La première apparition de Neredia dans cette fanfiction. C'est très court, et je ne sais pas si sa réaction fait vraiment du sens, mais elle reviendra.
Le retour de Wolf et de Gol eut lieu vers la mi-année, plus tôt que la dernière fois. Sun s'arrangea pour avoir la journée de libre et retourna à la maison familiale, accompagnée par Ceska.
-Combien de temps resterez-vous, cette fois? s'enquit Oren.
-Nous l'ignorons, répondit aussitôt Wolf, esquissant un geste comme pour s'excuser.
Au moment où Sun cherchait ses mots pour expliquer ses absences à venir, il l'arrêta.
-Je sais déjà. Ta mère m'a raconté, fit-il en désignant Ceska.
Sun se retint de rire, n'étant finalement pas surprise.
-N'empêche, c'est un drôle de choix, souligna-t-il ensuite.
-Je sais, acquiesça Sun, qui s'attendant à ce genre de réaction.
Et Gol se mit de son côté: erreur ou pas erreur, c'était mieux qu'elle en fasse l'expérience maintenant.
-Et c'est ce qui lui plait, argua-t-il. Tu voulais lui laisser le choix? Voilà, elle l'a!
C'était très drôle. Wolf leva les mains pour abdiquer.
Plus tard, alors que la nuit tombait, Wolf alla retrouver Sun dans la cuisine. Celle-ci lui demanda ce qu'il voulait. Il hésita un moment, cherchant ses mots.
-J'ai rencontré une femme, admit-il finalement.
-Ah? fit Sun, perplexe.
Il se mit à rire de lui-même.
-Non- pas une amante. Ce n'est pas ce que je voulais dire.
Puis il s'interrompit, dévisageant Sun.
-Un problème? s'étonna la jeune fille.
-Non... C'est juste que tu… Tu me ressembles, expliqua-t-il, levant la main vers son visage. Quand tu fais ça, me regarder comme ça. Je ne l'avais jamais remarqué avant. C'était… Pendant quelques secondes, j'ai trouvé que c'était… bizarre.
Puis il se reprit.
-C'est incroyable de voir comment tu as grandi, depuis notre rencontre, dit-il avec tendresse, en la regardant. Tu étais si petite, à l'époque, tu t'en souviens?
Oh, si. Elle se souviendrait toujours comment il lui avait paru si grand, à l'époque, alors qu'elle était à présent presque aussi grande que lui.
-Et maintenant, tu…
Il fit un geste dans sa direction mais n'acheva pas sa phrase, comme si à nouveau il ne savait plus quoi dire. Sun souriait, incapable- et n'essayant même pas- de le dissimuler.
-Je ne suis pas ta fille pour rien, Wolf.
Il sourit à son tour avec émotion.
-Cette femme, se souvint-il soudain, quand le moment de tendresse commença à s'éterniser.
Il jeta un coup d'œil vers Sun qui l'écoutait attentivement, sans avoir l'air de lui reprocher un brusque changement de sujet. Il reprit, rassuré.
-Une militaire, que j'ai croisée par hasard.
-Et quel est le rapport avec moi?
-Son nom de famille était Rikke, lui répondit Wolf, doucement.
Sun mit quelques secondes à l'encaisser.
-Elle est parente avec ma mère?
-Je ne sais pas. Je n'ai pas osé lui demander si elle connaissait une Meria. Mais n'empêche que c'est probable.
Il laissa passer quelques secondes avant de reprendre, toujours avec la même tendresse:
-Si tu le voulais, je pourrais m'arranger pour que vous vous rencontriez.
Sun hésita.
-Tu peux dire non, reprit Wolf. Si tu n'en as vraiment pas envie.
-Je me demande… fit la jeune fille, avec hésitation. Si c'est vraiment la bonne chose à faire. Je veux dire… si elles se connaissaient vraiment, et qu'elle croit qu'elle est morte… À quoi bon? Est-ce vraiment mieux d'apprendre qu'elle a vécu de cette façon alors qu'il n'y a en fait aucune certitude qu'elle soit encore en vie?
