Actuellement en train de ne plus avoir de doigts, quel bonheur que de sentir la douleur se propager dans mon index alors que je livre ce chapitre avec amour
Tout ça à cause du CAPITALISME e_e

(ne cherchez pas)

PS : je livre ce chapitre samedi au lieu de dimanche parce que je serai à la montagne toute la semaine prochaine, ce qui décale un peu mon planning ! J'espère que mon séjour me permettra d'être aussi productive que la dernière fois... (*se souvient de cette période bénie où elle a écrit trois chapitres dans la foulée*)

C'était la belle époque T_T


Les jours passèrent sans qu'il ne s'en rende compte. Explicitement, Constance lui avait accordé des congés ; congés dont il comptait profiter. Quoique, son ''profit'' fut d'organiser l'enterrement de ses parents. Il n'était pas question pour James que ses grands-parents ne déboursent ne serait-ce qu'une seule Mornille : même si Ginny était mariée à Harry, les plus vieux des Weasley avaient toujours refusé la moindre aide financière ; et, avec le départ de leurs enfants de la maison, les dépenses étaient devenues moins conséquentes, leur permettant de mettre des sous de côté pour de plus grandes occasions. Il semblait donc naturel pour James que eux se débrouillent avec la conséquente fortune des époux Potter. Lily adhéra à la cause sans trop de soucis (le brun doutait même qu'elle accepte une autre solution). Quant à Albus, si il fallait lui reconnaître une qualité, c'était bien qu'il n'était pas cupide. Il gagnait assez sa vie et au fond de lui, aimait ses grands-parents. Lorsque James lui demanda son avis, il grogna son accord, plongé dans des papiers administratifs.

Oui, car ceci était un autre point positif d'Albus : il était bien le seul à avoir hérité de leur mère la capacité étrange mais néanmoins bien utile de savoir s'organiser. De ce que James en savait, c'était Angelo qui s'occupait du ménage dans le couple ; quant à lui, il passait sa vie entre le Ministère, les missions et son appartement. Il n'avait tout simplement pas le temps de mettre le souk dans sa chambre, encore moins son salon. Et l'administration lui avait toujours semblé être une chose nébuleuse et sans aucun sens. Avant ce jour, l'Auror avait toujours pensé qu'il suffisait d'envoyer un hibou pour obtenir une place dans une église pour une cérémonie, cercueil compris. Ce fut lorsque son petit frère revint au Terrier, où toute la famille avait apparemment établi domicile, avec des énormes dossiers sous le bras, que James comprit son erreur.

(bien qu'il soupçonnait la moitié de ces briques d'être du travail mais il n'allait pas jeter la pierre)

Alors oui, les jours passèrent, et le défilé de Weasley aussi. Charlie et Fred revinrent de leurs voyages en catastrophe, se montrant un soir sur le porche de la grande maison tout débraillés. Molly première du nom leur tomba littéralement dans les bras et ce fut la première fois que James vit son oncle pleurer avec elle. Fred lui avait tapoté l'épaule d'un geste maladroit, mais qui portait pourtant tout le réconfort du monde. La distance les avait changé mais leur relation restait intacte ; et bientôt, ils se retrouvèrent à parler de tout, sauf de la mort de Ginny et Harry Potter.

James ne voulait pas en parler. Il savait que si il le faisait, ce serait comme ouvrir un barrage : tout craquerait. Il y avait encore cette colère qui grondait dans son bas-ventre mais lorsqu'il était revenu au Terrier avec Marie, elle avait été atténuée par d'autres émotions ; et si la honte de lui-même avait vite disparu, elle avait été remplacée par cette émotion insidieuse qu'était la tristesse. James ne l'avait jamais beaucoup côtoyée, aussi mit-il quelques heures avant de placer des mots sur ce qu'il ressentait. Pour autant, il n'en parla pas : autour de lui, sa grand-mère pleurait sans fin, son grand-père restait anormalement silencieux, sa soeur alternait entre ces deux états d'esprit quand elle ne piquait pas brusquement des crises de colère et Albus semblait noyer son chagrin dans la paperasse. Un soir, lorsque James passa dans le salon, il vit,son frère, toujours en train de gratter le parchemin avec une ardeur renouvelée. Lorsqu'il lui conseilla d'aller se reposer, le plus jeune ne fit qu'émettre un grognement.

