« Madame. »

Elle ne réagit pas. Le sol était magnifique, vu de là où elle était. Blanc, foulés par des pieds qui de toute part affluaient. Elle n'avait jamais vu autant de pieds d'un coup, pensa-t-elle distraitement.

« Madame. », suivi d'une vive douleur brève dans les côtes qui lui fit enfin relever la tête.

Millie cligna des yeux devant l'infirmière qui la regardait de haut. Normalement, Millie dépassait tout le monde de quelques centimètres, mais ployée comme elle était désormais, les coudes sur les genoux, elle n'avait aucune chance face au regard de fer de cette médicomage. Comme si ces yeux pouvaient réveiller en elle quelque chose, la douleur de sa cheville éclata brutalement, lui rappelant qu'effectivement, elle se l'était foulée, suivie par la fatigue qui signait ses réserves de magie vides.

Elle était, pour résumer, une pâle farce d'Auror.

« Madame, répéta l'infirmière pour la troisième fois. Est-ce que vous avez été examinée ? »

Millie hésita avant de lentement secouer la tête. Non. Mais comparée à d'autres, elle n'était pas la plus mal lotie. L'Auror était moins là pour se faire soigner que pour l'important colis qui avait été acheminé là, immobile et à peine respirant...

À côté d'elle, Marie lança un regard froid à la médicomage et parla doucement :

« Nous attendrons. Allez voir autre part. »

La femme hésita mais inclina finalement la tête et partit dans le couloir, à la recherche d'autres patients. Marie n'ajouta rien. Les bras croisés, ses cheveux plus ébouriffés que d'ordinaire, elle avait l'air d'être propriétaire du couloir, et mis à part si on lui apportait des nouvelles de sa soeur, elle restait silencieuse et dédaigneuse à toute tentative de communication. Ce devait être elle qui lui avait donné un coup dans les côtes pour la tirer de ses rêveries, mais maintenant Millie n'avait plus rien à faire, plus rien à penser. Elle ne savait pas si le silence de Marie était aussi une punition pour elle ou si sa supérieure ne s'en rendait tout simplement pas compte. La connaissant, les deux solutions étaient aussi envisageable l'une que l'autre.

Millie baissa les yeux vers sa main gauche, qu'elle avait jusque là maintenu fermée. Elle l'ouvrit lentement, laissant apercevoir dans sa paume la boussole que, une heure plus tôt (ou était-ce plus ?), Constance avait sorti le plus normalement du monde. Je sais toujours où se trouvent mes collègues, avait-elle dit.

Désormais, la probabilité qu'elle la dise de nouveau semblait de plus en plus fine au fur et à mesure que les minutes passaient. Les médicomages l'avaient fait tombée en la transportant dans la salle des opérations et Millie l'avait ramassée après quelques secondes à la fixer d'un oeil un peu torve, toujours détaché. Depuis, la boussole n'avait pas quitté son poing.

Millie ouvrit son couvercle lentement. À côté d'elle, Marie ne disait rien, ne faisait aucun commentaire. La sorcière n'était pas certaine qu'elle puisse encore réagir à l'heure actuelle. Le mur devait être plus intéressant qu'elle en train de trifouiller un objet non identifié.

De l'extérieur, la boussole ressemblait à n'importe quelle autre boussole moldue, mais Millie ne s'y trompa pas : Constance ne transportait jamais rien qui ne lui soit pas utile, et la moitié de ces objets avaient été confectionnés par ses soins et sa magie. Elle savait, par exemple, que ses lunettes étaient capables de se réparer toutes seules si seulement on leur en laissait le temps. Et lorsqu'on ouvrait le clapet de cette boussole, on s'apercevait tout de suite de sa différence. Au centre se trouvait un nom, sans doute celui de la personne recherchée : ici, il s'agissait du sien, écrit en lettres compactes et oranges. Sans doute pour signifier sa situation actuelle : dans cette logique, alors le rouge devait vouloir dire qu'ils étaient en danger, le vert qu'elle était en sécurité, l'orange le juste milieu. La boussole devait prendre son état physique en compte. En dessous de son nom, un «0m» semblait indiquer la distance qui séparait le porteur de la boussole : dans ce cas-là, Millie tenant l'objet, rien ne les séparait. Et l'aiguille qui normalement indiquait le nord était ici pointée vers elle. Enfin, le cerceau d'or était un mystère, ou en tout cas jusqu'à ce que Millie ne le tourne : là, le nom changea et devint celui de «Marie», en lettres hésitant entre l'orange et le vert, prenant une teinte vaguement jaunâtre. «0m, 30cm». Une estimation correcte.

Et enfin, en dessous de la distance, le petit «Hôpital saint-Mangouste». Millie ne savait pas combien de temps il avait fallu à Constance pour faire tout ça mais une chose était sûr, cet appareil semblait redoutable pour les tracer. Et les mettre dans une mauvaise situation si jamais la boussole tombait dans de mauvaises mains.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? »

Millie ferma précipitamment la boussole, un geste que Marie remarqua tout naturellement puisqu'elle s'était penchée pour regarder ce qu'elle avait dans ses mains.