Wolf lui jeta un nouveau regard, un sourire en coin.
-C'est une question difficile à trancher, dit-il, posément. Mais je te demande si tu as envie. Pas si tu dois le faire ou pas. Cette femme, tu ne lui dois rien encore. Et nous nous trompons même, peut-être. Quoi que tu fasses, ce sera pour toi.
Sun pencha légèrement la tête, réfléchissant. Ça ne paraissait plus une si mauvaise idée, soudain. Si la femme n'avait rien à voir avec Meria, elle s'en irait. Sinon, elle n'était pas obligée de lui annoncer de but en blanc. Elle ne lui devait rien, se répéta-t-elle, et elle sourit.
-D'accord, dit-elle à son père. J'aimerais la rencontrer.
…
Sun n'eut aucune idée de comment Wolf se justifia auprès de Rikke, mais ce fut bientôt chose faite.
-Nerveuse? se moqua gentiment Ceska, quelques heures avant le rendez-vous, voyant son amie tourner en rond dans l'appartement.
-Évidemment, répondit Sun, maussade.
Ceska arriva à ne pas rire.
-Ce doit être la première fois que je te vois porter une robe, souligna-t-elle.
Sunjira se releva, les jambes nues, les cheveux encore humides de sa douche. Elle les avait fait couper une semaine plus tôt, comme ses longues boucles tendaient à disparaitre sous leur poids, et ils lui arrivaient maintenant à l'omoplate. Ça lui aillait bien. C'était différent, mais ça lui aillait bien.
-C'était un cadeau de Seia, avoua Sun en passant une main sur le tissu doux, d'un joli bleu sombre, qui s'ajustait joliment à ses courbes. Elle était trop grande pour Vio, alors il a pensé qu'elle m'irait peut-être.
-Et elle le sait, que tu ne mets jamais de robe?
Sunjira lui jeta un regard désespéré.
-Je voulais bien paraitre.
-Elle te va bien. Mais elle t'irait encore mieux si tu cessais de tirer sur ta jupe toutes les trente secondes.
Et devant son air profondément désemparé, Ceska se leva pour l'aider, ravalant un rire.
…
La femme l'attendait, assise à une des tables. Sun n'eut aucun mal à la repérer, sans même l'avoir cherchée. Elle n'était pas juste belle. Elle dégageait quelque chose de particulier… une sorte de charisme qu'on ne pouvait que remarquer. Le genre devant lequel elle aurait salivé, si la femme n'avait pas eu les cheveux ondulés comme les siens, les yeux violets et la même forme de visage qu'elle. Sun ignora du mieux qu'elle put cette pensée malaisante et se retourna vers Ceska. Même son amie fronçait les sourcils.
-Tu lui ressembles.
-Je sais. Tu viens avec moi?
-Écoute, je t'ai passé des vêtements, je t'ai aidée à te coiffer, et je t'ai accompagnée jusqu'ici parce que tu ne voulais pas faire le trajet seule. Que veux-tu que je fasse de plus?
D'un geste, Sun désigna la table.
-Tu es sérieuse?
-Oui. Pourquoi?
Ceska se mordilla la lèvre.
-Tu vas faire demi-tour, si je dis non?
-Je ne sais pas, répondit honnêtement Sun.
-Okay. Je viens, alors.
Neredia les attendait- enfin, elle attendait surtout Sunjira. Elle se leva en les voyant approcher, comme si elle l'avait reconnue, mais sa façon de la regarder prouva que ce n'était pas le cas. Elle la dévisageait comme si elle voyait déjà la ressemblance mais qu'elle refusait de l'admettre. Ce fut ce qui convainquit Ceska de faire les derniers pas et de s'asseoir elle aussi. Qui que pouvait être cette femme, elle sentait que Sun aurait besoin de soutien.
