me : on aura pas trop de pdv d'OCs
also me : *jette treize pages avec quasi que des OCs*

Enjoy !

XxXxXxXxX

Il arriva devant l'appartement de Thorin, exactement comme il l'avait prévu, et avec un trou dans son t-shirt, ce qui ne l'était pas. Au moins, aucun voisin ne venait voir ce qui avait causé ce bruit épouvantable dans le couloir. Thorin avait la chance d'avoir un appartement dans une rue adjacente au Chemin de Traverse, et où la plupart des occupants étaient des sorciers. Qui travaillaient donc tous, à l'heure actuelle. Le plus gros avantage restait tout de même le fait que le châtain pouvait transplaner devant sa porte sans risquer de se prendre un blâme pour «risque de divulgation du Code du secret magique».

(pour sa défense, cette grand-mère avait été oublietté dès que James l'avait aperçue)

Si on en croyait l'horaire que lui avait donné Amandine, donc, son meilleur ami ne rentrerait pas avant un bon bout de temps. Encore plus si il restait pour faire des heures supplémentaires, ce qui était tout à fait quelque chose dans ses cordes. James soupira, tout en lançant un Alohomora sur la porte, puis un Aberto quand cette dernière refusa de s'ouvrir. Le clic ! se fit entendre, et le brun tourna la poignée.

L'appartement de Thorin était tout de même vide et assez impersonnel, quand on y pensait. James s'y était rendu deux ou trois fois, pas plus, son meilleur ami insistant toujours pour qu'ils se rendent au Chaudron Baveur à chaque réunion, un endroit qu'il qualifiait de plus festif, et James avait compris pourquoi cette réflexion la première fois qu'il avait posé le pied dans l'entrée. C'était comme si un jour, Thorin avait décidé de déménager, avait enlevé toutes les décorations puis décidé qu'au final, il allait rester là où il était. Pour ce que James en savait (et il n'avait pas creusé très longtemps), le châtain vivait seul dans un appartement qui pouvait facilement accueillir un colocataire, pour peu qu'on métamorphose le lit double de l'unique chambre en deux lits simples, et qu'on rajoute un mur. Le brun fut tout de même heureux de voir le tablier rose à poches à têtes de chien qu'il avait trouvé dans une boutique moldue pour l'anniversaire de l'Auror, abandonné sur une chaise haute de l'entrée tournée vers le plan de travail. Un appartement pour deux, mais tout de même organisé pour un. Thorin lui avait un jour dit qu'une famille de cinq personnes s'entassait dans l'appartement du dessus et James ne savait pas comment ces gens faisaient pour vivre. Tous les sortilèges d'agrandissement sur des bâtiments publics étaient minutieusement surveillés et ne dépendaient que du bon vouloir du propriétaire. Qui ne devait pas apprécier qu'on élargisse ses appartements sans rajouter un prix par-dessus.

James fit son chemin jusqu'au salon/salle à manger et se laissa tomber dans un des fauteuils les plus proches. Si seulement son meilleur ami avait un animal, un chat, un hibou, un crapaud même, mais non. Il avait cinq heures à attendre. Peut-être six.

Ou sept, pour ce qu'il en savait.

« Je suis en vacances, pour l'amour de Merlin. », dit-il au plafond, qui ne lui répondit strictement rien.

Bon. En même temps, il l'avait bien cherché.

Le brun ferma les yeux, bien déterminé à avoir une sieste bien (?) méritée (?).

XxX

« Constance ? »

La brune leva à peine les yeux de ses feuilles, une main sur le front, quand la voix de Millie lui parvint. Elle émit un grognement indiquant qu'elle l'avait bien entendue, cependant, son attention dirigée entièrement sur ce qui s'étalait sur son bureau.

En dix ans qu'elle était cheffe du département des Aurors, son bureau n'avait jamais été en bazar, mais c'était apparemment un des nouveaux super-pouvoirs de Harry Je Suis Super Fortiche Potter.

Millie ne partait toujours pas, nota une partie lointaine et cohérente de son cerveau, et elle daigna finalement lever les yeux pour regarder la femme.

Millie était une bonne Auror, fut la seconde pensée qui lui traversa l'esprit. Elle était calme, réfléchie, intelligente, sérieuse, capable de réconfort quand la situation l'exigeait. Elle suivait les ordres, pouvait de les contester si elle sentait qu'ils n'étaient pas forcément de bonnes décisions (non pas que ça arrive souvent, eh) et gardait la tête sur les épaules. Elle ne criait jamais sur les autres pour alléger sa frustration, pour se faire obéir, pour se faire comprendre.

Elle était infiniment meilleure qu'elle, et Constance savait qu'elle avait énormément de chance d'avoir cette femme comme Auror Senior, main... gauche ?, et, on pourrait presque le dire, amie.

« Qu'est-ce qu'il se passe, cette fois ? »

L'autre lança un rapide coup d'oeil derrière elle et décida de fermer la porte derrière elle, avant de lancer un rapide sortilège de silence. Constance la regarda faire, les sourcils relevés. Millie rangea sa baguette, remit sa tresse de cheveux noirs sur son épaule d'un geste rapide, et joignit ses mains dans son dos.

« La Confédération internationale des sorciers veut te voir. »

Constance jura tout bas, et répliqua tout haut :

« Et qu'est-ce qu'ils me veulent, cette fois-ci ?

- Je ne sais pas, peut-être connaître l'avancement de l'enquête.

- Je réponds déjà du ministre, bordel, je ne vais pas non plus devoir me tartiner des insultes à tout va ? »

Impassible à ses paroles, Millie se contenta de hausser les épaules. Constance se leva, fit disparaître rapidement les documents de son bureau. Posa ses mains sur le bois, la tête en bas, prit une inspiration profonde.

« Je ne sais honnêtement plus où j'en suis, Millie. »

L'autre, toujours avec son self-contrôle extraordinaire, ne rajouta rien. Constance se passa une main sur le visage, délogeant ses lunettes, et se frotta les yeux avec le pouce et l'index.

« Millie.

- Hmhm ?

- Il y a quelque chose de pourri au sein du ministère. »

Au petit rire de l'Auror Senior, la brune releva la tête.

« Nous avons connu Voldemort, Constance. Nous avons quelques tendances, j'en ai peur, mais rien de bien tenace.

- Vos parents ont connu Voldemort. Ils auraient dû exterminer tous les rats pendant qu'ils étaient là, pas nous laisser le boulot. Je suis française, même, pourquoi est-ce que ça tombe sur moi ?

- Tu es cheffe, rétorqua Millie comme si ça réglait la question, puis elle fronça les sourcils et ajouta : Du «boulot» ? Tous les fidèles de Voldemort ont été pris et jugés, il y a des années de cela. »

Ce fut à Constance de lâcher un petit rire qu'elle savait vaguement condescendant, mais elle n'arrivait pas à s'en soucier pour le moment.

Adorable Millie, qui n'arrivait pas à voir que ce genre de choses, d'idéaux, ne partaient jamais. Ils restaient là, endormis, et lorsqu'ils se réveillaient c'était à eux de récurer les restes. Constance avait travaillé six mois dans le ministère de la Magie français avant de s'installer en Angleterre et elle avait entendu des idées, des paroles, qui dataient aisément de la Seconde guerre mondiale. Chez les sorciers comme chez les moldus, sauf que c'était à peu près légal chez les uns et fermement condamné chez les autres.

Et ils étaient censés être «supérieurs», par Morgane.

« Bon. La confédération internationale. J'y vais. »

Millie lui emboîta le pas en silence, la démarche légère. Elle ne souriait pas mais une lueur dansait dans ses yeux, comme si ce que lui avait dit sa cheffe la faisait rire intérieurement. Constance en aurait presque grogné mais décida contre en arrivant dans la salle principale, remplie d'Aurors. Un scan rapide plus tard et elle demanda :

« Marie n'est pas là ?

