Note : Un petit bonus pour briser vos cœurs avant le chapitre de samedi :3

Et pour ceux qui l'ont raté, n'oubliez pas d'aller lire Baba au rhum !


Evie – 6 ans

— Maman, on peut acheter ça ?

La maman d'Evie se tourna vers elle, regardant le paquet de bonbons que la petite fille lui tendait. C'était une sorte de bonbons que les autres enfants mangeaient souvent à l'école, et elle avait très envie d'en avoir elle aussi.

— Non. Va les remettre où tu les as pris.

Le sourire plein d'espoir d'Evie s'effaça et elle regarda sa maman, déconfite.

— Mais juste pour essayer ?

— Je viens de te dire non, Evie.

Evie savait que non voulait dire non, et qu'elle n'avait pas à discuter. Normalement, elle aurait obéi et remit le paquet de bonbons à sa place. Sauf que là, elle en avait vraiment très envie, et sa maman pourrait essayer de le comprendre. Elle voulait ces bonbons, parce que tous les autres enfants en avaient et ce n'était pas juste qu'elle soit la seule à ne pas en avoir.

Alors, telle la petite fille de six ans qu'elle était, Evie serra ses poings autour du paquet de bonbons, son visage se chiffonnant de frustration juste avant que sa petite voix aiguë ne retentisse à nouveau dans l'allée du magasin, à un volume bien supérieur à ce que sa maman tolérait.

— Mais je les veuuuux ! cria-t-elle en tapant des pieds par terre. Maman je les veux je les veux je les...

Elle n'eut pas l'occasion de terminer sa litanie que le paquet de bonbons lui fut brusquement arraché des mains par sa maman qui se tenait à présent devant elle, le regard sévère.

— Tu arrêtes ça tout de suite.

Evie ravala instantanément ses larmes, intimidée par son intonation.

— Regarde autour de toi, Evelyne.

Evie obéit, jetant un coup d'œil autour d'elle pour découvrir les autres clients qui observaient la scène, amusés, moqueurs ou agacés.

— Tu sais ce que voient ces gens ? enchaîna sa maman d'une voix sèche. Ils voient une petite fille désobéissante et égoïste qui fait un caprice. Une petite fille qui les dérange dans leurs courses simplement parce qu'elle veut des bonbons alors qu'elle sait très bien qu'elle n'a pas le droit. Est-ce que ça que tu veux être ? Une petite fille capricieuse qui dérange les gens ?

Evie baissa la tête, ses joues s'embrasant de honte et de regret. Elle déglutit, essayant de retenir les larmes – sincères, cette fois – qui lui étaient montées aux yeux.

— Regarde-moi quand je te parle.

L'enfant leva des yeux coupables vers sa mère qui continuait de la regarder avec une sorte de mépris.

— Tu me fais honte en public, et je ne tolérerai pas ce genre de comportement, tu m'entends ? C'était ton premier et ton dernier caprice.

Evie acquiesça timidement, ne sachant plus où se mettre. Elle avait l'impression que tout le magasin était en train de la regarder et de se moquer d'elle. Elle avait fait honte à sa maman, et maintenant celle-ci était en colère contre elle et elle ne savait pas quoi faire pour rattraper la situation.

— Oh non Evelyne, tu ferais mieux de ne pas te mettre à pleurer. Tu es responsable de tes actes, assume-les dignement. Si tu ne veux pas être punie en rentrant, je ne veux plus t'entendre. Ni pleurer, ni parler, et certainement pas réclamer quoique ce soit.

Evie laissa échapper un petit hoquet tout en se frottant les yeux, essayant du mieux qu'elle pouvait de contenir son chagrin. Un câlin ou la promesse qu'elle serait pardonnée aurait pu l'aider, mais sa maman s'était déjà détournée d'elle, toujours en colère, et la petite fille n'avait plus qu'à la suivre en espérant parvenir à se faire oublier.

Mal – 6 ans

— J'ai faim !

La plainte de Mal lui avait échappé, et elle la regretta à l'instant où sa mère se tourna vers elle.

— Pourquoi crois-tu qu'on est ici ? lui lança-t-elle avec des yeux remplis d'agacement. Es-tu stupide au point de ne pas réaliser que si nous sommes dans un magasin, c'est pour acheter à manger ?

