Je vous JURE que l'interlude n'était pas censé durer une semaine mais plutôt une journée ;_;


Thorin arriva au Ministère avec un air assassin, en retard, les cheveux et les vêtements en bataille. Il n'avait pas passé une bonne nuit, merci bien, et le seul moyen qu'il avait trouvé pour s'endormir avait été d'ingérer une potion de sommeil qui était sans doute périmée (il ne le saurait pas, puisque l'étiquette n'indiquait que des chiffres illisibles à cause de l'usure, mais rien que cette indication voulait dire que peut-être, il aurait dû s'abstenir). Si cela avait été efficace, le châtain ne se sentait pour autant pas reposé et marchait maintenant avec toute la grâce d'un éléphant saoul. La prochaine fois, décida-t-il, il s'abstiendrait de prendre des potions indéterminées. Si il y avait une prochaine fois.

Avec humeur, l'Auror appuya sur le bouton qui appelait l'ascenseur et attendit patiemment que ce dernier ne lui parvienne. Il monta dans la nacelle et sélectionna un étage : pas celui habituel, et il serra les dents rien que d'y penser.

Il ne savait pas pourquoi il faisait ça mai il n'arrivait pas à se dire que si il ne le faisait pas, il brisait une règle de l'amitié quelconque, ce genre de chose qui avait été défini il y a des millénaires et dont il était censé se foutre parce que vous savez, c'était un Auror cool (il avait entendu ça une fois et depuis, il se tordait de rire dès qu'il y pensait). Thorin était en colère, certes. Mais...

Non, vous savez quoi, il n'avait aucune autre excuse. Il allait faire ce... truc que James voulait qu'il fasse et puis il irait écrire un rapport quelconque et peut-être que demain serait une meilleure journée, qui sait ? (sûrement pas lui)

L'ascenseur s'arrêta et il en descendit, avant de scanner les alentours. Le couloir circulaire était vide ; il n'avait plus qu'à faire son chemin jusqu'au Centre d'essai de transplanage.

Ce département, celui des transports, était pour lui un endroit obscur et il n'y allait pas souvent. Les Aurors ne travaillaient pas souvent avec eux, mis à part lorsqu'il s'agissait de tracer le chemin d'un sorcier, une chose qu'ils pouvaient faire avec leurs baguettes mais dont le résultat était trop approximatif pour qu'on le prenne au sérieux. Après tout, ils n'étaient pas spécialisés en traçage mais en combat et en investigation : la seule qui pouvait tenir une piste à peu près solide était Millie, parce qu'elle avait pris des options (quelque chose qu'il ignorait exister jusqu'à très récemment, comme quoi !) et d'après ce qu'il avait compris, Constance cherchait quelques volontaires pour apprendre cette aptitude. Thorin ne faisait absolument pas parti de ce groupe. De toute façon, le châtain n'allait pas souvent sur le terrain, en tout cas pas assez pour que ceci lui soit utile.

Or donc, le département des transports. Mis à part le Centre d'essai de transplanage, ils ne sollicitaient pas beaucoup leur aide. Et les demandes personnelles étaient encore plus rares, surtout venant d'employés du ministère. Normalement, on envoyait une chouette, mais la leçon numéro un de l'Auror était d'être paranoïaque, alors Thorin se déplaçait de lui-même ; et de toute façon, il n'avait pas de chouette. Alors les Aurors entretenaient des rapports cordiaux avec ces... agents ? fonctionnaires ?, mais la relation n'allait pas plus loin.

Ce que le châtain savait, par contre, était que les sorcières qui géraient les demandes étaient connus pour être de véritables commères, alors il allait devoir employer quelques-uns de ses talents pour passer incognito. L'Auror se cacha dans un recoin du mur et envoya une prière silencieuse vers le ''plafond'' du ministère, priant pour que cette certaine personne ne marche pas dans la pièce alors qu'il était déguisé.

Puis il lança le sortilège de métamorphose.