- Constance !, appela Thorin à distance, se dirigeant vers elle avec de grandes enjambées.

- Elle est partie en patrouille à l'instant même où Thorin et Garo sont revenus. Vers l'Allée des Embrumes.

- Elle est partie avec qui ? », sauf qu'en fait Constance en avait une petite idée et vu la tête de Millie, cette dernière savait qu'elle savait qui accompagnait sa soeur.

« Ilyes Forress, qui d'autre ?

- Constance, la Confédération..., dit Thorin, vaguement essoufflé.

- Oui, la Confédération internationale veut me voir, j'y cours. Millie, si jamais on reçoit une plainte pour conduite indécente dans l'espace public, laisse-les croupir en cellule. Tout le monde !, cria-t-elle tout haut, interrompant le flux d'activité avec brio. Je pars en réunion. En mon absence, vous prenez directement vos ordres de l'Auror Senior Millie von Doenstag. »

Il y eut un concert de cris approbateurs, et tout se remit en mouvement comme la machine bien huilée qu'était la section des Aurors. Constance tapa l'épaule de sa presque amie (il fallait vraiment qu'elle trouve une appellation plus claire, sérieusement) et se dirigea vers la sortie.

Il fallut que Thorin la suive.

« Constance, par rapport à l'enquête...

- Pas maintenant, Thorin, quand je reviendrai on pourra en parler mais là je pense déjà être en retard.

- Je parle des horaires, le ministre nous a donné des ordres mais au final c'est toi qui a le mot final et... »

Constance jura tout bas et ajouta tout haut :

« Si je ne suis pas revenue à dix-neuf heures, vous dégagez ! Je prends la garde de nuit. »

Non pas que ça allait plaire à Marie mais elles étaient un peu en froid depuis trois jours et si rester au bureau toute la nuit pouvait lui faire éviter la tête de pioche qui lui servait de soeur, Constance n'allait pas cracher dessus, merci bien.

Et éviter la tête de celui qui était apparemment en passe d'être son beau-frère, non pas qu'elle le reconnaisse avant le potentiel mariage de cette potentielle relation. Oui, elle était en plein déni, mais si elle n'aimait pas quelqu'un alors autant le détester jusqu'au bout.

Les couloirs étaient tout aussi déserts que celui du Sahara (aha aha) mais cela ne l'empêcha pas de presque se cogner contre l'homme pressé qui passait par là. Constance réajusta ses lunettes et allait pour s'excuser (sèchement) et blâmer (elle était directrice, elle avait droit à quelques égards, mesdames et messieurs) celui qui prenait les couloirs du ministère pour une piste de course, quand elle remarqua les cheveux roux et les lunettes écaillés. La brune espéra que ses yeux ne s'ouvrirent pas tout rond, tandis que l'individu époussetait sa veste impeccable.

« Directeur Weasley. Toutes mes excuses, je ne vous avais pas vu.

- Oui, j'avais cru remarquer. »

Constance eut une grimace désolée.

Il y avait peu de personnes qui dépassaient l'autorité du chef des Aurors au ministère. Elle était sur un pied d'égalité avec tous les autres chefs des autres sections, mais se faisait supplanter par tous les directeurs généraux, la confédération internationale des sorciers (évidemment), les membres du Magenmagot (qui étaient souvent les mêmes directeurs généraux) et, bien sûr, le ministre. Le Département de la Justice magique, que tout le monde abrégeait en DJM pour aller droit au but, était globalement dirigé par un seul sorcier, Percy Weasley.

Honnêtement, Constance n'avait pas suivi le parcours du bonhomme. Lorsqu'elle était arrivée en temps que apprentie Auror, ce dernier travaillait déjà au Service des usages abusifs de la magie, quelque chose qui sonnait très chiant pour elle mais qui devait plaire à quelqu'un de plus intellectuel comme Percy Weasley. Il était devenu directeur du DJM un peu avant qu'elle ne devienne cheffe des Aurors et ils avaient appris à s'apprécier, petit à petit, malgré leurs différences de caractères. Constance n'était pas quelqu'un d'ambitieux : elle estimait avoir assez de boulot, à diriger une bande de zigotos à Londres et au-delà (quand on comptait les Aurors établis aux quatre coins du pays) pour rajouter tout un département et le Magenmagot, ce que faisait Percy Weasley avec une facilité déconcertante.

Fallait-il croire qu'il s'agissait d'une question d'organisation, mais elle n'avait pas envie de s'y essayer.

« Sans offense, directeur, mais qu'est-ce que vous fou- faites ici ? »

Si Weasley nota son rattrapage (le coup d'oeil impérial qu'il lui envoya lui disait que oui), il ne lui en tint pas rigueur, préférant ajuster sa cravate tout en faisant de grands pas vers l'ascenseur.

« Comme vous, j'imagine. La Confédération internationale des sorciers a décidé de nous convoquer à l'improviste, ce qui a décalé tous mes rendez-vous, évidemment, et je vais devoir rattraper mon travail perdu en faisant des heures supplémentaires. »

Le second coup d'oeil qu'il lui envoya signifiait très clairement qu'il s'attendait à ce qu'elle fasse de même, ce que Constance confirma :

« J'ai pris la garde de nuit.

- Et comment avance l'enquête ? »

La sorcière poussa un soupir tandis qu'ils mettaient un pied dans l'ascenseur et sélectionnaient l'étage désiré. Nul doute qu'ils seraient les derniers mais ça, ce n'était pas son problème.

« Nul. Zéro. Rien. Aucune piste. C'est du travail d'orfèvre, comme un peu tous les meurtres qui sont concernés par un sortilège de mort, sauf que là on a aucune piste. Contrairement aux autres meurtres. »

Enfin.

Elle en avait une.

C'est juste qu'elle n'était pas certaine de sa véracité, de sa pertinence. Et elle n'allait pas commencer à balancer des fausses pistes à son supérieur direct.

Puis il lui revint en tête le fait que l'épouse de Harry Potter était la soeur de ce même directeur, et que ce qu'elle avait dit n'était peut-être pas le meilleur moyen de présenter le sujet. Quand la brune risqua un oeil vers Percy, il lui apparut tout à coup très, très las, et infiniment plus vieux que ce qu'il n'était réellement. Il lui prit une soudaine envie de s'excuser.

« Je suis désolée, monsieur.

- Heureusement que nous engageons les Aurors pour leurs talents, pas pour leur tact, ou alors ce serait votre soeur qui serait en charge de la section. »

Constance cligna des yeux, ne sachant pas si elle devait prendre la réflexion comme un compliment ou une insulte. Puis elle vit le petit sourire sur les lèvres de son patron et elle s'autorisa à en esquisser un à son tour.

L'ascenseur s'arrêta. Juste avant que les portes ne s'ouvrent, Percy posa sa main sur son épaule, ignorant la manière dont elle se tendit.

« Je vous demande de faire de votre mieux. Le reste, Constance, dépend de vous. »

Percy Weasley était un danger public, pensa-t-elle pour elle-même en se frottant l'épaule avant de suivre le sorcier roux. Ses menaces n'étaient jamais directes mais toujours voilées, et lorsqu'il rappelait quelqu'un à l'ordre ce n'était jamais avec violence mais toujours avec fermeté. Certes, ils avaient appris à s'apprécier, mais cela ne voulait pas dire qu'ils étaient amis et en posant cette main sur son épaule, Percy Weasley lui avait causé autant d'inconfort qu'elle-même quelques minutes plus tôt avec l'enquête.

