en essuyant le sang qui coulait lentement le long de son dos. « Beurk. » Elle essuya ses doigts sur l'ourlet de sa jupe.
« Silence ! » brailla le garde dans sa direction.
« Pourquoi ? » répliqua Rikku avec insolence. « On devrait voir les prisonniers mais pas les entendre ? Eh ben, c'est vache, c'est vous qui m'avez tiré dessus, alors faites ce qu'il faut ! »
« Insolente petite... »
« AOUHOUUUUH HOUUU HOUU HOU ! » cria Rikku en réponse. Puis elle adressa au garde un sourire hypocrite. « Je me tairai si vous me laissez sortir d'ici, » ajouta-t-elle sur un ton suave.
« Mademoiselle, peut-être devriez-vous arrêter d'essayer de m'aider, » marmonna Braska. « Excusez-moi, » ajouta-t-il, plus fort, en attirant à nouveau l'attention du garde sur leur discussion. « Je ne vois pas quel est le problème. »
« Le problème, c'est que vous voulez faire l'équipe d'un Invocateur à partir d'une bande de criminels ! » cracha le garde, en jetant un regard noir à Braska. « Un seul ne vous suffit pas ? » Il fit un geste en direction de Jecht, qui avait maintenant été libéré et se tenait derrière eux.
« Eh, qui tu traites de criminel ? » rétorqua Jecht en croisant les bras avec un regard mauvais.
« Il ne vous traiterait peut-être pas de criminel si vous cessiez de vous comporter comme tel, » dit Auron avec brusquerie.
« Pourriez-vous tous vous calmer, s'il vous plait ? » Braska se retourna et jeta un regard aux deux hommes derrière lui.
Avec un soupir, il fit face et s'adressa au garde qui s'était planté devant la cellule de Rikku. « Nous nous porterons garants pour elle. Vous avez ma parole qu'elle ne causera plus de trouble tant qu'elle sera à Bevelle. »
« Votre parole ne vaut rien, » dit le garde. « On ne peut pas faire confiance à un amoureux des Al Bhed ! »
« Toi, » grogna Auron en plissant les yeux et en tendant la main vers son épée.
« Menacez-moi autant que vous voulez ! » répliqua le garde avec virulence, en s'éloignant de plusieurs pas du Gardien qui fulminait. « Je préfère être tabassé pour avoir fait mon travail qu'exécuté pour avoir autorisé la libération d'une meurtrière Al Bhed ! »
« Est-ce que quelqu'un va me dire qui est Al, par pitié ? » Jecht leva les bras au ciel.
C'est ces gars-là qui ont vaincu Sin ? Rikku resta bouche bée devant leur cirque. La vache, on ne dirait pas en les regardant. Puis les mots du garde atteignirent son esprit, et une soudaine vague de panique s'abattit sur elle. « Attendez une minute, stop stop stop ! » cria-t-elle d'une voix stridente en sautant sur ses pieds. « Quelle meurtrière ? Je ne suis pas une meurtrière ! » D'ailleurs, on ne peut pas tuer quelqu'un qui est déjà mort, pensa-t-elle avec regret.
« Les Maesters décideront de ton sort, racaille! » répondit le garde, et Rikku blêmit.
« Ah NON ! Sortez-moi de là ! » Elle s'accrocha aux barreaux et fixa désespérément Braska. « Je suis trop jeune et trop belle pour mourir à Bevelle ! Je suis un électron libre, pas un assassin ! J'aime le sable et le soleil et la paix et la liberté et… et… Je suis allergique aux pelotons d'exécution ! A l'aide ! »
« Y a pas d'aide pour toi, gamine. On va te pendre, » ricana le garde.
« Personne ne sera pendu ! » interrompit Braska, l'air fâché. « Si vous daignez seulement m'écouter- »
« Moi je dis qu'on n'a qu'à le tabasser et prendre les clés, » proposa aimablement Jecht en faisant craquer ses jointures.
Rikku cria à nouveau d'une voix aiguë, en secouant les barreaux de sa cage. « Ça craint, cette histoire ! Si je survis à ça, je vais tuer le Priant moi-même ! »
« Vous voyez bien ! » hurla le garde, en pointant son fusil sur Rikku.
Auron, qui était resté étrangement silencieux jusqu'à ce moment, réagit finalement. Plus précisément, réalisa Rikku, elle vit sa colère déborder et le submerger. Rikku connaissait l'air que prenait son visage. Elle en avait été la cause plus d'une fois pendant le pélerinage de Yuna. Oh-oh… quand Auron explose, en général ça fait des dégâts. Elle s'éloigna prudemment des barreaux.
« Hé là, » cria Jecht, en sautant hors du chemin d'Auron.
Auron le dépassa rapidement et tira son énorme épée. Il en asséna un coup vers le bas devant le garde qui battait en retraite, tranchant le lourd canon d'acier du fusil qu'il brandissait comme s'il était fait de papier. Un silence tendu s'abattit sur le groupe, ponctué par le bruit sec et métallique du canon qui roulait sur le sol de pierre.
« Silence, » dit Auron laconiquement, en prenant le temps de se redresser et de les toiser tous avant de ramener l'épée sur son épaule. « Occupez-vous de Jecht, » dit-il à Braska. « Je me charge de la fille moi-même. On se retrouve à l'extérieur. »
« Quoi ? Auron a le droit de mettre une branlée à cette chochotte et pas moi ? » râla Jecht, même quand Braska l'attrapa par le coude et le tira vers la porte.
« J'ai appris qu'il vaut mieux ne pas contester les méthodes d'Auron quand il est de mauvaise humeur... » murmura discrètement Braska en sortant de la pièce.
« Mmpf, » dit Auron en transperçant du regard le garde qui tremblait. Il pianota des doigts sur la garde de son épée et fronça les sourcils avec impatience. « Soit tu ouvres, soit je m'en charge. »
« Ou-oui, monsieur ! » dit le garde, en s'emmêlant les pieds alors qu'il cherchait maladroitement à saisir les clés de la cellule de Rikku. Il parvint à ouvrir la porte, mais Rikku resta en arrière en se tortillant tandis que le regard scrutateur d'Auron était fixé sur elle.
« Alors ? » demanda-t-il avec impatience. « Vous venez ou non ? »
« Rengainez ce truc d'abord, après on en parle, » couina Rikku en se recroquevillant tandis qu'il la toisait. Elle grimaça quand le mouvement rouvrit encore davantage la plaie séchée sur son épaule.
