Chapitre 3

Quand le fameux jour arriva, elle conduit avec les doigts crispés autour du volant. Ce rendez-vous la stressait comme pas possible. Elle stressait encore plus que lors de son évaluation finale à l'école de cuisine. Encore plus que lorsqu'elle attendait la réponse pour sa demande de prêt pour acheter sa boutique. Comment quelque chose avec lequel elle vivait depuis tant d'année pouvait devenir une source de stresse ? La seule explication plausible était qu'elle en avait marre de voir ses copains la tromper. Et peut-être aussi son horloge biologique. Elle avait atteint un âge où elle pensait de plus en plus à l'avenir et à fonder une famille. Elle voulait des enfants, et son problème de libido l'empêchait d'avoir une relation durable. Alors pour une vie de famille, ce n'était pas l'idéal.

Au bout de deux heures onze de route, son GPS lui annonça qu'elle avait atteint sa destination. Une petite maison d'un étage se dressait sur sa droite, simple mais coquette, et minuscule entre les grosses maisons familiales. Celle de la psychologue semblait séparée en deux. À l'extrême droite de la maison, une pancarte indiquait le cabinet du Dr. Uzumaki. Donc son cabinet était séparé mais à même de sa maison. Un peu comme sa boutique juste en dessous de son appartement, remarqua Hinata.

Elle se stationna dans la cour et se frotta les mains sur son jean avant d'attraper son sac à main et de rejoindre le cabinet. Derrière la porte se trouvait une salle d'attente avec quatre sièges et une petite table basse couverte de magazines et de cartes d'affaire diverses. Une porte tout au fond était fermée, cachant le cabinet et d'où lui parvenait un éco incompréhensible. Hinata attendit une dizaine de minutes avant que la porte ne s'ouvre pour laisser sortir un couple, de grands sourires sur les lèvres. Une femme dans la fin vingtaine les suivit sur le seuil de la porte.

Ses longs cheveux rouges étaient remontés en queues de cheval, dont quelques mèches s'échappaient et retombaient de chaque côté de ses lunettes. Hinata fut étonnée par sa tenue qui semblait peu professionnel à son avis. Un chemisier violet au-travers duquel on pouvait voir son soutien-gorge et un short si court qu'il dévoilait presque ses fesses… Elle comprenait mieux Maya quand elle disait qu'il était difficile pour elle de demander conseil à sa sœur. Elles étaient définitivement opposées mentalement. Par contre, physiquement, si ce n'était de la différence d'âge elles auraient pu passer pour des jumelles.

En l'apercevant, Karin lui offrit un sourire et l'invita à entrer dans son bureau. À la surprise d'Hinata, la pièce ressemblait plus à une chambre qu'à un bureau. En dehors du bureau et des classeurs, il y avait un long divan, un fauteuil, mais aussi un lit double. La pâtissière dut se rappeler que la psychologue donnait aussi des conseils à des couples, ce qui voulait probablement dire qu'elle leur montrait des positions pour pimenter leur vie sexuelle et un lit était plus confortable que le plancher.

Par contre, l'aménagement la mettait mal à l'aise. Elle ne réalisait toujours pas qu'elle était là pour parler de son problème de libido avec une parfaite étrangère. Quoique… Finalement elle préférait en parler avec une inconnue qu'avec une amie ou même sa sœur. C'était déjà assez gênant. Karin fit signe à Hinata de s'asseoir sur le canapé et elle prit elle-même place dans son fauteuil.

- Donc, commence-t-elle en attrapant un dossier. Mademoiselle Hyuuga ?

- Oui, acquiesce Hinata en jouant nerveusement avec ses mains.

- Parlez-moi plus amplement de votre problème.

- Comme je vous l'ai expliqué au téléphone, je n'ai jamais ressenti de désir ou de plaisir avec mes petits-amis jusqu'à maintenant.

- Mais pourquoi avoir couché avec eux, si vous n'éprouviez aucun désir ? l'interrompit Karin.

- Parce que je les aimais et que je voulais leur faire plaisir.

- Mais s'ils vous aimaient, ils ne vous auraient jamais demandé de le faire.

- Ils ne me l'ont pas demandé. Je l'ai fait de mon propre chef après un certain temps.

- Donc, si je comprends bien, vous vous forciez à chaque fois pour leur faire plaisir.