-Sunjira Frakken? avança Neredia avec perplexité.
-C'est moi, répondit l'adolescente brune.
Elle était un peu plus petite que son amie, elle avait la peau foncée et de jolis cheveux noirs qu'elle maintenait attachés de façon à dégager son visage. L'autre jeune fille était blonde avec des yeux curieusement foncés, peut-être gris ou verts.
-Une de tes amies? suggéra-t-elle, un peu perplexe, ne sachant toujours pas vraiment à laquelle des deux s'adresser.
-Oui, confirma Sun.
-Je vois, dit simplement Neredia.
Puis, l'observant à nouveau, elle ajouta :
-Je te croyais un peu plus vieille.
-J'ai presque dix-huit ans, répliqua Sun.
La femme opina simplement, le sourire aux lèvres. Soudain nerveuse, Sun jeta un coup d'œil vers Ceska, qui l'observait avec… inquiétude? Pourquoi Ceska était-elle donc inquiète? Elle se retourna vers Neredia qui la regardait toujours.
-Je voulais vous demander si vous… si vous connaissiez Meria Rikke.
Le sourire de Neredia se figea aussitôt sur ses lèvres.
-Ma sœur est morte il y a des années, fit-elle, toisant froidement Sun. Si c'est une blague, elle n'est pas drôle.
Sun hocha la tête et renonça, tout simplement, devant cet air qui lui fit comprendre que quoi qu'elle puisse ajouter, Neredia ne la croirait pas. C'était une erreur, ce n'était pas le moment.
-Je suis désolée, souffla-t-elle tout doucement, en se levant.
Ceska la suivit aussitôt, sans lui poser de questions et surtout parce que c'était elle qui avait commandé le taxi et que Sun n'irait pas loin, à pied. Elles se retrouvèrent dans un autre établissement, mangèrent finalement, tandis qu'au dehors il commençait à pleuvoir. Elles restèrent silencieuses longtemps, tandis que Sun se demandait ce qu'elle dirait à son père, quand il lui demanderait ce qui s'était passé. Elle résolut de se concentrer plutôt sur ce qui l'entourait. Son amie, le plat devant elle, la pluie qui tombait à quelques pas à peine d'elles.
-C'était ta tante? osa finalement demander Ceska.
-C'était, oui.
-La sœur de ta mère?
-Oui.
-Pourquoi tu ne lui as pas dit?
-Tu crois vraiment qu'elle m'aurait cru?
Sunjira fit disparaître son repas en une dernière bouchée et essuya ses doigts.
-Meria a été déclarée morte il y a dix-neuf ans. On ne sait qu'elle a survécu que parce que nous sommes là- moi, puis Pera, puis Erti. Je ne sais pas pourquoi Neredia n'est pas au courant. Peut-être que personne n'a voulu lui dire tant qu'on n'est pas certains qu'elle est encore en vie.
-Elle... Elle est sur…
-Oui. Et c'est de là que je viens aussi.
-Et Oren. Ton frère qui n'est pas ton frère.
-Oui, lui aussi. Et Lirden. Et Viorana. Et d'autres enfants qui ont leurs familles à eux et que je n'ai pas revus depuis. …Tu trouves que ça fait de moi quelqu'un de bizarre?
-Tu veux dire, plus que tu ne l'étais déjà?
Sun pouffa de rire.
-J'imagine que non.
-Et cette femme… Tu as l'intention de la revoir?
-Sûrement, oui. Je ne sais pas.
Puis elle posa les mains sur ses genoux et la regarda de biais.
-Maintenant que je t'ai dit tout ça, je peux te poser une question?
-Laquelle?
-Il est où, ton père? Pourquoi on n'a jamais entendu parler de lui?
-Il est mort au combat quand j'étais petite, répondit sobrement Ceska, visiblement peu désireuse de s'aventurer sur le sujet. Puis ma mère a décidé que je prendrais son nom à elle, que ce serait plus simple. Et puis il y a eu Wolf.
