Note : Hey ! Encore une fois je viens vous annoncer qu'il n'y aura pas de chapitre la semaine prochaine x)

Mais ! Il y aura autre chose…quoi donc ? Mystère ! Ce ne sera pas publié sur cette histoire-ci, ce sera à part, mais c'est bien en lien avec Milkshake (bien que pas indispensable à lire si vous n'avez pas envie). Donc en gros pensez juste à surveiller soit mon profil soit les nouvelles fics publiées en français samedi prochain !


Elles avaient décidé de ne pas mentionner trop vite la décision de Mal à Uma et Harry. Inutile de créer une tension supplémentaire, l'ambiance allait être suffisamment étrange comme ça avec Evie qui savait qu'elle allait devoir partir et laisser Mal derrière elle. Si elle l'avait pu, elle serait d'ailleurs repartie immédiatement, mais comme Mal l'avait bien souligné, le trajet était long et fatiguant, et elle l'avait déjà fait une fois ce jour-là. Elle n'avait donc plus qu'à rester là, profiter des dernières heures avec son amie et faire de son mieux pour ne pas pleurer.

Mais malgré l'information gardée secrète, malgré les tentatives d'Evie de sourire et de profiter des derniers moments qui lui étaient offerts dans cette caravane à laquelle elle s'était attachée sans le réaliser, malgré tous ses efforts pour prétendre que tout allait bien et que la perspective de rentrer seule et de peut-être ne jamais revoir Mal ne l'affectait pas, l'ambiance en fut affectée, et ni Uma ni Harry ne restèrent dupes très longtemps.

— Je peux savoir ce que Mal a encore fait ? demanda Uma sans le moindre avertissement, alors qu'ils étaient tous les quatre installés dehors, des verres de limonades et un jeu de carte étalés sur la petite table pliante.

L'accusée se renfrogna aussitôt, révoltée de cette insinuation.

— Je n'ai rien fait du tout ! protesta-t-elle.

Uma haussa un sourcil, absolument pas crédule, et la pointa du doigt.

— Ta réaction est trop vive pour être innocente, souleva-t-elle avant de déplacer sa main et de désigner Evie. Et notre princesse ici présente est complètement abattue et distante. Conclusion, tu as encore fait un truc stupide.

Mal la fusilla du regard, posant ses cartes devant elle pour croiser les bras.

— Je n'ai rien fait, répéta-t-elle d'un ton boudeur.

— Et je ne te crois pas, répliqua Uma en imitant son intonation.

— Mal dit la vérité, intervint Evie d'une voix douce. Elle n'a rien fait du tout. Enfin. Rien de stupide ou qu'elle n'aurait pas dû.

Uma la regarda, sceptique.

— Ça veut quand même dire qu'elle a fait quelque chose.

— Ouais, et ça ne te regarde pas, grogna Mal. Apprends à te mêler de tes affaires.

— A mon plus grand désespoir quotidien, tu fais partie de mes affaires. Est-ce qu'on pourrait savoir ce qui se passe entre vous ?

Evie se mordilla la lèvre alors que Mal se renfrognait davantage.

— Non.

— C'est vraiment utile de le cacher ? demanda Harry, prenant finalement la parole. Ça l'air d'impacter sérieusement Evie, et si on peut aider...

— Vous ne pouvez pas aider, trancha Mal d'un ton catégorique. Ce que je dis à Evie ne concerne qu'Evie, et il n'y a aucune raison pour qu'on vous implique là-dedans !

— Et bien, si ça concerne Evie et qu'Evie veut en parler...

Uma lança un regard incitateur à Evie, qui flancha sous la pression. A l'intérieur de sa poitrine, son cœur battait fort de la confusion et de tristesse, et elle regrettait de ne pas être partie tout de suite après l'annonce de Mal, ce qui lui aurait épargné cette discussion. D'un autre côté, peut-être que Uma et Harry pourraient aider. Peut-être qu'ils pourraient la faire changer d'avis ? Mais...non elle ne devait pas espérer ça, elle s'était promis de respecter la décision de Mal. Ce n'était pas juste d'essayer de l'influencer.

