Auteur : Maeglin Surion.
Disclaimer : les personnages et leur univers relèvent de Thomas Harris et Brian Fuller.
Rating : M.
Pairing : Hannigram.
Je vous souhaite une bonne lecture.
VII
Ballo floreale : Spianato
« Qu'est-ce que vous regardez ?
― La vidéo-surveillance du cabinet du docteur Lecter, répondit Zeller. Je ne sais pas combien il a payé, mais c'est du full HD. On peut compter les cheveux sur la tête de Raspail.
― Dites-moi plutôt quelque chose d'intéressant, soupira Jack.
― A un moment, reprit précipitamment Brian, juste avant d'entrer dans le cabinet, il desserre sa cravate, puis la resserre, et on voit qu'il a un gros bleu de strangulation sur le cou.
― Et, aussi, Lecter a dit la vérité. Raspail est arrivé à dix-neuf heures quarante et il s'est garé au milieu du chemin. Si le psy avait voulu sortir, il n'aurait pas pu. Il repart de nouveau un peu avant vingt-et-une heures. »
Brian illustra les propos de son collègue en montrant la vidéo à Jack Crawford qui hocha la tête.
« Et le docteur Lecter, à quelle heure est-il parti ?
― Vingt-deux heures quatre précisément.
― Bon… Où a-t-il dit qu'ils s'étaient arrêtés, avec Will ?
― Millers, je crois, répondit Jimmy.
― C'est ça. On y va dès que vous avez fini votre rapport. Toujours rien pour le cheveu, l'empreinte et ce fameux Klaus ?
― Non, pas pour l'ADN, Jack. En revanche, on a un certain Klaus Hartmann qui correspond à la description faite par Lecter. »
Tendant la main, Zeller attrapa une fiche sur son bureau.
« Il s'est fait arrêter pour conduite en état d'ivresse et sous l'emprise de stupéfiants il y a un peu moins de six mois, mais ils n'ont que ses empreintes et… celle de l'autel n'est pas à lui. Mais il est costaud, blond aux yeux bleus et il n'a pas l'air commode. »
.
« Vous êtes monsieur Millers ?
― Nan. Et vous, z'êtes qui ? »
Impressionnés par les bonnes manières du revendeur, les trois agents s'entreregardèrent.
« Je suis l'agent spécial Jack Crawford, du FBI, et voici les agents Zeller et Price.
― Hum… Faites voir vos plaques. »
Avec patience, ils obéirent. Finalement, leur hôte sembla consentir à coopérer.
« Vous souvenez-vous avoir vendu des pièces à un certain Will Graham ?
― Ouais, y vient souvent. Peut pas marchander avec c'ui là. S'y connaît trop.
― Il est venu récemment ?
― Sûr. Y a p't'être deux-trois jours. Dans une putain de caisse.
― Quatre jours ?
― Ouais, c'est ça. Quatre.
― Quelle caisse ? s'enquit Zeller.
― Une Bentley Arnage de dingue. Jamais vu un truc pareil. Savez, sur ce machin, en série hein, z'aviez le GPS reco' vocale, la clim partout, les sièges massants, chauffants et tout, électriques même ! Genre même pas besoin de se pencher pour les régler ! Y a même un lecteur DVD derrière et même qu'tu peux caser huit CD dans le lecteur de d'vant. Et ça, c'est que d'série. Et celle-là, elle était blindée d'options, un truc de malade.
― Hum… Vous vous souvenez de l'homme qui la conduisait ?
― Un peu qu'j'm'en souviens ! Hyper classe, s'tenait très droit, on aurait dit qu'l'avait un bâton dans l'derrière. Mais pas commode, ah, ça…
― Comment ça, pas commode ? l'interrogea Jack en jetant un regard en coin à ses collègues qui se retenaient de rire devant cette description – au demeurant, très fidèle – d'Hannibal Lecter.
― Ben, y voulait pas qu'j'y touche ! J'ai même pas pu soulever le capot ! Mais son V8 avait un sacré son, mon vieux, j'aurais bien tiré d'ssus sur l'autoroute. »
Vu l'état général du vendeur et les manières raffinées du psychiatre, les trois hommes imaginaient sans peine les réticences du propriétaire de la luxueuse berline.
« Vous avez le reçu ?
― Ouais, c'est c'type qu'a payé. Gra'am a fait comme si c'tait normal, j'l'avais jamais vu moi.
― Il a payé par carte ?
― J'prends pas les espèces moi !
