Je pense que c'est le plus gros chapitre que j'ai jamais écrit
Je pense que c'est également un de ceux que je déteste le plus mais eh.
Enjoy! (et bonnes vacances !)
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Pendant ce temps, ignorant tout des occupations de son employé James Potter, Constance faisait équipe avec un Ilyes Forress tout aussi bougon qu'elle pour se rendre dans une bourgade perdue dans la campagne anglaise. Ils avaient reçu une demande d'investigation, ou plutôt de vérification, de la part de la brigade magique, qui une fois n'est pas coutume croulait sous le travail. Les Aurors et les brigadiers se partageaient maintenant le moindre signalement : car qui disait état d'urgence disait également qu'ils se devaient de vérifier n'importe quel appel venant d'un brave citoyen inquiet (ou paranoïaque, au choix). Manque de pot pour elle, Constance était constamment de garde et Ilyes avait subi les affres de l'emploi du temps, obligé de l'accompagner en tant que binôme.
« Pincez-moi je rêve. », murmura la cheffe des Aurors en arrivant sur la place de ce village somme toute très paisible, mais aussi très glauque car à peine éclairé dans la nuit qui était presque entièrement tombée. À ses côtés, Ilyes fit un bruit mais ne répondit pas à sa plainte. La tension était telle qu'elle aurait pu couper du beurre. Exit le jeune homme déterminé à faire bonne impression d'il y avait quelques semaines ; maintenant, l'autre lui envoyait de temps en temps des regards haineux à peine cachés.
Soit. Elle était capable de subir le mépris d'un camarade.
« On nous envoie là ?, renchérit-elle. C'est aussi calme qu'un cimetière la nuit.
- La maison suspecte se trouve à trois cent mètres. », préféra répondre Ilyes, sa baguette pointant devant eux. Constance soupira et prit la tête. Qu'on en finisse maintenant, se dit-elle. Elle avait mieux à faire.
La requête était simple, mais avait été ignorée jusqu'à ce que quelqu'un de la brigade magique ne fasse remarquer qu'ils avaient reçu cinq plaintes venant du même endroit, pointant vers la même maison. En l'espace de deux semaines. Une vieille sorcière se plaignant du bruit que causait son voisin, un jeune homme à peine diplômé de Poudlard qui ne sortait pas beaucoup de chez lui si ce n'est pour vider ses poubelles. Du bruit, ainsi qu'un voisin plus irrité que d'habitude lorsqu'elle lui avait adressé la parole. Sec, l'aspect sombre, les yeux remplis de malice, ou en tout cas c'est ce qu'avait écrit la sorcière. «Il n'est pas bavard en temps normal,» avait-elle dit, «mais cette fois-ci je sens quelque chose de plus. On dirait qu'il fomente un mauvais coup.»
On les envoyait dans la cambrousse pour une suspicion de mauvais coup, et si ceci ne montrait pas la ruine de leur département («Justice Magique, tu parles.», avait murmuré Constance en lisant le parchemin qu'on lui avait donné) alors l'Auror ne savait pas ce qu'il leur fallait.
Ils arrivèrent devant la maison ; celle voisine était tout feu allumée et Constance pouvait discerner la silhouette de la vieille dame, tenant les rideaux pour mieux les voir dans l'obscurité. Ilyes n'attendit pas d'ordre de sa part pour frapper trois coups sur le bois et d'annoncer qui ils étaient. Dix secondes passèrent avant qu'il ne réitère son geste, plus fortement cette fois-ci, mais Constance l'arrêta en plein milieu et sortit sa baguette. Pas un bruit ne sortait de cette masure aux allures de maison hantée.
« Alohomora. », lança-t-elle finalement et comme dans un mauvais film d'horreur, la porte s'ouvrit en grinçant. Constance rangea sa baguette.
« Monsieur Marsch ?, cria-t-elle dans le silence de l'entrée, quand bien même elle se doutait qu'il n'y avait personne. Bureau des Aurors. Nous avons reçu quelques plaintes à votre encontre.
- Il n'y a personne ici, annonça Ilyes. On perd notre temps.
- Vérifiez le rez-de-chaussée, je fais l'étage. »
L'autre parut vouloir protester avant de finalement hocher la tête de mauvaise grâce. Constance le vit disparaître dans le salon.
Les marches craquèrent lorsqu'elle monta les escaliers. Pour la discrétion, c'était raté. Comme elle n'était pas à ça près, l'Auror lança un Lumos, éclairant le très sombre vestibule. L'étage n'était pas très grand, cependant : elle ne voyait que trois portes. Deux d'entre elles devaient mener à une chambre et une salle de bain. Lorsque Constance tourna la poignée la plus proche, cette dernière ne résista même pas et la porte s'ouvrit pour dévoiler un lit défait. Elle resta sur le seuil, ne souhaitant pas s'aventurer dans la pièce, et la passa rapidement du regard. Aussi petit qu'un appartement bas prix à Paris, décida la sorcière, et elle referma la porte. Comme prévu, une autre s'ouvrait sur la salle de bain ; Constance fouilla les placards et nota la relative propreté de la pièce. Somme toute, la maison était assez bien entretenue. Elle pouvait voir son reflet dans le miroir, son visage éclairé par la lumière verte de sa baguette, et elle se trouva soudainement un air vieux et fatigué.
« Qu'est-ce que je fiche ici. », marmotta-t-elle pour elle-même en détournant le regard. Ce n'était pas une vision à avoir maintenant. Elle devait se concentrer ; plus tôt elle aurait fini, se répéta-t-elle, plus tôt elle pourrait partir. L'extrême propreté de la maison, tout à coup, lui donnait des sueurs froides ; Constance sortit vite de la pièce, ne pouvant s'empêcher de jeter un regard à l'obscurité dans son dos. Totalement inutile, mais instinctif. Non pas qu'elle pouvait voir quoique ce soit dans ce noir complet. Lorsqu'elle regarda de nouveau devant elle, elle faillit lancer un sortilège au corps grand et fin qui se tenait là, avant d'y réfléchir à deux fois et surtout, à regarder aussi bien qu'elle le pouvait le visage sévère d'Ilyes Forress.
« Est-ce que vous avez manqué de me lancer un sort ?, s'indigna-t-il d' un ton qui disait que Marie allait en entendre parler.
- Vous êtes censé être au rez-de-chaussée.
- RAS. Rien à signaler. Cette maison est vide. Vous avez fini ? »
Constance ne répondit pas mais se tourna vers la dernière pièce qu'elle n'avait pas exploré. Comme une invitation, cette dernière se trouvait au bout du couloir, la porte en bois fermée comme toutes les autres avant elle. L'Auror tenta de l'ouvrir comme elle l'avait fait précédemment, soit tourner la poignée ; mais si cette dernière bougea, il n'en fut pas le cas de la porte, qui resta désespérément immobile.
« Vous avez rencontré des portes fermées ?, interrogea-t-elle en gardant ses yeux vissés sur cette maudite poignée.
- Non. », répondit simplement Ilyes.
