Vous pensiez vous être débarrassés de moi ?
J'avoue, moi aussi.
XxXxXxXxXxXxXxXxX
Il ne se souvenait de rien, c'était une certitude.
Ou plutôt, il se souvenait d'assez pour rester bloqué dans un état de béatitude, mais le genre de béatitude qui était tout sauf agréable. Les images, les corps, repassaient dans son esprit comme un film infini et si on lui avait demandé quelque chose, alors il aurait été bien en peine de répondre. Il voyait sans voir, notait de nouveau l'herbe sous ses genoux, sentaient des mains sur ses épaules, dans ses cheveux, des voix qui l'appelaient et toujours, toujours, il y avait ça.
Ses parents.
Quel spectacle devait-il faire, à l'heure actuelle ! Lui, l'Auror, le fils du Survivant. Super formé, sorcier de choc, paré à toutes les éventualités. Avait vu des cadavres d'enfants trois jours avant, en avait cauchemardé un peu certes mais avait réussi à passer outre, et réduit à néant par cette découverte fortuite. Pathétique.
Son formateur lui avait un jour dit qu'il y avait toujours une différence entre la théorie et la pratique. Que le premier blessé serait un pincement au coeur, le premier témoignage un déchirement, et que le premier cadavre lui donnerait envie de vomir. Et il avait constaté, agréable surprise, que tout cela lui passait outre. Le premier blessé avait réussi à sourire entre ses dents sanglantes, ravi d'être secouru par une célébrité, vraiment c'est un honneur, franchement m'sieur, ça rattrape vraiment ma soirée, vous pouvez pas savoir ! Thorin l'avait soutenu, appui silencieux quand une mère était venue reporter le viol de sa fille par son père, et lui avait tout encaissé, hoché la tête et offert du réconfort, thé, café ? Nous prendrons soin de tout ça madame, elle n'aura plus rien à craindre, je vous le promets. Quant au premier corps, il avait contemplé avec une froideur extrême l'homme qui avait tué trois Moldus dans sa fuite effrénée et avait fini par se faire tuer, ironiquement renversé par une voiture.
Alors était-ce parce que ses parents n'étaient rien de tout ça, qu'il réagissait aussi mal ? Sa gloire ne pouvait pas leur donner le sourire. Il ne pouvait pas leur offrir des solutions. Il ne pouvait pas se contenter de leur mort, les regarder et se dire bien. Tout cela est regrettable, mais soit.
Il ne pouvait que contempler, et subir, et la situation échappant à son contrôle, aurait dû dire son formateur, était ce qui allait le faire renoncer.
Il ferma les yeux, vit les corps sans vie, et tout à coup tout devint noir.
XxX
Il ouvrit les yeux.
Il pouvait voir pour voir à nouveau. Il voyait le plafond de la chambre, les posters dans sa vision périphérique, l'étagère où reposaient quelques livres.
Il pouvait aussi sentir la couverture sur son torse, pas froissée, sans un pli. Cela faisait depuis longtemps qu'il avait appris à dormir immobile, en attente entre deux opérations, sur une chaise miteuse que Thorin avait fait apparaître.
Or il n'était pas sur une chaise miteuse mais dans l'ancienne chambre de son oncle George, éternellement en bazar malgré les efforts désespérés de sa grand-mère pour la ranger. Le lit de son oncle Fred, toujours présent malgré le départ tragique de ce dernier bien des années avant sa naissance, était vide. James en fut soulagé : il ne savait pas quelle était sa tête actuellement mais une petite voix lui murmurait qu'il ne devait pas être glorieux. Il se sentait encore barbouillé, un arrière-goût désagréable dans la bouche, comme si il avait rendu son maigre repas dans son inconscience. Chose qui ne serait pas improbable.
Le brun jeta ses jambes sur le parquet, projetant la couverture. Il était encore dans ses habits, minus la cape et ses chaussures. Pendant quelques secondes, il ne bougea pas, contemplant le vide. Il n'arrivait pas à penser. Son esprit ne se focalisait sur rien, n'enregistrait aucune information. Il avait l'impression de flotter dans un rêve, certes très réaliste, mais un rêve tout de même. Comme si son cerveau n'assimilait pas ce qu'il avait vu des heures plutôt. Ces souvenirs là étaient même flous, comme un Oubliette qui avait mal fait son office. Impossible de se rappeler comment il était revenu au Terrier, bien que James se doutait qu'il avait dû appeler quelqu'un.
