Alisha Braus, son balai à la main, le regardait d'un oeil critique alors qu'il venait d'arriver sur le terrain immense de Quidditch. Au-dessus de leur tête, les autres joueuses volaient sous la supervision d'Amandine mais même lui pouvait dire que leurs pensées étaient autre part (à comprendre, sur eux).

« Tu sais, commença Alisha, une main sur sa hanche, on se voit beaucoup pour pas grand chose, ces derniers temps. »

James haussa une épaule. Apparemment, l'autre n'attendait pas de réponse particulière. Ses yeux verts se perdaient dans le ciel bleu, surveillant ses joueuses avec la vigilance d'une lionne.

« Je veux dire, si tu veux me voir, on peut toujours se retrouver autour d'un café. »

James s'étouffa sur sa salive. Il sentit plus qu'il ne vit le rouge lui monter aux joues, mais si le coup d'oeil rieur d'Alisha était d'une quelconque indication, il devait être couleur tomate. Wow, cinq minutes qu'il était là et il était déjà embarrassé : nouveau record, à n'en point douter.

« J'ai envoyé Godric, pourtant !

- Godric ?

- Godric. Ma chouette. »

L'air indécis de la blonde s'éclaira tout à coup. Avant de s'offrir un sourire malicieux, mais non dénué de compassion.

« James, j'habite à cent kilomètres de Londres à vol d'oiseau et il s'est mis à pleuvoir vers vingt heures. »

D'une de ses poches de short de sport, l'attrapeuse sortit un bout de parchemin. Ou tout du moins, ce qu'il en restait : l'eau semblait avoir pris un malin plaisir à humidifier le papier, rendant l'encre illisible ; pour couronner le tout, il semblait avoir été déchiré dans les bourrasques. James ne désespéra pas pour autant et suggéra :

« Et sinon, avec un bon coup de Reparo ?

- La dernière fois qu'elle a fait ça, sa douche a pris feu. »

Amandine venait d'atterrir près d'eux à son tour, et malgré sa carrure impressionnante descendit gracieusement de son balai. Encore une fois, elle ne se tenait pas à plus de cinq centimètres de son amie, mais James avait le regard trop dans le vide pour en tenir compte.

Une douche. En feu. Il avait entendu parler de quelques cas désespérés mais au moins le professeur Londubat était-il devenu un sorcier émérite. Et fort en Botanique. Mais le brun avait peur d'entendre que «Oh tiens, et Alisha a tué des mandragores alors que c'est censé être l'inverse normalement. Marrant, non ?», alors il se tut quelques secondes le temps que son cerveau redémarre.

« Bon. Ok. Je... D'accord. »

James était également un champion de l'éloquence. Mais Amandine ne lui accorda pas un regard tandis que, d'un geste de la main, elle réparait le parchemin et se mettait à lire ce qui y était écrit. Alisha, haussée sur la pointe des pieds, regarda par-dessus son bras.

« Voir le bureau du coach ?, demanda-t-elle d'une voix hésitante. Je ne sais pas si ils ont levé les scellés...

- Quelques-uns, si. »

La blonde envoya vers la brune un regard incrédule.

« Ah bon ?

- On a des documents à prendre concernant les statistiques. Toi et moi, on devrait pouvoir passer. »

Amandine lui jeta un coup d'oeil avant de se focaliser de nouveau sur le parchemin.

« Si James nous tient la main, il ne devrait pas être rejeté.

- C'est pas un peu bancal, comme sécurité ?, ne put s'empêcher d'interroger l'Auror.

- Vous allez rire mais ce sont vos collègues qui ont installé cette barrière. On ferait mieux d'y aller tout de suite, si on veut avoir du temps pour l'entraînement. », continua la batteuse à l'attention d'Alisha.

Cette dernière se mâchouillait doucement la lèvre, le front plissé sous la concentration. Puis elle finit par hausser les épaules en signe de défaite.