Nina était une sorcière modèle, merci bien. Elle arrivait toujours à l'heure, elle faisait bien son travail et elle respectait les règles. Oh, bien sûr, ce n'est pas comme si elle était irréprochable ; et elle savait qu'elle n'était pas forcément censée se vernir les ongles alors qu'elle venait juste de prendre son service mais que voulez-vous, tout cela était si ennuyant ! Alors tant que ses supérieurs ne découvraient pas de trace de manucure sur les parchemins (et elle était une professionnelle, ça oui !), Nina estimait qu'ils n'avaient pas à se plaindre. Après tout, ce n'est pas comme si elle avait beaucoup à faire, coincée derrière un comptoir, à prendre les demandes comme une machine avalait les billets. Tsss... Elle espérait vraiment que sa demande de mutation allait être acceptée. Pas question de pourrir dans ce trou à rat toute sa vie, ça non !

La porte du Centre d'essai de transplanage claqua, mais Nina ne reconnut pas les bruits de pas de la personne qui venait de rentrer. Pas un de ses supérieurs, donc ; pas de raison de laisser tomber son petit pinceau, alors ! Plus qu'un ou deux petits coups et la manucure serait parfaite ; ooooh oui, elle avait hâte de voir le petit chien peint sur ses ongles bouger à sa guise dans l'espace vert qu'elle prenait soin de faire.

Un raclement de gorge lui fit lever la tête, et dès qu'elle croisa le regard de son interlocutrice Nina sursauta, manquant de renverser le pot de vernis à ongle sur son bureau derrière le comptoir. En face d'elle, Constance Reynard leva un sourcil, entraînant avec elle une partie de sa cicatrice déformant ses traits.

« Occupée ?, renifla la cheffe Auror tandis que Nina rassemblait désespérément les... preuves ?

- Non, madame ! Pas du tout, madame ! », assura la sorcière d'une voix rapide et stressée, s'efforçant de ne pas tâcher les parchemins qui traînaient sur la table.

Par Merlin, pensa-t-elle, paniquée. Merlin tout puissant, elle n'avait pas été prévenue ! Une visite inter-département ? Tellement rare ! Et il fallait que ça tombe sur elle aujourd'hui ! Maintenant ! Qu'est-ce que madame Reynard allait écrire dans son rapport, quand elle le rendrait à son supérieur ? "Nina Boissy vernit ses ongles au bureau" ? Sa demande de mutation allait être rejetée immédiatement !

« Que puis-je faire pour vous, madame ? », demanda enfin Nina en joignant ses mains dans ce qu'elle espérait être une posture décontractée. Madame Reynard cilla à peine.

Quel cool. Maîtrise de soi. Impeccable.

Elle était foutue.

« Prendre une demande, éventuellement, finit par répondre la brune avec une voix aussi froide que la banquise. Si ce n'est pas trop demandé, bien sûr.

- Absolument pas, pas du tout même ! Le Centre d'essai de transplanage est ravi d'aider les Aurors dans leur travail, soyez-en assurée, et —

- Ce n'est pas une demande officielle. », la coupa l'autre avant qu'elle ne puisse finir.

Nina, qui avait commencé à tremper une plume froissée dans de l'encre, immobilisa son geste et leva les yeux vers la cheffe des Aurors.

« Madame ?

- Mademoiselle Boissy. »

Madame Reynard prit une inspiration, les yeux fermés, avant de pencher sa tête vers elle. Le coeur de Nina rata trois battements avant qu'il ne se remette à fonctionner normalement, et pendant ces trois battements madame Reynard avait eu le temps d'afficher un air très menaçant.

« Ceci signifie que je ne veux pas qu'un seul mot de cette conversation sorte de ce bureau. Vous. Et moi. Ensemble. Pas votre amie Priscille qui travaille dans la régulation des animaux magiques, ou alors votre petit-ami de la brigade magique. Pas. Un. Mot. Ou alors votre précieuse demande de mutation se perdra malheureusement dans les méandres de l'administration sorcière et on ne la retrouvera pas avant ma mort. Et croyez-moi quand je vous dis que mes ancêtres avaient la peau dure et que par un miracle de la génétique, moi aussi. Compris ? »

Sans un mot, Nina hocha frénétiquement la tête. Sans qu'elle ne le sache, plusieurs gouttes d'encre étaient allées s'écraser sur la feuille de parchemin en dessous de sa plume, la rendant impropre aux demandes officielles.

Mais puisque ce n'était pas une demande officielle...

