Auteur : Maeglin Surion.
Disclaimer : les personnages et leur univers relèvent de Thomas Harris et Brian Fuller.
Rating : M.
Pairing : Hannigram.
Note : ça y est, le défi du National Novel Writing Month (NaNoWriMo) est terminé ! On reprend donc la publication de Balliamo, merci pour votre patience :) Je vous laisse à votre lecture, en espérant qu'elle soit bonne !
XXII
Ballare con la Morte : Gli Amanti
Movimento di chiusura
Lorsque l'homme que malmenait leur kindappeur fut libéré du sac de toile, Will sentit son sang se glacer et son souffle se coupa.
Brian Zeller le dévisagea avec une expression choquée qui se mua en terreur pure quand il comprit. Le corps de monsieur Goldberg était toujours où Hannibal l'avait couché et ce dernier avait quelques légères blessures au visage en raison du coup de poing qu'il avait accusé.
Les yeux de Brian passèrent du kidnappeur aux deux autres prisonniers puis au corps sans vie étendu au fond du bassin et il se mit à trembler. Des combats clandestins… Pourquoi cette évidence ne les avait-elle pas effleurés ? En tournant la tête vers le psychiatre, il trembla de plus belle. S'il avait affaire à Hannibal Lecter, il n'en réchapperait pas.
De toute évidence, l'échange de regard entre les deux hommes n'avait pas échappé à l'inconnu. Sa main libre vint enserrer la nuque de Brian dans un étau glacial et la douleur lui arracha un cri.
« Vous vous connaissez, je crois. Brian Zeller du FBI, hein ?
― Ne lui faites pas de mal, gronda Will.
― Oh, moi, je lui ferai rien du tout… »
Un sourire cruel fendit son visage émacié.
« C'est le docteur qui va le tuer. »
Il poussa Brian vers l'échelle et le força à descendre.
« Quoique… Qui sait ? Peut-être que cette fois, le docteur va y rester… Hein, docteur ? Après tout, on sait jamais. Tu m'as l'air plutôt costaud, toi. » acheva-t-il en s'adressant à Brian.
Hannibal ne fit aucun commentaire. Ses yeux rougeoyaient comme un lac de lave à son pic d'activité et l'empathe sentait sa tension meurtrière comme si elle crépitait tout autour de lui à la manière d'un champ électrique. S'il n'y avait pas eu ces chaînes… Si Will n'avait pas risqué de mourir… Hannibal aurait déjà mis un terme à la vie de cet homme, c'était certain.
Brusquement, Will se tassa contre lui autant que lui permettaient ses entraves. Beverly Katz était morte par sa faute et de la main d'Hannibal, il ne voulait pas qu'il arrive la même chose à Brian. Il se contorsionna pour rapprocher ses lèvres de l'oreille de son amant et souffla sans les bouger :
« Épargne-le… S'il te plait… »
Sa voix n'était qu'un murmure à peine audible et si Hannibal l'avait entendu, il n'en montra rien. Il se contentait de fixer l'inconnu avec une telle intensité que celui-ci finit par transpirer.
« Tu peux toujours me regarder avec ton air de pitbull… mais n'oublie pas : si tu n'obéis pas… Bam ! »
Il mima un coup de feu vers Will et ce dernier aurait juré qu'il avait entendu Hannibal gronder. Ou, plutôt, qu'il l'avait senti : c'était si bas que cela aurait pu être des infrasons. Malgré tout, l'Éventreur baissa les yeux et se laissa détacher sans rien tenter. Lorsqu'il descendit dans la piscine, il était aussi calme que s'il déambulait dans la rue et Brian recula jusqu'au fond, trébuchant sur feu monsieur Goldberg. Terrifié, il s'agrippa à la paroi et tenta vainement de calmer les battements frénétiques de son cœur.
Devant lui, se tenait Hannibal Lecter, droit comme un i et, en cet instant, Brian n'avait plus le moindre doute quant au fait qu'il pouvait être l'Éventreur de Chesapeake. Il dardait sur lui un regard marmoréen et son souffle était si calme que le brun devait se concentrer pour voir sa poitrine se soulever. En le voyant ainsi, il se dit que c'était sans doute la dernière chose qu'avait vu Beverly avant de mourir… Il ressentait aussi cette certitude de l'inéluctable, cette peur viscérale qui le paralysait en ce moment même et qu'elle avait dû connaître. Un bruit métallique le fit sursauter et il cligna des yeux, l'air perdu. L'homme debout au bord de la piscine lui fit un clin d'œil.
