Réponse à Pouette : Non mais c'est toi qui pose le plus de question et c'est toi la seule personne à qui je ne peux pas répondre en privé xD Alors je ne vais pas répondre à tout bien sûr, il faut garder un peu de mystère et de découverte pour la suite mais je veux juste répondre pour Ben. Ne t'attends pas à le voir dans l'histoire, j'ai un peu totalement son existence...Pardon Ben. Enfin maintenant que je me suis lancée dans la rédaction de bonus et que tu m'as gentiment rappelé l'existence de Benny-Boo, je vais peut-être réussir à l'insérer quelque part, faut que je réfléchisse et que je ne me complique pas trop l'histoire. Mais de manière globale, faut pas vous attendre à voir Ben x) Et sinon c'est Tommy pour Tom. Tom le Dragon, parce que "les prénoms à trois lettres ce sont les plus cools !" (dixit Petit Mal). Et oui il est possible que Tom fasse son apparition dans l'histoire principale, ou pas. Ca dépend vraiment de comment je gère toutes mes idées et si je vais au bout de tout ce que je veux faire.
Sachez que cette histoire était initialement prévue pour avoir une dizaine de chapitres, mais que maintenant je vise plutôt 25. Sans compter les bonus et tous les ajouts à venir dont je n'ai même pas encore conscience. Est-ce que je suis en train de me laisser déborder par tout ça ? Oui. Est-ce que c'est grave ? Non, parce que je m'amuse tellement à l'écrire.
Allez j'arrête de parler et je vous laisse avec le nouveau chapitre. Bonne lecture !
Une routine de cohabitation s'installa rapidement entre les deux filles.
Pour Evie, cela ne changeait pas grand-chose. Sa vie était globalement restée la même. Elle allait à l'école, faisait les courses et les repas, et passait de longs moments à faire ses nombreux devoirs. La seule différence était qu'elle devait préparer à manger pour deux - presque pour trois, vu l'appétit de sa nouvelle colocataire - et qu'elle prenait maintenant Mal en considération dans chacune de ses décisions. En retour, elle se sentait moins seule et avait quelqu'un avec qui regarder un film, jouer à un jeu ou simplement discuter et raconter sa journée. Du moins quand Mal était d'humeur à sortir de sa tanière et à passer du temps avec elle.
Mal restait toujours énormément dans sa chambre. Evie lui avait proposé de se servir dans sa bibliothèque, et elle voyait régulièrement des livres disparaître et réapparaître, agréablement surprise de découvrir que la blonde semblait apprécier la lecture. Elle lui avait aussi donné l'autorisation - elle avait rapidement compris que Mal n'osait pas prendre d'initiatives et se servir dans les différents meubles de la maison, dont elle veillait à fréquemment glisser des autorisations dissimulées dans des invitations ou des demandes de service - de jouer avec les nombreux puzzles et casse-têtes que sa mère avait toujours préféré lui acheter plutôt que des jouets, et Mal alternait entre passer des heures dessus et pester sur eux de frustration. La voir se disputer avec un casse-tête un peu compliqué était particulièrement divertissant et Evie adorait assister à ce genre de scène lorsque Mal lui en laissait la possibilité. Mais la plupart du temps, ces disputes se faisaient dans sa chambre, à l'abri des regards.
La chambre de Mal était devenue son refuge, et même si Evie aimait l'idée qu'elle s'y sente bien, peut-être même comme chez elle, elle était un peu déçue de toujours devoir être celle qui allait l'en déloger, l'appâtant avec de la nourriture ou une activité.
Enfin, presque toujours. Il y avait une exception, un moment quotidien où Mal semblait soudainement en recherche de la compagnie d'Evie, et c'était toujours quand celle-ci s'installait à la table basse du salon pour faire ses devoirs.
Mal la rejoignait alors, sans un mot, un casse-tête ou un livre à la main, et s'installait près d'elle sans la déranger. C'était presque devenu un rituel. Un rituel un peu étrange et surprenant, mais agréable, et Evie se mit presque à anticiper de plaisir le moment des devoirs.
Elle avait toujours été bonne élève. Depuis son plus jeune âge, sa mère avait placé ses exigences scolaires particulièrement haut, et avait veillé à ce que sa fille y consacre le temps nécessaire, lui fournissant tous les outils dont elle avait besoin pour se créer une méthode de travail efficace et consciencieuse.