Madame Reynard soupira et éloigna sa tête de la sienne, rendant l'air de nouveau respirable. La sorcière croisa ses bras sur sa poitrine, et Nina remarqua distraitement que l'habit qu'elle portait n'était pas la polaire habituelle. Les manches étaient plus longues, retroussées pour que l'on puisse voir les mains et... Oh, par Merlin, mais se pourrait-il... ?

La cheffe des Aurors suivit son regard avant de relever vers elle des yeux qui promettaient mille supplices. Encore une fois, Nina hocha la tête, puis prit une grande inspiration et retourna (difficilement) son attention vers sa feuille tachée.

« Madame ?, demanda-t-elle dans ce qu'elle espérait être une voix ferme.

- Je veux une inspection complète de la maison de Harry et Ginevra Potter. »

Pour son crédit, Nina arrêta à peine son geste avant de recommencer à écrire à toute vitesse.

« Il me faudrait une justification, madame.

- Justifi... Bien sûr, qu'il en faudrait une, grommela la brune. Instinct personnel, indiqua-t-elle ensuite.

- Je ne suis pas sûre que ça marche, madame.

- Ce n'est pas une demande officielle, alors ça devra marcher. »

Le regard de madame Reynard aurait pu mettre le feu à un lac. Elle n'avait toujours pas desserré les bras, nota Nina. Mais les manches étaient baissées, zut. Les rumeurs disaient que la cheffe des Aurors avaient des muscles à faire pâlir un boxeur, ça aurait été un bon moyen pour les vérifier...

Nina posa vite le point sur sa feuille avant que ses pensées ne puissent dériver.

« Votre demande va être transmise à une de nos équipes, qui s'occupera de la traiter dans les plus brefs délais, récita Nina rapidement en pliant la feuille manuellement. Vous devriez avoir les résultats sous deux jours.

- Envoyez-les directement chez James Sirius Potter.

- James Sirius Potter ? »

Madame Reynard soupira de nouveau.

Mais tout cela piquait tant sa curiosité ! Tant de questions ! Une analyse... chez Harry Potter... et les informations allaient parvenir à James Sirius Potter ! Tant de potins qui pouvaient circuler ! Et elle n'avait pas le droit d'en parler !

« Oui, chez Potter, confirma madame Reynard avec finalité. Bien compris ?

- Parfaitement madame ! Soyez-en assurée, madame, que tout sera traité avec le plus grand sérieux !

- Je n'en doute pas. », finit madame Reynard avec un ton qui indiquait tout le contraire. Avec un regard final pour Nina, la sorcière tourna les talons, ses baskets faisant craquer le parquet, le pas assuré.

Nina s'affaissa dans sa chaise d'un seul coup, lâcha un soupir fatigué. Elle avait l'impression qu'une éternité était passée, alors que ça ne faisait que dix minutes. Tout à coup, elle avait encore plus hâte de rentrer chez elle.

D'un coup de baguette magique, la demande fut expédiée, et Nina ferma les yeux, le vernis à ongle oublié.


Et pendant tout ce temps, Thorin hurlait «Oui ! Oui !» de victoire dans sa tête. L'illusion était parfaite et la sorcière n'y avait vu que du feu, et c'était le genre de petites choses qui arrivaient à le mettre en joie dès le matin alors que c'était, eh bien, petit. Et tandis qu'il marchait du pas assuré qu'avait sa supérieure, il ne pouvait empêcher un petit sourire satisfait d'étirer ses lèvres. Il fit tout de même attention à le cacher dans le col de son pull ; voir Constance afficher autre chose qu'un sourire carnassier était quelque chose de rare, après tout, et c'était ce genre de rumeurs qui se passaient très vite d'une oreille à l'autre et qui risquaient de le vendre quasi directement.

Une fois dans le couloir du ministère, Thorin s'adossa contre la porte et poussa un soupir soulagé. Des pas se firent entendre à sa droite et le châtain se dit qu'il fallait vraiment qu'il ôte son sortilège de métamorphose le plus vite possible. Les pas s'arrêtèrent devant lui. Il ouvrit les yeux.

Constance le dévisagea de bas en haut avant de lever un sourcil.

« Pas mal. », lança-t-elle, l'accent français ressortissant dans ce qui était normalement un anglais parfait. Une petite alarme retentit dans la tête de Thorin, une qui hurlait «Attention, attention, carnage en cours».