« Rien d'intéressant. »

Marie ouvrit la bouche pour répondre, quand du fond du couloir grandit un bruit qui leur fit tourner la tête. Au premier abord (et surtout, à la première écoute), on aurait dit des cris de douleur montant dans les aigües et rivalisant avec ceux des mandragores. Mais au fur et à mesure que le concert se rapprochait, se mêlaient des voix qui semblaient tenter de raisonner les cris. Millie vit l'armée de médicomages tourner le coin du couloir et malgré le fait qu'ils faisaient un cercle autour de la personne qui continuait à hurler, vraisemblablement pour l'empêcher d'avancer plus loin, ils ne pouvaient s'empêcher de marcher dans leur direction, comme obligés de mettre un pas devant l'autre. Qui était l'attaquant, Millie n'en avait aucune idée, et ne pouvait voir personne dans le cercle.

Marie, qui s'était levée, alla à la rencontre des médicomages. Après quelques hésitations, elle la suivit de loin, incertaine de son utilité.

« Mesdames, messieurs, salua Marie. Un problème ? »

Un des médecins lui lança un regard reconnaissant, et comme un seul homme le groupe s'arrêta.

« Madame, oui, en fait...

- Où est James Potter ?! »

Les médicomages s'écartèrent comme un seul homme, et ce fut une petite femme blonde qui parcourut les derniers mètres la séparant de Marie et Millie, un balai à la main. La sorcière n'osa pas bouger, tétanisée par cette apparition pour le moins... Inattendue. L'inconnue s'arrêta devant Marie et vraiment, la différence de taille était ridicule. Marie, et par extension Constance, n'avaient jamais été grandes, tout juste dans la moyenne ; mais alors que cette jeune femme lui faisait face, le sommet de son crâne arrivant à la hauteur du nez de la seconde en chef des Aurors, on avait l'impression d'assister à un combat inégal.

« Je vous reconnais, commença Marie en fronçant les sourcils. Vaguement, corrigea-t-elle ensuite.

- Eh bien moi je ne vous connais pas, et en fait je m'en fiche parce que vous. N'êtes. Pas. James Potter ! »

Et pour appuyer son propos, elle tapa du pied sur le sol carrelé.

Millie n'avait jamais rien vu d'aussi enfantin chez un adulte, mais tout chez cette femme semblait montrer un bébé qui avait grandi trop vite, des cheveux blonds emmêlés aux grands yeux ronds, en passant par les joues légèrement roses. Malgré elle, elle sentit ses sourcils se froncer de... quelque chose.

« Eh bien...

- Où est—

- Écoutez—

- Et vous êtes ? », préféra-t-elle couper une bonne fois pour toute, et Millie ne savait pas si c'était la lassitude dans sa voix ou le fait que son intervention soit si inattendue, mais en tout cas la question fit son effet et les deux femmes se turent simultanément.

Merlin soit loué pour ses oreilles, qui bourdonnaient de tout ce raffut.

L'inconnue lui accorda son entière attention, tandis que derrière elle les médicomages s'éloignaient en lui jetant des regards furieux, apparemment tout de même convaincue qu'elle était prise en charge par des gens compétents.

Enfin.

Tout était une question de point de vue.

« Mon nom est Alisha Braus, capitaine et attrapeuse de l'équipe féminine de Quidditch d'Angleterre !

- Alisha Braus, l'attrapeuse des Poufsouffle ? »

Millie avait beau approcher de la quarantaine (plus que un an et elle atteindrait l'âge fatidique), elle se souvenait plus ou moins de l'exubérante fille des Poufsouffle, qui avait réussi à obtenir l'autorisation exceptionnelle d'intégrer l'équipe de Quidditch dès sa première année. Cela remontait à si loin mais elle se souvenait avec une perfection presque effrayante elle-même, en septième et dernière année, regarder l'équipe des Serdaigle jouer et perdre. Elle n'avait jamais vraiment prêté attention à tous les autres élèves de Poudlard, mais il y avait certaines images que l'on oubliait tout simplement pas. Et quand on regardait maintenant Alisha Braus, on remarquait les traits changés mais toujours reconnaissables de l'enfant qu'elle avait jadis été.

« Oui, bon, balaya Alisha d'un geste par-dessus l'épaule. Le fait est, je connais James Potter et je veux savoir. Maintenant, s'il vous plaît. Est-ce qu'il va bien ? »

Marie et Millie échangèrent un regard.

« Pourquoi est-ce qu'il n'irait pas bien ?, s'enquit la plus âgée au bout de quelques secondes.

- Mais ! Parce que ! L'attaque à Washington Tyne and Wear ! »

Nouveau regard.

« Il est en congé.

- Mais ! Il ne répond pas ! »

Et Alisha sortit de sa poche un objet rectangulaire, noir et dur qu'elle leur montra comme si il détenait toute la vérité du monde. Ce qui semblait être un écran s'alluma et afficha l'heure, 22h38, oh, déjà ? et ce fut là que Millie réalisa que ce devait être un de ces fameux téléphone portable, si célèbres chez les moldus.

« Écoutez, reprit une Alisha excédée devant leur mutisme étonné. C'est franchement simple. Il a un téléphone. Il a un numéro de téléphone. Il est dans l'annuaire téléphonique et je sais que j'ai le bon numéro, je sais que son téléphone est chargé et je sais que si il ne répond pas c'est pour une bonne raison alors où. Est. James Potter ?! »

Marie souffla fort dans ce qui aurait été une parfaite imitation de Constance en temps normal et lorsqu'elle rouvrit les yeux, Millie put voir qu'elle commençait, lentement mais sûrement, à s'énerver.

