Note : Désolée pour le temps que ce chapitre a mis à arriver, les vacances de Pâques ressemblent à un gouffre temporel chez moi ^^
Mais ça vous a donné un bon aperçu de ce qu'il va se passer dans les prochaines semaines, parce que nous sommes déjà fin avril, et ça signifie donc qu'on entre dans la période des travaux/examens/études en priorité. Les prochains chapitres risquent donc d'être postés de manière totalement aléatoire et imprévisible :( Je vais faire mon maximum pour essayer de rester régulière et de ne pas vous laisser sans rien trop longtemps mais je ne peux rien promettre...
Mais vous savez quoi ? Le meilleur moyen pour m'encourager, me donner l'envie d'écrire et me rappeler de poster un nouveau chapitre, c'est de laisser un commentaire ! :p Même un petit message pour témoigner de votre présence et du fait que vous aimez l'histoire représente beaucoup, je vous assure !
Evie passa une très mauvaise nuit. Elle pleura pendant des heures, laissant des litres et des litres de larmes, de culpabilité, de regrets, de honte et de remords se déverser sur ses oreillers.
La dispute qu'elle avait eue avec Mal se mélangea à celle qu'elle avait eue avec sa mère, les événements se liant et se déliant sans qu'elle ne sache plus distinguer quelle phrase avait été prononcée par qui, et toutes les similarités entre les deux n'étaient que des coups de poignard supplémentaires plantés dans son cœur. Elle savait que si ça s'était terminé exactement de la même manière, que ce soit avec Mal ou avec sa mère, c'était uniquement de sa faute. Elle n'avait pas été à la hauteur, elle n'était jamais à la hauteur, et elle ne méritait pas leur attention, leur compagnie ou leur amour.
Elle le savait et l'avait toujours su, mais s'en rappeler n'en était pas moins douloureux alors qu'elle se tournait et se retournait dans son lit, cherchant désespérément le sommeil. Plusieurs fois elle commença à s'endormir, et puis la réalisation de ce qu'elle avait dit à Mal, de ce qu'elle avait fait à Mal la frappait de plein fouet et elle se précipitait hors de son lit pour aller vérifier dans la chambre d'ami, espérant que tout ça n'avait été qu'un mauvais rêve, qu'une hallucination, qu'un cauchemar absurde.
Mais à chaque fois, la chambre était vide, et elle fondait à nouveau en larmes, s'écroulant sur le parquet sous le poids de la responsabilité. Elle était horrible, elle était la pire des personnes et elle se détestait, elle se détestait, elle se détestait.
Comment pouvait-elle espérer que celles qu'elle aimait puissent la pardonner en sachant qu'elle-même ne pourrait jamais se pardonner de les avoir trahies ainsi ?
Puis l'épuisement finit par avoir raison d'elle et lui accorda quelques heures d'un sommeil hanté par les cauchemars et par les remords, duquel elle se réveilla en sursaut plusieurs fois, le cœur battant et les larmes ruisselant.
Lorsqu'elle réalisa que sa chambre commençait à être baignée par les premiers rayons de soleil de la journée, elle ne chercha même pas à tenter de se rendormir, et s'extirpa de ses couvertures pour prendre la direction de la chambre de Mal. Comme elle l'avait fait tant de fois cette nuit, elle en ouvrit la porte avec appréhension et espoir, attendant un miracle et anticipant la déception.
Bien évidemment, la chambre était vide, sans la moindre trace de passage de son amie, exactement dans le même état que la veille. Mal n'était pas revenue. Et c'était normal après tout, pourquoi serait-elle revenue ?
N'ayant même plus la force de pleurer, Evie referma la porte, incapable de contempler cette pièce vide plus longtemps et, par dépit et sans le moindre but, décida d'aller prendre une douche. Ce fut une excellente initiative, parce qu'après quelques minutes à laisser l'eau bouillante couler sur sa peau, la réveillant doucement, ses idées s'éclaircirent, et elle réalisa que rester là à pleurer et à attendre ne la mènerait à rien.
