Memento Vivere chapitre 4 : L'entrée en scène de Rikkma
Quand Rikku émergea des limites du palais, la première chose qu'elle vit, ce fut Braska et Jecht en train de se disputer. Même si Braska se tenait simplement debout les mains croisées, ce qu'il disait déplaisait à Jecht, qui faisait les cent pas autour de l'Invocateur, ponctuant occasionnellement son déplacement avec de grand gestes. Accélérant le pas, Rikku se hâta à la suite d'Auron pour saluer les deux hommes.
« Hé, qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle tandis que Braska et Jecht se tournaient vers eux en remarquant leur arrivée.
« Oh, vous voici. Je commençais à me demander si Auron avait perdu la main, » dit Braska avec un petit sourire.
« Je ne suis pas responsable du délai, » répliqua Auron. Il ne se tourna pas pour faire face à Rikku, il ne profita donc pas de la moue qu'elle fit en tirant la langue. Ce ne fut pas perdu pour les deux autres, néanmoins, et Braska cacha son expression amusée alors que Jecht souriait ouvertement de toutes ses dents. Auron se hérissa mais ne mordit pas à l'hameçon. Au lieu de cela, il fit un signe de tête à Braska. « Nous devrions partir. Il n'est pas sage de rester ici, étant donné notre compagnie actuelle. »
« Hé ! » crièrent en même temps Rikku et Jecht, attirant de nombreux regards des passants.
« Je vois ce que tu veux dire, » dit Braska avec un signe d'acquiescement. « Je vous en prie, permettez-moi de vous emmener à mon appartement pour que vous puissiez tous deux vous laver. » Il regarda l'épaule de Rikku et fronça les sourcils. « Et vous soignez, » ajouta-t-il.
« Oh, ça va, » dit Rikku, en grimaçant tandis qu'elle passait la main sur son épaule, dont du sang suintait encore lentement. « J'ai connu pire ! »
« Ça va pour toi, peut-être, » dit Jecht en levant les mains au-dessus de sa tête tandis qu'ils descendaient tranquillement la rue. « Nous devons te regarder te couvrir de ton propre sang ! Tu devrais laisser Auron marcher derrière toi, ça m'a l'air d'être le genre de trucs qu'il aimerait voir. »
Rikku serra les dents et les poings. « Je parie que oui, » marmonna-t-elle tout bas. En remarquant le regard curieux de Braska, elle élargit sa grimace en un large sourire et lui fit face. « Oh, euh, merci de m'avoir fait sortir de là, d'ailleurs ! »
« Nul besoin de gratitude, mademoiselle... » la rassura Braska, en marquant une pause pour les diriger dans une ruelle plus petite. « ...aah. Je crois que je me trouve dans une position légèrement désavantageuse, en l'occurence, » remarqua-t-il, en adressant à Rikku un sourire curieux. « Puis-je avoir le plaisir de connaître votre nom ? »
Un rictus légèrement revanchard se peignit sur le visage de Rikku. « Oh, eh bien, puisque Auron connaît déjà mon nom peut-être qu'il devrait vous le dire. » Hah, prends-toi ça dans les dents ! pensa-t-elle avec un sentiment de triomphe.
Le Gardien en question fronça les sourcils. « Votre blessure ne semble pas avoir affecté votre langue. Dites-le-lui vous-même. » Il ignora le regard pensif que lui adressa Braska et tourna son attention vers la rue.
Paré et esquivé, constata Rikku avec une moue de contrariété. Pourtant, Braska l'a regardé bizarrement. Je crois que ça compte comme un point pour moi. Rikku un, Auron nada ! Elle dissimula son sourire satisfait quand elle remarqua que Braska la regardait maintenant bizarrement elle aussi.
« Mademoiselle ? » demanda-t-il à nouveau.
« Hein ? OH ! » Rikku s'empourpra.
« Définitivement une vraie blonde, » entendit-elle Jecht marmonner, et elle se renfrogna sombrement quand Auron émit un petit rire en réponse.
« Hé, on se ligue pas contre moi ! » aboya Rikku contre le joueur de Blitzball.
Jecht se contenta de lever les yeux au ciel et de visser son index contre sa tempe. « T'es pas autorisée à me parler quand t'as une de tes crises de folie, » répliqua-t-il. « Ou me dis pas que maintenant tu as oublié ton propre nom, en plus. »
Rikku fulminait et s'éloigna de Jecht d'un pas exagérément lourd, en récoltant des ricanements supplémentaires de ses compagnons. « Ooh ! Les mecs peuvent être tellement stupides, » grogna-t-elle. « Pour votre information, je me souviens parfaitement bien de mon nom ! C'est Ri- Ri- » Sa voix s'éteignit et elle déglutit. Qu'est-ce que je dois leur dire ? Qu'est-ce que je dois faire ? Et si ce n'est pas juste une sorte de rêve bizarre mais le vrai passé ? Est-ce qu'Auron va me reconnaître ? Non, attends, bien sûr qu'il ne peut pas ! Mais… oh la la, et si Braska me reconnaît ? Est-ce qu'il sait même que j'existe ? Ooh… qu'est-ce que je peux dire, qu'est-ce que je peux dire !