L'Auror se leva et sortit dans le couloir. Il n'y avait aucun bruit dans la maison. Vu la lumière qui s'infiltrait dans les pièces aux portes ouvertes, il était fort possible que le soleil se soit à peine levé. Le matin, donc. Et pourtant, il n'y avait personne dans les chambres. La plupart des membres de la famille avaient dû rentrer chez eux après avoir appris la nouvelle mais peut-être que ceux qui étaient restés étaient déjà levés. Voir même, ils n'avaient même pas dormi.
James ne pouvait pas transplaner de là où il était. L'instinct d'Auror commençait déjà à se réveiller en lui ; et plus que la colère sourde qui commençait doucement à gronder, se réveillait l'envie de savoir qui. Qui avait osé faire ceci à sa mère, à son père, qui avait osé s'en prendre à la famille Potter-Weasley en espérant s'en sortir sans conséquence. Si il s'était écouté, et si la barrière anti-transplanage n'était pas encore installée autour de la maison, il serait déjà là-bas, en train de fureter partout.
James descendit les escaliers en prenant soin de ne pas faire craquer des marches. Des voix étouffées lui parvenaient. Le brun reconnut celle de son frère mais ne parvint pas à mettre un nom sur l'autre, bien qu'elle lui soit familière. Elles venaient en tout cas de la cuisine, aussi James s'y rendit, toquant à la porte. Il ne savait pas pourquoi il avait fait ceci, peut-être un réflexe de son travail, mais toujours est-il que les voix s'arrêtèrent de parler et que, quelques secondes plus tard, la porte s'ouvrit sur le visage de sa soeur. Aussitôt, elle se jeta à son cou et le serra de toute ses forces. Par réflexe, James retourna l'étreinte. Par-dessus l'épaule de Lily, le brun vit effectivement Albus, une main dans une poche et l'autre sur l'épaule de leur grand-père, qui fixait le vide sans mot dire. Leur oncle Ron, également, avec d'épaisses cernes noires, était accoudé contre le plan de travail, Hermione à ses côtés. Et au milieu de la famille, un Auror que James reconnut après quelques secondes. Ilyes Forress, l'air vaguement gêné de se trouver parmi toutes ces célébrités, le salua d'un signe de tête.
James pressa ses lèvres contre les cheveux roux de sa soeur puis s'en écarta légèrement, la dévisageant. Elle avait les yeux rouges, des traces de larmes sur ses joues, mais un air déterminé sur le visage.
« Tu vas bien ? », chuchota-t-il sans raison. Lily hocha la tête avant de se décaler pour le laisser passer. James pénétra dans la cuisine et croisa ses mains dans son dos, donnant à chacun un signe de tête.
« Bien dormi, James ?, demanda Albus avec froideur.
- Arrête ça, Al. », commanda Ron avec la voix de quelqu'un qui n'avait pas dormi de la nuit. James retint la réplique acerbe qui lui montait à la gorge et préféra regarder Ilyes.
« L'enquête a déjà commencé, reprit ce dernier après quelques secondes de fixage intensives. Il y a tout les meilleurs éléments du bureau - logique, vous me direz, on parle tout de même de célébrités - mais il y a également des journalistes.
- Comment peuvent-ils déjà être au courant ? », demanda James, peut-être plus brusquement que la bienséance l'exigeait. Pour toute réponse, Ilyes haussa les épaules. Le pauvre homme avait l'air d'être aussi perdu que lui, même si le brun tâchait de garder une expression neutre.
Albus, comme toujours, décida de se raccrocher à la conversation en livrant ses précieuses remarques.
« Est-ce là tout ce dont les Aurors sont capables ? Les informations fuitent déjà et vous êtes incapables d'en déterminer la source ? Êtes-vous au moins certains de pouvoir conclure cette enquête ?
- Albus, la ferme. On se passera de tes remarques.
- Je ne fais que pointer l'évidence du doigt, puisque tout le monde ici se tait en attendant que monsieur l'Auror nous dise les pauvres petits informations qu'il a pu grappiller de ses supérieurs. Quoi, Constance Reynard se trouve-t-elle au dessus de nous...