« Oh, je ne sais pas, mademoiselle Braus, peut-être souhaiteriez-vous déranger tout l'hôpital pour le trouver ? Et si vous ouvriez toutes les portes pour voir qui se trouve dans les chambres, hum ?

- Oh, eh bien—

- C'était sarcastique, siffla Marie, et maintenant si vous avez fini votre cirque je vous enjoins fortement à partir. Et laisser les médicomages soigner les vrais malades et blessés, dont certains sont entre la vie et la mort, merci bien. James Potter est en congé, pour ce que j'en sais il est dans l'Allée des Embrumes, au Terrier, à Poudlard, en Amérique, je m'en fiche, c'est un homme adulte, pas un enfant. Millie, raccompagne-la dehors. »

Elle envisagea un instant de protester, parce qu'il n'y avait aucune chance pour qu'elle quitte ce couloir sans la moindre nouvelle positive ou négative de Constance, mais déjà Marie tournait les talons et retournait prendre sa posture assise initiale, à cela près qu'elle ficha sur elles un regard à faire reculer un dragon. Clopin-clopant, Millie marcha jusqu'à une Alisha Braus estomaquée et, la prenant par le bras, l'emmena loin de la furie de l'Auror en second. Trop éberluée pour protester, l'attrapeuse la suivit sans faire d'histoire, son téléphone et son balai toujours en main.

Elle attendit d'avoir mis quelques mètres entre elles et Marie avant d'oser parler, et murmurer d'une voix à peine audible :

« Je vous prie de bien vouloir l'excuser, mais la nuit a été rude. Et elle n'est pas finie.

- Oh ! Non non, ça va. Enfin, non pas que ça aille mais... »

Millie ignora la suite de mots qui sortit de la bouche d'Alisha Braus. Elle était trop fatiguée, tout à coup, pour se concentrer sur quelque chose d'aussi futile. Sa cheville recommençait à la lancer et elle savait qu'elle claudiquait pathétiquement ; mais tout ça, elle n'en avait rien à faire.

Tout ce qui importait, c'était de retourner auprès de Constance.

« ... et vous n'êtes pas vraiment en train de m'écouter, n'est-ce pas ?

- Non, vraiment pas, confirma distraitement Millie en priant pour que l'autre se taise.

- Alors vous me comprenez ! »

Le regard qu'elle lança à l'attrapeuse montra très clairement qu'elle ne la comprenait pas du tout. Alisha Braus l'ignora totalement. Pire, elle s'arrêta en plein couloir, à quelques mètres des escaliers et des ascenseurs qui auraient pu les mener vers la sortie si seulement elles bougeaient, et quand bien même les couloirs n'étaient pas bondés, Millie se sentit tout de même gênante. Mais l'expression sérieuse d'Alisha Braus, si éloignée de l'impérialisme enfantin qu'elle avait affiché il y a quelques minutes, la ficha sur place.

« Est-ce que la personne que vous attendez est importante ? », demanda l'ancienne Poufsouffle.

La gorge soudainement serrée, Millie détourna le regard, évitant Alisha comme elle avait évité Marie. L'attrapeuse, sans doute dans une impulsion, lui attrapa les deux mains ; ce ne fut que l'étonnement et la fatigue qui la retint de lui envoyer son coude dans les côtes. Distraitement, elle entendit le balai et le téléphone tomber par terre.

« Elle compte, et elle compte pour cette autre personne, et je suis désolée d'avoir débarqué à un mauvais moment mais je vous jure...

- Millie von Doenstag, compléta la concernée avec une voix étrangement étranglée.

- Je vous jure, madame Doenstag, que je ne serais pas là si je n'avais pas une bonne raison d'être là et— »

Millie leva la main, interrompant le flot de paroles. Regarda à droite, à gauche, vit que Marie ne les suivait pas et entraîna vivement Alisha vers l'ascenseur. Coup de chance, les portes s'ouvrirent dès qu'elle appuya sur le bouton et, une fois à l'intérieur, Millie appuya sur toutes les touches en même temps. Alors que les portes allaient se refermer, l'Auror se souvint des affaires qu'avait l'attrapeuse, et les attira d'un Accio. Le balai passa in extremis, mais il passa et c'était le principal.

« Je vous écoute. »

Alisha mit quelques secondes, durant lesquelles elle sembla lustrer du regard le manche de son balai, avant de déclarer tout de go :

« James ne répond pas à son téléphone alors je me suis dit, eh, il doit être occupé, sauf que après j'ai entendu parler de l'attaque à cette ville et mon cerveau a fait, Alisha, il a fait, si il ne répond pas c'est peut-être qu'il est en danger, et du coup comme j'étais sans nouvelles je suis allée à Saint-Mangouste et maintenant eh bien j'en sors avec vous. »

Elle s'arrêta pour reprendre son souffle. Millie en profita pour questionner :

« James a un téléphone moldu ?

- Il est dans l'annuaire et c'est sa voix sur le répondeur ! »

S'ensuivit quelques secondes de flottement alors que Alisha essayait de faire marcher ses appels, avant de laisser tomber en se rendant compte que les ondes magiques rendaient le signal indisponible. Bizarrement, cependant, Millie la croyait sur parole.