Les yeux d'Auron se rétrécirent, mais il rangea l'épée. « Très bien. Maintenant venez avant de vous blessez encore davantage, » lui dit-il avec exaspération. Alors que l'absence d'une arme brandie diminuait légèrement son pouvoir d'intimidation, cela eut malheureusement le même effet sur le garde au visage tout pâle, qui rassembla assez de courage pour protester quand Rikku sortit de sa cellule.
« M-mes supérieurs en entendront parler ! » geignit-il, en se redressant rapidement avant de reculer.
« Bien, » dit Auron d'un ton brusque. « Dis à Kinoc que nous le verrons dans son bureau sous peu. »
La porte se referma en claquant derrière le garde nerveux, et Rikku se retrouva seule au côté d'Auron. Elle réalisa avec surprise qu'elle avait grandi depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu elle n'avait plus besoin de lever les yeux tout à fait autant pour voir son visage. Ce fut un choc plus grand pourtant de voir ses traits réguliers, sans aucune marque. « Euh… merci, je suppose ? » lui dit-elle avec un sourire incertain.
Les lèvres d'Auron se tordirent en grimace, et il lui saisit le coude sans ménagement. « Ne vous y trompez pas, je fais cela pour le seigneur Braska, pas pour vous. »
« Outch ! Qu'est-ce que vous faites ? Lâchez-moi ! » protesta Rikku quand il commença à la tirer vers la porte.
« Hé, hé – outch – stop ! Je vais vous suivre, d'accord ? Pas besoin de me traîner comme un chocobo ! »
Auron s'arrêta brusquement et se tourna en maintenant sa prise en étau sur son avant-bras. Il se pencha et la fixa longuement, le regard froid et dur, et quand il parla son ton était sec.
« Vous êtes une prisonnière de Bevelle et potentiellement un assassin Al Bhed. Malgré le mal que j'en pense, je suis sur le point de m'occuper de votre libération et de vous accorder la position privilégiée de Gardien. En conséquence, je suis directement responsable de vos actions à partir de maintenant. » Sa prise se resserra douloureusement et Rikku grimaça. « Ne pensez pas une seconde que je cautionne quoi que ce soit que vous ayez dit ou fait. Si cela dépendait de moi, je ne vous ferais pas pendre. » Il fit une pause et relâcha sa prise sur le bras de Rikku. « Je ferais en sorte que vous soyez abattue à vue. »
« Ouch, » fit Rikku à voix basse. Elle laissa Auron la tirer hors de la pièce, tout en faisant un peu la moue. « Mais- »
« Pas besoin d'une conversation, » répliqua Auron sans même prendre la peine de la regarder, en les guidant rapidement à travers le labyrinthe complexe de couloirs dans le vaste bâtiment.
« Vous n'avez pas besoin d'être si grossier, vous savez ! » lâcha Rikku. « Je ne suis pas une meurtrière ! »
« Bien sûr, » grogna Auron. « Juste une autre prisonnière innocente, alors ? »
« C'est ça ! » Rikku parvint finalement à dégager son bras de la poigne d'Auron. Il s'arrêta pour la regarder mais elle lui adressa seulement un haussement d'épaules. « Passez devant ! Je serai sage, promis ! »
« D'accord, » dit-il après un moment, en poursuivant son chemin le long du corridor. Rikku avait envie de penser qu'il la laissait se déplacer librement parce qu'il lui faisait confiance pour ne rien faire de stupide elle pouvait néanmoins dire à la façon dont sa main restait près de la poignée de son épée qu'il considérait qu'il aurait un bonne raison pour la frapper si elle faisait le moindre faux-pas. Elle déglutit bruyamment et lui adressa un sourire inquiet. La vache ! Ce qu'il peut être strict ! Peut-être qu'on se détend un peu avec l'âge. « Alors... » dit-elle nerveusement. « Vous êtes Auron, c'est ça ? Vous ne voulez pas savoir qui je suis ? »
« Non. » dit-il sèchement.
Rikku prit un air renfrogné. « Allez, vous n'êtes pas un tout petit peu curieux ? » Elle fit une mine boudeuse mais mignonne, en essayant d'attirer son attention. Sa mine disparut quand il s'arrêta et lui lança un regard glacial ce n'était pas la sorte d'attention qu'elle avait espérée.
Il l'observa un moment, puis parla. « Vous êtes Al Bhed. » Il ne dit rien d'autre, mais il n'avait rien d'autre à dire. Rikku sentit son visage se décomposer quand elle entendit ses paroles. C'est un cauchemar pire que je ne pensais. Messire Auron n'est pas comme ç traite tout le monde mal, pas seulement les Al Bheds ! Tandis qu'elle le regardait, néanmoins, elle réalisa qu'il n'était pas le Auron qu'elle avait appris à connaître pendant le pélerinage de Yuna. Cet Auron-ci était plus jeune, plus en colère, et encore très largement un fier Moine Guerrier.
C'est un des leurs ! pensa-t-elle avec un frisson. C'est un Yevonite ! Inconsciemment, elle s'éloigna de lui d'un pas, soudainement dégoûtée par sa présence ses traits familiers masquaient un étranger qu'elle ne connaissait pas et à qui elle ne pouvait se fier, et elle en concevait un sentiment de froid et de colère. Qu'elle puisse tout de même le reconnaître constituait la pire de toutes les plaisanteries cet Auron était une caricature de l'homme qu'elle pensait aimer.
Il remarqua son changement d'attitude et lui adressa un regard perplexe. Bien sûr, pensa Rikku avec amertume. Les Al Bheds ne sont pas encore acceptés en tant que personnes sur cette Spira. Je devrais pourtant savoir que je ne dois pas m'étonner de son attitude. « Désolée, » dit-elle avec dédain, en se détournant pour échapper de son regard. « J'ai juste pensé que vous pourriez être curieux. C'est ma faute. Je vous en prie, continuez à m'appeler comme vous voulez. En fait, pourquoi ne pas ajouter un ou deux noms de plus, pour épicer un peu tout ça ? Mécréante, peut-être, ou racaille si c'est trop fort. Racaille Al Bhed. Ça sonne bien, non ? »
Auron cligna des yeux, surpris et fronça les sourcils. « Je- » Il hésita, et quand il devint clair qu'il n'allait pas présenter d'excuses, le mépris de Rikku enfla pour remplir le silence inconfortable.
