Note : Ce bonus fait 2000 mots, j'ai des chapitres à venir qui font plus de 8000 mots, et un milliard d'idées qui explosent dans mon esprit à la minute. Autant vous dire qu'on n'est pas près d'arriver au bout de cette fic (enfin pour ceux qui se posent la question, je vise les 30 chapitres sans compter tous les bonus et toutes les dérivations) (mais comme les chapitres sont de plus en plus longs…)

J'espère quand même que vous apprécierez ce bonus qui s'est un peu trop étalé !

(et croyez-le ou non mais pour une fois j'ai réussi à vous offrir exclusivement du mignon)


Evie – 4 ans

Evie était assise sur le carrelage, ses petits sourcils froncés d'inquiétude et ses petites lèvres plissées dans une moue adorable mais soucieuse. Sa maman lui avait déjà demandé trois fois de ne pas s'asseoir par terre, mais elle ne pouvait pas faire autrement. C'était inconcevable pour la petite fille d'aller ailleurs alors que ses meilleurs amis étaient actuellement prisonniers de la machine à laver. Elle devait rester là et s'assurer que tout se passait bien pour eux.

A l'intérieur du tambour de la machine, elle voyait parfois un de leurs visages apparaître et l'appeler au secours. Ça devait faire tellement peur de se retrouver là-dedans, à tourner au milieu de l'eau et du produit. Lorsque c'était Monsieur Banquise qui surgissait, le cœur d'Evie se serrait de panique, et elle avait déjà tenté d'ouvrir la porte de la machine deux fois, sans succès.

Pourtant quand sa maman lui avait annoncé qu'elle allait l'aider à faire le ménage, Evie avait été heureuse. Elle adorait aider sa maman, et ce fut avec entrain qu'elle avait rassemblé toutes ses peluches pour les laver. Naïvement, elle avait pensé qu'elles allaient prendre un bain. Quel choc cela avait été de découvrir qu'elles allaient dans la machine pour les vêtements sales. La petite fille avait refusé de mettre le produit, et s'était contentée de regarder faire sa maman, qui avait refermé et démarré la machine sans la moindre pensée pour ses victimes.

Une heure, avait-elle répondu quand Evie avait demandé combien de temps ça allait prendre.

Elles ne risquaient rien, avait-elle assuré face aux inquiétudes de sa fille.

Elles seront toutes propres et sentiront bons, avait-elle promis.

Evie la croyait, parce que c'était sa maman. Mais Evie s'inquiétait quand même, parce que c'étaient ses amis. Alors elle resta assise sur le carrelage, et elle attendit que ce calvaire se termine.

Lorsqu'enfin ses peluches furent lavées, et puis séchées, sa maman les lui rendit dans un grand bac à linge et lui demanda d'aller les ranger dans sa chambre, ce que la petite fille fit volontiers. Elle les disposa une par une dans son lit, distribuant câlins et paroles réconfortantes pour les aider à se remettre du traumatisme qu'elles venaient de vivre. Heureusement, ses amis savaient que ce n'était pas sa faute et lui avaient déjà pardonné. Ils savaient qu'elle ne pouvait pas désobéir à sa maman, et que si elle disait que laver les peluches était important, c'est que c'était le cas.

Monsieur Banquise fut le dernier à être rangé, parce qu'elle ne voulait pas le ranger, justement. A la place, elle le prit dans ses bras et la serra très fort contre elle pour qu'ils se remettent tous les deux des émotions de la journée.

Et elle se figea de stupeur, parce qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Quelque chose de différent. Les yeux écarquillés d'horreur, tenant son meilleur ami contre elle, la petite fille sortit en courant de sa chambre et dévala les escaliers.

— Maman !

— Evelyne, qu'est-ce que je t'ai dit à propos de courir dans les escaliers et de crier dans la maison ?

— M-mais m-ma-man M-m…

Le cœur d'Evie battait trop vite pour qu'elle parvienne à prononcer une phrase correcte, et les larmes lui montèrent aux yeux alors qu'un chagrin bien trop grand pour elle éclatait dans sa poitrine.

— Monsieur Banquise il sent plus comme avaaant ! finit-elle par annoncer en se mettant à pleurer comme s'il s'agissait là du drame le plus terrible de l'histoire.

Et honnêtement, à l'échelle de la vie d'Evie, il s'agissait du plus grand drame de l'histoire.