« Nah, je vais les libérer. Sans nous, elles pourront rien faire. Attendez-moi là deux minutes. »

Avant que l'un des deux ne puisse protester, la blonde s'envolait rejoindre ses camarades. Il y eut un instant de vide durant lequel James regarda Amandine. Amandine regarda James. James se racla la gorge. Amandine contempla le sol.

« Les scellés ont été posés quand ?, finit-il par demander.

- Le lendemain du meurtre. Personne n'a eu accès au bureau, par contre, mis à part pour faire l'inventaire des affaires. »

Les yeux de la brune, comme ceux de sa capitaine avant elle, se perdirent momentanément dans le vide.

« Olivier Dubois devrait venir s'installer dans une semaine environ... Il a accepté la position de coach avant-hier. Alisha sera moins disponible. »

James grimaça. Oui, vu la ferveur que pouvait afficher Olivier Dubois, ancien gardien de l'équipe nationale masculine, cela ne l'étonnait pas. Son énergie débordante s'affichait même durant les matchs auxquels il participait : sans une mauvaise chute, qui lui avait réduit une partie de la mobilité de son bras gauche, l'Auror savait qu'il aurait continué à jouer. Même avec son âge, drastiquement au-dessus de la moyenne des joueurs. Même Viktor Krum avait fini par raccrocher son balai, cinq ans auparavant, et entraînait maintenant l'équipe de la Bulgarie.

« Personne n'a essayé d'entrer dans ce bureau ?

- À part vous, non. »

Donc si preuve il y avait, elles étaient vraisemblablement encore là, dans cette pièce. James essayait de ne pas porter ses espoirs trop haut mais comme dans tous les cas : aucun enquêteur ne pouvait s'avouer s'être déplacé pour rien, surtout sur une affaire de cette envergure et qui touchait d'aussi près à la vie personnelle. Sans ses congés, de toute façon, le brun savait qu'on l'aurait écarté de l'enquête aussi sec.

Alisha revint près d'eux et ensemble, ils se mirent en mouvement. La blonde les conduisit dans ce dédale de couloirs sans bureaux mais avec fenêtres : l'aile administrative se trouvait en dessous de la loge où certaines personnes s'installaient parfois pour commenter l'entraînement. Le reste de la façade du terrain ne comportait majoritairement que des escaliers, faits pour conduire aux sièges. Cet endroit était bien loin du terrain de Quidditch de Poudlard, tout de bois là où celui de l'école était ouvert. En un sens, il rappelait à James les terrains de foot qu'avaient les moldus.

Il s'arrêta à temps pour éviter de rentrer dans Amandine : les deux joueuses s'étaient arrêtées de concert devant une innocente porte en bois, mais sur laquelle étaient tracées d'étranges runes en tout genre. C'était là une barrière magique complexe ; plus, en tout cas, que celles que l'on pouvait installer avec sa baguette. Pour une pièce déclarée ''sans intérêt ni rapport avec l'enquête en cours'', elle était certainement très bien gardée. Amandine et Alisha prirent une inspiration de concert puis se tournèrent vers lui d'un seul geste, chacune lui tendant une main. James ne se posa pas plus de questions et les empoigna fermement. Puis la porte s'ouvrit. D'une certaine façon, ils arrivèrent à passer tous les trois en même temps, chacun serrés les uns contre les autres, de telle sorte que le brun eut du mal à respirer, prisonnier entre le corps immense d'Amandine et celui, plus frêle mais musclé d'Alisha. Il sentit sur lui une vague de magie : c'était une sensation étrange, alors qu'il semblait être scanné par la magie que contenaient les runes ; mais au final, il ne se fit pas retenir dans le couloir et il put passer sans être inquiété.

