Auteur : Maeglin Surion

Disclaimer : les personnages et leur univers relèvent de Thomas Harris et Brian Fuller.

Rating : M.

Pairing : Hannigram.

Je vous souhaite une bonne lecture.


IV

Ballo floreale : Inizio

« Jack ? Vous voulez venir un moment ? » s'enquit Jimmy Price, relativement ennuyé.

Intrigué, son chef le rejoignit devant l'ordinateur. Brian Zeller qui y était adossé l'accueillit avec un rictus.

« Vous vous souvenez de l'empreinte partielle qu'on avait relevée sur le pétale ? Nous avons une correspondance et c'est… bizarre.

― Comment cela ?

― Elle appartient au docteur Lecter, commença Zeller.

― Mais pas à n'importe quel doigt, intervint précipitamment Jimmy.

― Non, repris Brian. Pas n'importe lequel, c'est là que ça devient bizarre. »

Agacé, Jack montra des signes d'impatience. Les deux compères échangèrent un regard et le brun fit signe à son collègue de rompre le suspens.

« Vous avez certainement remarqué la particularité physique du docteur Lecter ? Eh bien, quand nous avons pris ses empreintes dans le cadre de notre enquête sur lui, dans l'affaire de l'Éventreur, nous avons été assez embêtés avec son sixième doigt… On ne savait pas vraiment quoi en faire. Finalement, on a décidé de le séparer des autres dans la grille des empreintes, en tant que signe distinctif.

― Oui, et alors ?

― C'est à ce doigt là qu'appartient l'empreinte. » glissa Zeller, heureux d'avoir le dernier mot.

Price lui lança un regard contrarié. Jack haussa les sourcils.

« Et alors ? répéta-t-il.

― Et alors l'Éventreur n'a jamais laissé la moindre trace d'ADN ou de fibre ou de quoi que ce soit et là, d'un coup, on aurait une empreinte de son signe distinctif ? Franchement, c'est pas un peu gros ? argumenta Brian avec un geste irrité envers l'ordinateur.

― Moi, j'y vois surtout une très bonne raison pour avoir un mandat, rétorqua son supérieur.

― On n'a rien trouvé sur ses costumes. Ni sur lui d'ailleurs et les viandes que vous avez prélevées à sa petite sauterie par surprise n'avaient rien d'humain. On a relevé son ADN en même temps que ses empreintes : jamais la moindre correspondance avec aucune affaire, rien, nada. » renchérit le blond.

Mais Jack Crawford ne l'écoutait pas. Il retournait sans cesse dans sa mémoire les derniers évènements qu'il n'arrivait toujours pas à comprendre. Il devait reconnaître que l'oubli d'une empreinte digitale, même partielle et localisée sur un minuscule morceau de fleur, n'était pas du genre de l'Éventreur de Chesapeake. Cependant, sans constituer une preuve suffisante pour l'arrêter, au moins, elle pouvait justifier un mandat de perquisition et Jack n'allait pas s'en priver. Il était convaincu que personne n'était infaillible, que l'assassin allait faire une erreur qui lui permettrait de remonter jusqu'à lui, et que c'était peut-être celle-là.

Il comptait confronter Lecter et Miriam avant de le perquisitionner car, même avec une bonne raison, l'obtention d'un mandat prenait un certain temps et il jugeait en avoir suffisamment perdu.

.

« Will ! Vous m'avez rabâché encore et encore que le docteur Lecter était l'Éventreur de Chesapeake et, maintenant que vous couchez avec, vous changez d'avis ? »

Le profiler ricana et se passa les mains sur le visage.

« Non Jack, vous n'y êtes pas du tout.

― Je n'y suis pas ?

― Non.

― Alors, en ce cas, éclairez-moi. »

Graham fit quelques pas devant le bureau sombre et agita un bras en direction de l'agent du FBI.

« Quand j'ai été interné, j'étais atteint d'une encéphalite qui altérait ma perception du réel, ce qui fait que je n'étais pas sûr de grand-chose à ce moment-là…

― Oui, et, ensuite, vous m'avez affirmé être guéri et qu'Hannibal est en fait l'Éventreur de Chesapeake.

― Je sais.

― Et maintenant, ce n'est plus le cas ?