Elle avait rejeté Mal, l'avait blessée et l'avait renvoyée dehors, à la rue, sans la moindre considération. Pire encore, elle avait fait tout ça après avoir passé des jours et des jours à essayer de la convaincre qu'elle pouvait lui faire confiance et arrêter d'être constamment sur ses gardes.
Et Mal lui avait fait confiance. Mal avait baissé ses barrières, juste pour découvrir qu'Evie était la plus ignoble des personnes.
Mais rester chez elle à attendre que son amie revienne d'elle-même serait encore plus ignoble et égoïste. C'était de sa faute si elle était partie, c'était donc à elle de faire en sorte qu'elle revienne.
S'habillant et se coiffant plus rapidement qu'elle ne l'avait jamais fait dans sa vie, elle descendit attraper son sac et enfiler ses chaussures. Peu importe l'heure trop matinale et le manque total d'information sur où avait pu disparaître Mal, Evie était prête à parcourir le moindre centimètre de la planète pour la retrouver et s'excuser.
Mais cette résolution était inutile, car sa recherche se stoppa à l'instant où elle franchit la porte d'entrée, s'immobilisant de surprise.
Et de soulagement.
Mal était là.
Elle était roulée en boule, adossée au mur de la maison, son sac à dos fermement maintenu entre ses bras, comme un trésor à protéger à tout prix, et profondément endormie, mais elle était bien là.
Evie resta figée un instant, le cœur battant si fort qu'elle avait peur qu'il réveille son amie, et la contempla avec douceur et tristesse. Était-elle vraiment restée là toute la nuit ?
Avec précaution, elle s'agenouilla près d'elle et lui toucha délicatement l'épaule.
— Mal, appela-t-elle. Mal, réveille-toi.
Pour se réveiller, elle se réveilla. En une demi-seconde, Mal bondit en l'air, immédiatement alerte et prête à se jeter sur n'importe quelle menace potentielle. Son regard fit le tour des environs, prenant conscience d'où elle se trouvait avant de se poser sur Evie, qui s'était mise debout également, la tête baissée de culpabilité.
— Oh, c'est toi.
Le cœur d'Evie se tordit étrangement à cette déclaration, parce que ce « toi » n'avait rien de réjoui, ou d'amical. Il n'avait rien d'inamical non plus, parce qu'il n'était rien. Elle n'était rien.
— Tu as dormi ici ? demanda-t-elle timidement, d'une voix si basse qu'elle n'était pas sûre que Mal l'entende.
Mais Mal entendit, et se balança maladroitement sur ses pieds tout en plongeant ses mains dans ses poches, le regard fuyant.
— Je n'avais nulle part où aller, marmonna-t-elle.
Evie acquiesça comme si l'information était nouvelle, et prononça la chose la plus stupide et hypocrite qu'elle pouvait prononcer à cet instant précis.
— Tu as une chambre.
Mal laissa échapper un rire moqueur.
— Tu m'as mise à la porte, tu te souviens ?
— Je n'ai...Je ne voulais pas...Je...Je suis désolée, Mal. Je n'aurais jamais dû dire ça.
Rassemblant son courage, elle se força à lever la tête pour la regarder en face, et fut accueillie par un regard blessé et effrayé. Mal n'essayait même pas de cacher ce qu'elle ressentait.
— Tu n'as pas le droit de faire ça, murmura-t-elle. Tu n'as pas le droit de me faire croire que tout va bien, que tout ira bien, et puis de tout me reprendre d'un seul coup. Tu ne peux pas...me jeter et puis changer d'avis.
Les yeux d'Evie s'emplirent de larmes, et elle se mordit la lèvre pour les retenir parce qu'elle n'avait pas le droit de pleurer. C'était de sa faute, entièrement de sa faute.
— Mal, je suis tellement désolée, répéta-t-elle en faisant un pas vers son amie, mais celle-ci recula, se recroquevillant sur elle-même, et secoua la tête.
Et peut-être, peut-être, que des larmes perlaient dans ses yeux à elle aussi.
