Chapter #21 « no matter where you are »
Dans un bond agile, il esquiva les deux kunaïs qui fonçaient sur lui et essuya d'un revers de manche maladroit les quelques gouttes de sueurs qui perlaient au coin de son front ; il lia ses mains, l'une à l'autre.
« kageyose, invocation des ombres » s'exclama-t-il
Quelques ombres s'échappèrent de la sienne et s'empressèrent de bloquer son adversaire, qui lâcha un petit juron indiscret ; ses ombres virevoltaient sur le sol, au gré du vent, ça donnait un air artistique à la scène et il sut tout de suite que cette image plairait à son oncle. Il sauta sur ses deux pieds et s'avança, les mains dans les poches ; elle était là, prise dans ses ombres et cette flamme colérique dans ses prunelles.
« c'est bon, tu as gagné » souffla-t-elle, à contre cœur
Il acquiesça, simplement ; les ombres retournèrent lentement à ses pieds et se mêlèrent à la sienne. La jeune fille épousseta ses vêtements et croisa les bras sur sa poitrine ; elle se souvenait parfaitement de leurs premiers combats, il perdait constamment, bien trop flemmard pour lui tenir tête, à elle ou à qui que ce soit, d'ailleurs. Les jours s'échappaient et ils grandissaient, autant l'un que l'autre ; elle attrapa maladroitement la bouteille, qu'il lança dans ses mains et la porta à ses lèvres, essuyant une énième fois les gouttes de sueurs qui perlaient sur son front ; une chaleur désertique s'acharnait sur le village caché du Sable et elle n'aimait pas ça. Le brun l'imita, silencieusement.
Ses prunelles d'un bel ébène s'attardèrent un instant sur le garçon, à quelques mètres d'elle ; il était là et elle le haïssait pour ce qu'il faisait naître en elle, pour ces sensations étranges dans ses tripes. Un soupir s'échappa de ses lèvres et elle détourna le regard, comme si ça l'avait presque brûlé ; il serait sa perte, et cette pensée l'effrayait.
« alors, tu t'en vas » lâcha-t-il, au bout de quelques secondes
Le son de sa voix lui arracha un léger sursaut et elle acquiesça, faiblement ; dans quelques heures, elle serait en chemin pour le village caché de la Feuille, là où toute son existence l'attendait, patiemment. Un soupir s'échappa des lèvres du brun et il s'assit sur le sol, jouant nerveusement avec un brin d'herbe. Le village ne comptait que peu d'endroit où l'herbe s'installait, et celui-ci était son préféré, parmi tous ; il fuyait son regard, elle le savait.
« et Sakura, ça va comment ? » demanda-t-il, maladroitement
« pas très bien, mais elle est persuadé d'avoir fait le bon choix » avoua-t-elle
Elle s'approcha de lui, en deux enjambés et tomba sur le sol, elle s'appuya doucement sur la paume de ses mains et son regard brun se perdit dans les nuages, dans le ciel bleu. Sa mère allait mal, très mal ; elle souffrait du choix qu'elle avait fait mais se refusait à retourner en arrière. Un soupir s'échappa de ses lèvres.
« je suis désolé » souffla-t-il « je ne peux pas dire que ça ne me rend pas heureux, de voir mes parents tous les deux mais je suis désolé pour ta mère, je l'aime beaucoup, tu sais ; elle a rendu mon père si heureux, pendant quelques mois et je la trouve vraiment cool, ça ne m'aurait pas dérangé si ils étaient allés plus loin, dans leur relation »
« je suis vraiment contente qu'ils se soient fréquentés, tu sais ; je n'avais jamais vu ma mère si heureuse, que lorsque ton père était dans les parages, je me rends compte que mon père ne l'a sûrement jamais aimé mais qu'elle a sacrifié son bonheur par amour, pour lui et pour moi »
« ta mère est une femme formidable, elle mérite d'être heureuse ; et si ce n'est pas avec mon père, je suis sûr qu'elle trouvera quelqu'un de bien, qui lui fera comprendre à quel point elle est exceptionnelle »
Les mots du brun lui mirent un peu de baume au cœur ; elle n'en pensait pas moins. Ces derniers mois, elle s'était rendu compte d'à quel point sa mère avait sacrifié son bonheur, dans le simple but que sa fille soit heureuse, dans le simple but de satisfaire un homme dont elle était amoureuse mais qui ne l'aimait pas, en retour. Elle tira maladroitement ses genoux contre sa poitrine et un soupir s'échappa de ses lèvres ; elle sentait le regard du brun sur elle, mais elle ne dit rien. Soudainement, il se hissa sur ses deux pieds et tapa dans ses mains, bruyamment.