― C'est… compliqué. »

Le profiler était véritablement excédé par le comportement de Jack. La situation dans laquelle il se trouvait l'ennuyait, mais pas autant que Crawford en était capable.

« Je vais vous simplifier les choses. » reprit son supérieur théorique.

Surpris, Graham le dévisagea.

« Miriam Lass est encore traumatisée. Il l'a gardé captive pendant deux ans. Elle m'a dit qu'elle se souvenait très bien de sa voix, parce que, voyez-vous, Will, l'Éventreur a été très bavard avec elle. J'ai l'intention de la confronter au docteur Lecter. A travers une vitre sans tain, puis face à face. »

Will ne put retenir un ricanement.

« Vous voulez mettre Hannibal dans une salle d'interrogatoire ?

― Vous trouvez ça drôle, Will ? »

A cet instant, il se rendit compte qu'il avait pensé tout haut. Mal à l'aise, il grimaça mais secoua la tête. Il ne pouvait pas dire à Jack que soumettre Hannibal Lecter à un interrogatoire direct, c'était comme tenter de nourrir un crocodile du bout des doigts : on ne pouvait pas être certain qu'il ne vous arrachera pas le bras avec.

« Je trouve étonnant de voir à quel point vous tenez compte de mes remarques.

― Mais j'ai toujours tenu compte de vos remarques, Will.

― Non Jack, vous savez bien que c'est faux. Vous ne prenez que ce qui vous arrange et vous faites fi du reste. »

Contrairement à Zeller et Price et, auparavant, à Katz, le professeur ne s'était jamais gêné pour exposer le fond de sa pensée à Jack Crawford. Il estimait qu'il n'avait pas de comptes à lui rendre et que cet agent du FBI avait bien besoin d'entendre ses quatre vérités de temps à autre. Le concerné haussa les sourcils mais ne répondit pas. A cet instant, Miriam Lass se présenta à la porte.

« Je suis prête, Jack, annonça-t-elle.

― Très bien. Will Graham sera parmi nous. » annonça-t-il en désignant le jeune homme.

Il espérait confondre l'Éventreur devant son amant et, accessoirement, vérifier que son profiler n'évoquait rien à la victime. Elle sourit au consultant et le salua poliment, sans réagir aux quelques mots qu'il souffla par soucis des convenances.

Le responsable de la BAU les mena jusqu'à la petite pièce qui jouxtait la salle d'interrogatoire et les y laissa, non sans omettre de se munir d'une oreillette qui l'informerait de tout ce qu'il s'y dirait. Lorsqu'il revint, il était accompagné d'Hannibal Lecter et ils apparurent de l'autre côté de la vitre. Miriam se concentra et Will l'observa discrètement, curieux.

« Vous savez pourquoi vous êtes là, docteur Lecter ?

― Non, Jack.

― Nous avons découvert l'une de vos empreintes sur l'un des pétales des fleurs qui ornaient l'arbre sur lequel était greffée la dernière victime de l'Éventreur. Comment expliquez-vous qu'elle se soit trouvée là ? »

Le Lituanien afficha un air sincèrement surpris. Son amant se retint de sourire et évita de justesse une sensation de malaise. Il savait pertinemment qui était Hannibal Lecter et d'ailleurs, le jeu l'amusait. Il devait aussi reconnaître que plus il connaissait Hannibal, plus il avait envie de le connaître et moins il était sûr de vouloir le confondre. Tout le problème était là, il savait qui il était et ce qu'il faisait et, surtout, comment il voyait et traitait ses victimes. Et il n'y avait pas de quoi rire.

« Je ne l'explique pas.

― Non ?

― Non.

― Vous comprendrez que nous ne l'expliquons pas non plus. »

Hannibal ne répondit pas mais inspira profondément. Il sentait venir le mandat de perquisition et tenait à faire comprendre son ennui à Jack Crawford.

« Connaissez-vous Miriam Lass ?

― Je ne l'ai jamais rencontrée.

― C'est l'analyse de cette dernière scène de crime qui nous a menés jusqu'à la cachette de l'Éventreur, dans la forêt, là où nous avons retrouvé Miriam. »

Le cannibale hocha la tête. Il tenait à expliciter sa bonne foi en même temps que son agacement.

« Le meurtrier l'a gardée captive pendant deux ans, commença Jack.