« Ne vous faites pas mal en essayant trop fort, là, » dit Rikku d'un ton tranchant en croisant les bras et en faisant une grimace. « Est-ce que la dispute peut au moins attendre que nous soyons sortis de ce trou ? »
Auron grogna, tourna sur les talons et continua le long du corridor. Rikku le suivit avec un air maussade, tandis que ses yeux lançaient des poignards dans le dos de son manteau rouge. Il resta silencieux, mais le port de ses épaules était raidi par la tension et Rikku grinça des dents. « Vous savez, votre précieux Seigneur Braska a épousé une Al Bhed, » finit-elle par dire, incapable de rester silencieuse. Auron préféra ne pas répondre, et Rikku sourit d'un air narquois dans son dos. « A mon avis, vous allez devoir faire attention à ce que vous dites en sa présence, vu à quel point vous vous préoccupez du respect dû à un Invocateur. » Auron ignora ses piques et Rikku se demanda si les nuages noirs qui bouillonnaient au-dessus de sa propre tête pouvaient se voir. « Yevonite, » cracha-t-elle sur un ton venimeux.
Cela le fit stopper brusquement et elle s'écrasa presque le nez contre son dos. Elle sauta en arrière quand il tourna la tête en lui adressant un regard furieux. « Je suppose que vous êtes fière de l'accueil que votre propre peuple a réservé au Seigneur Braska, dans ce cas. C'est vous que l'on doit remercier pour l'avoir poussé à choisir la voie des Invocateurs, après tout. »
La mâchoire de Rikku s'affaissa puis se referma d'un coup, et elle baissa la tête, honteuse. C'était vrai elle se rappelait vaguement avoir entendu parler par Keyakku de la polémique qui s'était élevée autour de son père. Cid avait exilé sa propre soeur parce qu'elle avait épousé un prêtre de Yevon, et ils avaient cessé tout contact immédiatement après. Sa tante était morte quand Sin avait attaqué son bateau lors de son premier retour vers Bikanel c'était arrivé avant que quoi que ce soit puisse être apaisé, et aussi bien Cid que Braska avaient perdu une partie d'eux-même à sa mort. Je suppose que nous autres Al Bhed ne valions pas mieux à cette époque, pensa-t-elle avec un sentiment de culpabilité. Le bruit des pas d'Auron qui s'éloignaient interrompit ses réflexions, et elle courut le long du couloir pour le rattraper.
« Hé, » dit Rikku tandis qu'elle s'arrêtait à sa hauteur. « Hum... désolée, » marmonna-t-elle, en fixant le sol. Auron ne ralentit pas son allure, et elle ressentit un frémissement de colère. « ... puisqu'il faut que quelqu'un se comporte en adulte ici, » ajouta-t-elle avec un reniflement insolent.
« Si vous étiez un assassin, » dit brusquement Auron, les yeux fixés droit devant lui, « ... alors votre stratégie était brillante. Sans le Ronso, vous auriez pu réussir. »
Rikku glissa un regard de côté vers lui. Etait-ce censé être une sorte de compliment ? Une seconde, je ne suis pas un assassin! Elle lui adressa un regard noir. « Je n'essayais pas de tuer Maester Mika, » répéta-t-elle fermement.
« Alors vous êtes encore plus stupide que je ne le pensais, » termina-t-il. Le ton de sa voix n'était pas dur, néanmoins, et Rikku se sentait à nouveau confuse. Trop de signaux contradictoires, pensa-t-elle la tête lui tournait tandis qu'elle essayait de faire correspondre ce qu'elle savait d'Auron avec le jeune homme étonnamment discourtois qui marchait à côté d'elle. Est-ce qu'il lui présentait des excuses, est-ce qu'il l'insultait ? Elle n'arrivait pas à le dire.
Je suppose que ça vaut mieux s'il pense que je suis une idiote incapable plutôt qu'un dangereux assassin . Hé, une minute, là !
« Connard, » marmonna-t-elle entre ses dents.
Auron grogna et s'arrêta alors qu'ils arrivaient à un ascenseur flottant, attendant qu'elle monte la première. Quand l'ascenseur monta, il se tourna vers elle et lui adressa un de ses regards. Rikku se tortilla, mal à l'aise elle connaissait ces regards. Il les utilisait habituellement quand il ruminait un problème qu'il ne voulait pas discuter à voix haute. Du genre, « Il n'y a pas d'ultime chimère », ou « Au fait, je suis mort », ou même « Je ne passerai PAS une autre nuit dans la même tente que Wakka ».
« Quoi ? » finit par lâcher Rikku.
« Comment avez-vous réussi à introduire une sphère dans la cellule ? » lui demanda-t-il. Il laissa ses yeux descendre vers le minuscule bikini qu'elle portait avec un regard bref mais calculateur, qui la fit rougir furieusement avant qu'il ne la regarde à nouveau en face. « Vous n'avez pas beaucoup d'endroits où en cacher une, » fit-il remarquer avec ironie.
Rikku croisa les bras sur sa poitrine et jeta un regard noir à Auron. « Je les ai cachées dans mes cheveux, d'accord, donc vous pouvez arrêter de penser les choses dégoûtantes que je parie que vous veniez d'avoir en tête ! Pfff, vous ne valez pas mieux que Jecht ! »
Cela effaça le sourire narquois du visage d'Auron plus vite qu'un chocobo au galop n'aurait pu le faire. « Vos cheveux, » répéta-t-il, et ses yeux se posèrent sur la masse d'épis et de tresses qui s'échappaient de son bandana.
« Ouaip, » répondit Rikku avec un large sourire, portant la main à son bandana et tâtonnant en dessous jusqu'à ce qu'elle trouve une autre de ses sphères. « Ouille, » dit-elle avec une grimace tandis qu'elle la démêlait et l'extrayait de ses mèches. « Vous voyez ? C'est plutôt cool, hein, »fanfaronna-t-elle.
« Dégoûtant, » grommela Auron entre ses dents. « Je ne comprends pas comment vous pouvez supporter de ne pas vous coiffer. »
Rikku resta bouche bée puis lança un regard noir à Auron. « Hé ! Je les peigne... parfois, » grommela-t-elle, boudeuse, tout en jouant avec la sphère. « D'ailleurs, j'aime le style naturel ! »
« Arrêtez de jouer avec ça, » l'interrompit Auron, mal à l'aise, les sourcils froncés en direction de la sphère dans les mains de Rikku.
Elle sursauta à la dureté de son ton et regarda la sphère avec curiosité, puis à nouveau Auron. Elle fronça les sourcils et fit la moue. « Pourquoi ? C'est juste une sphère. »
Auron se raidit et se détourna d'elle en repliant les bras en travers de son torse. L'élévateur s'arrêta et il en sortit rapidement et attendit Rikku à la porte, ignorant son regard interrogateur.