Sa mère la regarda, un sourcil haussé d'incompréhension et l'expression légèrement irrité par tant d'agitation pour si peu.

— J'espère bien, puisqu'on vient de le laver.

Evie continua à pleurer, tendant son pingouin en direction de sa maman avec désespoir, attendant qu'elle fasse quelque chose pour lui rendre son odeur d'avant.

— Veux-tu bien cesser de pleurer et t'exprimer avec des mots.

La petite fille hoqueta un instant, essayant de calmer son chagrin sous le regard contrarié de sa maman, et parvint à se maitriser suffisamment pour lui adresser une moue suppliante, ses grands yeux encore remplis de larmes et sa lèvre tremblotante.

— Maman guéris-le s'il-te-plaît ?

Sa maman soupira et prit la peluche que l'enfant lui tendait. Elle essaya de lui expliquer plusieurs fois que c'était normal, qu'elle sentait la lessive à présent, et que la lessive sentait bon, mais Evie refusait de se faire à l'idée, et menaça plusieurs fois de se remettre à pleurer. Finalement, en désespoir de cause, sa maman lui proposa de parfumer son pingouin pour lui offrir une nouvelle odeur.

— Avec du vrai parfum ? s'émerveilla l'enfant.

Le parfum était quelque chose réservé aux adultes que sa maman l'autorisait à mettre seulement pour des occasions très spéciale. Mais elle parlait bien de parfum pour adulte, et l'emmena jusqu'à sa chambre, où était disposé tous les parfums et les bijoux auxquels Evie n'avait habituellement pas le droit de toucher. Evie eut le droit de choisir, et elle choisit évidemment le parfum que sa maman portait au quotidien, parce que c'était son odeur préférée au monde.

Mal – 4 ans

C'était le jour du bain. Un des jours de la semaine préféré de Mal. Son papa avait rempli la baignoire d'eau chaude et elle avait demandé en sautillant si elle pouvait avoir de la mousse. Alors elle avait eu de la mousse. Des tonnes de mousse qui flottait à la surface de l'eau. Sauf qu'aujourd'hui, l'heure du bain était différente. Spéciale. Ses parents étaient trop occupés pour la surveiller, alors ils avaient décidé de la laisser jouer dans son bain toute seule, comme une grande. Ils avaient laissé la porte de la salle de bain ouverte, lui disant d'appeler si elle avait besoin d'aide.

Mal n'avait pas besoin d'aide. Elle était contente de pouvoir se laver toute seule, sans aucun adulte pour l'embêter et la houspiller de se dépêcher. Le bain était trop amusant pour qu'elle se dépêche. A vrai dire, le bain était trop amusant pour qu'elle n'en fasse pas profiter son meilleur ami également.

Alors que ses parents étaient dans la cuisine en train de se disputer – ils se disputaient beaucoup et souvent, mais à chaque fois qu'elle demandait pourquoi, ils lui répondaient que c'étaient des trucs de grands – Mal sortit de son bain et, sans réaliser que ses pieds trempés laissaient des petites flaques coupables partout sur le plancher, elle alla chercher Tom dans sa chambre avant de se dépêcher de retourner dans la baignoire, fière de son méfait.

C'était la première fois que Tom prenait un bain. Sa maman lui avait dit non à chaque fois qu'elle avait demandé pour le prendre avec lui, et son papa lui avait expliqué que c'était parce que les dragons n'aimaient pas l'eau. C'était logique que les dragons n'aiment pas l'eau, mais Tom n'était pas n'importe quel dragon, il était spécial. Et puis ce n'était pas juste de l'eau, il y avait de la mousse ! Alors Tom plongea dans l'eau avec Mal, et éclata de rire en même temps qu'elle, parce que c'était magique !

Très vite, la petite baignoire se transforma en un vaste océan dans laquelle ils nagèrent, découvrant des poissons et des créatures incroyables. Ils durent se battre contre un terrible poulpe maléfique, mais Mal n'avait pas de peur de lui, parce que Tom était là pour la défendre. Ils plongèrent aussi profond que possible, s'entraînant à retenir leur respiration – et c'était toujours Tom qui gagnait – et passèrent un long moment à peaufiner leurs barbes et leurs coiffures en mousse pour passer inaperçus auprès du peuple des terribles poissons poilus.