― Ai-je raison de supposer qu'elle se trouve derrière la vitre ? »

L'agent se tut et Lecter s'approcha de la surface réfléchissante.

« Vous m'avez fait venir dans le but de la voir identifier mon visage, ou même ma voix. »

C'était davantage une remarque qu'une question.

« C'était légitime, commença Jack.

― Il est normal de vouloir des réponses. Quelles réponses cela vous apporte-t-il ? »

Debout face à Miriam qu'il ne pouvait pas voir, il fixait le miroir d'un air impénétrable. A travers le verre sans tain, il ne les entendait ni ne les voyait, mais son nez exceptionnellement sensible les sentait sans peine. Il ne fut guère surpris d'apprendre que Will était là et ne nota aucune peur chez la jeune femme. De son côté, la blonde le dévisageait sans le reconnaître. Sa voix ne lui disait rien et il ne l'effrayait pas.

Lorsque le gourou, comme elle l'appelait, les présenta, le docteur Lecter la salua ainsi que Graham. Devant lui, l'empathe eut un moment d'hésitation. Ils ne s'étaient pas vus ces deux derniers jours et l'envie de l'embrasser pour l'accueillir lui effleura furtivement l'esprit.

A la grande surprise de Crawford, la victime n'eut aucune réaction. D'ordinaire, les personnes que l'on avait retenues et qui avaient subi ce genre de sévices réagissaient de manière instinctive à certains stimuli tels qu'une odeur particulière, une figure masculine ou la voix de leur tortionnaire. Il ne retrouva rien de tout cela chez la jeune Lass. D'ailleurs, Lecter n'était pas menaçant envers elle, ni dans ses attitudes, ni dans sa voix, Will non plus, et les deux amants n'échangeaient aucun regard suspect. Déçu, l'agent du FBI balaya momentanément cette carte de sa table.

« Je ne vous retiens pas davantage, docteur. » s'excusa-t-il.

Naturellement, il n'en pensait rien et le concerné n'était pas dupe. Il sourit néanmoins.

« Je comprends parfaitement que vous cherchiez la vérité. J'ignore comment mon empreinte s'est retrouvée là, mais je conçois tout à fait qu'elle vous ait interpellé autant qu'elle m'interpelle. Au revoir, mademoiselle Lass, Jack. »

Son regard glissa jusqu'à Will qui sembla brutalement redescendre sur Terre.

« Ma voiture a coulé une bielle. Tu me ramènes. »

Il salua vaguement et partit rapidement. Le psychiatre n'émit aucune objection et le suivit de son pas élégant mais vif. La remarque surprit légèrement l'agent du FBI car même lui n'osait pas manquer de respect au chirurgien en lui donnant un ordre aussi direct. Outre son charisme indéniable, Hannibal Lecter dégageait une sorte d'autorité naturelle qu'il n'avait pas l'audace de contester. Non par peur, mais parce qu'elle avait quelque chose d'inexorable. Will Graham se permettait apparemment beaucoup de choses avec lui, dernièrement.

Désormais seul avec la victime, Jack refit une tentative.

« Vous êtes vraiment certaine que ce n'est pas lui ?

― Oui. Je me souviens très distinctement de sa voix et elle n'a rien à voir avec celle du docteur Lecter. Les intonations n'étaient pas les mêmes. Le rythme de la respiration aussi était différent et c'est quelque chose qui nous est propre.

― Cela ne pourrait pas être Will Graham non plus ?

― Non, Jack, pour les mêmes raisons.

― Très bien. Vous ne vous rappelez pas son visage, son odeur ?

― Non… Je me souviens de l'odeur de la cabane, elle sentait la terre et la forêt. L'eau un peu rance, aussi, mais ma cuve était toujours très propre, il la nettoyait très souvent et il ne m'avilissait pas, si vous voyez ce que je veux dire. »

Patient, il hocha la tête.

« Je n'ai jamais vu son visage, il était toujours debout devant une lumière très vive qui m'éblouissait. Il ne bougeait pas et parlait très calmement. Il n'a jamais été violent avec moi.

― Et quand il vous déplaçait, vous ne le voyiez pas ?

― Il m'endormait toujours avant d'ouvrir la cuve. »

Frustré, Jack soupira. Elle avait été sa meilleure chance de le confondre et il le voyait glisser entre ses doigts une fois de plus.

.

