Auteur : Maeglin Surion.

Disclaimer : les personnages et leur univers relèvent de Thomas Harris et Brian Fuller.

Rating : M.

Pairing : Hannigram.

Les mots et phrases en langue étrangère à celle que sont censés parler les protagonistes (à savoir, l'anglais) sont en italique. De même que les mots accentués.


XX

Ballo del ricordo : Ardito

Jusque là blotti au cœur des draps de soie, Will sursauta et émergea brusquement de sa douce torpeur. Le corps chaud à ses côtés semblait encore plongé dans le sommeil et Hannibal ne bougea même pas lorsque son amant l'escalada pour éteindre le réveil qui lui vrillait les tympans. Allongé de tout son long sur le côté du Lituanien, il soupira et enfouit son visage dans les mèches blondes ébouriffées. A cet instant, Will aurait juré qu'il avait entendu Hannibal sourire.

« Je sais que tu es réveillé… » maugréa-t-il.

Un œil moqueur s'ouvrit et le dévisagea de biais. Amusé, l'empathe vint lui mordiller l'arcade sourcilière.

« Je vais aller voir mes chiens. »

Occupé à inspirer l'odeur de son amant à pleins poumons, Hannibal ne répondit pas.

« Après le restaurant, j'aimerais que nous allions ensemble à Wolf Trap. Je ne veux pas les laisser tout seuls tous les jours. »

Désormais sur le dos, Lecter hocha la tête en nouant ses bras autour du corps du profiler.

« Je comprends. C'est d'accord.

― Et si tu es gentil avec mes chiens, je te servirais même le petit déjeuner au lit. »

Un sourire lui répondit. Cela amusait beaucoup le psychiatre de voir Will prendre sans arrêt l'ascendant sur lui pour de petits détails. A vrai dire, ils se battaient régulièrement pour cela, de façon discrète et insidieuse, certes, mais la victoire n'était jamais assurée, il y avait toujours une bonne surprise à la clef et Hannibal était curieux de voir quelle serait la nature de ce petit déjeuner…

.

Lorsque l'on frappa au bureau de Jack, peu après huit heures du matin, il crut d'abord avoir rêvé. Pourtant, le son se répéta suivit d'un ferme « Agent Crawford ? » dont l'accent le fit bondir vers la porte. Il l'ouvrit précipitamment et se retrouva face à un homme de haute stature, presque aussi élégant qu'Hannibal Lecter et qui venait de se redresser d'un air grave.

« Bonjour. Commissaire Pascal Popil, se présenta-t-il. Puis-je entrer ? »

La surprise de Jack disparut et, son air habituel retrouvé, il s'effaça pour lui permettre de passer.

« Je ne m'attendais pas à votre visite… »

Passant outre la politesse tout américaine de son confrère, le Français obtempéra et retira son imperméable.

« Je sais. Je préfère éviter d'en parler au téléphone. Mes supérieurs n'apprécient pas que je m'acharne sur cette vieille histoire depuis longtemps classée – pour reprendre leurs termes. J'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur.

― Bien au contraire, commissaire. Je suis convaincu qu'il faut que nous parlions, tous les deux. »

Le policier français ne répondit pas. Ses yeux semblaient sonder l'âme de Jack qui se doutait bien qu'il s'interrogeait sur le degré de confiance à lui accorder, mais cette collaboration lui paraissait primordiale. Ainsi mit-il son tempérament de côté, se montrant aussi patient que possible.

Comme il s'y attendait, le commissaire Popil lui demanda pourquoi lui-même pensait que le Juge et l'Éventreur de Chesapeake ne faisaient qu'un, mais ce qui surprit Jack, ce fut qu'à aucun moment il ne mentionna le nom d'Hannibal Lecter, ni n'y fit allusion, et il avait bien l'intention de l'amener à en parler.

« De ce que j'ai pu voir des rapports concernant les agissements du Juge, commença-t-il en le jaugeant par-dessus ses lunettes, il s'en prenait essentiellement à des ressortissants lituaniens. Paul Momund n'a, de fait, rien à voir avec eux, à mon avis, même si je pense qu'il a bien été tué par la même personne. Mes hommes se sont renseignés et il semble que la situation ait longtemps été très tendue en Lituanie. Je crois pouvoir dire sans me tromper qu'Hannibal Lecter est originaire de ce pays. Confirmez-vous ? »

Après deux secondes de silence qu'il combla en croisant les jambes, Pascal Popil répondit.

« Hannibal Lecter est né à Kaunas, en Lituanie. »

La concision du policier lui déplut mais peut-être était-ce simplement un test. Après tout, les deux hommes ne se connaissaient pas et Popil avait passé de nombreuses années à travailler seul là-dessus. Il était normal qu'il se méfie des intentions du FBI.