― Bon, bien. Ce reçu ? »
Après encore plusieurs seconde de grognements, le vendeur-qui-n'était-pas-Millers leur tendit un bout de papier tâché. La date et l'heure correspondaient.
« Très bien. On vous remercie.
― Ouais… z'allez rien ach'ter, j'suppose ?
― Pas aujourd'hui, non, répondit Brian.
― Pfff. »
Ils sortirent prendre l'air frais et Jimmy soupira.
« Au moins, il a confirmé les dires de Will et Lecter.
― A défaut d'être poli et propre. » rétorqua Zeller.
.
Confortablement installé dans le canapé de cuir d'Hannibal, la tête sur les genoux de son amant, Will somnolait pendant que le blond faisait chanter son thérémine. La musique presque irréelle lui faisait un drôle d'effet. Il n'arrivait pas à savoir s'il en appréciait le son ou non.
« Qu'est-ce que c'est, comme instrument ? » demanda-t-il, les yeux clos.
S'interrompant momentanément, Lecter lui caressa tendrement les cheveux, dégageant quelques mèches rebelles de son front.
« C'est un thérémine, l'un des plus anciens instruments électroniques. Il a une particularité très intéressante : il n'est pas nécessaire de le toucher pour en jouer. A vrai dire, c'est même une mauvaise idée. »
Intrigué, le profiler se redressa et s'assit entre les jambes du psychiatre qui en profita pour l'embrasser dans le cou et la nuque.
« Hum… Comment on en joue ?
― La main droite commande la hauteur de la note. En la bougeant devant l'antenne verticale, comme ceci, expliqua le Lituanien en levant la main de Will. L'autre, en forme de boucle, sert à moduler le volume. »
Graham fronça les sourcils, jouer de cet instrument faisait un drôle d'effet.
« Mis à part le fait que j'ai l'impression de l'égorger, je sens dans mes doigts comme la consistance de l'air… C'est… vraiment étrange. »
Amusé par la maladresse de son compagnon, le médecin prit les commandes des mains rudes et les fit bouger plus lentement, plus souplement. Soudain, le son devint mélodieux. L'oreille désormais un peu plus éduquée de Graham lui permit de reconnaître le Clair de Lune de Claude Debussy. Il pencha la tête vers Hannibal.
« Tu entends vraisemblablement des choses que, moi, je n'entends pas, remarqua-t-il.
― Pour jouer correctement du thérémine, il faut posséder un don rare : l'oreille absolue.
― J'en suis dépourvu, constata le profiler en penchant la tête en arrière pour offrir son cou.
― Tu as bien d'autres talents… » souffla Hannibal en le dévorant de baisers légers couplés à de doux mordillements.
Tandis que l'empathe sentait monter en lui l'envie toute prosaïque d'oublier la musique pour renverser son homme sur le canapé et lui faire l'amour, la sonnette de la porte retentit.
« Ah, non. »
Amusé par la remarque du professeur, Lecter se laissa coucher sur le cuir moelleux, prêt à oublier ce quelconque gêneur s'il le lui demandait. Hélas, la sonnette légère fut vite remplacée par un tambourinement familier et désagréable.
« Hn… c'est Jack…
― Avec son mandat de perquisition. » précisa le chirurgien.
Il prit son temps, passant doucement la main dans les boucles brunes. Si le FBI faisait sauter sa porte, il se ferait un plaisir de leur envoyer la facture. Et elle serait salée.
« Tu as prévu le coup, j'imagine ?
― Je n'ai rien à me reprocher. »
Malgré lui, Will Graham ricana. Décidément, il n'arriverait pas à lui faire cracher le morceau. Il n'avait cependant pas l'intention de rendre les armes. Même s'il n'était plus vraiment sûr de l'endroit où il voulait que tout cela les mène, il tenait à entendre de la bouche d'Hannibal qu'il était l'Éventreur de Chesapeake. Au moins pour une question de principe. D'une main, il le décoiffa exagérément.
« C'est pour te donner une raison de tarder à ouvrir, se justifia-t-il en l'embrassant une dernière fois. Et je t'interdis de te recoiffer. »
En passant, il tira sur la chemise pour la sortir du pantalon mais la main leste de Lecter l'attrapa in extremis. Il rejoignit la porte pieds nus et sourire aux lèvres sous les rires de son homme. Évidemment, lorsqu'il ouvrit la porte, il ne souriait plus mais affichait plutôt un air intrigué. Jack manqua de lui décocher son prochain coup en pleine figure.
