Chapter #10 « come back to me »

Son poing s'écrasa doucement contre le bois de la porte et il se tût, un instant ; tentant maladroitement de faire taire les battements angoissés de son cœur. Le crépuscule flottait dans l'air, quelques teintes orangées grignotait le ciel et le brun aimait ce spectacle ; c'était un artiste dans l'âme. Ses iris brunes se heurtèrent à la peinture écaillée de la porte et il répéta son geste, ses coups résonnant dans la demeure ; l'emblème du clan Uchiha était peint dans une teinte pourpre, qui lui rappelait étrangement du sang. Le bois céda sa place à une tignasse rose et il esquissa un sourire, un peu gêné ; sûrement parce que la dernière fois qu'il s'était vu, elle était sur le point de mettre sa main dans son caleçon.

« salut » souffla-t-il

Sa main trouva sa place à l'arrière de son crâne ; une habitude qu'il tenait de Naruto. Un silence gênant se glissa entre les deux adultes et la porte se referma soudainement, au nez du brun ; les sourcils froncés, il resta debout, un instant, face au bois. Puis, dans un élan plein de courage, il cogna son poing contre la porte.

« si tu n'ouvres pas, je défonce la porte » lâcha-t-il

L'effet fut immédiat ; le visage tendu de la rose s'afficha et elle se décala légèrement sur le côté, pour qu'il puisse entrer. En réalité, il n'avait jamais mit les pieds dans la demeure Uchiha ; sûrement parce qu'il n'était pas un ami de Sasuke et qu'avant son divorce, il n'échangeait que peu de mots avec Sakura. Les mains dans les poches, il lui jeta un regard en biais et se glissa dans le salon.

« c'est vraiment joli » lança le brun, au bout de quelques secondes « j'aime bien »
« merci » souffla-t-elle, les yeux baissés
« ta fille est là ? »
« elle dort dans sa chambre à l'étage »

La voix légèrement tremblante, elle répondait à ses questions ; fuyant son regard et il se surprit à regretter ces billes émeraude qu'il aimait bien. Il passa une main maladroitement sur son crâne et un soupir s'échappa de ses lèvres ; la situation était gênante.

« j'ai du thé, si tu veut » lâcha-t-elle

Et sans lui laisser le temps de répondre, elle s'élança dans la cuisine, cherchant un verre. Le brun suivit ces gestes, les sourcils froncés et attrapa son bras, d'une poigne forte. Il se heurta à une lueur qu'il ne connaissait pas dans ses yeux et il lui murmura quelques excuses, relâchant son bras.

« tu m'en veux ? » souffla-t-il « pour ce qu'il s'est passé ? »

Un frisson la prit aux souvenirs des baisers enflammés qu'ils avaient échangés et elle secoua la tête, de droite à gauche, doucement ; son regard se perdant sur la vaisselle propre.

« tu sais, j'ai discuté avec mon fils »

Il aurait espéré que ces mots la fassent réagir mais elle ne dit rien.

« c'est un bon garçon, il est intelligent, tu sais ce qu'il m'a dit ? » lâcha-t-il, un léger rire s'échappa de ses lèvres « que ça ne le dérangeait pas si quelque chose se passait entre toi et moi »

Dans un geste délicat, il déposa sa main sur celle de la demoiselle ; cherchant un contact entre leurs regards. Au bout de plusieurs heures, il était parvenu au résultat qu'il appréciait la jeune Haruno un peu plus qu'amicalement ; après tout, il n'était pas le genre d'homme à être proche d'une femme de cette façon sans rien derrière. Et l'idée de quelque chose d'un peu plus concret avec la rose ne le dérangeait pas tant que ça. Ce contact entre leurs peaux lui arracha un léger sursaut et elle posa son regard émeraude dans le sien.

« qu'est-ce que tu penses, toi ? »

Elle aimait les iris brunes de l'homme ; un regard parfois las, épuisé mais tendre. Une partie d'elle aurait aimée se fondre dans ses bras, lui dire qu'elle l'appréciait mais cette simple idée l'effrayait ; elle repoussa sa main dans un geste brutal et baissa les yeux.

« je ne peux pas faire ça, Shikamaru » souffla-t-elle, dans un murmure

Si elle avait osée échanger un regard avec le brun, elle aurait pu lire la surprise sur son visage ; parce qu'au fond de lui, il avait vraiment crû que quelque chose se passait entre eux. Un petit truc, discret mais bien là ; un soupir s'échappa de ses lèvres et il fit un pas en arrière.

« je comprends » lâcha le brun « on reste amis ? »

Les poings serrés, elle secoua la tête de droite à gauche.

« je ne pense pas que ce soit une bonne idée »

C'était étrange, la façon dont les battements de son cœur se faisaient soudainement un peu plus douloureux qu'à l'habituel ; il acquiesça faiblement et tourna les talons. Il n'avait plus rien à faire dans cette demeure ; c'était fini.

D'une démarche assurée, il s'engouffra dans un bar à l'allure tout sauf saine et salua d'un geste las le serveur, derrière le comptoir ; il était tombé par hasard sur ce bar, un jour, après une mission. Sa main se heurta au bois du comptoir et un verre de saké se posa sous ses yeux ; sans un mot, il le porta à ses lèvres et avala le liquide cul - sec. Pendant un instant, la nuit dernière, il s'était senti bien ; il n'était plus question de son divorce, du fait qu'il souffrait silencieusement de l'absence de son ex-épouse, du fait qu'il était pathétique ; il n'avait été question que des lèvres de la rose sur les siennes, de son souffle se mêlant au sien, de son parfum cerise. Un grognement s'échappa de ses lèvres et il posa son front sur le bois froid ; le serveur prit cela comme une demande et lui servit un deuxième verre. La présence de son fils le rassurait ; bien qu'il n'aimait pas particulièrement la tournure que prenait les événements. Comment son ex-épouse avait-elle pu laisser cet homme lever la main sur leur fils ?
En tournant la tête, il tomba nez à nez avec une paire de lunettes qu'il ne connaissait que trop bien ; une légère grimace se glissa sur ses lèvres qu'il camoufla tant bien que mal et il adressa un petit sourire à la demoiselle. Elle était là, dans une légère robe rose, ses lunettes sur le bout du nez.

