« Washington Tyne and Wear a été attaqué ?! »
Alisha, qui sirotait une tasse de thé en face de lui, hocha la tête.
« Apparemment, c'était le ministre qui était visé.
- Et...
- On sait qu'il y a eu des morts. Mais on ne sait pas qui. »
Mais si il n'y avait pas encore eu de déclaration officielle, alors il y avait de grandes chances pour que Robards y soit passé. James sentit comme une pierre tomber dans son estomac. Le vieux sorcier avait été une présence constante dans le paysage des sorciers d'Angleterre et quand bien même il avait eu un âge avancé, personne ne s'était attendu à le voir disparaître avant longtemps.
« Peut-être qu'il est juste blessé. », ajouta Alisha, apparemment sans vraiment y croire. James fit un bruit affirmatif mais ne répondit rien d'autre, préférant rester silencieux. Ce ne fut que lorsque Alisha lui demanda de nouveau du thé qu'il se leva.
Après que Millie se soit littéralement écroulée sur le sol du Chaudron Baveur, eh bien, ce n'est pas comme si ils pouvaient la laisser là, pas vrai ? Et il n'avait pas voulu mettre un autre boulot dans les mains de Tom, qui avait déjà bien assez à faire, et qui en avait assez vu cette soirée là. Ils avaient donc transplané dans son appartement, l'Auror chargée sur ses épaules, et aussitôt arrivés Alisha avait fait du thé et James était allé mettre Millie sur son lit, envoyant à Godric un regard qui disait clairement qu'il n'avait pas intérêt à lui faire quoi que ce soit de préjudiciable. La chouette lui avait répondu d'un hululement impérieux ; il s'en était contenté.
Et maintenant, les voilà qu'à presque minuit, ils finissaient leurs thés, leur envie de dormir disparue malgré l'heure, tout comme leur discussion. En dehors de l'enquête et de Quidditch, James n'avait malheureusement pas beaucoup de raisons de parler à Alisha, et ce devait être réciproque puisque la joueuse ne disait rien. Tout au plus humait-elle parfois quelques notes de musique avant de se taire. Somme toute, une ambiance au point mort.
Ce n'était pas faute d'avoir essayé, pensa-t-il avec humeur. Mais son escapade au Chaudron Baveur lui avait été aussi utile que ses cours d'Histoire de la Magie en première année à Poudlard, soit une énorme perte de temps pour toutes les parties impliquées dans l'histoire. Si ce n'est qu'il était maintenant sûr et certain que Lia le surveillerait, ou alors le ferait surveiller ; en tout cas, l'un ne voulait certainement pas revoir l'autre, et James ne ferait pas le premier pas sauf en cas d'extrême nécessité. Tant pis pour cette toile, tant pis pour Adélie (disparue comme neige au soleil, elle aussi), tant pis pour tout. Il se débrouillerait seul.
Peut-être pourrait-il demander à Millie ce qu'elle savait. Il y avait une histoire entre les deux femmes, ceci il en était sûr. On ne se mettait pas à haïr quelqu'un du premier coup d'oeil, sauf si ce quelqu'un avait tué son chien ou quelque chose de ce goût-là.
« Au fait, dit-il soudainement pour briser le silence, merci beaucoup d'être venue me chercher. Tu m'as tiré d'une situation épineuse, cette fois-là. »
Alisha haussa les épaules. De eux trois (quatre, si on comptait Lia, vingt si on prenait tous les sorciers de cette salle), elle était clairement celle qui avait passé le meilleur moment de sa vie. James n'allait pas la blâmer.
« Les Poufsouffle sont loyaux, répondit-elle comme si cela expliquait tout. Et persévérants. Je n'allais pas laisser une Serpentard avoir le dernier mot.
- Vous vous connaissez ? »
Alisha eut l'air de réfléchir.
« Elle m'a définitivement reconnue, mais ce n'est pas si étonnant. Non, je ne la connais pas, mais il y a quelque chose dans son caractère... Je dois dire des bêtises. »
Alors Alisha disait beaucoup de bêtises, dont de nombreuses s'avéraient fondées. James ne le dit pas mais le pensa très fort.
« Mais sa magie m'est familière. Enfin, familière type "on se croise dans un couloir" familière. Soit environ deux mille personnes. Pas de quoi en faire un plat.
- Peu importe. Merci quand même. »
Puis, pour détendre l'atmosphère solennel qui s'était installée, James rigola :
« Est-ce que la prémonition est un don des Poufsouffle ? »
La joueuse le regarda quelques secondes sans comprendre avant que son visage ne s'éclaire de compréhension. Elle fourragea un temps dans sa poche avant d'en sortir un téléphone, dont l'écran s'alluma dès qu'elle appuya sur le bouton.
« En fait, c'est parce que la nouvelle de l'attaque a vite fait le tour, tu vois. Et on ne savait pas quels Aurors étaient là-bas, alors j'ai tenté de t'appeler... »
Ce disait, elle lui tendit l'appareil. Sur l'écran, James vit son numéro suivi d'un petit huit entre parenthèses.
