Chapitre Troisième
Espace temps
Étant donné leur nuit quelque peu tumultueuse, Albus fut surpris de se retrouver dans un gigantesque lit chaud.
Une délicate odeur de rose et de jasmin flottait dans l'air frais de la chambre en bordel dans laquelle il se trouvait. Les tons bleus nuits de cette dernière le rassurèrent quelque peu. Cette couleur était la signature du Lord Noir, sa couleur fétiche.
Une main aux doigts abîmés glissa le long de sa colonne vertébrale, dans une douce caresse. Ce n'était pas Gellert, Albus le savait. À vrai dire, il savait Gellert parti depuis un petit moment déjà, deux, voir trois heures tout au plus. Pourtant, il ne s'en inquiéta pas. Il se trouvait dans un étonnant état de sérénité.
— Ce n'est pas très poli de toucher un inconnu endormi sans son consentement.
Le mage se retourna sur le dos, nu, le corps totalement découvert.
Il put ainsi observer le visage mi-surpris, mi-horrifié d'un jeune homme à la longue chevelure ébène, borgne, les épaules voûtées et le regard fuyant.
— Dé...dé...désolé… je ne voulais pas… je…
En dépit du désespoir dans la voix du jeune garçon, ses excuses sonnaient terriblement fausses.
Albus ne le craignait pas cependant. Le garçon n'avait aucun pouvoir. Ou alors une si faible puissance magique qu'il lui était pratiquement impossible de pratiquer la moindre forme de magie. Il faisait face à un cracmol.
Alors non, Albus n'allait ni se battre, ni même s'énerver. Merlin savait où Gellert avait trouvé ce garçon.
— Anastas ! une voix criarde et chevrotante hurla depuis le couloir.
Le garçon y réagit vivement, surprenant le mage, et s'empressa de quitter la chambre.
Albus se redressa.
Au même instant, un plop sonore se fit entendre et Gellert fut derrière lui, assis sur le lit, le capturant entre l'étau de ses bras.
— Quelle est la nature de ta relation avec Dragonneau ? murmura une voix qui lui intima de délicieux frissons sur l'ensemble de son épiderme.
— Il était mon élève… et…
— Et ? Dis le…
— Mon unique moyen de t'atteindre.
— Est-ce vraiment tout ?
— Que voudrais-tu qu'il soit autrement ? C'est un jeune homme intelligent qui n'est absolument pas attiré par le pouvoir. Parfait pour t'arrêter.
Grindelwald ne répondit rien, il déposa une ligne de baiser sur la nuque de son amant d'une nuit.
— Rejoins moi, Albus.
— Je ne peux pas, soupira ce dernier en réponse.
Quand bien même c'était terriblement tentant, il ne faiblirait pas. Il ne tomberait pas de nouveau… non, il n'allait certainement pas sombrer dans les ténèbres de nouveau. Quand bien même il s'agissait là d'une proposition des plus tentante.
— Ensemble nous pourrions être… si forts… imbattables.
— Je ne veux pas tuer d'innocents.
— Pourtant en me combattant, c'est ce que tu fais. Même sans le vouloir, ou le savoir.
Le coeur d'Albus se serra. Gellert était d'une telle cruauté... Mais Albus se complaisait dans son mensonge. Aussi, il ne savait quoi répondre.
Rejoindre Grindelwald était de la pure folie. Mais le combattre l'était tout autant.
— Ce monde ne te mérite pas, Albus. Vois comment le ministère te traite ! Et la solitude… la solitude ne te sied guère.
Quand la main du mage noir glissa entre ses cuisses, Albus ne put retenir un faible râle échapper de ses lèvres.
— Je pourrais prendre soin de toi… et t'aimer…
C'était tentant.
— Nous pourrions nous unir… réellement.
Albus ne put s'empêcher de gémir à cette phrase.
— Nous marier, être heureux.
— Mais le monde serait à feu et à sang. Je ne pourrais pas le supporter, Gellert.
— Mais pour le bien du plus grand nombre, des sacrifices sont nécessaires.
— Je… sais, termina Albus.
— Le veux-tu… ?
Albus papillonna des paupières sans comprendre.
— Nous unir, susurra la voix tentatrice au creux de son oreille.
Comment pouvait-il refuser ?
Le professeur tendit sa main gauche vers le mage noir, sans même penser le geste. Sans surprise, Gellert glissa une bague sur l'annulaire d'Albus. Fine et élégante, Albus y vit gravé à même le noble métal un symbole bien particulier qui signifiait beaucoup pour eux : les reliques de la mort, leur signature.
La tête posée sur l'épaule du mage noir, Albus ne pouvait plus se retenir de gémir. Parler était devenu bien trop difficile.
Il faisait preuve d'une telle faiblesse qu'il en ressentait une terrible honte.
Pourtant, il se laissait volontiers aux bons soins de son amant, amour, ami et ennemi.