Le lendemain, James le retrouva étendu sur la table, endormi, et avait été surpris de ressentir de nouveau une tendre exaspération, quoique furtive.

Pour le reste de la famille, même si l'Auror appréciait beaucoup ses cousins et ses cousines, ils s'étaient tous distancés les uns des autres avec le temps. Les filles de son oncle Percy, par exemple, pouvaient presque s'apparenter à de simples connaissances familiales : elles lui adressèrent des condoléances, il les accepta et on en resta là. Les enfants de Bill et Fleur furent moins formels, s'autorisant à faire un peu plus de conversation avec lui. Lucy, la plus vieille des filles de Percy, l'avait tout de même surpris en le prenant à part dans un couloir pour lui murmurer :

« Tu sais que je travaille pour la Gazette du Sorcier. »

James avait blanchi.

« Ah.

- Comme je ne suis pas affiliée directement à Harry et Ginny Potter, on me laisse plus en paix. Je me suis arrangée avec mon patron pour qu'on vous laisse respirer, vous aussi. Après tout, il aura bien assez à me demander plus tard. »

James avait alors dévisagé sa cousine. Une telle attention de sa part, alors qu'ils se voyaient uniquement tous les Noëls et qu'il oubliait son anniversaire cinq années sur six, le toucha. Lucy dut déduire son cheminement puisqu'elle haussa simplement les épaules, prenant le soin de remonter sur son nez des lunettes écaillées semblables à celle de son père.

« On a beau ne pas beaucoup se parler, James, vous restez la famille. Ce sont des liens qui ne s'oublient pas. »

Le brun, ému, n'avait pu s'empêcher de la prendre dans ses bras. Une situation gênante pour eux deux mais il n'avait pas su quelle autre réaction avoir.

Un autre problème qui se posa rapidement fut de savoir ce qu'il adviendrait de la maison de Godric's Hollows. James campait sur ses positions : il n'irait jamais habiter là-bas. Son appartement, aussi miteux soit-il, n'avait pas été le spectacle d'un meurtre (ou alors il l'ignorait et dans ce cas, c'était une situation inquiétante). Lily vivait déjà avec Angelo et lorsqu'elle lui demanda son avis, ce dernier se contenta de hausser les épaules, ce que James pouvait comprendre : après tout, l'autre avait à peine connu Ginny et Harry, se contentant de quelques dîners à l'ambiance gênante pour tout le monde dans la pièce (véridique, il était là pour témoigner). Quant à Albus, si son expression un peu hautaine fut une quelconque indication, il n'en avait pas besoin pour s'abriter et dormir. James, les documents légaux en main, avait fini par taper du poing sur la table :

« Il va me falloir des réponses claires ! Vous voulez en foutre quoi, de cette baraque ? »

Lily lui avait envoyé un regard ô combien semblable à celui de sa mère.

« Va passer ta frustration autre part, James. Je suis pas ton punching-ball. »

Les deux en étaient restés là, trêve plus ou moins forcée que leur avait imposé leur oncle Ron. La rousse s'énervait elle aussi plus facilement, ces temps-ci, et si James le comprenait, une part injuste de lui s'en indignait et ne pouvait s'empêcher de répliquer en conséquence. Après une énième dispute, les deux convinrent en silence d'un évitement tactique : avec l'enterrement qui approchait à grand pas, il valait mieux garder ses distances, le temps que le monde se remette à tourner normalement.

Quant à la maison, James finit par passer une petite annonce dans la Gazette du Sorcier ; chose qui était, il fallait l'avouer, une énorme bêtise. En une seule après-midi, le Terrier fut inondé de chouettes et hiboux en tout genre, chacun réclamant la maison du célèbre Harry Potter, proposant des prix exorbitants pour poser un pied dedans. Comme l'Auror s'y attendait, ce fut le Ministère qui finit par régler l'affaire, proposant un règlement à l'amiable : ils acquerraient la maison et n'en ferait rien, si ce n'est la vider de ses meubles. L'entrée serait libre, gratuite, et chacun pourrait y venir pour se recueillir. Ce fut Albus qui le lui annonça un soir, alors que James s'arrachait encore les cheveux sur ce problème. Son frère prit tout de même la peine de lui préciser qu'il avait déjà accepté l'offre, évidemment, car quoi de plus logique ?