« Au bout de huit fois, j'ai légèrement paniqué, admit l'attrapeuse avec légèreté. Alors j'ai volé jusqu'à l'arrière de Saint-Mangouste et j'ai causé une mini-révolution dans les couloirs. Et c'est là que j'ai croisé ta collègue. »
Alisha indiqua la porte de sa chambre d'un mouvement de menton. Par automatisme, James se tourna pour la regarder. Malgré leur bavardage, Millie ne s'était pas réveillée pour leur demander de baisser d'un ton : elle devait vraiment être fatiguée, alors que James savait qu'elle avait le sommeil relativement léger.
Puis le reste de la phrase parvint à faire son chemin dans son cerveau, et James se retourna en fronçant les sourcils.
« Millie était à Saint-Mangouste ? Pourquoi ?
- Quelqu'un d'hospitalisé. Comparé à l'autre sorcière avec elle, franchement, elle n'est pas très reluisante.
- Quelle autre sorcière ? »
Certainement pas Constance. Constance serait venue directement pour lui hurler dans les tympans à quel point il était stupide.
Alisha fronça les sourcils, se remémorant le visage de celle qui avait accompagné Millie dans ce couloir blanc.
« Une demie-tête de plus que moi, les cheveux bruns clairs bouclés, l'air un peu pédant ? Dans la quarantaine ?
- Marie ? »
Alisha haussa de nouveau les épaules. Aucune idée, mais en même temps elle devait connaître trois Aurors à tout casser. En revanche, le cerveau de James travaillait à plein régime tandis qu'il faisait correspondre la description physique à la seconde en chef des Aurors, et aussitôt que cela fut fait les questions — dont la moitié était sans doute complètement inutile — se bousculèrent dans sa tête. Et parmi tout ça, une seule certitude ressortait, sans qu'il ne puisse l'expliquer. Une seule qui puisse répondre à la tête d'enterrement de Millie, la présence de Marie à l'hôpital, l'absence de sa cheffe aux côtés de son amie.
Constance était hors combat.
XxX
Lily Potter, depuis le jour où son père avait magiquement réparé sa jambe cassée alors qu'elle avait sept ans, avait une certitude en tête : elle allait devenir médicomage. Le terme de guérisseur n'était guère plus employé aujourd'hui, pour un tas de raisons dont une clamant que le terme avait été souillé par de la lecture populaire et que par conséquent, le métier n'était plus pris au sérieux, et bla et bla et bla.
Lily n'avait jamais pris son métier avec des pincettes et, toujours, l'avait tenu sur un piédestal mental qu'elle refusait de réorganiser pour garder sa motivation. Peut-être était-ce ces pensées qui avaient influencées sa Répartition ; mais jamais Lily n'avait trouvé ça honteux d'être une Poufsouffle, ni dégradant, ni même réducteur. Gryffondor, Serpentard, Poufsouffle. Qui sait, si il y avait eu un quatrième membre dans leur fratrie, il aurait pu se retrouver à Serdaigle, compléter la boucle, concourir avec eux trois pour qui ramènerait le plus de points à sa Maison.
Les deux années qu'ils avaient tous partagés, Lily avait gagné à chaque fois, au désarroi d'Albus et à la fausse surprise de James.
« Potter !, la héla un médicomage qui passait par là. J'aurai besoin de vous quelques minutes. »
La plus jeune de la famille se décolla du mur où elle s'était adossée et adressa un sourire fatigué à son collègue. Le boulot, oui. Jamais elle n'avait regretté son choix mais des fois, elle pensait que ces "quelques minutes" pour souffler auraient été idéales.
Enfin, pas de repos pour les bosseurs.
« Un problème ? »
Et puis, techniquement, elle était encore stagiaire. Ces gens-là pouvaient la faire travailler cinq heures d'affilées sans pause midi ni pipi et ils seraient dans leur droit. Ses seules minutes de répit étaient lorsqu'elle croisait Angelo. Qui travaillait aussi actuellement, mais sur un autre étage.
« Pas encore, répondit le médicomage en se grattant l'oreille avec sa baguette. C'est à propos de la patiente chambre 307.
- Ah. La cheffe des Aurors. »
L'autre grimaça. Lily avait vu juste. Dans toute cette gestion de crise et de blessés, la présence de l'une des sorcières les plus puissantes du pays les avait complètement pris au dépourvu. Ils s'en étaient honorablement bien sortis, au final, mais Lily était partie avant la fin de l'opération, appelée autre part, et si elle savait que Constance Reynard était vivante, c'était bien la seule information à sa disposition.
Ça, et le fait que la moitié de son visage avait semblé cramé à son arrivée à Saint-Mangouste.
« Bref. La patiente chambre 307. Elle a quelqu'un qui attend de ses nouvelles.
- Qui ça ?
- Sa soeur. La seconde en chef des Aurors. Et une autre sorcière, mais elle est partie et on ne l'a pas revue depuis, alors...
- Merlin, ne put s'empêcher de penser tout haut Lily. Je ne sais pas laquelle affronter, alors. Du coup ? »
Le médicomage cessa de se gratter l'oreille (et heureusement, parce que ça en devenait franchement dégoûtant) et la regarda avec ce qui semblait être de la pitié dans les yeux. Puis, de la poche de sa blouse magiquement agrandie, il sortit un porte-documents, qu'il posa dans ses paumes ouvertes.