- Albus. Ta gueule. »
Tout le monde ouvrit de grands yeux en voyant Lily, normalement si calme, poser avec force une main sur la table. Ses yeux verts naviguaient entre ses deux frères, n'accordant aucune attention aux autres personnes de la pièce.
« Arrêtez de vous quereller comme des gamins. James, arrête de répondre à Albus comme le ferait un ado de quinze ans. Tu es l'aîné, montre l'exemple. Quant à toi (ses yeux se fichèrent dans ceux de son frère cadet), arrête ton cirque de petit parvenu prétentieux. Oui, il y a eu une fuite, c'est comme ça. Notre famille est sans cesse sous couverture médiatique, les flux magiques sont surveillés, il ne serait pas étonnant que quelqu'un du service de transplanage ait remarqué les déplacements des Aurors et en tire les conclusions qui s'imposent. Vous êtes pathétiques. »
La rousse reprit sa respiration. James en profita pour se tourner vers son collègue et lui demander :
« Constance est sur place ?
- Constance, Marie, Thorin, tous les Aurors non-mobilisés sur le terrain. Je suis censé protéger la famille.
- Je vais les rejoindre. »
Mais avant qu'il ne puisse tourner les talons, Ilyes répondit précipitamment :
« Euh, non, Constance a dit que...
- Je me fiche de ce que Constance a dit. Je suis un Auror, j'ai une accréditation et plus, ce sont de mes parents dont on parle. Si elle te cause des problèmes, redirige là vers moi. »
Le brun n'était pas sûr qu'il posséderait cette bravoure dès qu'il se retrouverait devant sa cheffe mais l'idée était pour l'instant reléguée dans un coin reculé de son cerveau. Ilyes, en perte de mots, ne savait visiblement pas quoi répondre. James songea un bref instant que l'Auror, si il était plein de bonne volonté, n'était peut-être pas le meilleur élément pour gérer une famille qui avait pour habitude d'enfreindre le règlement, avant de hausser les épaules mentalement.
Tant pis, tant qu'on le laissait circuler où il voulait, cette situation ne pouvait que fonctionner pour lui.
« James. »
La voix claire d'Hermione le rappela soudainement. Il ne pouvait pas désobéir à sa tante quand elle parlait aussi calmement, malgré la situation. Il se retourna pour la regarder dans les yeux : si la sorcière semblait fatiguée, comme son mari, elle avait cependant la même lueur que celle de Lily dans les yeux. De la détermination.
« Es-tu sûr que tu dois aller là-bas ?, demanda-t-elle lentement, comme pour peser ses mots. James la regarda un temps avant de hocher la tête. Sa tante soupira.
« Bonne chance, alors. »
Il n'était pas certain de savoir ce qu'elle voulait dire mais il réitéra son geste avant de sortir dans le jardin. Pour transplaner, il devait marcher hors de la propriété. Là et seulement là, il pourrait partir pour Godric's Hollows.
XxX
Dire qu'il y avait du monde à Godric's Hollows aurait été minimiser la réalité. James était certain que le village n'avait jamais connu ça de toute son existence. À peine plus grand qu'un village, les maisons se trouvaient presque toutes en face de la route et accessoirement, du cimetière, ce dernier se trouvant une centaine de mètres plus loin. De là où le brun venait d'atterir, il voyait une horde de sorciers entrer, sortir et papoter devant l'unique bar-restaurant du coin. Heureusement que la plupart des villageois étaient des sorciers également, ou alors les Moldus se seraient posés beaucoup de questions.
Décidant d'opter pour la discrétion, James se lança vite fait un sortilège de Désillusion. Avec un peu de chance, cette foule serait tellement absorbée à discuter entre eux que personne ne remarquerait la silhouette à relief qui se déplacerait devant leur nez. Tout du moins, il l'espérait.
Mais la chance semblait être de son côté, puisqu'il réussit à passer devant le bar sans être repéré par un curieux ou, pire, un journaliste. La Gazette du Sorcier avait sans nul doute dépêché plusieurs reporters (après tout, tout aussi magique qu'il l'était, un sorcier ne pouvait se trouver partout), et peut-être le Chicaneur également, bien que ce dernier soit beaucoup moins envahissant que son concurrent. Puis, si on comptait tous les petits journaux auxiliaires, la quantité de monde se trouvant dans le village s'expliquait.
