— Alors, alors ?
— Je viens juste de commencer à corriger ! Tu veux vraiment que je t'enlève encore un point pour impatience ?
Mal se laissa tomber en arrière et s'enfonça dans le canapé, l'expression boudeuse d'avoir été ainsi rabrouée. Mais la menace fonctionna et elle resta calme alors qu'Evie terminait de passer ses réponses en revue, pour finalement lui rendre sa feuille avec un grand sourire.
— Alors c'est parfait ! Pas la moindre erreur !
Mal se redressa d'un coup, un sourire identique à celui d'Evie sur le visage.
— Vraiment ?
— Tu as bien bossé. Tu as mérité ton cookie !
Alors que Mal se servait fièrement dans l'assiette de cookies posée sur la table basse, parcourant ses réponses du regard comme pour vérifier qu'Evie n'avait pas menti juste pour lui faire plaisir, celle-ci l'observa en silence, un sentiment de fierté et de bonheur explosant à l'intérieur d'elle.
L'évolution de Mal en l'espace de quelques jours était stupéfiante. Oh bien sûr dans certains domaines, elle était toujours la même. Grincheuse et bougonne, elle se mettait constamment à bouder pour un oui ou pour un non, tout comme elle cessait de bouder à la simple mention de nourriture. Cette attitude faisait partie intégrante de sa personnalité et Evie espérait ne jamais la voir partir.
Là où Mal avait changé, c'était dans sa manière d'échanger avec elle. Elle était beaucoup plus ouverte, plus souriante. Plus blagueuse aussi. C'était désormais elle qui initiait la plupart de leurs conversations, constamment en demande d'interactions et d'attention. Et de câlins. Car oui, Mal était devenue câline.
Si quelqu'un avait dit à Evie qu'elles regarderaient des films blotties l'une contre l'autre, ou que Mal se jetterait sur son lit pour se coller à elle pendant qu'elle faisait des recherches sur son ordinateur, ou que leurs peaux se frôleraient constamment et subtilement à longueur de journée, Evie ne l'aurait pas cru. Pourtant c'était le cas. Il avait suffi d'un câlin et de leurs paumes glissées l'une contre l'autre pour libérer tout le besoin affectif de Mal. Un besoin qui venait s'ajouter à son besoin de solitude, et Evie apprenait tout doucement à différencier la Mal grincheuse pour manque de câlin de la Mal grincheuse pour excès de câlins. Ce n'était pas toujours facile, mais Evie aimait tellement cette nouvelle facette de son amie qu'elle n'était pas près de s'en plaindre.
L'autre gros progrès de Mal, en dehors de ses interactions avec Evie, c'était son intérêt soudain et non-dissimulé pour les cours de celle-ci. De compagnie silencieuse et agréable pendant les devoirs, elle s'était mise à poser plein de questions, à lui voler ses manuels pour les feuilleter à sa place, et à réclamer quelques minutes pour pouvoir tenter de répondre aux questions par elle-même. Evie s'était donc mise à lui réexpliquer les leçons du jour, lui préparant des synthèses et des petits schémas explicatifs. Au bout d'un moment, elle s'était même lancée dans la préparation de petits devoirs et de petites interrogations, qu'elle corrigeait elle-même, récompensant les bons résultats et les efforts de son amie avec des biscuits.
Tout cela l'amusait beaucoup, évidemment. Ça lui faisait penser à l'époque où elle faisait la classe à ses peluches pendant des heures, un peu triste de n'avoir personne de plus répondant pour jouer avec elle. Mais au-delà de l'amusement, cela lui permit de découvrir que Mal était intelligente, remplie de curiosité et vive d'esprit. Même si elle n'avait pas mis les pieds dans une salle de classe pendant presque deux ans, avec les bonnes explications, elle comprenait vite et bien. Elle n'aurait absolument aucun mal à réintégrer une véritable école et à suivre les mêmes cours d'Evie. Il ne lui manquait que l'envie.
A chaque fois qu'Evie tentait d'aborder le sujet, Mal la coupait immédiatement, rétorquant que l'école n'avait jamais été pour elle et que de toute façon sa situation précaire ne lui permettait de s'inscrire nulle part. Alors Evie ravalait sa demande, et continuait de la stimuler avec leurs petits cours privés, espérant trouver un jour un moyen de la faire changer d'avis.
oOoOoOo
— Tu n'as rien mangé.
