- Je comprends tes inquiétudes Shion mais votre retour est aussi une excellente nouvelle ! Ne peux-tu pas en profiter au moins aujourd'hui et ne t'inquiéter que demain ?
Dans ses appartements, Athéna tentait de calmer son Pope qui n'avait pas tardé à reprendre son rôle en faisant part de ses doutes à sa supérieure.
- Je suis reconnaissant pour cette résurrection Princesse mais… Si nous nous sommes sacrifiés pour vous, nous avons également contribué à faire tomber Hadès.
- En sauvant la Terre et l'Humanité.
- Oui, nous avons réussi. Cependant je ne peux pas oublier qu'Hadès était un des douze Olympiens. Le frère aîné de Zeus. Malgré les armures divines de Seiya et ses compagnons, j'ai peur qu'il y ait des conséquences et cette résurrection semble…
- Trop belle pour être vraie ? Termina Athéna.
Le Pope acquiesça. Il aimerait tellement y croire mais jusqu'à présent, en dehors d'Athéna, quel dieu avait été de leur côté ? Si ce n'était pas elle qui avait commandé le retour des âmes de ses chevaliers, alors qui ?
- La disparition d'Hadès est due à ma propre main, Shion. Ni toi, ni les autres Chevaliers n'ont à en porter la responsabilité. Si l'Olympe veut punir quelqu'un, alors qu'ils viennent me voir.
Si ces paroles avaient pour but de rassurer l'ex-chevalier du Bélier, ce ne fut pas du tout le cas. Toutefois, le 'jeune' homme se tut et ne prolongea pas la conversation sur ce sujet, sentant que la déesse refuserait de partager son avis.
Ils furent de toute manière interrompu par quelqu'un frappant à la porte.
- Votre repas est là Altesse, ainsi que le Chevalier de la Balance qui demande audience.
- Entrez.
La servante qui avait réveillé le Chevalier des Gémeaux ouvrit la porte pour laisser entrer Dohko avant d'amener le repas à Athéna. Le 'vieux maître' se mit à genoux devant la déesse qui lui ordonna de se relever aussitôt, un sourire sincère sur son visage.
La domestique posa le plateau sur la table non loin d'Athéna. Les réserves du Palais ne regorgeaient pas de ressources mais ils avaient toutefois de quoi faire un repas consistant pour leur divinité et ses chevaliers ressuscités. Elle disposa donc les assiettes en porcelaine ainsi que les couverts sur la table et reprit le plateau. Malgré cette proximité, elle savait qu'il ne fallait pas écouter ce qu'échangeaient les personnes dans cette pièce. Cependant, elle n'était pas sourde et perçut quelques bribes. L'arrivée de Dohko avait toutefois allégé l'atmosphère, tout comme le contenu de la conversation. La Balance faisait de son mieux pour faire sourire son compagnon d'armes, pour le plus grand plaisir de la réincarnation qui souhaitait de tout coeur qu'ils profitent de cette nouvelle vie.
La jeune femme finit donc par sortir, sans remarquer que Shion l'avait remarquée et dévisagée un long moment.
Après être retournée aux cuisines déposer le plateau, la servante décida de profiter de l'obscurité pour déambuler dans les jardins du Palais avant de retourner au village. Son esprit était bien entendu tourné vers les événements de la journée. Hier encore, tout le Sanctuaire n'était qu'un amas de gravas ou presque, et aujourd'hui, il avait la même prestance que lors des siècles passés.
Elle s'accroupit près d'un bosquet et caressa délicatement les pétales d'une rose.
- Même la nature renaît comme demandé… murmura t-elle.
- Comme demandé ?
La voix masculine derrière elle lui fit faire un bond. Elle se retourna précipitamment et se retrouva face à face avec Shion et Dohko.
- Chevalier, Grand Pope ! Je… je sais je ne devrais pas être là mais…
- Ce n'est rien, on ne peut pas reprocher à quelqu'un de profiter du silence des jardins.
La voix du Grand Pope se voulait douce mais semblait en même temps… froide. Quelque chose n'allait pas…
- Ton visage nous est familier, intervint Dohko, nous nous serions déjà rencontrés ?
- Vous… vous avez sans doute dû me voir dans le Palais, j'y ai toujours travaillé…
La domestique était indubitablement nerveuse d'être ainsi toisée par deux chevaliers. Surtout qu'ils ne semblaient pas vouloir la lâcher.
- Le problème, c'est qu'il me semble t'avoir vue lors de la dernière guerre sainte… il y a deux cents ans. Mais c'est impossible n'est-ce pas ?
Le regard de Shion était dur, et la lumière prodiguée par la pleine lune rendait son visage encore plus froid.
- Bi… bien sûr ! Les mortels ne peuvent pas vivre aussi longtemps ! Vous devez confondre ! J'ai toujours vécu ici, peut-être que vous me méprenez pour une de mes ancêtres qui aurait travaillé au Palais aussi.
L'explication était plausible, ils devaient le reconnaître. Toutefois, le Grand Pope ne parvenait pas à ignorer ce doute que ce visage lui était bien trop familier pour qu'il ne s'agisse que d'une simple confusion. Dohko lui était plus réservé. Oui, cette demoiselle lui paraissait vaguement familière mais après tout ce qu'ils avaient vécu, ça ne l'étonnerait pas qu'il l'ait croisée en réalité au Palais lors de cette génération mais ne s'en souvienne pas. Nul esprit, même entraîné, n'était habitué à affronter les Spectres et à mourir pour revivre ensuite. Même avec une intervention divine, ce n'était pas une expérience facile.
La Balance se saisit donc du bras de son confrère.
- Laisse-la Shion, tu l'effraies ! Athéna a sans aucun doute raison, cette résurrection est une récompense et non le début d'un plan tordu pour nous mener dans une nouvelle guerre, alors arrête de voir le mal partout !
L'ex-Bélier finit par capituler. Il s'excusa brièvement à la jeune femme et rebroussa chemin vers le palais, suivi de son ami. La demoiselle resta encore immobile quelques instants puis finit par quitter les jardins pour retourner au village le plus vite possible.
Elle avait toujours su que sa vie serait en danger ici.