Il parcourut lentement la distance qui le séparait de la maison. Il ne savait pas quoi en faire. Il faudrait qu'il en parle avec Albus et Lily mais le brun se doutait qu'ils étaient du même avis que lui : personne dans la famille ne voudrait habiter dans la maison où des proches étaient morts assassinés. James soupira. Si ils la vendaient, sans nul doute qu'elle serait récupérée par un quelconque collectionneur, peut-être transformée en musée. Qui pouvait prédire le futur ? Mais celui-ci semblait être le plus proche de la réalité. Son père et sa mère étaient des célébrités, comme l'avaient été ses grands-parents paternels, dans une certaine mesure. Le Ministère s'en frotterait les mains. Eux seraient débarrassés d'une masure qui leur était inutile, et tout le monde y trouverait son compte. Encore fallait-il espérer que les Aurors qui avaient investit les lieux déguerpiraient bientôt, une fois la scène de crime étudiée de fond en comble et les preuves, si il y en avait, récoltées.
James s'arrêta et fit face à la maison. Il n'arrivait plus à se dire que c'était, logiquement, la sienne, celle de ses parents. Les murs crèmes qui étaient autrefois accueillants lui semblaient maintenant froids, la masure imposante et inquiétante. Il savait qu'il ne serait plus jamais à l'aise ici, voir même dans le village tout court. Peut-être par respect, il n'y avait personne pour se presser autour de la maison avec un parchemin à la main. La seule chose qui trahissait une présence était le léger brouhaha qui lui parvenait de l'entrée, dont la porte était ouverte. James prit le temps d'ôter son sortilège avant de respirer un bon coup. Quel spectacle il devait offrir ! Il n'avait pas quitté ses vêtements depuis hier (était-ce simplement «hier» ? Il n'avait pas la moindre idée de quelle heure il était. Pour ce qu'il en savait, il avait passé une semaine entière à dormir), tout froissés qu'ils étaient, et le brun devinait son air hagard. Avoir dormi ne signifiait pas s'être reposé et lui sentait la fatigue tendre ses muscles. Au moins, ses cheveux étaient toujours ébouriffés, seul petit détail qui ne changerait jamais chez lui.
Avec des gestes mesurés, l'Auror poussa la barrière en bois, qui grinça légèrement. Il n'en eut cure, les yeux fixés sur la porte ouverte. Il sentait que, si il quittait son objectif des yeux, sa détermination s'envolerait. Son coeur commençait à battre plus vite, tandis qu'il passait le pas de la porte. Le brun entendait les murmures, comme si personne n'osait parler, de peur de déranger les morts. Stupide, pensa-t-il. Ses collègues n'avaient normalement pas de mal à spéculer entre eux à voix haute mais devant des gens un peu célèbres, les voilà qu'ils se retrouvaient à courber l'échine.
« James ? »
Une voix hésitante le fit se reconcentrer. Devant lui, Marie avait passé sa tête hors du salon. Lorsque le brun la fixa, elle ferma la porte, se positionnant devant lui comme pour l'empêcher d'aller plus loin.
Elle avait l'air affreux. Il ne savait pas quel rapport elle avait entretenu avec son père, si ce n'est qu'un respect mutuel s'était apparemment installé entre eux avant que Harry ne démissionne de son poste. La mort de cette figure devait lui peser sur les épaules, encore plus si elle était en partie en charge de l'enquête. Ils vivaient après tout dans l'attente constante qu'ils réussissent tout ce qu'ils entreprenaient et aujourd'hui encore plus.
« James, chuchota Marie en regardant autour d'elle comme si elle s'attendait à voir toute la famille Weasley débarquer, que fais-tu là ? Comment es-tu arrivé ici ?
- J'ai transplané, répondit-il simplement.
- Mais... Ilyes devait... Tu n'es pas censé être là. »
James ne put s'empêcher de froncer les sourcils. Lorsqu'il rétorqua, il ne prit pas la peine de cacher sa voix :
« Et pourquoi ? Je suis un Auror. Si il y a une enquête, alors je dois en faire partie. Encore plus si tout le bureau est mobilisé.
