LUNA & GINNY

Chapitre trois


« Mademoiselle Lovegood ! Mademoiselle Lovegood ! »

Luna marchait d'un pas rapide, mais accepta de ralentir pour se laisser rattraper par la personne qui l'interpellait. Elle était dans les locaux du journal Le Chicaneur et essayait de trouver son père. L'homme qui se mit à marcher à ses côtés était l'un de leurs meilleurs journalistes, il préférait la liberté d'expression à sa paie, et la qualité d'un article à la grandeur d'un bureau. Il avait démissionné de la Gazette des Sorciers pour les rejoindre.

« Voilà, je voulais vous parler de quelque chose. Je viens de passer plusieurs semaines à travailler sur un gros article, il devait sortir dans l'édition d'hier. »

Il brandit un morceau de papier devant elle, l'exemplaire de la veille.

« Le problème, c'est qu'il n'y est pas. »

Luna s'arrêta, et le journaliste lui fit face.

« Je suis sûr que vous essayez d'étouffer l'affaire, accusa-t-il.

— Calmez-vous s'il vous plaît… monsieur Clark. Je me souviens avoir participé aux relectures de votre article. C'est l'un des meilleurs que nous ayons eus cette année. Et vous dites qu'il n'est pas passé ?

— N'essayez pas de jouer l'innocente, ou de me brosser dans le sens du poil, ça ne marche pas. »

Luna eut l'un de ses sourire qu'on qualifiait parfois de lunatique, mais son visage se ferma immédiatement après.

« Suivez-moi dans le bureau de mon père, si vous voulez bien. »

— O —

Le bureau de Xenophilius Lovegood ne ressemblait à aucun bureau de directeur de journal. En fait, il avait même deux bureaux. L'un était aussi petit qu'un cagibi et très cosy. Il avait deux fenêtres et la porte en était toujours ouverte, c'était là qu'il s'installait en général pour travailler. Les murs étaient peinturlurés de couleurs joyeuses et de motifs fleuris assez grossiers. Ça n'avait rien d'un bureau officiel, mais il en avait un également : le bureau qui avait une porte fermée, qui portait un écriteau avec son nom, et qui était du genre à lui saper toute envie de diriger son propre journal. Celui-là servait donc à accueillir les enquiquineurs divers, et, à l'occasion, à isoler les disputes. Le bureau avait été insonorisé avec l'aide de la magie, et se rendait fort utile pour recevoir les agents zélés du ministère, les réclamateurs en tout genre et les amourettes entre collègues.

Xenophilius, assis sur un siège en cuir, derrière un bureau austère et net, ne semblait pas à sa place.

« Monsieur Clark est venu me voir pour me faire part d'un problème quant à la disparition de son article dans l'édition d'hier, commença Luna. »

L'expression habituellement bienheureuse de son père sembla se figer pendant une brève seconde. Il était très facile de reconnaître quand son sourire était feint, et Luna ne se laissait plus prendre au piège depuis sa petite enfance.

« Je pense que la maladresse de la maquettiste est en cause…

— Bien sûr que non ! coupa Clark. » Luna lui intima le silence d'un geste de la main et d'un regard appuyé.

« Nous sommes tous au courant qu'elle et le réceptionniste vivent une passion amoureuse aux démêlés complexes. Les ragots circulent plus vite que les épisodes d'un de ces soap moldus, ici. N'est-ce pas, papa ?

— Oui, ma chérie. » La voix de Xenophilius était un peu enrouée, mais il masqua son trouble derrière une quinte de toux. Sa fille lui adressa un regard entendu. Elle se tourna vers le journaliste.

« Monsieur Clark, je pense qu'il faut voir là-dedans un signe du destin. Votre article traitait de plusieurs manquements graves dans les pratiques du bureau des Aurors, et nous savons que les témoignages qui le soutiennent sont véridiques. Nous sommes jeudi. Disons que vous aurez votre vendredi de congé, et je vous arrangerai un entretien avec l'un des officiers pour lundi. Nous reverrons ensemble votre article, et il devrait sortir avec une semaine de retard tout juste : mercredi. »

Clark passa quelques instants à réfléchir, il étudiait la proposition qui lui était faite et ce qu'elle impliquait.

« Très bien. J'accepte de vous laisser une chance. »

Il détailla durement le père et la fille du regard avant de quitter le bureau.

Luna soupira et se laissa tomber sur un fauteuil en face de son père.

« Tu espérais quoi, au juste, en supprimant son article ?

— J'ai… J'ai pensé que ce serait injuste de publier un truc pareil alors que je dois la vie de ma fille à Harry.

— Je comprends bien, mais Clark aurait aussi bien pu quitter le journal, et aller revendre son article à l'un de nos concurrents. Et on en connait beaucoup qui n'ont pas nos scrupules. »

Xenophilius était pris en faute.

« Tu as bien agi ma fille, reconnut-il.

— Je ne sais pas. Il faut encore que je fonce au Ministère. Je dois m'arranger avec les Aurors pour qu'ils résolvent leurs problèmes avant lundi. Si on s'en sort bien, j'espère qu'on publiera un article sur la résolution des problèmes, davantage que sur les problèmes en eux-mêmes. James et Albus ne vont pas encore voir leur père du weekend. »

Et il faudra que je trouve le moyen de m'excuser auprès de Neville, encore une fois, pensa-t-elle avec regret.


Ce texte participe aux défis de la Gazette :

- Boot Camp : Personnage Mineurs – Xenophilius Lovegood & Rapide

- Défi Fou : 846 - Caractère - Persuasif

- Construisez votre Zoo : Luna Lovegood