« Bien. Peut-être savez-vous que le docteur Lecter est notre principal suspect dans cette enquête ? Il l'est et pas simplement en raison de son pays d'origine. Je suppose qu'il était en Lituanie pendant quelques années avant de venir à Paris où il était de source sûre à ces douze ans car son âge est mentionné dans votre rapport. »

Le commissaire demeura immobile mais son expression trahissait une intense concentration.

« J'ignore ce qu'il s'est passé en Lituanie, mais cela ressemble fort à une vendetta. Sans compter que l'une des victimes a été assassinée sur les terres des Lecter, dit Jack. Et je commence à sérieusement croire que l'Éventreur de Chesapeake et Hannibal Lecter sont une seule et même personne. »

Ne décelant toujours aucune réaction, il reprit :

« D'après Will Graham, le profiler que j'ai placé sur l'enquête de l'Éventreur, ce tueur est un cannibale. En tout cas, il prélève quasi-systématiquement un ou plusieurs organes à ses victimes qu'il tue toujours après les mutilations. Il s'agit parfois d'organes qu'on ne transplante pas, même s'il les prélève toujours avec les branchements utiles, pour reprendre les termes de Jimmy Price. Vos rapports spécifient qu'il manque certains éléments aux victimes, notamment au Lituanien retrouvé sur les terres des Lecter. Vous vous rappelez ? Celui où vous avez noté "brochettes" à côté.

― Je me souviens de ces meurtres comme s'ils avaient été commis hier, agent Crawford. Je suis convaincu que celui qui a tué Enrikas Dortlich et Paul Momund a mangé leurs joues. Il y avait les restes d'un feu de camp près du corps de Dortlich, avec des déchets de champignons et des pics à brochettes de fortune.

― Sans parler de la mention "Boucherie de qualité" accrochée à la tête de Momund, n'est-ce pas ?

― En effet, même si je vois davantage cela comme une raillerie que comme une allusion à la qualité de ses joues. »

Malgré lui, Popil eut une grimace de répugnance.

« L'humiliation des victimes a pris une part conséquente dans les meurtres de l'Éventreur, reprit Crawford. Je suis d'accord avec vous concernant Momund, bien que je n'aie pas la prétention de connaître tous les éléments de l'enquête. »

Lorsqu'il s'aperçut que le Français souhaitait répondre, il l'en empêcha délibérément.

« Qu'est-ce qui vous a amené à soupçonner Hannibal Lecter pour le meurtre de Paul Momund ?

― Il avait eu une altercation avec Momund au marché, quelques temps avant le meurtre. D'après ce que les badauds m'ont dit, Momund avait insulté la tante d'Hannibal, lady Murasaki. Une femme très noble, très élégante et très fière. Hannibal, qui d'ordinaire était très réservé, aurait littéralement sauté à la gorge du boucher. Il l'aurait frappé au visage avec tout ce qui lui tombait sous la main, notamment un gros gigot d'agneau. »

Tandis qu'il exposait les faits à l'Américain, Popil retint une grimace. La soirée qu'il avait passée avec Hannibal et ce Will Graham lui restait en travers de la gorge et il comprit qu'il avait peur. Il comprit également qu'il avait atteint un point de non-retour. Toute sa vie, l'affaire Lecter l'avait travaillé, l'empêchant parfois de dormir. Il ne pouvait plus reculer, désormais. Il devait affronter ses démons.

« Quand les choses ont failli dégénérer, reprit-il l'air résigné, lady Muraski s'est apparemment interposée en plaquant un couteau sur la gorge de l'homme qui menaçait Hannibal pour qu'il lâche Momund. L'affaire aurait pu s'arrêter là. »

Il soupira et poursuivit :

« Mais Robert Lecter était un homme au sang chaud. Il s'est apparemment sentit horriblement offensé et serait allé s'expliquer avec Momund, probablement pour obtenir de lui qu'il s'excuse auprès de sa femme. Sauf que Momund n'était pas seul et que lui et ses copains ont massacré ce pauvre type. Je n'ai pas réussi à prouver leur implication dans le meurtre de Robert Lecter, mais… »

Cette nouvelle pause laissa la phrase en suspens, comme s'il avait voulu ajouter quelque chose qu'il ne cautionnait pas lui-même. Il se décida finalement et précisa :

« A l'époque, j'étais certain que cela avait été l'élément déclencheur menant au meurtre de Momund… Je pense aujourd'hui que j'avais tort et c'est une chose qui me glace le sang. Je n'ai vu aucune rage dans son assassinat. Il a pris plusieurs coups de sabre dans l'abdomen – sabre qui était la propriété de lady Murasaki, j'en suis sûr, même si je n'ai trouvé aucune trace de sang sur la lame. Cependant, il n'y avait pas d'acharnement, les coups de sabre étaient très nets et rappelaient l'insulte qu'avait fait le boucher à la tante d'Hannibal. Ce n'était pas une vengeance liée au meurtre de l'oncle mais plutôt à l'affront fait à la tante.