D'un naturel appliqué et studieux, Evie n'avait jamais éprouvé de difficulté particulière en classe et s'était donc hissée au rang de première de classe rapidement, pour ne jamais le quitter. Par conséquent, ses devoirs n'avaient jamais vraiment représenté une corvée à ses yeux. Certains jours ils étaient plus contraignants que d'autres, mais globalement, elle s'était toujours suffisamment investie dans son travail pour en tirer une certaine satisfaction.
Mais absolument rien ne l'avait préparée à ce que cela devienne son moment préféré de la journée.
Généralement, Mal se contentait d'être là et de s'occuper en silence sans faire attention à elle, mais parfois, Evie pouvait sentir son regard posé sur elle, qui l'observait sans un mot. Ça la déconcentrait, évidemment, mais elle ne s'en plaignait jamais, faisant de son mieux pour faire comme si de rien n'était, comme si elle ne savait pas que le moindre de ses mouvements était regardé et décortiqué. Elle était un peu curieuse de savoir ce qui se passerait si elle levait brusquement la tête pour rencontrer le regard de Mal, mais elle avait trop peur de sa réaction et de son rejet potentiel pour prendre le risque.
Alors elle s'habituait à avoir ces yeux posés sur elle, et continuait de travailler. L'attention de Mal finissait toujours par être attirée autre part, soit parce qu'elle se lassait, soit parce qu'elle trouvait des réponses à ses questions silencieuses.
Mais cette après-midi-là, alors qu'Evie était occupée à se débattre avec un schéma un peu compliqué pour son cours de biologie, Mal ne se contenta pas seulement de l'observer et, après l'avoir regardée gommer sa feuille avec frustration pour la troisième fois de suite, sa voix retentit.
— Tu n'as pas l'air très douée.
Evie leva la tête en direction de Mal, totalement prise au dépourvu par son commentaire sorti de nulle part. C'était la première fois qu'elle lui adressait la parole pendant qu'elle faisait ses devoirs. L'expression de la blonde était, comme toujours, parfaitement détachée, mais un petit sourire moqueur s'étirait sur ses lèvres et Evie plissa les yeux, réalisant ce qu'elle venait de dire.
— J'ai des tonnes de talents, objecta-t-elle, légèrement vexée.
— Le dessin n'en est visiblement pas un.
Evie fronça les sourcils, plus agacée par ce schéma qui refusait de prendre forme que par l'intervention de Mal, et poussa sa feuille et son crayon en direction de celle-ci.
— Tiens, je t'en prie, dessine ces stupides intestins si tu penses que c'est facile.
Mal la fixa un instant, ses yeux verts alternant rapidement entre elle et la feuille froissée d'avoir trop été gommée. Une lueur qu'Evie n'avait encore jamais vu y brillait et elle songea à l'interroger ou la provoquer sur son hésitation lorsque Mal se décida à jeter un coup d'œil au modèle dans le cahier et à tenter de le recopier habilement.
Evie en eut le souffle coupé, parce que le trait de crayon de Mal était sûr et affirmé, et ses courbes étaient presque parfaites. Rapidement, à la place de ses multiples traits mal effacés apparut le schéma d'un système digestif aux proportions impeccables, qui ne demandait qu'à être annoté.
— Tu dessines, émit la brune dans un souffle émerveillé.
Concernant n'importe qui d'autre, cette découverte aurait été anodine. Sympathique, mais quelconque. Sauf qu'ici, il s'agissait de Mal, et Evie avait l'impression d'avoir fait la découverte de l'année. Depuis des jours qu'elles cohabitaient, elle avait à peine percé la coquille de l'autre fille qui restait secrète sur beaucoup de choses. Découvrir qu'elle avait un talent, peut-être même une passion, était une grande avancée et Evie en avait presque envie de sautiller d'excitation.
Le haussement d'épaule peu emballé de Mal mit rapidement un terme à son enthousiasme.
— Ouais. Je dessinais.
— Tu as l'air plutôt douée, souleva Evie en attirant le dessin vers elle pour l'observer de plus près. Pourquoi as-tu arrêté ?
— Trouver du papier et un crayon n'était pas une priorité dans la rue.
Un silence suivit cette réponse plus qu'évidente et Evie se mordilla la lèvre de culpabilité.
— C'est vrai. Désolée.
Mal haussa à nouveau les épaules avant de détourner le visage.
— C'est un passe-temps stupide et inutile de toute façon, dit-elle d'une voix lointaine, plongée dans des souvenirs oubliés. Une perte de temps.
— Je ne suis pas d'accord. Aucune activité n'est inutile si elle rend la personne qui la pratique heureuse.