— Respire Evie.

La voix d'Harry ramena Evie à la réalité et, suivant l'ordre sans le réaliser, elle prit une bouffée d'air, calmant son cœur qui avait commencé à s'emballer. Trois regards inquiets étaient posés sur elle, et elle se sentit rougir de tant d'attention, avant de se caler sur celui de Mal, où la culpabilité se cachait derrière le tracas.

— Mal...

Celle-ci secoua la tête.

— Je ne t'ai pas interdit de leur en parler, la coupa celle-ci. Tu fais ce que tu veux. Tu ne me dois absolument rien.

Le chagrin monta à l'intérieur d'Evie parce qu'elle devait tellement à Mal, et celle-ci ne s'en rendait même pas compte, continuant de penser qu'elle était la seule qui était redevable. La seule qui avait évolué et qui était devenu quelqu'un de différent depuis leur rencontre.

— Je ne veux pas te forcer à...

Encore une fois, Evie se fit interrompre alors que le poing d'Uma s'abattait sur la table et que le regard stupéfait de celle-ci alternait entre les deux adolescentes.

— Bordel, elle t'a dit de partir c'est ça ? Cette idiote...elle a décidé que la meilleure solution pour vous deux était qu'elle abandonne tout et qu'elle reste ici ? Mal ! Comment tu fais pour toujours choisir la solution la plus stupide ?

oOoOoOo

Maintenant que l'information était sortie, l'ambiance était passée de maladroite et étrange à extrêmement tendue. Uma et Mal s'étaient disputées, tellement vivement qu'elles avaient été contraintes de rentrer à l'intérieur de la caravane à cause des voisins qui leurs avaient hurlés de se taire. Harry n'avait fait qu'un commentaire, soulignant une des déclarations d'Uma comme quoi Mal était stupide et bornée, puis s'était mis en retrait, laissant les filles régler l'histoire entre elles.

Quant à Evie, elle voulait tout simplement disparaître. Elle n'était pas supposée assister à tout ça. Elle ne devrait plus être là. Elle ne devrait pas entendre Mal se disputer avec ses amis à cause d'elle. Peut-être que si elle était partie, les choses se seraient passées autrement. Peut-être que si elle n'était jamais venue en premier lieu, ça aurait été mieux pour tout le monde.

Profitant que personne ne faisait attention à elle, elle entreprit de rassembler ses affaires en silence, décidant que sa présence ne faisait qu'empirer la situation. Mais à peine eut-elle fermé son sac, regrettant de ne pas pouvoir dire au revoir plus correctement, Uma interrompit la volée de reproches qu'elle était en train de lancer à Mal pour l'apostropher.

— Tu ferais mieux de ne pas bouger de là, Princesse ! lança-t-elle d'un ton peu amène. Je sais qu'elle est têtue comme un âne mais c'est hors de question qu'on te laisse partir d'ici sur une note négative !

— Fous-lui la paix Uma, gronda Mal d'un ton encore plus dangereux. La seule raison pour laquelle elle veut partir c'est parce que tu mets une mauvaise ambiance.

Uma éclata de rire, incapable de croire ce qu'elle venait d'entendre.

— Je suis la raison pour laquelle elle part ? répéta-t-elle en se désignant du doigt. Tu plaisantes Mal ? Tu es la seule raison pour laquelle Evie est ici, et la seule raison pour laquelle elle a le cœur brisé et préfère s'en aller !

— Je n'ai pas..., tenta de se défendre Evie, mais c'était en vain car sa voix se noya dans le bruit du coup de pied que Mal donna à un tabouret qui avait eu le malheur de se trouver dans son chemin.

— Vous faites tous chier ! pesta-t-elle avec rage. C'est vous deux qui n'avez pas cessé de me dire que je devais prendre une décision au lieu de la laisser dans l'incertitude, et maintenant que je l'ai fait, vous allez me faire croire que c'était la mauvaise décision ? Mais ça ne vous concerne pas, merde ! C'est entre Evie et moi, et personne d'autre !