James n'avait rien trouvé à redire, ruminant en lui-même que son frère aurait peut-être pu leur demander leur avis avant ; des pensées que formula Lily en l'écoutant, et qui dégénéra vite en un autre argument. Le pauvre Angelo semblait décontenancé par cette nouvelle façade de sa petite-amie et avait décidé de lui laisser de l'espace ; tout du moins, ce fut ce que James en déduit en le voyant cuisiner à la moldue tandis que la rousse était dans le jardin, répartissant avec ses frères les affaires de ses parents. Oui, car Ginny et Harry, dans leur grande prévoyance, n'avaient absolument pas rédigé de testament. Au vu de leurs âges respectifs lorsqu'ils étaient morts, ce n'était pas vraiment étonnant, mais James rangea tout de même ce détail dans la catégorie «Ce qui devrait être normal pour un ex-Auror qui a tué Voldemort». En voyant la tête de son frère et de sa soeur, il ne fut pas le seul.

Et un soir, alors qu'ils finissaient de prendre leur repas, tous serrés en rang d'oignons autour de la table, Albus leva simplement la tête de son assiette, planta ses yeux dans ceux de James et dit :

« C'est dans trois jours. »

Et tout le monde l'entendit.

Le soir, lorsque James transplana dans sa chambre, accueilli par les hululements de Godric, il resta toute la nuit à regarder le plafond, le cerveau vide de toutes pensées.


Un cliché était déjà mis à mal au petit matin : il ne pleuvait pas. C'était même le contraire : un soleil radieux pointait le bout de son nez, venant réchauffer l'air qui s'était refroidi, la saison avançant. Cela ne l'empêcha pas de mettre une cape noire sur ses épaules, se préparant à la fraîcheur de l'église où se tiendrait la cérémonie. D'un commun accord, les trois enfants Potter avait agréé que la ''messe'', ou tout du moins son équivalent sorcier, ne durerait pas trop longtemps : il fallait tenir en compte le fait qu'une foule se presserait aux portes de l'édifice pour suivre les cercueils. Sans nul doute y avait-il déjà des gens sur les lieux ; en tout cas, James était certain que ses grands-parents étaient de ceux-ci. Ils auraient besoin de passer un petit temps seuls avec leurs enfants avant de les laisser partir pour toujours.

Après avoir nourri Godric, James lança un regard circulaire sur son appartement. Il n'avait rien oublié pour affronter la journée. Il ne savait pas si il était tout à fait prêt mais avait-il le choix, désormais ?

Le brun ferma les yeux et transplana. Lorsqu'il les rouvrit, il se tenait devant une antique abbaye en pierre, perdue dans la campagne.

Holyrood Abbey se trouvait près d'Edimbourg, en Écosse. Près d'une si grande ville, les sorciers ne s'y rendaient pas souvent pour se faire enterrer : on lui préférait les chapelles abandonnées de France ou de Pologne, voir même celles perdues dans les landes du pays. Seuls les grands sorciers avaient le droit de s'offrir une cérémonie ici, ceci pour des raisons pratiques. En effet, les moldus (et c'était tout à leur honneur) adoraient cette endroit, tombé en ruine au XVIIIème siècle et qui conservait toute sa splendeur. Il fallait installer des barrières anti-Moldus, ainsi qu'un sort de dissimulation afin que personne ne voit la foule devant l'imposante structure de pierres.