« tu devrais retourné aux appartements de mon oncle, tu pars bientôt » rappela-t-il « et les minutes passent vite »
Dans un élan délicat, elle attrapa la main qu'il lui tendait gentiment et se jeta sur ses deux pieds ; quelques nuances de rose se glissèrent sur ses joues, lorsqu'elle se rendit compte de la soudaine proximité entre eux. Les prunelles émeraudes du brun se posèrent dans les siennes et elle se perdit, dans ses teints verts qui l'appelaient ; inconsciemment, les centimètres qui séparaient leurs visages se transformèrent en millimètres et elle tenta de faire taire les battements maladroits de son cœur dans sa cage thoracique. Les lèvres du garçon effleurèrent les siennes et elle s'apprêtait à se laisser aller, là, contre lui lorsqu'il s'éloigna, précipitamment, les sourcils froncés.
« je.. » commença-t-il « je ne peux pas, je.. je suis désolé, merde »
Un frisson la prit et elle repoussa tant bien que mal les larmes qui perlaient au coin de ses paupières.
« pourquoi ? » souffla-t-elle « tu.. tu ne m'as pas repoussé à l'hôpital et là, tu t'apprêtais à le faire, alors pourquoi ? »
« Sarada.. » lâcha l'adolescent, dans un murmure « je-.. »
« non » le coupa-t-elle « je suis amoureuse de toi, Shikadai ; je sais, c'est étrange parce que quelques mois en arrière, c'est à peine si je t'adressais réellement la parole mais je suis tombé amoureuse de toi, nos parents se sont rapprochés et j'ai découvert quelqu'un d'incroyable en toi »
« attends.. je.. » bégaya-t-il, quelques nuances de rose sur les joues
« tu en aimes une autre, n'est-ce-pas ? »
Un éclat de surprise passa dans les prunelles émeraude du garçon et il écarquilla les yeux, entrouvrant les lèvres mais aucun son n'en sortit ; elle était là, au bord des larmes et bien qu'une partie de lui, lui hurlait de la prendre dans ses bras, de lui dire que tout irait bien, qu'ils iraient bien, il ne bougea pas. Il acquiesça, faiblement.
« pardon.. » lâcha-t-il, dans un murmure « je suis amoureux de Miraï »
Le prénom de la jeune Sarutobi flotta un instant mais Sarada ne sembla pas surprise, elle acquiesça et renifla bruyamment, chassant d'un revers de manche maladroit les quelques larmes qui roulaient sur ses joues. Il tenta un pas en avant mais elle secoua la tête de droite à gauche, lui intimant silencieusement de ne pas faire ça, ne pas s'approcher ; sûrement parce que ce serait bien trop douloureux. Quelques minutes s'échappèrent, où aucun ne tenta une approche, puis, dans un élan maladroit, elle s'approcha de lui ; le bout des doigts de la jeune fille caressèrent sa joue et il ferma les yeux, à ce contact. Il y a ce côté apaisant, chez elle ; elle avait cette emprise sur lui, et peut-être était-ce la seule, d'ailleurs.
« tu es un idiot » souffla-t-elle « souvent, les blagues que tu fais, sont nuls mais tu es quelqu'un d'incroyable, tu es intelligent, fort, plein de courage et je le vois dans tes yeux, tu serais prêt à donner ta vie pour tes camarades ; je t'admire pour ça, tu as l'étoffe d'un Hokage et sûrement que si tu le voulais, tu pourrais me voler le poste » un rire nerveux s'échappa des lèvres de la brune « tu es exceptionnel et j'espère vraiment pour toi que mademoiselle Sarutobi s'en rendra compte, j'espère qu'elle t'aime autant que toi, tu l'aimes
« Sarada.. » lâcha-t-il, dans un murmure désolé
« ça va, certaines personnes sont juste faites pour être ensemble, peut-être est-ce votre cas »
Une telle souffrance émanait d'elle, qu'il se haïssait pour lui faire mal ; il aurait aimé être amoureux d'elle, il fallait le dire, Sarada était une fille incroyable, bourré de talents et intelligente. Mais elle n'était pas Miraï ; un soupir s'échappa de ses lèvres et il ne fit rien, lorsqu'elle claqua un baiser humide sur son front.
« merci pour tout, Shikadai »
Dans un élan d'une lenteur douloureuse, elle fit volte-face et ramassa ses quelques affaires, sur le sol ; sans un regard, elle disparût au détour d'une ruelle, alors qu'il tentait de faire taire les battements agonisant de son cœur dans sa cage thoracique.