Ils échangèrent un regard. Pour toute l'animosité qui régnait entre eux, ils reconnaissaient cependant que quelque chose n'allait pas. Marsch s'était-il carapaté en laissant un cadavre dans sa maison ? À côté d'elle, Ilyes essaya trois sortilèges différents avant de lâcher un soufflement excédé.
« C'est plutôt bien gardé. Il n'y a que Millie pour mettre des protections aussi fortes.
- Millie est une Auror entraînée. Ce gars sort de Poudlard.
- Alors il doit vraiment vouloir cacher ce qu'il y a derrière. »
Pendant quelques secondes, ils ne dirent un mot. Puis Constance soupira, fit comprendre à son collègue de reculer et lança sa plante de pied une fois, deux fois, trois fois, jusqu'à ce qu'enfin le bois ne cède et ne s'ouvre de quelques centimètres. Elle n'eut pas besoin de prévenir son collègue pour que ce dernier ne sorte sa baguette (elle fronça intérieurement les sourcils parce que eh, depuis quand on range une baguette sur un lieu suspect ?). Ils se regardèrent, Ilyes hocha la tête, et Constance ouvrit la porte en grand d'un coup de pied bien placé.
Ce qui la frappa en premier fut qu'il n'y avait aucune odeur de pied, soit aucun cadavre dans la pièce. La cheffe des Aurors en fut rapidement soulagée, avant de prendre conscience d'un problème plus important : qu'est-ce qui était donc dans cette foutue pièce ?
Un bordel, aurait-elle répondu immédiatement, et sans même demander elle savait qu'Ilyes pensait pour une fois la même chose qu'elle. Sa chambre avait l'air propre, en comparaison. C'était comme si une tornade était passée dans une bibliothèque pour en renverser le contenu des étagères ; en réalité, Constance soupçonnait un réinvestissement éclair de la pièce, mais l'état restait le même peu importe l'angle sous lequel on le regardait. C'était un foutoir, voilà tout. Les deux Aurors firent leur chemin à travers les livres et les papiers éparpillés, chacun prenant garde à ne pas marcher sur un Monstrueux livre des monstres qui aurait pu traîner là comme protection.
« Constance. », l'appela soudainement Ilyes, et l'urgence dans sa voix lui fit oublier le blâme qu'elle allait lui mettre. Elle fit volte-face et le rejoint : l'autre avait l'air alarmé et pointait le mur de sa baguette. À côté, détail sans importance mais morbide, la fenêtre avait été bouchée avec des planches en bois clouées aux murs. Dans l'état actuel des choses, Constance plissa des yeux pour apercevoir ce que pointait son collègue : sa vue n'était malheureusement plus ce qu'elle avait été et même ses lunettes ne pouvaient l'aider. Une réflexion de son ex, tiens...
Concentration.
« C'est un tableau. », fit-elle remarquer platement après quelques secondes alarmées. Puis :
« Il y a beaucoup d'épingles. »
On aurait dit que le gars préparait un meurtre, pensa-t-elle tandis qu'Ilyes cherchait un interrupteur pour actionner la lumière. C'était une immense carte du Royaume-Uni, quand bien même seule la Grande-Bretagne semblait concernée par l'attention de Marsch. Il y avait épinglé ça et là des photos, reliées par un fil rouge à un point sur la carte. Des photos de bâtiment, numérotées dans un ordre bien précis, et le schéma lui était familier.
Trop familier.
Certaines d'entre elles étaient barrées, ayant apparemment dépassées la date limite. Londres, Liverpool, Leeds, Bristol... Mais aussi de plus petites, Washington (oui, celle de l'Angleterre), Warrington, Shrewsbury, et même quelques villages sorciers tels que Pré-au-Lard, le moins connu et somme toute plus frugal Pierres-Salées, même celui qui devait compter trois sorciers à tout casser, Terre-Géant. Washington Tyne and Wear, ou plutôt la photo de la rue qui devait s'y trouver, ainsi que son emplacement sur la carte, avaient été entourés plusieurs fois au feutre rouge dans ce que Constance ne pouvait qualifier que d'acharnement. Ou de gribouillage.
Et les rouages s'enclenchèrent dans sa tête, et ils s'embriquèrent parfaitement et la lumière jaillit, pour sa plus grande horreur.
« Ilyes, appela-t-elle. Arrêtez de chercher cet interrupteur et retournez au ministère fissa. Urgence maximale, ramenez le maximum de sorciers de la brigade magique et d'Aurors à Washington Tyne and Wear. Le plus vite possible.
- Qu'est-ce que c'est ?, interrogea l'Auror à l'autre bout de la pièce. Vous avez trouvé quelque chose ?
- On a un fou qui veut attaquer le ministre. »
XxX
Quand bien même on était en automne, Millie ne pouvait s'empêcher d'avoir chaud. Peut-être était-ce lié au fait qu'elle se retrouvait serrée dans la foule immense qui se pressait dans l'avenue sorcière de Washington Tyne and Wear, ou alors le feu qu'elle voyait de loin, sans doute l'oeuvre d'un artiste-sorcier ambulant qui profitait de l'évènement. Ses doigts la démangeaient, lui réclamant de mettre la main sur sa baguette pour ne plus la lâcher, mais Millie ne pouvait se permettre de la dégainer sans raison. Le ministre l'avait libérée, quelque temps avant son discours, pour lui permettre ainsi qu'à son équipe d'explorer un peu l'avenue. Après tout, avait-il décrété de sa voix tremblante mais pleine d'humour, ce n'est pas tous les jours que l'on se retrouve à l'autre bout du pays. Jusque alors, ils n'avaient fait que se déplacer, respectant scrupuleusement leurs horaires. Cette fois-ci, Robards avait décidé d'arriver un peu en avance et les en avait informé.
Voilà comment Millie se retrouvait dans une foule de sorciers plus imposante que ce qu'elle avait cru possible. L'avenue était exigüe, quoique constituée de petites échoppes et habitations, certains avec des balcons joliment fleuris, et aux murs pas plus grands qu'une petite maison, laissant découvrir le ciel et la nuit qui tombait de plus en plus tôt. Elle n'avait aucune montre sur elle pour savoir l'heure, ce qui était somme toute problématique ; voilà pourquoi la sorcière cherchait activement celui avec qui elle était censée traîner, car lui en avait une. Elle se serait honnêtement bien passée de la compagnie d'Albus Potter mais ce gamin lui avait été assigné sans qu'on lui demande leur avis. Il avait suffit d'une seconde d'inattention pour le perdre de vue ; maintenant, la sorcière se sentait comme un parent à qui il manquait son enfant, quoique moins paniquée. Plus excédée. Pourquoi les limites de la magie et du sortilège Accio devaient-elles s'arrêter aux êtres vivants ? Si elle essayait d'attirer son t-shirt, tout ce qu'ils allaient récolter était une plainte pour atteinte à la pudeur. Voilà pourquoi elle préférait se balader dans la foule toute seule.