« Non, sérieusement, pourquoi ? » s'exclama-t-elle quand elle fut à côté de lui une fois de plus. « Tout le monde utilisent des sphères. Même Yevon dit qu'elles sont un- ah d'accord ! » Ah-ha, pensa-t-elle quand elle vit Auron se crisper davantage. « Oh, je comprends, » chantonna-t-elle, en soulevant la sphère et en tapotant les boutons de contrôle, savourant le malaise qui s'inscrivait sur le visage d'Auron. « Vous pensez qu'elles font partie de toute cette affaire de machines interdites, c'est ça ! »
« Je ne les vois pas d'un bon oeil, » maugréa Auron. Il tourna la tête et tressaillit quand il réalisa que Rikku le filmait, puis la fusilla d'un regard noir. « Eloignez cette chose de moi ! » grogna-t-il, en élevant la voix.
« On se détend ! C'est parfaitement inoffensif ! » le sermonna Rikku en tenant la sphère encore plus près et en souriant de toutes ses dents quand il se rejeta en arrière. « Vous avez vraiment besoin de vous dérider un peu. Ça ne va pas aspirer votre âme ou quoi que ce soit. Vous voyez ? Vous allez bien ! »
« Arrêtez ça. Nous y sommes, » dit Auron les dents serrées, en s'arrêtant devant une immense double porte aux peintures somptueuses.
« Ça marche, chef ! » acquiesça Rikku, classant l'information pour un usage ultérieur. Note pour plus tard - la mort de la main d'Auron peut être évitée par un usage intelligent de superstitions paranoïaques à propos des machines. Les portes pivotèrent et s'ouvrirent, et Rikku referma la main sur la plus grande partie de la sphère, en la laissant enregistrer en cachette.
« Auron, » les accueillit une voix sonore, « Tu amènes à nouveau des ennuis, à ce que je vois ? »
Kinoc ! Rikku sursauta, et resta bouche bée. C'était bien lui, même si elle avait peine à le croire. Une barbe parfaitement taillée couvrait son menton et un casque de métal élaboré dissimulait presque entièrement son visage à part les yeux. Le plus choquant, toutefois, était son manque d' embonpoint. Waouh...il pourrait presque passé pour quelqu'un de séduisant, pensa Rikku avec stupéfaction en le lorgnant, sous le choc.
« Je suis sûr que tu es déjà au courant, » répondit Auron avec une note d'amusement dans la voix. Rikku lança un rapide regard de surprise à son stoïque compagnon il semblait baisser sa garde devant Kinoc, son froncement de sourcils se relâchait un peu. « Braska veut faire d'elle un Gardien, » dit-il, en faisant un geste désinvolte de la main en direction de Rikku.
Kinonc soupira et secoua la tête, faisant les cent pas autour de la pièce. « Je sais que nous sommes amis, Auron, mais ça, ça va demander un peu plus que de juste tirer quelques ficelles. Elle a essayé d'assassiner Mika, tout de même. »
« Hé ! » fit Rikku avec agacement. « Je suis là ! » Il a peut-être meilleure apparence, mais c'est toujours la même personne corrompue à l'intérieur, pensa-t-elle tandis que Kinoc lui adressait un regard méprisant puis continuait à l'ignorer.
« Alors ? » demanda-t-il à Auron avec impatience.
Auron soupira et se passa une main dans les cheveux. « ...ce n'est pas un assassin, Wen. Fais-moi confiance. »
« Hein, vous voulez dire que vous me croyez ? » dit Rikku ébahie, la bouche à nouveau grande ouverte.
« Elle a réussi à mettre à terre un des gardes sans arme, en a mis quatre autres hors de combat avec leur propre bombe et a franchi la dernière ligne de défense, et s'il n'y avait pas eu Kelk, elle aurait peut-être même pu atteindre Mika. Sais-tu pendant combien de temps des gens ont essayé de faire exactement ça sans y arriver ? » rétorqua Kinoc. Il renifla et secoua la tête. « Et maintenant tu voudrais que je crois que cette fille Al Bhed, en agissant complètement seule évidemment, a juste eu de la chance ? »
« Hé ! Chanceuse, c'est mon deuxième prénom ! » cria Rikku, en tapant du pied. Elle remarqua qu'Auron lui jetait un regard noir et se tut. Euh... peut-être que je ne devrais pas essayer autant de le convaincre que je suis dangereuse, pensa-t-elle avec un rire étouffé. « Je n'essayais pas d'atteindre Maester Mika ! » répéta Rikku. « Je voulais juste voir le temple, c'est tout. »
Kinoc se tourna finalement et lui adressa un regard rusé. « Une convertie Al Bhed ? Et que verra-t-on ensuite, des machines dans les temples ? »
Rikku se mordit l'intérieur de la joue assez fort pour se faire saigner. Si tu savais... Elle foudroya Kinoc du regard. Il sembla remarquer sa colère avec amusement et s'approcha d'un pas.
« Elle a un caractère de feu, cette fille, » observa-t-il le ton lubrique de sa voix fit frémir Rikku et elle s'éloigna de lui. Elle essaya subrepticement de se placer derrière les larges épaules d'Auron, en se sentant terriblement exposée quand elle remarqua que les yeux de Kinoc s'attardait sur son corps. « Je dois admettre qu'il y a des avantages à ces scandaleux vêtements Al Bhed, » dit-il en riant. « Je suppose que personne n'a réellement été blessé dans cette attaque. Peut-être que nous pouvons trouver un arrangement après tout. » Il s'approcha encore d'un pas en direction de Rikku, son ton suintant d'insinuation. Il s'arrêta quand Auron modifia subtilement son équilibre et attira son attention.
« Wen, » interrompit sèchement Auron. « On parle sérieusement. »
L'autre rit et secoua la tête avec amusement. « Toujours droit comme un i, n'est-ce pas, Auron ? Tu devrais apprendre à te détendre et profiter des bonnes choses de la vie. »
« Je suis un Gardien maintenant. Je prends mes voeux au sérieux, » lui dit Auron. La température sembla baisser de plusieurs degrés dans la pièce.
« Ah oui ? Eh bien le célibat n'en fait pas partie, mon ami, » répliqua Kinoc, alors que ses yeux déviaient à nouveau vers Rikku.
« Je n'ai pas de temps à perdre ni d'intérêt pour les femmes Al Bhed. Et si tu savais ce qui est bon pour ta carrière, tu n'en aurais pas non plus. » Bien que le ton d'Auron soit insultant, Rikku n'aurait pas pu être plus heureuse de son intervention à point nommé. Mieux valait un Auron étroit d'esprit que pas d'Auron du tout.