Mal ne répondit rien, fixant résolument un point droit devant elle. Evie lui laissa un moment avant de reprendre la parole, hésitante.
— Il y a des tonnes de cahiers, de papiers et de crayons ici. Ce n'est pas du matériel très professionnel, mais si tu veux les utiliser, ça encombre plus les armoires qu'autre chose.
Un grommellement incompréhensible lui répondit, ce qui était déjà plus que ce à quoi elle s'attendait. Le message était passé et c'était le plus important. Mal en fera ce qu'elle voudra. En attendant, Evie avait un schéma de système digestif à compléter.
oOoOoOo
Après avoir regardé Raiponce ensemble à la demande de Mal, les deux filles s'étaient mises d'accord pour noter le titre de tous les films d'animation Disney sur un papier et les mélanger dans une boîte, où elles en tireraient un au sort à chaque fois qu'elles auraient envie de regarder quelque chose, jusqu'à les avoir tous vus ou revus. C'était un projet ambitieux et en même temps excitant, et c'était surtout la première fois qu'elles se projetaient ensemble dans quelque chose.
L'élu de ce vendredi fut "La princesse et la grenouille", et elles s'installèrent donc sur le canapé - chacune à une extrémité, au plus grand désappointement d'Evie - avec un gros bol de popcorn entre elles.
En recensant la liste de tous les films existants, elles avaient bien vite constaté que Mal n'en avait vu qu'une petite poignée, mais tellement de fois qu'elle les connaissait sur le bout des doigts, tandis qu'Evie les avait presque tous vus au moins une fois mais n'avaient vus et revus que ceux impliquant une princesse.
Le film du jour n'étant qu'un énième revisionnage pour elle, l'attention d'Evie en dévia bien vite, préférant observer le spectacle offert par Mal, qui découvrait ce film pour la première fois et qui semblait s'être fait littéralement absorbée par l'écran. Il y avait quelque chose de si pur, doux et innocent dans les émotions qui défilaient sur son visage au rythme des images et des chansons, et toutes les barrières qu'elle dressait habituellement autour d'elle avaient finalement disparu, emportées par l'obscurité et la magie du film.
Tout en l'observant, Evie ne put s'empêcher de à nouveau se demander quel était l'histoire de cette petite fille émerveillée à moins de deux mètres d'elle. Qu'avait-elle bien pu traverser, à quel point avait-elle souffert, et comment avait-elle fait pour devenir l'adolescente renfermée et méfiante qu'elle côtoyait désormais tous les jours ?
Il y avait encore tant de questions en suspens, tant d'interrogations et de doutes qui planaient autour d'elles, et elle savait qu'elle n'avait même pas commencé à en effleurer les réponses.
Pourtant, dans l'immédiat, elle n'était plus certaine de vouloir les réponses. Tout ce qu'elle voulait, c'était que l'expression qu'arborait actuellement le visage de Mal, cette expression d'émerveillement et de bonheur, y reste gravée pour toujours. Avancer pas à pas, moment après moment, film après film.
Evie ne savait pas d'où Mal venait et encore moins où elles allaient, mais elle était certaine d'une chose : elles avançaient dans la bonne direction.
oOoOoOo
Evie était dans la cuisine, occupée à préparer le repas tout en essayant de se libérer du stress de la mauvaise journée qu'elle venait de passer à l'école. Il ne s'était rien passé de dramatique, mais il y avait certains jours où toutes ses responsabilités lui pesaient et aujourd'hui étaient l'un d'eux.
Heureusement, cuisiner avait toujours été une activité relaxante pour l'adolescente, particulièrement des jours comme celui-ci, la laissant profiter du calmer environnant et de l'obéissance des aliments qui se comportaient exactement comme elle le souhaitait.
En rentrant, elle avait trouvé le salon vide, lui indiquant que Mal était dans sa chambre, comme la plupart du temps. Evie avait appris que si Mal voulait de la compagnie ou autre chose, elle était parfaitement capable de descendre par elle-même, et l'avait donc laissée où elle était jusqu'à l'heure de manger.
Sauf qu'Evie était tellement stressée qu'elle n'avait pas tout de suite attaqué la préparation du repas, préférant faire un gâteau au chocolat en priorité. Et immanquablement, les odeurs de cuisson de gâteau prouvèrent encore une fois qu'elles étaient la seule technique imparable pour faire sortir les animaux de leur repère, car Mal ne tarda pas à la rejoindre dans la cuisine et à s'asseoir juste en face d'elle, la mine un peu boudeuse.