― Pouvez-vous préciser cette insulte ? »

Le commissaire parut gêné et grimaça.

« Il lui a mot pour mot demandé si sa chatte était fendue dans l'autre sens.

― Je vois.

― La plupart des coups de sabres étaient horizontaux et un seul était mortel. Le dernier. On a retrouvé le corps de Momund près de son lieu de pêche préféré. Il avait encore tout son matériel avec lui en dehors du sac de toile censé contenir les poissons. Celui qui l'a tué est vraisemblablement reparti avec.

― Il manquait également la tête, je crois ?

― Oui, la tête de Momund a été plantée devant le commissariat pendant que j'interrogeais Hannibal. »

Les deux hommes se turent un moment. Popil se trouvait fort ennuyé car il savait pertinemment qui avait empalé cette tête sur la grille pour disculper Hannibal. Ce qu'il ignorait à l'époque, c'était comment cette tête était entrée en sa possession… mais il avait alors repensé aux origines japonaises de la tante d'Hannibal et à l'armure de samouraï de son ancêtre. Peut-être était-ce là une offrande que le garçon lui avait faite en paiement de l'insulte qu'elle avait subie…

De son côté, Jack observait son interlocuteur avec une extrême intensité. De toute évidence, le policier avait envisagé toutes les possibilités et connaissait l'affaire du Juge mieux que personne. Il semblait également clair à l'agent du FBI que ce Français était persuadé de la culpabilité du docteur Lecter mais, à ce propos, une sensation désagréable l'étreignait. C'était comme s'il avait voulu protéger le meurtrier en demeurant évasif sur les événements entourant la tête. Le meurtrier… ou plutôt le complice.

« Savez-vous qui a pu faire cela ? »

Les yeux clairs de Pascal Popil semblèrent s'étrécir et la réponse tarda à venir, mais il se résigna finalement.

« Oui, agent Crawford. Je pense que c'était l'œuvre de lady Murasaki. Avant que vous ne l'accusiez à tort de complicité, j'ajouterai qu'il s'agissait là d'un geste désespéré. Hannibal était la seule famille qu'il lui restait et elle ne voulait pas le perdre. J'ignore comment la tête est arrivée jusqu'à elle, mentit-il, mais…

― Mais elle savait qu'Hannibal Lecter avait tué Momund, compléta Jack.

― Oui. »

Enfin une affirmation nette et franche. Jack réprima difficilement un sourire puis fut saisi de malaise. C'était Hannibal Lecter qui avait sauvé la vie de sa femme quand elle avait tenté de se suicider. Il avait été là pour elle jusqu'à l'arrivée de Jack et quand il les avait laissés, il avait déposé une pièce sur le lit de Bella qui l'avait giflé aussitôt après. Une pièce. La connaissant, elle avait dû la lui offrir, mais Jack ne pouvait s'empêcher de se demander si ce monstre n'avait pas tiré au sort le destin de sa femme. Une rage soudaine le fit trembler. Oubliant momentanément le commissaire, il se passa les mains sur le visage. Hannibal Lecter était ensuite parti sans prendre ombrage du geste de Bella qui se mourrait dans un lit d'hôpital en souffrant le martyre – elle qui aurait tant souhaité partir dignement – et consécutivement à cette soirée, Beverly Katz était morte. Mon dieu, se disait-il, et si Hannibal Lecter avait organisé tout cela ? Et s'il l'avait retenu ? Peut-être Beverly serait-elle toujours en vie. Oui… Lecter avait dû la surprendre en train de fouiner chez lui, c'était la seule explication…

« Elle n'aurait jamais couru ce risque pour quelqu'un d'autre. » ajouta Popil.

Plongé dans ses réflexions, Jack Crawford sursauta et mit quelques secondes pour réaliser où il se trouvait et se remémorer leur conversation. Après un silence respectueux, le commissaire ouvrit sa serviette et en extirpa une imposante liasse de feuilles qu'il lui tendit.

« Voici tout ce que j'ai pu rassembler sur l'affaire du Juge. Je vous invite notamment à regarder le dossier intitulé Dessins. »

Le chef de la BAU ne répondit pas tant il se concentrait sur sa respiration pour s'efforcer de se calmer, mais quand il ouvrit la pochette, ses yeux s'écarquillèrent et il laissa échapper une exclamation. En étalant les feuillets sur son bureau, il découvrit de nombreux portraits à demi écorchés d'une véracité terrifiante. Il ne doutait pas que chaque veine, chaque fragment de muscle et chaque imperfection de la peau soit à sa place ; sans parler des yeux. Les expressions cruelles qu'il lisait dans les yeux de ces hommes lui fit froid dans le dos. Le voyant tressaillir, Popil hocha la tête.