Comme prévu, lorsqu'ils rentrèrent dans la salle du conseil, ils étaient bons derniers. Percy se grandit et traversa l'allée de chaises et de directeurs et directrices avec son assurance habituelle. Constance préféra se focaliser sur sa chaise, les mains dans son dos, et s'assit rapidement. Au premier rang, sous le nez de la Confédération internationale, fantastique. Son voisin de droite la regardait avec un sourire en coin. Constance le salua d'un signe de tête sec.

« Monsieur l'assistant du ministre Potter.

- Auror Reynard. »

Cheffe Auror, faillit-elle siffler en retour, mais le raclement de gorge du Manitou suprême la ramena à l'ordre avant qu'elle ne puisse ouvrir la bouche.

(il fallait aussi qu'elle trouve un titre moins long pour Albus Potter, parce que sa gorge était sèche avant qu'elle ne finisse sa phrase, ce qui était légèrement ennuyant)

La Confédération internationale des sorciers leur faisait face. Ils étaient six sorciers, quasiment tous d'âge assez avancé, choisis par le ministre de la Magie. Constance ignorait quelles étaient les conditions d'adhésion à la Confédération mais en faisant face à ces six hiboux mal lunés, la brune se doutait que les ancêtres devaient y être pour quelque chose. Apparemment, ils s'étaient presque tous distingués par des services rendus à la patrie ou une connerie du genre. Ainsi, Constance était écartée tout de suite, dès que l'on posait les yeux sur sa nationalité (non pas qu'elle s'en plaigne). Avant, Harry Potter y siégeait, et son remplaçant était un sorcier tout aussi roux que Percy Weasley, voir même la seule tache de couleur dans le déluge gris. Ron Weasley avait l'air d'être aussi perdu que Constance après cinq jours sans sommeil ni café. D'après ce qu'elle avait entendu, le ministre avait sorti Ron Weasley de son magasin de farces et attrapes. Le statut de héros de la guerre sorcière obligeait à quelques positions. Le pauvre sorcier serait proprement à la ramasse, donc.

« Messieurs, annonça le Manitou suprême en la personne de Cornelius Fudge, et madame, rajouta-t-il précipitamment en apercevant Constance, je vous remercie d'avoir répondu aussi vite à notre appel. »

Pas comme si on avait le choix, pensa la brune, et elle n'était apparemment pas la seule si la tête de Percy était une quelconque référence. Mais elle se contenta de croiser les bras et d'attendre, fichant ses yeux marrons sur la figure de Fudge. Il avait toujours son chapeau melon vert foncé, qui pendait à sa chaise, et un costume de la même couleur qui devait coûter un an de son salaire. Ses cheveux noirs étaient maintenant sels et son visage ridé trahissait son grand âge. Mais contrairement à d'autres, ce dernier ne se traduisait pas par un air de sagesse. Fudge semblait juste... impatient, c'était le mot, voir même agacé d'être ici.

Longue descente pour celui qui fut un jour ministre de la Magie, jubila intérieurement Constance. Il lui arrivait de croiser le fer (pas de manière littérale, heureusement pour eux) avec la Confédération, et Fudge était un des sorciers qui lui mettaient le plus de bâtons dans les roues.

Fudge se racla la gorge et lança un regard à ses confrères. Ses yeux passèrent rapidement devant Ron Weasley, comme si gêné de le voir ici. Apparemment, même le roux était embêté par sa propre présence, ce qui aurait pu être très marrant si seulement elle n'était pas aussi pressée de retourner bosser.

« Bref, comme nous le disions, le ministre Robards a été poussé par, dirons-nous, une opinion publique très forte, à prendre quelques décisions pour les mois à venir. »

Fudge passa une main sur son bureau, où se trouvait un paquet de feuilles. Elle n'arrivait pas à savoir si il s'agissait d'encore plus de mandats et de lois futures, ou alors des notes, auquel cas il y en avait beaucoup et ça signifiait alors que la réunion allait être longue. Constance coula un regard vers Percy et vit sa jambe rebondir rapidement sur le sol, apparemment impatient que la Confédération internationale en vienne au point. Albus Potter, en revanche, croisa les bras, ayant l'air d'avoir tout le temps du monde.

« Or donc, après le meurtre de Harry James Potter et de sa femme, Ginevra Weasley, et devant la montée de... l'insécurité, le ministre Robards a décidé d'instaurer l'état d'urgence. »

L'assemblée de directeurs explosa en murmures furieux. Constance fronça les sourcils et regarda son supérieur. Ce dernier lui envoya un regard étonné. Sa jambe s'était immobilisée en plein mouvement, le talon du pied quelques centimètres au-dessus du marbre. Puis il tourna vivement la tête, sa frange rousse se décoiffant légèrement, et la brune put apprécier le regard dur que Percy envoya à son frère, perché parmi ces gens bien contre sa volonté, et elle eut un sourire amusé.

Avant qu'elle ne comprenne complètement ce qu'impliquait les paroles de Fudge, et elle bondit sur ses pieds pour protester :

« Attendez une minute, qu'est-ce que vous voulez dire par «état d'urgence» ? Vous voulez que je me sépare de mes Aurors ? »

Le bruit de fond disparut presque aussitôt, mais Constance serra les poings et regarda le Manitou suprême. Ce dernier, du haut de son siège, prit un air dédaigneux.

« Je pense bien que c'est sous-entendu, mademoiselle Reynard.

- Cheffe Auror Reynard, appuya la brune. Excusez-moi mais en quoi, exactement, cela va-t-il nous avancer de déclarer un état d'urgence ? Pour une seule affaire, je rappelle.

- Augmenter la vigilance de nos concitoyens sorciers, évidemment. Prévenir des dangers qu'encoure la communauté magique, et ainsi éviter que d'autres incidents se répètent. Prévenir les Moldus, également, afin qu'ils puissent se protéger de ce genre de situation. »

Constance ouvrit la bouche, prête à répondre, quand Percy Weasley se leva à son tour, sa chaise crissant sur le sol, et la prit de vitesse :

« Avec tous mes respects, Manitou suprême Fudge, mais je ne me souviens pas d'une décision aussi radicale lors du retour de Voldemort. »

Ron Weasley éclata de rire, qu'il transforma aussitôt en une quinte de toux quand le reste de la confédération le dévisagea. Dans l'assistance, quelques personnes toussèrent également, mais la brune pouvait entendre leur sourire dans leur voix. Albus Potter se redressa également et, ok, Constance avait vraiment l'impression de se retrouver dans une pièce de théâtre et est-ce que c'était une autre chaise qui venait de grincer par Morgane.

« Directeur Weasley, il s'agit clairement ici d'un problème différent. »

Percy leva un sourcil devant les paroles de son neveu mais inclina la tête, l'invitant à continuer.

« À l'époque de mon père, alors que Voldemort était revenu à la vie, nous n'avions malheureusement aucune preuve concrète de son retour.

- Vous aviez le corps de Cedric Diggory ? Le témoignage d'un sorcier effrayé ?, lança Percy d'une voix incrédule.

- Pour ce que nous en savions à l'époque, le transport via Portoloin aurait pu lui être fatal. Et mon père, Harry Potter, était sujet à des hallucinations et n'avait de plus pas l'âge légal pour proposer ses souvenirs à l'examen. »

Constance vit Ron Weasley remuer ses lèvres et parvint à comprendre «Mais on ne peut pas mourir par Portoloin» et c'est là qu'elle décida que l'Angleterre était le pire pays du monde concernant la juridiction sorcière. Pour qu'un gosse de vingt-six ans se décide à leur faire la morale, il fallait pousser le bouchon très loin, hors la brune n'avait absolument pas la patience d'écouter le reste de sa thèse.

« Tout cela est bien beau mais nous parlons d'un temps qui est révolu. Je parle du présent, annonça-t-elle à l'assemblée en élevant la voix, et en instaurant cet état d'urgence que tous les gouvernements magiques semblent adorer depuis les attaques terroristes en France, vous n'allez pas apaiser les foules, vous allez les paniquer.