La conclusion de la psychologue prit de court Hinata. Dis comme ça, c'est vrai que ça ne paraissait pas bien.

- Savez-vous ce qu'est le viol consenti ?

- Ce n'était pas du viol, proteste Hinata.

- C'est vrai, lors d'un procès ce serait irrecevable. Mais en psychologie, ça en est un dérivé. Bien que vos petits-amis n'aient rien exigé de vous, vous ressentiez leurs envies et vous ne vouliez pas leur déplaire. Le faire par obligation plutôt que par envie, revient à du viol consenti pour la psychologue que je suis. Maintenant, comment faire pour déclencher le désir sexuel qui est peut-être endormi en vous, c'est une autre question.

Karin attrapa une tablette électronique sur son bureau et sembla y chercher quelque chose, laissant Hinata digérer sa déclaration.

- Désolée de l'attente, j'ai changé de tablette, et comme de raison, je ne trouve plus rien. Ah voilà ! Je vais vous poser plusieurs questions qui ont ou non rapport avec votre situation. Répondez seulement rapidement à la question sans trop réfléchir.

- D'accord, acquiesce Hinata, incertaine et mal à l'aise.

- Couleur préférée ?

- Violet.

- Animal préféré ?

- Hum… Colombe.

- Saison ?

- Hiver.

- Décrivez-vous en un mot.

- Hum…

- Le premier mot qui vous vient à l'esprit.

- Hum, renfermée.

- Des frères ou des sœurs ?

- Une petite sœur.

- Décrivez-là en un mot.

- Pétillante.

- La relation entre vos parents est comment ?

- Ma mère est morte quand j'avais cinq ans.

- Morte de quoi ? demande Karin en relevant la tête.

- Cancer du sein.

- Désolée. Après sa mort, comment était votre père.

- Triste, même s'il ne voulait pas le montrer.

- Votre relation avec lui ressemble à quoi ?

- Un peu tendu, je… Je l'ai déçu en choisissant la pâtisserie.

- Il interférait donc beaucoup dans votre vie ? Exigeait-il la perfection de vous ?

- Hum, non. Enfin, oui. Il voulait qu'on ait les meilleures notes de la classe, qu'on soit toujours bien habillées en toute circonstance.

- Et croyez-vous que ce soit possible de l'être ?

- Je ne crois pas que la perfection existe.

Karin garda un instant le silence, le temps décrire quelque chose dans son carnet.

- Je vais peut-être m'avancer un peu vite, mais… J'ai l'impression que vous cherchez inconsciemment à l'être.

Hinata écarquilla les yeux à cette conclusion. Depuis qu'elle avait tenu tête à son père pour réaliser son rêve, elle n'avait jamais cherché la perfection sauf au travail.

- Je m'explique. L'image qu'on renvoie révèle beaucoup plus qu'on ne l'imagine. Votre habillement aujourd'hui est simple, mais il reste très soigné. C'est la première fois qu'on se rencontre, vous n'avez pas opté pour des vêtements trop sophistiqués, ni extravagants et encore moins négligés. Vous semblez avoir réfléchi à ce que vous porteriez pour ce rendez-vous, alors que vous êtes sûrement allée travailler ce matin. Et je ne crois pas qu'une pâtissière s'habille ainsi pour travailler dans la farine et le crémage.

Cette observation laissa Hinata sans voix. La psychologue n'avait pas totalement tort, elle avait pris le temps de se changer avant de prendre la route et elle avait fait attention au choix de ses vêtements. Elle devait avouer qu'elle était impressionnée, mais aussi gênée d'être lu aussi facilement par une inconnue.

- Je ne crois donc pas que le problème soit d'ordre physique. Ce n'est qu'une supposition, mais je crois qu'inconsciemment vous voulez plaire aux autres. Renvoyer l'image d'une femme respectable et la sexualité rentre en conflit avec cette image que vous avez.

- Mais je…

- C'est pour ça que je dis « inconsciemment ». Voire même, le problème est dans votre subconscient. C'est si profond, que même lorsque vous pensez être ouverte à la chose, vous êtes totalement contre. Votre subconsciemment dit à votre corps que ce qu'il se passe est mauvais, d'où l'absence d'excitation durant l'acte. Mais je peux aussi me tromper. Par contre… Le simple fait que vous considériez ça comme un problème qu'il faut résoudre, me laisse entendre que l'intérêt est là. Seulement, il est bloqué par cette image de la perfection.