Du calme, raisonna la sorcière. De toute façon, si elle ne trouvait pas le gamin Potter avant le début du discours du ministre, il lui suffirait de rejoindre l'estrade qu'elle pouvait apercevoir de loin, et où se tiendrait Robards. Il lui suffirait de fendre la foule à grand renfort de coups d'épaule (hélas, quelque chose que sa carrure ne lui permettait que moyennement) et le problème serait réglé.
Alors voilà, Millie avait un plan simple, et ce fut à cet instant là que quelqu'un vint le chambouler sans état d'âme.
Au début, l'Auror crut à un boulet de canon humain venu la percuter de plein fouet. Cependant, lorsque le-dit boulet de canon attrapa ses épaules pour l'empêcher de tomber, et qu'elle regarda de plus près les attributs physiques qu'il possédait, elle se rendit compte qu'elle le connaissait très bien.
Très bien. Certes. Constance était son amie et sa supérieure, en plus de ça, mais elle estimait son enthousiasme un peu trop grand actuellement. L'autre avait l'air complètement paniqué, alors qu'elle ne lui laissait pas le temps de parler, et lui hurla quasiment dessus :
« Où est le ministre ?! »
Suivi d'une petite secousse, et Millie sentit ses yeux s'élargir d'eux-mêmes.
« De quoi—
- Millie, le ministre. Où. Est. Il.
- Je ne—
- C'est ur—
- Qu'est-ce que tu fiches là ?! », réussit-elle enfin à placer, certes en criant plus fort que l'autre, mais elle allait trouver ses victoires là où elle pouvait.
Désagréablement, mais c'était attendu, leur petit concours de cris avait attiré l'attention de certains passants, qui les regardaient en pouffant derrière leur main. Il y avait en même temps de quoi rire, vu les cheveux ébouriffés de Constance qui lui donnaient un air complètement fou. Cette dernière, d'ailleurs, lui lâcha brusquement les épaules et observa ses alentours d'un oeil vif, tel un chat cherchant une souris. Millie, quelque peu inquiète, lui trouvait le teint aussi pâle que sa cicatrice, soit blanche comme un linge.
« Constance, essaya-t-elle de raisonner en levant ses deux mains, se forçant à ne pas toucher l'autre. Est-ce qu'il y a un problème ?
- Un énorme problème, oui, et c'est pour ça que j'ai besoin de trouver le ministre. »
Millie grimaça devant la rudesse de son amie mais répondit :
« Il nous laisse vagabonder avant son discours. Écoute, et si tu me disais ce qu'il se passe, que je puisse t'aider ? »
Constance s'arrêta au moins de regarder autour d'elle et lui lança un regard contemplatif, avant de finalement hocher la tête et de lui attraper le coude.
« Pas ici. », décida-t-elle, et l'emmena traverser la foule vers une ruelle sombre. Millie manqua de trébucher mais maintint son équilibre et la suivit, non pas qu'elle ait le choix vu la poigne de fer qu'exerçait l'autre sorcière autour de son bras.
« Qu'est-ce qui t'arrive ? », interrogea-t-elle une fois qu'elles furent éloignées de la foule, et cette fois-ci elle ne cacha pas l'agacement de sa voix.
Elle observa le-dit agacement passer au-dessus de la tête de son amie, visiblement pas concernée par le spectacle qu'elle venait d'offrir.
« Millie, commença-t-elle d'une voix précipitée, c'est très urgent et très sérieux et j'ai besoin que tu m'écoutes jusqu'au bout. S'il te plaît. », ajouta-t-elle d'une manière qui disait que ce n'était pas plus une demande qu'un ordre.
Millie, elle, croisa les bras et coupa l'autre droit dans son élan.
« Actuellement, c'est plutôt toi qui doit m'écouter, parce que je ne comprends rien à ce qui se passe. Qu'est-ce que tu fais ici, Constance ? Comment est-ce que tu m'as retrouvée dans toute cette foule ?
- Je sais toujours où se trouve mes collègues. », et de sa poche Constance tira ce qui semblait être une boussole, et dont l'aiguille pointait vers elle.
Elle dut se retenir pour ne pas se pincer l'arête du nez d'exaspération.
Bien. Sa supérieure pouvait la filer. Parfait.
Elle lui crierait dessus plus tard, décida la sorcière, et enchaîna sur la deuxième question :
« Tu ne m'as pas répondue. Qu'est-ce que tu fais ici ? La situation est sous contrôle, il va bientôt y avoir un discours, tu n'as rien à faire là—
- Il va y avoir une attaque et un sorcier va tuer le ministre. »
Millie ferma la bouche. Constance la regardait droit dans les yeux, sa bouche une fine ligne blanche, ses sourcils froncés ; elles ne se quittèrent pas du regard et pas une fois l'autre ne détourna les yeux.
Puis lentement, Millie demanda :
« Constance, est-ce que tu as bu ? »
Si l'indignation pouvait tuer, songea-t-elle, elle serait actuellement un petit tas de cendre. Si Constance avait eu un verre d'eau entre les mains, nul doute qu'elle se serait étouffée avec.
« Non ! Pourquoi est-ce que j'aurais besoin de boire pour dire ça ?! Un type cherche à buter notre ministre, Millie !
- Ok, ok, tempéra-t-elle. Qui, pourquoi, quand, comment ?
- Willem Marsch, aucune idée, ce soir, je ne sais pas ! Millie, on a pas le temps, il faut qu'on retrouve le ministre et tout de suite !
- Et tu ne peux pas le trouver avec ta... Ton truc ?
- Ça ne marche pas comme ça ! », cria Constance, et au même instant ils entendirent une explosion et des hurlements.
Elles se regardèrent, le temps paraissant suspendu, puis l'autre se mit à jurer en français. D'un même pas, elles sortirent de la ruelle où elles s'étaient abritées.
Dans un premier temps, Millie ne perçut rien d'extraordinaire, si ce n'est que la foule s'était comme gelée, toutes les têtes tournées vers la source du bruit sourd. Ce ne fut que quelques secondes plus tard qu'elle sentit une odeur de fumée, puis quelqu'un cria au loin et ce fut le chaos.
Le premier réflexe qu'avait une foule, évidemment, était de hurler chacun à leur tour et de commencer à paniquer, ce qui était certes un réflexe très humain mais également très contagieux et surtout, très contre-productif. Puis tout se mit en mouvement, des gestes chaotiques tandis que tout le monde cherchait à s'éloigner le plus vite possible du lieu de l'explosion. Millie se plaqua contre un mur pour éviter d'être écrasée ; à ses côtés, Constance fit de même. Les deux Aurors échangèrent un regard, et en d'autres circonstances Millie était certaine que son amie lui aurait lancée «Je te l'avais bien dit.». Dans l'état actuel des choses, cependant, chacune échafauda un plan dans sa tête, comme le duo rodé qu'elles étaient, et elles hochèrent la tête en même temps.
« Évacue les citoyens, ordonna Constance. Et ne te fais pas tuer.