Il aimait bien sa supérieure, certes, mais les crises de colère n'étaient pas plus agréables pour lui que pour un autre. Mais à sa grande surprise, la brune se massa l'arête du nez, lâcha un soupir très précisément avant de demander avec une lassitude déconcertante :

« Est-ce que je veux savoir ?

- Probablement pas, reconnut le châtain.

- Est-ce que je dois savoir ?

- C'est... Très possible ?, risqua-t-il

- Alors ne me dites rien et suivez-moi. »

Perplexe, Thorin emboîta le pas de Constance. Cette dernière sortit sa baguette de sa poche rapidement et la pointa sur lui, lançant un informulé. Il sentit ses cheveux se rallonger, son nez changer de forme, la cicatrice sur son visage se refermer pour laisser de la peau claire de toute imperfection. L'élastique, qu'il avait transformé en une parie de lunettes noires, tomba de son nez. Lorsqu'il regarda ses mains, il vit qu'il avait de nouveau son teint hâlé, loin de la blancheur de Constance.

« Règle numéro quatre de l'Auror ?, demanda-t-elle soudainement en appelant l'ascenseur avec sans doute plus de force que nécessaire.

- Ne pas se faire attraper, à moins que ce ne soit notre attention.

- Eh bien la prochaine fois, appliquez-la. »

Ils montèrent dans l'ascenseur.

« Vous ne venez quasiment jamais à cet étage, récita-t-il. Vous n'avez jamais déclaré vouloir demander l'aide du Centre d'essai de transplanage pour une quelconque enquête, ou alors l'aide du département des transports magiques tout simplement. Les probabilités que vous traîniez à cet étage à neuf heures trente du matin sont presque nulles. Le jeu en valait la chandelle.

- Je ne vous gronde pas. Ce que vous avez fait est malin. Mais souvenez-vous, Thorin, que je sais toujours se trouvent mes collègues. »

Le châtain tint sa langue jusqu'à ce qu'ils atteignent le bureau des Aurors. Très bien, sa supérieure était devin ou quelque chose dans ce goût-là. Super. Enfin, tant qu'il ne se faisait pas suspendre pour activité illégale, il estimait être chanceux. La sorcière avait toujours eu quelques traitements de faveur à l'égard de certains membres du bureau des Aurors et sans qu'il ne sache pourquoi, il se retrouvait sur cette liste. Il ne savait pas si c'était une bonne chose que de savoir que sa supérieure faisait du favoritisme mais dans l'état actuel des choses, Thorin garda sa langue dans sa poche et fila droit.

Alors qu'il allait s'attabler à son bureau, Constance lui envoya un regard. Il s'arrêta net, les bras ballants, ignorant ce qu'il devait faire. Mais la brune se tourna vers Millie von Doenstag, qui les dévisageait tous les deux, et désigna son bureau d'un signe de la tête. L'autre soupira légèrement avant de rassembler ses papiers d'un signe de la main. Puis ils se regardèrent dans les yeux et le châtain put lire que elle comme lui n'avait aucune idée de ce qui était en train de se passer. Ce qui ne les empêcha pas de suivre Constance jusqu'à la pièce qui lui était dédiée et de rester en place tandis que le verrou se poussait, les enfermant.

La brune traça jusqu'à son bureau, s'assit sur sa chaise avant de leur en offrir une chacun. Sans un mot, ils l'imitèrent. La réunion avait des airs de conspiration, songea-t-il. Deux Aurors seniors avec leur cheffe. Ne manquait plus que Marie pour que la team soit au complet, mais il n'avait pas vu la seconde dans la pièce, tout comme son petit-ami. Ce qui voulait dire qu'ils étaient en "patrouille" tous les deux.

Ils manquaient cruellement d'Aurors, était le constat qui lui vint en tête avant qu'il ne le bannisse de sa tête pour se concentrer sur ce qui allait se dérouler en face de lui.

« La réunion avec la confédération magique s'est plutôt mal passée, commença Constance en joignant ses mains, en partie parce que les sièges sont occupés par de vieux croûtons mais aussi parce que nous ne travaillons pas assez vite. »

Millie roula des yeux au premier commentaire. Thorin préféra s'abstenir de toute réaction, le visage neutre, mais intérieurement il leva un sourcil sarcastique. Constance envoya un regard assassin vers son amie mais ne dit rien sur sa réaction, préférant continuer :

« À la suite de cette réunion, la décision a été prise de mettre la communauté magique d'Angleterre dans cette joyeuse chose qu'est l'état d'urgence.

