- Milo, Seiya ! Qu'est ce qui s'est passé ?
C'est une chevalerie aux alertes qui retrouva le Scorpion et les Bronzes dans le jardin. La puissance du cosmos du Pope, suivi de la disparition de leur déesse en compagnie des jumeaux infernaux avait mis les Ors en alerte -pour ne pas dire panique-. Certes, Athéna les avait prévenus et demandé de ne pas intervenir mais plus facile à dire qu'à faire. Les Bronzes se sentaient les plus lésés dans cette soudaine lubie. Pourquoi leur déesse avait décidé de rencontrer deux divinités des Enfers, plus une troisième qui ne semblait pas très « nette » dans son attitude, avec son Pope pour seule protection ? Shion était peut-être un vétéran, ça restait une maigre défense… L'annonce donc que Kanon avait réussi à s'incruster dans le portail les rassura -très- légèrement, mais pourquoi cette décision ?
- Il faut donc se contenter d'attendre ? S'énervait Deathmask
- J'en ai bien peur, soupira Dohko. Athéna doit avoir ses raisons.
Un fait qui était loin de les satisfaire. Un ordre était un ordre, et ils n'interviendraient pas, seulement… Bon sang… cette déesse tenait à se faire enlever à nouveau ou quoi ? Le brouhaha se fit de plus en plus fort.
- Perséphone et les jumeaux ont-ils mentionné quelque chose en particulier ?
La voix de Mü ramena le silence et les regards se tournèrent vers les Bronzes et Milo qui se ressassèrent ce qui s'était passé.
- Ils ne semblent pas s'entendre…, répondit le Cygne. Thanatos a frappé Perséphone alors qu'elle est supposée avoir un rang supérieur à lui… Même Hypnos semblait désapprouver mais il a continué à refuser de lui obéir quand même.
- Son collier, ils l'ont appelé « la kunée ». Quand ils ont refusé d'enlever leurs armures, elle l'a utilisé contre eux, ajouta Andromède. En plus de pouvoir cacher un cosmos divin, cet artefact est capable de repousser des attaques et de les contraindre à faire ce qu'elle veut.
Non loin, Aphrodite sourit en coin.
- Ouh, de l'eau dans le gaz infernal ? Cela dit, on pourrait en profiter. Cet artefact nous serait bien utile.
- N'y pense pas, coupa Saga. La déesse l'avait, mais elle a demandé à Kanon de le rendre à sa propriétaire, ce n'est donc pas pour le reprendre ensuite.
- C'est que son sens de la stratégie n'est plus très affuté alors…
- Aphrodite ne blasphème pas ! S'immisça Aldébaran.
La tension était encore clairement palpable. C'est pourtant ainsi qu'ils restèrent jusqu'à la réapparition du cosmos divin vénéré et d'un autre craint, le troisième n'étant toujours pas discernable.
Athéna, Kanon et Shion, accompagnés de seulement Hypnos et Perséphone, réapparurent dans les jardins, au milieu de la chevalerie dorée et divine. Tous remarquèrent l'absence de Thanatos mais attendirent que leur divinité parle avant de poser leurs questions.
- Je suis désolée de vous avoir laissé ainsi mes Chevaliers. Vous m'excuserez encore mais tant que cela ne sera pas nécessaire, vous ne saurez pas ce qui s'est dit ce soir…
- Altesse… tenta d'intervenir Dohko immédiatement ramené au silence par un geste de la main de la jeune fille.
- Thanatos est retourné aux Enfers, Hypnos et Perséphone resteront encore ici le temps de régler certaines affaires. Ils sont nos invités et aucune attaque à leur encontre ne sera tolérée. Je vous demande également de faire en sorte de maintenir le calme au Sanctuaire et au village. Tout ceci est-il clair ?
D'un mouvement commun, les chevaliers inclinèrent la tête en signe d'approbation. Perséphone et son chaperon partirent à ce moment vers les appartements, laissant à Athéna le soin de demander à Deathmask et Aphrodite de partir en reconnaissance en Sicile à nouveau.
Peu de temps après avoir quitté les jardins et laissé la maîtresse des lieux avec ses protecteurs, l'autre déesse et son chaperon s'étaient enfermés dans les appartements généreusement mis à leur disposition. Silencieux tout le long de leur courte marche, Hypnos resta les lèvres closes alors qu'il observait là où vivait la demoiselle. La chambre semblait confortable, mais contenait le strict minimum. Le lit fut aussi la 1ère chose qui lui sauta aux yeux. Un lit deux places, qui avait vécu mais tenait bon avec un matelas récent, était pourtant intact. A la place, quelques couvertures ainsi qu'un oreiller avaient été mis par terre entre le lit et le mur.
- Ca fait des années que je dors sans matelas ou presque. Le lit était trop… mou, je n'arrivais pas à dormir.