« Ces dessins ont été saisis dans la chambre qu'occupait Hannibal à la faculté de médecine de Paris. Ils étaient punaisés au mur qui surplombait son bureau. Est-ce que vous reconnaissez ces hommes ? »

Devant l'air sceptique de Jack, il reprit :

« Il s'agit de Vladis Grutas, Petras Kolnas, Sigmas Milkos, Enrikas Dortlich et un autre que j'ai identifié tardivement, même si je ne suis pas encore certain de mon affirmation : Bronys Grentz. Celui-ci, en revanche, je ne l'ai jamais retrouvé.

― Grentz ? »

L'esprit de Crawford tiqua immédiatement, ce qui l'ancra dans l'instant présent.

« Mes hommes ont trouvé un meurtre commis au Canada il y a plusieurs années. Un dénommé Bronys Grentz a été retrouvé empaillé dans son atelier de taxidermie avec une tête de sanglier à la place de la sienne. Le sanglier avait les yeux de Grentz et la tête de cet homme n'a jamais été retrouvée. »

Le brun hocha gravement la tête.

« Je me demandais si Hannibal avait fini par tous les avoir.

― Vous pensez que c'est son œuvre ?

― Avez-vous déjà vu le blason des Lecter, agent Crawford ? »

L'homme noir secoua la tête et Pascal lui tendit une photographie.

« A défaut, voici la grille du château des Lecter, situé à quelques kilomètres de Kaunas. »

Sur l'image dont la couleur avait tourné, il vit l'inscription « Lecter Dvaras » entourée de deux canidés semblables à des loups et surmontée d'une tête de sanglier.

« Le sanglier est le symbole de cette famille. Quand je me suis rendu au chalet des Lecter, après la découverte de Dortlich, j'ai trouvé une grande tête de sanglier empaillée. Sa gueule ouverte était abîmée, comme si on y avait placé quelque chose. Ou retiré quelque chose. Elle devait être importante pour Hannibal car elle était soigneusement posée à plat sur le support de bois servant à la suspendre au mur.

― Je vois. »

Les yeux sombres se posèrent à nouveau sur les écorchés. Quel incroyable talent. Leur réalisme était si saisissant que s'ils avaient bougé, Jack n'en aurait pas été surpris. C'en était glaçant. Ces visages épouvantables semblaient littéralement obséder Hannibal, autrefois.

« Quel lien ces hommes avaient-ils avec Hannibal Lecter ? Et pourquoi n'y a-t-il aucun portrait de Paul Momund ? »

Visiblement mal à l'aise sur sa chaise, le Français répondit :

« Parce qu'il n'avait rien à voir avec eux. C'était un meurtre punitif pour l'affront subit par lady Murasaki. La famille d'Hannibal a été littéralement massacrée par des hommes qui se réclamaient héritiers du mouvement nazi, à savoir : Grutas, Grentz, Milkos, Kolnas et Dortlich. Ils ont notamment assassiné sa petite sœur, Mischa, dont le corps n'a jamais été retrouvé. »

Interloqué, Jack Crawford hocha la tête sans répondre.

« Je n'ai aucune preuve impliquant directement ou indirectement Hannibal dans leurs meurtres, reprit Popil. Depuis la mort de Momund, j'étais de temps en temps en contact avec lui, c'est pour cela que j'en suis venu à le suspecter. Mais pour un œil extérieur et d'un point de vue légal, il n'existait aucune preuve.

― Vladis Grutas avait un M gravé sur le torse, marmonna Jack.

― Oui, il était le chef de la bande. Je l'avais dans le collimateur depuis plusieurs années à cause de ses activités douteuses, mais j'étais loin d'imaginer jusqu'où allait sa barbarie. Je n'ose pas penser à ce qu'il a pu faire à la petite, mais Hannibal avait une immense rage contre lui. Si bien qu'il en perdait ses moyens. Le meurtre de Grutas a failli leur coûter la vie à tous les deux.

― Tous les deux ? répéta l'Américain.

― Hannibal a manqué Grutas une première fois en l'attaquant chez lui avec une bombe artisanale. En représailles, Grutas a enlevé lady Murasaki et l'a détenue sur sa péniche qu'il a menée jusqu'à Étampes. Là, Hannibal a fait une deuxième tentative. Il a pris une balle dans le dos, à quelques millimètres de la colonne vertébrale, mais il a pu venir à bout de son dessein en tuant Grutas, puis libérer sa tante sans qu'elle soit blessée. »

Après une courte pause pendant laquelle Jack considéra l'information dans toute sa mesure, Popil reprit :

« Après cela, lady Muraski a cédé une grande part de sa fortune à Hannibal pour qu'il puisse vivre décemment et payer ses études, puis elle est repartie au Japon. Je ne crois pas qu'ils aient eu le moindre contact depuis. Je n'en ai pas eu non plus, d'ailleurs. »

Son vis-à-vis acquiesça et baissa une nouvelle fois les yeux sur les portraits qu'il observa sans vraiment les voir. Ce qu'il découvrait aujourd'hui au sujet du docteur Lecter le sidérait. La plupart des tueurs en série avaient connu une enfance difficile – la plupart, mais pas tous – et celle du psychiatre était terrifiante. Qu'avait-il bien pu se passer avec ces cinq hommes ? Qu'avaient-ils fait à Mischa, à Hannibal ? Comment un être humain devient-il un tel… une telle chose ?