Le silence s'allongea inconfortablement, et Rikku remarqua que Braska lui adressait un sourire poli mais un peu forcé pendant Jecht levait à nouveau les yeux au ciel et secouait la tête. Auron la regardait à nouveau d'un air suspicieux la fréquence avec laquelle il lui jetait de tels regards donnait envie à la jeune femme de leur donner un nom. Le Regard à Rikku, pensa-t-elle. Ouais, ça sonne assez bien. Sauf que je ne peux pas lui dire que ça s'appelle comme ça !
« Ri-ri... ? » l'encouragea Braska, interrompant le bref accès de panique de Rikku. « C'est... un nom curieux pour une Al Bhed. »
« Rikkma ! Je m'appelle Rikkma ! » s'exclama Rikku. Puis elle grimaça. Zut, c'est un nom horrible. J'espère qu'Oncle Braska ne parle pas trop bien al bhed…
Malheureusement pour elle, Braska était semble-t-il assez cultivé. Le rythme de ses pas ralentit et il cligna des yeux en direction de Rikku encore pire que ça, il semblait d'humeur communicative. « Même si je sais qu'on perd généralement quelque chose en traduisant… votre père vous a baptisée Huggle ? Câline ? Vraiment ? » répéta-t-il avec incrédulité. Cela arrêta net les autres, qui se retournèrent et la regardèrent fixement.
Rikku rougit tellement que cela dépassa son visage et atteignit son cou. Elle commençait à vrai dire à souhaiter porter plus de vêtements toute fierté culturelle mise à part, il y avait des avantages à ne pas avoir l'air d'un homard grillé en public. « J'étais vraiment une très mignonne gamine, d'accord ! » Bon, ça c'était vrai. Silencieusement, elle étudiait la possibilité d'asséner un coup de pied monumental à son propre cerveau. Ça n'était définitivement pas une de mes meilleurs idées, ça, se lamenta-t-elle pour elle-même alors que les autres continuaient à ricaner.
« Eh ben pas étonnant que tu aies essayé de le garder secret, » dit Jecht avec un grand sourire. « T'inquiète pas, Câlinounette, on te laissera pas l'oublier de nouveau ! »
Rikku bredouilla et ses yeux lancèrent des poignards vers Jecht. « Tu m'appelleras Rikkma ! »
Braska, qui avait d'une manière ou d'une autre réussit à se reprendre avec dignité, adressa à Rikku un sourire d'excuse.
« Je suis désolé, je n'ai pas réfléchi, » dit-il doucement. « Préféreriez-vous qu'on vous appelle autrement, Rikkma ? »
Oui, s'il vous plait ! « Non, Rikkma ça va, » réussit à dire Rikku à travers ses dents serrées, tandis que sa dignité en lambeaux mourait d'une mort silencieuse et néanmoins très dramatique.
« Oh, t'es sûre que je ne peux pas t'appeler Câline ? » lui demanda Jecht malicieusement.
« Vraiment, non, » cracha Rikku.
« Et Câli-Câlinette ? »
« NON, » répéta Rikku.
« Câlinette-Papouillette ? » essaya encore Jecht.
Rikku lui sauta au visage et il l'évita, en se moquant d'elle. Maudits soient ces réflexes de Blitzball ! « Si je t'attrape, tu es mort ! » hurla-t-elle furieusement en plongeant à nouveau sur lui tandis que Braska s'écartait précipitamment du passage.
« Ça suffit ! » dit soudain Auron, arrêtant brusquement les singeries du trio. « Ce n'est ni le moment ni le lieu pour de pareils enfantillages, » asséna-t-il, en adressant son regard à Rikku à tout le trio. « Allez-vous je vous prie vous contrôler ? » demanda-t-il à Jecht d'un ton acerbe. « Et vous, laissez-le tranquille, » ajouta-t-il sur un ton d'avertissement à Rikku.
A contrecoeur, Rikku relâcha la clé à la tête qu'elle avait réussi à appliquer à Jecht et gratta la poussière du bout de sa botte. « Rabat-joie, » grommela-t-elle à mi-voix, et Jecht grogna en approbation.
« Vous avez dit quelque chose ? » Le regard assassin d'Auron s'intensifia.
