Chapitre 2 : Le dîner
Draco quitta son bureau vers 18h. Il faisait déjà nuit dehors, et la neige recouvrait le pavé des rues. L'hiver était déjà là, mais ça lui allait très bien. Le vent glacial lui gifla le visage et continua sa course dans les ruelles de Londres. Il repensa à sa courte journée.
Le bureau des aurors était très calme depuis un certain temps. Les crimes se faisaient rares, et les criminels aussi. Draco jonglait entre les missions de protection de la ministre lors de ses déplacements, les recherches sur les nouvelles formes de magie expérimentale, et des déplacements à l'étranger. Son travail lui plaisait énormément et il ne s'ennuyait jamais. Il avait un emploi du temps correct, qui lui permettait de passer du temps avec Hermione le soir et les week-ends.
Et ce soir en particulier, il allait de nouveau rendre visite à ses parents, avec sa compagne née-moldue. Ses parents avaient eu beaucoup de mal à accepter Hermione au début de leur relation. Mais petit à petit, celle-ci s'était révélée être très attentionnée, et une magicienne hors pair ! Mr et Mrs Malefoy n'avaient eu d'autre choix que de constater à quel point leur fils était heureux avec elle, et avaient fini par la tolérer chez eux. La mère de Draco avait même consentit à lui faire visiter le salon d'honneur, chose qui était d'ordinaire réservée aux invités de marque. C'est ainsi que Draco s'était rendu compte que sa mère estimait désormais Hermione comme sa belle-fille. Il en avait été encore plus heureux, et rien aujourd'hui ne pouvais ruiner son bonheur. A part peut-être un évènement qui se produirait le soir même, mais cela, pour l'instant, il l'ignorait.
Il entra dans l'appartement et appela Hermione. N'obtenant aucune réponse, il s'étonna qu'elle ne soit toujours pas rentrée de chez ses parents. Il traversa le couloir et entra dans la cuisine. Sur la table, il trouva une lettre à son nom, et reconnu l'écriture de sa chère et tendre.
« Draco,
J'ai vu mes parents ce matin, et ils avaient en effet quelque chose de très important à me dire. Je ne vais pas rentrer à la maison avant d'aller chez tes parents. J'ai quelques courses à faire. Je te rejoindrais directement chez eux.
Je t'embrasse tendrement,
Hermione. »
Draco reposa la lettre sur la table en se demandant ce que les parents d'Hermione avaient bien pu lui dire. Il espéra qu'Hermione lui expliquerait le soir, et que ce n'était pas grave. Il retraversa le couloir, entra dans la salle de bain et se déshabilla pour prendre une douche.
Il sortit de la douche, s'habilla d'un costume gris et d'une chemise blanche, se coiffa, pris sa baguette et quitta l'appartement.
Il était 19h30 quand il arriva chez ses parents. Il entra dans le hall du manoir et entendit des éclats de rire dans le salon. Un elfe passa devant lui, s'inclina pour le saluer, pris sa veste et fila discrètement.
En entrant dans le salon, il vit sa mère et sa femme en pleine partie de rigolade. Elles étaient assises sur le canapé et riaient autant qu'elles le pouvaient. Draco sourit devant cette scène qu'il n'aurait jamais pu imaginer 5 ans auparavant.
- Eh bien, commença-t-il d'une voix forte pour couvrir le bruit des rires, je vois que je tombe mal, je vais repartir dans ce cas !
Hermione tourna la tête vers lui, s'essuya une larme qui coulait sur la joue et se leva pour l'embrasser.
- Mais non, reste ! chuchota-t-elle. On s'amuse bien ici, ça te fera le plus grand bien !
- Draco mon fils, intervint sa mère. Quel plaisir de te voir !
Elle se recoiffa en passant une main dans ses cheveux, et l'embrassa sur la joue.
- Nous t'attendions, reprit-elle. Viens, le dîner est prêt.
Elle l'entraîna dans la salle à manger où une table était déjà dressée, avec des chandeliers allumés, des assiettes en porcelaine, et des couverts en argent. Tous trois s'installèrent autour de la table, et Draco observa la place vide en face de lui :
- Où est Père ? demanda-t-il à sa mère.
- Il arrive, il a eu un problème avec sa robe.
En effet, quelques minutes plus tard, Lucius Malefoy fit son apparition dans la salle à manger. Il salua son fils, puis Hermione, et embrassa sa femme sur le frond. Personne ne fut étonné par le peu de chaleur qui émanait de Mr Malefoy. Il était comme ça, il ne fallait pas s'attendre à quelque marque d'affection venant de lui.