Le cœur d'Evie cognait fort et, son sac à bout de bras, elle regarda Uma ouvrir la bouche, prête à répliquer et à relancer une dispute, lorsque d'un coup, la voix d'Harry se souleva, puissante et grave, presque autoritaire.

— Ça suffit ! Cette discussion ne mène absolument nulle part, et ça ne fait qu'empirer. Est-ce que vous vous entendez au moins ? Vous êtes toutes les deux aussi bornées l'une que l'autre et aucune de vous n'est capable de prendre une décision rationnelle !

Uma fronça les sourcils, mais resta silencieuse alors que Mal croisait les bras sur sa poitrine et levait les yeux au ciel.

— J'ai pris une décision, rappela-t-elle d'un ton maussade. C'est pas ma faute si elle ne convient pas à Uma.

— Tu as raison Mal, répondit Harry en croisant les bras à son tour, une dureté inhabituelle dans son regard. Mais chaque décision a des conséquences, et la tienne aussi.

Evie fit un pas en avant, hésitante mais sachant qu'elle devait profiter du calme que Harry avait imposé si elle voulait pouvoir dire quelque chose.

— Ce n'est pas la faute de Mal, tenta-t-elle d'objecter. Elle avait le droit de prendre cette décision et...je ne lui en veux pas alors, s'il-vous-plaît, ne lui rep...

— Tu n'es plus la bienvenue ici.

Un silence suivit la déclaration d'Harry, les trois filles se tournant vers lui presque à l'unisson, aussi déconcertées et surprises les unes que les autres. Ce fut finalement Uma qui reprit la parole d'un ton sceptique.

— Harry, ce n'est pas la faute d'Evie si...

— Je ne parlais pas à Evie, la coupa-t-il. Je parlais à Mal.

Son intonation était sérieuse et décidé. Il y eut un blanc, le temps que chacune des filles réalisent ce qu'il voulait dire par là, puis Mal fit un pas dans sa direction, se plaçant face à lui.

— Qu'est-ce que..., commença-t-elle, mais elle n'eut pas le temps de formuler la moindre question que le regard d'Harry se posa sur elle, dur et froid.

— Tu m'as bien entendu. Tu n'es plus la bienvenue ici.

— Pourquoi ? prononça Mal à voix basse, cherchant une once de logique dans ce revirement de situation.

Ce n'était plus à propos d'Evie. C'était à propos d'elle. A propos de Mal, Harry et Uma. A propos de leur promesse de toujours veiller sur elle, quoiqu'il arrive, quoiqu'elle fasse, parce qu'ils l'avaient adoptée comme l'une des leurs. A propos de leur invitation à venir vivre avec eux, quand elle le voulait, parce qu'elle faisait partie de leur famille, et que chez eux était chez elle. Quoiqu'il arrive.

Ou presque.

— Parce que les choses ont changé. Quand on t'a invitée, tu n'avais rien de mieux. Cette caravane est peut-être minuscule et bancale, mais au moins elle était mieux que ta mère. La porte t'était toujours ouverte parce que tu avais besoin d'un toit, d'un abri, peu importe. Tu n'avais rien d'autre.

— Mais je n'ai toujours rien d'autre ! s'écria Mal en serrant les poings, levant un regard désespéré, presque suppliant en direction du garçon.

Cela eut l'effet inverse que celui qu'elle désirait car Harry serra la mâchoire, fronçant les sourcils devant ce mensonge.

— C'est faux, gronda-t-il. Evie t'offre un toit. Une chambre. De la nourriture. Des perspectives. Elle ne te demande rien en retour, et tu le sais.

— Elle...

— Tais-toi ! rugit Harry, et les trois filles sursautèrent à son soudain haussement de voix. Je m'en fous de tes excuses ! La vie t'offre une deuxième chance, une chance d'avoir un diplôme, de construire quelque chose. Tu veux tout balancer dans un caprice de gamine ? D'accord. Mais c'est ton problème. Tu as deux jours pour partir d'ici, peu m'importe où tu décides d'aller.