Ses pupilles refirent progressivement le point sur les portraits qui arboraient tous la mention « Dessin d'observation ». Il interrogea le commissaire sur ce point.

« Ils ont été réalisés pendant ses cours de médecine, expliqua celui-ci. Lorsque j'ai vu le professeur d'Hannibal, il m'a avoué avoir été surpris par ces dessins. Le talent et la maîtrise d'Hannibal l'avaient toujours subjugué et ils ont souvent travaillé ensemble, Hannibal illustrant ses travaux par exemple. C'est pourquoi le voir représenter un visage différent de celui qu'il avait sous les yeux était inattendu. D'ailleurs, il m'a confié que quand il le faisait remarquer à Hannibal, celui-ci s'en trouvait fort étonné. Il n'a jamais eu d'explication pour ces portraits et Hannibal reprenait toujours une nouvelle feuille pour rattraper ses divagations après avoir rangé la première.

― Je vois, commença Crawford, je vois un gosse profondément traumatisé. Il semblait horriblement hanté par ces visages.

― C'était le cas… »

La phrase du Français resta un instant en suspens mais il finit par se décider.

« Quand il était en médecine, Hannibal s'était naturellement distingué par son incroyable précocité dans d'innombrables domaines. Malgré son jeune âge, il conduisait souvent la vieille camionnette de la faculté pour se rendre à la prison.

― Qu'allait-il y faire ?

― Il était chargé, avec l'aide de son grand talent rhétorique, de convaincre les condamnés à mort de faire don de leur corps à la science. Et, quand ils acceptaient, il venait parfois les chercher à l'issue de l'exécution.

― Hum…

― Un jour, j'ai retardé l'exécution car je cherchais à obtenir des aveux de dernière minute. Nous utilisions pour cela une substance controversée dite Sérum de vérité. Je suis pratiquement certain qu'Hannibal est reparti avec le reste dudit sérum.

― Pourquoi aurait-il fait cela ?

― Pour se souvenir. Il a été frappé d'un mutisme post-traumatique après ce qui est arrivé à sa famille, quand il avait huit ans. Il n'a reparlé que le jour où Paul Momund a insulté sa tante. Des témoins l'ont très distinctement entendu dire "Animal" d'une voix éraillée. Il avait alors douze ans. Lady Murasaki m'a affirmé qu'Hannibal ne se souvenait pas de ce qu'il s'était passé, du moins pas en totalité. Je pense que ces visages le hantaient parce que le déni avait enfoui ses souvenirs. Il n'a jamais dessiné de scènes ou d'objets, juste leurs visages. »

Le commissaire se redressa.

« Le thiopental sodique stimulait certaines zones du cerveau liées à la mémoire. Je soupçonne Hannibal de se l'être injecté car c'est après ça qu'il s'est rendu en Lituanie, au chalet de sa famille. Chalet qui a été déblayé en partie et où a été retrouvé le corps de Dortlich. Hannibal s'est probablement souvenu de quelque chose qui se trouvait encore là-bas et qui pouvait l'aider à retrouver les meurtriers de sa sœur et de ses parents. C'est près du chalet qu'Hannibal avait été retrouvé après cette histoire, seulement vêtu de haillons et avec une lourde chaîne autour du cou. »

Pascal Popil se tut un instant au souvenir des éléments qu'il avait pu glaner çà et là au sujet de la découverte d'un jeune Lecter mutique par moins vingt degrés au beau milieu de la forêt.

« Toujours est-il que quand il est revenu, les morts de ressortissants lituaniens ont commencé à se succéder… »

Jack allait faire un commentaire quand Popil poursuivit :

« Il y a eu d'autres morts que les principaux cités dans le dossier, mais ce sont des dommages collatéraux, rien de plus.

― Les balbutiements de l'Éventreur de Chesapeake, commenta Jack pour lui-même.

― Oui, agent Crawford… Je… Je crois que seul Hannibal serait capable de telles mises en scènes et, surtout, je ne crois pas qu'il existe en ce monde un autre homme susceptible d'être aussi…

― Monstrueux ?

― Je ne sais pas. C'est le terme que j'avais utilisé à l'époque, faute de mieux, mais je ne sais pas si Hannibal est un monstre. Ceux qui ont tué sa sœur de deux ans sont des monstres, mais Hannibal, je n'en sais rien. Je ne vous cache pas que ce gosse m'avait terrifié par son calme et sa maîtrise alors que je le mettais face au corps sans tête de Momund et au détecteur de mensonges. Son cœur est resté parfaitement régulier, je n'avais jamais vu ça, même chez un adulte sûr de lui. Il n'y a pas eu la moindre variation, même due à l'agacement. Rien. Seulement…

― Seulement, reprit Jack, nous n'avons toujours rien d'autre pour le qualifier… »

Les deux hommes hochèrent la tête de concert.