Ils s'amusèrent tellement que Mal ne vit pas le temps passer. Elle ne réalisa pas que son bain était devenu froid, tout comme elle ne se rendit pas compte de la quantité d'eau qu'elle avait envoyé à travers la pièce à force de s'agiter, de provoquer des vagues et de se battre contre des monstres imaginaires. Elle ne comprit donc pas tout de suite la colère de son papa lorsqu'il arriva pour la faire sortir de la baignoire. Il la gronda et lui confisqua Tom, qui était gorgé d'eau et dégoulinait de partout, pour le suspendre par les ailes au-dessus d'un radiateur, ce qui était cruel et méchant. Mais Mal ne put rien faire pour défendre son ami parce qu'elle-même fut envoyée au coin, où elle se mit à bouder très fort. Ce n'était pas juste. Ses parents devraient être reconnaissants qu'elle les ait sauvés du méchant poulpe malfaisant.

Evie – 14 ans

Evie était grande maintenant. Responsable. Elle devait se charger de sa propre lessive et aider à l'entretien de la maison – même si une femme de ménage continuait à venir régulièrement. La jeune adolescente était fière d'avoir des responsabilités et de pouvoir les accomplir, parce que c'était ce que sa mère attendait d'elle. Elle devait se montrer mature et autonome.

Mais peu importe à quel point elle avait grandi, il y avait des choses qui ne changeaient pas, et ce fut donc avec un soupçon d'inquiétude qu'elle alla récupérer Monsieur Banquise dans le sèche-linge, l'examinant sous toutes les coutures pour s'assurer qu'il en était sorti indemne, avant de le serrer contre elle pour le réconforter et lui assurer que c'était terminé. Du moins jusqu'à la prochaine fois.

Elle monta ensuite à l'étage, sa peluche serrée contre son cœur et se glissa dans la chambre de sa mère. Elle n'avait pas le droit d'y entrer sans autorisation, et certainement pas de toucher à ses produits de beauté, mais Evie fut rapide et efficace, vaporisant un peu de parfum sur sa peluche. Elle quitta ensuite la pièce sans laisser la moindre trace de son passage, et inspira fort son pingouin.

Peu importe les années qui passaient, c'était toujours son odeur préférée au monde.

Mal – 14 ans

Mal n'avait pas le droit de prendre de bain. Cela gaspillait soi-disant trop d'eau, et de toute façon elle n'avait pas non plus le droit de traîner trop longtemps dans la salle de bain.

Mal n'avait pas le droit de faire grand-chose à vrai dire. Certaines interdictions pouvaient même changer selon l'humeur de sa mère, et les punitions étaient tombées de manière aléatoire toute son enfance, ses actions pouvant être autorisées un jour et interdites le lendemain.

Mais ce qu'il y avait de bien avec les interdits, c'est qu'elle pouvait les braver. Au plus elle avait grandi, au plus elle avait appris à profiter des absences de sa mère pour faire ce qui lui plaisait, sans (trop) craindre les conséquences. Voilà pourquoi Mal était à présent allongée dans l'eau chaude, entourée de mousse et de vapeur. Juste en face d'elle, sur le bord de la baignoire, Tom était sagement installé, l'observant d'un air envieux.

Son expression n'échappa pas à sa propriétaire, qui l'observa en retour. Elle était assez âgée à présent pour savoir pourquoi il ne fallait pas mettre sa peluche dans son bain. Mais quitte à braver les interdits de sa mère, pourquoi ne pas braver aussi ceux du reste de l'univers ?

Avec un sourire narquois, elle donna donc un petit coup de pied au dragon qui perdit l'équilibre et tomba dans l'eau, plongeant au milieu des bulles. Elle alla aussitôt le repêcher, et le taquina du bout du nez.

— Ça faisait longtemps hein mon Tommy ?

Tom lui répondit d'un regard interrogateur, s'enquérant de l'avancée des monstres marins. Sans perdre une seconde, Mal l'envoya en exploration sous l'eau. Très vite, il retrouva la trace du redoutable poulpe maléfique et, peu importe l'âge qu'elle avait, Mal ne pouvait décemment pas laisser une créature aussi monstrueuse vivre dans le fond de sa baignoire.

Alors, comme au bon vieux temps, Tom à ses côtés, elle partit affronter son vieil adversaire.