Hinata ne savait plus quoi dire. Elle ne s'attendait pas à un tel constat en consultant la sexologue. Un besoin de plaire, de renvoyer l'image d'une femme respectable. Il est vrai qu'elle n'oserait jamais porter les vêtements que Karin portait. Ils en dévoilaient beaucoup trop pour elle. Elle était toujours mal à l'aise quand les gens parlaient de sexe devant elle. Inconfortable quand ses copains tentaient de l'exciter. Avait-elle vraiment peur de passer pour une fille sans gêne si elle se mettait à aimer le sexe ?

- Je vais vous faire une liste de chose à essayer. On va y aller par étape, et augmenter le niveau doucement. Si on va trop vite, votre subconsciemment se refermera encore plus. Il faut lui montrer pas à pas, que le désir n'est pas sal et qu'il peut être bon pour vous. Je ne parle pas d'une vie de débauche, mais bien d'une relation saine pour un couple. Votre premier devoir sera de lire. Mais pas des documents scientifiques, ni des romans pornographiques à la Cinquante Nuances de Grey.

Hinata eut une pensée pour sa sœur qui lui avait offert ce livre. Hanabi n'avait sûrement pas pris le temps de se renseigner sur l'histoire, puisque même une psychologue lui déconseillait de le lire pour régler son problème. Karin fit défiler quelque chose sur son écran, notant quelques mots une fois de temps en temps. Puis elle déposa sa tablette sur son bureau et tendit la feuille à Hinata. Des titres de livre recouvraient le tiers de la page, certains avec un numéro entre parenthèse à côté.

- Certains font partis d'une série. J'ai donc écrit le nombre de tome entre parenthèse. Je ne dis pas de tous les lire. Faites une recherche sur chacun, lisez les résumés et achetez-en deux ou trois. Lisez-le et voyez ce que ça donne. Si ça éveille quelque chose, tant mieux, mais je ne crois pas que ce sera aussi facile. J'ai choisi des livres qui sont pour certains très explicites, avec beaucoup de description, mais que je considère plus réaliste que la série de Grey. Le BDSM c'est beaucoup trop avancé pour vous. Je dirais que la série Off-Campus d'Elle Kennedy commence plus doucement pour vous et que la série Charmant de Christina Lauren est un peu plus avancé. Si les descriptions sont encore trop nombreuses, les romans des Édition Harlequin dans la collection Black Rose ou Passions peuvent être un bon tremplin pour commencer. J'ai seulement écrit deux ou trois auteurs sous ces titres, mais il y en a beaucoup. Chacun à ses goûts et son rythme, alors je me contente de vous guider avec une liste de choix, mais c'est à vous de choisir ce que vous préférez lire.

Après avoir payé la psychologue, Hinata la remercia et retourna à sa voiture, la feuille bien cachée dans son sac à main. Elle n'était pas vraiment à l'aise avec l'idée que quelqu'un la voit avec cette liste très personnelle. Durant le trajet de retour, elle repensa en boucle à sa séance avec la sexologue. Est-ce que ces lectures pouvaient vraiment débloquer sa libido ? Ça faisait si longtemps qu'elle avait abandonné l'idée d'en avoir, que peut-être ça ne fonctionnerait pas. Elle aurait peut-être dû tenter quelque chose bien avant. Avant d'entendre Naruto parler de viol consenti, elle ne s'était jamais vraiment inquiétée. Elle se disait que si elle trouvait un homme capable d'accepter son manque de libido, ça ne la dérangeait pas de faire l'amour pour lui faire plaisir. Mais peut-être qu'elle n'avait fait qu'empirer les choses en se forçant durant toutes ces années. Croyant qu'il était impossible d'avoir du plaisir ou de ressentir du désir, elle avait cru que ce qui se passait était normal. Que ça se résumait à ça de faire l'amour dans son cas.

Du coup, Hinata rentra chez elle complètement démoralisé. Pour une fois, Maya n'attendait pas devant chez elle pour discuter. C'était plutôt Naruto, qui se rongeait les ongles. Pas besoin de poser la question, elle devinait sans mal que sa petite sœur était sortie avec son copain, et en tant que grand frère surprotecteur, il avait du mal à rester en place quand elle avait un rendez-vous galant.