En arrivant devant, James fut heureux du beau temps : cela faisait longtemps que l'abbaye avait perdu son toit, s'ouvrant maintenant sur le ciel. Il restait son immense cadre, qui surplombait le reste des tourelles se situant sur les côtés. Même avec le soleil, l'ombre portée s'étendait sur le sol recouvert de feuilles mortes et le tamisait de la vue des Hommes. L'abbaye n'avait pas de portes pour masquer la vue des cercueils ; mais quelque chose lui disait qu'ils n'en auraient pas besoin pour retenir les plus téméraires. Les sorciers étaient assez respectueux de leurs morts, et leur accordaient sans protestation la paix dont ils avaient besoin avec leurs proches. Toute la foule qui, sans aucun doute, s'amasserait bientôt autour de l'abbaye de Holyrood, se masserait près du palais du même nom, qui juxtaposait les magnifiques ruines.

Le brun entra sans un bruit, notant avec satisfaction que les panneaux explicatifs avaient été ôtés de leurs socles. Comme dit plus haut, l'abbaye était régulièrement visitée ; aujourd'hui seulement, elle servirait encore une fois à sa fonction première. Les deux cercueils se trouvaient déjà là, fermés pour être à l'abri des intempéries surprises (même si, avec le soleil, il y avait peu de chance qu'il se mette à pleuvoir aujourd'hui) et, auprès d'eux, se tenaient les plus vieux des Weasley. Son grand-père releva la tête en l'entendant venir dans leur direction, les feuilles craquant sous ses pas, et lui adressa un petit signe de tête. Molly garda ses mains sur le bois du cercueil de sa fille, les yeux dans le vide. Il n'y avait pas de banc dans l'abbaye, et James ne se matérialisa pas de chaise. Il sentait en lui le besoin de rester debout, ne serait-ce que pour respecter ses parents.

Petit à petit, le reste de la famille Weasley parut, les parents et les enfants, mais aussi les amis chers : l'armée de Dumbledore se ressemblait une dernière fois, entre membres fondateurs. Le professeur Londubat semblait avoir pris une dizaine d'années d'un seul coup, des cernes sous les yeux, tandis qu'il s'arrêtait en face des caisses en bois, les mains jointes. Luna Lovegood avait troqué ses habituels habits extravagants pour une robe noire simple, sans aucun accessoire, et James ne put s'empêcher de penser que cette tenue lui allait très mal. Cette sorcière était faite pour exprimer sa joie de vivre avec tous les moyens possibles, or il ne transpirait de cette robe que de la tristesse.

Ils avaient de la chance, pensa-t-il, que Lily soit une journaliste : elle avait convenu avec son rédacteur en chef d'un arrangement. Elle s'occuperait de l'article, prendrait quelques photos et l'histoire serait réglée. En cette journée là, personne n'aurait aimé avoir un journaliste dans les pattes. De la famille, seuls manquaient Teddy et Victoire, qui n'avaient pas pu rentrer à temps : en reportage photo au fin fond du Pérou, le couple ne pouvait pas retourner en Angleterre sans l'accord de leur patron.

Enfin, le ''prêtre'' fit son entrée. C'était, comme il convenait des usages, un employé du Ministère. Ou plutôt, le ministre Robards lui-même, petit homme tout de noir vêtu, ses cheveux blancs tirés en arrière en une queue-de-cheval. Il avait lui aussi les traits fatigués, quoique peut-être pas pour les mêmes raisons que la famille Weasley, et s'aidait d'une canne pour marcher. Près de lui, Albus surveillait le moindre de ses pas, prêt à le rattraper s'il venait à glisser sur les feuilles mortes.

« Mesdames, Messieurs, bonjour à vous. », dit le ministre avec une voix minuscule, qui se serait sans doute perdue dans le vent si il y en avait eu.

Un murmure collectif lui répondit et il hocha la tête pour lui-même.

À partir de là, commença un discours dépeignant le courage de Harry Potter : comment, âgé de un an à peine, il avait défait Voldemort ; la manière dont il avait résisté à la haine malgré les traitements de la famille Dursley ; ses prouesses en première et deuxième année ; sa victoire en quatrième année, et la façon dont il avait échappé à Voldemort au péril de sa vie, ramenant le cadavre d'un camarade tombé au combat ; sa victoire finale, enfin, contre ce même sorcier noir ; et puis, sa consécration en temps que Auror, la façon dont il avait servi la communauté magique et cette mort si soudaine qui endeuillait le Royaume-Uni, voir même le monde entier.