« Tiens, ça équilibrera un peu les chances. »
En baissant les yeux, Brian découvrit un cran d'arrêt qu'il se hâta de ramasser. L'espace d'un instant, il se dit qu'il devait vraiment avoir l'air misérable… Une petite souris apeurée devant le chat qui attendait simplement un tout petit moment d'inattention pour la gober. Pourtant, Lecter ne bougeait toujours pas. Les bras le long du corps, il n'avait pas l'air d'avoir envie de tenter quoi que ce soit contre lui… Pourtant… Pourtant, Brian restait tétanisé.
« Au cas où t'aurais rien pigé, c'est un combat à mort. Ou tu le tues et tu vis, ou il te tue et il vit. Compris ? »
Même s'il avait voulu répondre, Brian n'aurait pas pu. Sa gorge était affreusement sèche et ses doigts moites dérapaient sur le manche. Il risqua un rapide coup d'œil vers Will et lu de la crainte dans ses yeux. Will lui-même avait peur… Brian frissonna de plus belle.
« Et toi, le doc, oublie pas que je veux du spectacle !
― J'ai bien compris. »
La réponse du psychiatre provoqua un haut-le-cœur chez Brian Zeller. Il se ressaisit juste à temps pour entendre :
« Allez-y ! »
Mais personne ne bougea. Le docteur Lecter le dévisageait toujours sans la moindre expression et son propre cœur battait si fort qu'il le sentait pulser dans ses doigts serrés sur le couteau et n'entendait plus rien d'autre que le claquement du sang dans ses artères.
Un coup de feu transperça le corps inerte de Goldberg et Brian sursauta violemment.
« J'ai dit : allez-y ! La prochaine sera pour l'un de vous ! T'entends, le flic ? Bouge-toi ! »
Brian obéit comme s'il lui avait asséné un coup de fouet et se jeta sur Lecter. Celui-ci se décala sans trop de peine mais le brun parvint à planter le cran d'arrêt dans sa cuisse juste avant qu'une poigne de fer vienne enserrer sa gorge. Il se débattit de toutes ses forces mais l'avant-bras qui le maintenait était aussi inébranlable que du granit. Il griffa la peau dans un geste désespéré pour se libérer mais le souffle lui manquait déjà et un spasme le secoua.
Brian sentait la respiration calme d'Hannibal Lecter tout contre son oreille et, alors qu'il sombrait dans une semi-conscience, il l'entendit murmurer :
« Vous avez raison, agent Zeller, débattez-vous. Débattez-vous de toutes vos forces. »
Il aurait voulu demander à ce salaud si cela l'amusait de susurrer ce genre de conneries, mais il sentit aussitôt que la poigne se relâchait légèrement. Ce n'était pas normal, se disait-il. Si Lecter avait voulu le tuer, il lui aurait suffit de lui briser la nuque… Sauf s'il voulait jouer. Il jugea que le temps des questions était révolu et il obéit avec la fureur du désespoir.
Contre sa joue, les lèvres charnues du psychiatre s'étirèrent en un sourire qu'il sentit distinctement tandis qu'il lui arrachait une petite mèche de cheveux.
.
Dans le laboratoire du FBI planait un silence de mort. Le commissaire Popil avait beau s'y attendre, il tremblait tant de peur que de sidération. Jack Crawford fixait l'écran d'un œil cave, la bouche ouverte. Il avait la langue si pâteuse qu'il avait l'impression d'avoir avalé un verre de plâtre. Jimmy Price, quant à lui, avait tant de peine à respirer qu'il approchait dangereusement de l'évanouissement. Ce n'était pas possible, cela ne pouvait pas avoir eu lieu. Hannibal Lecter n'avait pas tué Brian, ce n'était pas possible…
« Agent Price… Agent Price ! Respirez ! »
Le Français écarta Jack sans ménagement et se hâta d'ouvrir la cravate du blond dont le visage avait atteint une couleur critique. La vue de son subordonné ramena Jack au temps présent et il saisit Jimmy par les épaules.
« Jimmy ! Revenez parmi nous, Jimmy ! »
Popil le laissa le secouer le temps de mettre la main sur un sac de papier qu'il plaqua sur la bouche du scientifique après avoir écarté Jack.