La gorge d'Evie se noua, parce qu'elle ne voulait pas que Mal la rejette. Elle ne voulait pas que Mal la rejette parce qu'elle l'avait rejetée, c'était stupide et ridicule et elles finiraient toutes les deux seules et blessées et elle ne voulait pas ça. Elle était prête à tout pour éviter ça.
— Tu as raison, prononça-t-elle dans un souffle. Je n'avais pas le droit. C'était ignoble et horrible de ma part, et je comprends si tu ne veux jamais me pardonner. Et tu avais raison hier aussi, pour la nourriture. Mais je n'ai jamais...personne ne l'a jamais remarqué avant toi, et je n'en ai jamais parlé. Et devoir en parler d'un coup, comme ça, c'était trop. J'ai eu peur et j'ai paniqué et j'ai réagi de la pire des façons et je suis désolée Mal, je suis tellement désolée que ça soit retombée sur toi.
Quelque part au milieu de sa tirade, les larmes avaient fini par se mettre à couler le long de ses joues mais à présent elle s'en moquait, tout ce qui importait c'était le visage de son amie face à elle, toujours peiné mais pas fermé ni hostile.
— Tu n'as aucune raison de me laisser une deuxième chance, admit-elle d'une voix tremblante. Mais tu pourrais...tu pourrais peut-être considérer l'idée de rentrer avec moi, pour qu'on prenne le petit-déjeuner ensemble ?
Evie était prête à encaisser un refus. Ce qu'elle n'était en revanche pas préparée à recevoir, ce fut Mal tout entière, qui franchit la faible distance qui les séparait pour l'étreindre subitement et la serrer contre elle.
Surprise, déstabilisée et heureuse, Evie la réceptionna et ferma ses bras autour d'elle, la serrant en retour.
— Ne me fais plus jamais ça, marmonna Mal d'un ton boudeur.
Evie rit. Et pleura. Et promit.
Et Mal enfouit sa tête dans ses longs cheveux, inspirant leur odeur sucrée et chaleureuse. Une odeur qu'elle commençait à associer à un foyer, et qu'elle ne supporterait pas de perdre.
oOoOoOo
La préparation du petit-déjeuner se fit à deux, mais dans le plus grand des calmes. Evie s'était lancée dans la confection rapide mais efficace de pains perdus pendant que Mal, pleine de bonne volonté, avait entrepris de découper des fruits pour confectionner une salade brouillonne mais appétissante.
Elle en mit partout, évidemment. Le jus des fruits dégoulinait sur ses doigts et partout sur la table, tandis que des découpes mal calculées envoyaient voler des morceaux de pommes et de kiwis partout sauf à l'intérieur du bol où ils étaient destinés à atterrir.
Mal savait que n'importe quel autre jour, Evie aurait ri de ses bêtises et l'aurait taquinée sur son incompétence, mais ce matin-là, elle se contenta de lui donner de quoi nettoyer et de retourner à la cuisson des pains perdus, sans un mot.
Le silence entre elles n'était pas tendu. Il était juste maladroit et hésitant, provoqué par leur peur mutuelle de prendre la parole et de dire quelque chose qui mettrait fin à leur sorte de trêve. Alors ce silence s'étala sur toute la préparation, jusqu'au moment où elles furent toutes les deux attablées face à leur semblant de festin. Mal se servit immédiatement une énorme bouchée de pain perdu tandis qu'Evie fixait le bol de fruits devant elle, déplaçant les morceaux grossièrement coupés avec sa cuillère, sans faire le moindre mouvement pour les avaler.
— Ma mère n'est pas au courant tu sais, prononça-t-elle calmement, sans oser regarder Mal en face. Je suppose que oui, elle a une tonne d'obsessions et de règles par rapport à la nourriture mais elle n'approuverait pas le fait de ne pas manger du tout. C'est plus...mon truc.
— Pourquoi tu le fais ?
Mal avait eu peur que sa question ne soit abrupte et directe, mais elle était sortie tellement doucement que cela la surprit elle-même.
— Je ne sais pas. C'est une manière de...garder le contrôle ? Il y a tellement de chose qu'on attend de moi, et parfois c'est juste trop, et plutôt que de me noyer dedans et bien...j'arrête de manger.