- Pour quelqu'un avec ta réputation, tu surprotèges beaucoup ta sœur, soupire-t-elle en insérant sa clé dans le verrou.

- C'est justement parce que j'ai cette réputation, et que Maya ne me ressemble pas, que je ne peux pas m'empêcher de m'inquiéter.

Hinata leva les yeux au ciel, puis elle l'invita à entrer. Elle savait qu'il ne pourrait pas rester seul tant que sa sœur ne serait pas rentrée.

- Sinon, tu étais parti où ? demande-t-il en prenant place à la table. Je suis passé à la pâtisserie et on m'a dit que tu avais un rendez-vous ?

Naruto n'était pas vraiment curieux de savoir où elle était allée, Hinata le savait. Mais s'intéresser à elle, lui permettait de ne pas réfléchir à ce que pouvait faire Shino avec sa petite sœur. Malheureusement pour lui, la pâtissière se voyait mal lui dire qu'elle avait rencontré sa grande sœur pour parler de son problème au lit.

- Je voyais un docteur, répond-elle en restant évasive.

Mais sans qu'elle s'en compte, Hinata rougit. Ce qui intrigua le blond.

- Un rendez-vous gênant ?

- Quoi ?

Le rouge s'intensifia sur les joues de sa voisine et une idée traversa l'esprit de Naruto.

- Est-ce que tu es allée consulter un sexologue ?

Le bafouillement qui répondit à sa question ne laissait aucune place au doute. Il avait vu juste.

- Ma sœur ou quelqu'un d'autre ?

- Qu'est-ce qui te fait croire que j'ai rencontré un sexologue ?

- Tu rougies comme si tu avais honte de quelque chose. Et puisque ça te gêne de parler de sexe…

Hinata resta silencieuse, lui tournant le dos comme une enfant qui le bouderait, avant de finalement se laisser tomber sur une chaise.

- Bon d'accord, j'ai appelé ta sœur et j'avais rendez-vous avec elle tantôt.

Son aveu le laissa surpris. D'abord, il n'avait jamais cru qu'elle suivrait son conseil, puisqu'ils ne se sont jamais aimés, mais aussi qu'elle ait choisi de rencontré Karin pour ça. Elle aurait pu contacter n'importe qui pour éviter d'avoir affaire avec un membre de sa famille.

- Et ça s'est bien passé ? finit-il par demander.

Il devait avouer qu'il était maintenant curieux pour de vrai. Peut-être que si elle réussissait à prendre son pied, elle lui paraitrait moins coincée. Et elle lui tomberait moins sur les nerfs.

- Je ne vais pas parler de ça avec toi ! s'empourpre Hinata.

- Pourquoi pas ? C'est mon idée après tout.

- Et alors ? C'est bien trop gênant.

- Alors je vais tenter de deviner ses conseils.

Karin leur racontait chacune de ses théories sur les problèmes sexuels que l'humain pouvait avoir et comment les régler. Et elle lui donna le goût de lui clouer le bec, lorsqu'elle eut un haussement sceptique des sourcils.

- Il y a tellement de moyen. Les films porno, les livres érotiques, les jouets sexuels… La masturbation. Mais la première étape, comme elle le dirait, est probablement la lecture.

Il savait qu'il était tombé dessus, juste à voir l'air abasourdi de la brune. C'est clair que dans le cas d'Hinata, elle devait débloquer sa libido seule, avant de pouvoir tenter le coup avec un partenaire.

- Et elle t'a sûrement suggéré la série Off-Campus.

- Qu'est-ce qui te fait penser ça ?

- Parce que lorsque j'ai envie d'avoir de bons conseils en lecture pour adulte, ma grande sœur est une référence. Et dans ton cas, il te faut quelque chose de plus soft. Je vois mal Fifty Shade of Grey régler ton problème de libido.

À la mention du Bestseller sadomasochiste, Naruto remarqua le regard fuyant de sa voisine.

- Non, fit Naruto, incrédule. Ne me dis pas que tu as lu ce navet.