« Calmez-vous, agent Crawford. Et vous, agent Price, respirer. »
Le pauvre homme transpirait à grosses gouttes et son teint était très pâle, mais la solution du policier commençait à porter ses fruits. Peu à peu, Jimmy Price retrouva des couleurs et reprit ses esprits, mais des larmes succédèrent à l'hyperventilation.
« Ce n'est pas possible, Jack…
― Je sais, Jimmy… »
En vérité, le chef du département ne savait que dire. Ils avaient vu Hannibal Lecter encaisser un coup de poignard – dont la lame devait avoisiner les vingt-cinq centimètres – sans même sourciller, puis enserrer la gorge de Brian avec une facilité si déconcertante que cela leur avait glacé le sang. Ils avaient vu Brian se débattre désespérément, être secoué de spasmes, puis cesser totalement de bouger, les bras ballants.
Son collègue et ami ne cessait de répéter que ce n'était pas possible. Il regardait l'écran apparemment sans le voir, mais, d'un coup, il s'accrocha au clavier et s'écria :
« Non ! Ce n'est pas possible !
― Jimmy…
― Non, Jack ! Il faut… »
Il inspira profondément et essuya les larmes qui lui brouillaient la vue.
« Il faut au moins huit minutes pour étouffer quelqu'un. » affirma-t-il en détachant chacune des syllabes.
Il garda la vidéo d'un côté de l'écran, la dupliqua et l'afficha de l'autre côté en remontant au moment où le docteur Lecter s'emparait de Brian. Jimmy compta à voix haute :
« Il n'a serré que trente secondes, Jack. Il ne serre plus du tout depuis près de quatre minutes, regardez ! »
En plissant les yeux, les deux hommes virent qu'effectivement, le psychiatre avait relâché sa prise sans pour autant lâcher Brian. Il tournait le dos au kidnappeur qui avait l'air indécis et à Will qui affichait un air horrifié ; ainsi, Hannibal faisait face à la caméra qu'il regardait avec intensité, Brian pendant mollement entre ses bras puissants.
« Il regarde la caméra… »
.
Hannibal fixait l'objectif en se demandant si Mason appréciait le spectacle ou s'il était fâché que leur ravisseur se soit entiché de Will et n'ait pas organisé de lutte à mort entre le profiler et le tueur en série. Il se demandait aussi si Jimmy Price avait été capable de comprendre le lien entre les victimes de combats et la présence éventuelle d'un public. Ainsi, l'agent aurait peut-être pu trouver le lien crypté destiné à diffuser le spectacle.
Hannibal s'interrogeait également au sujet de Brian. Il savait que l'agent ne doutait plus qu'il fut l'Éventreur de Chesapeake, il lui avait volontairement fait ressentir la peur qu'il provoquait chez ses victimes. Il avait, en quelque sorte, lâché la bride à son aura. La lame plantée dans sa cuisse le lui faisait comprendre. Cela l'ennuyait car cela risquait de précipiter l'échéance. Laquelle ? Cela restait à démontrer. A vrai dire, il y avait plusieurs options. Il pouvait s'enfuir avec Will – après tout, il rêvait de lui montrer Florence – mais il pouvait aussi se faire arrêter. Peut-être cela amuserait-il Will de le mettre sous les verrous. A charge de revanche, comme on dit. Et Will en était parfaitement capable.
Les yeux rivés sur la caméra, Hannibal s'attachait à serrer la gorge de Brian juste assez pour l'empêcher de respirer trop vite. Au bout de huit minutes exactement, il le déposa au sol avec respect, face contre terre pour l'aider à rester discret.
« Le spectacle vous a-t-il convenu ? » s'enquit-il en se retournant à demi.
L'homme, très ennuyé, fixait alternativement Hannibal et la caméra. Il vérifia sur son téléphone et constata que le public était toujours au rendez-vous, plus deux, même ; il se détendit et sourit d'un air narquois.
« Ouais. Brave toutou. T'auras peut-être un os. »
Hannibal se contenta d'un signe de tête entre la raillerie et le respect, puis lui tourna le dos et baissa les yeux vers Brian.
« Rends-moi le couteau.
― Tout de suite. »
Le psychiatre saisit le manche et retira lentement la lame du muscle de sa cuisse. Le sang se mit à couler plus abondamment mais ses battements de cœur étaient suffisamment maîtrisés pour que cela ne soit pas trop conséquent. Il jugea qu'il devrait avoir besoin d'une petite dizaine de points de suture.