Regard à Rikku Niveau II, remarqua-t-elle pour elle-même, réservé à un usage personnel ! Le fait qu'elle soit la seule à avoir réussi à le susciter jusqu'à présent lui donna un certain sentiment de satisfaction, et elle dut faire un effort pour cacher son gloussement
« Non, monsieur ! » répliqua Rikku, tout miel, en faisant de son mieux pour avoir l'air innocente.
Auron l'observa avec attention avant de se tourner à nouveau vers la rue. « Bien. Pourrions-nous continuer notre trajet, Câlinette ? » ajouta-t-il avec naturel.
Rikku resta bouche bée même si elle ne pouvait voir que l'arrière de sa tête, elle était sûre qu'il avait un sourire satisfait étalé sur le visage. Quel espèce de faux-jeton ! fulmina-t-elle.
« Oh ! » dit Braska en secouant la tête avec amusement en emboîtant le pas à Auron. « Félicitations, Rikkma. Je crois que c'est la première fois que j'entends Auron faire une plaisanterie. »
« Ah ? » répéta Rikku avec nonchalance, sa contrariété s'évaporant aussi vite qu'elle était venue.
Hmm… Rikku un, Auron un. Ça devrait vraiment m'énerver davantage, pensa-t-elle tandis qu'un sourire idiot s'insinuait sur son visage. La partie dominante de son esprit était en train de décider d'ignorer sa raison et de la submerger de frissons de bonheur pour avoir fait sourire Auron.
« Hé, » dit Jecht, en donnant une tape sur l'épaule intacte de Rikku et en la sortant de son hébétude. « Est-ce que tu fantasmes sur un mec aussi coincé ? » Il pointa le dos d'Auron tout en parlant. « La vache, tu es cinglée. » Il sourit à pleines dents, en remarquant qu'elle piquait un fard soudainement.
Rikku soupira et suivit Jecht à contrecoeur. « Je sais, » marmonna-t-elle.
Ils dépassèrent les quelques pâtés de maisons restants jusqu'à la demeure de Braska sans incident probablement surtout parce que Rikku était trop préoccupée pour accorder beaucoup d'attention à ses compagnons. Plus loin ils progressaient le long de la petite ruelle, plus les bâtiments étaient délabrés. Celui devant lequel ils s'arrêtèrent finalement était haut et quelconque, tombait en ruine par manque d'entretien, et appartenait de toute évidence à l'une des couches sociales les plus basses de Bevelle. Tout le quartier, en fait, paraissait peu prospère juste un autre des petits secrets honteux de Yevon soigneusement cachés à la vue du public par les dehors glorieux de la cité.
Cela la surprit et la consterna pour une raison ou une autre, Rikku avait toujours imaginé que son oncle était riche et respecté même avant qu'il ne commence son Pélerinage. Yuna ne lui en avait jamais parlé quand elles étaient petites d'un autre côté, dans un petit village comme Besaid, les distinctions de richesse et de pouvoir étaient pratiquement inexistantes. Elle laissa ses yeux parcourir le bâtiment décrépit et parvint à retenir son soupir de déception.
« Quel taudis, » entendit-elle Jecht dire en écho avec beaucoup moins de tact, ce qui lui valut un regard courroucé d'Auron.
« Je sais que ce n'est pas grand-chose, » commença Braska avec un léger embarras, « mais cela a tous les conforts d'un chez-soi. »
Jecht se frotta l'arrière de la tête, l'air mal à l'aise, et chercha maladroitement un moyen de se tirer de ce mauvais pas. « Oh, euh... eh bien, c'est un joli taudis, » essaya-t-il. Rikku lui jeta un regard noir, lui frappa le bras et il se tut.
« Ce qu'il voulait dire, c'est merci de nous accueillir, » précisa Rikku, en adressant un sourire éclatant à Braska. « C'est sûr que c'est carrément mieux que l'intérieur d'une cellule de prison ! »
« Je vis ici avec ma fille Yuna, » expliqua Braska en les faisant entrer dans le vestibule et en se dirigeant vers une volée de marches usées. « Elle n'a que sept ans, mais je vous assure qu'elle est très bien élevée. »
« Une fille, hein ? » répéta Jecht. « Je suis impatient de la rencontrer ! » Il sourit avec enthousiasme et suivit Braska.
Rikku baissa la tête et resta en arrière derrière eux, en mordillant sa lèvre inférieure. Yunie est encore là ! J'avais oublié ça... ooh...
« Vous avez changé d'avis ? »
Rikku se retourna et vit Auron qui attendait, les bras croisés, qu'elle grimpe les marches.
« Hein ? » lui demanda-t-elle.
« Si vous souhaitez partir maintenant, je ne vous en empêcherai pas, » dit-il d'une voix égale.