« Il n'est pas forcément en danger, tenta-t-elle de raisonner.

- C'est de ma faute. Je crois. Quelque chose doit être de ma faute. »

L'ascenseur s'arrêta à un étage. Personne n'entra.

« Et puis, comment est-ce que vous savez qu'il a un téléphone ?

- L'annuaire—

- Pourquoi ne pas le contacter par hibou ?

- Oh, eh bien c'est très simple. » Millie grogna intérieurement. Encore une histoire. « En fait, je n'ai pas de chouette, alors je me suis dit, Alisha, il a été élevé par un Weasley et un Potter, il doit bien avoir un moyen de communication moldu ! Et j'ai cherché dans l'annuaire et bam ! Bingo, Alisha. »

Cette fois-ci, Millie grogna tout haut.

« Vous voulez dire que vous avez trouvé, que vous avez appelé, totalement par chance ?

- Et quelle chance ! Maintenant, est-ce que je pourrais exposer ma longue théorie sur pourquoi il est peut-être en danger et pourquoi il est urgent d'intervenir maintenant ? »

Nouvel étage. Millie ne savait pas si elle allait pouvoir survivre les quatre derniers.

« Non, ça ira.

- J'insiste.

- J'insiste encore plus et je dis que vraiment, ça ira. »

L'Auror fourra sa main dans sa poche. Ses ongles rencontrèrent une surface dure, et la lumière se fit dans sa tête.

Et si, pour une fois, les tendances paranoïaques de Constance leur avaient été favorables ?

D'un geste presque triomphant, elle sortit la boussole de sa poche et l'ouvrit. Alisha se pencha vers elle pour loucher sur sa main mais garda sa langue, se rendant compte qu'il ne s'agissait pas d'un instrument normal. Avec des gestes précis, Millie tourna plusieurs fois l'anneau d'or qui cerclait la boussole, observant les noms qui apparaissaient et disparaissaient à chaque fois. Thorin... Lisa... Garo... Ilyes, avec une faute d'orthographe... Et là, tout à coup, James. Malgré la fatigue, Millie ressentit le soulagement. Avec tout ça, elle allait pouvoir rassurer Alisha et enfin, elle pourrait remonter auprès de Marie et attendre—

L'Auror sentit tout le sang quitter son visage d'un seul coup. Avant qu'Alisha ne puisse jeter un oeil plus longtemps sur les inscriptions, Millie ferma le clapet. Elle se savait blême, et entendit l'inspiration choquée de l'attrapeuse dès que cette dernière lui jeta un coup d'oeil.

« Bordel, James. », fut tout ce qu'elle dit, et sortit de l'ascenseur dès que ce dernier s'arrêta. Le plus rapide serait les escaliers, puis transplaner, puis marcher...

Elle ne se rendit pas compte qu'Alisha lui avait emboîté le pas, apparemment déterminée à découvrir dans quel endroit James avait atterri.

XxX

Tout compte fait, peut-être qu'il devrait être un peu plus paranoïaque. Peut-être devrait-il également attacher sa baguette à son poignet, afin d'éviter qu'elle ne s'envole au premier Expelliarmus lancé.

En fait, l'idée même de venir ici, si elle avait été excellente au départ, se transformait maintenant en quelque chose que même lui qualifierait de "désastreux". Le destin s'acharnait contre lui. Il devait avoir vexé un dieu, ou quelque chose de ce goût-là, considérant les poisses qui lui arrivaient.

James bougea un peu sur sa chaise, les mains bien en évidence sur ses cuisses. Aussitôt, trois baguettes se pointèrent sur lui. Lia, si elle ne le regarda pas, lui glissa tout de même distraitement :

« J'ai dit, ne bougez pas, James Potter. »

Et comme il ne savait pas si «ne pas bouger» était compatible avec «soupirer», eh bien, il ne soupira pas. Mais ce n'était pas l'envie qui lui manquait, croyez-le.

XxX

Transplaner en plein milieu du Chaudron Baveur était sans doute une erreur, surtout lorsque Millie sentit un corps percuter le sien et aussitôt l'envoyer au sol, réveillant sa douleur à la cheville. Elle ne prêta pas attention aux exclamations étonnées autour d'elles, préférant regarder qui venait de lui rentrer dedans.

Alisha Braus et son balai. Et son téléphone. La joueuse de Quidditch le lâcha pour momentanément se frotter la tête, à la recherche d'une bosse pas encore formée. Elle lui jeta un coup d'oeil en même temps qu'un sourire contrit ; mais cela n'importait pas, puisque Millie était sûre que son regard aurait pu la tuer. Il y avait beaucoup de choses que souhaitait Millie et actuellement, c'était que son regard puisse tuer.

Tout ceci méritait de plus amples recherches qu'elle ferait lorsque tout serait arrangé, décida-t-elle en se relevant. Peut-être dans un an, si ils avaient de la chance. Jamais, connaissant leur poisse.

Une main apparut dans son champ de vision ; l'Auror suivit le bras du regard pour tomber sur le visage anxieux de Tom. L'aidant à se relever, le propriété du Chaudron Baveur n'attendit pas qu'elle soit stable pour lui murmurer rapidement :

« Mademoiselle Millie, j'ai entendu pour Adélie et Roy, et personne n'est remonté depuis—

- Est-ce que James Potter est ici ? », intervint Alisha, qui s'était levée à son tour et avait de nouveau pris son balai dans sa main droite. « C'est urgent, voyez-vous. », ajouta-t-elle très sérieusement comme si elle était en mission officielle.