« Magne-toi ! »
A peine avait-il terminé sa phrase qu'Hannibal se retourna et lança le cran d'arrêt. Le geste, sûr et précis, atteignit la cible à l'aine, à quelques millimètres à peine de l'artère. Déstabilisé par la douleur, l'homme se courba en hurlant et Hannibal sortit d'un bond de la piscine. Emporté par son élan, il le percuta et le souleva, le plaquant avec violence contre la colonne de vieux béton armé. Un gargouillis échappa au kidnappeur lorsqu'il le lâcha. Ses pieds étaient à trente centimètres du sol, son souffle était rauque et haché et ses mains dérapaient sur la tige de métal qui lui sortait de la poitrine.
Debout face à lui, Hannibal lui sourit.
« Veuillez rester là. »
Il arracha la clé qui pendait à son cou et alla détacher Will. Ce faisant, il croisa le regard décontenancé de Brian Zeller qui s'était risqué à tourner la tête.
« Agent Zeller, fit-il, vous pouvez vous relever. Comment vous sentez-vous ? »
Le brun se massait la gorge d'un air perdu, ses yeux allant sans cesse du psychiatre au ravisseur.
« Je… Je vais bien…
― Je vous prie de m'excuser, dit Hannibal en lui tendant la main, je ne voulais pas qu'il pense que je vous avais épargné. J'espère ne pas vous avoir fait souffrir. »
Aidé de l'Éventreur, Brian sortit de la piscine et jeta un coup d'œil presque triomphant à l'homme empalé sur la tige de fer.
« Il en allait de votre vie… Je… Je suis désolé, fit-il en désignant la jambe d'Hannibal.
― Ce n'est rien. Vous protégiez la vôtre. »
Incapable de parler, Brian hocha la tête et Will lui sourit.
« Ça va aller, fit-il en lui posant une main sur l'épaule.
― J'ai eu la peur de ma vie, avoua Brian.
― Je suis navré. Je me devais d'être crédible.
― Vous auriez fait un excellent acteur, docteur. »
La voix de Brian était légèrement hachée, difficilement maîtrisée sur le coup de l'émotion ; le choc psychologique qu'il avait subi avait été violent. Hannibal sourit d'un air peiné et Brian se dit qu'il pouvait définitivement prétendre aux oscars.
« Permettez. »
Will mit la main dans la poche de l'inconnu et en sortit son téléphone pour constater que, sur les vingt-cinq connexions, il n'en restait plus qu'une. L'un des spectateurs n'était pas parti. Il montra l'écran à Hannibal qui hocha la tête. Ainsi, Mason appréciait le spectacle.
« Il n'a pas l'air en forme… »
Brian fut surpris par la froideur de sa propre remarque, mais il était tellement soulagé d'être en vie et de voir ce salaud empalé sur sa colonne qu'il éprouvait une forte envie de rire.
« Je le pensais moins lourd, avoua Hannibal d'une voix dépourvue d'émotion. J'espérais la faire ressortir par ici, expliqua-t-il calmement en indiquant une zone juste sous les poumons.
― Oui, cela aurait été moins dangereux pour lui. » commenta Brian sur le même ton ; il était dans un état second.
L'ancien chirurgien hocha la tête.
« Pourquoi ? demanda Will, concerné.
― La tige lui a transpercé un poumon. Il souffre déjà d'un pneumothorax et l'hémothorax ne va plus tarder.
― Et si on le décroche, ça sera pire. »
Amusé par le brusque détachement du scientifique, Hannibal retint difficilement un sourire.
« Effectivement.
― Je vais essayer d'appeler Jack. » intervint Will.
Will s'éloigna en suivant les traînées de sang des victimes précédentes, laissant Hannibal et Brian seuls devant l'homme qui hoquetait et gargouillait. Le médecin éloigna l'agent juste avant qu'il ne se mette à expectorer bruyamment.
« Vous voulez vous asseoir, agent Zeller ? fit-il en ignorant royalement leur bourreau.
― Je vais bien.
― Vous êtes en état de choc. »
Le brun fronça les sourcils mais obéit et sentit aussitôt sa tête lui tourner. Lecter lui desserra sa cravate.
« Respirez à fond. »
Brian eut un rire nerveux.
« Quand je pense que j'étais seulement parti chercher à manger… »
Hannibal s'assit à ses côtés et sourit.
« Nous aussi. »
Ils échangèrent un regard et Brian rit derechef.
