Auteur : Maeglin Surion.

Disclaimer : les personnages et leur univers relèvent de Thomas Harris et Brian Fuller.

Rating : M.

Pairing : Hannigram.

Note : je rappelle juste en passant que ce qui se passe dans cette fic peut heurter la sensibilité des personnes... sensibles, justement. Alors si cette phrase vous inquiète, vous êtes [toujours] libres de faire demi-tour ! Avant qu'il ne soit trop tard mouahahaha (`∀´)Ψ

Je vous souhaite une bonne lecture.


XI

Ballare con la Bestia : Crescendo

« Vous avez des nouvelles de Chilton ? »

Will n'était plus tellement enclin à discuter avec les agents du FBI, ni même à les croiser, après tout ce qu'ils avaient sans aucun doute pu le voir faire avec Hannibal dans divers endroits de la haute demeure du psychiatre… Cependant, aussi insupportable qu'il soit, Frédéric Chilton n'était qu'une énième victime du véritable Éventreur de Chesapeake, et, rien que par esprit de contradiction, il importait au professeur qu'il s'en sorte.

« Il a passé plus de dix heures au bloc, répondit Jack, et ils ont réussi à le récupérer. Par contre, il a été assez défiguré par la balle. Toute la partie gauche de sa mâchoire est bousillée et son œil a salement pris aussi. La bonne nouvelle, c'est qu'elle n'a pas abîmé le cerveau, et donc, qu'il est toujours parfaitement lucide.

― Tant mieux, parce que ce type est un monstre. Et il a plutôt intérêt à être lucide, il est hors de question qu'il devienne maboul et soit incapable de percuter qu'il est en prison… » glissa Jimmy Price en passant près d'eux, les bras chargés d'un carton débordant des affaires du bouc émissaire.

Avec une moue compatissante, Graham secoua la tête. Le docteur Chilton employait certes des méthodes peu orthodoxes dans son asile psychiatrique – et Will avait eu l'occasion d'en expérimenter certaines – mais il ne collait pas à l'idée que l'empathe se faisait d'un monstre. Au moins, se disait-il, en prison, Chilton était en sécurité. Du moins, pour l'instant et en théorie… Restait à voir si le docteur Lecter avait l'intention de lui rendre une petite visite ou non… Le consultant devait bien reconnaître qu'Hannibal n'avait pas lésiné sur les moyens pour faire accuser son collègue, comme il l'avait précédemment fait avec lui. Cependant, il doutait que le chirurgien daigne faire un quelconque effort pour libérer Frédéric, au contraire. La situation actuelle était synonyme de confort presque absolu pour le vrai meurtrier…

« Will, vous avez vu la maison du docteur Chilton, avec les deux agents du FBI et ce qu'il restait d'Abel Gideon. Qu'en déduisez-vous ? »

Las, le profiler soupira.

« Qu'ils ont été tués par l'Éventreur de Chesapeake, cela ne fait aucun doute. D'ailleurs, trois des quatre membres de Gideon sont manquants, tout comme certains organes des agents. Il s'est servi avant de partir.

― Mais il n'a pas fui très loin, commenta Zeller.

― Dans ce cas, où sont les organes manquants ? embraya Will. Admettons qu'il ait consommé les membres de Gideon quelques temps auparavant, il n'a certainement pas eu le temps de faire de même avec les organes des agents. Vous avez situé leur mort très précisément, tous les deux. Dans la mesure où Chilton est venu chez moi tout de suite après et qu'il y a un peu moins d'une heure de trajet jusqu'à Wolf Trapp, il n'a pas eu le temps de les cuisiner, ni de les cacher bien loin. Alors, je vous repose la question : où sont les organes ? »

Très ennuyés par le lièvre levé par le professeur, les agents s'entreregardèrent.

« Il les a avalés ? demanda à nouveau Will.

― Non… Il n'avait que du café et des cacahuètes dans l'estomac…

― Alors, il a dû les cacher quelque part ? tenta à nouveau Graham.

― Nous avons retourné toute la maison, y compris ses voitures, mais aucune trace des organes, souffla Price.