Elle s'interrompit, songeant au sens de ses propres paroles, et Mal attendit la suite, mangeant en silence.
— Tu te souviens, hier, tu as parlé d'une douleur continue ? C'est exactement ça. Et cette douleur me permet de rester connectée à la réalité, et me donne l'impression d'avoir le contrôle sur ma vie.
Elle fixait toujours le bol de fruits face à elle, à la fois parce qu'il semblait la narguer, et à la fois pour ne pas affronter le regard de Mal. Cette dernière l'observa sans répondre, mâchant sa bouchée de pain perdu tout en réfléchissant.
— Cela ressemble surtout à une manière de te punir quand tu penses décevoir les autres, commenta-t-elle au bout d'un long moment.
Evie laissa échapper un petit bruit étrange, ressemblant vaguement à un couinement de protestation et Mal sut qu'elle avait tapé en plein dans le mille. Peut-être qu'elle devrait sérieusement envisager de devenir psychologue en fin de compte. Mais la vie et les problèmes des autres ne l'intéressaient toujours pas. Sauf celle d'Evie. Parce que c'était Evie.
Et le peu de compétence en psychologie de Mal lui permettait de deviner que ce problème avec la nourriture, il était ancré en elle bien plus profondément qu'elle ne l'admettrait. Et que si en parler c'était bien, ça ne le faisait pas disparaître pas pour autant. Il allait en falloir bien plus pour se débarrasser de cette sale habitude. L'important c'était d'y aller pas à pas.
— Hé Evie ? reprit Mal d'une voix amicale. Fais-moi une faveur s'il-te-plaît, et punis-toi de m'avoir déçue en mangeant cette salade de fruits. J'ai quand même risqué mes doigts pour te la préparer.
Et enfin, Evie releva la tête et la regarda, lui offrant un petit sourire timide auquel Mal répondit avec un sourire goguenard. Veillant bien à lui montrer l'exemple - au cas où elle aurait oublié comment se servir d'une cuillère - Mal attrapa son propre bol de fruits et s'en servit une large portion, remplissant sa bouche au-delà du raisonnable, alors qu'Evie pouffait doucement de son comportement. Puis, beaucoup plus précautionneusement et avec une quantité bien moindre, elle remplit sa propre cuillère et se mit à manger.
oOoOoOo
Malgré leur fatigue commune après leur nuit agitée, les deux filles décidèrent de regarder un film ensemble le soir-même, et elles se retrouvèrent donc installées devant Cendrillon, chacune à sa place habituelle à chaque extrémité du canapé.
Mal semblait plus somnoler qu'autre chose devant le vieux dessin-animé, ponctuant le visionnage de bâillements alors qu'elle piochait de temps en temps dans le bol de popcorn d'un geste fatigué. Evie, qui connaissait ce film sur le bout des doigts, l'observait du coin de l'œil, ses pensées revenant constamment sur leur échange sur le porche et sur la manière que Mal avait eu de la prendre dans ses bras.
Elle savait qu'un câlin n'ouvrait pas la porte à toutes les marques d'affection et que Mal n'était pas devenue hyper tactile pour autant - il suffisait de voir le soin avec lequel elle avait évité toute forme de contact physique pendant le reste de la journée - mais le ventre d'Evie ne pouvait pas s'empêcher de papillonner avec bonheur à ce souvenir, et elle voulait lui rendre la pareille. Mal avait fait le premier pas, et c'était à elle de faire le deuxième pour s'assurer que ça continue, même si c'était progressif.
Elle se déplaça alors le long du canapé, franchit l'espace qui se trouvaient entre elles et, mettant de côté toutes ses hésitations, elle s'empara de la main de Mal, joignant leurs paumes avec gentillesse mais détermination.
Mal tressaillit, bien sûr. Elle tressaillit, mais elle ne protesta pas, et ne tenta pas de récupérer sa main. Au contraire, elle referma ses doigts autour de celle d'Evie et se laissa aller contre elle tout doucement, heureuse d'avoir un oreiller sur lequel appuyer sa tête alors qu'elle se remettait à somnoler.