« C'est quand même drôle, commença-t-il, je suis agent du FBI, mais jamais ça ne m'était venu à l'idée qu'il pourrait m'arriver un truc du genre… Je veux dire…
― Oui, je comprends. »
Le silence se fit quelques instants, puis Hannibal eut un bref sourire lui découvrant les dents.
« J'ai eu peur, avoua-t-il dans un murmure pour être certain que le micro de la caméra ne pouvait le retransmettre. Quand j'ai vu cet homme enserrer la gorge de Will… et que je ne pouvais rien faire… »
Brian, à la fois choqué par l'émotion que cet aveu suscitait en lui et effrayé par les marques de shocker qu'il venait d'apercevoir sur la gorge du docteur Lecter, mit quelques secondes à réagir. Finalement, il fit un geste qu'il n'imaginait pas faire un jour, il posa une main sur l'épaule du psychiatre et la serra amicalement.
« Vous avez réussi à nous protéger tous les deux, docteur. Si nous sommes en vie maintenant, c'est grâce à vous. »
Et c'était vrai. Brian sourit sincèrement. Hannibal leva vers lui des yeux un peu trop brillants, mais sourit.
« Merci. »
Brian allait poursuivre quand des pas résonnèrent sous le haut plafond. Effrayé, il se tendit mais Hannibal le rassura aussitôt :
« C'est Will. »
Effectivement, le profiler apparut et leur sourit.
« Jack et Jimmy viennent nous chercher. »
Puis, se tournant vers leur ravisseur, il ajouta :
« Vous avez bien fait d'installer un GPS. »
.
Grace aux coordonnées du téléphone avec lequel Will les avait contactés, Jack, Jimmy et le commissaire Popil rejoignirent le bâtiment sans difficultés. L'empathe les attendait devant la porte.
« Will ! Où est Brian ?
― Il va bien, Jimmy, calmez-vous. Il est à l'intérieur avec Hannibal. D'ailleurs, il nous faudrait une ambulance.
― Elle arrive. »
Jack ne parvint pas à en dire plus. Will avait l'air parfaitement détendu, comme s'il ne s'était rien passé de grave. Cela le terrifiait.
« Comment vous sentez-vous ?
― Bien, commissaire, merci. Il ne m'a rien fait, je… je crois bien que je lui plaisais.
― Il est mort ?
― Non, Jack. Mais ce n'est pas la grande forme. »
Devant leurs expressions, il grimaça.
« C'est que je ne me sens pas de le plaindre.
― Je comprends, fit Jack. Comment va Hannibal ?
― Il est blessé à la jambe et à quelques autres endroits, j'aimerais qu'il soit examiné. »
Alors qu'il terminait sa phrase, les sirènes caractéristiques d'une ambulance et d'une voiture du FBI se firent entendre. Elles vinrent se garer et Will interpela leurs occupants :
« Suivez-moi, ça se passe là-bas. »
Il les mena le long de traînées de sang jusqu'à la piscine.
« Je ne sais pas ce qu'il a fait des deux corps qu'il a sorti. Il y a encore un homme dans la piscine, et…
― Oh, mon dieu, souffla l'ambulancier en découvrant l'homme empalé sur la colonne.
― Laissez-le là pour l'instant, coupa Will, c'est lui l'instigateur des combats. Occupez-vous d'abord d'Hannibal et de Brian. »
Jack leur intima d'obéir et les deux hommes furent examinés.
« Il vous faudrait des points de suture, docteur Lecter, commenta l'infirmier. Vous pouvez marcher jusqu'à l'ambulance ?
― Oui, je peux.
― Et lui ? fit son collègue.
― La tige lui a transpercé un poumon, commenta obligeamment Hannibal, il serait mal avisé de l'en décrocher. »
Brian Zeller retint difficilement un ricanement dément. Jimmy le serrait contre lui depuis un bon moment et il se sentait à deux doigts de craquer.
« Je vous suggère de scier la tige et de ne lui enlever qu'une fois au bloc.
― Ou-oui, docteur. »
Hannibal se releva en prenant soin d'avoir l'air de souffrir et suivit l'infirmier en boitillant pendant que des hommes se rassemblaient autour du tueur par procuration pour couper la tige qui le maintenait contre la colonne.
A l'extérieur, Hannibal s'assit et l'infirmier nettoya sa plaie à la cuisse.
« Je… je n'ai jamais fait de points, avoua-t-il, penaud.
― Je vais le faire. Non, pas d'anesthésiant, je veux savoir ce que je fais.