« Savez-vous ce qu'il fait à ses victimes ? Je veux dire, en tant qu'Éventreur.

― J'ai lu les journaux, notamment les articles de ce Freddie Lounds et j'ai vu les photos qu'il a publié.

― Hum, souffla Jack sans relever la faute de genre, Lounds a photographié la scène de crime de l'Imitateur, mais mon profiler est convaincu qu'il s'agissait là de l'Éventreur.

― Je le pense aussi. C'est beaucoup trop artistique, le niveau est bien trop élevé pour qu'il s'agisse de quelqu'un d'autre. »

L'imposant chef du département des sciences du comportement acquiesça et sortit à son tour une liasse de photographies soigneusement rangées et étiquetées.

« Voici toutes les scènes de crimes attribuées à l'Éventreur de Chesapeake et à l'Imitateur. »

Le policier demeura un instant figé devant le nombre plus que conséquement de victimes puis les observa avec la plus grande attention. Son visage ne trahissait aucune émotion, mais il considérait chaque détail, penchant parfois les images pour adopter un meilleur point de vue. Certains d'entre-eux concordait, Jack le savait, avec les remarques faites par Will à Zeller quand celui-ci avait photographié les scènes. Il comprit alors qu'il n'aurait jamais meilleur atout que le commissaire Popil dans sa lutte contre Hannibal Lecter, surtout maintenant qu'il commençait à douter de la fiabilité de Will Graham.

Les yeux de Pascal s'attardèrent sur le juge Davies. Jack lui expliqua qu'il s'agissait du juge trop partial du procès de Will Graham et lui demanda s'il savait que les deux hommes étaient amants, ce que bien sûr, il nia.

« J'ai du mal à imaginer qu'Hannibal puisse tomber amoureux…

― Mais ?

― Je vous demande pardon ?

― Vous sembliez vouloir poursuivre. »

Popil inspira profondément.

« Hannibal était un jeune homme très émotif. Il éprouvait un amour profond pour feue sa sœur. Sa tante ne faisait pas exception. Je le crois capable de tomber amoureux s'il n'a pas changé, mais je crains qu'il se soit élevé bien trop haut pour cela. Me comprenez-vous, agent Crawford ?

― Je crois que je vous comprends, commissaire Popil. Je ne vous cache pas que je suis extrêmement inquiet quant au devenir de mon profiler. Il joue à un jeu dangereux.

― Comment cela ?

― Il s'est initialement rapproché du docteur Lecter dans le but de gagner sa confiance pour l'amener à se confier à lui, mais les choses semblent avoir évolué exponentiellement. Ils sont devenus amants et, bien que Will persiste à dire que Lecter et l'Éventreur sont une seule et même personne, il n'en semble pas moins très attaché à lui. Je suis bien conscient qu'il a un rôle à tenir, mais… j'ai… peur, commissaire. J'ai peur qu'il arrive malheur à Will… Mais, surtout, j'ai peur que Will se retourne contre moi.

― Je comprends parfaitement vos inquiétudes, agent Crawford et je ne doute pas qu'elles soient fondées… Cependant…

― Oui ?

― Si Hannibal est réellement amoureux de ce Graham et que ce n'est pas réciproque, sa colère pourrait être dévastatrice lorsqu'il l'apprendra et je ne donnerais alors pas cher de la peau de votre profiler. »

Son vis-à-vis acquiesça sombrement.

« En revanche, reprit Popil, si tout cela est simulé des deux côtés, il y a fort à parier pour qu'Hannibal l'ait compris depuis longtemps et tourne soigneusement les choses à son avantage, ce qui pourrait se révéler éminemment dangereux pour tous ceux qui y ont collaboré, peut-être même plus que pour Will Graham dont il reconnaîtra probablement le mérite et l'intelligence.

― Je sais.

― Enfin… enfin, reprit le commissaire, s'ils sont tous les deux amoureux – car cela n'en reste pas moins possible – le danger en sera d'autant plus grand pour nous et tous ceux qui tenteront de les arrêter. Car si ce Will Graham est effectivement capable de rentrer dans la tête d'Hannibal et de le comprendre, cela signifie qu'il est potentiellement aussi dangereux que lui.

― Nous sommes d'accord.

― Je le crains. »

Les yeux du commissaire se baissèrent à nouveau sur les scènes de crime et Jack s'aperçut que ses commissures tremblaient. En se penchant, il vit la jeune Cassie Boyle sur la tête de wapiti.

« Il s'en est pris à des enfants ?