« Docteur Lecter ! »
Le concerné ne recula pas d'un millimètre. Il se contenta de relever la tête en prenant une expression choquée. Reprenant contenance, Jack Crawford lui fit une petite remarque.
« Vous êtes bien long à ouvrir…
― J'étais… occupé… » rétorqua le psychiatre qui sembla soudain s'apercevoir qu'il était relativement peu présentable.
L'air gêné, il se passa la main dans les cheveux pour les remettre en ordre. Sur sa hanche, un petit bout de chemise dépassait du pantalon. Derrière Jack, Price et Zeller lui firent un sourire compatissant relativement mal venu. Lentement, une feuille de papier se leva vers ses yeux.
« Nous avons un mandat pour fouiller votre maison et ses éventuelles dépendances, ainsi que vos véhicules.
― Pour quel motif ? s'enquit le médecin en parcourant le texte.
― Nous avons trouvé deux de vos empreintes digitales sur deux scènes de crime différentes de l'Éventreur de Chesapeake.
― Deux ? »
Le lituanien avait l'air si stupéfait que Jack eut un énième doute.
« Oui, la seconde a été relevée sur Benjamin Raspail. Vous permettez ? »
Bouche bée, Hannibal Lecter s'écarta dans un geste d'automate. Les trois collègues entrèrent, suivis par une petite équipe de scientifiques et deux agents de la brigade cynophile.
« Vous êtes seul, docteur ?
― Non… Will est là.
― Bonjour, Jack. »
Le consultant était debout dans l'embrasure de la porte du salon, chemise ouverte et bras croisés. Il déployait de gros efforts pour ne pas interpeller les chiens et Hannibal le remarqua sans peine, manquant de sourire. Zeller dansa d'un pied sur l'autre, gêné.
« Will… Nous vous prierons de ne pas interférer dans la perquisition. » ordonna Crawford.
L'empathe hocha la tête d'un air désinvolte et vint rejoindre Hannibal qu'il enlaça et décoiffa à nouveau par jeu. Dans la mesure où Jack les avaient surpris au sortir du lit, l'autre jour, il ne voyait pas pourquoi ils devaient se cacher. D'ailleurs, il était très curieux de voir comment réagirait son compagnon… Les trois quarts des personnes présentes s'arrêtèrent pour les observer. Jack s'énerva.
« Au boulot, ne restez pas plantés là !
― Jack ! » l'interpela le blond, Graham à demi suspendu à son cou.
Le chef de la BAU se tourna vers lui juste avant d'entrer dans la chambre.
« Si vous ou vos hommes abîmez quelque chose, j'enverrais la facture au FBI.
― Vous avez entendu ? Ne cassez rien. Au boulot ! »
Les agents se répartirent le rez-de-chaussée et l'étage. L'un d'entre eux fit malencontreusement sonner le thérémine et Jimmy Price se lança dans une longue explication sur les origines de cet instrument étonnant. Appuyé contre sa porte d'entrée, le cannibale zyeutait vers la chambre où s'affairait Jack. Au bout d'un moment, l'agent ressorti avec deux morceaux de tissu noir vaporeux. En les voyant, Will eut un rictus amusé et Lecter tenta vainement de faire bonne figure.
« Qu'est-ce que c'est, docteur ?
― Étant donné l'endroit où vous les avez trouvés, cela me paraît assez évident, Jack…
― Je suis certain que nous n'avons pas besoin de vous expliquer à quoi ils servent… » renchérit Will sur un ton condescendant.
Debout à l'entrée du salon, Brian Zeller étouffa un rire nerveux. Lorsque les trois hommes lui jetèrent un regard noir, il toussota et avisa le psychiatre :
« Est-ce que vous pouvez nous allumer votre ordinateur portable, docteur ? »
Après un dernier regard outré vers Jack, le psychiatre soupira et rejoignit l'équipe dans le séjour. En chemin, il tendit machinalement la main vers le museau levé du malinois pour qu'il le renifle et s'assure qu'il ne lui voulait pas de mal. Son geste plut à Will qui sourit.