Il s'installa à sa chaise et engagea la conversation :
- Alors mon fils ? comment se passe ton travail ?
- Très bien ! J'ai commencé à travailler sur un nouveau dossier, répondit Draco dans un sourire. J'ai été affecté au programme de recherche sur une nouvelle potion qui commence à émerger sur le marché.
Hermione tourna vivement la tête vers lui.
- Tu vas travailler avec moi alors ? demanda-t-elle.
- Eh oui ! Répondit Draco. Normalement je commence la semaine prochaine.
- Quelle est cette potion ? demanda Narcissa.
- Je n'en sais rien pour l'instant. Mais dès qu'une nouvelle potion fait son apparition sur le marché (noir ou pas), on doit lancer un programme de recherche pour savoir comment la classer : dangereuse, interdite, disponible à la vente, sous restriction, etc.
- Pourquoi ce n'est pas le travail de ta femme ? demanda Mr Malefoy.
- On travaille en collaboration, répondit Draco en lançant un regard noir à son père. Elle travaille sur la potion, et moi sur les décisions à prendre face à ses découvertes.
- C'est très bien que vous travailliez ensemble ! renchérit Narcissa avec un grand sourire.
Deux elfes de maison apportèrent des assiettes avec les entrées. Cela avait l'air délicieux, comme toujours, pensa Draco. Ils commencèrent à manger en discutant de potions et du travail de Draco. Ce dernier remarqua bientôt qu'Hermione ne mangeait pas beaucoup, et plus étrange encore, ne parlait presque pas. Il lui jeta des regards insistants, mais celle-ci fit semblant de ne pas remarquer.
Bientôt, Draco remarqua que sa mère avait également noté l'étrange absence d'Hermione. Il prit la main d'Hermione dans la sienne et lui caressa doucement la paume :
- Tout va bien ?
Elle le regarda avec douceur, puis jeta un regard à Mr et Mrs Malefoy.
- Il faut que je vous dise quelque chose, commença-t-elle.
Elle reposa sa fourchette, prit une grande inspiration et regarda son verre vide. Elle ne dit rien pendant quelques secondes, puis devant les regards perçants de son homme et de ses beaux-parents, elle se jeta à l'eau.
- J'ai reçu une lettre de mes parents ce matin, commença-t-elle. Ils avaient quelque chose à me dire. Quelque chose d'important. Je suis donc allée les voir, et dès mon arrivée j'ai trouvé que quelque chose n'allait pas. Ils avaient le regard fuyant, et ils étaient distants. J'ai fini par leur faire dire ce qui leur pesait, et ils m'ont avoué qu'ils n'étaient pas mes vrais parents.
- Quoi ? s'exclama Draco. Comment ça ?
- J'ai été adoptée, répondit Hermione en fixant les yeux de l'homme de sa vie. Ma mère ne peut pas avoir d'enfants. Alors ils sont allés dans un orphelinat de Londres et ils m'ont choisie. Ils ont gardé le nom que mes vrais parents m'avaient donné, et m'ont élevé comme leur propre fille.
- Mais pourquoi te dire ça aujourd'hui ? demanda Draco.
- Ma mère voulait me le dire depuis des années, mais elle n'a jamais eu le courage. Elle a appris hier qu'elle a une maladie incurable, et qu'elle va bientôt mourir. Elle ne pouvait pas partir sans me dire la vérité.
Des larmes montèrent aux yeux d'Hermione, et Draco la prit dans ses bras.
- Je suis sincèrement désolée pour ta mère ma puce.
Draco tourna les yeux vers ses parents et leur fit un signe insistant pour qu'ils expriment leur soutien à Hermione. Mais Mr et Mrs Malefoy se regardaient étrangement. Narcissa avait perdu le peu de couleur qu'elle avait sur les joues, et Mr Malefoy avait l'air d'avoir avalé de travers. Hermione remarqua également leurs visages et leur dit :
- Ne vous inquiétez pas… il lui reste encore du temps.
- N'y a-t-il pas un moyen magique ? demanda Draco.
- Je lui ai proposé d'aller à Sainte Mangouste, mais elle refuse. Elle dit que c'est la vie, et que si les moldus n'ont rien pour la soigner, et bien tant pis. Mais ce n'est pas la question ! dit-elle en se redressant. Mes parents m'ont donné l'adresse de l'orphelinat dans lequel ils m'ont adoptée, et j'ai pu récupérer toutes les informations sur mon adoption. Enfin du moins, celles qu'ils avaient.