― Oui et non, commissaire. Cassie Boyle et Marissa Schurr n'étaient plus des enfants au regard de la loi, mais elles étaient bien plus jeunes que ses autres victimes. Elles figurent parmi les crimes de l'Imitateur. Lecter les a tuées pour Will. Du moins, il a tué Cassie Boyle pour Will. C'est un cadeau qu'il lui a fait. Will l'avait dit et à cette époque, ils étaient loin d'être aussi proches.

― Qu'avait-il à leur reprocher ?

― Will a été formel là-dessus : elles se comportaient mal. »

Devant l'air choqué du Français, Jack poursuivit :

« Toujours d'après Will et bien que j'en doute fortement, l'Éventreur ne tue pas pour le plaisir, il punit. Will a affirmé très rapidement que nous avions affaire à un cannibale, ce que confirment vos propres analyses des crimes du Juge. Il a aussi dit qu'aux yeux de l'Éventreur, ses victimes n'étaient que des porcs, de la viande, pas des personnes. Il les déshumanise et il les punit. Il ne tue que des gens qui sont connus – officiellement ou non – pour leurs comportements décadents, insolents ou leurs mauvaises actions, même s'il ne peut être qualifié de "nettoyeur". Et il prélève systématiquement les organes ante-mortem, c'est une torture.

― Qu'a-t-il pris à ces jeunes filles ?

― Il a arraché les poumons de Cassie Boyle alors qu'elle vivait encore. Il n'a rien pris à Marissa Schurr. »

Le dégoût abominable qui se peignit sur les traits du Français le glaça. Jack Crawford avait pris l'habitude de voir cela comme des enchaînements de circonstances, des tueurs et des victimes. Il se concentrait davantage sur les intentions et les idées des tueurs que sur le ressenti de leurs victimes. Mais devant l'expression de Popil, il sentit un malaise poindre. La douleur qu'avait dû ressentir la gamine était à peine croyable. Les crimes de l'Éventreur de Chesapeake lui apparurent d'une cruauté sans borne. Il devait arrêter cet homme et si d'aventure Will se dressait sur son chemin, il l'arrêterait aussi.

.

Debout devant la grande glace en pied d'Hannibal, Will se tournait et se retournait en se tordant le cou pour s'observer sous toutes les coutures. Il portait à nouveau l'ensemble choisi par le psychiatre pour qu'il se montre devant le Soupirant et puisse tenir son rôle d'Éventreur de Chesapeake. Évidemment, Hannibal comptait le lui faire remettre de temps à autre pour changer de ses immondes chemises de bucheron canadien et il avait obtenu qu'il le fit ce soir. Hélas, l'empathe était tout sauf à l'aise et commençait à regretter sa promesse. Tenir un rôle devant un meurtrier pour le coincer était une chose, sortir en étant lui-même mais fagoté comme s'il en avait les moyens en était une autre.

Des pas feutrés se firent entendre dans le couloir et Hannibal apparut dans l'embrasure de la porte. Il s'y adossa un moment et sourit tandis qu'il le détaillait. Dans les yeux fauves, Will lut de l'envie et de l'affection mais surtout de la fierté. Cela lui étreint le cœur au point de faire poindre des larmes. Jamais personne ne l'avait regardé ainsi, pas même son père car pour lui, il fallait faire toujours plus et toujours mieux que la fois précédente. Hannibal était infiniment différent. Il avait cette capacité à faire jaillir ce qu'il y avait de plus extraordinaire en vous – que cela soit magnifique ou monstrueux. Avec douceur, le Lituanien essuya ses larmes et le prit dans ses bras, le cajolant sans un mot. Bercé par la respiration profonde, Will ferma les yeux et se détendit. Alors, comme s'il avait lu dans ses pensées, Hannibal murmura :

« Tu n'as pas à avoir honte Will. Tu vaux infiniment mieux que tous ces gens face à qui tu t'imagines inférieur. Ces vêtements ne sont pas là pour te faire te sentir surclassé, mais pour t'aider à comprendre combien tu es charmant et magnétique. Il faut cela pour que tu le voies. Je le vois même sans fioritures.

― Je le vois à travers tes yeux à chaque fois que nos regards se croisent, murmura Will. La façon que tu as de me regarder est si intense que plus rien d'autre ne semble exister.

― C'est parce que rien ne m'est plus cher que toi, Will. »

L'aveu de son amant le transporta de joie et il étouffa un rire nerveux. Hannibal Lecter était éminemment plus complexe et incroyable qu'il ne l'avait cru au premier abord et plus il le connaissait, moins il voulait s'en éloigner. Au contraire, s'ils avaient pu fusionner leurs enveloppes charnelles pour être à jamais un, l'empathe l'aurait fait sans la moindre hésitation. C'est pourquoi il chérissait ces moments où Hannibal le serrait contre lui.

« Si je te disais merci, tu me dirais que c'est inutile.

― Oui.