- Trouve le ministre, répliqua Millie, toujours sur la même longueur d'onde. Et reste en vie. »
Constance plongea la tête la première dans la foule, ses larges épaules lui permettant d'écarter les sorciers avec plus de facilité que ce que la carrure de Millie ne lui permettait de faire. Cette dernière, cependant, imita son amie et se rendit dans le coeur de l'action. Malgré la panique des sorciers et sorcières, ce genre d'avenue était protégée par un champ anti-transplanage, et les entrées et sorties ne permettaient pas à une grande foule de passer en même temps ; inévitablement, des embouteillages se créaient. L'Auror jura. Si elle avait eu plus de temps et plus de réserve de magie, sans doute aurait-elle pu désactiver la barrière magique ; or, ce genre de chose prenait du temps et de l'énergie, deux choses qu'elle ne possédait pas actuellement.
La priorité était de calmer la foule afin de ne pas créer de réaction en chaîne pouvant causer des désastres. Les hurlements s'étaient calmés, fort heureusement, mais maintenant l'impatience et la peur gagnait le coeur des hommes, et elle n'était qu'une simple Auror pour gérer une centaine de sorciers et sorcières qui ne voulaient qu'une chose : sortir du piège dans lequel ils s'étaient enfermés.
Millie arrêta de bousculer des personnes comme elle était en train de le faire depuis quelques minutes et regarda la façade de l'immeuble le plus proche. Elle voyait les balcons, et l'idée la plus folle s'offrit à elle : si elle parvenait à en atteindre un, alors peut-être pourrait-elle se faire voir des gens et...
Pardonnez-moi, mes doigts, pria-t-elle silencieusement, et elle fendit de nouveau la foule en sens inverse. La gouttière avait l'air d'être fragile tout au plus, à peine assez solide pour supporter son poids. L'Auror maudit et remercia simultanément son absence de muscle ; si Constance avait été dans son cas, elle aurait été coincée au sol. Prenant la gouttière à deux mains, Millie la secoua pour tester sa solidité, avant de décider Oh, tant pis et de se mettre à l'escalader. C'était, décida-t-elle, la situation la plus stupide qu'elle ait jamais connue, mais en même temps elle put franchir les quatre mètres la séparant du balcon sans trop de soucis. Lorsqu'elle agrippa la balustrade, ses doigts crièrent d'agonie mais elle les ignora, pointant plutôt sa baguette sur sa gorge et lançant un Sonorus.
« Mesdames et messieurs ! », appela-t-elle, et instantanément toutes les têtes se tournèrent vers elle. Il y eut une suspension de toute activité qui lui coupa presque le souffle ; pourtant, l'Auror se força à déglutir et à continuer :
« Je suis l'Auror Millie von Doenstag, chargée de la protection du ministre, et je vous demande de garder votre calme. Tout le monde sera évacué en temps et en heure. Les renforts sont en chemin. »
Ou du moins, elle l'espérait. Millie ne savait pas l'impact que pouvait avoir une sorcière à moitié pendue à un balcon et dont les doigts étaient définitivement en train de tuer les plantes d'un pot, mais elle estima qu'il était assez positif, ou en tout cas sa situation assez stupide pour qu'on la regarde et que personne n'essaie de piétiner son voisin dans l'espoir de sortir de cette ruelle plus vite. Petite victoire.
Qui n'en fut plus une quand un rayon vert passa à trois centimètres de son visage.
XxX
Constance avait frayé son chemin plus ou moins facilement à contre-sens de la foule, et avait entendu au loin la voix de Millie tandis que cette dernière appelait au calme. Tactique qui avait apparemment marché pendant dix secondes, avant que la foule ne se remette à hurler dans son dos.
La sorcière serra les dents et se força à ne pas regarder en arrière. Elle avait une mission et Millie avait la sienne ; elle avait totalement confiance en son amie. Il fallait qu'elle ait confiance en elle, ou alors la situation allait dégénérer de manière spectaculaire, chose dont ils n'avaient pas besoin actuellement.
Quelqu'un lui rentra dedans, non pas que ce fut exceptionnel vu son activité du moment. Ce qui l'était, cependant, était quand cette personne lui attrapa le bras et l'appela par son nom de famille. Dans la panique du moment, elle mit un instant à identifier celui qui venait de la harponner.
« Potter ? », crut-elle s'étrangler.
Le jeune assistant du ministre, les cheveux inhabituellement en bataille et l'air totalement paniqué, hocha vigoureusement la tête. Autour d'eux, la foule coulait comme de l'eau, non pas qu'elle avançait très vite actuellement. Les issues devaient être bouchées.
Un million de questions se pressaient sur la langue de Constance, mais elle ne posa que la plus importante :
« Où est le ministre ? »
Albus Potter ouvrit et ferma la bouche quelques secondes sans dire un mot, et en d'autres circonstances l'Auror se serait bien foutue de sa gueule, sans aucun doute. Mais le sorcier finit par répondre, sa voix plus haute d'une octave :
« Je... Je ne sais pas. Qu'est-ce qui se pa—
- Une idée de où il pourrait se trouver ? Où est-ce qu'il était la dernière fois que vous l'avez vu ? »
Albus trouva le temps d'hocher les épaules et de paraître presque désintéressé, avant que la panique ne s'inscrive de nouveau sur son visage et qu'il ne l'interroge :
« Que se passe-t-il ? Qu'est-ce que c'était que cette explosion ?
- Des gens qui ne nous veulent pas que du bien. », marmonna-t-elle en continuant à regarder autour d'elle, en vain. Il y avait trop de monde ici et, petit comme il était, elle serait capable de rater Robards.
C'est alors que l'estrade en bois, qui se tenait à une dizaine de mètres, attira son attention, et elle faillit se frapper la tête devant la solution évidente.
Il fallait qu'elle prenne de la hauteur. Si elle pouvait repérer Millie, des issues de secours, le ministre et Marsch, le jeu en valait la chandelle.
Constance agrippa cette fois-ci Albus Potter par le coude, attirant de nouveau son attention, et commanda :
« Il faut évacuer les citoyens. Cet endroit est en train de devenir un piège à souris et—
- Confringo ! »
Ce ne fut que par un réflexe extraordinaire que l'Auror parvint à tourner la tête et dresser un bouclier, juste à temps pour dévier le rayon rouge qui allait l'atteindre de plein fouet si il était parvenu à destination. Il alla plutôt s'écraser sur une façade proche, qui explosa et s'écroula. Le mouvement de foule faillit la faire tomber, tandis que Constance tentait d'apercevoir son agresseur. Sans qu'elle ne parvienne à comprendre comment, la foule était parvenue à s'écarter, ne laissant à sa droite qu'une ligne de vide ; et, au bout, ce qui semblait être un homme recouvert de la tête au pied d'une cape brun foncé et au visage recouvert d'un masque couleur d'or, qui lui rappelait ceux portés dans les pièces de théâtre antiques.