― Bien, docteur. »
Jack l'observait sans rien dire pendant que l'infirmier déchirait un peu plus le pantalon pour permettre au docteur de travailler.
Il lui apporta le matériel et, lorsque Hannibal le congédia, il alla voir comment se portait l'agent Zeller.
Les yeux de Jack se fixèrent sur Will qui semblait réellement sentir chacun des passages de l'aiguille dans la chair d'Hannibal. Le jeune homme grimaçait alors que le psychiatre n'affichait qu'une extrême concentration. En se concentrant sur sa gorge, Jack s'aperçut qu'il respirait extrêmement lentement. Levant sa montre, il se risqua à toucher le docteur Lecter. Il plaça deux doigts sur la jugulaire sans que celui-ci réagisse et se mit à compter. Lorsque l'aiguille des minutes bougea enfin, il lui sembla qu'une éternité venait de s'écouler et il n'avait compté que quarante battements. Il retira lentement ses doigts et Hannibal murmura sans même lever la tête :
« Une bonne maitrise du souffle est primordial dans l'exercice de la chirurgie.
― Je vous prie de m'excuser, je ne sais pas ce qui m'a pris. »
Hannibal savait, mais il se tut.
« Docteur Lecter…
― Oui, Jack ?
― Pourquoi avoir arrêté la chirurgie ? »
Cette fois, Hannibal suspendit son ouvrage et leva les yeux vers lui. Il avait l'air de se remémorer un mauvais souvenir.
« J'ai perdu le patient de trop.
― On ne peut pas sauver tout le monde, aux urgences, commenta Brian, assit un peu plus loin.
― Non, je le sais. Mais ce patient appartenait à la catégorie la plus difficile à voir partir. »
Devant leur air incrédule, il précisa :
« C'était un enfant.
― Je vois.
― Je voyais moins de morts en pratiquant la psychiatrie, poursuivit Lecter en reprenant son ouvrage. Du moins, jusqu'à ce que vous ne m'appeliez, Jack, pour établir le profil de l'un de vos consultants. »
Will fit une grimace presque amusée et Jack garda sa mine sombre.
« Tu dois tout de même reconnaître que ta vie est bien plus intéressante depuis. »
La remarque qui avait échappé à Will laissa planer une impression étrange ; elle pouvait être interprétée de bien des manières…
« C'est vrai. » répondit Hannibal.
En se penchant, Jack aurait pu voir le sourire qui étirait les lèvres du médecin, mais il ne vit que celui de Will. Des pensées irraisonnées se mirent alors à se bousculer dans son cerveau épuisé. Et si… et si Hannibal Lecter n'était pas la bonne cible ? Et s'il avait eu raison au départ, en emprisonnant Will Graham ? Après tout, il était le caméléon le plus efficace qui soit ; avec son empathie exacerbée, il pouvait devenir n'importe qui. Il l'avait prouvé sur les scènes de crime en revivant les meurtres avec une telle force qu'il ressortait couvert de sang ou en transe. Ou les deux. Revivant… Oui, peut-être qu'il fonçait droit dans un mur et qu'Hannibal Lecter n'était qu'un suspect idéal…
La voix du commissaire Popil le ramena vaguement dans le temps présent. Il se souvint que le policier français était certain de la culpabilité d'Hannibal. Non, lui-même ne pouvait pas se laisser aveugler par le désespoir et la peur. Même si Will Graham était un tueur, c'était Hannibal Lecter qui était l'Éventreur de Chesapeake. Et le Juge. Et peut-être aussi l'Imitateur. Pas Will.
L'espace d'un instant, Jack se souvint de Randall Tier. Le jeune homme était un patient du docteur Lecter qui le soignait pour dysphorie de l'espèce. Il avait été monté sur un squelette de tigre à dents de sabre en plein cœur du musée de Baltimore. L'Éventreur n'en était pas l'auteur, c'était Will qui avait fait ça. Il avait avancé comme argument qu'il cherchait à piéger l'Éventreur, mais le fait était qu'il avait dû le dépecer et le monter sur la carcasse. Jack était certain que l'Éventreur l'avait aidé dans cette entreprise, c'était bien trop difficile à faire pour un novice comme Will. Peut-être même œuvraient-ils ensemble depuis le début…
« Jack ? »
La voix de Brian le ramena brutalement à la réalité.
« Jack, poursuivit à son tour Jimmy, il faut partir. »
Les yeux noirs clignèrent quelques instants, puis il hocha la tête.
« Très bien.