Un lourd silence s'abattit sur la caravane, donnant presque l'illusion que ses derniers mots se répétaient en écho. Face à lui, Mal le fixait, son visage remplit de colère, ses lèvres pincées de mépris et de rancœur. Mais au-delà de sa rage, quelque part dans les flammes de son regard, il pouvait distinguer le chagrin et la trahison, et il se détestait d'être cette personne, mais quelqu'un devait l'être.

La poitrine de Mal se souleva, haletant sous la puissance des émotions qui tempêtaient en elle. Pendant un instant, elle faillit répliquer, l'insulter, l'envoyer balader. Le frapper peut-être. Hurler jusqu'à ce qu'il change d'avis. Mais elle savait que sa décision était prise, elle le voyait dans sa manière de la contempler sans ciller. Il avait fait son choix, et comme tous les autres, il la laissait tomber. Alors, retenant les larmes qui menaçaient de perler dans ses yeux, elle fit volte-face et quitta la caravane en courant, ignorant les bras d'Uma qui se tendaient vers elle, ignorant l'appel d'Evie, ignorant le monde entier, à part ce trou béant à l'intérieur d'elle en réalisant qu'une fois de plus, quelqu'un qu'elle aimait l'abandonnait.

oOoOoOo

Si Mal avait retenu son envie de frapper Harry, il n'en fut pas de même pour Uma qui se jeta pratiquement sur son compagnon, lui assénant plusieurs tapes sur le torse.

— Bordel Harry ! Mais ça va pas ? D'où tu prends des décisions pareilles ? Espèce de crétin !

Harry encaissa les coups sans broncher et sans se justifier, la laissant évacuer sa colère, sa peur, son impuissance.

— Tu la connais pourtant ! Elle est capable de n'importe quoi, et si...et si elle prenait encore la mauvaise décision ? On ne peut pas...on ne peut pas la laisser...

La voix d'Uma se brisa alors que sa main se posait sur lui, en douceur cette fois, résignée. Avec tendresse, il referma ses bras autour d'elle et la serra contre lui, lui embrassant le haut de la tête.

— Elle prendra la bonne décision, murmura-t-il. Et même si elle est trop têtue pour ne pas le faire, il y a une princesse qui va l'y forcer.

Uma sortit son visage du t-shirt de son compagnon pour jeter un coup d'œil à l'endroit où Evie se trouvait quelques minutes auparavant, réalisant qu'elle était partie, se précipitant derrière Mal. Esquissant un sourire, elle se blottit un peu plus contre Harry, espérant qu'il avait raison et que tout irait bien.

— Tu es quand même un idiot, marmonna-t-elle, le faisant rire doucement.

oOoOoOo

— Mal !

Alors que ses pieds foulaient la terre et la poussière du camping à caravanes, Evie réalisa qu'elle n'avait encore jamais réellement couru après Mal. Toutes les fois où celle-ci s'était enfui, elle l'avait laissée faire, sans essayer de la rattraper. Elle n'avait jamais eu à le faire, car elle avait toujours eu la certitude que Mal reviendrait vers elle. Qu'elle entrerait chez elles et l'attendrait. Pour toutes ses fuites précédentes, elle avait eu besoin de s'échapper pour prendre de la distance et réfléchir, seule. Mal avait eu besoin de solitude.

Pas cette fois. Cette fois c'était différent. Cette fois Evie n'était pas certaine d'avoir l'occasion de pouvoir lui reparler. Cette fois elle ne savait pas si elle allait pouvoir la retrouver au pied de sa porte d'entrée. Sans doute peut-être parce que Mal elle-même ne savait pas où elle allait alors qu'elle courrait pour s'éloigner d'Harry, s'éloigner de ce qui venait de la blesser.

Mal n'avait pas besoin de solitude. Mal n'avait pas besoin d'un temps de réflexion. Mal n'avait pas besoin qu'on la laisse tranquille. C'était même tout le contraire.