― Par contre, il y avait plus de matériel qu'il n'en faut pour découper quelqu'un et le transformer en hachis parmentier dans sa chambre d'amis ; plus le fauteuil qui a servi à transporter Abel Gideon et aussi Benjamin Raspail. J'ai trouvé son ADN dessus.

― Évidemment qu'il y avait tout ça. Vous ne trouvez pas que Chilton fait un coupable idéal ? Ça amuse beaucoup l'Éventreur de le voir dans ce genre de situation ironique… Le geôlier devenu prisonnier… Cette manœuvre n'est pas si différente de celle qu'il avait brillamment tenté avec moi. »

Cette fois, le professeur se tut. Il espérait qu'ils finiraient par le croire et regarder dans la bonne direction. Beverly Katz l'avait cru. Et elle y avait laissé la vie… Will en voulait beaucoup à Hannibal pour cela, mais il savait qu'elle n'avait pas le profil des victimes de l'Éventreur. C'était un crime de sûreté, rien de plus… Et la mise en scène était un avertissement tonitruant pour le FBI : « Ne vous approchez pas de moi ou vous finirez comme elle. »

Adossé contre le bureau de Jimmy Price, Will croisa les bras et ferma les yeux. Il se rendait bien compte qu'il s'échinait à diriger le FBI droit vers l'homme qui partageait sporadiquement – quoiqu'à chaque fois, pleinement – sa vie. Il en voulait à sa raison qui le poussait à se battre pour la Justice. Son cœur, quant à lui, avait un tout autre avis sur la question… Lui aussi avait prévu plusieurs issues possibles. L'une d'entre elles, évidemment, était qu'il s'enfuyait avec Hannibal. Plus il pensait aux sentiments qu'il lui avait avoués, plus il était convaincu de leur véracité. De fait, si la cavale était inévitable… Il savait que l'Éventreur n'était pas du genre à mourir en martyr dans une pluie de feu d'artifice. Il mourrait quand il l'aurait décidé de la manière qu'il aura choisie, et pas avant. Will se demandait si Hannibal choisirait de mourir plutôt que de vivre sans lui, si lui-même, Will Graham, venait à mourir. Immanquablement, toutes ses réflexions le menaient à une seule et même conclusion, un simple mot, d'une puissance inouïe, qui se répercutait à travers les galeries impalpables de son palais en construction tel un grondement de tonnerre : oui.

Jamais Hannibal Lecter n'avait rencontré quelqu'un comme Will Graham, auparavant. Nul n'était aussi intéressant, passionnant même, à ses yeux, et ça, le profiler le savait. Il savait que leur relation transcendait le psychiatre, qu'il l'appréciait autant qu'il l'admirait, pour toutes ses particularités… Son extrême empathie, par exemple. Le docteur Lecter avait sans doute aucun une très haute compréhension de l'humain, mais il ne se mettait pas à la place de ses semblables. Peut-être parce qu'il ne ressemblait à aucun autre être humain. Excepté Will.

Le sentiment qu'éprouvait le professeur à l'égard du médecin était très similaire. Surdoué, il s'était toujours senti à part, comme sur un autre niveau d'existence. Il s'était même volontairement écarté des autres humains, feignant un syndrome d'Asperger des plus crédibles. Mais son véritable handicap, celui qui l'avait poussé à fuir la société, c'était son empathie exacerbée. Ça, Hannibal l'avait incité à en faire une force et, aujourd'hui, elle lui permettait non plus simplement de comprendre les meurtriers, mais également de se comprendre lui-même. Il savait aujourd'hui qui il était, au fond de lui. Loin derrière tous les masques qu'il avait un jour pu lever en guise de boucliers. Hannibal avait vu ce lui. Il le lui avait fait voir. Et puis, ensuite, il s'était lui-même lentement laissé voir. Chaque jour, Will Graham voyait plus clairement cet homme, dernier descendant d'une noble famille lituanienne, dans le sang duquel se mouvait également la grandeur des Sforza. Et, plus il le voyait, plus il se sentait lui-même.

Par automatisme, le consultant jeta un coup d'œil à sa montre. Il se faisait tard. C'était bientôt l'heure de sa séance avec Hannibal… Il avait volontairement manqué son rendez-vous précédent, histoire de lui faire comprendre qu'il n'avait pas du tout apprécié le coup de la caméra… Mais il devait avouer qu'il le vivait très mal. Sa présence lui manquait, et ce, bien au-delà de tout délice charnel. Sentant que les trois hommes n'étaient pas décidés à poursuivre un débat qu'ils savaient perdu d'avance, il prit congé et rejoignit sa voiture.