-Ils étaient amants? s'étonna Sunjira.
-Quoi, fit Ceska, surprise. Non! Ils ont… grandi l'un près de l'autre, je crois. Ou en tout cas, ils se sont rencontrés quand ils étaient encore jeunes. Et il est revenu dans le décor, il y a quelques années… à peu près au moment où tu es apparue.
-Tu te souviens, comment c'était entre eux, avant?
-Pas vraiment, admit Ceska. Mais s'ils ont déjà été ensembles, je n'ai jamais été au courant.
À son tour, elle regarda son amie avec un regard entendu.
-Maintenant que je t'ai dit tout ça, je peux te poser une question?
Sun se mit à rire franchement.
-Oui, vas-y.
-Pourquoi tu tiens tant à te faire appeler spécifiquement « Sun »? Pourquoi pas Sunji ou Jira?
-Oh, ça. Il paraît que ce sont les premières lettres que j'ai pu retenir de mon prénom, alors c'est ainsi qu'on a fini par me surnommer.
-Ah! C'est pour ça que c'est aussi enfantin.
-Ce n'est pas enfantin, proteste Sun, vexée.
-Ce n'est pas un prénom, trois lettres! C'est juste… ce que c'est. Un demi-prénom.
-Le tien en fait cinq! Qu'est-ce que c'est, ce jugement pourri?
Ceska esquissa un geste vague, comme contrainte de s'excuser.
-Je ne sais pas! On dirait… une onomatopée. Un sifflement, presque. Regarde, fit-elle, prononçant le nom de son amie en insistant sur le ''s''.
-Au moins, le mien veut dire quelque chose, riposta Sun en riant.
Cela fit sourire Ceska.
-Que cela veut-il dire?
-Eh. C'est à mon tour de poser une question.
-Okay. Laquelle est-ce?
-Hum. Disons… Ta couleur préférée?
-Le orangé, répondit Ceska après une courte hésitation. C'est une question très banale.
-Ta réponse aussi.
-Orange coucher de soleil. Est-ce mieux?
-C'est le vert, la mienne. Vert pâle comme l'océan.
-Tu as déjà vu l'océan?
Sun secoua la tête.
-Juste en photos. Et « Sunji » veut littéralement dire « justice », tandis que la dernière syllabe- « ra » ou « rin », parfois- se réfère à la vie. Beaucoup de fillettes nées là-bas portent cette syllabe dans leur prénom.
Ceska lui jeta un regard de biais.
-C'est peut-être… c'est sûrement indiscret, mais pourquoi ils faisaient ça? Garder des gens.
Sun opina tout doucement, sans répondre immédiatement. Fixant son amie, elle s'efforça de faire revenir cette sensation, au creux de son ventre, qui déclenchait tout le reste. C'était autrement plus difficile que quand elle était petite, mais après quelques instants, Sun sentit finalement ses yeux s'éclairer. Quand elle releva la tête, elle fit face à l'air stupéfait de Ceska- pas effrayé ni rien, juste stupéfait.
-Qu'est-ce que… fit-elle, tendant la main.
-C'est pour ça, s'empressa de dire Sun. Et non, je ne sais pas ce que c'est. Mais je suis comme ça, maintenant.
Les doigts de Ceska effleurèrent son visage, tout au coin de son œil, avec l'odeur agréable d'un savon. Sun ne se déroba pas.
-Tu peux faire ça sur commande? Ça ne fait pas mal, au moins?
Sun rit.
-Plus ou moins, disons, et non, heureusement. …Tu trouves que c'est laid? Ou bizarre?
Ceska sourit avec une expression que Sun lui avait rarement vue- voire pas du tout. Sun n'aurait pas su le dire, à cet instant.
-Non, pas du tout.
Et Sun sourit, simplement reconnaissante de l'avoir.