- J'appuie ce que dit la cheffe Auror Reynard, renchérit Percy. Notre communauté ne réagit pas comme celle des Moldus. Nous ne sommes pas les Moldus. Et certains de nos concitoyens sont beaucoup moins censés lorsque le pays est en situation d'alerte. »

D'une manière générale, les sorciers paniquaient beaucoup plus rapidement, et cette situation était vérifiable dans n'importe quelle nation du monde. Peut-être était-ce à cause du statut du secret qui faisait qu'ils devaient vivre cachés, Constance l'ignorait, mais de manière générale la panique ne finissait jamais bien dans les communautés magiques. Les Moldus se limitaient à quoi, un mouvement de foule ? Alors que les sorciers étaient si prompts à sortir leurs baguettes et à envenimer les choses. Certaines affaires pouvaient virer au cauchemar en un clin d'oeil, simplement parce qu'une mégère pensait que c'était une bonne idée de lancer un sortilège d'explosion vers une menace.

D'expérience, la brune assurait que c'était une très mauvaise idée.

En tout cas, leurs arguments semblaient gagner l'approbation de quelques directeurs, puisque Constance en vit certains froncer les sourcils et hocher la tête pour eux-mêmes. Malheureusement pour elle, Albus Potter avait quelques alliés dans sa manche, et l'un d'entre eux se mit à parler :

« Il est évident que nous ne sommes pas les Moldus, mais ne niez pas qu'un état d'urgence nous serait bénéfique. »

C'était l'homme qui s'était levé tout à l'heure, et qui la dévisageait maintenant avec un sourire doucereux qu'elle n'aimait pas du tout. Prouvaire était le directeur de la Brigade magique, soit son ''rival'' le plus direct. Constance n'aimait pas beaucoup de monde, certes, mais cet homme-là battait des records, sans qu'elle ne sache pourquoi. Le sentiment, dans tous les cas, était partagé. Prouvaire n'était pas un sorcier exceptionnellement doué avec une baguette mais elle ne pouvait nier qu'il était intelligent. Constance aurait également rajouté «malin» pour le décrire, mais ce n'était pas la bonne malice. Si il avait eu la moindre info la concernant qui aurait pu la discréditer, elle était certaine qu'il l'aurait déjà dévoilée. Et Morgane savait qu'elle-même était cachotière sur certains points. Prouvaire était de cette race d'Hommes qui ne reculait devant rien pour obtenir ce qu'il voulait et Constance était sûre à environ quatre-vingts-dix pour-cent que la place de chef des Aurors figurait dans sa liste de choses qu'il souhaitait avoir. Tout ceci plus le fait que leurs deux départements se détestaient cordialement — elle avait peut-être recalé beaucoup de monde, certes — et il y avait là assez d'éléments pour qu'ils se jettent des regards assassins à chaque réunion.

Pour l'instant, Prouvaire était son exact opposé. Ses cheveux blonds courts et bien rangés contrastaient avec ceux en pétard de la brune, et sa tenue formelle tranchait avec la polaire noire que Constance adorait tant. Et il avait un sourire sur les lèvres tandis qu'elle serrait les poings et les dents. L'homme, voyant que personne ne disait rien, se décida enfin à développer son point de vue :

« Un état d'urgence tel que celui que nous allons instaurer, cheffe Auror Reynard, directeur Weasley, cet état d'urgence peuvent nous permettre de prévenir de prochaines attaques contre nos personnalités publiques, mais également protéger la population apeurée...

- De quoi, d'une attaque groupée ?, se moqua Constance. Soyons sérieux cinq minutes, messieurs. Ici, les seuls que vous cherchez à rassurer, c'est vous-mêmes.

- Et si il y avait de nouveau un meurtre...

- La mort de Harry Potter est un cas isolé et en aucun cas une chose pareille ne va se reproduire ! »

Fudge se racla la gorge. Constance sursauta et se tourna vers le Manitou suprême. Dans sa bataille épique contre Potter Junior et Prouvaire, elle en avait oublié le sorcier. Ce dernier avait froncé les sourcils, elle ne savait pas depuis quand, et la regardait avec sévérité. Son sourire suffisant avait disparu également, ce qu'elle prit le temps d'apprécier avant de revenir à la douce réalité.

« Peut-être pourriez-vous nous en dire plus, Auror Reynard ?

- Cheffe Auror Reynard. »

Par Morgane, combien de fois devrait-elle le répéter pour que cela rentre dans sa tête. Ce n'était pas comme si son avancement était récent, en plus. Mais la sorcière préféra s'humecter les lèvres, réfléchissant activement à ses prochaines paroles.

Elle s'aventurait sur une corde fine, une corde sur laquelle elle aurait préféré ne pas marcher.

« Il est évident que la mort d'Harry Potter est un cas à part et...

- La mort du Survivant, un cas à part ?, interrompit tout de même Fudge.

- Monsieur, si jamais je voulais taper un grand coup et tous vous faire paniquer, alors je m'en serais prise à lui, tout comme j'aurais tué sa femme si cette dernière avait marché dans la scène de crime. Si le temps est si critique, nous devrions être en train de chasser le responsable, pas commencer à nous battre comme des adolescents. »

Le silence lui répondit mais à ce moment-là, Constance estima qu'elle avait fait son petit effet. En face d'elle, une sorcière de la confédération internationale fronça les sourcils. Hsiao était une femme vénérable au caractère endurci par des années de politique et si elle ne passait pas tout son temps à questionner la moindre décision qu'elle prenait, sans aucun doute que la brune se serait entendue à merveille avec elle. Malheureusement, la seule interaction qu'elle avait avec la sorcière grisonnante se limitait à des batailles juridiques en citant les articles de lois qu'elles connaissaient pour justifier leur propos.

« Et que suggérez-vous, cheffe Auror Reynard ?, demanda Hsiao.

- Que vous me laissiez mes Aurors. Tous mes Aurors, et également que les membres de la brigade magique ne mettent pas leur nez dans cette affaire, parce qu'ils ne savent absolument pas comment travailler sous mon commandement. »

Aussi parce qu'elle était sûre de se faire remettre en question toutes les trois paroles et Constance avait d'autres choses à faire que d'expliquer la notion de mansplaining et la signification de leurs rangs respectifs à des hommes plus jeunes qu'elle, merci bien. Prouvaire, derrière elle, étouffa une exclamation outrée.

« Madame, messieurs, membres de la confédération internationale, vous me demandez de chercher dans une aiguille dans une botte de foin. Et je vous demande, honorablement, de me laisser les mêmes outils pour la retrouver, ou alors nous allons avoir de graves problèmes ; la non-résolution de l'enquête, par exemple. »

Ce fut le moment que choisit Ron Weasley pour bondir à sa rescousse, littéralement. Les pieds de sa chaise raclèrent sur le sol surélevé tandis qu'il posait ses mains sur son pupitre avec le plus d'assurance qu'il pouvait actuellement dégager. Constance sentit ses yeux s'écarquiller, au ralenti, alors que le sorcier roux ouvrait la bouche. Elle ne savait pas comment réagir mais elle se sentait déjà dans la position du spectateur qui regardait un accident de voiture arriver sans pouvoir rien faire.

Absolument terrifiant, totalement gênant.

« Je soutiens les paroles de la chef Auror Beydard...

- Reynard, corrigea-t-elle.