Alors Evie courut, sans hésiter, sans penser à ses chaussures qui allaient s'abîmer sur les cailloux, ou au fait qu'elle détestait courir. Evie courut et l'appela, encore et encore, même si son amie refusait de lui accorder son attention.

— Mal s'il-te-plaît ! Je veux juste te parler !

Mal l'ignora, la semant un peu plus à chaque seconde parce qu'elle était plus rapide, plus endurante, plus entraînée.

— Tu me dois au moins ça ! cria Evie, sans se préoccuper des caravanes qui l'encerclaient.

Mal se figea brusquement. Elle resta immobile un instant, permettant à Evie d'arriver à sa hauteur puis, lentement, très lentement, elle se retourna pour la regarder. La peine et la douleur étaient visibles dans ses yeux, mais elle ne pleurait pas. Son visage était fermé, neutre, impassible. Elle ne prononça pas le moindre mot, indiquant juste à Evie qu'elle pouvait parler d'un petit geste de la tête.

Evie dût rassembler tout son self-contrôle pour ne pas la prendre dans ses bras, ou même la toucher. Elle voulait réconforter Mal plus que tout au monde, faire n'importe quoi pour la soulager de la peine qu'elle portait actuellement. Mais elle n'avait pas le droit de la toucher ou de s'imposer. Elle avait été suffisamment claire sur le fait qu'elle ne voulait plus d'elle.

Et pourtant elle s'était arrêtée, prête à l'écouter. Une dernière faveur. Une dernière chance.

— Hier tu as dit que je ne comprenais pas, prononça Evie après avoir repris son souffle. Mais tu as tort.

Mal plissa les yeux, la défiant du regard. La défiant de lui prouver qu'elle se trompait. La défiant de la convaincre de changer d'avis.

— Il y a des tas de choses que je ne comprends pas à propos de toi ou de ta vie, enchaîna Evie en soutenant son regard. Et peut-être que je ne les comprendrai jamais. Mais ça...toi et moi...je comprends. Moi aussi j'ai peur. Moi aussi je suis terrifiée. Moi aussi je me demande les impacts que ça va avoir sur toi, sur moi, sur nos vies. Et si ça ne fonctionnait pas, qu'est-ce qu'il va arriver à notre amitié ? Qu'est-ce qu'il va t'arriver à toi ? Est-ce qu'on le regrettera un jour ? Il y a tellement de questions, tellement d'éléments à prendre en considération. Je comprends Mal. Je comprends que tu sois terrifiée par tout ça parce que je le suis aussi, et tu n'as pas le droit de prétendre que ce n'est pas le cas.

Son ton était devenu accusateur malgré elle, et le regard de Mal décrocha du sien, se baissant vers le sol, presque coupable. Evie le prit comme un signal pour faire un pas dans sa direction et s'emparer d'une de ses mains, rétablissant le contact entre elles.

— Tu penses vraiment que c'est facile pour moi ? Que tout coule de source et que je ne me pose pas la moindre question ? Bon sang, regarde-toi ! Tu ne ressembles en rien à ce que j'avais imaginé pour mon futur ! Tu ne corresponds en rien aux attentes de ma mère, et je n'ai pas la moindre idée de ce que je veux exactement pour moi, sans son influence. Mais...Mal.

C'était un appel. Presque un ordre. Et Mal y répondit, relevant la tête et plongeant à nouveau ses yeux dans ceux, doux et chaleureux, d'Evie.

— On peut chercher les réponses ensemble. Rien ne nous oblige à nous mettre en couple tout de suite, ou même un jour. Oui je suis tombée amoureuse de toi. Et peut-être que tu es tombée amoureuse de moi, ou pas. Mais quelle importance ? On a toujours bien fonctionné toutes les deux, et pourtant on a jamais su ce qu'on faisait. Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas juste...continuer ?

Les doigts de Mal s'agitèrent contre sa main. Pendant une seconde, Evie pensa qu'elle essayait de se soustraire à son emprise, puis elle réalisa que c'était de la nervosité. L'expression physique de son incertitude et de sa peur. Alors elle raffermit sa prise et serra la main de son amie, avec douceur et assurance, mais cela ne fut pas suffisant, et le regard de Mal vacilla à nouveau, craintif, terrifié, perdu.