Tom lui envoya silencieusement un regard qui disait «Mademoiselle Millie, je ne sais pas qui est cette personne mais êtes-vous certaine, actuellement vraiment certaine, que nous puissions discuter de vous-savez-quoi-et-qui devant elle ?». Pour sa part, Millie était juste épuisée et voulait juste aller sauver son employé de la nouvelle situation catastrophique dans laquelle il s'était fourrée, alors son regard répondit quelque chose comme «Je ne sais absolument pas si nous pouvons discuter de vous-savez-quoi-et-qui devant elle mais dans tous les cas elle va me suivre jusqu'au bout, qu'on le veuille ou non, et je n'ai absolument plus de magie alors je ne peux pas lui jeter un sort, désolée et maintenant ouvrez le chemin s'il vous plaît Tom».

Mais les sorciers ne savaient pas lire dans les regards des gens, tout sorcier qu'ils furent, alors Millie ne capta que l'incompréhension de Tom et Tom ne comprit que la résignation de Millie et Alisha frappa du pied sur le sol.

« Maintenant, Tom, soupira l'Auror.

- C'est que madame Lia a dit—

- Tom, je m'en fiche, je me battrais contre Lia si il le faut mais actuellement, la situation est pressante et si je ne finis pas ça rapidement je ne dormirai pas à l'hôpital mais sur le sol de votre restaurant. »

Quoique entre Lia et elle, le résultat était couru d'avance, mais Tom n'hésita pas plus avant de finalement les entraîner vers le fond du restaurant. Alisha leur emboîta tout naturellement le pas. Autour d'eux, les clients reprenaient peu à peu leurs activités, des discussions pressantes et confuses que l'Auror ne prit pas la peine d'écouter. Washington Tyne and Wear devait être sur toutes les langues, malgré sa nouveauté.

Tom ouvrit le chemin vers les escaliers sombres menant au QG d'Adélie —de Constance— et de sa toile. Intérieurement, elle grimaça : avec sa cheville, elle serait encore plus lente que d'habitude, et il n'y avait pas de rampe pour se tenir. Ce couloir avait été enchanté pour être sans fin ; si jamais elle tombait, elle mourrait de sa chute avant d'en atteindre le bout (qui, rappelons-le, n'existait pas). Pourtant, après avoir remercié Tom à mi-voix, Millie s'y engouffra. La porte se referma derrière elles, les enfermant dans le couloir. Elle soupira et, doucement, commença à compter les marches.

« Si je tombe, s'entendit-elle dire, ses mots résonnant sur les pierres humides, remontez et allez chercher Tom. Et n'essayez pas de me rattraper.

- Oh, je n'en avais pas vraiment l'intention ? »

Millie renifla bruyamment mais n'ajouta rien, appuyant sa main sur le mur pour s'aider à descendre. Elle sentait le manche du balai d'Alisha lui titiller le bas du dos, et les pas de la joueuse derrière elle, presque trop proches. Chaque marche descendue faisait remonter dans sa jambe une pointe de douleur ; mais bientôt, tout ceci ne fut qu'une pensée en arrière-plan, alors qu'elle comptait les marches une à une, comme hypnotisées par elles. Distraitement, elle s'entendit parler :

« J'apprécierais, disait-elle, que vous ne disiez rien une fois que nous serons arrivées. Certains sont tatillons, vous comprenez.

- Oh, oui, oui, parfaitement, je comprends.

- Je ne plaisante pas. Je ne sais pas pourquoi Constance a tenu à travailler avec eux alors qu'elle avait tous les Aurors à son service si elle le voulait. Enfin, je sais pourquoi mais certaines situations nous paraissent injustes, vous savez.

- Je... suppose.

- C'est mieux que rien, de supposer. Je suis son amie, vous savez ? Et au lieu d'être à l'hôpital, je suis dans un escalier glauque avec une fille que je ne connais pas et je ferai peut-être mieux de me taire avant de dire n'importe quoi. »

Alisha ne répondit pas mais son silence était assez évocateur pour que Millie s'empêche de rajouter quelque chose d'autre et de commencer à raconter sa vie qui n'intéressait personne.

Demain serait un autre jour. Soit approximativement une heure et demie. Mais même là, elle ne savait pas si tout allait aller mieux.

« Ça doit être dur, fit prudemment remarquer Alisha, son timbre de voix si éloigné de son attitude impérieuse et enfantine de tout à l'heure. Ça doit être dur d'être vous. »

Millie s'arrêta, incrédule. La pensée ne lui était jamais venue à l'esprit, en partie parce que son existence n'était vraiment pas la plus difficile. Elle était surtout épuisante, quand elle y mettait du coeur.

Puis l'attrapeuse soupira pour elle-même et ajouta :

« Vous devez vraiment beaucoup l'aimer. »

Millie préféra reprendre sa marche. Encore vingt.

Encore dix-sept.

Encore quinze.

« Mais est-ce que vous êtes censée dire tout ça ? Parce que ça n'a pas l'air de coller à, vous savez, vous. »

Encore dix.