- C'est ma sœur qui me l'a offert en pensant que ça m'aiderait. Mais je n'ai pas réussi à finir le premier livre tant je trouvais ça mal écrit. Ça n'a rien à voir avec la grande littérature.

- Et ça ne respecte même pas les lois qui régis la communauté BDSM.

- Comment tu sais ça ?

- Selon toi ? Ma sœur critique ouvertement ce livre pour cette raison. Et en tant que sexologue, elle doit connaître toutes les pratiques « légales » pour pouvoir bien conseiller ses patients. Même si le bondage ne me déplaît pas, être fouetté ne m'excite pas du tout.

Naruto ne fut pas étonné de voir le visage d'Hinata s'empourprer à son commentaire. Ce n'était pas demain la veille qu'elle allait être à l'aise de parler sexe avec lui. Mais puisqu'elle l'aidait avec Maya en étant un bon modèle à suivre à la différence de Karin, il avait envie de l'aider à s'épanouir.

- Mais sinon… En dehors de la lecture pour développer ton imagination, il faut surtout que tu découvres quel type de plaisir qu'il te faut.

Hinata s'étouffa avec sa gorgée d'eau et elle eut du mal à calmer sa toux. Ce qui fit sourire le blond, qui le cacha rapidement derrière son propre verre.

- Type de plaisir ? répète-t-elle avec difficulté.

- Ouai, c'est comme ça que je dis ça. Il y a ceux qui on besoin de musique, de jouet, de contexte… Moi je relis ça aux cinq sens. Certains ont juste besoin de voir leur partenaire se déshabiller, d'autres ont besoin d'entendre l'autre gémir et les encourager. Il y a ceux qui doivent absolument voir les yeux de leur partenaire et les autres qui doivent se tenir la main ou encore s'embrasser. Et c'est différent pour tout le monde.

Il voyait bien que la brune était gênée par son monologue, mais elle avait besoin d'entendre ça. Par contre, il n'allait pas lui dire de quel type de plaisir lui-même avait besoin. Elle n'avait pas besoin de le savoir. Sans compter qu'il s'adaptait très bien aux besoins de sa partenaire du moment.

- Et je suis supposée trouver ça comment ? finit-elle par demander.

- Par essaie et erreur. Mais je suis prêt à faire des suppositions, ajoute-t-il innocemment.

Hinata lui jeta un regard noir qui ne l'intimida pas une seule seconde.

- Je suis prêt à parier que le contexte est important, et que même si tu te masturbes, tu auras besoin d'un scénario complet pour te faire jouir.

Il se prit une orange sur le torse en réponse à son commentaire. Bon c'est vrai que c'était un peu bas, d'autant plus qu'il avait l'impression qu'elle ne s'était jamais adonnée au plaisir solitaire.

- Sinon quelque chose en lien avec les saveurs, s'empresse-t-il d'ajouter.

Et cette supposition sembla intriguer Hinata.

- Développe, demande-t-elle lentement.

- Tu es pâtissière, et sûrement aussi cuisinière, donc tout ce qui est en lien aux saveurs, et peut-être même aux odeurs, peuvent stimuler ta libido. Comme des fraises enrobées de chocolat dans une ambiance tamisée avec des bougies parfumées… à je ne sais pas trop quel parfum, mais tu vois ce que je veux dire.

Effectivement, elle voyait. Par contre, l'un de ses ex avait déjà essayé le truc des fraises au chocolat, à la lumière des chandelles et avec la musique la plus romantique et sensuelle qui soit. Et nada. Son jardin secret n'avait ni tressauté de désir, ni produit de cyprine pour faire changement. Ça avait été un moment agréable, qui n'avait malheureusement provoqué aucune envie sexuelle,

- Sauf que j'ai déjà essayé ça et… Ça n'a rien donné.

- Sérieux ? s'étonne Naruto.

D'accord, il ne s'était pas attendu à ça.

- Bon, ce n'était peut-être pas les bonnes saveurs. Mais je maintins que c'est en lien avec la nourriture.

Hinata leva les yeux au plafond, un brin exaspérée par lui. Ils avaient passé suffisamment de temps ensemble. Il était temps que Maya revienne de son rencard.