Rikku fronça les sourcils vers Auron et prit la même pose que lui, en tapotant le sol du pied. « Vous pensez vraiment que je me débinerais à la première occasion ? » dit-elle avec incrédulité. « Pour votre information, j'aurais pu vous quitter quand je le voulais ! Vous êtes juste en train d'essayer de provoquer une dispute avec moi, c'est ça ? »
Auron pencha la tête et la regarda solennellement. Il n'avait pas l'air fâché – en tout cas, pas plus qu'habituellement. Rikku laissa retomber ses bras et fit passer son poids d'une jambe sur l'autre, attendant qu'il parle.
« A la différence de Jecht, vous semblez savoir ce que devenir un Gardien implique. » Son regard insistant troublait Rikku et elle baissa les yeux vers le sol. « Vous ne baisserez dans l'estime de personne si vous partez maintenant. »
Rikku se balança lentement sur ses pieds, une habitude inconsciente qu'elle avait prise chaque fois qu'elle était perdue dans ses pensées. Il est en train ... de me donner une chance d'arrêter les frais et de fuir, pensa-t-elle pour elle-même. Presque comme le Auron que je connais. Je devrais probablement partir avant de tout foirer...suivre son conseil serait la chose la plus intelligente à faire. Mais là, il se montre tellement gentil !
« Venez, si on traîne ici trop longtemps, ils vont se demander ce qui nous est arrivé, » dit finalement Rikku, en levant les yeux vers lui avec un grand sourire. Puis elle se détourna et monta les escaliers à toute allure, trop nerveuse pour voir sa réaction. S'il était déçu par sa décision, elle savait que cela ébranlerait sa confiance. Elle avait plus peur de la façon dont elle se sentirait s'il ne l'était pas, néanmoins.
Rikku arriva au sommet des escaliers à temps pour voir une toute petite fille avec une tignasse indisciplinée de cheveux bruns se précipiter hors de l'appartement et droit dans les bras tendus de Braska. Il éclata de rire et souleva la fillette, la faisant tourner autour de lui avant de la caler contre sa poitrine.
« Yunie, » murmura Rikku pour elle-même en apercevant les yeux dépareillés de la fillette. Puis elle fit un pas pour se cacher derrière la masse de Jecht et essaya de passer inaperçue.
« Quel petit ange ! » dit Jecht, et elle entendit Yuna glousser en réponse. « Sa mère doit être une vraie beauté, » ajouta-t-il en adressant à Braska un clin d'oeil appréciateur.
« Oui, elle est tout pour moi maintenant, » reconnut Braska avec tendresse, en déposant un petit baiser sur le front de sa fille. « Tout ce que je fais, je le fais pour elle. » Remarquant le soudain changement d'expression de Jecht, il rit et secoua la tête en direction de la femme âgée et corpulente qui était aussi sortie de l'appartement. « Oh, voici Beatrix, une amie. Elle s'occupe de Yuna quand je ne suis pas à la maison, » dit Braska. « Ma femme... ne peut pas être ici en ce moment, » termina-t-il avec une expression douloureuse. Secouant la tête, il adressa un sourire de reconnaissance à la femme alors qu'elle s'en allait en descendant l'escalier. « Je vous en prie, entrez et faites comme chez vous. »
Jecht passa la porte à la suite de Braska avec enthousiasme, mais Rikku hésitait à l'extérieur, indécise. Elle se décida et entra, néanmoins, quand elle sentit la présence d'Auron derrière elle. J'y survivrai. Reste calme, « Rikkma » !
« Père, qui est-ce ? » La voix douce de Yuna fit sursauter Rikku et lui arracha un petit couinement de surprise. Comme elle le craignait, les yeux de Yuna étaient braqués sur elle avec une totale fascination. « Elle ressemble à maman ! »
« C'est parce que Rikkma est aussi al bhed, comme ta mère, » dit Braska gentiment, en adressant à Rikku un sourire amusé.
« Ses yeux sont verts ! » dit encore Yuna, un sourire radieux s'étalant sur son visage tandis qu'elle pointait Rikku du doigt. « Comme les miens ! » La petite fille était à l'évidence très excitée Rikku ne pouvait pas l'en blâmer, néanmoins. On ne voyait pas souvent des Al Bheds à proximité de Bevelle, à moins qu'il ne s'agisse de criminels en attente de châtiment. Elle eut pourtant un léger soupir de soulagement quand le regard curieux de Yuna la quitta pour se poser sur Jecht. « Qui est-ce ? » demanda la petite fille en examinant le grand gaillard.
« Je suis Jecht, blitzer vedette des Zanarkand Abes ! » dit-il fièrement en souriant largement à Yuna. Le sourire s'effaça quand Yuna l'ignora et poussa un cri de joie.
« Auron ! » cria-t-elle tandis que l'objet de son attention entrait dans la pièce. Elle se précipita vers lui et jeta étroitement les bras autour de sa jambe. Rikku dut se couvrir la bouche pour se retenir d'éclater de rire tout haut tandis qu'Auron baissait les yeux et fronçait les sourcils.