A la remarque de Mal, Evie baissa les yeux sur son assiette encore pleine, qui attendait patiemment qu'elle trouve l'envie d'y toucher. Mais elle n'avait pas faim.
— Ta mère a appelé ? devina son amie.
Evie haussa les épaules. Depuis leur dispute, sa mère appelait bien moins régulièrement qu'avant, mais elle appelait toujours. Leurs conversations se résumaient désormais à une prise de nouvelles polies, à quelques recommandations et à l'échange habituel d'informations sur l'école et les cours, et c'était tout. Elles n'avaient pas encore reparlé de la Chine, et Evie n'osait plus tenter de glisser des anecdotes sur sa vie comme elle le faisait avant - non pas que ça ait intéressé sa mère un jour. Leurs appels téléphoniques étaient beaucoup moins stressants qu'avant, car ils étaient simples et expéditifs. Totalement vides. Ce qui les rendait bien pires.
Mal se pencha subitement en avant, surplombant la table pour s'emparer de l'assiette d'Evie et vider une partie de son contenu dans la sienne. Lorsqu'elle la redéposa à sa place initiale, l'assiette ne contenait plus que deux pommes de terre et une petite poignée de légumes cuits à la poêle.
— Mange au moins ça.
Evie ne savait pas vraiment si c'était une demande ou un ordre, mais ça lui importait peu parce qu'il y avait quelque chose de touchant dans l'attention que Mal avait à son égard, et qu'elle n'aimait pas l'idée de la faire s'inquiéter inutilement. Alors avec un petit sourire forcé, elle prit sa fourchette et mangea son semblant de repas.
oOoOoOo
Accompagner Evie pour faire les courses était devenu une habitude désormais. Une habitude que Mal aimait beaucoup, et elle prenait donc très à cœur de préparer les listes de courses et de porter les sacs à la place de son amie. Une fois, Evie lui avait demander d'où venait ce changement d'opinion, mais Mal avait réussi à dévier la conversation sans donner de réponse. Parce que les deux raisons qui justifiaient son soudain enthousiasme pour aller faire les magasins étaient aussi inavouables l'une que l'autre.
La première, c'était qu'Evie avait eu raison, bien sûr. Rester enfermée toute la journée à attendre que son amie rentre de l'école commençait à devenir un peu trop répétitif, et Mal s'ennuyait. Alors n'importe quelle sortie était bonne à prendre, et faire les courses en compagnie d'Evie était amusant. Tout ce qui était fait en compagnie d'Evie était amusant. C'était la deuxième raison. Mal aimait être avec Evie, et chaque minute passée sans elle ressemblait à du temps perdu. Alors si l'accompagner jusqu'au marchand de fruits et légumes et la regarder hésiter pendant dix minutes entre des épinards ou de la courgette signifiait passer un peu plus de temps avec elle, et bien Mal était prête à le supporter. Et même à bouder lorsqu'Evie allait faire deux petits achats rapides sans elle, préférant s'épargner le détour jusqu'à la maison.
Mais parfois, accompagner Evie était une erreur. Et lorsque celle-ci avait mentionné devoir passer rapidement au supermarché pour acheter quelques trucs pour l'école après les cours, Mal n'aurait pas dû insister pour y aller avec elle. Parce que c'était un vendredi, parce que c'était précisément à l'heure où tout le monde quittait le travail et s'entassait dans les magasins pour les dernières courses avant le week-end. Parce que les allées étaient bondées de gens, et que Mal n'aimait pas la foule.
Elle avait commencé à se sentir oppressée à l'instant où elle avait mis un pied à l'intérieur du supermarché, et cette impression n'avait fait que croître à chaque pas. Il y avait trop de monde, trop d'inconnus, trop de bousculade, trop de dangers et trop d'éléments à prendre en compte. Elle se sentait prise au piège et tout ce qu'elle voulait c'était sortir de cet endroit mais elle ne pouvait pas parce que c'était elle qui avait insisté pour accompagner Evie et que c'était hors de question de l'abandonner toute seule au milieu de tous ces gens. Alors elle se contenta de suivre son amie à travers les rayons, les poings serrés, les pensées obnubilées par son envie de s'échapper, incapable de comprendre ce qu'Evie lui disait ou ce qu'il se passait autour d'elle. Elle la suivait par automatisme, presque comme un robot, en sachant que la seule pire situation possible serait de perdre Evie et de devoir la chercher partout dans cet immense magasin au milieu de toutes ces personnes.