— J'ai faim.
— Tu as tout le temps faim, rétorqua Evie sans lever les yeux des pommes de terre qu'elle était occupée à éplucher.
Cela eut le mérite d'arracher un léger sourire à Mal, qui parcourut la pièce des yeux, s'arrêtant un peu plus longuement sur le four.
— Est-ce qu'on va avoir du gâteau pour le repas ?
— Non. Mais tu peux en avoir pour le dessert, si tu veux.
— Mais le dessert semble si loin, tu viens à peine de commencer à préparer, geignit Mal.
Evie lui fit les gros yeux avant de lui tendre la pomme de terre qu'elle avait à la main ainsi que le couteau économe.
— C'est une bonne chose que tu sois là pour aider alors.
Mal la fixa un instant, apparemment éberluée qu'elle puisse lui proposer ça. Son expression était presque comique mais Evie, qui avait mieux à faire que d'attendre le bras tendu qu'elle se décide, s'impatienta rapidement.
— Tu veux que j'aille plus vite ou pas ?
— Je n'ai jamais fait la cuisine.
— Il faut une première fois à tout. Et ce n'est pas en épluchant quelques légumes que tu risques de mettre le feu à quoi que ce soit.
Mal semblait encore hésitante mais elle finit par prendre ce qu'elle lui tendait, observant la pomme de terre d'un air méfiant. Evie décida de la laisser se débrouiller, allant chercher un couteau pour continuer sa part du travail. Trois pommes de terre épluchées plus tard, Mal terminait à peine celle qu'elle lui avait donné et la jetait fièrement dans la casserole d'eau froide. Attrapant la plus grosse de la pile restante, elle l'examina avec attention, oubliant déjà sa mission.
— Hé Evie ?
— Hm ?
— Tout ce délire de nourriture bio et de repas maison, c'est ton truc à toi ou c'est ta mère qui y tient ?
Evie leva les yeux, croisant son regard qui ne reflétait aucune malice, juste de la curiosité.
— C'est parti de ma mère, je suppose. Elle est très attachée à la qualité de notre nourriture et a tout ce qui est fastfood ou industriel en horreur. Par contre, je pense ne jamais l'avoir vue toucher à un fourneau. J'ai été éduquée en ne mangeant que des repas préparés par un traiteur ou une bonne, selon les périodes. Quand j'avais une dizaine d'années elle m'a payé des leçons de cuisine avec une nutritionniste adorable, et c'est comme ça que j'ai découvert que j'adorais cuisiner, à sa plus grande satisfaction. Ma passion pour la pâtisserie a été un peu moins bien accueillie, ajouta-t-elle avec une petite grimace.
Mal fronça les sourcils, comme si cette réponse ne la satisfaisait pas entièrement, mais ne commenta pas. Evie réfléchit un instant, cherchant autre chose à dire sur le sujet, puis décida de le dévier. Elle savait que c'était risqué, parce que Mal semblait ouverte et avoir envie de parler, et qu'évoquer ses parents n'avait jusqu'à présent eut comme seul effet que de la faire retourner dans sa coquille, mais c'était justement parce qu'elle semblait ouverte que c'était l'occasion idéale.
— Et toi Mal ? interrogea-t-elle d'une voix douce et prudente. Est-ce que tes parents t'ont transmis, ou au moins essayé de te transmettre quelque chose de particulier ?
Un petit rire moqueur, presque dédaigneux, lui répondit aussitôt.
— Je suppose qu'on peut dire que ma mère m'a transmis l'art d'être désagréable en toute circonstance.
Ce n'était pas le genre de réponse auquel s'attendait Evie, mais c'était une réponse, ce qui représentait déjà beaucoup. Alors, plutôt que d'insister et d'enchaîner avec la myriade d'autres questions qui lui venaient en tête, elle se contenta d'un petit sourire taquin.
— C'est plutôt rassurant de savoir que tu n'es pas née ainsi, lança-t-elle d'une voix légère.
Mal lui répondit en lui tirant la langue et Evie rit doucement avant de retourner à sa pomme de terre. Elle supposa que Mal fit de même car un silence s'installa entre elles, mais elle eut la surprise de l'entendre reprendre la parole après un raclement de gorge maladroit.
— Et sinon…Hm…Tu as passé une bonne journée ?