« Je suis fatiguée. Je n'ai plus de magie, je ne veux pas être là, j'ai du mal à marcher, on va devoir remonter cent-dix-sept marches et je déteste Lia. Je pense que mon cerveau n'a plus aucun filtre. »

Mais la remarque était bonne et Millie se permit de fermer les yeux cinq secondes pour se reconcentrer.

Allez. Un dernier effort, juste un dernier effort, et elle rentrerait (à l'hôpital) et elle dormirait (sur une chaise en plastique) enfin un peu. L'Auror rouvrit les yeux, s'arrêta et fit face au mur de pierres.

« C'est ici. »

XxX

Il n'était certainement pas le premier à le remarquer mais il fut le premier à espérer, contrairement aux regards inquiets que les autres s'échangèrent. Lia n'eut pas cette pensée, ou alors elle s'en ficha, car tandis qu'ils entendaient des pas descendre inégalement les dernières marches, elle leva tout simplement sa baguette et la pointa sur l'entrée, un sort pratiquement sur le bout de ses lèvres. Les autres l'imitèrent : il était aisé de voir qui avait la main, ici, et James espérait vraiment que la sorcière n'aurait pas idée de tuer celui ou celle qui allait venir dans la pièce.

Voir la tête de Millie, ses cheveux d'habitude si ordonnés en pagaille et un peu courbée comme avec un poids sur les épaules était une surprise. Ce qui l'était encore plus était la deuxième personne qui la suivait : Alisha, Alisha et son balai, qui regardait autour d'elle avec de grands yeux étonnés. Ces derniers s'arrêtèrent sur lui, et le visage de l'attrapeuse s'éclaira d'un sourire sincère. Mais avant qu'elle ne puisse faire deux pas, une demie-douzaine de baguettes étaient pointées sur elle. Lia, il semblerait, avait du mal à choisir entre qui viser ; mais finalement, son choix s'arrêta sur l'Auror.

« Millie, salua-t-elle d'une voix qui disait qu'elle n'était absolument pas ravie de la voir. Quelle bonne surprise. »

Millie lui adressa un haussement de sourcils et parla à James par dessus la sorcière, comme si cette dernière n'était qu'un mur un peu inopportun qui disparaîtrait si on l'ignorait.

« Je pense que votre capacité à vous fourrer dans des situations compliquées dépasse de loin celle de votre père, James.

- Acceptable, grimaça-t-il.

- Hilarant !, renchérit Alisha.

- Je suis ici. », grinça Lia.

Millie se reconcentra de nouveau sur elle et jamais avant James n'avait vu l'Auror laisser autant transparaître son agacement. Entre les deux femmes, il n'y avait apparemment aucune amitié.

« Et je suis là. J'aurai besoin de James.

- Quel dommage, parce que moi aussi. »

Alisha resta silencieuse. Millie haussa un sourcil.

« Il est sur une chaise.

- Quelle perspicacité.

- Il ne fait littéralement rien.

- Parce que tu en as besoin pour quelque chose, peut-être ?

- Actuellement, j'en ai besoin, intervint Alisha d'un ton presque joyeux. C'est vital, vous comprenez. »

Lia fut silencieuse un instant. James était certain que Millie ne pouvait pas paraître plus furieuse que maintenant sans actuellement le montrer. Son visage resta terriblement neutre mais pour autant, il pouvait sentir l'agacement et la colère qui couraient sous sa peau. L'attrapeuse les ignora toutes les deux, toujours un sourire stupide vissé sur ses lèvres.

« J'ai bien peur que non, articula lentement Lia comme si tout le monde était débile et qu'elle était, actuellement, la seule personne sensée de la pièce.

- Oh, eh bien j'en suis désolée mais le point reste le même. »

Elle fit un pas. Trois autres baguettes rejoignirent celles qui étaient déjà pointées vers elle. L'attrapeuse leva les mains, et, accessoirement, son balai. Toute la scène était si ridicule que James se demanda pendant un instant si il s'était endormi. Lia agréait apparemment avec lui puisque, dans un geste qu'il avait jadis observé chez Constance, elle se pinça l'arête du nez comme pour se donner du courage.

Honnêtement, si elle avait un mal de tête, il ne se sentirait pas le moins du monde compatissant.

« Qui est cette fille, Millie ?

- Alisha Braus, répondit l'Auror tandis que la concernée restait les bras en l'air. L'attrapeuse et capitaine de l'équipe féminine de Quidditch d'Angleterre. »

Lia considéra un instant cette réponse avant que son visage ne s'éclaire soudainement.

« Alisha Braus, l'attrapeuse des Poufsouffle ? »

James crut que la joueuse allait s'étouffer d'indignation, si une telle expression était possible alors qu'elle avait encore ses bras comme ceux de quelqu'un qu'on venait d'arrêter sur la voie publique.

« Et qu'est-ce qu'elle fiche là, l'attrapeuse des Poufsouffle ?

- De l'équipe féminine d'Angleterre !

- Elle m'accompagne, rétorqua Millie avec le ton le plus plat du monde. Parce qu'elle cherchait James Potter et qu'elle a dérangé la moitié de l'hôpital pour ça. Elle ne savait pas où le trouver et j'ai su où fouiner, et nous voilà.

- Personne ne savait où vous étiez, James Potter ? », lui demanda Lia en détournant le regard. Elle semblait proprement stupéfaite que quelqu'un ait réussi à le dénicher. James en était plutôt impressionné, sachant qu'il n'avait laissé d'instruction à personne.