Mal ne répondit pas et baissa la tête. Elle savait qu'elles étaient en train d'acheter de la nourriture, mais elle ne savait pas quand sa maman allait la préparer, et encore moins la lui donner. Et même si sa maman décidait de faire à manger dès qu'elles rentreraient à la maison, c'était dans vraiment longtemps. Et elle avait faim maintenant.

Elle ravala quand même ses protestations, parce qu'elle ne voulait pas être punie et privée de repas, et se remit à suivre sa maman à travers les nombreuses allées du magasin, regardant les rayons remplis de nourriture qu'elle n'avait pas le droit de toucher. Ce n'était pas juste. Pourquoi devait-elle avoir faim alors qu'il y avait tellement de bonnes choses à manger autour d'elle ?

Lorsqu'elles passèrent dans l'allée des biscuits et des bonbons, sa maman ne déposa rien dans leur chariot, et Mal regarda les boîtes colorées et appétissante avec regret. Elle ne demandait vraiment pas grand-chose, juste un tout petit morceau pour apaiser son estomac. Le magasin avait des milliers de boîtes, qu'est-ce que ça allait changer qu'elle en prenne une ? Juste une, ce n'était pas grand-chose. Et puis Mal avait vraiment faim. Et sa maman ne prêtait pas du tout attention à ce qu'elle faisait.

Aussi discrètement que possible, Mal prit une boîte, sur laquelle était dessinée des petits gâteaux au chocolat qui semblaient extrêmement bons. Elle l'ouvrit aussitôt, plongeant sa petite main dedans, et en ressortit l'un des gâteaux pour mordre dedans avec bonheur. Hmm, c'était si bon !

Sauf que si Mal avait veillé à s'assurer que sa maman était loin et ne la voyait pas, elle n'avait pas pensé aux autres personnes dans le rayon. Et elle sursauta donc quand une main se referma sur son poignet.

— Tu ne peux pas faire ça !

C'était une vendeuse du magasin, qui la regardait d'un air vraiment pas content. La fillette écarquilla les yeux de frayeur, et ravala sa bouchée tellement vite qu'elle se fit mal à la gorge.

— Je voulais…j'avais…j'avais faim, balbutia-t-elle sans oser bouger.

Les sourcils de la dame se froncèrent, et sans même lui demander qui était ses parents, elle la traîna jusqu'à sa mère qui n'avait pourtant rien vu de la scène.

— Madame, votre fille vient de voler un paquet de gâteau pour les manger dans le magasin, déclara-t-elle sèchement en lui tendant la main de Mal. Merci de mieux la surveiller.

L'estomac de Mal se liquéfia de terreur lorsque les yeux de sa mère se posèrent sur elle, absolument noirs de rage et de dégoût. Au cours des derniers mois, la petite fille avait appris à décrypter ses expressions, et elle connaissait l'agacement, l'irritation et la colère. Mais la rage ? La rage était réservée pour les moments où Mal faisait des bêtises, et où les gens le reprochaient à sa maman. La rage était terrifiante, et la petite fille ne put rien faire d'autre que fermer les yeux pour ne plus la voir, espérant qu'elle disparaisse.

— Pardon maman, pardon ! s'écria-t-elle dans un élan de désespoir.

Mais c'était trop tard, et les doigts de sa mère s'étaient déjà refermés autour de son bras, la faisant pivoter pour avoir accès à son arrière-train et lui mettre une fessée magistrale, enchaînant les claques les unes après les autres alors que Mal se mettait à pleurer.

Lorsque enfin la fessée se stoppa et qu'elle fut contrainte de s'excuser auprès de la vendeuse, Mal ne vit pas son sourire triste et son visage rempli de regrets.

Lorsqu'elle suivit sa maman en sanglotant, terminant leurs courses, Mal n'aperçut pas les regards inquiets et interrogateurs qui se posaient sur elle.

Lorsque, au détour d'un rayon vide, sa mère se retourna et lui mit brusquement une gifle sans le moindre avertissement, lui ordonnant d'arrêter de pleurnicher et lui promettant que ce n'était qu'un aperçu de ce qui l'attendait à la maison, Mal eut envie de gémir de terreur, et ne comprit pas pourquoi sa punition était coupée en deux.

Dans sa petite tête d'enfant, elle avait fait une bêtise, les adultes s'en étaient plaint et avaient exigé qu'elle soit punie. Elle l'avait donc été, et c'était tout à fait normal. C'était ce qu'elle méritait, et ça ne pouvait pas être autrement.