À côté d'elle, Albus prit une inspiration sèche, et la cheffe des Aurors pouvait presque sentir sa panique par vague. Son sang réagit au quart de tour, et sans qu'elle sache comment elle parvint à faire entendre sa voix par-dessus le concert affolé qu'offrait la foule apeurée :
« BOUGEZ ! »
Non pas que des personnes se soient mis entre elle et Antique. Ce dernier pointa de nouveau sa baguette sur elle, dans une posture de combat grotesque, et cria de nouveau à plein poumons :
« Expelliarmus ! »
Constance serra les dents et invoqua de nouveau son bouclier d'un Protego informulé. Elle était dans une position délicate : son style de combat était beaucoup plus offensif que défensif, or son adversaire avait l'avantage de la surprise pour lui. D'autant plus qu'elle devait faire attention aux personnes qui se pressaient autour d'elle, tandis qu'Antique n'avait clairement pas cette préoccupation.
La sorcière sentit son bouclier trembler sous le choc du sortilège, qui rebondit et alla s'écraser comme le précédent... autre part, aucune idée de où. Elle ne baissa pas le bouclier cette fois-ci et continua sa marche vers Antique. Pendant une seconde, elle le vit hésiter, s'attendant clairement à autre chose qu'une sorcière marchant résolument vers lui — et cette seconde fut décisive, puisque Constance l'envoya voler d'un Expelliarmus. Vu la pirouette qu'il fit, elle y avait mis plus de force que nécessaire, mais l'Auror ressentit un plaisir certain à le voir quitter le sol, les bras s'agitant dans tous les sens dans une vaine tentative de contrôler sa posture. La foule s'écarta de concert ; lorsque Antique retomba, elle fut presque sûre d'entendre un os craquer. Dans tous les cas, il ne se releva pas de suite, seconde erreur qui fut suffisante pour Constance : dans un grand geste de main, elle attrapa la cape d'Antique au col et, bandant l'autre bras, lui décocha un coup de poing qui envoya sa tête rouler. La douleur qu'elle ressentit dans ses doigts ne lui ôta pas la sombre satisfaction qu'elle ressentit lorsque l'autre ne se releva pas lorsqu'elle le lâcha.
Constance se redressa et balaya la foule du regard. Si tout le monde la regardait, personne n'avait effectué un geste pour la retenir. Son regard échoua finalement sur Albus Potter, immobile à quelques mètres de là, ses yeux grands ouverts devant la prestation qu'elle venait d'offrir. La colère qui bouillonnait en elle devait se montrer sur son visage, cependant ; car personne ne protesta lorsqu'elle lança :
« Évacuez dans le calme. Allez vous réfugier dans les bâtiments en attendant que les combats se terminent. Les renforts sont en chemin. »
Ou du moins, elle espérait qu'ils allaient se ramener rapidement, parce qu'elle n'était pas assez stupide pour penser qu'il n'y avait qu'un seul de ces zigolos masqués.
Constance ficha ses yeux dans ceux d'Albus Potter lorsqu'elle rajouta :
« Et que quelqu'un me trouve le ministre. »
Elle le dépassa en voulant aller inspecter la façade qui s'était écroulée quelques minutes auparavant ; il la suivit après quelques hésitations, et elle sentait sa présence derrière elle tandis qu'elle s'agenouillait près du tas de pierres. Tout s'était écrasé sur le trottoir et l'Auror pouvait voir la façade éventrée donnant sur ce qui semblait être une réserve quelconque. Peut-être personne à l'intérieur, donc, mais...
« Vous, aboya-t-elle à un pauvre sorcier à proximité. Est-ce qu'il y avait des gens en dessous ? »
L'homme ne répondit rien mais hocha lentement la tête. Ses cheveux noirs semblaient recouverts de poussière.
Sans un mot, Constance se releva et se tourna vers Albus.
« Supervisez les opérations. Je ne sais pas si c'est le même qui a lancé cette première explosion tout à l'heure mais je pense que c'est le début. Il doit y en avoir un autre près de Millie. », et ce disant elle pointa la direction opposée de son pouce. « Il faut que j'aille voir ce qui se passe là-bas, ajouta-t-elle en pointant du menton l'endroit d'où avait démarré les évènements. Vous êtes en charge de cette zone. »
L'Auror ne laissa pas à Albus le temps de protester ; maintenant n'était pas l'heure des interrogations mais des actions, et quand bien même elle n'aimait pas le gamin, il était actuellement le plus à même de diriger des gens. Si il gardait son sang-froid. Tout était calme ; elle avait l'impression d'avoir affronté la tempête, se trouvait maintenant dans le calme avant une nouvelle tornade.
Sur le chemin, elle nota qu'Antique était en train de reprendre connaissance. Pointant de nouveau sa baguette vers lui, elle murmura «Stupéfix», le rendant immobile. La cheffe des Aurors nota avec satisfaction que certains sorciers s'étaient assez réveillés pour le garder sous la menace de leurs baguettes. Constance les salua d'un signe de tête reconnaissant, qu'ils lui rendirent.
Elle était à mi-chemin entre la rue principal et celle adjacente quand elle entendit un immense craquement, celui qui signait un transplanage. Sauf que...
« Impossible. », souffla quelqu'un à côté d'elle, une vieille sorcière aux cheveux réunis dans un chignon impressionnants, et Constance agréa intérieurement. Si elle écarquillait plus les yeux, ils allaient tomber de son visage.
Sur cette estrade qu'elle avait comptée et espérée atteindre se tenaient maintenant six sorciers. Chacun d'entre eux avaient le même attirail que Antique, si ce n'est un masque différent à chaque fois. Celui qui semblait être le chef s'avança sur l'estrade avec des pas mesurés, la baguette à la main et prêt au combat. Ses bottes firent craquer les planches avant qu'il ne s'arrête à quelques centimètres du vide. Il sembla scanner la foule, ses yeux invisibles derrière ceux plissés du masque, avant qu'ils ne s'arrêtent sur sa cible.
« Toi. », dit-il en tendant un doigt impérieux, et toutes les têtes se tournèrent vers Constance en même temps comme dans une parodie de film d'horreur.
La sorcière agrippa sa baguette coincée entre son pouce et son index et leva un regard défiant vers l'inconnu. Elle avait la vague impression d'avoir déjà entendu cette voix quelque part, mais le masque semblait la déformer et la transformer.
« Moi. », répondit-elle simplement.
L'autre lâcha un rire.
« Toujours pas ?, rigola-t-il. Tu ne vois pas qui je suis ? »
Sans qu'elle ne s'en rende compte, la foule avait commencé à s'éloigner d'elle. Elle ne pouvait qu'espérer que certains s'étaient réfugiés dans les magasins, comme elle le leur avait dit.
Le chef du groupe prit son silence pour ce qu'il était, c'est-à-dire un aveu, et toujours riant ôta son masque.
Constance crut en avoir le souffle coupé, tandis que se dévoilaient des yeux rieurs, une touffe de cheveux auburn et un sourire éclatant. Sa prise sur sa baguette se raffermit et soudainement il n'y avait lui, que lui. Uniquement lui.
« Roy, souffla-t-elle.
- Le jeu est fini, Adélie. »
Roy transplana sous son nez, et lorsqu'elle lui fit face ils n'étaient séparés que par quelques centimètres, assez pour qu'elle puisse le toucher, trop peu pour qu'elle ne puisse pas le frapper.