— Je ne sais pas comment faire, murmura-t-elle d'une toute petite voix, à peine audible.

— Tu ne sais pas comment faire quoi ?

— Pour t'aimer. Pour mériter d'être avec toi. Tu es…tu es tellement parfaite, Evie, et j'ai tous ces sentiments pour toi mais je n'ai rien à t'offrir ! Rien à t'apporter. Qu'est-ce qu'il va se passer le jour où tu vas le réaliser, le jour où tu vas vouloir plus et que je ne pourrais pas…

— Mal, la coupa Evie d'une voix ferme. Arrête de dire des bêtises, d'accord ? Tu es suffisante. C'est toi que j'aime, ta personnalité, ta présence, ta mauvaise humeur et ta fâcheuse tendance à toujours t'enfuir plutôt que de t'exprimer. Alors que sérieusement si tu t'exprimais dès le départ, tout serait tellement plus facile. Mais tu sais quoi ? Je ne veux pas du facile. Je te veux toi, en amie, en plus qu'amie, peu m'importe.

— Mais…

— Mais quoi ?

Le regard que Mal lui lança était celui d'une petite fille fautive, qui savait qu'elle avait tort et qui en même temps ne comprenait pas pourquoi elle n'avait pas raison. Un regard qui ne fut accompagné d'aucun mot, mais qui ne fut pas suffisant pour déstabiliser Evie.

— Mal ?

— J'ai peur d'accord ?!

C'était un cri du cœur. Finalement les émotions de Mal s'exprimaient, et plus que le cri, il y eu les larmes dans ses yeux, et elle se rétracta, éloignant ses mains de celles d'Evie.

— J'ai peur de…J'ai peur de laisser tous ces sentiments prendre le dessus, parce qu'ils sont tellement puissants et intenses mais ils ont forcément un revers et je ne veux pas…si je m'autorise à t'aimer aussi fort, je souffrirai un milliard de fois plus le jour où je te perdrais.

Evie ne répondit pas tout de suite, la contemplant tristement. C'était logique. C'était totalement stupide et absurde, mais c'était logique. Mal était terrifiée à l'idée d'être abandonnée, et ne pas s'attacher était la seule manière qu'elle avait trouvé pour se protéger de ce danger.

— Tu ne me perdras pas.

— Qu'est-ce que tu en sais ? Tous les couples finissent par se briser, par se détruire, par se détester !

C'était effrayant la vitesse à laquelle Mal pouvait passer de la peine à la colère. De la peur à la frustration. Ses émotions changeaient tellement vite, pas étonnant qu'elle soit confuse. Evie retenta de faire un pas vers elle, mais cela la fit reculer, alors elle se contenta d'un soupir.

— Tu as raison, je n'en sais rien. Je te l'ai dit, moi aussi j'ai peur. Je n'ai aucune idée non plus de ce qui va nous arriver mais…Mal, réellement, tu penses que je pourrais te faire souffrir ? Même si on arrête de s'aimer, même si on doit se séparer un jour, on se réadaptera. Nos vies sont liées l'une à l'autre, Mal, et tu n'as plus aucun pouvoir sur ce fait. Même si tu me rejettes maintenant, on en souffrira. Alors qu'on pourrait essayer, et construire quelque chose d'unique, sans se projeter dans une terrible fin qui n'arrivera peut-être jamais.

— Mais si ce qu'on construit est moins bien que ce qu'on avait ?

— Alors on le déconstruira, et on reviendra à avant.

— Je pense pas que ça fonctionne comme ça, répondit Mal avec un petit rire nerveux.

Evie lui sourit, et tendit la main vers elle.

— C'est toi et moi Mal. Il n'y a pas de règles. Juste ce qu'on veut. Si tu veux que tout reste comme avant, ça peut rester comme avant. Si tu veux qu'on essaye de nouvelles choses, je suis partante. Et si on n'aime pas cette nouvelle relation, on peut revenir en arrière, et retenter autrement.