Perséphone avait bien remarqué le regard interrogatif d'Hypnos et avait anticipé la question. Même si son identité n'était plus un secret désormais, ça n'effaçait pas les années de service en tant que domestique. Cela l'effrayait même qu'après tant d'efforts pour être comme les mortels, elle revenait aussi facilement dans son rôle de divinité règnante. N'ayant jamais pris partie pour un quelconque dieu depuis son départ des Enfers, elle avait tout de même observé les luttes de pouvoir entre ceux supposés être sa « famille ». Une neutralité respectée qui lui avait garanti le respect de l'Olympe mais qui risquait de se déliter maintenant. Cela n'aurait toutefois plus d'importance puisque les jumeaux finiront par lui demander de revenir aux Enfers.
- Comment vont tes blessures ? Questionna le dieu du Sommeil.
Ah, le retour du tutoiement. Pas que ça la dérangeait venant d'Hypnos mais elle sentait la tentative d'autorité derrière.
- Elles vont bien. Il n'y aura plus rien d'ici quelques jours.
- C'est trop long pour une petite attaque de chevalier d'Or.
- Etant donné que tu as été vaincu par des chevaliers de bronze, tu n'as pas à faire de commentaires à ce sujet mon cher.
L'ego divin du dieu en prit un coup mais il ne changea pas de sujet pour autant.
- Assieds-toi, laisse moi regarder.
Perséphone resta quelques secondes sans bouger, puis obtempéra et s'assit sur le bord du lit. Qu'il s'inquiète maintenant de son état de santé provoquait une boule d'amertume lui restant en travers de la gorge. Ils avaient un passé compliqué, il fallait le dire, et il y avait eu des situations où elle aurait bien eu besoin de cette inquiétude, plus que maintenant en tout cas, mais ce n'était pas le moment de remettre ça sur le tapis. Actuellement, il valait mieux le laisser y jeter un œil et avoir la paix ensuite.
La divinité infernale observa donc les plaies en voie de guérison de la demoiselle en la touchant le moins possible.
- En effet, admit-il, d'ici deux ou trois jours, tout aura disparu mais il reste encore quelques traces de poison.
La déesse haussa les épaules. Le poison du Scorpion demeurait un poison naturel et rien de ce qui venait de la nature ne pouvait la blesser. Son chaperon n'ajouta rien de plus à ce sujet et se contenta de s'installer dans un fauteuil face au lit.
- Que tu reprennes ton rôle, c'est ton choix et ça te regarde, mais n'as tu pas peur de l'avoir fait pour rien ? Ce n'est pas la première fois que la terre tremble, en aucun cas ce n'est un signe de leur réveil.
- Pourquoi avoir envoyé des Spectres patrouiller alors ? Les Enfers ont disparu pendant plusieurs mois, la dimension du Tartare était peut-être à part, au-delà du mur des Lamentations, ça a indéniablement affaibli leur prison malgré tout. Le risque est trop grand.
- Si les Titans avaient pu en sortir, ils l'auraient sans aucun doute déjà fait.
- Je n'en suis pas si sûre. Honnêtement, j'espère avoir tort, mais il fallait aussi vous rappeler qu'il y a quelque chose au-delà de vos guerres de pouvoir.
- Pourquoi avoir demandé que les Chevaliers restent en dehors de ça alors ? S'ils sont tout aussi responsables que nous, ça serait normal qu'ils participent aussi, non ? En dehors des simples patrouilles...
- Je n'ai pas demandé leur retour pour immédiatement les envoyer vers une possible mort. Contrairement à vous, je pense aux mortels.
- Et Hadès ? Va t-il revenir ?
A ce nom, Perséphone se crispa et détourna son regard de celui perçant d'Hypnos qu'elle soutenait jusque là. De toute l'Olympe, son époux était sans aucun doute celui qu'elle désirait le moins voir.
- Qui sait… Demande à Zeus. Quand ils meurent, les mortels se rendent aux Enfers, mais que deviennent nos âmes lorsque nous disparaissons ?
- Thanatos et moi sommes revenus.
- Sans vouloir te vexer, tu n'es pas une divinité primordiale comme Hadès ou Poséidon. Et puis, c'est la kunée qui a servi de pont pour ramener les Enfers et Elysion. Vous y êtes liés et vous avez même offert votre sang pour qu'elle me protège. Hadès n'a rien fait lui.
La tentation de la pousser plus loin était forte pour Hypnos. Il savait que c'était un sujet délicat, et savoir que son seigneur revenait lui aussi serait un soulagement. Toutefois, son frère et lui avaient dû admettre leur inconscience en oubliant que les Enfers et son mur des Lamentations étaient la prison des Titans, ces êtres antérieurs aux Dieux, capables de les surpasser. A l'ère mythologique, il avait fallu les trois frères unis, Zeus, Hadès et Poséidon pour les vaincre. Et il y a quelques semaines encore, le monde s'était retrouvé sans dieu des Océans, sans dieu des Enfers et sans ces-mêmes Enfers, le dernier rempart entre la Terre et leurs pires ennemis.
Il n'oserait jamais l'admettre devant quiconque mais le dieu du Sommeil reconnaissait son erreur et espérait, comme la déesse en face de lui, qu'ils se soient alarmés pour rien.