Oo0oO

Hinata profita de sa pause dîner pour se rendre à la librairie et acheter tous les tomes de la série Off-Campus d'Elle Kennedy. Naruto semblait dire que c'était une bonne série, donc même si elle ne l'appréciait pas, elle allait écouter sa suggestion. Sans compter que le résumé semblait intéressant, se dit-elle en lisant la quatrième de couverture du premier tome. Elle attrapa les livres puis se dirigea vers la caisse. Elle allait commencer à les lire dès que la journée serait terminée. Mieux valait quelle soit seule et bien installée, si l'histoire devenait prenante et qu'elle commençait à la stimuler.

Malheureusement, si l'intrigue était captivante, la première scène de lit la laissa de marbre. Mais bon, puisque l'histoire était plaisante… Elle le lut jusqu'à la fin, puis entama le second au bout d'une semaine. Le tome deux traînait sur la table, quand Naruto repassa la voir pour éviter, encore une fois, de penser à sa petite sœur qui se trouvait en compagnie de Shino.

- Oh, tu as commencé à lire Off-Campus, sourit Naruto en prenant le livre dans ses mains. Tu trouves ça comment ?

- C'est bien.

- D'accord. Et ?

- Quoi et ? fit-elle en se retournant vers lui.

- Est-ce que ça l'a débloqué ?

Hinata lui tourna le dos en levant les yeux au plafond.

- Je vais prendre ça pour un non, ajoute-t-il en prenant place à la table.

Au fond, il n'était pas étonné. Son problème ne pouvait être réglé aussi facilement. Elle avait besoin de temps pour laisser sortir sa libido de sa cage et l'apprivoiser. Il évita donc de revenir sur ce sujet et lui demanda si ses expériences pour créer un gâteau non-sucré avançait.

- Pas vraiment, soupire-t-elle.

Elle posa une part de gâteau devant Naruto, puis elle s'assit en face de lui avec un morceau pour elle-même. Le blond prit une bouchée avec appréhension. Ce n'était pas aussi mauvais que la dernière fois, mais malheureusement, il était extrêmement sec. Ce qui fait qu'Hinata l'avait couvert d'une plus grosse couche de glaçage en plus de le couper en deux et d'y napper un coulis de fraise.

- Ce n'est pas encore ça, acquiesce Naruto.

- Je vais mettre ça de côté pour quelques semaines. J'ai trois mariages, six anniversaires et une remise de diplôme ce mois-ci.

- Wow ! Tout le monde c'est donner le mot.

Ils mangèrent en silence jusqu'au retour de Maya, qui apportait avec elle, une demande qui les concernait tous les deux.

- Tu veux qu'on travaille ensemble pour la fête de l'école ? Je suis nul en pâtisserie, lui rappelle Naruto.

- Mais tu fais la meilleure pâte feuillée que j'ai jamais goûté. Sans offense, ajoute Maya en se tournant vers Hinata.

- Pas de problème, je n'ai jamais bien fait la pâte feuilletée. Mon beurre finit toujours par coulé durant la cuisson.

- Est-ce que tu es en train de nous demander de faire un mille-feuille géant ? demande Naruto.

- Un mille-feuille géant couvert de fondant serait vraiment original, acquiesce sa petite sœur.

Les deux rivaux se jetèrent un regard incertain. S'ils respectaient les talents de l'autre, et arrivaient à se supporter de plus en plus, ils ne se voyaient pas travailler ensemble.

- Ça vous fera quelque chose à faire quand je serai avec Shino, ajoute-t-elle innocemment.

Hinata se mordit les lèvres pour retenir son rire devant l'air assombri de son voisin. Il avait encore tellement de mal à accepter que sa petite sœur soit dans une relation sérieuse, aussi peu de temps après le quasi viol que son ex avait failli lui faire subir.

- C'est vrai que ce sera plus productif de travailler sur ce projet, que de rester assis sans ouvrir la bouche, approuve la pâtissière.

Naruto leva les yeux au plafond à sa remarque. Il n'était jamais productif quand il savait sa petite sœur en plein rendez-vous avec un garçon. Mais Hinata avait raison. À chaque fois il venait la voir pour penser à autre chose et il l'empêchait de travailler ou encore de lire les livres que Karin lui avait conseillés.

- Pourquoi pas. Ça pourrait être intéressant. Mais je n'ai aucune imagination pour la décoration.

- Je devrais pouvoir gribouiller quelque chose et d'intéressant. Je te le montrerai demain.