Debout face à Graham, avec les bouts de tissu en main, Jack se sentit bête. Son consultant était particulièrement peu coopératif et semblait très… impliqué dans sa relation avec le docteur Lecter. N'avait-il pourtant pas dit qu'il était absolument convaincu qu'Hannibal était l'Éventreur et qu'il mettrait tout en œuvre pour le confondre ? Pourquoi un tel revirement, dans ce cas ? Cela ne tenait pas debout. Lorsque Jack avait envisagé cette perquisition, il espérait trouver quelque chose qui accuserait le psychiatre, mais aujourd'hui, il ne s'attendait plus à rien de ce genre. D'un geste las, il rejeta les morceaux de tissus flous sur le lit et passa devant le profiler pour rejoindre la cuisine. En chemin, il croisa la porte de la cave sans la voir.
De son poste d'observation, l'empathe le suivit des yeux. Étonné que l'agent n'ait pas remarqué l'accès au sous-sol où se reposait sagement le docteur Gideon, il passa devant à son tour et constata que la porte se fondait parfaitement dans les reliefs du mur. Ainsi dissimulée, elle était totalement invisible. Il n'avait pas prêté attention à ce détail auparavant et ne put s'empêcher de sourire. Y avait-il quelque chose qu'Hannibal Lecter n'avait pas prévu ?
A la cuisine, Jack ouvrait tout ce qui pouvait l'être. Debout devant le réfrigérateur, il examina les rares aliments carnés qui portaient malheureusement tous des étiquettes d'une boucherie réputée de Baltimore. Tout près de lui se trouvait la porte du sellier et celle de la petite pièce attenante dans laquelle Hannibal faisait ses saucisses et autres préparations salissantes. Cette pièce-ci n'était pas fondue dans le décor, aussi Crawford tenta-t-il de l'ouvrir.
« Docteur Lecter ? » appela-t-il, n'y parvenant pas.
Au bout de quelques secondes, le concerné apparu aux côtés de Will qui se poussa quelque peu pour le laisser passer.
« Cette porte n'a pas de clef, docteur, sur quoi donne-t-elle ?
― Sur rien, les anciens propriétaires avaient prévu une dépendance, mais ils n'ont pas pu acquérir le terrain attenant. Derrière cette porte, il n'y a qu'un mur et une couche d'isolant.
― Pourquoi l'avoir laissée, dans ce cas ? »
D'un mouvement de tête, Hannibal avisa le sellier.
« Par souci d'esthétisme. Sa présence équilibre la pièce.
― Je vois. Permettez ? »
Il attrapa une petite caméra thermique dans l'une des mallettes des scientifiques et la pointa sur la porte.
« Vous pourriez au moins avoir la politesse de faire semblant de me croire, souligna le Lituanien.
― Pardonnez-moi, docteur, la force de l'habitude. »
Tandis que le professeur se servait un verre d'eau et en proposait un à Hannibal, Jack décida de les abandonner dans la cuisine pour monter à l'étage où s'affairait Jimmy Price.
« Alors ?
― Rien à signaler. Pas un gramme de poussière nulle part, seulement des objets rares et onéreux, même la tapisserie coûte plus cher que mon appartement.
― Et vous avez vu son parfum ? Vous savez combien il vaut ? s'enquit Brian Zeller en les rejoignant.
― Je ne veux pas le savoir, soupira Jack. Il n'y a pas de dépendances ?
― D'après les plans, seulement un garage. Un grenier aussi, mais pas de cave. Le grenier est poussiéreux mais sans taches, si je puis dire.
― Les mecs, j'suis sûre que le Brueghel dans la chambre d'amis est un vrai ! »
La jeune scientifique qui venait d'entrer d'un pas conquérant fut clouée sur place par les yeux noirs de son supérieur. Elle fit demi-tour dans un geste théâtral.
« J'en suis quand même certaine. » glissa-t-elle.
Price ricana et avisa Zeller.
« Ce serait une fille pour toi, ça. »
Un regard fâché lui répondit. Brian avait très mal digéré le piège de Freddie Lounds et n'était pas vraiment enclin à remettre le couvert.
Déçu, Jack se résigna à les laisser se disputer et redescendit. Au rez-de-chaussée, il trouva Hannibal appuyé contre son plan de travail, une tasse de café à la main. Will avait disparu.
« Vous avez des dépendances ? s'enquit-il.
― Seulement le garage. »
Jack allait lui demander les clefs mais Hannibal Lecter les lui tendait déjà. Avec un signe de tête poli, il les prit et se laissa guider par le chirurgien. Aux pieds de l'escalier, il appela des agents.
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« Combien avez-vous de véhicules ?
― Deux, une Bentley et une BMW. »
Hochant la tête, le gourou déverrouilla les portes des deux voitures pendant que Jimmy et Brian se disputaient pour savoir qui allait s'occuper de la Bentley Arnage. De son côté, le maître-chien faisait faire le tour à son malinois.