« Le jeu est fini, continua-t-il, et ta toile a perdu. »
Ce fut à cet instant-là, se dira-t-elle plus tard, qu'ils perdirent totalement le contrôle de la situation. Pour sa défense, cependant, ce n'est pas comme si ils en avaient eu énormément au début.
Comme dans un rêve, Constance avait l'impression de se regarder agir, que son corps bougeait tout seul ; pas assez vite, cependant, pour bloquer l'uppercut qui vint lui frapper l'estomac, lui coupant la respiration. Ses mains sur son ventre, elle fit l'erreur de se plier en deux et Roy lui fit tout naturellement une béquille, la faisant ployer, laissant la gravité faire le reste et à elle de s'écraser face contre le pavé, en train de prendre des respirations hachées.
« Nettoyez-moi tout ça. », ordonna-t-il en se détournant d'elle. Non pas qu'elle aurait été une grande menace actuellement : tout ce qu'elle voyait était des pieds à travers ses lunettes, pas encore craquées grâce à un quelconque miracle.
« On a assez traîné ici. » continuait Roy sans lui prêter la moindre attention. « Adélie n'est pas stupide. Les Aurors vont débarquer d'une minute à l'autre. »
Où sont ces bâtards, d'ailleurs, pensa vicieusement Constance, et ce fut la colère de son impuissance, de l'inutilité d'Ilyes et plus globalement de toute sa soirée de merde qui la fit réagir. Avant même qu'elle ne s'en rende compte, sa main agrippait la cheville de Roy, et Constance se dit Oh, eh bien pourquoi pas et tira de toutes ses forces.
Il n'y avait rien de plus satisfaisant que d'entendre l'autre jurer et s'écraser de tout son poids par terre, quand bien même ses longues jambes atterrirent sur sa poitrine, l'écrasant à moitié. Le prochain réflexe fut de taper le point faible Constance allez le point faible d'un mec le plus fort possible à l'endroit le plus vulnérable, et ce fut ainsi que le distingué Roy agrippa son entrejambe en hurlant de douleur au beau milieu d'une rue à moitié vidée de sa population.
Constance se leva avec peine, sa respiration légèrement sifflante, et parvint à se redresser assez pour toiser Roy de haut, les deux mains de chaque côté de son visage. Ses traits étaient tordus de douleur, ses cheveux auburn étalés sur le pavé sale, ses yeux marron plissés. Malgré tout, le sorcier réussit à prendre un sourire moqueur : quelqu'un qui se fichait de perdre personnellement, parce qu'il savait qu'il allait gagner à la fin. Constance n'était pas sûre d'arborer la même expression ; elle sentait sa bouche tordue en une grimace de rage. À peu de choses près, elle lui aurait craché dessus.
« Je croyais que tu étais avec nous, lança-t-elle avec tout le venin du monde. Je croyais que tu étais avec moi. Je croyais que tu avais changé.
Roy lâcha un petit rire.
« Ne jamais faire confiance à un lion doré. », se moqua l'autre malgré la douleur qu'il devait ressentir.
Il y eut quelques secondes où ils se regardèrent et ne dirent rien, eux seuls dans leur bulle, la main gauche de Constance commençant à serrer doucement le col de la cape de Roy. Le seul bruit perçu, celui de sa respiration erratique à travers ses dents serrées.
« J'imagine que non, finit-elle amèrement, ramenant son autre bras lentement en arrière.
- Avada Kedavra ! »
L'éclair vert toucha le flanc de Roy de plein fouet ; ce dernier eut un soubresaut et comme une poussière qu'on aspirait, la vie quitta ses yeux marron, son sourire resta figé. Constance tourna vivement la tête et se releva aussi précipitamment qu'elle le pouvait.
« Monsieur le ministre. »
Robards, toujours ployé, restait cependant solide alors que sa courte baguette était encore pointée sur le corps de Roy. Ses yeux de fer lui rappelèrent presque ceux d'Albus Dumbledore tels qu'elle s'en souvenait sur les images de Chocogrenouille qu'elle collectionnait jadis.
« Une connaissance ?, s'enquit-il en baissant lentement sa baguette.
- Oui monsieur le ministre. Une vieille et une à qui je pensais pouvoir faire confiance. »
Le ministre huma pour seule réponse.
« Peu importe combien de temps vous les connaissez, la vraie nature d'un homme ne se révèle que dans les moments critiques. Retenez ça, Reynard. »
Constance hocha silencieusement la tête. Avec son grand âge, on oubliait parfois que le ministre avait jadis été Auror, dans la même position qu'elle.
Puis le présent lui revint en tête et la sorcière jeta un regard paniqué autour d'eux. La rue semblait avoir été vidée de la majeure partie de la foule, si ce n'est quelques braves qui combattaient leurs assaillants. D'une manière ou d'une autre, quelqu'un semblait avoir mis le feu à une devanture et une autre était éventrée. Quand bien même Constance mourrait d'envie de rejoindre le combat, la priorité allait au ministre. Elle tenta de ne pas être inquiète en n'apercevant pas Millie, sans doute occupée autre part.
« Monsieur le ministre, ces gens sont ici pour vous. Il faut évacuer.
Eh bien, ce sera non. »
Constance serra les dents. Typique d'un Auror, d'être têtu jusqu'au bout.
« Monsieur—
- Reynard, la coupa-t-il de sa voix tremblante. J'ai servi alors que vous étiez dans le ventre de votre mère. Quel genre de ministre serais-je, si je laissais mes gens combattre à ma place ? Je peux changer ceci en ordre, si cela vous convient, ajouta-t-il comme en arrière-pensée.
- Monsieur— »
Et comme le champ de bataille n'était pas un parloir, bien sûr qu'elle fut interrompue par une boule de feu qui fonçait droit vers eux.
Lorsqu'elle rouvrit des yeux qu'elle ne se souvenait pas avoir fermés, cette dernière ricochait sur le bouclier du ministre Robards. Ce dernier esquissa un sourire et glissa un regard vers elle ; elle ne l'avait même pas vue se retourner.
« Maintenant, Reynard— »
Sa phrase resta incomplète, cependant, alors qu'il ouvrait de grands yeux et que son expression devenait horrifiée. Constance eut tôt fait de se retourner à son tour ; et sentir sa bouche s'entrouvrir.
La boule de feu avait certes ricoché, mais elle enflammait maintenant une de ces coquettes petites masures, et la pierre brûlait comme du papier roulé dans de l'huile, c'est-à-dire énormément et surtout, rapidement.
Allez vous réfugier dans les bâtiments en attendant que les combats se terminent; se remémora-t-elle, puis oh merde quand de l'intérieur survint le premier cri paniqué.
« Allez-y, Reynard ! », aboya le ministre, et à la commande ses jambes bougèrent d'elles-mêmes. Elle ne vit pas, mais put deviner, la silhouette gracile du ministre partant en guerre contre l'un de ces satanés sorciers.
Maintenant, il fallait que les Aguamenti marchent, ou alors...
Mieux valait ne pas penser à la suite.