- Si j'étais susceptible, je pourrais croire que tu nous mets dehors, ricane Naruto.

- T'as tout compris, acquiesce Hinata en souriant. Maya est revenue et j'ai eu ma dose de Naruto pour aujourd'hui.

Naruto eut un rire jaune, alors que sa sœur cachait son sourire derrière sa main. Mais il l'avait un peu cherché en abordant le sujet de son problème au lit un peu plus tôt. Il était seulement un peu curieux. Tout le monde devrait pouvoir vivre et ressentir le plaisir que le sexe procurait. Il était peiné qu'Hinata n'ai jamais ressenti de désir pour la chose, et que par conséquent, elle n'avait jamais eu d'orgasme. Ça pouvait apporter tellement de bien-être. Il termina donc d'une bouchée le morceau de gâteau qu'elle lui avait donné et lui souhaita une bonne soirée avant de pousser Maya vers la sortie. Ce qui lui rappela qu'il n'était pas sorti dans les bars depuis l'arrivée de sa sœur et qu'il commençait vraiment à être en manque.

- Si je m'absente pour la soirée, tu me promets de rester sage ici et de ne pas inviter de garçon ? lui demande-t-il quand ils sont chez lui.

- Tu sais très bien que je ne ferai rien que tu as déjà fait avant. Alors vas t'amuser avec les filles légères qui peuplent les bars, ricane-t-elle.

Il lui jeta un regard noir, puis se dirigea vers la salle de bain pour prendre une douche. De toute façon, c'était son « jour de congé » demain, alors il pourrait se lever aussi tard qu'il en aurait envie.

Après le départ de Naruto et Maya, Hinata mit de la musique et sortit un calpin à croquis. Elle n'avait pas eu le cœur de dire non à l'adolescente, mais elle n'avait pas vraiment de temps à consacrer à un autre évènement. Elle en avait déjà par-dessus la tête ce mois-ci. Mais d'un autre côté, si elle le faisait en dehors des heures de travail, seulement avec Naruto, ce projet l'occuperait et l'empêcherait de penser à ses problèmes de cœur. Ou plutôt de sexe. Elle se mit à réfléchir à ce qu'ils pourraient faire pour l'occasion. Elle avait l'habitude des anniversaires ou des remises de diplôme, mais c'était la première fois qu'on lui demandait un gâteau pour fête d'école. Et en plus, Maya ne lui avait pas donné beaucoup de détails.

Elle fit plusieurs croquis. Des gâteaux ronds, des carrés, sur un étage, sur plusieurs, droits, déséquilibrés, asymétriques… Hinata en fit de tous les goûts. Elle demanderait l'opinion de Naruto et de Maya le lendemain, et elle en profiterait pour lui demander plus de détails à l'adolescente. Au moins une idée de thème pour la décoration. Et ce qui était bien avec cette collaboration, c'est que son voisin pourrait l'aider avec le fondant. En temps normal, elle laissait ça à Choji qui avait plus de force dans les bras. Il s'occupait de l'assemblage, du fondant et de la livraison, alors que Tenten et elle s'occupaient du reste. C'était toujours un travail d'équipe pour chaque projet. Cette fois-ci, elle laisserait Naruto faire la pâte feuilletée et le fondant, pendant qu'elle s'occuperait de la garniture de fruits, du glaçage et de la décoration.

Ils pourraient toujours l'assembler ensemble, selon le modèle qu'ils auraient choisi. Ignorant quel motif elle devrait ajouter sur le croquis, elle laissa tomber son carnet, attrapa son livre et rejoignit sa chambre. Dès qu'elle eut enfilé son pyjama, Hinata se glissa sous les couvertures et reprit sa lecture. Même si les scènes intimes ne déclenchaient aucune réaction dans son bas ventre, l'histoire en elle-même était suffisamment intéressante pour qu'elle continue de les lire. Une fois qu'elle aurait terminé les quatre tomes, elle irait peut-être en acheter d'autres. Elle verrait en temps et lieux si ça valait la peine après avoir lu « Le but ». À quoi bon en lire d'autre, si ça ne donnait aucun résultat pour son problème. Sa bibliothèque contenait suffisamment de romans non-lus. Quand elle commença à somnoler, elle ferma son livre et éteignit la lumière.