Le bruit incessant des rires d'enfants lui arracha un grognement ; les mains dans les poches, un tissu teinté de noir sur le corps, il s'avançait tant bien que mal dans les rues chaudes. Un tube de nicotine coincé entre les lèvres, il s'engouffra maladroitement dans une foule de villageois souriants et réprima le pincement au cœur dans sa cage thoracique ; dans quelques minutes, elle serait là, face à lui et bordel, ça lui faisait mal. Il s'extirpa de cet amas de personnes et s'arrêta devant la vitrine, d'un vieux restaurant de râmen ; après avoir découvert ce plat, au village caché de la Feuille, Gaara avait fait ouvrir un établissement, ici. Le mégot de sa cigarette se heurta au sol et il l'écrasa, avec sa chaussure ; le crissement plaintif qu'émit la porte de l'établissement, lorsqu'il se glissa à l'intérieur, lui arracha un grimace et il salua poliment le propriétaire. Ses prunelles d'un bel ébène cherchèrent un instant une silhouette familière et son cœur rata un battement lorsqu'il effleura du regard, une tignasse rose, assise à une table, en retrait ; le menton dans la paume de sa main, elle semblait perdu dans le paysage, par la fenêtre. Un soupir s'échappa de ses lèvres et dans un élan plein de courage, il s'avança ; il se heurta silencieusement à la banquette, en face d'elle et prit une inspiration.
Il n'eût aucun mal à reconnaître cette fêlure au fond de ses prunelles d'un bel émeraude ; et il se haïssait pour être là, alors qu'elle souffrait par sa faute. Elle lui adressa un petit sourire, voulu rassurant sûrement et fit signe au serveur de prendre leurs commandes ; là où elle ne prit qu'une eau gazeuse, il commanda un verre de whisky. L'alcool n'était pas sa besoin favorite mais il était vrai, que lorsque ça n'allait pas, ça rendait les choses meilleures, d'une certaine manière.
« je m'en vais, Shikamaru » lâcha-t-elle, dans un murmure
Le son de sa voix lui arracha un frisson et son cœur rata un énième battement ; pourquoi ça le surprenait, au fond ? Forcément qu'elle s'en irait, il lui avait brisé le cœur, pourquoi resterait-elle dans le village caché du Sable, alors qu'à l'origine, elle était venu pour lui ? Il acquiesça.
« tu rentres à Konoha ? » demanda-t-il, bien qu'il connaissait la réponse
« oui, c'est mieux ainsi, je pense » souffla-t-elle
« Sakura, je-.. » commença-t-il, douloureusement
« non, ne fais pas ça, Shikamaru »
Elle prit une inspiration, repoussant tant bien que mal les larmes qui perlaient au coin de ses yeux.
« je te l'ai dis ; ne t'excuses pas parce que tu l'aimes, ce n'est pas un choix, c'est quelque chose qui te tombe dessus, comme ça, soudainement » poursuivit-elle « tu l'aimes, au fond, je pense que je le savais depuis le début »
« attends, Sakura ; je-.. » tenta-t-il, les sourcils froncés
« je sais, tu m'as aimé ; je n'en doutes pas et je ne dis pas que tu es un salaud, ou quoi que ce soit d'autre »
« je t'ai vraiment aimé, je mentirais si je disais que je ne ressens rien pour toi ; je m'en veux tellement, pour ça, pour le mal que je te fais, j'aurais aimé que les choses soient différentes, je te le jure »
Bien-sûr qu'ils auraient aimés que les choses soient différentes ; il était terriblement amoureux de Temari mais une partie de lui aimait profondément la rose, et ça le tuait de lui faire mal. S'en était presque ironique ; il avait haït pendant si longtemps l'Uchiha pour le mal qu'il faisait à la rose mais là, tout de suite, sûrement qu'il n'était pas mieux que lui. La main de Sakura se glissa sur la sienne et elle exerça une légère pression, le tirant de ses hasardeuses pensées.
« tu m'as donné bien plus que ce que tu aurais dû, Shikamaru » souffla-t-elle « tu as été adorable avec ma fille, tu m'as montré ce qu'était vraiment l'amour, tu m'as ouvert les yeux sur ma relation malsaine avec Sasuke ; tu as fais énormément de choses pour moi, tu es quelqu'un de bien »
« alors pourquoi est-ce que ça fait si mal ? pourquoi est-ce que ça te fait si mal ? » lâcha-t-il, douloureusement, dans un murmure
« parce que tu m'aimes et que je.. » elle prit une inspiration « je t'aime, mais je ne suis pas ton âme-sœur, c'est elle ; ça a toujours été elle et ça le sera toujours »
Le front du brun s'écrasa douloureusement contre le bois de la table et il étouffa un soupir entre ses lèvres ; il aimait Temari passionnément mais ça, cette souffrance dans ses tripes, ça lui faisait terriblement mal. Elle était là et elle souffrait, par sa faute.