- Toutes mes excuses ! Mais on ne peut nier qu'elle a avancé des arguments recevables, tout comme l'a fait mon frère à ses côtés, bien plus que ceux que vous offrez actuellement — sans vouloir vexer qui que ce soit. »

Vu la tête rouge de Fudge, il l'était, mais Constance évita de le mentionner et préféra couler un regard vers Percy. Un sourire discret ornait ses lèvres. Elle-même dû avouer s'être quelque peu trompée sur le compte de Ronald Weasley : après tout, on oubliait souvent que Harry Potter avait été accompagné par deux sorciers lors de sa quête des Horcruxes, bien des années auparavant, et celui qui les défendait actuellement faisait parti du petit groupe. Il avait des raisons de la défendre. Et sa notoriété faisait que ses paroles pesaient un peu plus lourd que celle de Constance dans la balance.

Puis Albus se mit à parler :

« Tout cela est bien beau, mon oncle, mais en ne nous concentrant que sur un seul homme, nous allons en oublier le plus important — la communauté magique, par exemple.

- Sans vouloir vous vexer, monsieur Weasley, ajouta Prouvaire en prenant la suite comme un automate bien réglé, mais nous parlons ici politique. Quelque chose qui, peut-être, vous échappe. »

Les oreilles du sorcier roux commençaient à devenir rouge mais ce n'est pas pour autant qu'il se rassit sans mot dire :

« Ma femme est la directrice du Département des mystères, mon frère directeur du Département de la justice magique, et vous semblez oublier que j'ai été Auror durant six années avant d'aller travailler autre part. Je vous prierai de ne pas sous-estimer mon jugement simplement parce que je tiens une boutique de farces et attrapes.

- Loin de moi cette idée, déclara Albus en dépassant Constance, allant se placer sous les yeux furieux de son oncle. Cependant, cette époque est révolue. »

Le brun se tourna vers l'assemblée, écartant ses bras. Constance fut forcée d'admettre qu'il avait un don pour parler : et c'était bien ce qui l'inquiétait. Car il maniait l'art de la parole avec plus de finesse qu'elle, et c'était là le noeud du problème que de convaincre les membres de la confédération magique de marcher en son sens et celui de Percy Weasley.

Pour résumer, ce blanc-bec lui mettait des bâtons dans les roues, et elle n'aimait pas ça.

« Nous sommes dans une nouvelle ère. Le temps de Voldemort est passé — ceci pourrait être confirmé par notre très chère cheffe des Aurors, qui n'a eu de cesse de le clamer depuis le jour où elle a pris la place de mon père. »

Constance refusa de se laisser aller à une exclamation outrée, tant le coup était bas. Mais fonctionnait.

« Nous affrontons une menace nouvelle. Une qui décide de cibler nos plus importantes figures pour nous ébranler — et n'ont-ils pas déjà réussi ? Regardez comme nous nous battons sur une décision qui est logique et surtout, déjà prise. Quiconque ayant commis ce crime ; quiconque ayant attaqué ma famille et s'en étant sorti sans séquelle, ont appris des erreurs du gang des Lions d'or, il y a une dizaine d'année. Et ils sont déterminés à ne pas les répéter. »

Le gang des Lions d'or était une vieille affaire qui datait, comme Albus Potter l'avait dit, d'une dizaine d'années. Plutôt d'une quinzaine, si on chipotait sur la date. Constance s'en souvenait parfaitement, parce que ce "gang'' tenait plus de l'organisation criminelle qu'autre chose, et qu'il avait été en train de sévir quand elle avait accédé à son poste. Il était basé sur du trafic d'animaux fantastiques, tout simplement, et lorsqu'une partie de son petit commerce avait été fermé, les représailles avaient été horribles. Pour faire court, Londres n'avait jamais connu autant d'explosions de gaz en si peu de temps, et la brune se souvenait encore du meurtre final qui avait fini par la conduire sur les traces du leader de ce charmant groupe. Elle s'en souvenait également parce que c'était elle qui avait réussi à les stopper, après un assaut sur un QG peut-être un peu trop brouillon pour quelqu'un qui avait été censé être cheffe des Aurors, avec un plan tellement tiré par les cheveux que la sorcière elle-même avait été stupéfaite de voir qu'il avait fonctionné. Elle s'en était tirée avec une cicatrice sur le ventre et une position assurée à son poste ; et cela lui avait suffit.

Dans tous les cas, le gang des Lions d'or et le meurtre de Harry Potter étaient deux cas de figure complètement différents. Les attentats dont avaient souffert la ville avaient été aveugles, faits pour intimider et impressionner. Simple à comprendre mais moins à résoudre. Tandis que cette affaire semblait être un noeud de problèmes, horrible à comprendre et encore pire à résoudre.

« Là où les attaques des Lions d'or nous ont soudé, aujourd'hui la mort de mon père et de ma mère nous divise, continuait Albus. Il s'agit de deux choses différentes ; et en aucun cas nous ne pouvons les traiter pareillement. »

Il dirigea son regard vers Constance, presque paresseusement, et elle se prépara à l'insulte qui allait suivre.

« Vous, cheffe Auror Reynard, vivez aussi dans une autre époque, il semblerait. Vous avez arrêté les Lions d'or, et cet exploit vous est peut-être monté à la tête.

- Vos insultes couvertes, assistant du ministre Potter, sont dûment notées. », gronda Constance avec hargne. Elle ne pouvait plus rester planter là à attendre que la situation lui échappe complètement des mains. Percy enfouit son visage dans ses mains, apparemment désespéré par sa prise de parole soudaine ; mais le mal était fait.

« Je ne suis pas idiote au point de croire que tout peut se résoudre de la même manière, mais ne niez pas que tout commence au même point. J'ai besoin de mes Aurors pour n'importe quelle enquête, assistant du ministre Potter. De tous mes Aurors, ajouta-t-elle.

- Nous tournons autour du pot, répliqua le brun tranquillement. Vous êtes bornée ; ceci, nous avons pu le voir. Au lieu d'avancer les mêmes arguments alors qu'ils sont clairement faits pour un autre débat, contentez-vous de réfuter les miens ; à moins que vous ne le puissiez pas ? »

Il pointa un doigt impérieux sur elle, tandis que la brune serrait les poings et les dents.

La spontanéité. Bien. Compris. C'était un faux ami qu'elle côtoyait souvent.

« Je maintiens ma position : vous vivez coincée dans votre première enquête en tant que cheffe Auror. Vos solutions ne marcheront pas à tous les coups. Et ici, elles sont clairement inefficaces, vu le peu d'indice que vous avez récolté. Je dis : concentrons-nous sur le plus important. Nos concitoyens. Le meurtre de mes parents ne restera pas impuni mais en attendant que les coupables soient attrapés et jugés, nous avons envers la communauté magique un devoir de protection. Ainsi qu'envers nos dirigeants, qui sont sans aucun doute les prochaines victimes si la situation vient à se répéter. »

Les paroles d'Albus Potter ne rencontrèrent que du silence, tandis qu'il joignait ses mains dans son dos. Puis, à la gauche de Constance, s'éleva un début d'applaudissement, suivi de près par une autre paire de main ; et ce, jusqu'à ce que le trois-quart des directeurs des différents départements se soient mis à applaudir le jeune homme comme si il venait de réciter la bonne parole.

Percy Weasley lui envoya un regard qui lui disait clairement que la prochaine fois, elle ne serait pas conviée au rassemblement. Quand Constance détourna les yeux pour observer la réaction de Ron, elle vit que ce dernier était immobile, toujours debout, la bouche légèrement entrouverte. Elle redescendit le regard et vit Albus : un sourire triomphant sur les lèvres, il l'épiait du coin de l'oeil tout en savourant son triomphe. Constance serra encore plus les poings, sentit ses ongles contre ses paumes mais n'y fit pas attention. Elle était verte. Et elle avait perdu.

Ce fut finalement Fudge, dans un sursaut de clarté, qui ramena le silence dans la salle. Il tapa sur son bureau une fois, deux fois, trois fois, et finalement l'ordre revint. Le sorcier ne cachait pas son admiration vers Albus Potter, peut-être plus qu'il n'en avait jamais eu pour le père.

