Chapitre Cinquième

Nouvelles résolutions


Lord Voldemort était dans un état de colère bien particulier en cette journée orageuse. Un éclair zébra le ciel, intensifiant l'air morbide et effrayant du mage noir. Ses fidèles en frissonèrent d'effroi. Le jeune Draco Malfoy s'en retrouvait terrorisé : il ne pouvait détourner le regard de cet être monstrueux aux allures de serpent.

Une vingtaine de sorciers au sang pur étaient attablés et tous s'observait avec une attention bien particulière. En effet, Nagini circulait entre leurs jambes, les menaçant de ses crocs empoisonnés. Draco sursautait chaque fois qu'il sentait la peau écaillée frotter contre ses chevilles.

La pièce étaient plongée dans une semi-obscurité, alors à peine éclairée par quelques chandelles et la présence d'éclairs à l'extérieur. Le lieu était lugubre et poussiéreux, ce qui collait assez bien avec l'image que renvoyait Voldemort.

— Mes amis, commença-t-il faussement d'une voix sifflante, l'heure est… grave.

Il laissa s'écouler quelques secondes, le temps de capter l'entière attention de son petit comité.

— Albus Dumbledore est porté disparu.

Pour son public, il s'agissait là d'une bonne nouvelle qui devait forcément mettre leur maître de bonne humeur. Avec un peu de chance, se disaient-ils, il n'y aurait personne à enterrer. Voldemort continua :

— Severus se présentera en nouveau Directeur à la rentrée scolaire, nous permettant d'avoir la main-mise sur cette école.

Alors qu'un des mages attablés exclama à haute voix sa joie quant à cette nouvelle, la tension se fit plus palpable. Tous attendaient la réaction de leur maître avec une peur terrible. Il fallait être d'une effroyable stupidité pour oser parler alors que le maître s'exprimait. Et ce, quand bien même il venait de finir.

Nagini siffla dangereusement et remonta le long de l'homme, l'emprisonnant contre sa chaise.

— À première vue, c'est en effet une excellente nouvelle. Mais nous parlons là d'Albus Dumbledore. Nous ne devons pas le sous-estimer et vous avez lu les nouvelles tout comme moi. S'il s'est véritablement allié à Grindelwald-

— M… Maître ?

Voldemort jeta à Lucius un regard aussi noir que son âme. Lucius prit grand soin de cacher ses mains tremblantes sous la table.

— Je… je voulais seulement vous rappeler que… que Grindelwald est vieux et mourant.

Voldemort en avait parfaitement conscience. Ses fidèles ne lui apprenaient rien.

Il savait l'ancien mage noir pourrissant dans sa cellule, mourant lentement de faim, de carences et de tout une panoplie de maladies qui le rendaient aussi dangereux qu'un cracmol. Non, Voldemort n'avait certainement pas peur de lui.

Son instinct, cependant, ne le trompait pas. Il avait ressenti une incroyable force au moment de la disparition des deux sorciers.

Il n'en fit cependant pas part à ses soldats. Ces derniers avaient suffisamment à faire.

oOo

Harry ne comprenait strictement rien à ce qu'il se passait.

Il avait été "enlevé" par des versions plus jeunes des deux mages les plus puissants de ce siècle.

Assis dans une petite cuisine aux tons chaleureux, avec son mobilier tout de bois conçu et ses couleurs rouges-orangées, le jeune homme dégustait le meilleur chocolat chaud de toute son existence. C'était à la fois doux et sucré, parfaitement dosé pour ainsi dire. Albus s'était attelé très vite à la préparation de cette exquise boisson chaude après leur arrivée dans un appartement meublé et étonnamment propre, en plein centre de Londres.

Il avait été contraint de leur raconter son histoire, plusieurs fois, de répéter des faits, jusqu'à même leur décrire le vieil Albus Dumbledore qui avait alors disparu ; difficile de rater les unes des journaux sorciers de toute façon.