« salut Shiho » salua-t-il, dans un murmure
« monsieur N-nara, com-.. »
« arrête avec les formules de politesse, je ne suis pas au boulot »

Elle acquiesça vivement, ses joues se teintant de rose et commandant un verre de saké. Le brun avala cul-sec le sien et fit signe au serveur de lui servir un autre verre.

« j'ai appris p-pour votre épouse » souffla-t-elle
« ex-épouse, nous avons divorcés »
« c-comment vous sentez-vous ? »
« très bien, je remonte en selle » s'exclama-t-il

Les joues de la blonde se teintèrent un peu plus de rose et il se retint de lever les yeux au ciel ; le brun avait eu à travailler avec elle, plus d'une fois et chaque fois, ça revenait à la même chose, elle rougissait dès qu'il disait quelque chose, ne cessait d'utiliser les formules de politesse avec lui et tentait d'en apprendre plus sur sa relation avec sa femme. Il n'était pas dupe, il savait très bien qu'il plaisait à la jeune femme depuis quelques années, déjà.
Un énième soupir s'échappa des lèvres et il balança quelques billets sur le comptoir, s'extirpant de l'endroit et ignora les appels de la jeune Shiho, il se lança dans les rues du village caché de la Feuille ; les lumières étaient éteints mais il n'eût aucun mal à rejoindre la forêt dense qui entourait le domaine des Nara. Ses pas foulèrent l'herbe fraîche et lorsque la pluie commença lentement à s'abattre sur lui, un sourire naquit au coin de ses lèvres. Il s'avança silencieusement et caressa délicatement le crâne d'un cerf qui s'approchait de lui ; ces animaux lui rappelaient son défunt père.

Plusieurs éclairs déchirèrent le ciel et il ne savait pas vraiment combien il était resté dehors, sous cette pluie mais ses vêtements ébène lui collaient à la peau dans une sensation désagréable ; un soupir s'échappa de ses lèvres et il leva la main vers le ciel noirci. Son père lui manquait, tellement.

« Shikamaru »

Ses iris brunes se heurtèrent aux prunelles émeraude d'une tignasse rose et il fronça les sourcils ; le cerf prit la fuite entre les arbres et il fourra les mains dans ses poches, le regard sombre.

« qu'est-ce que tu fais là, Sakura ? »
« je te cherchais » lâcha-t-elle

Son regard effleura un instant le corps de la femme ; sa tenue aux couleurs pourpre collait à ses formes et il se doutait qu'elle le cherchait depuis un moment, étant donné l'état de ses vêtements. Un soupir s'échappa de ses lèvres et il haussa les épaules.

« bah, je suis là »

Une dizaine de pas et elle se retrouverait face à lui ; dans un élan lent, elle s'avança. Chaque pas qu'elle faisait tuait doucement sa confiance en soi et plus d'une fois, elle se retint de faire marche arrière, de juste prendre la fuite mais le visage du brun l'en empêchait. Elle cessa tout mouvement lorsqu'elle se retrouva à quelques centimètres de lui. Il était bien plus grand qu'elle ; d'une dizaine de centimètres, Shikamaru avait toujours été l'un des plus grands de leur génération. Les mains dans le dos, elle posa son regard émeraude sur la forêt derrière lui, là où l'animal avait disparu.

« je ne voulais pas le faire fuir, pardon »
« ce n'est pas grave, il n'est pas très loin en fait, il se cache mais il observe »

Elle releva un regard curieux vers lui.

« comment tu sais ça ? » demanda-t-elle
« nous sommes reliés aux cerfs, c'est un don »
« tu le sens, tu veux dire ? »
« non, nous sommes capable de voir à travers leurs yeux »

Un sourcil arqué, elle écoutait ses mots silencieusement.

« mon clan est relié depuis des décennies aux cerfs, nous les comprenons et nous voyons à travers leurs regards, nous sentons leurs émotions, nous souffrons lorsqu'ils souffrent »
« c'est incroyable » souffla-t-elle
« la légende dit que le premier Nara se serait perdu dans une forêt pendant une guerre, gravement blessé, un cerf lui serait venu en aide ; et plus tard, ce même Nara aurait donné sa vie pour que ce cerf ne soit pas blessé »

Un léger sourire se glissa au coin des lèvres du brun et il haussa les épaules ; ça faisait toujours cet effet la première fois que quelqu'un entendait cette histoire. La première fois qu'Ino avait entendue cette partie de l'histoire de leur clan, elle était restée silencieuse des heures, émerveillée par ce don.

Elle passa une main dans ses mèches roses et esquissa un sourire, gêné ; les joues roses.

« Shikamaru » appela-t-elle
« Sakura ? » répondit-il

Leurs regards se heurtèrent, au détour de cette forêt.

« pardon » souffla-t-elle

Et sans un mot de plus, elle s'avança ; se hissant sur la pointe des pieds, elle captura ses lèvres dans un baiser tendre, caressant du bout des doigts la nuque du brun.