Perséphone se retira derrière un paravent pour se changer tandis qu'Hypnos se saisissait du seul livre de la pièce. La nuit était tombée et la jeune femme allait se coucher. Lui en revanche remplirait son rôle de garde du corps et veillerait sur la tranquillité de son sommeil. Nul autre que lui n'était mieux qualifié pour cette tâche après tout.
De retour dans ses appartements également, Saori Kido méditait sur la discussion entretenue avec Perséphone plus tôt. Comment avaient-ils pu négliger ça ? Comment avaient-ils pu mettre en danger la Terre entière ? Certes, détruire Hadès et son royaume s'était avéré nécessaire pour libérer les âmes humaines de la torture dans laquelle elles étaient enfermées, mais s'ils avaient su, ils auraient cherché une autre solution.
Seiya, ses compagnons et le reste de la chevalerie avaient bien entendu tenté de savoir ce qui s'était échangé avec les jumeaux infernaux mais comment leur dire ? Non… elle ne pouvait pas leur annoncer qu'une autre guerre risquait d'éclater. Une guerre qui libèrerait tant de puissance que la surface de la Terre pourrait changer à jamais.
Au fin fond d'elle-même, Saori Kido pensait qu'elle était sans aucun doute la pire des réincarnations pour les avoir menés à un tel risque.
*Ne vous inquiétez pas Altesse, quoique nous puissions penser des Enfers, et quoique je pense d'eux, si Thanatos et Hypnos ont juré de tout faire pour maintenir les Titans dans leur prison, ils le feront. Ils sont tout autant en danger que nous si ça arrive.* S'immisça la voix de Shion dans l'esprit de la déesse.
*Et puis, on aurait ressenti quelque chose d'anormal si de telles puissances avaient surgis. Or, il y a rien eu depuis la destruction des Enfers non ?* Surenchérit Kanon, se permettant de parler mentalement à sa divinité puisqu'il avait assisté à tout.
- Certes, admit Athéna. Mais Zeus n'aurait sans doute pas déployé autant d'efforts pour tous nous ramener si la menace n'existait pas. Je préfère que nous en soyons assurés en révélant le moins d'éléments possible aux Chevaliers et à la population. Leur mentir me brise le coeur mais vous avez tous assez souffert. En attendant, la version officielle est que Perséphone s'occupe de tout et qu'elle est responsable des actes d'Hypnos et des Spectres. Nous l'hébergeons car elle pourrait servir d'otage si Hadès revient.
Shion et Kanon se retirèrent ensuite de l'esprit de la déesse, la laissant à ses pensées. Ce n'était pas récompenser Seiya, Hyôga, Shun, Shiryu et Ikki que de leur cacher la vérité et autoriser leur ennemi à rester ici, seulement les événements l'imposaient.
Cette nuit-là, Athéna n'eut pas un sommeil paisible, et Hypnos n'y était étonnamment pour rien.
- Aaaah, une petite sortie fait du bien ! S'enthousiasmait Shun.
- Seiya, ça te dit qu'on aille manger une glace ? Demanda une voix féminine.
Cette voix douce, c'était Seika. La jeune fille avait réussi à persuader son frère de sortir du Sanctuaire pour se rendre au village avec ses amis. Ces derniers avaient beaucoup hésité mais grâce à l'intervention de Shunrei et Shun, ravi d'aller se détendre un peu, les autres cédèrent à cette perspective de relaxation bienvenue.
Aucun n'oubliait la menace présente au Palais mais ils n'avaient pas encore fêté le rétablissement complet de Seiya quand ils y pensaient. Sans compter qu'il restait encore les chevaliers d'Or en protection, renforcés par un deuxième Gémeau, le Grand Pope vétéran et une Balance jeune.
- Ca a l'air pas mal ici.
Le Dragon et Shunrei s'étaient arrêtés devant une petite boutique proposant boissons, glaces et gâteaux. Il fallait remercier Athéna pour la rapide reconstruction et développement du village. Dès la fin de la guerre, Saori avait débloqué beaucoup de fonds pour soutenir les familles ici et apporter un peu de modernité en plus.
Ces changements, avec l'aide des Chevaliers, avaient motivés les villageois et amené les apprentis qui venaient souvent passer leurs permissions ici. Le groupe s'installa donc en terrasse, à l'ombre de l'établissement, bien installés au niveau d'une petite place paisible. Les filles enchaînèrent avec leur programme pour la suite, pensant au shopping surtout, et peu à peu, les jeunes hommes participèrent et mirent de côté la pression des derniers jours. Ils virent passer entre autre des domestiques du Palais mais aussi des apprentis qui firent une courte révérence en passant devant eux. Nul doute que leurs exploits avaient déjà fait et refait le tour du Sanctuaire et s'étaient même déjà élevés au rang de légendes. Leurs sacrifices avaient imposé le respect et aucun apprenti ne l'ignorait. Y avait-il une plus grande gloire que de sauver Athéna des mains d'Hadès en obtenant une armure divine en sus ?