Heureusement, Evie s'était montrée rapide et efficace, comme toujours. Elle savait exactement de quoi elle avait besoin et savait exactement où le trouver, et s'était glissée à travers la foule avec agilité. Les deux filles se trouvaient à présent dans la file pour passer à la caisse, ce qui était à la fois un soulagement pour Mal et pire que tout, parce que la sortie et la libération étaient juste là, à quelques mètres, mais qu'elle était coincée au milieu de ces gens et obligée de rester immobile à attendre leur tour et c'était stupide, pourquoi n'ouvraient-ils pas une autre caisse en voyant le nombre de personnes qui attendaient ?
Trop de bruit, trop de gens, trop de pression...la colère, l'impatience et la détresse commençaient à bouillonner en Mal qui serrait et desserrait les poings de frustration, souhaitant être n'importe où à part ici. Et pourquoi cette stupide caissière était-elle si lente pour scanner les articles bon sang ? Ce n'était pas si compliqué ! Et bien sûr il y avait une vieille dame juste devant elles, qui allait probablement mettre trois cents ans à sortir sa petite monnaie et à emballer ses achats, les condamnant à perdre encore plus de temps. Et ce stupide gamin à la caisse juste à côté qui parlait de sa stupide voix trop aiguë, si seulement Mal pouvait lui hurler de la boucler, hurler à tous ces gens de la boucler et...
Et soudain, il y eut des doigts doux qui se posèrent sur son poignet, le caressant avec délicatesse pour forcer son poing à se déplier. Les doigts se glissèrent entre les siens, tièdes et rassurants. Le cœur de Mal ralentit à ce contact familier et elle leva les yeux vers Evie, déconcertée. Cette dernière se contenta de lui sourire et de s'approcher d'elle jusqu'à ce que leurs épaules se touchent, sa main fermement serrée autour de celle de Mal.
— C'est presque fini, lui murmura-t-elle, les yeux soucieux. Mais si tu veux, tu peux aller m'attendre dehors.
C'était la première fois que quelqu'un avait conscience du chaos à l'intérieur de Mal, et l'acceptait. Comme si c'était normal. Comme si elle avait le droit de ressentir ce qu'elle ressentait, et qu'il n'y avait aucun problème au fait qu'elle détestait les gens et la foule et à vouloir s'échapper de cet endroit.
Mal serra sa main en retour, peut-être un peu trop fort, s'y agrippant comme un naufragé à sa bouée.
— Je veux rester avec toi, marmonna-t-elle en se collant un peu plus fort contre Evie, et le sourire de celle-ci s'agrandit, passant de bienveillant à incandescent, illuminant tout autour de lui, jusqu'à faire disparaître la foule, le bruit et le reste du magasin. Mal ne voyait plus que ce sourire, que ces yeux remplis de gentillesse et de compréhension, que cette main au creux de la sienne, et le monde redevint tolérable.
oOoOoOo
Ce soir-là, pas de film d'animation au programme. Evie avait un documentaire à regarder pour les cours, et avait proposé à Mal de le regarder avec elle. Celle-ci avait accepté, bien sûr. Elle aurait regardé n'importe quoi tant que c'était avec Evie.
A sa décharge, Mal avait vraiment essayé de s'intéresser à ce qu'il se passait à l'écran. Était-ce de sa faute si la voix du narrateur était aussi soporifique ? Et était-elle responsable du confort du canapé d'Evie, et de la douce chaleur qui se dégageait de cette dernière, assise juste à côté d'elle ?
Non. Mal ne pouvait être tenue responsable de rien de tout cela, tout comme elle n'avait aucun contrôle sur ses paupières, lourdes et fatiguées, qui se fermaient malgré elle. Elle tenta vaguement de lutter contre le sommeil, mais elle aurait pu jurer que ce narrateur et sa voix traînante faisaient exprès de comploter contre elle, et elle n'arrivait pas à comprendre le moindre mot qu'il prononçait. Dormir était tellement plus tentant que de continuer à écouter cette bouillie de mots.