« Jack… vous ne croyez tout de même pas qu'on se soit encore trompés d'Éventreur, n'est-ce pas ? s'enquit finalement Zeller.

― Je ne suis sûr de rien avec un tel monstre… Pour le moment, donnons l'impression d'y croire, mais restons tout de même prudents. Juste au cas où. Il est fort probable qu'il ne tue plus pendant un petit moment, à présent. C'est l'occasion pour nous de creuser davantage. »

Muets, les deux hommes hochèrent lentement la tête. Ils étaient totalement démunis face à un tueur pareil. Jamais les États-Unis n'avaient connu un meurtrier de cette envergure, ni de ce talent. Il semblait totalement inaccessible. Pensif, Jack reprit :

« J'aimerais en savoir plus sur les docteurs Chilton et Lecter. Trouvez-moi tout ce que vous pouvez sur eux. Surtout sur l'enfance de Lecter, on ne sait pas grand-chose de lui. C'est trop peu à mon goût. Mais faites très attention à ce qu'il n'en sache rien. Si jamais c'était lui, vous risqueriez d'y rester. N'oubliez pas ce qui est arrivé à votre collègue…

― Oui, Jack…

― A ce propos, que sait-on exactement sur le docteur Lecter ? demanda Price dans une tentative pour écarter la conversation de ce que le tueur avait fait subir à Beverly.

― Pas grand-chose, répondit Brian. Il est né en Lituanie, a eu son bac et son doctorat en France, a exercé un temps la médecine aux urgences de Baltimore, puis s'est installé comme psychiatre dans la même ville. Mais de sa vie en France ou même en Lituanie, on ne sait rien. On ne sait pas non plus s'il a vécu ailleurs, ni pourquoi il a arrêté la chirurgie.

― Renseignez-vous. »

Peu pressés d'obéir, ses subordonnés acquiescèrent mollement.

« Et renseignez-vous aussi sur l'Éventreur de Chesapeake. Qu'est-ce qui revient systématiquement – ou presque – dans ses meurtres ?

― Euh… La mise en scène ? répondit Zeller.

― Et l'ablation d'organes, renchérit le blond.

― C'est ça. Cherchez ailleurs, dans les autres États, et même dans les autres pays. Peut-être trouverez-vous des crimes similaires. On doit retirer nos œillères. Je ne crois pas que nous ayons vu toutes ses scènes de crimes, je ne crois pas qu'elles étaient parfaites d'entrée de jeu. Je suis sûr qu'il a dû faire ses armes, je veux savoir où, comment, quand et s'ils ont un dossier sur ce tueur. Vu ?

― Oui, chef.

― Parfait. Vous vous mettrez au travail dès demain. »

.

Tout juste arrivé devant le cabinet d'Hannibal, Will grimaça en reconnaissant la voiture de Margot Verger. Il n'avait pas vraiment envie de la croiser, déjà qu'il n'avait pas encore décidé de la conduite à tenir avec le Lituanien… Garé sur l'une des deux places du minuscule parking, il pianota longuement sur son volant, jetant de temps à autre des coups d'œil nerveux vers sa montre. Les minutes passèrent et l'heure de son rendez-vous sonna sans que la jeune femme ne sorte. Finalement, il se résigna à se manifester.

Hannibal et elle étaient assis en silence, chacun sur son fauteuil. Ils semblaient attendre. Lorsqu'il entra, le psychiatre ne se retourna pas. Il ne le salua pas non plus. Le regard que lui lança la descendante de la dynastie Verger le mit également très mal à l'aise. Anxieux, il se déporta vers la fenêtre.

« Nous t'attendions, Will. » dit simplement Lecter.

Le concerné inspira profondément. Enfin, Margot se décida à parler.

« Je suis enceinte. De toi.

― Qu… quoi ?