Kinoc s'arrêta et jeta à Auron un regard indécis. « D'accord, comme tu veux, » soupira finalement Kinoc, en marchant vers son bureau et en fouillant dans une pile de papiers. Quand il eut trouvé ce qu'il cherchait, il s'empara d'une plume et griffonna dessus. « C'est la dernière fois que je peux faire ça pour toi, Auron. Nous sommes peut-être amis, mais comme tu l'as dit... » Il signa le papier avec une arabesque. « Je dois commencer à penser à ce qui est bon pour ma propre carrière. » Il passa le buvard sur le parchemin, le roula et le tendit à Auron. « Formulaire de libération complet et une reconnaissance officielle de la demande de Braska. Et, si vous deviez passer avec succès le Cloître des Epreuves, vous aurez deux jours pour quitter Bevelle, pas plus. »
Auron acquiesça sèchement et glissa les papiers à l'intérieur de son manteau. « Merci pour tout, Kinoc. »
Kinoc eut un sourire ironique et lui retourna son signe de tête. « Je sais que je n'ai pas besoin de te dire ça, mais sois un bon Gardien pour le seigneur Braska. »
La tension dans la posture d'Auron se dissipa légèrement, et il adressa un de ses rares sourires à son ami. « Je le ferai. Et tu auras à faire, toi aussi. » Il examina Kinoc, s'arrêtant sur le cimier sur son casque, et eut un sourire narquois. « J'ai appris qu'ils t'avaient nommé commandant en second. »
Le sourire abandonna le visage de Kinoc tandis qu'il se détournait d'eux et baissait les yeux vers le sol. « Auron... tu sais que cette promotion t'était destinée. Tu as toujours été le meilleur, même jusqu'à la fin. »
A nouveau, Rikku fut prise par surprise, restant bouche bée devant l'homme qu'elle avait en face d'elle. Lui, laisser filer une promotion ? Notre Auron aurait pu finir Maester de Yevon ? Elle plissa les yeux et essaya de l'imaginer plus vieux, vêtu des robes raffinées d'un Maester. Elle n'y arrivait pas du tout son expression féroce semblait toujours réduire en miettes l'image avant qu'elle ne puisse complètement se former.
Le petit rire grave d'Auron ramena Rikku à la réalité et elle fondit intérieurement à ce son. Il rit ! C'est... c'est mieux que l'Hymne ! C'est mieux que les machines ! C'est ça ! Au travail, Rikku, mission : faire rire Auron davantage !
« Tu dis ça comme si je partais pour mourir ou quelque chose du genre, » poursuivit Auron, sans se préoccuper dans la jeune fille qui salivait derrière lui. « On se reverra. »
« Oui, » répondit Kinoc avec un sourire las. Pour un instant, les attributs de sa position s'évanouirent, et Rikku vit l'ombre d'un homme qui était chaleureux et de caractère affable, assez patient pour dépasser l'abord bourru d'Auron et assez loyal pour gagner son amitié.
Il est tombé si bas, pensa Rikku avec une pointe de tristesse. Le bref échange la dégrisa, et elle mordilla sa lèvre inférieure. La séparation des deux hommes lui rappelait avec force ses adieux réticents à Yuna et Paine quand elles avaient quitté les Albatros. Est-ce que nous en serons-là un jour ? La vague soudaine de mal du pays prit Rikku par surprise, et elle cligna des yeux furieusement, essayant de retenir les larmes révélatrices avant qu'un de deux hommes ne les remarque. Je pense que je serais même heureuse de revoir Frangin juste là tout de suite, pensa-t-elle, pitoyablement.
« Eh bien alors... » dit Auron, redressant les épaules.
Kinoc lui adressa un sourire sincère, bien qu'un peu forcé sur les bords. « Tu t'en vas déjà ? » Il émit un petit rire. « Tu me raconteras Zanarkand quand tu reviendras, n'est-ce pas ? »
Auron se contenta d'un sourire en coin. « Au revoir », dit-il tandis qu'il se retournait et poussait Rikku hors du bureau de Kinoc. Il s'arrêta quand les portes se refermèrent derrière lui et regarda Rikku. Il remarqua alors la sphère qu'elle tenait toujours en main. « Je pensais vous avoir dit d'éteindre ça, » gronda-t-il, toutes traces de bonne humeur disparaissant de sa attitude.
« Oh ! » glapit Rikku, en sursautant et en désactivant la sphère. Elle la rangea dans ses cheveux avant qu'il ne puisse la saisir, en gloussant. « Eh, vous avez entendu ce qu'il a dit ? Sortons d'ici avant qu'ils ne changent d'avis ! » Auron continua à l'observer avec attention, puis il secoua la tête. « Nous reparlerons de ça plus tard, » promit-il. « Suivez-moi. » Et une fois de plus, il se mit en route brusquement, et Rikku dut se précipiter pour rester à sa hauteur malgré ses grandes enjambées.
« Vous pourriez marcher un petit peu moins vite, méchant ! » haleta Rikku quand elle le rejoignit. « Ce n'est pas comme si je savais retrouver mon chemin dans le coin ! » Ils firent halte devant une autre série d'ascenseurs et Rikku retint son souffle. Eh bien, en fait, ça me rappelle quelque chose… est-ce que ce n'est pas le couloir où nous avons combattu Baralaï? Elle cligna des yeux et se retourna quand elle entendit Auron se racler la gorge, et qu'elle remarqua qu'il l'attendait pour monter dans l'ascenseur. « Oh, euh, désolée... » marmonna-t-elle en rougissant. Génial, Rikku, je parie qu'il pense que tu es cinglée maintenant ! « Pourquoi vous attendez toujours que je passe la première, d'ailleurs ? » demanda Rikku. « Je vous ai déjà dit que je n'allais pas essayer de me sauver ! »
Auron pencha la tête et plissa les sourcils avec un léger amusement. « Les Al Bhed ne connaissent pas les bonnes manières, » observa-t-il tandis qu'il embarquait dans l'ascenseur derrière elle.
« Eh bien vous non plus, » répliqua Rikku, boudeuse.
« Hmpf, » répondit Auron, bien qu'il prenne une expression vaguement moins fâchée qu'auparavant. Non que ça veuille dire grand-chose, remarqua Rikku. C'était comme observer qu'une grenade était légèrement moins explosive qu'une bombe. Les deux pouvaient facilement vous exploser au visage à la moindre provocation.
« Alors où m'emmenez-vous maintenant ? » demanda Rikku avec précaution, en attendant alors que l'ascenseur s'arrêtait. Quelques secondes inconfortables passèrent, avant qu'Auron ne pousse un profond soupir.
« C'est notre arrêt. Descendez. »
Rikku sauta de l'ascenseur et attendit qu'il la suive. « Vous savez, ce serait carrément plus rapide si vous passiez juste devant.