« Si cette petite séance de débat est terminée, peut-être pouvons-nous tous retourner à nos occupations. Comme l'a dit l'assistant du ministre Potter, cette décision a déjà été prise. Il ne s'agit pas de la discuter avec vous mais tout simplement de vous informer. »

La décision avait été prise par le ministre, certes, mais tout le monde savait que la confédération internationale des sorciers devait la voter. Et ceci se faisait généralement après un petit temps de débat avec les directeurs des différents départements du ministère. Ce genre de choses n'arrivaient pas souvent, alors il était rare qu'une décision du ministre lui-même soit refoulée par la confédération internationale : et ici, il n'y avait aucun suspens quant au résultat du vote.

Fudge déclara la séance fermée, et un à un tous les directeurs quittèrent la salle, certains parlant entre eux tandis que d'autres se dépêchaient de retourner à leur lieu de travail. Constance découvrit soudainement qu'elle ne pouvait plus bouger. Ce n'était pas un charme ou un maléfice quelconque ; seulement, elle se sentait paralysée par la colère qu'elle ressentait.

Elle s'y était attendue. Cela ne rendait pas la décision plus agréable. Puis une réalisation soudaine vint à elle et elle tourna les talons, se dirigeant vers les grandes portes en bois d'un pas résolu, ignorant les deux personnes restantes dans la pièce. Ce ne fut que lorsque sa main se posa sur l'un des battants qu'elle en sentit une aller sur son épaule : la sorcière la chassa vivement et se retourna. Albus Potter, encore lui, croisa les bras, tandis que Percy les rejoignait à pas mesurés.

« Vous m'avez l'air pressée, cheffe Auror Reynard.

- Ceci, je crois, ne sont pas vos affaires, cracha-t-elle en retour en tentant d'ouvrir la porte sans succès.

- Je pense au contraire savoir où vous allez, et je suis là pour vous arrêter. »

Constance leva les deux sourcils, peu impressionnée. Entre eux deux, il était clair qu'elle gagnait le duel sans problème. Mais le brun ne semblait pas se soucier de ce détail.

« Le ministre Robards vous écouterait, sans aucun doute, continua-t-il. Après tout, vous êtes assez... proches —

- Et ceci est une insulte à mon professionnalisme. »

Si il continuait, elle ne ressentirait pas beaucoup de remord quand elle l'enverrait voler à travers la pièce. Peu importe les conséquences. La colère qui battait à ses tempes était beaucoup trop sourde pour qu'elle se soucie de l'après. Heureusement (?) pour elle que Percy vola à sa rescousse, posant sur son bras une main lourde, qu'il refusa d'enlever malgré son mouvement sec pour la déloger.

« Albus, le débat est terminé. Si tu pouvais t'empêcher de réprimander mes employés à ma place, j'en serai ravi.

- Un simple avertissement, mon oncle. Cheffe Auror Reynard. À partir de maintenant, vous êtes surveillée. Vos actions seront épiées. Je peux être miséricordieux et oublier nos différents, mais pas la confédération internationale. Encore moins Fudge, et Merlin sait que le Manitou suprême possède quelques pouvoirs sur ce ministère. »

La brune sentit le souffle chaud de la respiration du jeune Potter mais se força à rester immobile, les yeux devant elle, tandis qu'il lui murmurait à l'oreille :

« J'imagine que vous tenez à votre travail, Reynard, alors tenez-vous à carreaux et faites ce que l'on vous ordonne et tout ira bien. »

Il s'écarta, la regarda avec un dernier sourire puis poussa la porte et s'éloigna d'un pas presque bondissant, les mains dans les poches de son costume. Le silence s'étira entre Percy et elle, avant que le roux ne lui dise :

« Nous avons des mots à nous dire, vous et moi. »

Et ceci signifiait qu'elle était plus profondément dans la merde qu'elle ne le croyait, ce qui était une très mauvaise nouvelle pour tout le monde.

XxX

Thorin passait une journée passable, se dit-il en regardant son bureau d'un air vide, mais elle ne devait pas être pire que celle de sa supérieure. Trente minutes après la réunion de la confédération internationale et on murmurait déjà qu'il y avait eu quelques remous durant cette dernière. Et des remous qui n'allaient pas en leur faveur à eux, les Aurors, et ceci fut confirmé dès qu'ils avaient aperçus la tête de Constance, possiblement meurtrière, et celle de leur grand directeur de la justice magique, Percy Weasley. Et ce dernier avait eu l'air encore plus furieux qu'elle, ce qui était tout de même un niveau dur à atteindre. Constance était juste passée en coup de vent donner sa baguette à Millie avant de disparaître dans le couloir avec le roux, sans aucun doute pour son bureau. Plus personne n'avait rien entendu depuis, le sort d'isolation apparemment très efficace. Les coups d'oeil inquiets que Millie lançait parfois vers la porte de leur département n'augurait rien de bon et le châtain lui-même rongeait son frein.

En attendant, tout le département n'était pas plongé dans la misère de l'attente. Marie était revenue de sa patrouille avec Ilyes absolument béate de quelque chose. Les deux sorciers avaient les cheveux en bataille et les vêtements froissés et franchement, il ne fallait pas être un génie pour mettre deux et deux ensemble et deviner qu'ils n'avaient pas fait que patrouiller dans les rues de Londres. Maintenant, les deux tourtereaux se lançaient des regards à faire vomir un arc-en-ciel lui-même et Thorin était à deux doigts de remplir une plainte pour conduite indécente. Non pas que l'Auror n'était pas heureux pour la relation apparemment plus qu'épanouie de ses collègues de travail mais, merde, il avait ses limites. Et son taux de glucose, vu qu'il se sentait attraper le diabète dès qu'il regardait les deux sorciers. Si Constance avait été là, sans nul doute qu'un bureau aurait déjà été renversé. En attendant, l'extrémité sa baguette, qui était posée sur le bureau de Millie, brillait d'une lueur rouge vive. Les baguettes étaient des individus à part entière mais ce genre de réaction étonnait toujours autant le châtain. Apparemment, la brune avait transmis sa haine au bout de bois magique.

« Il est dix-huit heures trente, annonça Marie au bout d'un moment, après avoir regardé son petit-ami une énième fois. Pas de nouvelles de ma soeur ?

- Toujours dans le bureau du directeur Weasley, répondit Garo, un Auror plus âgé que Thorin. Depuis quatre heures.

- Évidemment qu'elle allait trouver un moyen d'éviter de rentrer à la maison... », grommela la brune en se plongeant dans un rapport quelconque. Par-dessus son dos, Thorin et Millie échangèrent un regard inquiet.

Marie était la seconde de Constance, mais actuellement le courant semblait ne plus passer du tout. Non pas que les soeurs jumelles n'étaient pas autorisées à ne pas s'entendre mais dans le contexte actuel, ce n'était pas la meilleure chose qui pouvait leur arriver. Tout cela était le résultat de longues tensions, et si James pensait que la situation était nouvelle (si sa grimace, il y avait deux jours, était une quelconque indication que oui) alors il se fourrait le doigt dans l'oeil. Personne ne savait pourquoi, à part peut-être Millie, et encore rien n'était moins sûr.