« Yuna, » dit-il en caressant maladroitement la tête de la fillette. « J'ai besoin de cette jambe. »
« Pardon, » murmura-t-elle en le lâchantt à contrecoeur et en faisant un pas en arrière pour lui adresser une révérence solennelle avant de retourner dans les bras de son père.
« Tu sais vraiment y faire avec les femmes, Auron, » observa Jecht, récoltant un regard noir à la fois de sa cible et de Rikku. « C'est un joli endroit que vous avez là, Braska, » ajouta Jecht avec un sourire.
« Ce n'est pas grand-chose, mais c'est chez moi, » dit Braska, en prenant Yuna sur ses genoux pour la faire rebondir joyeusement.
Rikku laissa ses yeux se promener sur le modeste aménagement de la pièce. Bien que ce soit petit, c'était très propre et soigné, un vif contraste avec l'aspect extérieur délabré du bâtiment. Ce qui rendait l'endroit plus confortable que tout, néanmoins, était la vision de Braska et Yuna assis ensemble à la petite table, qui se souriaient et parlaient tranquillement. Ils créaient un petit cercle de confort domestique qui enveloppait toute la pièce plus complètement qu'aucune déco n'aurait pu le faire même Auron semblait se détendre en leur présence, son air renfrogné s'adoucissant en un demi-sourire détendu.
Ils sont heureux ensemble, voilà pourquoi c'est un vrai foyer, réalisa Rikku avec un léger pincement de nostalgie. Se trouver un foyer n'a rien à voir avec l'argent ou le pouvoir. C'est juste l'endroit où on se sent à sa place. Elle ferma les yeux et se glissa discrètement dans un coin éloigné de la pièce c'est juste parce que je ne veux pas que Yunie me voit trop, se dit-elle. La vérité, cependant, c'était qu'elle ne supportait plus de les regarder père et fille, assis ensemble et souriants, tous deux inconscients de l'avenir qui les séparerait. On pourrait presque oublier Sin quand on les voit comme ça. Presque... mais Oncle Braska n'a jamais oublié Sin.
« Nous commencerons le Pélerinage demain matin, » entendit-elle Braska dire. « Le temple sera ouvert aux groupes d'Invocateurs, et ce serait bien de partir tôt. »
« Il y a un problème, » dit Auron doucement, attirant l'attention de tout le monde. Il sortit le parchemin roulé de son manteau et le lança à Braska, qui l'attrapa au vol. « Kinoc nous a donné deux jours pour partir après avoir passé l'Epreuve. » Il tourna les yeux vers Rikku et elle fixa le sol avec culpabilité.
« Deux jours ? » dit Braska faiblement, en posant soigneusement le parchemin de côté sans l'ouvrir. Ses yeux étaient fixés sur Yuna, qui jouait avec les rabats de sa robe, inconsciente de sa préoccupation. « Si peu ? » L'inflexion triste de sa voix fit relever la tête à sa fille et elle le regarda avec inquiétude.
« Père ? » demanda-t-elle d'une toute petite voix.
Il se pencha et posa son front sur le sien, en fermant les yeux. Puis il se redressa et adressa un sourire triste à Yuna. « Deux jours, alors, » dit-il avec fermeté, et les yeux de la fillette s'agrandirent.
« Non, » protesta-t-elle, et Rikku observa avec stupéfaction à quel point elle paraissait plus que son âge elle n'avait que sept ans, mais Sin ne faisait pas d'exception pour les enfants sur Spira. « Non ! Tu avais promis une semaine ! » dit-elle plus fort, tandis que des larmes commençaient à se former aux coins de ses yeux.
« Je suis désolée, Yuna, » dit Braska en écartant gentiment de sa poitrine les mains de la fillette, qui avait serré ses petits poings contre l'avant de sa robe. « C'est la volonté de Yevon. »
« Hmm, » grogna Auron, avec un mépris manifeste dans la voix.
« Hey hey hey, » interrompit Jecht, en se levant et en faisant craquer sa nuque. « Qu'est-ce que c'est que ces faces d'enterrement ? Ecoute, petite » dit-il, en s'approchant de Braska et en s'agenouillant pour regarder Yuna surprise dans les yeux. « Tu sais ce que je fais chaque fois que je dois faire disparaître une mine sombre ? »
« ...non ? » renifla Yuna, en s'essuyant les yeux, les larmes momentanément oubliées parce que Jecht accaparait toute son attention.
« Du Blitz ! » dit-il avec un grand sourire. « Tu sais quoi, trouve-moi une blitzball et je vais te montrer quelques-unes de mes techniques secrètes, » promit-il avec un clin d'oeil. « Tu ne veux pas manquer ça, parce que je suis le meilleur ! »
« C'est une excellente idée, » dit Braska, avec un regard reconnaissant à Jecht. « Pourquoi ne vas-tu pas chercher la balle dans ta chambre ? » dit-il à Yuna, en la faisant descendre de ses genoux.