Il n'y avait aucun mot pour décrire la joie qu'Evie ressentit en entendant ça. Les quelques fois où elle avait tenté de raconter sa journée à Mal, elle avait toujours eu l'impression que celle-ci n'en avait rien à faire et l'écoutait uniquement par politesse, ou parce qu'elle se sentait obligée. Découvrir que ça l'intéressait, ou au moins que ça la distrayait suffisamment pour qu'elle en redemande, était un vrai soulagement. Sans compter que ça laissait enfin la porte ouverte aux milliards d'anecdotes qu'elle avait toujours dû laisser sur le seuil de sa maison vide, où il n'y avait jamais eu personne à qui les raconter.
oOoOoOo
Le silence régnait en ce début de soirée alors que les deux filles étaient installées autour de la table basse du salon, chacune à une extrémité, profondément concentrées sur leur tâche respective.
Sa pile de devoirs quotidiens pour l'une. Des petits gribouillis et ébauches de dessins pour l'autre.
Plusieurs minutes s'écoulèrent dans un calme absolu, uniquement interrompu par le bruit des mines sur le papier, et parfois les coups de gomme mécontents. Plus rarement encore retentissaient un petit grognement d'insatisfaction, et ce fut à la suite de l'un d'eux qu'Evie abandonna son travail pour poser les yeux sur Mal, l'observant avec curiosité alors que celle-ci était plongée dans sa création, quelle qu'elle soit.
Cela faisait seulement quelques jours qu'elle s'était remise au dessin, après avoir dégoté un carnet de croquis au fond d'une armoire. Elle le trimballait désormais partout avec elle et y mettait soigneusement à l'abri chacune de ses œuvres, rejetant toutes les tentatives d'Evie pour y jeter un coup d'œil. Malgré sa curiosité inassouvie, celle-ci qui se consolait en admirant la passion et l'investissement de Mal pour cette activité.
— Tu sais, il y a des cours d'arts plastiques dans mon école, fit-elle remarquer à voix haute.
— Ouais, et ?
Mal n'avait même pas levé les yeux de son carnet, ne stoppant même pas son crayon pour lui répondre.
— Je ne sais pas. Je me disais que ça pourrait être bien que tu puisses t'exercer dans un cadre structuré, avec un professeur pour te conseiller et tout le matériel que tu veux.
Cette fois, le crayon cessa aussitôt de glisser sur le papier alors que deux yeux d'un vert intense se posaient sur Evie, la sondant en silence avant d'abattre leur jugement.
— Je ne suis pas inscrite dans ton école, Evie.
— Je sais, répondit celle-ci avec une petite moue désappointée, et tout ce qui pouvait découler de cet échange resta suspendu dans l'air, sans qu'elle n'ose l'aborder plus en profondeur.
A la place, elle baissa les yeux sur les exercices qui étaient toujours face à elle, et reporta aussitôt son attention sur Mal, animée par une nouvelle idée.
— Tu veux m'aider avec mes devoirs ? proposa-t-elle d'une voix enjouée et enthousiaste, qui fut accueillie par un regard méfiant.
— Je ne fais pas de maths, répliqua aussitôt Mal d'une voix acide, témoignant de tout le mépris qu'elle avait pour cette matière.
Evie ne put s'empêcher de rire doucement face à ce dégoût évident avant de secouer la tête.
— Ce ne sont pas des maths, ce sont des mises en situation pour mon cours d'éthique. J'ai des petits contextes variés et on me demande ma manière de réagir, et pourquoi. J'en ai une dizaine à faire, et je me disais que ça pourrait être amusant de les faire ensemble.
— Des situations comme...comment réagir quand quelqu'un tente de vous voler votre sac dans la rue mais échoue ? Je suis certaine que l'inviter à manger et puis à venir vivre avec lui n'est pas dans les scénarios recommandés.
Evie rit à nouveau, d'un rire pur et pétillant qui fit étinceler ses yeux.
— Il n'y a pas de recommandations, on récolte juste les avis de chacun et puis on en discute en classe. Et je reste persuadée que c'était la meilleure réaction à avoir, d'autant plus que tu n'étais pas le voleur.
Mal grommela quelque chose qu'Evie ne parvint pas à comprendre et préféra ignorer, revenant au sujet initial.
— Tu veux participer ou pas ? La première mise en situation demande comment on réagirait si on voyait quelqu'un tricher pendant un examen. Qu'est-ce que tu ferais ?
— Ça ne peut pas m'arriver, je suis toujours la personne qui triche.
Malgré sa réponse moqueuse, Mal se rapprocha d'Evie, visiblement intéressée.