Il y eut un instant de calme, puis Mal tendit la main à son tour, prenant celle qu'Evie lui tendait.

— Tout peut rester pareil ? demanda-t-elle avec hésitation, et sa voix était tellement basse et terrifiée qu'Evie dût à nouveau se refréner pour ne pas la prendre dans ses bras.

— Tout peut rester exactement pareil, promit Evie.

— Mais si je veux que ça soit différent ?

— Alors on peut essayer.

Les yeux de Mal vinrent finalement rencontrer les siens, hésitants, apeurés, mais désireux de lui faire confiance.

— Je crois que je voudrais essayer, confia-t-elle à voix basse. Mais je ne sais pas comment faire.

Le rire d'Evie retentit, léger et amusé, rempli de tendresse et de bienveillance. Avec gentillesse, elle s'empara de l'autre main de Mal et, sans décrocher son regard du sien, elle lui offrit un sourire encourageant et excité.

— On va apprendre ensemble.

oOoOoOo

— J'en reviens pas que je vais dire ça, mais ne plus vous avoir dans les pattes va me manquer.

Evie laissa échapper un petit rire à la déclaration d'Uma, et se dirigea vers la jeune femme pour la prendre dans ses bras et lui dire au revoir. Elle n'avait plus aucune raison de rester maintenant que Mal avait décidé de rentrer avec elle, mais ça n'empêchait pas qu'elle aussi était triste de ne plus avoir la compagnie d'Uma et Harry au quotidien, et de quitter l'ambiance étrange et un peu hors du temps de cette caravane.

Les rares fois où Evie était partie en vacances dans sa vie, les voyages avaient toujours été rythmés par les musées, les explorations, la culture et l'apprentissage. Ces quelques jours avaient donc eu une saveur particulière, une parenthèse inattendue mais agréable qui lui avait apporté beaucoup plus que prévu.

— Merci pour tout, murmura-t-elle à Uma qui réceptionna son câlin avec surprise mais lui rendit immédiatement.

— Avec plaisir, Princesse. J'espère qu'on aura l'occasion de se revoir.

Evie se détacha d'elle et lui adressa un immense sourire confiant.

— Evidemment ! Vous êtes les bienvenus chez moi quand vous voulez !

— Tout doux Evie, intervint Mal avec une expression amusée. Pas la peine de les héberger eux aussi.

Evie rit doucement à cette remarque et adressa un faux regard d'excuses aux deux autres.

— Mal veut apparemment garder tout le confort pour elle.

— Oh ce n'est définitivement pas le confort qu'elle veut garder pour elle, commenta Uma avec une mimique taquine, le regard posé sur Evie d'une manière qui en disait suffisamment pour qu'elle n'ait pas besoin de développer sa pensée.

La brune rougit malgré elle tandis que Mal grognait légèrement. Harry, qui s'était tenu en retrait depuis le début de ces adieux, fit un pas vers elle, et l'humeur joviale se dissipa aussitôt, alors que Mal se renfrognait pour de vrai.

Même si la dispute datait de la veille et que tout semblait s'être arrangé depuis, ils n'avaient pas remis sur le tapis la décision du garçon de mettre Mal à la porte. Peu importe ses intentions et peu importe les débouchés de cette décision, elle avait toujours l'impression d'avoir été trahie, et abandonnée, et elle n'était plus sûre de ce qu'elle ressentait vis-à-vis de Harry. Est-ce qu'il l'aurait vraiment laissée tombée ? Est-ce qu'il aurait vraiment mis sa menace à exécution, la laissant seule et totalement livrée à elle-même ? Mal ne connaissait pas les réponses à ces questions et elle détestait ce doute soudain par rapport à un des piliers de sa vie.