« Mais... » bredouilla-t-elle d'une façon hésitante, regardant alternativement Braska et Jecht.
« Hé ! Je ne t'ai pas dit que je suis le joueur vedette des Zanarkand Abes ? » fanfaronna Jecht, bouffi d'orgueil, en se frappant le torse du pouce.
« C'est vrai ? » répéta Yuna, dont les yeux commençaient à briller d'excitation. « Ils jouent au Blitzball à Zanarkand ? »
« Jour et nuit, » l'assura Jecht. « Tu n'auras pas une autre chance comme celle-là, petite, alors dépêche-toi ! »
« D'accord ! » cria Yuna, gagnée par la bonne humeur de Jecht tandis qu'elle se précipitait vers sa chambre. Elle en émergea quelques instants plus tard, blitzball en main, et poussa un cri perçant quand Jecht la souleva dans ses bras et se dirigea d'un pas lourd vers la porte.
« Je la ramènerai en un seul morceau, » leur dit Jecht en retournant Yuna la tête en bas et en la tenant par les jambes, ce qui la fit hurler avec ravissement. Braska tint la porte ouverte pour eux tandis qu'ils quittaient le petit appartement. « C'est parti ! » l'entendit crier théâtralement Rikku depuis le couloir, ponctué par un autre des rires aigus de Yuna.
« Messire, êtes-vous sûr de lui faire confiance ? » demanda Auron avec scepticisme.
Braska ferma la porte avec une expression amusée, en secouant la tête. « Détends-toi, Auron. C'est un Gardien à présent. »
« C'est un autre problème, » l'entendit murmurer sombrement Rikku.
« Tu dois apprendre à être plus confiant, » le réprimanda Braska. « Il a bon coeur. Même toi tu dois voir la façon dont il a traité Yuna. Qui aurait deviné que Jecht aimait les enfants ? »
Pas moi, pensa Rikku pour elle-même. Et probablement pas Tidus, non plus. Je me demande pourquoi il détestait tellement son père ? Peut-être que Jecht était seulement nul avec son propre fils. Elle cligna des yeux et releva la tête quand elle remarqua que Braska se tenait devant elle et lui posait une question.
« ...Bikanel ? » l'entendit-elle dire.
« Hein ? » demanda-t-elle en rougissant. « Désolée, vous pouvez répéter ? »
« Il vous a demandé si vous veniez de l'île de Bikanel. » intervint Auron, clairement irrité par son manque d'attention.
« Hé ! Qu'est-ce que vous savez de ça ? » dit-elle sur la défensive, en lançant un regard noir à Auron. Maintenant que Yuna avait quitté l'appartement, il était rentré dans la coquille de Yevonite stoïque qu'elle commençait à connaître de mieux en mieux, et du coup elle se sentait mal à l'aise et avait envie de protéger le peu vie de privée que son peuple avait.
Auron secoua la tête avec un grognement incrédule et haussa les épaules. « J'en sais plus sur la vie de Braska que vous ne pouvez l'imaginer, » dit-il avec mépris. « Je peux vous assurer que je n'ai aucune envie de discuter des secrets des Al Bheds avec vous ou qui que ce soit d'autre. »
Rikku rougit et détourna les yeux donc Auron sait déjà où nous vivons. Oh génial... Je me sens tellement bête maintenant ! Heureusement, Braska vint à son secours avec un signe de tête de sympathie.
« Non, vous avez raison. Je comprends que ce soit un sujet sensible pour vous. » Il se tourna et fit un geste en direction d'Auron. « Peut-être que tu pourrais aller jeter un oeil sur Yuna après tout ? »
« Mais - » dit Auron en s'écartant du mur en signe de protestation.
« Auron, s'il te plait. Tout ira bien, » l'assura Braska. Le froncement de sourcils d'Auron s'accentua, mais après une courte pause, il sortit à grands pas de la pièce, claquant la porte derrière lui.
« Il a vraiment besoin d'apprendre à contrôler son tempérament, » observa Braska. Rikku le laissa la conduire à la table et prit le siège qu'il lui présenta. Il s'en alla pour entrer dans une des pièces à l'arrière et en ressortit peu après avec une petite boîte pleine de matériel médical.