Le bureau de Ginny était à l'image de sa mère : elle aurait dit qu'il était rangé. James, Albus et Lily s'étaient toujours entendus pour dire qu'il était organisé dans son bordel : la pièce qui était consacrée à leur mère, dans la maison de Godric's Hollows, était après tout du même goût. Partout où il y avait une surface plane traînaient des papiers : froissés, pliés, feuilles normales, tout cela importait peu, puisqu'au final tout se retrouvait dérangé mais dans une étrange logique qui faisait que leur mère parvenait toujours à tout retrouver. En vérité, on aurait plutôt dit un atelier d'artiste : de grandes fenêtres donnaient une vue sur le terrain de Quidditch et les énormes anneaux qui constituaient les buts, faisant par la même occasion entrer la lumière du jour. Dans un coin, un bureau en bois clair avait été installé, coincé entre le mur et d'immenses bibliothèques en bois regorgeant de livres et de classeurs en tout genre. Au milieu de la pièce, une table basse recouverte de tasses et de ce qu'il semblait être une théière ; à côté, un canapé vert délavé par le temps. Et çà et là, des cartons ouverts laissant entrevoir des plans pliés, des feuilles de brouillon, des lettres déchirées. Pour James qui rentrait dans la pièce, on aurait dit que son occupant venait de la quitter. Il n'y avait pas encore cette odeur de renfermé qui témoignait du temps passé, mais au contraire une presque sucrée, qui peut-être émanait de la théière, mais qui donnait à l'ensemble un air presque vivant.

Alisha et Amandine, le laissant à ses observations, bougeaient dans la pièce comme si elles la connaissaient par coeur. Attentives, leurs bottes évitaient n'importe quelle chute de papier échouée sur le sol avec la grâce d'un danseur.

« De quoi on a besoin, déjà ?

- Les observations de jeu contre les Harpies et les plans de vol idéaux contre l'équipe indienne. »

Alisha s'arrêta et posa ses mains sur ses hanches, dans ce geste qui lui semblait favori.

« Est-ce qu'on a vraiment le droit de toucher tout ce qui se trouve dans cette pièce ? »

Amandine s'arrêta, la main à quelques centimètres d'un classeur, mais ne daigna pas tourner la tête vers son amie.

« Je ne sais pas, Alisha. Fais ton truc, regarde si quelqu'un d'autre que notre coach est rentré ici.

- Le ministère ne pense pas que cette pièce a un lien avec l'enquête en cours, intervint James. Mais ça ne peut pas faire de mal de vérifier. »

Alisha hocha la tête et ferma les yeux. Quelques secondes plus tard et elle les rouvrait, faisant un signe de négation. Personne n'était rentré, donc.

« Mais prends des gants tout de même, Amandine.

- Par Melchior. », soupira la batteuse, mais d'un signe de main elle fit tout de même apparaître des gants en cuir usés.

Malgré son apparence quelque peu vivante, James ne pouvait s'empêcher de noter que ce bureau renfermait une atmosphère plutôt lourde. Peut-être était-ce la connaissance, savoir que celui qui l'occupait habituellement était mort, mais l'Auror n'arrivait pas à se détendre dans cette tornade de papiers. Tandis que ses camarades cherchaient, eh bien, ce qu'elles étaient venues chercher, lui s'installa lentement sur le canapé vert. Il était rembourré, nota-t-il, mais il remarquait ici et là quelques taches d'usure que sa mère n'avait pas jugé utile de réparer. Lorsqu'il souleva la théière, le brun fut surpris de voir que le thé n'était pas encore fini : de l'eau flottait encore au fond, touchant misérablement les bords de la céramique blanche et laissant une trace vieille de plusieurs semaines. Même la tasse en contenait encore, et James pouvait encore voir les quelques traces de feuilles de thé qui s'étaient perdues dans le fond.

Interrogez-les, retentit la voix de Constance dans sa tête, qu'il chassa avec un petit coup de main dans les airs. Interrogez-les, revint-elle pourtant, et James se tourna vers les deux joueuses qui ouvraient les classeurs avec l'air d'un moin ayant trouvé une bible dans un désert, un bras par-dessus le dossier du canapé.

« Comment était ma mère les derniers jours de sa vie ? »

Dire ça sonnait drôlement définitif, mais sachant qu'il avait brûlé son corps quelques jours avant James secoua sa sensation de malaise assez rapidement. Pendant un instant, il pensa que les deux femmes ne l'avaient pas entendu ; mais c'était sans compter sur la voix d'Alisha, qui s'éleva finalement dans le silence lourd de la pièce :

« Normale. Comme tous les jours, en fait. Elle n'avait pas de soucis personnels —

- Et on l'aurait su, vu qu'elle n'avait aucune notion de vie privée, interrompit Amandine, mais la voix avait une note chaleureuse.