Thorin appréciait Constance, voyez-vous. Elle était une bonne cheffe, malgré tout ce que l'on pouvait dire sur elle et tout ce qu'elle faisait qui pouvait potentiellement indiquer le contraire. Tandis que Marie lui semblait... fausse. Il y avait quelque chose en elle qui faisait que le châtain n'arrivait pas à l'apprécier, et vu le comportement distant que Millie avait envers la seconde, elle ressentait la même chose que lui. Si on leur demandait de choisir leur camp, les deux savaient déjà qui ils soutiendraient, mais il n'en était pas de même pour tous les Aurors de la branche londonienne, sans compter tous ceux établis en Angleterre dans les annexes du Ministère. Il avait des atomes crochus avec Constance, certes, mais cela ne voulait pas dire qu'elle était plus facile à approcher que sa soeur jumelle. Pour beaucoup, Marie était beaucoup plus simple, gentille, attentionnée... Bref, tout ça faisait que Marie avait plus d'admirateurs que Constance. Et c'était mauvais. Car en des temps pareils, une autorité discutée pouvait faire plus de ravage que n'importe quoi d'autre.

« Bon, déclara Marie en se levant, s'étirant le dos. On ne va pas rester là à pourrir en attendant ma soeur. Vous êtes autorisés à partir, tous. »

La brune prit sa cape de voyage, tandis que les autres Aurors exprimaient leur contentement avec des soupirs ravis. Millie se leva et regarda Marie dans les yeux, sérieuse.

« Non, ils ne peuvent pas. Constance a dit, jusqu'à dix-neuf heures. Pas avant.

- Et je dis qu'ils peuvent rentrer chez eux. Regarde moi ça, Millie, il n'y a pas une alerte, pas un problème. La garde de nuit peut prendre le relai.

- Justement, la garde de nuit c'est Constance, et elle n'est pas là ! »

La brune soupira avant de trifouiller dans sa poche et d'en sortir un badge.

« Seconde de l'unité londonienne des Aurors, Millie. Ils peuvent partir, le bureau peut survivre trente minutes sans quelqu'un à l'intérieur. On y va, tous. »

Thorin contempla, impuissant, tous ses collègues s'en aller un par un sans se soucier de, oh, je ne sais pas moi, leur boulot ? Si ça pouvait le rassurer, Millie n'avait pas l'air plus ravie que lui, regardant la foule avec une expression atterrée sur le visage. Et pour qu'elle laisse entrevoir une émotion, alors l'Auror devait être plus atteinte que d'habitude. Ilyes fut le dernier à claquer la porte, leur envoyant sans qu'ils ne sachent pourquoi un regard noir. Thorin se détendit dans sa chaise, regardant le plafond comme si il détenait le secret de l'univers.

« Ça pue, lança-t-il dans le silence du bureau.

- Complètement. », acquiesça Millie après un temps de silence.

Le châtain se redressa et la vit se passer une main sur le visage, apparemment fatiguée.

« Tu devrais partir, toi aussi, finit-elle par déclarer. Ce n'est pas négociable, interrompit-elle en le voyant prêt à protester. Je vais rester ici à attendre Constance, lui expliquer la situation, que sais-je encore. Rentre te reposer.

- Je peux rester ici à ta place. Tu m'as l'air plus fatiguée que moi.

- Non. De toute façon, je dois appeler Lia, ce sera plus simple de le faire depuis la cheminée du bureau que de chez moi. File. »

Il ne savait absolument pas qui était Lia et ne chercha pas à le découvrir. Millie avait l'air trop fatiguée pour remarquer qu'elle avait laissé échapper un prénom.

La journée n'avait pas si bien commencée, se dit Thorin en enfilant sa cape et en saluant sa collègue. Mais il avait espéré qu'elle prenne une autre tournure. Quand il était rentré de sa patrouille pour avertir Constance de la réunion de la confédération internationale, Millie avait eu l'air amusée. Sa supérieure, un peu saoulée qu'on la convoque à droite à gauche, mais c'était compréhensible. Mais au fur et à mesure que les heures étaient passées, l'ambiance était devenue de plus en plus sombre. Millie s'était renfrognée, penchée sur des feuilles qu'elle avait systématiquement cachée dès que quelqu'un passait derrière son dos.

Et le châtain n'aimait pas l'idée de quitter son poste, même si il n'avait plus rien à faire. L'enquête Potter était au point mort, certes, mais il continuait de penser que si il tournait et retournait le problème dans tous les sens dans sa tête, il finirait par découvrir un début de réponse à l'énigme. Même si pour l'instant, il revenait toujours les mains vides, et peut-être que Constance s'en était rendue compte puisqu'elle avait commencé à leur donner des tâches annexes au lieu de les faire travailler uniquement sur le meurtre du Survivant. Rien de très engageant, donc.

Thorin arriva devant la porte de son appartement en transplanant, heureusement sans se désartibuler. Alors qu'il posait la main sur la poignée, il se gela tout à coup.

Il y avait quelqu'un chez lui. Quelqu'un d'assez stupide pour ne pas remettre le sortilège en place une fois rentré, certes, mais tout de même quelqu'un. Thorin passa rapidement en revue les différentes invitations qu'il avait lancé à ses rares amis et revint avec du blanc : il n'attendait personne aujourd'hui. Et si c'était le cas, il ne l'aurait certainement pas invité à rentrer chez lui alors qu'il était absent.

Le châtain se saisit de sa baguette, coincée dans la poche arrière de son pantalon, et poussa doucement la porte de façon à ne pas la faire grincer. Il jeta un coup d'oeil rapide dans l'entrée et vit de la lumière du salon. Des cambrioleurs ? Il dût étouffer un rire à l'idée qu'un quelconque sorcier se soit introduit chez lui pour le voler. Il n'avait absolument rien de valeur chez lui : un reste du temps où il s'était tâté à déménager avant de finalement renoncer à l'idée. Dans tous les cas, si il s'agissait effectivement d'un voleur, ce dernier serait bien déçu en constatant qu'il n'avait rien et en se recevant un sort par la même occasion.

Thorin avança à petit pas, prenant garde à ne pas faire grincer le plancher, et pointa un vase de sa baguette. C'était bien l'un des seuls vestiges qui avait survécu à son ancien projet. Dans le salon, dans l'embrasure de la porte, il distingua une silhouette avachie sur son canapé. Interloqué, il décida de ranger cette information pour plus tard : il pourrait interroger l'intrus une fois ce dernier neutralisé. Avec cette décision, il fit léviter le vase et poussa violemment la porte de son salon. D'un geste souple de la baguette, il lança le projectile sur l'homme qui occupait son canapé, avant même de pouvoir la reconnaître. L'autre eut un cri de surprise et se protégea la tête avec son avant-bras, où le vase alla exploser dans un bruit de verre brisé. Thorin arrêta tout mouvement en voyant une touffe de cheveux noirs et leva les sourcils.

« James ? »

Le châtain soupira, cherchant à calmer son coeur palpitant, et rangea sa baguette dans la poche arrière de son jean. Ses mains tremblaient encore à cause de l'adrénaline.

« Qu'est-ce que tu fiches ici ?

- Est-ce que tu viens de me lancer un vase en pleine figure ?!

- Tu t'es introduit chez moi illégalement !

- C'est pas de ma faute si tu n'as pas mis les bons sortilèges sur ta poignée !

- Généralement, on ne rentre pas chez les gens alors qu'ils sont absents !

- J'allais pas débarquer au bureau alors que je suis en congé ! »

Certaines personnes avaient beaucoup de chance, se dit Thorin en soupirant une nouvelle fois, avant de fermer les yeux pour calmer la migraine qui commençait à poindre le bout de son nez.

Il aimait beaucoup son meilleur ami, certes, mais ses cris de protestation étaient la dernière chose qu'il voulait entendre actuellement, alors que celui qui était dans son bon droit ici n'était clairement pas le brun. Mais comme il était un hôte poli, tout de même, il fit signe à James de s'asseoir dans le même canapé qu'il venait juste de quitter, ce que l'autre fit sans protester (pour une fois), puis partit se chercher à boire dans la cuisine. Son instinct d'homme anglais lui commanda un thé et Thorin décida de ne pas lutter : de toute façon, il sentait qu'il allait en avoir besoin. Pendant quelques minutes, ce ne fut que le bruit de sa bouilloire et ses pensées, ainsi que la demande de James d'avoir un verre d'eau seulement, merci beaucoup Thorin. Le châtain dut au moins reconnaître, après une rapide inspection de ses placards, que le brun avait été au moins assez poli pour ne pas se servir lui-même dans les verres. Thorin ramena le tout sur un plateau avant de s'avachir à l'autre bout du canapé, sentant sur lui le regard alerte de James.