« Attends, se reprit Lia en se retournant de nouveau vers les deux intruses. Tom vous a laissé passer ?

- Tom est un bon ami. »

Comme si ça résolvait tout. James crut que Lia allait s'étouffer d'incompréhension, tandis que Millie restait aussi stoïque que d'habitude. Alisha protesta dans le silence de la pièce :

« Dites, est-ce que je peux baisser les bras ?

- Ça ne peut pas tout résoudre, l'amitié, l'ignora totalement la sorcière.

- Tom m'apprécie plus que toi. », corrigea Millie.

James crut voir un sourire en coin avant qu'il ne s'efface. Alisha fit un bruit tout bas qu'il crut être un «Po po poooo» et baissa finalement les bras, comprenant que personne ne lui répondrait et que de toute façon, tout le monde s'en fichait. Lia avait la tête de quelqu'un qui allait faire un anévrisme dans les minutes qui suivaient si elle ne reprenait pas tout de suite la main sur la situation en cours — main qu'elle était en train de perdre face à deux femmes qui n'en avait apparemment rien à faire si ce n'est se foutre de sa gueule, et apparemment tout le monde s'en doutait vu que tout le monde derrière la sorcière se regardait en fronçant les sourcils. Même la prise sur leurs baguettes s'était relâchée : si James le voulait, il était presque certain qu'il pouvait se lever et partir et les trois seraient encore en train de se prendre le chou.

Non pas qu'il n'appréciait pas l'effort, loin de là.

« Bref, fit Millie. Ravie de te voir, contente de savoir que tu vas bien, maintenant rends-nous James Potter.

- Le plus tôt serait le mieux, ajouta Alisha.

- Je tiens à vous rappeler de quel côté se trouve James Potter. Et ce n'est pas le vôtre. »

Et ce disant, Lia braqua sur lui sa baguette. L'Auror crut loucher.

« Washington Tyne and Wear est attaqué. Adélie est entre deux. Le ministre est mort. Et pendant ce temps, ce type débarque comme une fleur, nous soustrait des informations. Ce n'est pas une coïncidence. Je le garde avec moi et si tu fais un pas de plus je ne louperai pas ma cible. »

Millie leva les mains dans ce qui devait être une tentative de calmer les choses ; mais même elle semblait ne pas y croire, puisqu'elle les abaissa bien vite.

« Tu ne vas pas le garder ici indéfiniment, Lia.

- Regarde-moi faire. »

L'Auror mit cinq secondes à comprendre que l'autre était totalement sérieuse : à cause de la fatigue ou de l'incrédulité, James n'aurait su le dire. Mais elle avait soudainement l'air très, très las.

« Et qu'est-ce que tu penses, exactement ? Que James est venu vous extorquer des infos pendant que ses potes vous attaquaient autre part ? C'est totalement stupide. Tu vaux mieux que ça, Lia.

- Quoi qu'il en soit, la coupa l'intéressée. Peu importe ce que tu penses. Qu'il soit coupable ou non. Qu'il ait quelque chose à voir avec cette attaque ou non. Je ne crois pas aux coïncidences.

- Quelque chose me dit que tu vas devoir croire à celle-ci. »

Tout à coup, le visage de Lia s'éclaira d'un sourire, qui n'était ni moqueur ni taquin mais tout simplement cruel.

« Ou quoi, Millie ? Tu vas aller cafter à Adélie ? Grande nouvelle : elle est à Saint-Mangouste, pas prête d'en sortir. Roy est mort. Les actions sont figées. Et je suis sa seconde ici, que tu le veuilles ou non.

- ... J'y croirai quand j'aurai vu un bout de papier signé de sa main qui certifie exactement ce que tu as dit.

- Pour l'amour de Merlin, Millie. »

En trois grandes foulées, Lia se trouvait nez-à-nez avec l'Auror. Si cette dernière n'avait pas été courbée, sans doute aurait-elle surpassé la sorcière ; mais dans l'état actuel des choses, les traits tirés par la fatigue et la lassitude, sa carcasse stoïque se brisant au fil des secondes, Millie semblait être un enfant que l'on invectivait.

« Il va falloir que tu comprennes qu'ici, tu n'es rien. Tout ce que tu pouvais faire, ma chère, c'était là-haut, faire en sorte qu'Adélie ne soit pas blessée. Félicitations, tu as parfaitement bien réussi ! Et maintenant, si tu me laissais m'occuper de mes affaires — que je sais gérer — et que tu retournais apprendre à comment bien faire ton boulot ? »

D'un faux geste attentionné, Lia replaça le foulard rouge qui ne quittait jamais le cou de l'Auror ; distraitement, James remarqua que sa teinte était plus sombre, plus sale, comme si il avait traîné dans de la suie.

« Fuis, petite Millie, et laisse les grands gérer. Depuis treize ans, tout ce que tu sais faire de bien, c'est attendre sur le bas-côté qu'elle t'accorde un regard. Si tu restes dormir dans sa chambre, peut-être qu'elle te verra enfin. En attendant, c'était moi qu'elle avait en vue. C'était moi qu'elle a reconnu. Et c'est moi. Qui. Décide. »

D'une légère pression, Lia appuya sur l'épaule de l'Auror, qui fit un pas en arrière. Dans l'expression fatiguée de Millie, James crut voir poindre— quelque chose. Quelque chose qu'il n'aurait su définir mais qui semblait sortir des tréfonds de son être, d'à peine touché et de douloureux. Trop douloureux.