- Déjà ?, interrompit Millie. Ils ne font pas traîner les choses.

- Ce qui est d'autant plus étonnant. La dernière fois, il leur a fallu deux explosions et une cinquantaine victimes.

- Les Lions d'or, oui. »

Millie sembla aussitôt regretter ses paroles. Si elle avait eu moins de self-contrôle, elle aurait sans doute plaqué une main contre sa bouche. Dans l'état actuel des choses, la sorcière ne fit que couler vers lui un regard désolé. Thorin ne broncha pas mais sa gorge se serra légèrement.

L'état d'urgence était quelque chose qui, jusqu'à très récemment, n'avait pas été beaucoup employé dans la communauté sorcière. Le dernier devait dater de la période de la Seconde guerre mondiale, qui coïncidait avec la montée grandissante de Grindelwald au pouvoir. Il avait été arrêté en 1946 et peu à peu oublié ; même la crise avec Voldemort ne l'avait pas nécessitée, pour des raisons obscures que beaucoup de personne ne cherchaient pas à, eh bien, chercher. La raison la plus évidente était qu'elle nécessitait une décision du ministre suivie d'une majorité absolue à la confédération internationale des sorciers et qu'à l'époque, le ministère était beaucoup trop infiltré pour que cette mesure passe.

L'affaire du gang des Lions d'or avait été le moment de remettre l'état d'urgence sur le tapis, très littéralement. Kingsley Shacklebot était alors le ministre et la confédération, très envieuse de lui plaire. Les pauvres avaient sans aucun doute dû écumer tous les livres juridiques pour trouver une moindre mention de cette mesure mais au final, elle était passée. Thorin, qui était alors un jeune Auror, se souvenait de cette période comme étant une époque lointaine et presque magique. L'état d'urgence sorcier s'inspirait beaucoup de celui des moldus (à moins que cela ne soit l'inverse ?) : plus de contrôles, plus de patrouilles. Des barrières magiques pour repousser ceux avec de mauvaises intentions, des procès plus rapides, des mesures plus extrêmes également (arracher un souvenir sans consentement était apparemment quelque chose de très douloureux et le châtain n'avait aucune envie d'essayer l'expérience). Mais pour les Aurors, c'était également la période bénie où ils pouvaient surgir dans la maison des suspects sans faire une démarche qui prenait deux semaines bon sang de merde pour avoir un mandat de perquisition. La seule condition était que l'action devait être signalée au Magenmagot avant de procéder, ne serait-ce que pour qu'elle soit consignée dans les archives, ce qui expliquait peut-être pourquoi, environ une décennie plus tôt, Constance avait décidé de faire la kamikaze avec l'une de ses amies sans autorisation préalable. L'action pouvait être gelée, bien que rarement, ce qui pouvait potentiellement poser problème.

Or donc, aujourd'hui, Constance comme Millie n'avaient pas l'air ravi de cette décision rapide de la confédération magique, ce que Thorin n'arrivait pas à comprendre. Si eux, les Aurors, avaient le pouvoir d'agir plus rapidement, ils n'allaient pas se plaindre, si ? C'est ce qu'il formula à voix haute, choisissant ses mots, et Constance posa son menton sur ses mains jointes sitôt qu'il eut fini de parler.

« Ce n'est pas si simple, finit-elle par lâcher. Il faudrait déjà que nous sachions où chercher, seulement nous n'avons aucune piste tangible. »

À comprendre, ils n'avaient pas avancé d'un poil mais personne n'était prêt à le crier à voix haute parce que personne n'était suicidaire. Thorin serra les poings dans les poches de sa cape. Les meurtres étaient souvent difficiles à résoudre parce que magie mais généralement, les sorciers n'étaient pas subtils (pour plein de raisons, une majeure étant qu'ils étaient vraiment très crâneurs et stupides, pour des «élites de la race humaine» (cf un sorcier qui purgeait actuellement sa peine à Azkaban, comme quoi)) et surtout, dans leur soi-disant toute puissance, ils devenaient un peu idiots. Même les Lions d'or, à la fin de leur ''règne'', avait commencé à commettre erreur sur erreur, toutes aussi minuscules soient-elles, pour finalement que le gang se fasse anéantir.