« Jetons un oeil à cette épaule, » lui dit-il tandis qu'il posait de la gaze et du ruban adhésif sur le plateau de la table. Rikku se pencha et écarta ses cheveux de son dos, en grimaçant quand elle le sentit nettoyer le sang coagulé qui avait séché là. « Ah, bien, » l'entendit-elle murmurer tandis qu'il travaillait. « Ce n'est pas si grave après tout. La potion qu'ils vous ont donnée doit avoir déjà dissous la balle. Il faut simplement refermer proprement la blessure. Est-ce que cela vous gêne si je... ? »
« Non, allez-y, » dit Rikku en fermant les yeux. Elle ne s'habituerait jamais à être la cible d'un sort même quand ils étaient bénéfiques, ils faisaient remonter les souvenirs du petit fiasco de Foudre de Frangin. Elle entendit Braska murmurer quelque chose tout bas, et la sensation de chatouille de la magie courut le long de son épine dorsale et se fixa sur sa blessure, qui se mit à démanger d'une façon insupportable. Après un moment, l'impression se dissipa et elle se redressa, faisant rouler son épaule. « Beaucoup mieux ! » se réjouit-elle, en se tournant pour adresser un sourire soulagé à Braska. « Merci beaucoup ! »
Il lui fit un petit signe de tête tout en débarrassant la table, puis il hésita, avec une expression de culpabilité, la boîte à la main. « Je suis désolé pour ce que j'ai dit tout à l'heure. Je n'aurais pas dû évoquer votre Foyer devant Auron. »
« C'est moi qui devrais m'excuser, » l'assura Rikku avec un sourire penaud. « Après tout, vous avez épousé une Al Bhed, donc vous êtes pratiquement l'un des nôtres maintenant ! » Puis elle ravala son sourire et rougit violemment, se rappelant la brève mention de l'exil de Braska. Oh... en fait ça n'arrive pas avant que vous ne vainquiez Sin. Oups...
Braska se racla la gorge et détourna les yeux, lui permettant de se reprendre de son impair avec dignité. « C'est très gentil à vous de le dire, » répondit-il, bien que l'expression chagrine de son visage montre à Rikku qu'il pensait différemment. « Vous savez... » continua-t-il distraitement, en la regardant du coin de l'oeil. « De bien des façons, vous me rappelez ma défunte épouse. Elle avait aussi une vision très optimiste de la vie. » Puis il plissa les yeux vers elle plus directement et sa voix devint songeuse. « Mais il y a plus que cela... en fait, c'est extraordinaire. Vous ressemblez vraiment beaucoup à - »
« Oh, hé hé ! » couina Rikku, tirant brusquement Braska de son examen insistant. « Eh bien, vous nous connaissez, nous autres Al Bheds ! On se ressemble tous ! » Elle se tut en voyant une expression féroce, pleine de colère, tordre les traits habituellement aimables de Braska il paraissait plus fâché que quand elle l'avait insultée par inadvertance quelques instants plus tôt.
« Je ne veux plus entendre de telles choses, » lui dit-il sévèrement. « Si vous n'avez aucune estime de vous-même, alors comment puis-je m'attendre à ce que vous soyez capable de me protéger en tant que Gardien ? »
Rikku se mordit les lèvres et se recroquevilla même sans grande différence d'âge ni réputation légendaire derrière Braska, elle se sentait tout de même comme un petit enfant qui se faisait gronder par ses aînés. « Zut, c'était juste une plaisanterie, » marmonna-t-elle, en se regardant les ongles.
La main de Braska frappa violemment et bruyamment sur la table et la fit sursauter. Elle leva les yeux et vit que les siens étaient devenus froids et distants. « Votre peuple n'est pas une plaisanterie, Rikkma, quoi que Yevon ou qui que ce soit d'autre puisse dire. Vous ne devez jamais laisser personne vous convaincre de ça. » Il se pencha vers elle et la piégea sous un regard si intense qu'elle en oublia de jouer avec ses doigts et se figea sur place. « Les choses ne changeront jamais sur Spira si vous vous contentez de les accepter. »
Rikku cligna des yeux il ressemblait tellement à Yuna que ça en faisait mal. Elle se surprenait à ressentir quelque chose pour lui, malgré le fait qu'elle savait comment son voyage se terminerait il était empli de bonté et de détermination, et de suffisamment d'espoir pour porter le fardeau du monde sur ses épaules sans se briser. Mais exactement comme Yuna, il n'en gardait pas pour lui-même. « Et les invocateurs, alors ? » laissa-t-elle échapper. « Vous partez en Pélerinage, vous mourez, et ensuite Sin revient ! Sin revient toujours ! Comment pouvez-vous simplement accepter ça ? »
Braska se laissa aller en arrière et ferma les yeux, en secouant la tête. « Il y a toujours une chance que les choses soient différentes cette fois. »
« Mais si elles ne le sont pas ? » Rikku serra les poings.
« Dans ce cas, j'aurai au moins donné à Yuna une enfance de paix et de bonheur, » dit-il avec fermeté.