De Ginny, il n'y eut que quelques mots : joueuse de Quidditch accomplie, triple gagnante de la coupe du monde de Quidditch féminin, sa position de coach pour l'équipe actuelle qui faisait la fierté nationale. Le discours fut raccourci au strict minimum et à cela, James ne put s'empêcher de ressentir une pointe de colère.

Sa mère avait été plus, tellement plus pour lui, que son père. Elle les avait élevés seule, tous les trois, tandis que son père partait en mission ; s'était occupée de toute leur éducation, avait fait en sorte que ses enfants ne vivent pas le nom des Potter comme un fardeau mais au contraire, comme un tremplin pour viser encore plus haut qu'eux. Tout cela était infiniment plus important qu'une tape sur l'épaule et un gentil mot pour une bonne note. Sa mère avait été stricte, stricte mais juste, et c'était l'image d'une femme aimante et forte que James voulait garder en mémoire. Pas celle d'un corps désarticulé dans un salon sombre.

Et finalement, le flot de mots s'arrêta, un silence se fit. Dehors, on entendait les grondements de la foule, les murmures échangés entre chacun s'amplifiant pour finalement donner un brouhaha incompréhensible.

Le ministre finit par se racler la gorge.

« Si les enfants de monsieur et madame Potter veulent bien s'approcher... »

Lily et lui sortirent des rangs, remontant l'allée qu'avait formé la petite foule séparée en deux, rejoignant Albus. Le brun avait déjà sorti sa baguette et les deux l'imitèrent dès qu'ils furent à ses côtés.

« Que dans le vent les époux vivent désormais ; et qu'ils soient réunis pour l'éternité. »

Sans se consulter, les trois levèrent leurs baguettes. James pensa au sortilège voulu.

Une seconde plus tard et les deux cercueils prenaient feu. Ils reculèrent d'un pas tandis que le bois se consumait.

Il était coutumier pour les sorciers de se faire incinérer, désormais. Bien sûr, beaucoup se faisaient enterrer dans des cimetières moldus, ou bien encore à Pré-au-Lard, mais ces cas n'arrivaient que si spécifiés dans un testament. Le choix revenait bien sûr à la famille mais la plupart choisissaient maintenant cette méthode là : la paranoïa faisait que certains craignaient d'être transformés en Inferi par un quelconque sorcier maléfique. Certains sorciers illustres se faisaient enterrer dans des lieux qui leur avaient tenus à coeur de leur vivant : c'était par exemple le cas de Albus Dumbledore, qui reposait dans sa tombe à Poudlard. Mais James ne voyait pas où son père pouvait se faire enterrer : sur le terrain de Quidditch de Poudlard ? Dans le bureau des Aurors ?

L'idée lui arracha un rire silencieux. Il imaginait Constance rouspétant contre «cette boîte qui prenait de la place pour rien» et sa tête si elle découvrait un corps dedans. Non, définitivement pas une bonne idée. Incinérés ainsi, les époux resteraient ensemble ; et leurs cendres se disperseraient dans le vent, là où ils avaient si souvent volé sur leurs balais.

La fumée du feu s'éleva dans les airs, vers le soleil ; un cri retentit dans la foule, dehors. Tout à coup, des gerbes de couleur s'élevèrent dans le ciel, rouges, vertes, bleues, toutes les couleurs se mêlant à d'autres. La famille Weasley regarda le spectacle, agréablement surpris d'un tel hommage. Certains se mirent à pleurer, le feu d'un côté, les étincelles de l'autre. Les membres de l'AD levèrent leurs baguettes et répondirent de la même manière ; le ciel se transforma momentanément en un arc-en-ciel de couleurs, tout plus lumineuses les unes que les autres.

Lucy, en bonne journaliste, prit une photo.


Les cercueils réduits à l'état de cendres, le ministre prit rapidement congé, secouant la main de James et lui adressant ses condoléances à mi-voix. Molly annonça d'une voix à moitié étouffée par son mouchoir qu'un petit buffet se tenait au Terrier et que tout le monde était le bienvenu et aussi longtemps que chacun le souhaitait. S'en suivit une vague de transplanages, dans l'abbaye comme au dehors. Les craquements explosèrent de partout, chacun rentrant chez soi.