Mais si là, ils n'avaient vraiment rien, alors ils se retrouvaient en face d'un énorme problème : un sorcier capable de tuer Harry Potter et sa femme puis de s'en sortir sans être inquiété. Certes, Potter senior n'était pas niveau Dumbledore ou Grindelwald mais il était un peu niveau Voldemort. Inquiétant, donc.

À côté de Thorin, Millie se pencha vers Constance et planta ses coudes sur le bureau. Elle enfouit son menton dans ses mains d'une telle manière qui rappelait celle de l'autre sorcière. Le châtain se sentit mis de côté, observateur comme si on regardait un match de tennis.

« Constance, commença l'Auror senior avec le ton de quelqu'un qui avait déjà eu cette discussion dans sa tête des dizaines de fois. Je peux supporter tes foutaises toute la journée. »

Leur cheffe leva un sourcil. Aucune des deux ne détourna le regard. Thorin... resta là.

Puis Constance baissa les yeux et se remit dans sa chaise avec un soupir et un petit sourire sans joie.

« Tu as contacté Lia hier, nota-t-elle.

- J'avais juste besoin de conversation.

- Certes. Mais tu as contacté Lia hier.

- Je suis encore là ?, risqua-t-il, et se fit totalement ignorer.

- Il se peut, avoua Constance, que j'ai quelques pistes sur cette affaire. Mais, coupa-t-elle avant qu'ils ne puissent protester, ces pistes sont tellement peu concrètes que je ne vais pas les porter au ministre, parce que je travaille sur de l'instinct et des approximations qui font que —

- Tu es en train de travailler illégalement. », finit Millie d'un ton tellement plat que l'espace de quelques secondes, Thorin lui envoya toute sa compassion. Tout cela avait l'air d'être une forte impression de déjà-vu pour sa collègue et honnêtement, pour lui aussi, même si il ne pouvait pas se targuer d'être aussi proche de Constance qu'elle.

Le pire ?, fut que la brune ne le nia même pas mais se contenta de remettre ses lunettes, un geste qu'elle avait souvent lorsqu'elle était un peu stressée. Ou piégée. Victorieuse, en revanche, Millie se renversa dans son siège, les bras croisés, le visage neutre. Sa longue tresse noire suivit le mouvement, tandis qu'elle regardait le plafond et inspirait profondément ; d'exaspération ou d'amusement, le châtain n'aurait su le dire.

« Ce qui nous ramène à notre sujet de base, finit par reprendre leur cheffe. L'état d'urgence va être instauré, super, joie et allégresse, mais pour autant on ne va pas être capable de faire ce qu'on veut, moins cool.

- Eh bien la prochaine fois, tu y penseras à deux fois avant de froisser toute la confédération magique, grommela sa collègue.

- Ce qui signifie, continua Constance encore plus fort pour couvrir les plaintes de l'autre, que nous allons devoir employer des moyens un peu moins orthodoxes mais ô combien amusant. »

Thorin songea qu'ils n'avaient décidément pas la même notion du mot «amusant». Inconnue à cette réflexion, Constance commença à énumérer :

« J'ai besoin de Millie ici au bureau. Marie est la pire concernant ce genre de mission, Ilyes est définitivement hors service (Thorin roula des yeux, amusé et excédé à la fois). Garo est beaucoup trop maladroit, James est en congé, le reste des Aurors sont des juniors qui ressemblent à des lapins pris entre les phares d'une voiture. Pas question que j'aille chercher un Auror des unités hors-Londres et je ne peux pas me permettre de quitter mon poste en cet instant. Et vous êtes les deux à qui je fais le plus confiance dans cette unité. »

Le sourire que Constance lui adressa fut plein de dents et absolument pas rassurant et Thorin se surprit à déglutir. Dans un même mouvement, Millie s'était également retournée, et maintenant il avait sur lui les yeux de deux des plus puissantes Aurors du pays. Et il avait le sentiment qu'il savait déjà comment tout cela allait finir.

« Donc, Thorin, finit enfin par asséner la brune. Que penses-tu de quelques jours de congés ? »