Et Lia tourna les talons, sûre de sa victoire, et Millie regarda par terre, sûre de sa défaite, et Alishe se racla la gorge et parla :

« Excusez-moi, mais sinon j'ai toujours besoin de James. Potter. »

Arrêt. Fermeture et ouverture des yeux. Exaspération.

Lia lança un «Excusez-moi ?» impatient, et Alisha se gratta la nuque dans un geste de gêne que James n'avait vu que dans les mangas.

« Oui, parce que enfin, désolée de ne pas vous avoir interrompu avant, ça semblait être assez personnelle, votre histoire, mais je suis en dehors d'accord ? Rien à voir avec tout ça, moi. Je veux juste récupérer mon ami, vous comprenez. »

Lia ouvrit la bouche. La referma. Millie, quoique moins expressive, semblait exprimer la même surprise.

« Enfin, vous voyez, encore une fois, mais j'ai besoin de lui— c'est assez urgent, voyez-vous, nous avons une enquête à résoudre.

- Je—

- Et c'est lui qui s'en charge, interrompit la joueuse en le désignant du doigt, totalement lancée. Alors ce serait assez problématique si il n'était pas avec nous pour trouver le coupable du meurtre de ses parents. Parce que. Vous savez. C'est lui l'Auror. Moi, je ne suis qu'attrapeuse. Vous saviez que j'ai eu deux T à mes BUSE ? »

La moitié des sorciers de la pièce eurent l'air horrifié. L'autre moitié sembla impressionnée.

« Où est Créance ?, marmonna Lia comme pour se rappeler qu'elle l'avait effectivement chargé d'une mission.

- Connaît pas. Pas là, répondit Alisha. Sans doute parti boire, ou alors profiter de la vie — ce qu'on devrait tous faire, d'ailleurs ! Je veux dire, il fait beau dehors, et ça ne doit pas être bon pour la santé de rester toute la journée sous terre, non ? »

Un murmure traversa la foule. James perçut l'interrogation qu'il portait.

D'une manière ou d'une autre, peu importe si c'était prévu ou pas, Alisha était en train de le sauver. Il ne savait pas qui hallucinait le plus, lui, Lia, Millie ou la concernée même.

Non pas que cette dernière s'en souciait : la joueuse était prête à discuter toute la soirée, apparemment.

« Et puis honnêtement, qu'est-ce que vous allez en faire, de ce pauvre James ? Ça doit être un peu épuisant, de le tenir en joue toute la journée — est-ce que ce terme s'applique aux baguettes ?, lança-t-elle à l'assistance.

- C'est valide, répondit Millie avec une voix très très lointaine.

- Oh, eh bien. Tant mieux alors. Tout ça pour dire que. Ça va être un peu épuisant, non ? Et aussi, enfin pardonnez mon langage mais ça va être chiant ? »

Tout le monde se regarda en fronçant les sourcils. Certains hochèrent la tête. James vit la prise de Lia sur sa baguette se relâcher.

« Et, encore une fois je me mêle de ce qui ne me regarde pas, mais j'ai cru comprendre que vous étiez un peu dans une situation d'urgence ? Et, je veux dire, c'est un peu du gâchis de mettre quelqu'un sur James à ne rien faire alors que vous n'avez aucune preuve. »

Alisha apparut alors comme quelqu'un venant de mettre le doigt sur quelque chose d'important puisqu'elle pointa ce même doigt sur Lia d'un air triomphant :

« Parce que aussi, vous n'êtes pas officiels ! Alors ce que vous faites est un peu illégal. Je pourrais vous dénoncer, vous savez.

- Vous n'auriez même pas le temps de franchir la porte que vous seriez déjà morte, Alisha Braus. »

Millie cligna des yeux et assura d'un murmure :

« Adélie en entendrait parler.

- Adélie est à l'hôpital !

- Oui, enfin elle ne va pas y rester éternellement vous savez. Normalement. Je ne sais absolument pas ce qu'elle a mais ils sont plutôt forts à Saint-Mangouste. Tenez, rien que la dernière fois où j'y suis allée—

- Je m'en fiche !, beugla Lia, perdant définitivement son calme. La ferme ! Taisez-vous tous ! »

Personne d'autre ne parlait et après ça, personne d'autre ne parla. La sorcière enfouit son visage dans ses mains ; James compta exactement trente secondes et dix inspirations profondes. Et une multitude de coups d'oeil incertains.

« Du coup, finit par demander Alisha comme si les dernières minutes avaient été totalement plaisantes, ce qui, pour elle, avait dû être le cas. Est-ce qu'on peut prendre James Potter avec nous ? »

La joueuse, qui avait retrouvé son humeur joyeuse, conclut dans une arrière-pensée :

« Je suis prête à camper ici, vous savez. »

Vu l'expression meurtrière qu'afficha Lia, James n'était pas sûr que ceci eut été la chose à dire absolument.

Mais dans l'histoire, il n'était encore qu'un otage — plus sous la menace d'une baguette mais un otage quand même — alors il se tut et retint son souffle.