- Pas faux. On en entendait plus sur son week-end que sur notre entraînement, des fois. »

Les deux se regardèrent et échangèrent un petit rire.

« Je pense que ça lui faisait du bien de parler à des gens qui ne connaissaient pas personnellement sa famille, en fait.

- De ce côté-là, elle était plutôt gâtée. Alisha est née-moldue. Je viens carrément d'un autre continent. Dans l'équipe, on a une autre née-moldue, deux sangs-mêlés, et le reste n'admirait votre mère que parce que c'était une poursuiveuse émérite, pas parce qu'elle avait épousé le Survivant. »

James poussa un bruit indéfinissable mais compréhensif. Il voyait où voulaient en venir Alisha et Amandine.

Seulement, les deux n'avaient visiblement pas fini, puisqu'elles échangèrent un regard cette fois-ci plus grave. Le brun se redressa légèrement. Il reconnaissait cet air. C'était souvent celui qu'arboraient certains témoins, lorsqu'ils se demandaient si ce qu'ils savaient valait la peine d'être confié. Dans la majorité des cas, oui, complètement : et les deux femmes parvinrent apparemment à la même conclusion puisque Alisha referma son classeur gentiment tandis qu'Amandine faisait de même plus sèchement.

« Le soir où elle est morte, elle a reçu un appel, commença la brune.

- Vous savez, ces espèces de cristaux étranges, qui ont été commercialisés il y a peu. Un peu comme les téléphones moldus mais en beeeaucoup moins pratique. »

James hocha la tête. Ces nouveaux moyens de communication faisaient actuellement fureur, et les sorciers (principalement des sangs-purs) n'arrêtaient pas de hurler leur génie à qui voulait l'entendre. James n'avait pas eu le coeur de dire à certains de ses collègues les plus enjoués que ces appareils existaient depuis belle lurette chez les moldus. Lui même avait un vieux Nokia (il était sûr qu'en le lançant assez fort, il pourrait assommer quelqu'un avec et son téléphone serait intact) mais il ne l'avait pas rechargé depuis quelques mois.

Il serait peut-être temps qu'il le fasse, d'ailleurs, et le brun nota un rappel dans sa tête.

« Bref, donc ces... cristaux de communication, peu importe comment ils appellent ça. Le sien a... sonné ?

- Brillé, opta Amandine.

- Brillé, donc, pendant l'entraînement, et Ginny était assez remontée mais elle a tout de même... Euh, décroché ? »

Alisha mima l'acte avec sa main. James eut un sourire en coin.

« Et wow, le gars à l'autre bout du fil était excité, un truc de dingue.

- J'aurais dit ''paniqué'', vu qu'il n'arrêtait pas de parler comme si il venait de tuer quelqu'un accidentellement.

- Un gars... Harry Potter ? », demanda James, l'intérêt piqué à son maximum.

Alisha et Amandine se regardèrent de nouveau avant de hausser les épaules de concert.

« Aucune idée, je n'ai jamais entendu parler Harry Potter.

- Idem.

- Bref, donc le type parlait beaucoup, et Ginny n'arrivait pas à en placer une.

- J'ai cru qu'elle allait écraser le cristal dans sa main.

- Et l'autre parlait aussi très fort, tu vois, commenta la blonde. Tout le terrain l'a entendu. Des trucs incompréhensibles, en plus. ''C'est lui, c'est lui, Ginny c'est lui'', ou à un moment ''Qu'est-ce que je fais ? Qu'est-ce que je fais ?''.

- Ginny a juste fait ''J'arrive, attends moi'', finit Amandine. Visiblement, elle savait à qui elle parlait. En tout cas, elle a coupé la communication, a déclaré que l'entraînement était fini et l'instant d'après, elle n'était plus sur le terrain. »

Le reste n'avait pas besoin d'être dit : le lendemain, Ginny Potter était déclarée morte aux côtés de son mari.