Il penserait aux conséquences de ses actes plus tard. L'heure était à l'amour, non la guerre.
oOo
— Ils pensent que je t'ai kidnappé.
— J'en doute. Ils ne sont pas si bête. Ils veulent le cacher au monde entier que le "Grand Albus Dumbledore" s'est délibérément rendu auprès de son ennemi le "Terrible et Terrifiant Lord Noir Gellert Grindelwald".
Un rire lui répondit.
Gellert riait rarement, aussi ce son lui réchauffa un peu le coeur.
Tandis qu'il boutonnait sa veste, il ne pouvait s'empêcher de se sentir profondément triste. Ils allaient de nouveau se quitter, cette fois-ci pour de bon.
— Albus… quand ce monde sera à moi, tu seras là. A mes côtés.
— Je te combattrai jusqu'au bout, Gellert.
Le mage noir fixait le professeur de ses yeux vairons, en proie à une incommensurable peine.
— Rejoins moi, Albus.
— Je ne peux pas. Je ne v-
— Oh non, pas de mensonge ! s'emporta le Lord Noir.
C'était vrai.
Ce n'était pas l'envie qui lui manquait. Albus désirait ardemment rester avec Grindelwald. Mais il aimait beaucoup trop son rôle de professeur pour partir à la conquête du monde. Et quand bien même, l'idée même de tuer des innocents lui donnait la nausée.
Il se contenta, en réponse, de détourner le regard. Grindelwald sut que peu importe ce qu'il pourrait lui dire, Albus ne changerait pas d'avis.
Il le prit alors pour la toute dernière fois dans ses bras et il huma sa délicate odeur, un mélange de fleur et de miel.
Il était temps pour les deux sorciers de retourner à leur guerre.
oOo
Grindelwald les fit transplaner jusqu'à la forêt interdite de Poudlard, un lieu qu'il avait choisi au préalable parce qu'il le pensait sécurisé.
Il s'était lourdement trompé.
Cachés derrière les arbres aux troncs épais et aux branches feuillues, qui atténuaient drastiquement la lumière solaire, attendaient une dizaine d'aurors britanniques prêts à tout pour arrêter les deux plus puissants sorciers de l'histoire.
Il ne leur fallut pas plus d'une seconde pour réagir en conséquence et lancer les sorts basiques de protection. Le mage noir se demandait déjà comment sortir Albus de ce guêpier. Peu lui importait de se faire arrêter, mais l'homme qu'il avait toujours aimé…
Il saisit le sorcier par le bras et pointa sa gorge du bout de sa baguette.
— Merlin, qu'est-ce que tu fais, Gellert ? chuchota le professeur Dumbledore, d'une voix à peine audible.
— Je le tue si vous ne cessez pas dès maintenant ! cria son interlocuteur, sans prendre la peine de lui répondre.
Les attaques cessèrent alors, mais les aurors gardèrent leurs baguettes pointées vers les deux protagonistes.
Transplaner leur était impossible, et ils n'avaient pas de temps à perdre, Grindelwald s'efforça donc à trouver une solution.
Avec toute la panoplie de livres interdits qu'il avait épluché, lu, appris par coeur dans sa jeunesse, ce n'était pas les sorts qui lui manquaient. Il ne lui en fallait qu'un seul capable de les mettre en sûreté, de les transporter… ailleurs. A l'autre bout de la planète, pourquoi pas ? C'était dangereux et cela demandait une telle puissance qu'il en serait vidé.
La première idée qui lui vint à l'esprit n'était peut-être pas la meilleurs.
Il entama une longue litanie de mot latin, Albus ayant pris le relais pour les protéger. Ce dernier ne savait pas ce que le mage fou avait derrière la tête, il n'avait d'autre choix que de lui faire entièrement, complètement confiance.
La formule prononcée, une puissance titanesque se dégagea du mage noir. Les aurors prirent peur et, si la plupart finirent tétanisés, le reste recula de quelques pas, lâchant leur baguette, incapable de la moindre riposte. Jamais ces hommes et ces femmes n'avaient, durant leurs carrières, fait face à un pouvoir si colossal. Ça ne pouvait être humain, c'était inconcevable. Ils se demandèrent pour la toute première fois à quel point cet Autrichien qu'ils combattaient depuis des années pouvaient être fort. Et s'ils parvenaient à le capturer, ce dont ils doutaient dès à présent, comment pourraient-ils le retenir et l'emprisonner ?
Grindelwald enlaça Albus avec une délicatesse qui contrastait avec la rage qui l'animait. Un étrange voile noir apparut et les embrassa pour les emporter ils ne savaient où encore, mais tout ce qu'ils espéraient, c'était qu'ils seraient hors de danger.
Note : L'univers et ses personnages ne m'appartiennent pas. L'histoire en revanche...
N'hésitez pas à laisser un petit commentaire si l'histoire vous plaît ! C'est ce qui m'encourage à poster !