« Bon, finit-il par dire dans le silence tendu de la pièce. Qu'est-ce que tu veux ?

- Je ne peux pas rendre visite à mon meilleur ami sans arrière-pensée ? »

Thorin leva les deux sourcils et sirota sa tasse de thé, doucement, lentement, afin de bien montrer ce qu'il pensait de cette réponse.

Elle était totalement stupide. James avait cette lueur dans le regard qui criait que l'Auror était de sortie, et généralement quand il l'était cela voulait dire qu'il avait un objectif clair. Un petit débordement du métier, peut-être, et à force de l'observer on apprenait à le reconnaître. Le simple fait que James ait été assez alerte pour éviter un vase — ou plutôt, le dévier — montrait qu'il était déjà perdu dans son rôle.

« Ok, désolé, finit par admettre le brun en reposant son verre d'eau. Je viens peut-être avec un but mais je voulais aussi savoir comment tu allais.

- Crevé, je travaille. Qu'est-ce que tu veux ? »

Au lieu de lever les yeux au ciel comme un James exaspéré l'aurait fait, le brun l'étudia quelques secondes avant de dire lentement :

« Je n'arrive pas au bon moment. »

Bien joué, Sherlock. Thorin était tenté de le dire avant de finalement renoncer. Il n'avait pas le temps d'expliquer une énième référence moldu à son meilleur ami.

« Tu es encore en colère pour hier, aussi.

- Je n'aime pas l'idée de te voir caracoler à droite à gauche dans l'inconnu avec deux femmes que tu ne connais pas, finit par avouer Thorin. Toi-même, tu ne sais pas ce que tu cherches.

- Tant que j'ai le but, peu importe la manière. Et ce n'est pas comme si vous aviez plus d'indices que moi, au bureau. »

Thorin fronça les sourcils. Il sentait poindre l'agacement, ce qui n'était jamais une bonne chose dans une discussion. Le châtain se força à respirer par le nez, lentement, afin de se calmer les nerfs.

Si c'était là toutes les capacités qu'il possédait, alors il ferait mieux de rendre son badge d'Auror.

« Le fait est que nous travaillons en groupe. On ne part pas à la chasse aux pistes sans autorisation, avec deux filles qui ont visiblement autant d'expérience qu'un élève de onze ans à Poudlard.

- Il suffit juste de ne pas se faire attraper et alors je n'aurai aucun souci avec Con —

- Sauf que James, si tu t'aventures plus loin, tu vas forcément finir par croiser la route de quelques Aurors, si ce n'est Constance ou Millie elles-mêmes et elles seront beaucoup moins clémentes que —

- Tu vas me dénoncer ? »

Thorin rouvrit les yeux, qu'il ne se souvenait même pas avoir fermé, et planta sur son meilleur ami un regard meurtrier. Cette fois-ci, il était proprement énervé, et il n'arrivait pas à croire qu'il ait ce genre de discussion avec celui qui était normalement censé le connaître le mieux, ou une connerie du genre qui faisait qu'ils étaient, vous savez, meilleurs amis. James, dans toute son ignorance, sembla tout de même percevoir qu'il avait dit quelque chose qu'il ne fallait pas puisqu'il se tassa légèrement dans le coin du canapé, la tête haute.

À moins que ce ne soit tout simplement le Regard, qui lui disait clairement qu'il allait se manger un sort dans peu de temps si il ne faisait pas attention à ce qu'il allait dire.

« Je veux dire, c'est logique, et tu adores la logique. »

Et le règlement, ne fut pas dit mais entendu clairement et nettement, et Thorin se leva pour aller marcher un peu dans son salon, ou alors ses nerfs n'allaient pas le supporter.

Tellement d'envie de rentrer chez lui pour se terminer ici, comme ça. Il ne pensait pas dire ça après une journée de boulot mais la seule chose à laquelle il aspirait actuellement était de retourner au ministère retrouver Constance. Sa patronne avait passé une mauvaise journée mais il était sûr que sur certains points, il la dépassait sans problème. Peut-être qu'ils pourraient faire un comparatif, tiens, ce serait bien marrant (pas du tout).

« James, réussit-il à articuler, pour quel genre d'ami tu me prends ? »

James, vive Merlin, prit cette fois-ci le temps d'y réfléchir.

Le châtain n'arrivait pas à savoir si il s'agissait une bonne chose ou non.

Le brun s'arrêta cependant en pleine réflexion et ficha sur lui des yeux songeurs.

« Je t'ai vexé. », finit-il par dire, et Thorin dut réfréner l'envie soudaine de lui enfoncer la tête dans le mur. À la place, il se leva et commença à faire les cent pas dans son salon, les mains dans le dos. La posture était un reflet quasi exact de celle que prenait Constance quand quelque chose lui posait un problème particulier. Thorin vit que son meilleur ami s'était levé à son tour, immobile à côté du canapé, les bras ballants. Il hésitait apparemment sur la marche à suivre, l'Auror en lui sans aucun doute en train de calculer toutes les routes possibles qu'il pouvait prendre pour obtenir ce qu'il voulait (et qu'est-ce qu'il voulait, d'ailleurs ?) sans finir dans le mur avec un Expulso.

Puis finalement ses épaules se relâchèrent avec le soupir qu'il poussa, et le sorcier embraya sur un autre sujet, tellement soudainement que Thorin s'arrêta net :

« J'aurai une faveur à te demander. »

Voyant que le châtain ne bougeait pas et le regardait avec des yeux ronds, James décida de pousser sa chance :

« Il faudrait que tu fasses une demande d'analyse au centre d'essai de transplanage. Sur la maison de mes parents. S'il te plaît. »

Dans les secondes qui suivirent, Thorin eut le temps de serrer et desserrer les poings cinq fois, inspirer profondément dix fois avant d'expirer bruyamment neuf fois.

« Je vais te demander de partir. »

Pauvre James eut vraiment l'air de ne pas comprendre où est-ce qu'il avait fait un mauvais pas et honnêtement, le châtain n'avait pas envie de le lui expliquer. Qu'il utilise son cerveau, merde, quelque chose qu'il ne faisait visiblement pas depuis, oh, le début de la conversation ?

« Mais —

- James, je suis à deux doigts de te stupéfixer pour te mettre moi-même sur mon paillasson si tu ne bouges pas immédiatement de cet appartement.

- Et la demande —

- Cinq secondes, James. »

Le brun le regarda sans comprendre. Ou alors, il comprenait mais il ne voulait visiblement pas bouger de sa place. Thorin serra les poings et desserra la mâchoire et gronda :

« Quatre. »

Pour son crédit, James bougeait beaucoup plus rapidement lorsqu'il se sentait sous pression, puisque quelques instants plus tard la porte de l'appartement claquait derrière lui.

XxX

James se frotta les mains, dos à la porte de l'appartement de Thorin, et se dandina d'un pied à l'autre.

Yep yep yep yep yep. Bien joué, James. Moyens de vexer son meilleur ami : l'insulter à demi-mots.

Et maintenant, il était dans une impasse.

XxXxXxXxX

J'ai découvert comment faire les longs tirets, ce qui est ma nouvelle passion. par contre les lignes sur ce site pour séparer les paragraphes, c'est toujours un mystère :'D

À la prochaine, sans doute dans deux mois, parce que hem hem chapitre pas écrit hem hem