— Et toi, comment tu réagirais si tu me voyais tricher pendant un examen ? demanda-t-elle avec un sourire narquois.
Evie pencha la tête sur le côté, amusée par le détournement de l'exercice et réjouie par la participation de l'autre fille.
— Ça dépend, est-ce que tu copies sur moi ?
— Pas sans ton autorisation, s'indigna aussitôt Mal d'une voix solennelle.
— Dans ce cas je te dénonce, parce que tu es stupide de tricher avec quelqu'un d'autre alors que je suis indéniablement la meilleure de la classe.
Le rire de Mal se fit entendre, rare et précieux, et le cœur d'Evie s'emballa. Comme toujours, il se fit suivre par une remarque piquante mais délicieuse, et leur échange se poursuivit dans la bonne humeur, enchaînant les énoncés et ignorant les consignes de l'exercice, mais qui s'en souciait ? L'important était qu'elles étaient en train de passer un bon moment ensemble, riant et s'amusant autour d'un devoir, presque comme deux véritables amies.
oOoOoOo
— Non maman, je ne reste pas avec ces garçons, je t'assure. Ils sont juste dans ma classe...Non ils ne perturbent pas les cours, c'était juste un accident amusant...
Assise à table, Mal mangeait en silence, faisant de son mieux pour ne pas écouter la conversation téléphonique d'Evie. Mais la maison était silencieuse et l'autre fille se trouvait à quelques mètres d'elle, ce qui rendait la tâche plus compliquée et l'obligeait à entendre malgré elle.
— Maman ! Pas besoin d'appeler l'école pour le signaler, le professeur était présent !
L'anecdote du jour avait été fournie par un des camarades de classe d'Evie, qui avait trouvé un moyen de mettre le feu aux cheveux de son voisin de devant en cours de chimie. Beaucoup de fumée et de frayeur, quelques heures de colle pour le petit malin mais au final, aucun dégât et une histoire drôle qu'Evie avait pris plaisir à raconter, d'abord à Mal, puis à sa mère qui avait justement choisi cette soirée pour téléphoner.
Depuis qu'elle était arrivée, Mal n'avait pas encore eu le privilège de rencontrer la mère d'Evie, ce qui prouvait que celle-ci n'avait pas menti en disant vivre seule. Ça soulevait aussi quelques questions sur l'intérêt que Queen Grimhilde portait à sa fille, mais elle avait au moins le mérite de téléphoner régulièrement, ce qui la plaçait largement au dessus de celle de Mal dans le classement des meilleures mères.
— Oui maman, je sais.
La voix d'Evie était lasse et fatiguée. C'était toujours comme ça. Elle décrochait le téléphone d'une voix réjouie et enjouée, heureuse de pouvoir parler avec sa mère, mais finissait toujours déçue, contrariée ou triste. Elle faisait de son mieux pour ne rien laisser paraître mais Mal n'était ni aveugle ni stupide. Au contraire, elle était même très observatrice, et il ne lui avait pas fallu longtemps pour noter que ces conversations téléphoniques, en plus de littéralement aspirer l'énergie et la bonne humeur d'Evie, avaient toujours lieu aux alentours des repas, et semblaient aussi lui couper l'appétit.
— D'accord maman. Je sais. Je te tiendrai au courant. Oui. Au revoir.
Evie raccrocha et revint s'asseoir en face de Mal, s'asseyant lourdement sur sa chaise, toute la fatigue provoquée par cet échange de quelques minutes visible sur son visage.
— Ma mère prévoit de revenir le weekend prochain, annonça-t-elle en posant son portable sur la table, juste à côté de son assiette.
— Oh.
C'était la meilleure réaction que Mal pouvait offrir, incapable de déterminer si c'était une bonne ou une mauvaise nouvelle. Il y eut un instant de silence, puis elle reprit la parole pour soulever le problème qu'aucune des deux n'avait jamais prononcé à voix haute.
— Et elle ne sait pas que je suis ici.
Le sourire qu'Evie lui adressa était un mélange de tristesse et de culpabilité.
— Je n'ai aucune idée d'où je vais te cacher, confessa-t-elle à voix basse, ce qui arracha un début de sourire à Mal.
— Je peux partir quelques jours, c'est pas un problème.
Evie la contempla un instant, songeant à cette suggestion avant de secouer la tête.
— Je vais trouver une solution, décida-t-elle. Il me faut juste quelques jours.
oOoOoOo
— Je n'ai jamais aimé ce film, déclara Mal avec un regard noir en direction de l'écran où les fées défilaient face au berceau de la princesse Aurore.