« Laquelle conduisiez-vous le jour de la mort de Benjamin Raspail ?
― Le jour où vous m'avez présenté à Miriam Lass ?
― Oui.
― La Bentley. »
Jack fit signe à Jimmy qui venait de sauter dans l'habitacle. Il alluma le poste et les premières notes des Variations Goldberg superbement jouées sur un clavecin Hemsch de 1751 par Blandine Verlet tintèrent dans l'espace clos. Mettant en route le système de navigation, il vérifia les trajets récents de la berline, s'amusant un peu avec la commande vocale au passage. Le jour en question, Lecter n'avait fait que les trajets précédemment énoncés. D'ailleurs, il ne semblait pas beaucoup varier au cours de la semaine, sauf pour Millers. Un bon train-train quotidien comme les aiment les psychopathes qui cherchent à piéger quelqu'un, ne put s'empêcher de penser Price.
De son côté, Brian n'obtint rien du 4x4, sinon qu'il servait moins souvent que la Bentley. Ni eux, ni les scientifiques, ni même les chiens ne trouvèrent la moindre fibre, odeur ou trace accablante, pas même des indices d'un récent et profond nettoyage. Même si le docteur Lecter s'était attendu à une perquisition, il n'avait aucun moyen d'être certain du jour. Jack avait d'ailleurs pris soin de tenir Will à l'écart pour s'assurer qu'il ne le préviendrait pas. Ses doutes se muaient peu à peu en paranoïa, mais il n'avait définitivement rien contre le psychiatre.
« Tout est en ordre, annonça Zeller en refermant le coffre du SUV haut de gamme.
― Il semblerait, docteur. Je vous remercie pour votre coopération.
― Je vous en prie, Jack.
― Pardonnez-moi d'avoir été si soupçonneux, ajouta l'agent.
― Vous étiez dans votre droit, commença Hannibal.
― Connaissez-vous quelqu'un qui pourrait chercher à vous nuire ? » l'interrompit Crawford.
Surpris, le chirurgien fronça les sourcils.
« A me nuire, Jack ?
― Vos empreintes digitales ne sont pas arrivées là toutes seules.
― Non, certes. Je l'ignore, Jack, reprit-il. Certains de mes patients peuvent être considérés comme dangereux quand ils arrivent chez moi, mais aucun ne serait capable de faire cela.
― Et du côté de leurs relations, de vos collègues, de vos anciens collègues ? Je ne peux oublier votre agression à votre cabinet… Et j'ai cru comprendre que vous étiez un très bon chirurgien.
― Je n'en ai pas eu l'impression… »
Pensif, le policier soupira.
« Pouvez-vous nous fournir la liste de vos patients ?
― Je regrette, cela relève du secret professionnel.
― Cela ne coûtait rien de demander. »
Cette fois, Hannibal sourit et l'atmosphère se détendit quelque peu.
« En effet. Avez-vous terminé ici ?
― Oui, docteur, nous pouvons regagner votre maison. »
A l'extérieur, ils avisèrent la place vide qu'aurait dû occuper l'antique Volvo de Will Graham.
« Il est allé nourrir ses chiens. » expliqua Lecter comme s'il avait lu dans leurs pensées.
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A deux pâtés de maisons de là, Jack Crawford monta dans une camionnette banalisée avec Jimmy Price et Brian Zeller. Ils étaient rentrés rendre compte au FBI et venaient mettre en place une petite planque. Discrètement, les agents virent se garer près de la demeure d'Hannibal Lecter. Un bâtiment était en réfection et la présence d'un tel véhicule n'éveillerait aucun soupçon. Confortablement installé, Brian enclencha la caméra thermique dernier cri et la braqua sur la haute maison.
« Combien de temps allons-nous jouer les voyeurs, Jack ?
― Au moins jusqu'à demain. »
Les deux compères soupirèrent de concert. Ils estimaient beaucoup le docteur Lecter – encore plus depuis qu'ils avaient eu accès à son CV et à sa demeure – et le fait de l'observer à son insu les mettaient mal à l'aise. Il ne manquait plus que Will pointe le bout de son nez pour qu'ils se sentent réellement gênés : l'homosexualité n'était pas quelque chose de très bien accueilli dans la société, surtout quand l'un des principaux concernés était un médecin renommé… Alors, s'ils venaient à saisir des instants privés, ils se trouveraient très embarrassés…
Sur le petit écran de la caméra, Hannibal Lecter achevait de faire le tour du propriétaire pour s'assurer que tout était en ordre. Ils le virent remettre quelques objets en place de manière presque compulsive.