Harry ne prononça pas un mot, les yeux rivés sur elle et, au bout d'un moment de silence où ils s'observèrent mutuellement, il finit par tendre la main en direction de Mal. Un geste de paix et d'excuses à la fois. Têtue et rancunière, Mal fixa sa main un instant sans bouger puis, renonçant à emporter de la rancœur avec elle, elle finit par rouler des yeux et tendre la main à son tour pour serrer celle de son ami et lui dire au revoir.

Sauf qu'elle n'eut pas le temps de dire quoique ce soit qu'un sourire en coin se dessina sur les lèvres du garçon et qu'il la tira vers lui d'un geste affirmé, la coinçant dans un câlin absolument pas consenti. Mal tenta de protester, mais cela le fit juste rire, et il se pencha pour lui chuchoter une dernière recommandation à l'oreille.

— Si jamais tu brises le cœur d'Evie, je viendrai te chercher par la peau du cul pour te donner une leçon, compris ?

Mal fronça les sourcils et le repoussa sèchement, croisant les bras d'un air boudeur.

— Ce n'est pas supposé être l'inverse ? bougonna-t-elle. Vous devriez être de mon côté.

Uma surgit derrière elle et lui ébouriffa les cheveux avant de la prendre dans ses bras, provoquant une montée de protestation de la part de la plus jeune.

— C'est parce qu'on est de ton côté qu'on fait ça, lui lança-t-elle d'un ton tellement enjoué qu'il en était machiavélique.

Mal grogna, tentant de se soustraire à son étreinte, mais Harry s'approcha et la prit en étau par-dessus la prise de sa compagne. Ils rirent à l'unisson, l'écrasant entre eux dans une forme étrange mais sincère d'affection. Après quelques instants à résister et à lutter pour s'en extirper, Mal finit par capituler et leur rendit le câlin.

Ces idiots allaient lui manquer.

oOoOoOo

Evie n'avait pas réalisé à quel point elle avait raison en disant que tout pouvait rester comme avant. Parce que, honnêtement, il n'y avait pas beaucoup de changements.

La seule et légère transition réelle eut lieu pendant le trajet du retour. Sorties de la caravane et de la parenthèse hors de leur quotidien qu'elle représentait, les deux adolescentes furent d'abord un peu mal à l'aise, assises l'une à côté de l'autre sans trop savoir quoi faire. Étaient-elles supposées se toucher ? Se faire des câlins ? S'embrasser ? Juste discuter ? Comment se comporter pour montrer qu'elles étaient plus que des amies ? Mais avaient-elles toujours le droit de se comporter juste en amies ? Où était la limite, et où voulaient-elles se positionner ?

Elles partageaient tellement de questions sans les formuler, se contentant de se regarder sans rien faire. Et puis Evie finit par laisser échapper un petit rire et par attraper la main de Mal, glissant ses doigts entre les siens.

— C'est la première fois qu'on fait ce trajet à deux, fit-elle remarquer avec un sourire et Mal lui sourit en retour, pressant sa main dans la sienne.

Faire les choses à deux. De la manière dont elles avaient envie. C'était tout ce qui importait. Alors elles parlèrent, elles plaisantèrent, elles gardèrent leurs mains nichées l'une contre l'autre et, parce que le trajet était long et ennuyeux, les échanges tactiles se firent de plus en plus nombreux, taquins et discrets, mais remplis de tendresse alors que leurs pieds se bousculaient gentiment, que les doigts d'Evie se glissaient dans les cheveux violets, que la tête de Mal se reposait sur l'épaule de son amie, que leurs bras et leurs épaules se touchaient puis que, au détour d'un rire ou d'une remarque mignonne, leurs nez se frôlèrent, puis leurs lèvres, timidement, maladroitement, mais avec des regards croisés remplis d'amour et de bienveillance.

Rien n'avait changé et tout avait changé. C'était paradoxale, un peu vertigineux et vraiment excitant. C'est en tout cas ce que Mal pensa alors qu'elle fermait les yeux, sa tête posée contre Evie, ses doigts caressant ses cheveux, et surtout avec la sensation encore présente de ses lèvres contre les siennes, et la promesse de retrouver ce contact en se réveillant, et autant de fois qu'elle le voudrait.