James se gratta le menton. Ce que venaient de dire les filles était potentiellement très intéressant. Encore fallait-il qu'il sache à qui appartenait cette voix et pour ça, il n'y avait qu'une seule solution.

« Est-ce que vous accepteriez de me passer vos souvenirs de ce moment ? L'une de vous deux. »

Encore une fois, un autre regard échangé.

« Est-ce qu'il ne faut pas des permis pour ça ? », demanda Alisha avec hésitation. À ça, James haussa une épaule.

Enfin, si, il en fallait, ou plutôt il fallait que l'enquête soit officielle, que l'Auror soit rattaché à cette dernière, et qu'il en fasse une demande à sa supérieure, qui elle-même la transmettrait à son supérieur, et ainsi de suite. En soit, un procédé normalement long. Mais vous êtes un électron libre avait dit à Constance, puis tant que vous restez dans les limites du légal. Tant qu'il avait l'accord explicite d'Alisha ou d'Amandine, le seul blâme qu'il pourrait avoir serait celui d'avoir procédé sans permis. Et si il obtenait des résultats, tout le monde s'y intéresserait plus que les moyens employés pour les avoir.

« Vous savez, ne put-il s'empêcher de dire avec un sourire, je devrais être le plus inquiet concernant l'aspect légal de la chose.

- Pardon mais j'ai une vie et je ne veux pas la finir à Azkaban, interjeta Amandine brusquement, le refroidissant considérablement. Je n'ai pas de problèmes avec la partie souvenir, tant que vous pouvez me garantir qu'on ne recevra pas de retombées.

- Amandine, franchement, protesta faiblement Alisha. Si James nous le propose, c'est qu'il n'y a pas de risque. »

James lui-même leva une main, comme un serment.

« Croix de bois croix de fer. », jura-t-il. Amandine roula des yeux. Lui roula des dents. La brune se tourna vers sa capitaine, mal à l'aise dans la tension de la pièce.

« Qui était la plus proche de Ginny, toi ou moi ?

- Hum. Toi je crois. »

Super, pensa James, mais apparemment la pensée était réciproque vu la tête qu'afficha la batteuse. Alisha, gloire à elle (?), n'avait apparemment pas lu la pensée d'Amandine de la laisser hors de cette histoire. La brune, pendant ce temps, avait claqué des doigts, faisant apparaître magiquement une fiole. Puis elle en colla deux à sa tempe et ferma les yeux. Quand elle les écarta, un fin filon d'argent les joignait à son front. Un bouchon plus tard et elle lui tendait la fiole, se tenant physiquement le plus loin possible de lui. James l'empocha sans mot dire puis se tourna vers Alisha — ou du moins, autant qu'il était physiquement possible en étant contorsionné sur un canapé.

« Merci du temps consacré.

- Y a pas de quoi ? »

Amandine mit ses mains dans ses poches et courba le dos. En un clin d'oeil, elle était seule, les documents oubliés dans un coin de sa tête. Alisha la regarda partir, interloquée, avant de se tourner de nouveau vers James.

« Le courant ne passe pas ?

- Ça t'aura pris une semaine.

- On se connaît depuis plus longtemps que ça ! »

James tenta de faire un rapide calcul mental ; puis laissa tomber et préféra hausser les épaules.

Neutre, parfait.

« Bon, continua-t-il en se levant finalement. Je vais... trouver une Pensine, je suppose. »

Avec un peu de chance, c'était dans les affaires qu'il avait récupéré de ses parents — affaires qu'il n'avait jamais déballé, maintenant qu'il y pensait. Alisha l'observa se lever du canapé et fourrer ses mains dans ses poches. Après quelques secondes de flottement, ils se saluèrent tous les deux, et James sortit de la pièce en tentant tant bien que mal d'ignorer les yeux de la blonde dans son dos.