James préféra s'attarder un peu, après avoir assuré à sa soeur qu'il les rejoindrait sous peu. Il avait besoin de prendre l'air et de respirer autre chose qu'une odeur de brûlé. De plus, peut-être restait-il des personnes dehors. Le brun n'avait pas vraiment envie de faire la conversation mais il devait au moins remercier quelques personnes de s'être si bien tenues toute la durée de la cérémonie. L'Auror s'était attendu à des débordements, or il n'y en avait pas eu un seul.

Lorsqu'il sortit, il aperçut cinq personnes. Chacune arrêtèrent toute activité en le voyant arriver : Constance et Marie, en pleine discussion en français, furent les premières à l'approcher. Les deux sorcières avaient toutes les deux des cernes profondes et des habits noirs (non pas que cela changeait Constance de ses habitudes vestimentaires). Marie lui adressa un petit sourire et l'attira dans une étreinte d'ours. James se laissa faire, interloqué par ce geste.

« Toutes nos condoléances, James, dit-elle une fois qu'elle l'eut relâché. Prenez tout votre temps pour faire votre deuil. Votre bureau vous attend à votre retour.

- Vous avez un rapport à me rendre. », ajouta Constance. Marie lui écrasa proprement le pied.

« Tu n'as pas quelque chose à lui dire ? », murmura sa soeur.

Constance remonta ses lunettes, ses yeux fixant le sol.

« Désolée pour Godric's Hollows, grommela-t-elle comme si ces mots lui arrachaient la langue. J'étais fatiguée et vous étiez stupide. Le bureau des Aurors est prêt à vous donner toute l'aide nécessaire à la résolution de cette affaire. »

Marie leva les yeux au ciel mais sembla accepter ces paroles. Après que James leur ait assuré que non, vraiment, il n'y avait aucun problème et que oui, il avait peut-être été un peu stupide, les deux sorcières prirent congé de lui. Avec un dernier signe de main et un sourire, elles transplanèrent.

L'autre personne était, étonnamment, Thorin. Dire que James était surpris était un euphémisme : il n'avait pas entendu parler de son meilleur ami depuis le soir du meurtre et il pensait que le sorcier ne prendrait pas la peine de se déplacer pour cet enterrement. Ils se serrèrent la main, geste un peu idiot considérant leur relation, et James se racla la gorge :

« Ça m'étonne, que tu sois venu.

- Ta mère n'était pas si mal, admit l'autre Auror en haussant les épaules.

- Dis-moi quelque chose que j'ignore.

- Lorsque j'étais l'apprenti de ton père, il nous ramenait parfois chez vous, square Grimmaurd. Ce portrait nous a foutu la frousse de notre vie la première fois mais ta mère lui a hurlé dessus pour qu'il se taise, avant de nous dire le plus tranquillement du monde qu'il ne fallait pas se soucier des têtes d'elfes. »

James lâcha un petit rire. C'était typiquement quelque chose qu'aurait pu faire sa mère dans cette maison. Elle ne l'avait jamais beaucoup aimé et prenait donc chaque décoration comme une blague. Ses concours d'insultes avec Madame Black avaient été épiques.

« Ça fait plaisir de te revoir, avoua finalement le brun une fois calmé. Merci d'avoir répondu à mon Patronus.

- Les amis servent à ça.

- Viens au Terrier. Il y a un buffet. Je sais que tu n'as rien d'autre à faire, coupa-t-il avant que son ami ne proteste. Il faut que je te présente Fred. Tu ne croiseras pas Albus, sauf si tu veux lui dire un petit mot doux. »

Thorin détourna le regard, se gratta la nuque.

« Je ne sais pas...

- Hem hem. »

Les deux hommes firent volte-face.