« Asperger ? glissa Zeller.
― Possible, une certaine forme, en tout cas. Ses sous-vêtements ne sont pas classés, ni pliés, mais c'est très bien rangé. Par couleur notamment. Ses livres sont alignés au millimètre près, j'ai pris un niveau à bulle pour vérifier, et classés par taille et couleur quand cela est possible, sinon par collection. Vous savez qu'il a des premières éditions ? »
Devant les airs las de ses collègues, il se reprit :
« Il a clairement quelques tocs, mais rien de vraiment méchant. Je dirais, sur le ton de la plaisanterie, qu'il est moins atteint que Will Graham de ce côté-là. Il s'est très bien contrôlé quand on a fait le tour et n'a pas eu l'air de faire trop d'effort pour. Il était vraiment embêté, mais pas derrière nous toutes les deux secondes. On est encore loin de Rain Man.
― Pensez-vous qu'il serait capable de mettre en place les mises en scène de l'Éventreur ?
― Oui, sans doute, grimaça Price. Il a un sens artistique indéniable et un très grand talent en dessin. La caméra peut nous aider pour ça.
― Comment ? s'enquit Jack.
― Les meurtres et, a fortiori, les mises en scène de l'Éventreur nécessitent une grande force physique, une maîtrise parfaite et une condition excellente. S'il a du mal à s'agenouiller ou à se lever le matin, il y a peu de chances pour que ce soit lui… Quel âge il a ?
― Trente ans, répondit Brian, surpris, le dossier de Lecter en mains. J'aurai cru plus, genre, quarante.
― Il a un drôle de physique, admis Jimmy. Mais je crois qu'il vient d'Europe de l'Est.
― Il a déjà été chirurgien pendant plusieurs années, non ?
― Tu oublies que c'est un surdoué, regarde son QI.
― Oh.
― A l'âge où il a eu son doctorat, tu n'envisageais même pas d'entrer au FBI.
― Il a eu son diplôme dans quelle université ? intervint Jack.
― La faculté de médecine de Paris, en France. C'est du top niveau. »
Impressionné, Brian Zeller hocha la tête. Ses yeux glissèrent jusqu'à Lecter qui semblait s'être mis à préparer à manger. Pensif, le chef de la BAU fit bouger l'objectif pour balayer la maison et s'assurer que rien n'avait échappé à ses agents ou aux chiens. La caméra thermique ne mentait pas : il n'y avait qu'une seule personne dans cette maison et elle ne possédait pas de cave.
« En tout cas, reprit Jimmy Price, à cet âge-là, s'il a des problèmes de ce genre, cela le handicaperait trop pour lui permettre de commettre de tels meurtres.
― Pourquoi un homme dans la force de l'âge aurait ce genre de problèmes ? s'enquit Crawford.
― Ça peut venir de plusieurs choses, des carences à une époque où il était en pleine croissance, des antécédents dans la famille... Le choix est vaste, Jack.
― Bon, murmura leur supérieur en repositionnant l'objectif sur le psychiatre, attendons de voir. »
Un bruit de vieux moteur bien entretenu interrompit leurs réflexions. Will Graham revenait.
Vi, vi, chez moi, Hannibal est un peu plus jeune que dans la série... A environ dix ans près, bon. Si peu. Will aussi d'ailleurs, mais l'écart est moins grand. Hé hé. On n'avait pas dit qu'on sabrerait un Quarts-de-Chaume ? *sort les verres en cristal de Baccarat*
Je m'excuse pour avoir mis un peu plus de temps à poster ce chapitre, mais je suis en train de faire des travaux à la maison et... comme je bosse la journée et que je fais ça le soir, après, je suis un peu mouru. Mais ne paniquez pas, je suis tenace. Voici d'ailleurs le chapitre 7 ! Merlin, j'espère que t'as ramené la dose de popcorn.
D'ailleurs, je vous demande encore un tout petit peu de patience pour le 8e, il est sur le feu et j'ai presque fini ma peinture \o/ XD
Merci à vous de continuer à suivre cette fic :-) et merci à ceux qui arrivent tout juste !
Et merci également à tous ceux qui ont la gentillesse de laisser des reviews !
Au plaisir.
Maeglin