Fermant les yeux, Mal se laissa basculer doucement, ayant à peine conscience des mains douces et bienveillantes qui la dirigeaient et elle fut reconnaissante envers cet oreiller de soudain apparaître sur les genoux d'Evie alors qu'elle posait sa tête dessus.
Et peut-être était-elle déjà en train de rêver, mais elle eut l'impression que les doigts de son amie se glissèrent dans des cheveux, les caressant doucement, et Mal se dit qu'elle aimait beaucoup cette sensation.
oOoOoOo
En plus d'accompagner Evie pour les courses, Mal avait désormais plusieurs petites tâches ménagères à accomplir. Cela avait commencé par des petits riens, un service à droite ou à gauche, et c'était maintenant devenu une petite liste de corvées qu'Evie laissait pour elle sur la table de la cuisine avant de partir à l'école. C'était des tâches banales, comme vider le lave-vaisselle, lancer une machine de linge ou passer l'aspirateur. Evie gérait toujours le plus gros de la maintenance de la maison - principalement parce qu'elle aimait garder le contrôle sur ce genre de choses - mais Mal avait sa part du travail.
Et elle détestait ça bien sûr, parce que qui aimait faire le ménage ? Il y avait toujours quelque chose de plus intéressant à faire que de récurer une casserole ou prendre les poussières. Elle n'avait jamais été portée par une quelconque fibre ménagère et une légère couche de crasse n'avait jamais tué personne.
Mais Mal adorait ça tout autant qu'elle le détestait. Peut-être même plus encore. Parce que participer aux tâches ménagères faisait d'elle plus qu'une invitée. Elle vivait ici, au même titre qu'Evie, et c'était normal qu'elle ait sa part de boulot. Alors oui, elle râlait toujours un peu quand Evie lui demandait de faire quelque chose et oui ça lui arrivait de rechigner et d'essayer d'y échapper, mais elle finissait toujours par le faire de bon cœur, parce que c'était aussi chez elle.
oOoOoOo
Les deux filles étaient dans le lit d'Evie, les couvertures et les oreillers étalés et retournés tout autour d'elle dans leur quête d'une position confortable. Elles lisaient. L'une adossée à la tête de lit, un manuel de sciences posé sur un coussin devant elle, l'autre allongée sur le ventre, une bande dessinée sous le nez. Un silence agréable flottait autour d'elle, uniquement interrompu par le bruit des pages qui se tournaient et, de temps à autre, un rire ou un grognement d'incompréhension.
Puis Evie, arrivant au bout du chapitre qu'elle devait lire pour le lendemain, referma son livre et se mit à contempler Mal en silence, songeuse et hésitante. Elle n'avait aucune idée de comment elle allait réagir, et tourna et retourna les mots dans sa bouche plusieurs fois avant de finalement prendre la parole, presque timidement.
— Mal ?
— Oui ? répondit son amie en tournant la tête dans sa direction.
— Tu sais que...
Evie s'interrompit, se raclant la gorge d'hésitation alors que ses doigts tapotaient nerveusement la couverture de son manuel de sciences. Mal pencha la tête sur le côté, attendant la suite avec curiosité.
— Ce sera mon anniversaire la semaine prochaine.
— Oh.
Mal se redressa et s'assit sur le lit pour faire face à Evie, sentant que la conversation était importante. Cette dernière écarquilla les yeux en réalisant que son annonce pouvait être mal interprétée.
— Je n'attends rien de ta part ! s'empressa-t-elle de préciser. Pas de cadeau, pas de fête, rien du tout.
— Okay ? répondit Mal, légèrement confuse sur le but de tout ça.
Evie se tortilla, fit la moue, puis décida de cracher le morceau.
— Plusieurs de mes amis à l'école aimeraient qu'on sorte un soir de cette semaine, probablement pour partager un resto-cinéma, pour fêter ça. Je ne peux pas vraiment décliner…
Un élan de culpabilité monta en Mal en réalisant qu'Evie se sentait coupable de sortir sans elle. Est-ce qu'elle faisait ça souvent ? Est-ce qu'elle déclinait les invitations de ses amis pour pouvoir rentrer et lui tenir compagnie ?
— C'est juste une soirée, vas-y et amuse-toi.
— Tu es la bienvenue aussi, si tu veux.