En face d'eux se tenaient deux sorcières. Elles n'avaient visiblement aucun lien de parenté et l'une était clairement plus heureuse de les interrompre que l'autre. La première avait des cheveux blonds retenus par un bandeau, un énorme sourire sur les lèvres et des yeux verts qui pétillaient, et James avait une vague impression de déjà-vu. Quant à l'autre, elle avait la peau noire et les cheveux, noirs également, retenus en deux couettes qui tombaient sur ses épaules. Des lunettes cerclaient ses yeux marrons et elle avait les bras les plus musclés que James ait jamais vu pour une fille.

James envoya un regard à Thorin qui demandait Est-ce que tu les connais, mec ?. Thorin lui envoya un regard qui répondait clairement Je n'ai aucune idée de qui sont ces filles et si tu m'écoutais tu ne chercherais même pas à comprendre qui elles sont. James, parce qu'il écoutait son ami, s'avança d'un pas et dit :

« Puis-je vous aider, mesdames ?

- James Potter ?, demanda Sourire-radieux, comme si sa tête n'était pas connue de toute la communauté sorcière.

- Moi-même. », répondit-il.

L'autre sorcière eut un bâillement sonore. Thorin leva les deux sourcils, un sourire commençant à naître sur ses lèvres fines.

« Je me présente !, cria instantanément la blonde. Alisha Braus ! Capitaine de l'équipe féminine de Quidditch d'Angleterre ! »

Après un instant de réflexion, elle ajouta :

« Et ma vice-capitaine, Amandine Dimka. »

Cette dernière, d'un enthousiasme convaincant, les salua d'un signe de tête. James se demanda ce que c'était que ces (cette, plutôt, vu que la dénommée Amandine n'avait absolument rien dit depuis le début de la conversation) folles, vaguement effrayé que la plus petite tente de l'enlacer soudainement. Il avait la vague impression d'avoir déjà entendu le nom d'Alisha Braus quelque part, ou en tout cas autre part que dans la rubrique Quidditch qu'il ne consultait plus faute de temps et de journal.

« D'accord ?, finit-il par dire, tentant de faire avancer l'échange.

- Ginny Potter était notre coach, dit enfin Amandine, croisant les bras. L'équipe aurait bien voulu venir mais ils sont en plein RTT.

- J'ai donné des congés à tout le monde. S'entraîner dans ces conditions n'est pas bon pour les performances.

- Ok ? »

Il était encore plus interloqué. À côté de lui, Thorin eut un reniflement amusé, attirant le regard de Alisha. En deux temps trois mouvements, elle avait parcouru la distance qui les séparait et prenait un de ses bras dans ses mains, le palpant.

« Ces muscles !, cria-t-elle avec un émerveillement enfantin. Oui ! Clairement ! Ce sont ceux d'un batteur ! Je parie que tu as joué dans une équipe de Quidditch à Poudlard !

- Je, euh, n'aime pas vraiment le quidditch. »

Alisha lâcha tout à coup Thorin, comme brûlée. Le châtain envoya un regard à James qui le suppliait de le sortir de cette situation. Peine perdue, puisque si il était impassible extérieurement, James était présentement en train de mourir de rire intérieurement. Puis le déclic se fit en dévisageant une fois de plus la blonde.

« Alisha Braus ! L'attrapeuse des Poufsouffle !

- Oui ! On a joué l'un contre l'autre deux années de suite ! Je t'ai mis la pâtée, mec !

- C'était un poursuiveur. », nota Thorin.

Alisha prit bien soin de s'écarter de lui, snobant apparemment celui qui n'aimait pas le saint dieu Quidditch.

Le salut vint finalement de Amandine. Jusque là silencieuse, la joueuse se joignit tout à coup au cercle et attrapa les cheveux de sa camarade, la tirant en arrière. La blonde eut un glapissement de douleur et James ne put s'empêcher de grimacer, compatissant.

« Nous sommes venues ici car nous avons un match dans deux jours, dit la brune d'une voix terne. Alisha pensait que vous voudriez y assister. »

Elle tira de sa poche deux billets, qu'elle lui tendit. Une fois que James les eut pris, la joueuse retira sa main et reprit :

« Il n'y a que deux places...

- Pour vous et votre personne spéciale !, interrompit l'attrapeuse avec un clin d'oeil complice, avant d'être réduite au silence par un tirage de cheveux.