« Shikamaru » appela-t-elle
Une douce odeur de cerise flottait dans l'air et elle glissa ses doigts fins dans les mèches brunes du garçon, caressant délicatement sa tignasse ; il appréciait lorsqu'elle faisait ça, chaque fois qu'il était épuisé ou qu'il était en proie à un tas d'interrogations. Elle le força à reprendre une posture droite et esquissa un sourire, au coin de ses lèvres.
« cesse de t'en vouloir, ça ne changera pas les choses ; ça ne te fera que du mal » souffla-t-elle
« pourquoi est-ce que tu continues d'être gentille avec moi ? je te fais du mal, tu le sais aussi bien que moi ; dans l'histoire, c'est moi le fautif » déclara-t-il, tristement
« le fautif ? de quoi ? tu es amoureux d'elle, ça ne se contrôle pas ; sinon, tu ne serais pas à cette table, à te confondre en un tas d'excuses idiotes »
Un soupir s'échappa des lèvres du brun.
« je te savais intelligente mais à ce point » lâcha-t-il
« disons que j'ai eu un bon professeur, pendant quelques mois »
Ses prunelles d'un bel ébène s'attardèrent sur ce bout de femme et il acquiesça, alors qu'elle portait son eau gazeuse à ses lèvres ; un silence apaisant prit le dessus, sur la conversation, ils profitaient silencieusement l'un de l'autre, une dernière fois. Finalement, ils s'extirpèrent de l'établissement et une tignasse brune se hissa maladroitement jusqu'à eux ; un sourire triste au coin des lèvres, elle fondit dans les bras de l'homme, profitant une dernière fois de la présence rassurant du brun. Les bras du Nara se refermèrent sur la silhouette de l'adolescente et il déposa un chaste baiser, sur son front ; l'attrapant doucement par les épaules, il s'accroupit à sa hauteur.
« tu es vraiment quelqu'un de génial, tu sais » souffla-t-il « je suis vraiment content d'avoir pu être dans ta vie, même si ça n'a pas été long ; tu m'as appris un tas de choses, et ça, il faut le faire »
Un petit rire s'échappa des lèvres de l'adolescente et il esquissa un sourire.
« je serais toujours là, pour toi et pour ta maman ; quoi qu'il arrive, Sarada » lâcha-t-il, finalement
Elle acquiesça simplement et il se hissa sur ses deux pieds, étouffant un soupir triste entre ses lèvres ; il s'était attaché à cette adolescente, qu'il avait considéré comme la sienne pendant quelques temps. Dans un élan maladroit, il tira la rose contre son torse, lui offrant une dernière étreinte ; elle s'accrocha tant bien que mal à lui et enfouit son visage dans le tissu du haut qu'il portait. Une odeur de tabac froid émanait de lui, quelque chose qui l'apaisait mais à cet instant, ça lui faisait mal ; elle se tira doucement de ses bras et esquissa un sourire maladroit.
« prends soin de toi, d'accord ? » demanda-t-elle
« promis, et vous, prenez soin de vous, okay ? »
« promis, Shikamaru ; tu embrasseras Shikadai de ma part »
« je n'y manquerais pas, je te le jure »
L'adolescent, peiné par la rupture de son père et de la rose, n'avait pas eu le courage de lui dire au revoir ; de voir cette fêlure au fond de ses prunelles émeraudes. Il se gratta l'arrière du crâne, nerveusement et dans un élan douloureux, elle attrapa le sac sur l'épaule de sa fille et fit volte-face. Plus rien ne serait pareil, plus jamais ; ils se perdaient l'un l'autre, pour toujours. A bout de souffle, il fit un pas en avant, le cœur lourd ; ça lui faisait mal dans sa cage thoracique.
« attends, Sakura » s'exclama-t-il, au bord de l'apoplexie
Surprise, elle se retourna, les sourcils froncés, alors qu'il cherchait ses mots ; ils s'étaient tout dit, non ?
« je.. » commença-t-il « tu connais la théorie des univers parallèles ? »
Ne comprenant pas réellement où il voulait en venir, elle acquiesça. Ils étaient là, au beau milieu d'une foule de gens, dans une rue étouffante et il ne savait pas réellement quand serait la prochaine fois qu'ils se verraient. Il prit une inspiration.
« je suis sûr que, dans un univers parallèle, je t'ai choisi » lâcha-t-il, dans un élan maladroit « j'en suis persuadé, Sakura »
Les yeux écarquillés, elle resta un instant debout, ses prunelles d'un bel émeraude plongés dans les iris brunes du garçon ; un sourire sincère se glissa sur ses lèvres et elle acquiesça, lâchant un faible « merci » au gré du vent et fit volte-face. Sa silhouette disparut au détour d'une rue et il resta là, un instant, son regard s'attardant à l'endroit où elle n'était plus. Oui, il était persuadé que dans un univers parallèle, il l'avait choisit, elle.