XxX

Comme prévu, la Pensine traînait dans un carton scellé qu'il put ouvrir d'un coup de Alohomora bien placé. La petite baignoire incrustée de joyaux semblait sortir d'une autre époque, le blanc poussiéreux mais l'eau argentée toujours aussi propre. Là où se trouvaient avant les mémoires de ses parents, on n'y voyait maintenant qu'une surface à peine troublée par ses pas, tandis qu'il la plaçait sur sa table à manger. Ces souvenirs étaient morts avec ses parents ; désormais, nul ne pourrait les récupérer.

James s'assura de fermer ses fenêtres et sa porte d'entrée, mettant quelques sortilèges pour être sûr que personne ne puisse s'introduire dans son appartement pendant qu'il avait littéralement la tête ailleurs. Puis le sorcier se plaça à genoux devant sa table basse et fixa la Pensine sans cligner des yeux quelques secondes, avant de prendre à gestes ralentis la fiole, qu'il ouvrit et versa dans l'eau argentée. Aussitôt, cette dernière changea ; et on put bientôt observer les silhouettes de joueuses de Quidditch virevoltant autour du sujet ; autour d'Amandine. James prit une inspiration et, tout en se bouchant le nez (l'habitude était restée), plongea sa tête dans l'eau grise.

Il était assis à califourchon sur un balai, derrière un dos imposant, et le vent lui frappait le visage avec la force d'un ouragan. Intelligent, pensa-t-il. Devant lui, Amandine volait, batte levée, fonçant vers un Cognard vindicatif. En quelques secondes, elle effectuait un virage en tête d'épingle tout en l'envoyant vers une silhouette en t-shirt blanc, et James dut se tenir de toutes ses forces au manche du balai pour ne pas tomber. Du coin de l'oeil, il aperçut la silhouette faire un tonneau pour éviter le Cognard ; et l'instant d'après, il se tournait complètement pour pouvoir la voir entièrement.

Sa mère était resplendissante, presque autant que la dernière fois qu'il l'avait vu vivante. Son visage était orné d'un sourire malicieux, ses yeux étaient plissés dans cette position qui accompagnait normalement sa joie ; le tout contrastait tant avec la dernière fois qu'il l'avait vu, étendue et morte dans ce salon plein de plumes d'oreiller, que James dut se retenir pour ne pas bondir à côté d'elle et la voir de plus près.

« Pas mal, Amandine. »

Devant lui, les épaules se secouèrent dans ce que le brun reconnut comme un rire silencieux. Alisha apparut tout à coup, entourée de ses joueuses, et s'approcha de sa seconde en quelques instants. Elles étaient toutes couvertes de sueur mais leur sourires étaient resplendissants, la joie de s'entraîner inscrite sur leur visages.

« On va les battre à plate couture, les indiennes !, s'écria la blonde.

Ginny vola vers ses joueuses, les deux mains dans les poches, détendue à son maximum.

« Je dirais que nous avons nos chances, oui.

- Aow, coach ! Ne soyez pas aussi réservée ! Ça fait depuis un mois qu'on s'entraîne pour ce match. »

La rousse haussa les épaules mas flasha un sourire confiant.

« J'ai fait des plans de vol pour le match, embraya-t-elle. Il faudrait que vous passiez les prendre, vous deux. »

Devant James, Amandine hocha la tête. Alisha montra son pouce levé dans un signe de compréhension.

« Qu'est-ce que... »

Autour du cou de sa mère, le cristal de communication attaché au cordon venait de se mettre à briller d'une lueur verte. Un air irrité passa sur le visage de sa mère.

« J'ai pourtant dit à tout le monde que j'étais en train de travailler... Pas possible, ça... »

Toutes les joueuses échangèrent des rires discrets sans malice aucune. La rousse s'excusa avant de saisir la chose, qui brillait d'une lueur de plus en plus vive au fur et à mesure que les secondes passaient.

« Ginny Potter-Weasley, j'écoute.

- Ginny ! »

Tandis que les filles s'échangeaient des regards interloqués à l'entente de la voix paniquée, James s'était figé.

C'était indéniablement, indubitablement, la voix de son père.