— Lord Voldemort, susurra Gellert, alors confortablement installé sur une chaise, une pile de journaux à portée de main.

Albus se pencha par dessus son épaule pour lire le vieil article biographique sur le fameux Lord Noir. Un petit rire lui échappa alors. Les deux puissants sorciers se jetèrent un regard mi-amusé-mi-aimant.

Albus, bien que déstabilisé par le fait de s'être retrouvé propulsé dans une époque totalement différente de la sienne, tant sur le plan social que technologique, était ravi. Il s'agissait pour lui d'un heureux coup du destin qui leur permettait, à Gellert et lui, de prendre un nouveau départ et d'oublier leur confrontation qui avait mené son vis-à-vis en prison - ce qu'il venait de découvrir dans les journaux. Il se retrouvait donc d'extrême bonne humeur, ce que le mage noir s'empressa de noter. Bien sûr, il n'était pas complètement naïf, il connaissait suffisamment Gellert pour savoir que ce dernier n'avait pas oublié son désir de conquête. Et, évidemment, il ferait tout son possible pour l'éviter. Mais il gardait au fond de lui cet espoir stupide que, peut-être, il pourrait enfin être heureux avec cet homme qu'il aimait autant qu'il admirait autrefois. Ses sentiments à son égard n'ayant jamais changé, cet espoir n'en devenait que plus fort encore. En devenait-il stupide ? Inconscient, plutôt ? Il préférait ne pas se poser la question pour l'instant.

De son côté, le mage noir était tout aussi enchanté, cependant, pas le moins du monde naïf. Il se méfiait autant qu'il appréciait cette proximité nouvelle entre lui et son unique amour. Il avait parfaitement conscience qu'à tout moment, Albus n'hésiterait pas à dégainer sa baguette pour l'en menacer. Il n'avait pas encore détruit le résultat de leur pacte de "non-agression", mais ce n'était là qu'une broutille. Le talent d'Albus était tel qu'il n'en doutait pas : Gellert savait qu'un jour ou l'autre, le mage blanc le réduirait à néant.

Alors avant qu'une telle chose ne se produise, il gardait à l'esprit cet espoir un peu fou de rallier Dumbledore à sa cause.

Quoique sa cause était motivée par ce désir d'éviter une nouvelle guerre aussi destructrice que la Première Guerre Mondial. À cette époque, ce pourquoi il avait toute sa vie oeuvré avait-il seulement lieu d'être ? Il n'en savait rien, et de toute façon, il lui fallait tout d'abord éviter celle que risquait de créer cet "effrayant" Lord Noir, Jedusor.

Grindelwald plia et posa son journal, après s'être levé. Il s'approcha du jeune sorcier, le regard brillant d'une curiosité qu'il ne parvenait que difficilement à cacher. Le moyen le plus simple et le plus rapide d'en apprendre plus, dans les moindres détails, sans altération possible, était d'entrer dans l'esprit du dénommé Harry Potter.

— Mon garçon, évidemment tu peux refuser, tu en as parfaitement le droit et même, je comprendrais que tu refuses. Je vois cependant que tu es un sorcier valeureux et combatif, un jeune homme talentueux, un brillant sorcier en devenir !

— Gellert, soupira doucement Albus.

— Attends, j'y viens. Donc, Harry Potter, j'aimerai entrer dans ta tête et voir tout cela de mes propres yeux, si tu me le permets, bien évidemment.

Pour Albus, ce discours frôlait le ridicule. Aussi, lorsqu'il tourna le regard vers le jeune Harry, il fut surpris de découvrir ce dernier en pleine admiration envers le Mage Noir. Enfin, ce n'était pas tellement étonnant.

Gellert Grindelwald possédait ce charisme magnétique qui faisait que toute personne l'approchant d'un peu trop près s'en retrouvait irrémédiablement aspiré. Personne ne pouvait lui résister, c'était un fait. Albus en avait fait les frais, autrefois… Grindelwald était un habile manipulateur, un fin séducteur. Il charmait, trompait et tuait sans aucun état d'âme, la seule exception ayant été le professeur et Directeur en devenir.