Sur le parking, Will monta d'autorité dans la berline quand Hannibal déverrouilla les portières. En s'asseyant, ce dernier loucha vers son amant qui leva un sourcil, véritablement impressionné.

« Comment as-tu fait ça ? »

Amusé par la question outrageusement directe, Hannibal Lecter ne répondit pas tout de suite. Il retint un sourire et fit mine de vouloir démarrer la voiture. Will se demanda s'il allait oser nier, mais comme il s'y attendait, la réponse fut très évasive :

« L'esprit humain est plein de surprises. » commenta l'Éventreur en mettant le contact.

Le puissant V8 ronronna agréablement et il passa la première. Will s'attacha et s'installa plus confortablement.

« J'ai besoin de faire un arrêt chez Millers pour récupérer quelques pièces.

― En ce cas, allons-y. »

Dans le vaste hall d'entrée de son palais mental, le psychiatre retrouva le plan de Baltimore avec la liste des distributeurs de pièces pour automobiles et n'eut aucun mal à localiser celui dont parlait le profiler. Il eut cependant quelques peines à se débarrasser du vendeur impoli qui tournait un peu trop autour de sa Bentley Arnage en tenant d'ouvrir portières et capot, tandis que le brun chargeait ses achats dans le coffre et l'observait avec le plus grand intérêt.

« Il est désagréable et extrêmement pénible, mais il est le seul à avoir la plupart des pièces. » glissa Will en se rasseyant.

Amusé par l'ordre à peine voilé, le médecin ne releva pas et se contenta de sourire. Will retournait habilement la situation à son avantage en lui faisant régulièrement comprendre que, maintenant qu'il était convaincu de ses agissements, qu'Hannibal le laissait doucement le voir, son amant en était également maître, d'une certaine manière. Le médecin trouvait cela particulièrement intéressant et très prometteur.

« As-tu d'autres courses à faire ?

― Non, j'ai tout ce qu'il me fallait.

― Parfait. »

D'un mouvement discret, le cannibale avisa sa montre.

« Tu as un rendez-vous ?

― J'ai un dernier patient à voir à dix-neuf heures trente.

― Cela sera un peu juste, commenta Will.

― C'est jouable.

― C'était quel tueur en série qui s'était fait arrêté à cause d'une bête contravention ?

― Ted Bundy. »

Amusé, Graham échangea un regard avec son terrible amant qui lui rendit son sourire, les dents dévoilées par un rire silencieux. Il n'avait pas besoin de se demander pourquoi il s'entendait aussi bien avec l'Éventreur. Pour de très nombreuses choses, ils étaient sur la même longueur d'onde et cela n'avait rien à voir avec son empathie. La plupart du temps, ils se comprenaient à demi-mots – quand ils avaient besoin de se parler.

Confiant et quelque peu fatigué, le profiler laissa sa tête reposer contre le dossier et ferma les yeux, prêt à s'endormir. Pour l'aider à se détendre, Lecter alluma le poste dans lequel il avait glissé du Bach. Bercé par la douceur de l'Aria des Variations Goldberg et le son cristallin du clavecin qui leur donnait vie, Will s'assoupit.

Perdu dans ses pensées, Hannibal examinait les différentes possibilités pour son programme de la soirée, mettant en place chacune des probabilités avec le plus grand soin. D'une main distraite, il caressait le bras rude de Will du bout des doigts, faisant naitre un sourire inconscient sur les lèvres duveteuses. Les yeux rivés sur la route qui se déroulait vers Wolf Trapp et la Virginie, le psychiatre fit un dernier et rapide calcul : la nuit à venir avait 87.9 pourcent de chances d'être à la fois intéressante et fastidieuse. Il y avait là largement de quoi éveiller sa curiosité.


J'espère qu'après 4 chapitres, ça vous plait toujours et que vous reviendrez pour les suivants ! Si vous êtes sages, on sabrera un Quarts-de-Chaume.

Comme toujours, les reviews sont là pour vous permettre de me dire ce que vous en pensez.

A ce propos, je remercie grandement tous ceux qui ont la gentillesse de le faire (et n'oubliez pas que si vous n'êtes pas inscrit sur le site et que vous voulez voir ma réponse, il faut zieuter du côté du blog cité plus haut) ! ^_^

Au plaisir.

Maeglin