― Quand je suis venue te voir, il y a quelques semaines, c'était par pur intérêt, tu sais. »

Sidéré et complètement perdu, Will ouvrit et referma la bouche plusieurs fois. Évidemment, il n'avait pas fait ça par amour non plus, mais là, c'était… Cet aveu sonnait comme une traîtrise… Il risqua un regard éberlué vers Hannibal, mais le visage de celui-ci était totalement impénétrable, seuls ses yeux semblaient comme embrasés. L'empathe trembla furtivement.

« Et qu'est-ce que tu attends de moi ?

― Ce que tu voudras bien donner. J'ai toujours pensé que les hommes étaient accessoires dans l'éducation d'un enfant.

― Tu n'avais pas à me faire ça…

― Je n'avais pas vraiment le choix… Et puis, tu étais un bon candidat. »

Choqué, le professeur darda sur elle un regard noir, sans que cela lui fasse ravaler son petit sourire désagréable.

« Si vous permettez, j'ai largement dépassé le temps qui m'était alloué auprès de vous, docteur Lecter. Je vous paierai les minutes supplémentaires, évidemment. Au revoir.

― Au revoir, Margot. »

Son ton ne laissait rien paraître, mais le docteur Lecter était fortement contrarié. Glaciale, la riche héritière quitta la pièce, laissant s'abattre derrière elle un silence de mort. Le fait que son thérapeute se soit mis à tutoyer Will Graham l'intriguait au plus haut point, mais elle sentait qu'il était temps pour elle de s'éloigner. Le profileur la regarda sortir sans réagir, totalement déboussolé. Quant à Hannibal, il attendit que le grondement du V12 se perde complètement dans les bruits de circulation pour lever les yeux vers son amant. Même s'il ne faisait aucun commentaire pour l'instant, son regard était suffisamment équivoque pour que son compagnon n'ai pas le moindre doute quant à son état d'esprit…

« Hannibal… Je…

― Elle est enceinte de six semaines.

― Nous n'étions pas encore ensemble, toi et moi, quand j'ai couché avec Margot. »

En prononçant cette phrase, il se sentit drôle. Sa gorge s'était serrée tandis qu'il l'énonçait, comme s'il avouait une faute impardonnable. Or, avant de basculer dans le charnel avec Hannibal, il n'avait jamais éprouvé le moindre désir pour un autre homme. C'était même quelque chose qui ne l'attirait pas du tout. En revanche, les femmes l'avaient toujours beaucoup intéressé et on ne pouvait pas dire qu'il s'était grandement privé de l'effet qu'il avait sur elles…

L'idée de former un véritable couple avec Hannibal Lecter lui paraissait assez surprenante, mais il devait reconnaître qu'elle lui plaisait de plus en plus.

« Non, en effet.

― Qu'est-ce que je peux faire ? murmura le consultant.

― Voilà une excellente question, Will.

― Hannibal, je n'ai jamais voulu ça !

― Tu aurais pu faire plus attention, dans ce cas.

― Je n'ai pas souvenir que tu m'aies tendu le moindre préservatif non plus !

― J'ai fait les tests d'usage pour nos deux sangs et je ne suis pas une femme. Ni toi non plus.

― Qu… les tests ?

― Évidemment. »

Partagé entre la colère et le soulagement de n'être porteur de rien, Will passait d'un pied sur l'autre. Finalement, dans une tentative pour se calmer, il s'assit en face de son thérapeute.

« Pourquoi a-t-elle fait ça ? »

Le médecin répondit après un bref silence.

« Le testament de son père stipule que la fortune des Verger ne pourra revenir qu'à un héritier mâle. Même si son frère venait à mourir, Margot n'aurait rien. Cet enfant est sa chance.

― Et seulement la sienne, grommela Will.

― Comment ? s'enquit Lecter, alors qu'il avait parfaitement bien entendu.

― Je ne suis pas du tout prêt à être père. Je ne l'avais tout simplement jamais envisagé. Sauf par rapport à Abigail. »

A cet instant, il lança un regard courroucé à Hannibal. S'il y avait une chose pour laquelle il lui en voulait plus que tout, c'était pour la mort d'Abigail Hobbs.

« Lorsque nous l'avons rencontrée, Abigail était une orpheline qui avait besoin d'être protégée. Cet enfant-ci n'est pas encore né et il n'est le fruit que d'une manœuvre désespérée.