― Je t'aime, Hannibal. »

Les lèvres charnues du médecin trouvèrent la peau tendre du cou du professeur et l'embrassèrent. Il inspira profondément son odeur comme il adorait le faire et apprécia la confession dans toute sa mesure. Un sourire étira sa bouche. Il ne répondit pas, il n'en avait pas besoin. A la place, il fredonna doucement et Will reconnut l'air allemand qu'Hannibal lui avait dit chanter à sa sœur pour la calmer.

« Dans quel restaurant allons-nous ? » murmura le profiler tandis qu'il venait frotter son front contre la gorge de l'Éventreur.

Les vibrations des cordes vocales le chatouillaient doucement. Elles stoppèrent brièvement juste avant que n'arrive la réponse.

« Au Céladon. Ils servent des spécialités françaises véritablement excellentes. »

Après une brève pause, Hannibal baisa le front de Will qui le sentit sourire.

« J'ai réservé pour dix-neuf heures trente. C'est à quelques pâtés de maison d'ici. Que dirais-tu d'une petite promenade pour nous mettre en appétit ? »

A la fois surpris et tenté par la proposition, l'empathe acquiesça et lui fit face pour l'embrasser en se retenant de le décoiffer, lui qui aimait tant entortiller ses doigts dans les mèches cendrées. Il était clair pour lui qu'Hannibal avait fait dû se faire violence pour aller dîner à pied et non en Bentley Arnage. L'attention le toucha bien qu'il choisit de ne pas le montrer. Il le rejoignit dans le hall et toléra sa galanterie lorsqu'il lui présenta sa veste pour qu'il l'enfile sans efforts.

Sur le pallier, ils furent accueillis par un vent froid qui souleva les boucles brunes de Will mais ne parvint pas à rosir les joues du psychiatre. A cet instant, il se produisit une chose que le jeune profiler n'aurait pas cru possible : son amant lui tendit la main pour qu'il la prenne.

Graham accepta dans un état second, regardant leurs doigts s'entremêler et ressentant immédiatement les battements du cœur de son compagnon à travers leurs jointures. Ou peut-être était-ce le sien ? Il n'aurait su le dire mais le rythme était entraînant et, sans qu'il s'en rende compte, sa joue vint doucement se poser sur l'épaule du Lituanien qui, aussitôt après, caressait les mèches brunes de sa joue.

Ils marchèrent ainsi plusieurs minutes sans prononcer le moindre mot. Les véhicules qu'ils croisaient n'étaient que des flashs verts, rouges ou oranges et même le vacarme de leur passage ne semblait pas les déranger.

Le bruit de la ville se tut rapidement, cédant la place à ce silence que n'importe qui qualifierait de lugubre s'il se promenait seul ici la nuit.

Derrière eux arriva un homme qui, les mains dans les poches, semblait perdu. Hannibal le sentit bien avant qu'il n'ouvre la bouche et le couple s'était déjà retourné quand il arriva à sa hauteur.

« Excusez-moi, est-ce que vous auriez l'heure, s'il vous plaît ? »

Les yeux à demi clos de Will ne prêtèrent que peu attention à l'inconnu et le chirurgien baissa un instant les siens pour répondre. Bien que méfiant, il n'eut pas le temps de lâcher la main de Will pour parer le coup et tomba à genoux, sonné mais conscient. Tandis que l'empathe s'apprêtait à riposter, leur agresseur le saisit à la gorge dans une prise de combat maîtrisée et l'immobilisa en braquant une arme sur Lecter. Celui-ci se figea immédiatement mais ses yeux flamboyaient comme habités d'un brasier furieux. En voyant le visage de son amant, Will comprit qu'à la seconde où l'autre baisserait sa garde, Hannibal le tuerait.

Cependant, l'inconnu resserra sa prise sur le cou du brun qui sentit son souffle se couper et appuya sur la gâchette de son pistolet électrique. Malgré ses réflexes et sa résistance, l'Éventreur prit la décharge dans la gorge et l'épaule puis s'effondra pour de bon.

En le voyant ainsi terrassé, Will fut saisi d'une violente terreur qui le fit trembler, tant de peur que de rage car il était totalement impuissant. Il sentit avec dégoût la bouche de l'inconnu tout contre son oreille quand il lui murmura de pas s'inquiéter et que tout se passerait bien pour lui. Au même instant, un tissu imbibé se plaqua sur son visage, le séparant malgré lui du réel. Dans sa panique impuissante, il voyait s'estomper Hannibal qui gisait toujours, inconscient.


Oui, ça s'arrête comme ça. *ricane*

J'espère que ce chapitre vous a plu ! N'hésitez pas à me faire part de vos impressions dans une review :)

Le prochain arrivera fin septembre ou début octobre ! Oui, je sais, c'est loooong, mais mes obligations professionnelles sont... obligatoires, justement XD
Et il y a plein de bonnes fics dans mes favoris, si d'aventure vous cherchez de quoi vous occuper ;p

Merci à vous de continuer à suivre cette fic !

Maeglin