XxX
En définitive, Millie passait une très mauvaise soirée, mais ceci on pouvait s'y attendre, surtout en connaissant les circonstances actuelles.
Elle était donc tombée de son balcon ; très mauvaise idée si vous voulez son avis, elle était quasiment sûre que sa cheville était au moins entorsée et était obligée de claudiquer pour combattre deux gigolos avec des masques de théâtre qui n'avaient absolument pas d'amour envers elle. Petit miracle en soi, certaines personnes avaient pris la situation en main et très vite les gens s'étaient réfugiés dans les maisons alentours.
Sa barrière vibra et se fissura sous l'impact d'un sortilège d'explosion. Millie serra les dents et concentra toute sa magie pour le maintenir.
L'Auror s'était réfugiée derrière son bouclier à la hâte et protégeait maintenant sa vie ainsi que celles des gens derrière elle ; apparemment, ses assaillants étaient décidés à l'avoir elle d'abord puis les autres ensuite. Sachant que sa spécialité était les sorts de protection, c'était somme toute compréhensible. Leurs points forts comme faibles étaient connus de tous les services du Ministère ; pour peu qu'il y ait eu une fuite, ils étaient proprement foutus. Millie n'était pas très portée sur l'offensif ; oh, bien sûr, elle savait attaquer si besoin il y avait, mais généralement le système de binômes instauré sous Harry Potter lui permettait de s'épanouir dans sa matière de prédilection et de laisser son camarade s'occuper du reste. Mais Thorin ni Ilyes ni même Constance n'étaient disponibles et voilà que maintenant, l'Auror devait rester plantée là, la baguette dans le sol, et concentrant sa magie pour ne pas laisser tomber son bouclier qui devait bien recouvrir toutes les façades de la rue. À chaque minute qui passait, elle sentait ses épaules s'alourdir un peu plus, signe que sa magie la drainait de son énergie.
Il fallait qu'elle trouve une solution avant d'en arriver là, où alors ce serait sa fin ainsi que celle (probable) de tous ceux derrière elle.
Dans la rue perpendiculaire à celle qu'elle occupait retentissaient çà et là le bruit de sortilèges frappant pierres et pavés, et les éclats de couleur qui les accompagnaient. Plus d'une fois, du coin de l'oeil, Millie crut apercevoir le vert du sortilège de la mort ; plus d'une fois, elle dut se retenir de bondir dans la bataille aux côtés de Constance. Le craquement sourd qui avait accompagné le transplanage n'avait été loupé par personne ; mais peu importe combien de fois ils avaient essayé, personne ne pouvait sortir de cette allée magique dont ils étaient prisonniers.
À sa gauche d'où venait le plus fort des combats, l'Auror aperçut des reflets orangés et rouges, et dans sa gorge monta un mauvais pressentiment qu'elle n'avait pas ressenti depuis bien des mois. Elle faillit émettre un grognement. Maintenant plus que jamais, elle était inutile alors que là-bas, des gens se battaient. Constance, le ministre sans aucun doute car ce dernier avait conservé la volonté de l'Auror qu'il avait été, merde même le gosse Potter se battait sans doute et pendant ce temps elle restait plantée sur un pavé où elle s'était cassée la gueule comme une conne–
En face d'elle, l'un de ses deux assaillants se prit un éclair rouge de plein fouet. En cet instant, Millie ne sut pas qui fut la plus surprise, elle ou son adversaire encore debout, qui fit l'erreur de détourner la tête pour regarder d'où venait ce nouveau danger.
En un instant, elle avait levé son immense barrière et jetait toute ses forces dans son Expelliarmus qui envoya voler l'individu masqué. La sorcière ne ressentit pas la moindre once de pitié lorsque son dos alla claquer contre la façade d'en face. La baguette dressée, elle se tourna vers celui qui l'avait aidée : Thorin, la posture prête au combat, lui adressa un sourire crispé.
« L'auteur qu'adoraient tes parents, demanda-t-elle froidement.
- J.R.R Tolkien, il a écrit La Communauté de l'Anneau et le Hobbit, et je sais que tu ne les as toujours pas lus. Il faudrait penser à me rendre mes bouquins. »
Millie laissa flotter le moment avant de lentement baisser sa baguette ; toujours à l'affût mais certaine de l'identité de l'homme devant elle.
« Qu'est-ce que tu fais là ?, s'enquit-elle rapidement. Tu es censé être en mi– autre part. »
Les lèvres de Thorin se pressèrent en une fine ligne qui montrait clairement qu'il n'appréciait pas plus qu'elle le fait d'avoir désobéi à des ordres directs. Cependant, il resta évasif lorsqu'il répondit :
« J'ai entendu ce qui se passait et maintenant je suis là. Si ça peut te rassurer, je ne suis pas tout seul. »
Et comme réglé sur du papier à musique, surgirent de derrière lui Ilyes, Marie, Garo, six membres de la brigade magique et –bon, ils n'allaient pas cracher sur l'aide – Jonas Prouvaire dans son costume toujours aussi impeccable. Millie se sentait un peu pouilleuse et essaya d'arranger sa tresse, sans grand succès.
« La priorité, commanda Prouvaire de sa voix un peu traînante, est le ministre. Évacuez-le et conduisez-le à ses appartements. Assommez-le si il le faut, je prendrai le blâme. Asgarov, Sailcirc, Mac Fhirbhisigh ! », aboya-t-il. Deux hommes et une femme sortirent précipitamment des rangs. « Vous savez faire des Portoloins ?
- Hum. Oui ?, lança interrogativement l'un des deux hommes. Oui, directeur, c'est dans nos cordes, enfin je crois que–
- Faites sortir cette foule de ces boutiques et acheminez-les dans le hall du ministère. Gardez-les ici. Si il y en a un qui se plaint, dites lui que c'est non-négociable, ou alors je remplis un délit de fuite. Est-ce compris ? »
Les trois sorciers hochèrent la tête avant de se diriger vers les devantures. Croyant à moitié rêver, Millie les regarda sortir divers objets de leurs poches avant qu'une main ne se pose sur son épaule, la faisant sursauter.
« Bon travail, Doenstag. », la félicita Prouvaire distraitement. « Les autres, vers la rue principale. Cueillez-moi ces fils de Strangulots. »
Millie se demanda brièvement si elle devait y aller ou pas ; Thorin ne lui laissa pas le choix en lui agrippant l'avant-bras, l'entraînant à sa suite.
« Des nouvelles de Constance ?, murmura le sorcier.
- Il y avait une rue, une barrière et deux sorciers entre nous. », rétorqua Millie, et malgré la fatigue qui s'abattait sur elle et engourdissait ses membres, elle se dégagea vivement de sa poigne, faisant elle-même son petit chemin.