- ... mais bien sûr, si d'autres membres de votre famille veulent venir, ils sont les bienvenus. Ne vous sentez pas obligés d'accepter.

- Enfin, tout de même un peu. C'est des places dans le carré VIP, hein, ça coûte la peau du c... »

Alisha s'interrompit avec un nouveau cri de douleur. Amandine, apparemment satisfaite d'avoir accompli sa mission, leur adressa un hochement de tête et transplana, entraînant à sa suite sa capitaine, toujours en la tenant par les cheveux.

James cligna des yeux, fixant le vide où se tenaient quelques secondes auparavant les deux joueuses. Thorin fut le premier à briser le silence :

« Hein.

- Oui.

- Quoi.

- Je confirme.

- Qu'est-ce que c'était que ça ?

- La fierté du pays ? »

Son ami lâcha un rire incrédule.

« Tu ne vas pas y aller ?

- Je ne sais pas. Pourquoi pas. Constance m'a littéralement des congés et Marie les a rallongés de manière infinie.

- Tu ne vas pas aller voir le match de cette équipe de folles ? »

James haussa les épaules. Pour tout dire, il n'en savait foutrement rien. Pour tout ce qu'il en savait (et vu ce qu'il avait vu d'elle, cela ne l'aurait pas étonné), Alisha avait volé ces places à quelqu'un du ministère et ce quelqu'un viendrait bientôt se plaindre.

Le brun prit tout de même le soin de les fourrer dans sa poche, avant de se tourner vers Thorin. Le sorcier avait encore une expression de franche crédulité sur le visage et James ne pouvait pas vraiment le blâmer.

« Tu sais quoi, oublie ça pour l'instant. Allons au Terrier. »

Avant que l'autre n'ait pu protester, le brun lui avait pris le bras et transplanait.


L'abbaye de Holyroodhouse existe vraiment ! Si vous tapez le nom dans Google, vous devriez trouver un tas de photo. J'ai hésité avec une autre église abandonnée (dont je n'arrive pas à retrouver le nom, malheureusement) mais petit problème : elle se trouvait en France et a visiblement été, ou alors est en passe d'être détruite.
Je sais pas si vous vous rendez compte du nombre fous d'églises et d'abbayes abandonnées... qui se trouvent presque toutes en France et en Italie. Logique, vous me direz, mais je n'allais pas mettre un établissement français je ne sais où (surtout que je ne connais absolument pas la géographie anglaise). Finalement, j'ai choisi l'abbaye de Holyrood(house ?) et ai sorti quelques petites excuses bidon pour justifier
pourquoi personne ne voit un rassemblement de mille sorciers (ou que sais-je encore) et des feux d'artifices parce quoi oups, abbaye près de la capitale de l'Écosse, oups.
Si vous voulez voir des photos d'édifices abandonnés, je vous invite à aller checker le travail de James Kerwin, un photographe. J'adore regarder des photos de lieux abandonnés, là où la nature a petit à petit repris ses droits. C'est juste magnifique.

Normalement, le sol de l'abbaye de Holyroodhouse est relativement propre mais eh, laissez-moi mettre des feuilles mortes. J'aime les feuilles mortes. (à noter que je ne sais absolument pas si j'ai spécifié une saison dans les précédents chapitres donc bim, on est en automne. Deal with it)

Je ne fais plus jamais apparaître les Weasley de toute la fic. C'est une horreur. J'ai dû écrire tous les noms et les métiers dans un carnet. J'ai pas signé pour ça ;-; (ce qui me fait remarquer que j'ai inversé deux des gosses dans le chapitre 1 mais eh, tant pis)
(*activement en train de planifier comment faire intervenir tous les Weasley dans la fic malgré tout*)

Le ministre Robards existe ! D'après le wikia HP, Gawain Robards a remplacé Rufus Scrimgeour a la tête du bureau des Aurors. Les Aurors aiment le pouvoir, vous avez vu ? (Scrimgeour, Kingsley, Robards...)

Je clos cette note d'auteur beaucoup trop longue et vous fait des bisous. Portez vous bien !