« Les dames d'abord ne s'applique clairement pas ici, » marmonna-t-il pour lui-même tandis qu'il marchait à grands pas le long du couloir.
« Kinoc vous a octroyé un formulaire de libération complète. D'abord nous récupérons vos affaires. Ensuite nous partons. »
Rikku fut remplie de joie à ses mots, et elle dut se retenir de sauter en avant et de le prendre dans ses bras par pur soulagement. Mon matos ! Mes potions, mes poignards, ma grille ! « Par les machines, j'ai cru qu'ils étaient perdus ! » s'écria-t-elle à voix haute, faisant tournoyer son poing en l'air tout en dansant. Puis elle grimaça et baissa rapidement le bras. « Ouille ! La première chose que je ferai que je récupérerai mes affaires, ce sera de boire une potion ! »
« Ne comptez pas là-dessus, » lui dit Auron alors qu'ils s'arrêtaient devant une autre double porte. Il l'ouvrit d'une poussée et entra dans une vaste pièce. Les yeux de Rikku s'élargirent quand elle réalisa ce qu'elle voyait c'était à l'évidence un lieu de stockage et d'approvisionnement. D'innombrables rangées d'étagères clairement étiquetées s'étendaient sans fin dans le lointain, et un haut comptoir tenu par plusieurs prêtres barrait l'accès à l'équipement.
« Waouh, » murmura Rikku ébahie, des étincelles dans les yeux. C'était un paradis pour un voleur O'aka serait probablement mort d'une crise cardiaque s'il avait pu voir le stock de Bevelle. « C'est incroyable ! » dit-elle dans un souffle, tout en essayant d'assimiler les armes qui brillaient et les rangées de bouteilles, gemmes et sacs qui s'alignaient sur les étagères. De loin, elle se rendit compte que leur présence récoltait des regards insistants aussi bien des deux préposés que des gardes qui faisaient la queue devant le comptoir pour recevoir leurs rations. Rikku les ignora. Même un jeune Auron était assez intimidant pour écarter les questions, et elle était bien trop occupée à s'immerger dans l'impressionnant étalage de richesse pour être préoccupée par la surveillance. Elle s'emmêla les pieds quand Auron la poussa en avant vers un coin de la pièce, se frayant un chemin en direction d'une des files les plus courtes devant le comptoir.
« Vous pensez qu'ils pourraient vous laisser emprunter quelques-uns de ces objets ? » lui murmura Rikku avec excitation. « Vous savez, pour donner un coup de main au pélerinage de Braska ? »
Auron grimaça et resserra sa prise sur le bras de Rikku, et elle réalisa qu'elle avait inconsciemment sauté d'un pied sur l'autre dans son excitation. « Calmez-vous, » grogna-t-il. « Vous vous donnez en spectacle. Et non, » ajouta-t-il après coup.
« Pourquoi pas ? » se plaignit Rikku, même si elle avait bien réussi à limiter la plus grand part de son excitation à un seul tapement de pied impatient.
« Bevelle tient un compte détaillé de ses ressources, » lui expliqua Auron, l'air à bout de patience. « Si vous prenez quelque chose, ils s'en apercevront. » Il la fixa avec un regard sérieux et le pied de Rikku s'arrêta. « Si vous prenez quelque chose, je m'en apercevrai. »
« Pff, bon, » souffla Rikku, en levant les yeux au ciel. Au moins, j'ai mon propre matériel, et je parie que c'est meilleur que n'importe quelle camelote que ces Yevonites gardent ici, de toute manière, pensa-t-elle avec un sourire satisfait. La file d'attente avança, elle se plaça à côté d'Auron et fit de son mieux pour avoir l'air innocente pendant que le prêtre derrière le comptoir lui jetait un regard méprisant.
« Formulaire ? » dit-il d'un air dubitatif, lorgnant Rikku par-dessus la monture de ses épaisses lunettes. Auron lui remit le rouleau de papier et après une brève lecture attentive, il s'éloigna d'eux en traînant les pieds. Le préposé retira une petite boîte d'une des étagères. « Voilà, » dit-il en faisant glisser la boîte sur le comptoir.
« Donnez-la moi, donnez, donnez ! » réclama joyeusement Rikku, tirant la boîte à elle avant qu'Auron puisse l'arrêter et arrachant le couvercle. Elle jeta un coup d'oeil à l'intérieur, puis son visage se décomposa. « Hé ! Qu'est-ce que ça veut dire ? Où sont mes affaires ? » Elle regardait fixement le fond de la boîte presque vide. Ses poignards courbes étaient toujours là, soigneusement croisés, et par-dessus, pliée, reposait la ceinture qu'elle avait améliorée. Néanmoins, même sans la soulever, Rikku pouvait voir que les sacoches étaient complètement vides. « Mes potions ! Ma collection de gemmes ! » constata-t-elle avec une inquiétude croissante, fouillant le reste de la boîte. Elle laissa échapper un petit soupir de soulagement quand elle remarqua que la vêtigrille était toujours accrochée à la ceinture apparemment, la personne qui s'était occupée de ses affaires, qui qu'elle soit, avait présumé que ce n'était qu'une sorte de boucle tarabiscotée. Tous les autres objets de valeur, néanmoins, avaient disparu. « Vous avez même pris mes bracelets, Yevonite de m- » son hurlement qui s'élevait rapidement fut étouffé quand une main se posa sur sa bouche et la maintint fermement close.
« Merci, » dit Auron au prêtre, ramassant la boîte et traînant Rikku loin du comptoir. Il garda sa prise de fer sur elle jusqu'à qu'ils soient hors de la salle, s'attirant les regards insistants et les ricanements des autres prêtres et des gardes qui observaient leur sortie maladroite. Rikku lutta férocement, trop en colère pour se contenir, mais il était trop fort pour qu'elle s'échappe. Elle ouvrit même la bouche et le mordit, mais il se contenta de grogner et resserra sa prise. Finalement, quand ils eurent tourné le coin, il la rejeta loin de lui avec une malédiction à mi-voix. « Je vous avais dit de vous calmer ! » lui dit-il dans un grognement.
« Ils ont volé mes affaires ! » Rikku serra les poings et essaya de retourner à grands pas vers la salle. Auron se déplaça rapidement, lui bloqua le passage et lui fourra la boîte maintenant cabossée dans les bras. « Laissez-moi passer ! » hurla-t-elle, les yeux lançant des étincelles.
« Soyez reconnaissante d'avoir déjà récupéré ça, » lui dit-il. « Equipez-vous pour que nous puissions quitter cet endroit. Braska nous attend. »
« Mais - » bredouilla Rikku.