La première chose à remarquer était qu'il y avait quelques cadavres dans cette rue, et si deux n'étaient pas des leurs, d'autres étaient clairement des citoyens pris entre deux feux. L'espace d'un instant, la sorcière crut halluciner en voyant Albus Potter et le ministre Robards tenir tête à quatre de ces énergumènes en costume et masque ; mais très vite, il lui apparut que sans eux, ils auraient eu tôt fait de perdre leur combat. Potter semblait fonctionner par la pure force de sa volonté. Quant à Robards, même un ex-Auror comme lui était impuissant face à la vieillesse, et ses mouvements ralentis en étaient la preuve. Et au bout de la rue, disparaissant un par un, Millie crut voir des personnes hagardes couvertes de suie. Certaines s'étaient éloignées des affrontements et tenaient dans leurs mains des membres brûlés, des habits abîmés ou tout simplement, avaient le regard dans le vide des hommes qui s'étaient perdus.
Sitôt qu'ils posèrent le pied dans cette rue, les assaillants eurent un instant de pause, avant de se mettre à combattre par pur désespoir. Ils étaient quatre face à huit, dix en comptant le ministre et Potter. Une fois que les trois membres de la brigade magique furent désignés pour évacuer les citoyens pris au piège dans les maisons alentours, ils se retrouvaient à neuf. Largement faisable.
Mais Millie ne se jeta pas dans le combat. Car malgré l'état déplorable de la rue, il y avait deux choses qui étaient impossibles à manquer : l'absence de Constance, qui n'aurait abandonné un champ de bataille pour rien au monde, et l'incendie qui s'était apparemment propagé comme de la poudre et brûlait désormais joyeusement, éclairant la nuit de ses flammes et obstruant le ciel de sa fumée. Maintenant, Millie n'était pas le crayon le plus pointu de la boîte, mais même elle savait additionner deux plus deux et mettre en lien ces personnes brûlées, couvertes de poussière, perdues, et l'incendie qui s'était déclaré.
Encore plus, elle savait interpréter l'absence de sa cheffe. Alors Millie ne se jeta pas dans le combat mais se jeta dans le feu.
C'était l'action la plus héroïque mais également la plus stupide de sa carrière. Aussitôt rentrée dans la bâtisse en flammes, l'Auror se couvrit le nez et la bouche avec son foulard. Mais un foulard ne pouvait rien contre la chaleur (elle qui se plaignait tout à l'heure !), ni contre ses yeux qui commencèrent à picoter après quelques pas.
« Constance ?! », appela-t-elle. Sa voix parut à peine un murmure face aux crépitements des flammes et le bois qui brûlait. Millie ignora avec peine ce qui ressemblait à des humains immobiles englués dans l'incendie, de toute façon trop tard pour être sauvés. Encore une fois, elle maudit sa stupidité : aucun moyen de savoir si elle se trouvait ou non dans la bonne maison, aucun moyen de savoir si elle perdait son temps, aucun moyen de savoir si Constance était...
Non. Non, raisonna-t-elle, si il y avait bien quelqu'un pour survivre à ce genre de trucs juste pour dire plus tard «De mon temps, j'ai connu pire», c'était définitivement Constance. Et maintenant, Millie allait grimper ces escaliers à l'aspect de ruines, prier pour ne pas tomber en chemin, ou alors se recevoir un écroulement sur la tronche, et ressortir d'ici avec sa supérieure et amie, ou alors elle ne savait absolument pas ce qu'elle allait devenir.
Marche par marche, elle monta à l'étage. Le plancher était en bois, fragilisé par l'incendie. Si je survis à ça, je demande une augmentation, décida l'Auror, et appela de nouveau :
« Constance ?! »
Et attendit.
Jusqu'à ce que, comme venant de loin, une voix calfeutrée ne lui réponde :
« –lie ?
- Oh merde. Constance ! Constance, où est-ce que tu es ?! »
La voix ne lui répondit pas, ou alors elle ne l'entendit pas ; mais du couloir, une porte s'entrouvrit, et un pied en surgit, puis une jambe, puis un corps, jusqu'à ce qu'apparaisse une Constance aux bras et à la joue brûlés, sans lunettes et apparemment crevée, mais une Constance tout de même.
Millie parcourut la moitié du trajet, Constance la retrouva au milieu. Au-dessus d'elles retentit un sinistre craquement qu'aucune des deux n'entendirent. Millie passa un des bras de son amie par dessus ses épaules et l'aida à engager les escaliers. Dans la fournaise, la descente lente était une torture, d'autant plus que si Millie avait couvert sa bouche avec son foulard, l'autre n'avait clairement pas cette chance. Il fallait sortir au plus vite de cet endroit avant qu'elle ne s'empoisonne au monoxyde de carbone, ou quoi que ce soit, et vite.
« 'Suis une idiote, grogna Constance en accélérant légèrement le rythme. Une idiote. Se faire prendre par surprise comme ça...
- On est deux, alors. », rétorqua l'autre, grimaçant sous la douleur de sa cheville et l'effort qu'elle fournissait.
Son amie souffla du nez pour toute réponse. Ce n'était que maintenant qu'elle se rendait compte du poids concret que pesait la cheffe des Aurors, quelque chose de fort peu agréable. Surtout à porter et dans l'urgence. Mais au fur et à mesure qu'elles progressaient vers la sortie, Constance prenait enfin une prise solide sur ses pieds, et lentement dépliait sa colonne vertébrale pour se redresser de toute sa hauteur.
« Encore une minute, dit Millie pour se rassurer elle autant que son amie. Une minute. On voit la sortie, allez. Même pas une minute. »
Cette fois-ci, elles entendirent toutes les deux le craquement signifiant que la toiture allait lâcher. Entre les flammes qui les entouraient et le toit qui risquait de leur tomber sur la tête, il devenait urgent de sortir de cet endroit et ce, le plus vite possible. Le tremblement qui fit vibrer leurs pieds indiqua bien vite que des débris étaient tombés là où elles se tenaient quelques minutes avant.
« Allez. Allez ! »
Et à quelques mètres de la sortie, Constance s'immobilisa. Encore un craquement. Elle ferma les yeux.
« Qu'est-ce que tu fiches ?!, lui hurla-t-elle, oubliant toute retenue. On a pas le temps, Constance !
- Ça va tomber.
- Raison de plus pour se magner et sor– »
Sa phrase resta incomplète.
Sans doute étaient-ce là les dernières forces de son amie qui, s'estimant trop lente pour leur survie à elles deux, la prit par les épaules, le regard solennel.
« Non. », dit-elle seulement, et après les avoir serrées une dernière fois, la poussa. Évidemment, son corps enclencha ses réflexes qu'il avait si durement appris – et encore dans sa tête résonnait la voix profonde d'Harry Potter «Ne tombez jamais durant une situation critique, ou alors cela pourrait vous coûter la vie»– et Millie fit quelques pas maladroits en arrière, loin de Constance, Constance qui elle tomba ridiculement, une roulade et hop, sur le dos, et Millie tomba également, à moitié dehors à moitié dedans, et si les flammes lui brûlèrent les mains elle n'en tint pas compte, alors qu'encore une fois un craquement sonore lui emplissait les oreilles, l'avertissant de prendre sa baguette, tenter quelque chose–
Le toit tomba, Constance cria et Millie resta là, le pied à deux centimètres d'une pierre, immobile.