— Pourquoi ?
— La méchante m'a toujours fait penser à ma mère.
Evie laissa échapper un rire avant de réfléchir à cette vision des choses.
— Dans ses mauvais jours, la mienne ressemble à la méchante sorcière de Blanche-Neige, finit-elle par avouer avec une grimace.
Mal lui lança un regard amusé en haussant un sourcil.
— Nous sommes donc les descendantes de méchants Disney, fit-elle remarquer. Ce n'est pas le meilleur des héritages pour réussir dans la vie.
Evie rit à nouveau, et lui envoya une poignée de popcorn au visage.
— Ma vie est très bien comme elle, merci beaucoup.
Mal contre-attaqua aussitôt, balançant autant de popcorn qu'elle pouvait sur Evie.
— Chut ! fit-elle semblant de s'indigner. Laisse-moi regarder les exploits de ma mère !
oOoOoOo
Assise dans le bus, son sac à main bien en sécurité sur ses genoux et sa liste de courses dans la poche, Evie ne put retenir un sourire amusé en voyant l'expression contrariée de son amie sur le siège juste en face.
— Tu es vraiment en train de bouder ? la taquina-t-elle, ce qui ne fit qu'accentuer le froncement des sourcils de Mal.
— Non.
Même sans son expression renfrognée et ses bras croisés comme une enfant, rien que son intonation suffisait à prouver le contraire. Cela renforça l'amusement d'Evie qui lui adressa un sourire enjoué.
— Allez Mal, je t'assure qu'on va bien s'amuser !
— Il n'y a rien d'amusant à aller faire des courses sous la contrainte.
— Je ne t'ai forcée à rien du tout, pépia Evie avec innocence.
Mal se redressa face à ce mensonge éhonté, clairement indignée.
— Tu m'as fait du chantage ! s'écria-t-elle. Tu as menacé de ne plus me nourrir si je ne t'accompagnais pas pour choisir quoi manger !
Evie battit des cils sans cesser de lui sourire, parfaitement consciente de comment s'étaient déroulés les évènements.
— C'est ce que je disais, tu avais le choix.
— Je ne sais pas si j'apprécie ou si je déteste cette facette de toi, bougonna Mal en reprenant sa position initiale, bien déterminée à ne plus adresser la parole à sa tortionnaire.
Dommage pour elle, Evie n'était pas du même avis, toujours légèrement amusée et parfaitement sûre de sa légitimité.
— Ça va te faire du bien tu sais. Ça fait trop longtemps que tu es enfermée chez moi sans mettre le nez dehors. Il faut t'aérer et voir des gens.
Le regard noir que Mal lui lança était plus que parlant sur son avis concernant les gens. Evie secoua la tête, presque comme une mère face au caprice de son enfant, et se pencha en avant, sans se défaire de son sourire.
— Allez Mal, arrête de faire la tête. Regarde le bon côté des choses, puisque tu m'accompagnes, tu vas pouvoir choisir toutes les friandises que tu veux.
A sa décharge, Mal essaya vraiment de rester fâchée et de continuer à bouder. Mais elle était gourmande, et même si Evie faisait des gâteaux délicieux et tentait de lui faire plaisir comme elle pouvait, les placards de la cuisine restaient bien trop vides pour tout ce qui concernait la malbouffe et les sucreries. Et aussi trivial et stupide que cela puisse être après avoir passé des jours dans la rue sans rien dans l'estomac, le plaisir de s'empiffrer devant la télévision pendant une journée passée à ne rien faire de productif manquait à Mal. Alors, face à la perspective de pouvoir à nouveau faire ça librement, elle ne put s'empêcher de se redresser avec intérêt, les yeux brillants de gourmandise.
— Tu m'achèteras tout ce que je voudrais ?
— Absolument tout, à condition que tu arrêtes de bouder.
— Je ne boudais pas, objecta la principale concernée avec une moue qui, cette fois, était totalement factice et laissa vite la place à un sourire réjoui alors qu'elle pensait déjà à tout ce qu'elle allait acheter.
oOoOoOo
Mal devait admettre que faire les courses en compagnie d'Evie n'avait pas été si terrible. Au contraire, ça avait même été assez amusant de déambuler dans les allées du magasin en sa compagnie, commentant certains packagings et traquant quelques bonnes promotions.