- Alors ? demanda Narcissa, qui parlait pour la première fois depuis dix minutes.
- Et bien j'ai été adoptée le 20 mai 1983, mes vrais parents m'ont déposée le 15 mai 1983 quand j'avais 4 ans. Et je suis bien née le 19 septembre 1979 Il n'était pas dit dans le dossier les raisons qui ont poussé mes vrais parents à m'abandonner, mais je suppose qu'ils avaient une bonne raison. La responsable de l'orphelinat ne se souvient pas d'eux. Donc je n'ai aucune information sur eux. Juste le nom qu'ils m'ont donné : Hermione.
Narcissa se leva sans dire un mot et quitta la pièce, suivie de près par son mari. Draco les regarda s'éloigner avec consternation, et se tourna vers Hermione.
- Je ne sais pas ce qu'il leur prend, je suis désolé.
- Oh ne t'inquiète pas, ce n'est pas grave.
- En tout cas, c'est une histoire extraordinaire que tu me racontes là !
- Tu as vu ? Quand ma mère m'a raconté ça, je n'y croyais pas ! Et puis quelques souvenirs me sont revenus en allant à l'orphelinat. Peu de temps après mon adoption, j'ai montré les premiers signes de maîtrise de la magie. Et pour mes 11 ans, mes parents ont reçu la lettre d'admission à Poudlard. Je suppose que mes parents étaient des sorciers, qui ne pouvaient pas me garder.
- Mais pourquoi te placer dans un orphelinat moldu ? tu avais de grandes chances de te retrouver dans une famille moldue après ton adoption ! C'est étrange.
- Oui en effet, ou alors je suis bien une née moldue !
A cet instant, la mère de Draco entra dans la pièce avec un regard sombre.
- Je vais devoir vous demander de partir, dit-elle d'un ton glacial.
- Comment ? demanda Draco, l'air outré.
- N'insiste pas mon fils, intervint son père qui venait à son tour d'entrer dans la pièce. Quittez immédiatement cette maison. Nous ne voulons plus vous voir.
- Mais… commença Draco.
- DEHORS ! hurla sa mère en sortant sa baguette.
Hermione se leva et tira Draco par le bras.
- Viens Draco, on s'en va. Ils doivent avoir une bonne raison.
Draco, qui ne comprenait rien à ce qu'il se passait, se laissa entraîner dehors par sa femme. L'elfe de maison apporta leurs capes au moment où ils traversaient le hall d'entrée. Pendant que Draco se couvrait de sa lourde cape, il vit sa mère s'approcher d'Hermione et lui glisser quelque chose à l'oreille. Il ne put entendre ce qu'elle lui dit, mais Hermione jeta au même moment un regard furtif à Draco. Quelques secondes plus tard, ils quittèrent le manoir et transplanèrent jusqu'à leur appartement.
- Qu'est ce qu'elle t'a dit ma mère ? demanda Draco.
- De ne plus jamais revenir chez eux… murmura Hermione en levant les yeux vers son homme.
- Qu'est ce qu'il leur a pris ? s'indigna Draco en rentrant dans l'appartement.
- Laissons tomber, suggéra Hermione. Ils vont surement nous expliquer bientôt. Viens, on va se coucher, je suis épuisée.
Elle traversa l'appartement, suivie de Draco, entra dans la chambre, se déshabilla entièrement et se glissa dans le lit.
Draco la regarda faire, puis se résigna à l'accompagner. Malgré l'inquiétude qu'il ressentait face au comportement de ses parents, il ne put s'empêcher de se coller à sa femme, qui était étendue, nue, sous les draps. Ce contact soudain lui donna un frisson, et bientôt, son caleçon vola à travers la chambre à coucher.
Il se réveilla vers 3h du matin, et chercha sa femme à ses côtés pour se coller de nouveau à elle. Il tâtonna dans le noir et arriva bientôt au bord du lit. Il se leva pour voir ce qu'Hermione faisait debout à cette heure-ci, mais trouva l'appartement vide. Il retourna dans la chambre et constata avec stupeur que les vêtements d'Hermione n'étaient plus sur la chaise où elle les avait laissés. Il y trouve à la place un petit mot :
« Mon amour,
Je suis partie faire un tour, j'ai besoin de prendre le frais après cette soirée éprouvante. Je rentre vers 2h.
Ta femme qui t'aimera toujours »
Pourquoi Draco avait-il la terrible sensation que ce mot sonnait comme une lettre d'adieu ? Il tourna la tête vers le réveil électronique posé sur la table de nuit d'Hermione et son cœur sauta un battement :
5h.
A suivre...