« Pas de mais, pas d'excuses et plus de scène ! » rugit Auron, et Rikku se tut.
Oh-oh, on dirait qu'il est de nouveau en colère. Puis son visage adopta un air renfrogné qui aurait probablement rendu Auron fier s'il n'avait pas été dirigé vers lui. Eh bien, je suis en colère aussi ! « Ce sont mes affaires ! De quel droit me les prennent-ils ? Je les ai volées à la loyale ! »
Rikku ne pensait pas qu'Auron puisse paraître plus contrarié qu'il ne l'était déjà, mais d'une manière ou d'une autre il parvint à avoir l'air encore plus énervé qu'avant. « Vous êtes une voleuse, » dit-il avec incrédulité. Puis il rit, mais ce n'était pas le son chaleureux, amical, qu'il avait partagé avec Kinoc et qui avait complètement fait fondre Rikku. Ce rire était haché et dur, et il trancha en elle, la faisant se sentir comme une tache de graisse dégoûtante sur les sols de marbre immaculés du temple. « Je savais que vous étiez du genre à attirer les ennuis. »
« Et alors quoi, si je suis une voleuse ! » Rikku frappa du pied. « J'ai passé beaucoup de temps à récolter tout ce matériel sur des monstres, pour votre information ! Ce n'est pas exactement facile à faire ! »
Auron la dépassa simplement, et le sourire dur qui n'avait pas quitté son visage ressemblait plus à une grimace difforme. « Je ne vous crois pas, » marmonna-t-il à voix basse.
« Hé ! Hé, je n'ai pas encore fini de vous parler ! » Rikku se précipita derrière lui tout en sanglant ses poignards à la ceinture dans sa main. « Peut-être que vous n'en avez rien à cirer de comment je me sens en ce moment, mais c'était tout ce que j'avais ! » Auron ne ralentit pas, et avec une accélération soudaine, Rikku se précipita devant lui et se planta sur son passage d'un air de défi. « Nous devons y retourner et récupérer mes affaires ! » cria-t-elle.
« Si votre équipement est si important que ça pour vous, » lui dit Auron durement quand elle s'arrêta, « pourquoi ne remontez-vous pas simplement pour séduire Kinoc ? Je suppose qu'il serait heureux de vous aider si vous y mettez le juste prix. »
Rikku recula. « Quoi ? » s'exclama-t-elle d'une voix étranglée, écarquillant les yeux sous le choc. Oh non, il n'a pas fait ça, pensa-t-elle furieusement. « Est-ce que c'est ce que vous pensez vraiment de moi ? »
« Que devrais-je penser d'autre ? » répliqua Auron, désignant ses vêtements, ou leur absence. « Vous venez au coeur de Yevon en exhibant votre habillement et votre moralité Al Bhed, et vous vous étonnez que Bevelle ne s'adapte pas vraiment à vos besoins. Peut-être que vous pouvez tromper Braska, mais vous ne pouvez certainement pas vous attendre à ce que je crois que vous êtes naïve à ce point. »
Rikku serrait et desserrait convulsivement les poings, regardant le sol juste devant les bottes d'Auron et se forçant à compter lentement à rebours. Il fait juste son Auron, siffla-t-elle pour elle-même. Quelque part là dedans il y a quelqu'un de bien, le Auron que je connais. Celui qui n'est pas un parfait connard.Oh, et merde ! « Vous êtes pas croyable ! » explosa-t-elle, lui jetant les mains à la figure, bien qu'il réussisse à reculer avant que ses doigts ne rencontrent son nez. « C'est pas juste les machines, n'est-ce pas ? Vous autres, vous nous jugez pour chaque petite chose que nous faisons ! Notre façon de parler, notre façon de nous habiller, notre façon de nous coiffer ! »
Rikku parlait d'une voix forte et stridente. En jurant, Auron balaya du regard le couloir vide avant de la saisir et de la tirer dans une des alcôves plus petites. « Vous allez vous taire ! » siffla-t-il, une dangereuse colère vibrant dans sa voix de basse. « Nous sommes encore dans le palais de Bevelle, le siège du pouvoir pour tout Yevon. Voulez-vous nous faire tuer tous les deux ? »
« Allez-vous faire voir ! » rétorqua Rikku, en lui jetant un regard noir. « A la façon dont vous autres Yevonites parler de nous, nous pourrions aussi bien être morts ! En tout cas, vous avez l'air de penser que ça vaut nettement mieux que d'être nous ! » La prise d'Auron sur ses bras se resserra, et elle grimaça.
« C'est le nom que vous donnez à ces petites exhibitions ? Votre propre identité culturelle ? C'est une excuse pitoyable pour la dépravation Al Bhed. »
« C'est exactement ce que c'est ! » siffla Rikku en retour, en repoussant avec colère les mains d'Auron de ses bras. « Vous voulez parler de dépravation ? C'est Kinoc qui m'a fait des avances, espèce de connard ! Il n'y a que quelqu'un d'aussi borné qu'un Yevonite pour croire que ça m'a plu ! Et il y a autre chose, » ajouta-t-elle, en l'interrompant avant qu'il ne puisse parler. « Vous avez du culot de me parler comme ça. C'est vous qui nous avez chassés de Spira ! Vous nous avez forcés à vivre sur les frontières sauvages, laides et désolées du monde, là où personne d'autre n'irait. Mais nous ne sommes pas morts comme vous l'espériez ! Nous avons survécu, nous sommes même devenus prospères. »
Rikku pointa le doigt et en frappa la poitrine armurée d'Auron quelques fois. Cela malmena son doigt sans protection plus qu'autre chose, mais elle voulait faire entrer son argument, au sens littéral. « Nous avons appris à vivre dans le soleil et le vent et le sable et l'eau et vous savez quoi ? Nous sommes doués pour ça ! Nous n'avons pas besoin de votre morale ou de votre religion pour nous en sortir là-bas ! Nous nous débrouillons par nous-mêmes, et nous pouvons exhiber autant de peau que nous le voulons pendant que nous le faisons, parce que oui ! Nous ne sommes pas comme vous et nous en sommes fiers ! Alors prenez vos suppositions pourries et fourrez-les-vous quelque part, parce que vous ne savez absolument rien de nous ! » Elle termina sa tirade à bout de souffle, nauséeuse et en jetant un regard noir à Auron.