Le regard d'Evie était rempli de prudence et de curiosité alors que Mal prenait cette invitation en considération, s'imaginant rencontrer les mystérieux camarades de classe d'Evie, et devoir passer plusieurs heures en leur compagnie pendant que l'attention de son amie serait partagée entre eux tous. Elle plissa le nez de mécontentement à cette perspective.
— Non merci.
Evie rit doucement à cette réaction, pas vraiment surprise du refus avant de recommencer à tapoter nerveusement son manuel. Mal fronça les sourcils et pencha la tête de manière interrogative.
— Il y a autre chose ?
Evie se mordilla la lèvre, baissant les yeux alors que ses joues se coloraient légèrement.
— Evie ? insista Mal, légèrement inquiète.
— Ma mère a l'habitude de revenir pour mon anniversaire, confessa-t-elle finalement dans un souffle. Elle reste plusieurs jours, et elle m'emmène au spa pendant un week-end. C'est son cadeau, toujours le même depuis des années et je l'attends toujours avec impatience mais…
Mal acquiesça, comprenant le problème.
— Tu devrais lui en parler, la prochaine fois qu'elle appelle.
Elle n'aimait pas la mère d'Evie, mais comme elle n'avait pas foutu sa fille à la porte, ne lui avait pas coupé les vivres, et faisait l'effort de maintenir un soupçon de contact malgré leur désaccord, Mal était prête à lui accorder le bénéfice du doute encore un peu. C'était là sa chance de prouver qu'elle était capable de prendre les bonnes décisions pour son enfant. Mal espérait juste ne pas le regretter.
A présent, les doigts d'Evie ne se contentaient plus seulement de tapoter le manuel de cours, préférant le tripoter dans tous les sens.
— Tu crois vraiment ?
— Tu n'as rien à perdre à demander, non ? Si tu veux, je lui demande moi.
Cette proposition, lancé d'un ton tellement convaincu et sérieux, arracha un petit rire à Evie qui posa à nouveau le regard sur Mal, ses yeux caramel hantés par un autre soucis.
— Mais tu ne penses pas que…ce serait stupide ? Si elle oublie, c'est plus simple pour nous puisque...
Elle s'interrompit à nouveau, son regard ne lâchant pas celui de Mal, faisant passer le message qu'elle n'arrivait pas à prononcer.
— Puisque je suis là ? devina l'autre fille.
— Je ne veux pas te chasser, s'excusa Evie d'une voix sincère. Et là on a l'opportunité de ne pas avoir ce problème, c'est beaucoup plus simple si elle ne revient pas et que je reste ici. Mais d'un autre côté passer quelques jours avec elle, avec l'excuse de mon anniversaire, c'est peut-être aussi l'occasion pour moi de me faire pardonner et me rattraper.
Mal pinça les lèvres au choix de ces derniers mots, mais ne les souleva pas, préférant poser doucement sa main par-dessus celle de son amie.
— Hé Evie, c'est bon. J'ai compris. Tu veux passer du temps avec ta mère pour ton anniversaire, c'est normal.
— Mais qu'est-ce que tu vas faire ? Je ne veux pas que tu retournes dans la rue.
Son ton était catégorique, et Mal sourit en réalisant qu'elle était prête à sacrifier quelques précieuses heures en compagnie de sa mère simplement pour son bien-être. Avec douceur, elle prit les mains d'Evie et plongea ses yeux dans les siens.
— C'est juste pour quelques jours, n'est-ce pas ? dit-elle doucement. J'ai des amis chez qui je peux aller. Ils doivent commencer à se poser des questions sur ma disparition, donc de toute façon il faut que je passe les voir un jour ou l'autre.
— Vraiment ? Ça ne te dérange pas ?
— Absolument pas. Je n'ai qu'à partir un peu avant ta soirée avec tes amis et revenir après le départ de ta mère, comme ça tu seras tranquille. Quelques jours de liberté sans avoir à te soucier de moi, ce sera mon cadeau.
Evie la bouscula gentiment.
— Ne dis pas de bêtises comme ça.
— Non mais sérieusement E. Tu mérites vraiment quelques jours juste pour toi, alors profite de ta mère, profite de ton anniversaire et ne pense pas à moi, ok ? Je vais me débrouiller.
L'inquiétude flotta un instant dans le regard d'Evie mais, incapable de résister au sourire assuré de Mal, elle finit par acquiescer doucement, serrant sa main dans la sienne.
— Merci Mal.