- James, tu ne comprends pas. Tu ne peux pas être là. Ce n'est pas dans le règlement.
- Le règlement ? Lequel ? Il n'y a aucune règle qui stipule qu'un membre doit être éloigné d'un quelconque lieu ou scène de crime...
- Qu'est-ce qui se passe ici ? »
James grogna intérieurement. Bien sûr, que Constance débarquerait à ce moment précis. Les sourcils froncés, les manches relevées, la sorcière avait l'air de plus mauvais poil que d'habitude. Son humeur ne sembla pas s'améliorer en l'apercevant.
Soit. Il affronterait sa cheffe si ça lui permettait de juste voir ces cadavres (pas ses parents, surtout pas ses parents).
« Potter, grommela la brune. Bien sûr, que Forress ne saurait pas vous garder dans le salon.
- Arrête ça, claqua la voix sèche de Marie. Ce n'est pas de sa faute, tu l'as envoyée tout seul là-bas. Il a trop de choses à gérer, une famille endeuillée à rassurer... »
Constance fit plusieurs moulinets de la main, levant les yeux au ciel. Apparemment, elle se fichait éperdument de ce que pouvait penser sa soeur.
« Ce qui ne répond pas à ma question. Que fait Potter ici ?
- Je viens faire mon boulot. », répondit James en serrant les poings, irrité qu'on l'ignore.
La brune le regarda. Laissa échapper un petit rire, avant de se reprendre et de rétorquer :
« Aha, non non.
- Je...
- Non, et quand je dis non, je le signifie.
- Je suis un Auror qualifié et...
- Tellement qualifié qu'il s'est évanoui devant deux corps...
- Je vous y verrai, vous, à trouver les cadavres de vos parents...
- Là n'est pas la question, vous êtes interdit d'accès...
- J'ai tous les droits d'être ici ! », finit-il par crier, excédé. Constance, l'air sombre, croisa les bras. Sans ses manches, on pouvait apercevoir ses avants-bras musclés et actuellement tendus, comme si elle se retenait de frapper dans un mur.
« Et moi, siffla-t-elle d'une voix lourde, j'ai tous les droits de vous en empêcher.
- Mais...
- Je suis votre cheffe, Potter. Votre supérieure. Dois-je vous l'expliquer en allemand également ? Mon anglais n'est-il pas assez correct pour que vous le compreniez ?
- Constance... », commença Marie, sentant la tempête arriver.
Sa jumelle l'ignora superbement, préférant traverser le vestibule en deux pas pour se retrouver à quelques centimètres de James. Faisant à peu près la même taille, leurs deux nez se retrouvèrent à quelques centimètres l'un de l'autre, les yeux dans les yeux.
« Comment osez-vous venir ici et vous comporter comme ça ? La gloire vous est-elle montée à la tête ? Pensez-vous que le grand nom des Potter vous ouvrira toutes les portes ? Laissez-moi vous le dire une bonne fois pour toute, James : je ne tolère pas l'insubordination dans ce bureau, et si vous n'êtes pas capable de vous en tenir à ce que vous ordonne votre supérieure hiérarchique, alors vous feriez mieux de déchirer tout de suite votre licence. »
Comme brûlée, Constance recula soudainement de quelques pas, tournant le dos au brun. Il entendit une respiration fébrile être prise et devina au mouvement de sa main que la sorcière se pinçait l'arête du nez, un tic qu'elle avait lorsqu'elle était particulièrement énervée. James ne s'en rendait compte que maintenant mais tous les chuchotements provenant du salon s'étaient tus, tout le monde écoutant vraisemblablement le blâme splendide qu'il était en train de se prendre. Puis la brune se tourna de nouveau vers lui, les sourcils froncés, les yeux pétillant de colère, et reprit :
« Marie Reynard, ma seconde, vous a dit que vous n'étiez pas censé être là, et elle a tout à fait raison. Au cas où vous auriez besoin d'un deuxième avis, je vais rajouter le mien et en profiter pour le transformer en ordre : vous ne rentrerez pas dans ce salon. Vous allez tourner les talons, retourner voir vos proches, et rester hors de nos pattes. »
James déglutit. Il lui semblait que toute sa volonté avait fondu comme neige au soleil. La colère bouillonnait toujours au fond de lui mais devant le regard de braise de cette femme, n'importe qui courbait l'échine.