— D'accord.

Ce fut là les seuls mots que prononça le garçon, avant que Grindelwald n'exécute son plan et n'entre profondément dans son esprit.

C'était un environnement des plus chaotique. Gellert reconnut là un esprit vif et brillant, un homme d'action, un auror en devenir, probablement. Et il comprit notamment bien mieux pourquoi le destin l'avait choisi lui. Car en plus de devoir remettre les évènements dans l'ordre, le mage noir en apprit davantage sur cette époque qui signait la fin d'un siècle. Sa haine envers les moldus se raffermit quand il vit le traitement que le gamin avait subi des années durants. Des animaux, il ne pouvait s'agir que de ça.

Le professeur de Poudlard ne résista pas longtemps et, pris d'une curiosité sans nom, il entra dans l'esprit de Harry, par l'intermédiaire de son amant. Lui aussi fut frappé par la horde de souvenirs mêlés, anarchiques du garçon, mais il parvint à les rassembler en un semblant d'ordre de sorte à pouvoir de lui-même constater les ravages de cette guerre qu'avait lancé le fameux Lord Voldemort.

Ce qui le surprit bien plus encore, c'était à vrai dire lui-même.

Il voyait son vieux lui interagir avec le garçon d'une façon qui n'avait presque rien d'humaine. Comment avait-il pu le laisser aux mains d'aussi ignobles moldus ? Le manipuler et l'enrôler dans une guerre où le garçon pouvait à tout moment perdre la vie ? Un désagréable frisson lui parcourut l'échine et il préféra alors quitter l'esprit rebelle et agité de l'élu.

Gellert ne tarda pas à faire de même. Harry en ressentit une énorme fatigue, en plus d'un très léger mal de tête. Il put prendre congé des deux sorciers et rejoint le salon, où il s'effondra sur le canapé.

Albus s'attela machinalement à la préparation d'une nouvelle tasse de chocolat chaud. Il ignora son vis-à-vis qui se rapprochait. Il ignora les bras qui encerclèrent sa taille. Il ne put en revanche rester de marbre aux lèvres qui carressaient sa nuque.

— Je suis un monstre, prononça-t-il d'une voix atone.

Un petit rire grave, plaisant à l'écoute en dépit du ton froid, lui répondit alors.

— Je n'aurai pas dit cela ainsi. Albus, tu n'es pas un monstre, tu es, comme moi, pragmatique. Et surtout, ce Albus a vécu plusieurs guerres, vu un nombre innommable de morts. Non, tu n'es pas un monstre, tu as juste… changé. Et tu t'es adapté. Ne te dénigre pas de la sorte.

À ces mots, Albus se retourna et enlaça le mage noir. Il plongea un regard empli de désespoir dans les orbes atypiques du puissant sorcier qui lui faisait face. Ils restèrent silencieux de longues minutes, savourant la présence de l'autre, et cette sensation de tranquillité fort agréable.

— Qu'est-il arrivé aux anciens nous ? questionna finalement le mage blanc.

— Je ne sais pas…

— Tu nous as sauvé, mais à quel prix, Gellert ?

Il vit ses sourcils se froncer à cette question. Le fait est que Gellert n'en avait pas la moindre idée. Albus poussa un long soupir, puis la détermination remplaça ce début d'angoisse qui commençait à gonfler dans sa poitrine. Il déposa ses lèvres sur celle du mage noir, pour un chaste et rapide baiser. Il se trouvait faible, d'agir de la sorte, mais c'était aussi une situation des plus plaisante, de l'avoir pour lui et de pouvoir commencer quelque chose.

Une relation saine et stable.

Gellert, qui en avait conscience, le trouvait bien naïf.


Note : L'univers et ses personnages ne m'appartiennent pas. L'histoire en revanche...

N'hésitez pas à laisser un petit commentaire si l'histoire vous plaît ! C'est ce qui m'encourage à poster !