Elle avait presque oublié ce que c'était que d'entrer dans un espace public avec des vêtements propres, sans attirer sur elle des regards remplis de jugement, de dégoût ou de pitié. Elle avait aussi oublié ce que c'était que de pouvoir choisir ce qu'elle achetait en fonction de ses envies, et non pas du prix et de la sensation de bourrage d'estomac que cela pouvait lui apporter.
Evie avait promis de lui acheter absolument tout ce qu'elle voulait, et malgré quelques légères grimaces, elle tint parole, ne faisant aucun commentaire alors qu'elle remplissait leur panier d'aliments qui n'avaient probablement jamais franchi le seuil de sa porte.
Mais tout aussi agréable que soit cette sortie, elle n'en était pas moins épuisante pour Mal, qui n'avait plus habitude de se retrouver au milieu de la foule. Constamment sur ses gardes, elle passa l'essentiel de son temps à se méfier de chaque autre client, et même des employés. Elle sursauta malgré elle à chaque fois que quelqu'un surgissait au détour d'un rayon, et si Evie n'avait pas été là pour intervenir et apaiser les choses, elle aurait probablement sauté à la gorge d'un imbécile qui l'avait bousculée, trop occupé à regarder son téléphone plutôt que là où il allait. Elle usa aussi une grande partie de son énergie à veiller sur Evie, soudain habitée par une peur irrationnelle de la perdre quelque part dans le magasin.
Pour toutes ces raisons, lorsqu'elle sortit du magasin les bras chargés d'un sac de courses, après un passage assez éprouvant à la caisse et une petite remontrance de la part d'Evie sur son absence de réponse au bonjour de la caissière qui achevèrent de la mettre de mauvaise humeur, elle se sentait exténuée, vidée et affamée.
Ce fut donc avec un sentiment de parfaite légitimité qu'elle plongea sa main dans le sac qu'elle tenait, bien décidée à en sortir la première chose immédiatement comestible qu'elle attraperait.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— J'ai faim, répondit froidement Mal en essayant d'extraire du sac ce qui ressemblait à un paquet de cookies.
— Ne mange pas ça maintenant.
Mal lui adressa un regard noir, toujours contrariée par l'histoire du bonjour, et continua à farfouiller dans le sac. Evie leva les yeux au ciel devant son comportement et fit un pas dans sa direction pour la forcer à sortir sa main du sac.
— J'ai prévu quelque chose d'autre, d'accord ? Mais ça ne fonctionnera que si tu es de bonne humeur.
— Je serais de bonne humeur quand j'aurais mangé, rétorqua Mal d'une voix peu conciliante.
— Mal, s'il-te-plaît.
Leurs regards se croisèrent, et Mal eut l'impression de vaciller face à l'expression implorante dans les yeux d'Evie. Un élan de culpabilité monta en elle en réalisant qu'elle avait visiblement planifié une surprise pour elle et qu'elle était sur le moins de tout gâcher sans la moindre raison valable.
Expirant lentement, elle tenta de s'apaiser avant d'adresser un petit signe de tête à Evie.
— Okay. Où est-ce qu'on va ?
Le sourire rempli de fierté et d'assurance qui illumina le visage d'Evie aurait pu faire passer le soleil pour une ampoule de mauvaise qualité alors qu'elle l'invitait à la suivre, sautillant presque d'impatience.
oOoOoOo
Une quinzaine de minutes plus tard, elles se retrouvaient attablées dans un café, leurs sacs de courses sagement posés par terre, et le visage de Mal avait la même expression qu'un enfant qu'on venait d'emmener à Disneyland.
— Alors ? demanda Evie, les yeux brillants de fierté. C'est bien mieux que des cookies industriels, non ?
Mal ne prit même pas la peine de répondre, bien trop occupée à savourer le milkshake à la fraise posé devant elle. Un milkshake de qualité, servi dans un café réputé qu'Evie avait pris soin de sélectionner au travers d'une recherche internet consciencieuse. Avec un sourire satisfait, elle prit une gorgée de son propre milkshake - à la fraise également, sous l'insistance de Mal - et la différence avec celui avalé des jours plus tôt au McDonald éclata aussitôt dans ses papilles.
— C'est vraiment bon, prononça-t-elle dans un souffle presque surpris.
— N'est-ce pas ? répondit Mal avec des yeux brillants. C'est le meilleur truc du monde. Merci Evie.
Elle accompagna son remerciement d'un sourire sincère et adorable qui, si ça avait été biologiquement possible, aurait rendu le cœur d'Evie plus liquide que leurs milkshakes.