Était-ce vraiment de la colère qu'il ressentait ? Il avait l'impression que son cerveau faisait des montagnes russes. D'une franche détermination, il était passé à une rage aveuglante contre laquelle il avait cédé. Maintenant, tout cela se calmait et laissait place à une autre émotion : la honte.
Par Merlin ! Ses précédentes paroles lui revinrent en mémoire, malgré le fait qu'il ne les avait prononcé que deux minutes plus tôt. Il s'était comporté comme Albus lorsque ce dernier exigeait quelque chose, comme vingt minutes plus tôt, avec son ton impérieux. Qu'est-ce qui clochait avec lui ? Comment en était-il réduit à ça, taper du pied par terre et se plaindre pour obtenir quelque chose.
Soudainement, une main se plaça sur son épaule. Relevant la tête, James fut quelque peu surpris de voir qu'elle appartenait à Constance. La sorcière semblait maintenant plus calme, comme si elle avait eu une réflexion similaire à la sienne, et le regardait non pas avec pitié mais avec compassion.
« Potter. James. Si je vous demande ceci, c'est pour ne pas que vous expérimentiez une expérience douloureuse. Si vous vous croyez capable de traverser cette porte, alors je ne vous retiendrai pas. Mais vous le ferez en tant que proche des victimes, et non en tant que Auror.
- Vous êtes endeuillé, ajouta Marie tout à coup. Vous ne pensez pas de manière logique. Allez voir votre soeur, votre frère. Parlez. Évacuez. Préparez l'enterrement, faites votre deuil. Et après, je vous le promets, vous serez mis au courant de tout ce que nous avons pu trouver. »
Et il céda.
Ses épaules se relâchèrent. Il baissa le regard, préférant le ficher au sol. Soudainement, il ne pouvait plus supporter l'idée de regarder quelqu'un dans les yeux.
« Marie, entendit-il Constance dire, transplane avec lui au Terrier. Je ne lui fais pas confiance pour l'instant.
- Compris. »
Décision compréhensible. Lui-même n'était pas certain de pouvoir retourner entier chez ses grands-parents sans se désartibuler. Il était devenue une tempête de sentiments contraires, tempête à laquelle se mêlait une fatigue. Une fatigue devant ce qui s'était passé mais devant ce qui allait arriver également.
« Thorin ? », murmura-t-il.
Il y eut une pause, puis sa supérieure répondit :
« J'ai besoin de lui ici. »
Là encore, il comprenait ce choix. Si son meilleur ami s'entendait bien avec sa soeur, on ne pouvait pas en dire autant de sa relation avec Albus. Pour ce qu'il en savait, Thorin était plutôt neutre avec le reste de sa famille mais le climat actuel ferait que son meilleur ami serait sans aucun doute à fleur de peau.
La main sur son épaule disparut, remplacée par une sur son avant-bras. Les doigts étaient plus fins, la pression moins forte : Marie le conduisait lentement mais sûrement vers la sortie, pour leur permette de quitter Godric's Hollows. Ils furent interrompus une dernière fois par sa jumelle :
« Oh et, Marie ? Une fois au Terrier, restes-y. Tu n'as pas dormi de la nuit, profites-en pour te reposer.
- Toi non plus, tu n'as pas pris une seule pause depuis hier.
- Oui, sauf que moi je suis la cheffe. »
Et la porte du salon claqua.
XxX
Ils rentrèrent dans la maison en traînant des pieds. La plus vieille semblait être rattrapée par le sommeil ; quant à lui, il avait un poids sur les épaules dont il n'arriverait plus à se débarrasser.
Des paires d'yeux essayèrent de rencontrer les siens lorsqu'il pénétra dans la cuisine avec sa collègue. Il les évita toutes. Ilyes marcha à la rencontre de Marie, n'ayant d'yeux que pour elle.
James se racla la gorge, le regard toujours fiché au sol, et murmura :
« Parlons de l'enterrement. »
Cela lui semblait être un bon départ.
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James : Je vais résoudre cette affaire Q^Q
Constance : :3 nop
Oh et, oui, la suite n'est pas encore écrite. Joie.