« En mourant ? » se déchaîna Rikku, en sentant des larmes qui commençaient à lui piquer les yeux. « Vous pensez vraiment que ça va la rendre heureuse ? »
Braska se raidit et ferma brutalement le couvercle de la boîte à pharmacie avec un bruit sec et sonore. « Vous, une étrangère, osez remettre en cause mes décisions ? » rétorqua-t-il. Puis il se détendit, ses épaules s'affaissèrent, et il secoua la tête. « Je suis désolée. Je n'avais pas l'intention de m'en prendre à vous comme ça, Rikkma. Mais je vous en prie, n'essayez pas de me faire changer d'avis à ce sujet. J'ai choisi ma voix. »
Le faux nom ramena Rikku à la réalité et elle s'essuya les yeux.
A quoi suis-je en train de penser ? Si je le dissuade de faire son Pélerinage, alors Sin ne sera jamais vaincu ! A cette simple pensée, néanmoins, elle se sentit sale comme si elle sacrifiait d'une certaine manière Braska et le bonheur de Yuna pour son propre avenir. Pour tout Spira, se rappela-t-elle sévèrement. Pourtant, cela ne changeait pas le fait qu'il était une victime sacrificielle, un agneau qu'ils menaient tous à l'abattage sur l'autel de Yevon. Elle frissonna et serra ses bras autour d'elle.
Braska s'éclaircit la gorge, puis se rassit à la table. « J'ai déjà vu votre Foyer, vous savez, » lui dit-il, comme s'il sondait les eaux agitées entre eux avec ses mots. « Autrefois, j'y suis allé en tant que missionnaire pour répandre la parole de Yevon dans votre peuple. C'est comme ça que j'ai rencontré la mère de Yuna. »
Rikku sourit malgré elle elle était trop jeune pour avoir été témoin de l'énorme agitation que l'arrivée de Braska avait provoquée, mais Keyakku les avait souvent régalés elle et Frangin avec des histoires à ce sujet, des murmures furtifs dans le désert à chaque fois qu'ils pouvaient se retrouver loin des yeux vigilants de Cid. « Ouais, j'en ai entendu parler, » marmonna-t-elle.
« Ah, alors vous n'étiez pas là-bas quand c'est arrivé, » ajouta Braska avec un petit rire bref. « Cela valait probablement mieux pour vous... Je pense que ma présence là-bas était plutôt perturbante. Beaucoup de gens n'ont pas apprécié mes efforts pour les convertir. » Il pencha la tête et se frotta le menton. « Dites-moi, néanmoins. Comment êtes-vous arrivée à Bevelle en premier lieu ? Ce n'est pas exactement la destination préférée des Al Bheds. »
« En réalité, ma venue ici était une sorte d'accident, » commença Rikku. « J'ai bien habité au Foyer, mais c'était avant... que je, euh, commence à me balader à travers Spira, à la recherche d'aventure. » C'est assez proche de la vérité, pensa-t-elle.
« Eh bien vous l'avez certainement trouvée, » lui dit Braska. « Je pense que cela vaudrait mieux pour vous que vous restiez avec notre groupe jusqu'à ce que nous ayons quitté Bevelle sans encombres. Je n'ai pas l'intention de vous imposer quoi que ce soit, néanmoins. J'imagine que vous voudrez un jour retourner à Bikanel, et je crains que mon propre voyage ne doive pas passer par là. »
« Non. Je suis exactement où je souhaite être ! » dit Rikku, en pensant aux temples.
Remarquant la surprise de Braska à sa sortie, elle rit gaiement et agita la main dans l'air. « Je veux dire, je n'essaie pas de rentrer au Foyer en ce moment. » Puisque je suppose que je suis déjà là-bas, plus ou moins. Je me demande ce qui arriverait si je me rencontrais moi-même ? Je ne me rappelle pas m'être déjà rencontrée... pff, mieux vaut ne pas le découvrir. L'univers pourrait imploser. Elle se secoua pour se sortir de sa rêverie éveillée et remarqua que Braska lui adressait un regard compatissant. « Quoi ? » lui demanda-t-elle, confuse.
« Je vois... alors vous devez être une proscrite, vous aussi, » dit-il avec sympathie en posant une main sur son épaule pour la réconforter. « Eh bien, je sais que cela doit être dur pour vous, mais vous êtes la bienvenue parmi nous aussi longtemps que vous en avez besoin, » lui dit-il.
Rikku réussit à garder la bouche close et à acquiescer avant de se mettre à glousser malgré elle. Proscrite ? Hah, plutôt une part de la raison pour laquelle vous êtes exilé vous-même ! Cela refroidit suffisamment son accès de gaité pour qu'elle adresse à Braska un signe de tête à demi-sérieux. « Merci, » lui dit-elle à nouveau. Il sourit en réponse et inclina la tête avant de s'éloigner, la laissant seule à la table avec ses pensées.