― La scène de crime a été photographiée en long, en large et en travers, reprit Jimmy. Les techniciens ont récupéré un ordinateur portable relié au système de vidéosurveillance ; apparemment, tout partait en ligne pour une diffusion en direct. Avec un peu de chance, ça partait aussi sur un cloud que je n'ai pas remarqué. On va regarder ça.
― Nous n'avons trouvé aucune trace des corps dont parle monsieur Graham, intervint Popil. Il est probable qu'il les ait, hum, évacués comme il l'a fait avec les précédents qui occupent désormais votre morgue.
― Je vais mettre des agents sur le coup. » promis Jack, encore légèrement secoué.
Le commissaire hocha la tête d'un air grave.
« Rentrons, s'il vous plait. » marmonna à nouveau Jimmy.
Voyant Will et Hannibal debout à l'écart, le Français les interpela :
« Messieurs, venez.
― Si vous voulez bien, nous aimerions que vous nous déposiez chez Hannibal.
― Vous êtes sûrs ?
― Oui, Jack. Nous avons eu les soins nécessaires. A présent, nous aimerions… être seuls. »
Hannibal ne disait rien mais gardait un bras passé autour des épaules de Will. Ce geste était davantage une marque d'affection qu'une tentative pour conserver son équilibre. Cela toucha Jack malgré lui et il acquiesça.
« Veuillez raccompagner le docteur Lecter et Will Graham. »
Les agents désignés s'empressèrent d'obéir et les deux hommes montèrent dans le 4x4. Lorsque la voiture disparut au coin de la rue, Jack sentit ses veines se vider. La peur qu'il ressentait en continu maintenant depuis l'annonce du cancer de Bella avait encore augmenté à la suite de sa tentative de suicide mais, depuis… elle semblait aller continuellement crescendo. Elle était comme des mâchoires qui se refermaient sur lui avec toujours plus de force. Il ignorait quand elles le broieraient mais il ne doutait pas que s'il lui posait la question, la bête répondrait « Bientôt ».
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Lorsqu'enfin, ils furent seuls sur le perron, Hannibal serra Will contre lui et, le visage dans le creux de son cou, inspira profondément. L'empathe lui rendit son étreinte et, les lèvres tout contre sa peau blessée par le shocker, il murmura :
« Je te pardonne, Hannibal. »
Sans répondre, le Lituanien le serra encore plus fort. Il se sentait réellement blessé de n'avoir pu protéger Will et il aurait pu définitivement le perdre à cause de cette faiblesse ; obtenir son pardon était capital pour lui.
Après de longues secondes, il le relâcha et lui baisa le front avant de lui tendre une clef sobre et élégante. Surpris, Will le dévisagea sans comprendre.
« Je n'ai plus très envie d'aller au restaurant, expliqua Hannibal avec un sourire. Que dirais-tu de m'emmener à Wolf Trap ? »
Les yeux de l'empathe examinèrent la clef avec attention, puis s'agrandirent légèrement.
« En Bentley ?
― Tu veux toujours l'essayer ? »
Au sourire malicieux qu'affichait Hannibal, Will eut du mal à s'empêcher de lui sauter au cou comme un gamin à qui on venait d'annoncer que la destination du jour était le parc d'attractions. Il ne se fit pas prier, cependant, pour prendre la clef et se hâta vers la porte d'entrée où il s'arrêta, brusquement indécis.
« Qu'y a-t-il ?
― Abigail, souffla-t-il sans articuler.
― N'aie crainte, elle a suffisamment de vivres et de lecture pour se passer de nous jusqu'à ses quarante ans.
― Tu me fais un drôle d'effet quand tu fais de l'humour. »
Hannibal sourit.
« Ne t'inquiète pas pour elle. Elle s'en sort parfaitement bien. »
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Abigail Hobbs n'avait aucune idée de ce qui se passait au-dessus d'elle ou à l'extérieur. Hannibal lui avait aménagé une pièce de la cave de manière à la fois accueillante et pratique sans pour autant lui permettre l'accès à ce que la jeune fille qualifiait ironiquement de « chambre des horreurs ». Le sellier secondaire lui était dévolu, de même qu'une baignoire assez ancienne mais propre et fonctionnelle. Tout le nécessaire de nettoyage était à sa portée, avec des instructions si le besoin s'en faisait sentir.