― Oui, mais je suis quand même son père, biologiquement parlant… »

Le mépris que ressentait le psychiatre envers cet enfant à naître était palpable. Le visage dans les mains, l'empathe inspira profondément. Il avait délibérément choisi d'éviter de s'étendre au sujet de la petite Hobbs, il savait qu'il risquait trop de perdre son calme et il éprouvait déjà suffisamment de difficultés à le conserver. A sa grande surprise, Hannibal changea de sujet.

« Je suis navré pour la caméra thermique, Will. Vraiment. »

Ses orbes bleu lagon s'arrimèrent subitement à ceux de son amant qui lui rappelaient tant la couleur d'une terre brûlée par les rayons ardents du soleil.

« Je sais. Ça va. Je n'avais pas besoin de m'emporter comme ça, mais… Comprends que ça me gêne terriblement par rapport à Jack, et aussi par rapport à Zeller et à Price… Je ne sais pas qui était là, ni s'ils ont tout vu, mais ça me gêne. Beaucoup.

― Je comprends. Je n'en suis pas ravi non plus, tu sais.

― Mais c'était utile pour te disculper. Ça aussi, je le sais.

― Je ne regrette rien de ce que je t'ai demandé cette nuit-là. » ajouta Lecter.

Les joues empourprées, Will sourit bêtement. Cela avait été l'une des plus belles nuits qu'il avait pu passer en compagnie du psychiatre, il ne le niait pas. Cependant, l'annonce que venait de lui faire Margot refit douloureusement surface entre les douces volutes de ses bons souvenirs et son malaise se réinstalla. Il baissa la tête. La jeune femme n'accepterait jamais d'avorter, étant donné les enjeux… Et le consultant ne se sentait pas la force de l'y obliger. Après tout, cet enfant n'y était pour rien. Il n'en voulait pas, mais son extrême empathie commençait d'ores et déjà à lui jouer des tours à son sujet…

« Will… » murmura Hannibal.

Comme soudainement réveillé, Graham le dévisagea. Les yeux sombres sourirent et, lentement, les mains au nombre de doigts étonnement déséquilibré se levèrent dans une invite silencieuse.

En quelques secondes, son amant désorienté était dans ses bras. Avec une tendresse insoupçonnée de la part d'un tueur en série aux mœurs cannibales, il le berça doucement contre son cœur. Ce qu'il ressentait pour cet homme forgé par les éléments était à la fois inédit et fabuleusement exquis. Certes, il se souvenait de ses premiers émois auprès de l'élégante Lady Murasaki, mais il n'était alors qu'un enfant encore très impressionnable… et elle, elle était très impressionnante. Avec Will Graham, c'était sensiblement différent. Ils étaient égaux, il n'en doutait pas. Le brun le comprenait comme personne n'avait jamais réussi à le comprendre. C'était une relation qui l'élevait sur un tout autre plan.

L'idée qu'un enfant puisse voir le jour et porter en lui le sang de Will lui laissait une bien étrange impression. Tandis qu'il lui caressait les cheveux, il envisageait qu'un tel sentiment puisse s'apparenter à de la jalousie. Jamais il n'avait expérimenté la jalousie, il n'en voyait pas l'intérêt. Ce qu'il voulait, il l'obtenait comme il le souhaitait. Mais, aujourd'hui, certaines choses semblaient prendre une tournure différente…

« Hannibal ? souffla Will.

― Oui ?

― Pardonne-moi d'avoir jeté le billet. »

D'un mouvement souple, le psychiatre sortit le petit bout de papier de sa poche de costume et le lui tendit.

« Tu étais en colère.

― Oui. »

Les mains rudes, habituées à travailler le bois et le métal, se saisirent délicatement de la feuille froissée. Avec précautions, elles la lissèrent.

« Je peux le garder ?

― Il est déjà à toi. »

Souriant à ce nouvel et tendre aveu, Will tourna la tête pour se saisir des lèvres slaves sur lesquelles s'esquissait un vague sourire. Il avait le cœur lourd et un grand besoin de réconfort. Il fut heureux lorsque son amant répondit positivement à ses avances tandis qu'il s'installait plus efficacement contre lui, s'aidant de la forme ergonomique du fauteuil de designer. Il voulait qu'Hannibal le serre contre lui, qu'il l'emporte loin de ces tourments, dans un univers accessible à eux seuls, où rien ni personne ne les atteindrait plus.