Bien qu'il ait l'air surpris par son explosion, sa réaction ne fut pas aussi marquée qu'elle l'avait espéré. Dans l'idéal, cela impliquait qu'il se jette à ses pieds et implore son pardon. En lui massant le dos. Avec ses lèvres. Elle grogna et massa ses tempes battantes. « Oubliez-ça, OK, Auron ? Contentons-nous de trouver Braska. »
« Je vous présente mes excuses pour avoir dit ça. »
Rikku se retourna d'un coup et le regarda fixement. « Hein ? » réussit-elle à dire. Il ne répéta pas ses paroles, elle s'empourpra et joua avec les breloques de la ceinture dans ses mains. Il est tellement con… tellement Yevonite… et tellement Auron. Zut.
« OK, » dit-elle. Ensuite, en se secouant, elle porta la main à ses cheveux et se lança dans le laborieux processus consistant à sortir des mèches emmêlées les vêtisphères qu'elle avait cachées sous ses cheveux blonds. C'était une tâche bruyante et qui requerrait juste assez d'attention pour briser le silence inconfortable qu'elle sentait monter entre eux. « Ouille ouille outch ! » siffla-t-elle tandis que les sphères tombaient dans ses mains, l'une après l'autre. Elle sentit le regard fixe d'Auron et écarta le rideau de cheveux qui s'étaient répandus sur son visage pour le regarder. « Quoi ? » demanda-t-elle ?
« … combien en avez-vous là-dedans ? » demanda-t-il, avec incrédulité.
« Seulement cinq ! » soupira Rikku, en faisant le tri dans les orbes bleus brillants. Elle fronça les sourcils et mit prudemment de côté les deux enregistrements les plus récents sans Shinra pour les contrôler d'abord, elle n'avait pas envie de tester quels résultats « désasterrifiants » ils pourraient produire sur sa vêtigrille. « Génial… si j'avais su que ça allait arriver, j'aurais emporté la Mâchoire Mécanique, » gémit-elle, en insérant avec précautions les sphères fonctionnelles restantes dans sa grille. Sois réaliste… si j'avais su que j'allais faire un autre Pélerinage pour combattre Sin, j'aurais agressé Paine pour avoir Le Final,pensa-t-elle amèrement pour elle-même.
« Vous avez une boucle de ceinture qui porte des sphères, » entendit-elle Auron remarquer avec encore plus d'incrédulité.
« Et alors ? C'est la dernière tendance de la mode Al Bhed ! » répliqua Rikku sur la défensive. Ça l'était, techniquement parlant il n'avait pas besoin de savoir que le reste de Spira devrait attendre encore quinze ans avant de suivre.
« Yevon nous vienne en aide, » grommela Auron, et Rikku se retourna pour agiter le poing dans sa direction en répliquant. Puis elle glapit et rattrapa maladroitement la ceinture dans sa hâte, elle l'avait presque laissée tomber par terre. Le choc inattendu d'avoir presque brisé ses sphères et sa grille fit flancher ses genoux et lui laissa la bouche sèche, et lui rappela la réalité de sa situation avec une évidence criante.
Par les machines, j'ai failli fracasser la seule véritable arme que j'ai ici ! pensa-t-elle, vérifiant avec précaution que la grille n'était pas endommagée. Tu dois faire plus attention, Rikku, se dit-elle en se passant la ceinture autour de la taille. Shinra ne sera pas là pour te la remplacer si tu casses quelque chose maintenant. En se raidissant contre l'habituel afflux d'énergie, Rikku mit la grille en place.
Douleur. Douleur ? Mais pourquoi- DOULEUR !
« Argh, »parvint dire Rikku en s'étranglant et en s'arc-boutant contre le mur sous le choc. Les grilles magiques avaient toujours provoqué une légère réaction quand elle s'en était équipée, mais le soudain raz de marée d'énergie qui s'était déversé en elle quand la ceinture avait été accrochée à sa place ne ressemblait à rien qu'elle ait pu ressentir auparavant. Ça fusait à travers ses veines, chauffé à blanc comme du feu et des aiguilles un excès de magie tourbillonnant en elle beaucoup trop vite, submergeant son corps comme une décharge électrique courant dans l'eau. Elle était sûre que l'énergie allait s'échapper en déchirant ses pores, en arrachant sa peau et la fusionnant avec le mur contre lequel elle s'appuyait. « Aah ! » haleta-t-elle à nouveau, incapable de reprendre suffisamment sa respiration pour hurler vraiment l'agonie qui se ruait dans ses membres. Des taches noires dansaient devant ses yeux.
Lentement la douleur s'estompa, laissant Rikku à haleter et sangloter pour reprendre sa respiration. Elle remarqua que ses mains s'étaient changées en griffes douloureuses et qu'elles tremblaient de façon incontrôlable, et elle dut faire un effort conscient pour les immobiliser. Elle se rendit compte ensuite qu'elle ne tenait pas debout à nouveau, Auron avait passé les bras autour d'elle, même si cette fois il la maintenait d'aplomb plutôt que de l'entraîner avec lui. Un nouveau tremblement s'empara de son corps, et Rikku se recroquevilla et le repoussa.
« Est-ce que vous allez bien ? » demanda-t-il, de la surprise s'étalant clairement sur son visage.
« Je – Je ne sais pas, » bégaya Rikku, en prenant de profondes et lentes inspirations. « Qu'est-ce qui s'est passé ? »
« Vous avez eu une sorte de crise, » lui dit-il, en touchant brièvement son épaule indemne. Il hésita un moment avant de poser la question suivante. « Est-ce une situation normale ? »
Rikku toussa et cracha sèchement, puis se redressa et lui lança un regard plein de colère. « Non. Je sais ce à quoi vous pensez, et oui, je suis toujours assez en forme pour être un Gardien. » Sa colère lui servait en partie à masquer sa peine, cependant pour un bref instant, quand il avait touché son épaule, elle avait presque cru qu'il s'inquiétait pour elle. C'est-à-dire, jusqu'à ce qu'il dissipe l'illusion en posant sa question. Voilà Auron pour toi. Toujours le boulot d'abord, on verra plus tard qui on a piétiné.
Auron se contenta de l'évaluer du regard et acquiesça sèchement. « La sortie est par là, » dit-il, en montrant du geste le couloir avant de se mettre en route lui-même.
Rikku resta appuyée contre le mur et lança un regard noir dans son dos. « Merci de vous comporter en gentleman ! » lança-t-elle sur un ton sarcastique, et elle l'entendit grogner en réponse. Génial... tout se passe nickel, là. Merci beaucoup, Bahamut. Le temps manquait pour s'appesantir sur le sujet s'il y avait un problème avec la vêtigrille, alors elle n'allait pas risquer de se paralyser à nouveau en l'enlevant, en particulier pas devant lui. « Ça ne tourne pas du tout comme je l'avais prévu, » ronchonna-t-elle en se ressaisissant et se mettant en marche à sa suite.