Elle disposait également d'une trousse de secours, de toute une flopée de vêtements de rechange et d'un nombre impressionnant de livres. Elle savait pertinemment qu'Hannibal ne les lui avait pas choisis au hasard. Ainsi trônaient en piles Les psychopathes : essai de psychopathologie dynamique du docteur Reid-Meloy, Petit traité des perversions morales du docteur Alberto Eiguer, une petite pointe d'humour avec le fameux Êtes-vous un psychopathe ? de Jon Ronson et quelques assentiments aux demandes de Will Graham à travers Les Cantos d'Hypérion de Dan Simmons ou encore Danse avec les loups de Michael Blake.
Elle les lisait avec attention, s'ennuyant sur ceux qu'elle savait venir du profiler qui avait abattu son père – elle détestait la science-fiction – mais souriant presque en continu en découvrant les sous-entendus glissés çà et là par Hannibal.
Elle trouvait amusant qu'il voit aussi clair dans son jeu, elle qui était davantage ennuyée qu'éplorée, mais, parfois, elle se demandait si c'était une bonne chose. Après tout, Hannibal était l'Imitateur, il avait tué Cassie Boyle et aussi Marissa. Elle le soupçonnait d'être également l'Éventreur de Chesapeake mais, à ce niveau-là, elle se demandait encore qui, de Will ou d'Hannibal, était le mieux placé pour l'être – bien qu'Hannibal lui ait avoué avoir tué « bien plus » de gens que son père.
Le petit livre de Roverandom sur les genoux, elle leva les yeux vers le plafond étincelant. La curiosité aiguillonnait sa volonté vers la transgression des règles mais sa porte était fermée à clef et Hannibal ne lui avait évidemment pas laissé de double. Il voyait sans doute en elle un danger potentiel et cette pensée la fit sourire. Il avait parfaitement raison, se disait-elle.
Elle avait vérifié dans tous les recoins de la pièce, avait examiné chacun des objets auxquels elle avait accès et était certaine qu'il n'y avait ni micro, ni caméra. Elle travaillait donc son rôle avec application, devant sa glace, imaginant divers cas de figure en fonction des réactions éventuelles d'Hannibal et de Will. Cependant, à aucun moment elle n'envisagea de lien intime entre les deux. La seule chose dont elle était certaine, c'était qu'elle devrait se séparer d'eux.
Elle avait toujours l'intention d'entrer à l'université et l'avait choisi avec soin, optant finalement pour une de celles où aucune fille lui ressemblant n'avait été victime de la Pie Grièche du Minnesota. Tout en s'assurant qu'il y avait là largement de quoi faire.
Will Graham lui avait semblé n'y voir que du feu, mais elle savait qu'Hannibal se doutait que la chasse lui manquait. Elle le devinait à la façon qu'il avait de la regarder quand il lui disait qu'elle ne pourrait pas encore remonter et elle se demandait si ça l'amusait de la garder ici. Peut-être un peu, oui, même s'il n'avait jamais exprimé la moindre animosité envers elle. Il ne lui avait pas caché le but de son coup de téléphone à son père, celui qui avait engendré la mort de ses deux parents et lui avait laissé une longue balafre sur la gorge. Il lui avait dit : « J'étais curieux de voir ce qui allait se passer ». Abigail rit tout haut et jeta le conte de Tolkien dans un coin.
« Moi aussi, je suis curieuse. »
Donc, comme je l'ai précisé tout en haut, nous sommes en décembre ! Ce qui signifie que le NaNo est ter-mi-né ! Yeah ! Et vous savez quoi ? J'ai pu écrire les 50 000 mots nécessaires au bouclage de la bête (et même un peu plus) *danse de la joie* Je n'en reviens pas d'avoir réussi à écrire autant en novembre :') *se lance des fleurs*
Bon, croyez-le ou non, cela ne m'a pas permis d'achever Balliamo. Mais (!) j'ai pu prendre une avance considérable :'D et ça, franchement, c'était plus que bienvenu.
Toutefois, on en reste à un chapitre par mois pour le moment :-) parce que ça m'arrange (ne m'égorgez pas, voyons, rappelez-vous qu'ils ne viendront pas sans moi ; puis j'ai encore pas mal de boulot pour corriger les prochains chapitres) et parce que ça me permettra de rester régulier.
J'espère donc que celui-ci vous a plu !
N'hésitez pas à me faire part de vos impressions dans une review :')
Et merci à toutes celles et tous ceux qui lisent, commentent, suivent et mettent en Fav' cette histoire. Je vous nem.
Au plaisir,
Maeglin