Ses mains fébriles glissèrent dans le cou d'Hannibal jusqu'à la cicatrice et dénouèrent la cravate de soie. Celles de Lecter, fermes et puissantes, se refermèrent avec autorité sur ses fesses alors que le baiser devenait plus passionné. A califourchon sur son Éventreur, le profiler du FBI sentait le désir s'emparer de lui d'une manière à la fois irrépressible et délectable. Déjà abandonné à ses douces attentions, il penchait la tête pour offrir son cou aux baisers carnassiers du cannibale. Ceux-ci le parcoururent délicieusement comme sa chemise quittait ses épaules dans une caresse qui le fit frissonner. Lorsque Hannibal le releva pour le délester de son pantalon, Will en profita furtivement pour le décoiffer, glissant ses doigts dans les mèches cendrées, appréciant leur texture fluide et douce. Le sourire aux lèvres et les yeux clos, il se laissait faire, tout prêt à s'offrir. Il avait à peine conscience des mouvements d'Hannibal qui le déshabillait et chacune de ses caresses faisait naître une onde de plaisir frémissante sous sa peau claire.

A cet instant, Will ne souhaitait qu'une chose : oublier. Il voulait qu'après la délivrance, plus rien n'existe de ce qu'il avait pu entendre. Qu'il n'y ait jamais eu d'enfant. Qu'Abigail soit toujours en vie. Soudain, un éclair illumina le ciel de Baltimore dans un claquement furieux et le courant sauta dans le quartier du cabinet, plongeant momentanément les deux amants dans une obscurité propice aux aventures galantes.

Célestement saisi par la fièvre engendrée par les ardents soubresauts de son Lituanien, l'empathe se laissa envahir par le ressenti d'Hannibal. Ses mains caressant son visage balte devinaient son expression. Ses yeux clos, sa bouche aux lèvres tendres et légèrement entrouvertes, ses cheveux entortillés par l'effort et par les jeux du profiler. Il goûta encore et encore la saveur sucrée-salée de sa peau dorée, de ses lèvres, l'apprécia comme un met rare, comme le cadeau qu'elle était, la confiance mutuelle indispensable à une telle fusion des corps et des esprits. S'épouser, ne plus faire qu'un. La frontière entre leurs deux corps s'estompa tandis qu'ils chaviraient. Sombrant dans les profondeurs de leurs psychés désormais unies, Will ressentit l'abandon d'Hannibal comme s'il était sien, entier, somptueux, sincère.

Vaincu, il laissa aller sa tête contre celle de celui que tous nommaient Monstre, massant affectueusement les mèches blond cendré entortillées par la sueur du front échauffé. Il ne s'écarta pas. Il n'en avait aucune envie. Le visage enfoui dans le cou balafré de son amant qu'il ne pouvait voir, il le serra contre lui, comme s'il avait peur qu'il s'évapore soudainement, épousant chacune de ses courbes, se laissant envahir par l'étrange sensation subséquente à l'orgasme.

Lorsque le courant revint comme un nouvel éclair, la lumière tamisée du cabinet leur apparut aussi aveuglante qu'un soleil d'été. Le charme de leur union s'évanouit quelque peu, la clarté soudaine révélant la réalité de leur apparence.

Comme pour retenir l'enchantement, Will embrassa Hannibal. Sa langue caressa la sienne et l'emmena dans un lent et grisant ballet qui lui donna la chair de poule. Perdus dans la terre de sienne du Lituanien, les yeux turquoise du profiler mimèrent un sourire, un aveu : merci.

Will n'avait pas à parler, leur relation n'exigeait aucun verbe. Le psychiatre l'avait aidé à oublier, même si ce n'était qu'un instant, le temps d'une union éphémère. Il l'avait porté au loin, bien au-delà de ses angoisses, lui offrant son abandon et le laissant le faire totalement sien.


Ça va, ça vous plait toujours ? (◕ᴥ◕)

Merci à vous qui reviewez, suivez, mettez en favori ou lisez simplement cette fic, vraiment, merci.

Au plaisir de vous retrouver dans le prochain.

Maeglin