Lily sentit la réalisation venir à elle.
« J'ai d'autres patients, Potter, s'excusa-t-il. Profitez-en pour souffler. »
Et avec ça, il lui tapota l'épaule trois fois, la serra quelques secondes et partit d'un pas qu'elle aurait presque pu qualifier de soulagé. Elle resta là, baissa les yeux vers le dossier damné, et dans son cerveau il y avait un bruit blanc constant.
Le fait est, comprenez.
Non, vraiment, comprenez. Enfin, essayez de comprendre.
Ces sorcières-là avaient des réputations. Ce qui, vu leurs positions au Ministère, était somme toute basique. Rien d'anormal jusque ici.
Maintenant, ces sorcières avaient d'autres réputations, qui elles avaient plus lien avec le caractère et les réactions. Constance Reynard, par exemple, apparaissait trois fois par an dans la Gazette du Sorcier avec chaque fois des insultes savamment tournées pour qu'on les repère à la troisième relecture et une tête à faire fuir un Mangemort. Sa soeur, Marie Reynard, était plus dans une catégorie que beaucoup appelait «Rattrapage de conneries», et si ses apparitions étaient plus rares, la femme semblait toujours à deux doigts de faire un massacre, et si on suivait son regard, on savait généralement qu'elle commencerait éventuellement par sa soeur.
Est-ce que la présente affaire et la présence de la cheffe des Aurors n'étaient pas les deux plus grosses conneries que cette dernière ait jamais faites, s'interrogeait actuellement Lily, et si oui serait-ce celles qui pousseraient enfin Marie à agir et à étrangler sa soeur dans son sommeil ?
Jamais la chambre 307 n'avait semblé si dangereuse alors qu'elle avait un jour accueilli un homme ayant cherché à fusionner avec un dragon, et qu'actuellement son seul et unique occupant devait être assommé par trois litres de potions anti-douleur.
Maintenant, comprenez également que techniquement, Lily était encore stagiaire dont la nuit était interminable et le compagnon sur un autre étage, loin de tout soucis (probable). Alors avait-elle vraiment le choix ?
Non, pas vraiment, en fait, était la réponse correcte, et par conséquent Lily prit le chemin du couloir où attendait Marie Reynard. Au pire du pire, elle jetterait juste ce porte-documents et partirait en courant ; elle avait été connue à Poudlard, après tout, pour ses magnifiques sprints dans les couloirs. Elle avait gagné un peu de poids depuis sa dernière année mais aimait penser que son endurance, elle, avait persévéré malgré les épreuves.
« Marie Reynard. », appela-t-elle en sortant à peine de derrière son mur. Chose de toute façon inutile puisque l'interpellée jaillit de son siège comme un diable de sa boîte et fonça droit sur elle.
« Moi-même, annonça la sorcière comme si ce n'était pas évident. Des nouvelles de ma supérieure ? »
Lily ne savait pas si son ton était un appel au meurtre et décida de jouer la prudence ; ce qui revint, somme toute, à dire la même chose que ce qu'ils disaient à chaque membres de la famille :
« Elle a été déchargée il y a quelques minutes, chambre 307. Si vous voulez bien me suivre. »
Dans les faits, ce fut Lily qui suivit Marie avant de la doubler pour reprendre la tête. Aucune des deux ne dirent un mot, l'autre ne s'enquit pas de l'état de sa soeur, et c'était mieux comme ça sachant que Lily n'avait pas lu un mot de ce qu'il y avait marqué dans ce porte-documents. Actuellement, elle ne savait absolument pas quoi en faire. Peut-être le jeter au médicomage traitant ?
Enfin. Ce serait un ennui pour Lily-du-futur. Le sien était de conduire Marie à la chambre 307, observer la situation cinq minutes et partir. Simple. Ses études avaient été plus difficiles que ça.
Finalement, elles arrivèrent à la chambre 307, et Lily ne fit pas monter la pression en attendant un peu avant d'ouvrir la porte, ou encore tourner la poignée lentement : elle y alla franchement, laissa passer Marie devant elle et referma en rentrant à son tour. Tandis que l'Auror faisait le tour du lit, se plaçant à la gauche de sa soeur, Lily déposa son dossier sur une table de chevet qui se trouvait près de la porte, avant de enfin se tourner vers celle dont elle était pour l'instant chargée.
Elle n'avait pas de moyen de comparaison, bien entendu, mais même maintenant il lui semblait que la cheffe des Aurors était minuscule. C'était psychologique, de penser qu'un patient, noyé dans du blanc, paraissait plus petit que ce qu'il n'était en réalité ; mais à cela s'ajoutait ici un air de vulnérabilité qui ne collait pas au personnage sérieux, grognon, hurlant, que lui avait toujours décrit James. Comme si tout n'était une façade qui disparaissait lorsque s'étouffait la conscience.
Du reste, Lily nota bien vite – mais comment le manquer ? – qu'une partie des cheveux de l'Auror avait été rasée, apparemment pour un meilleur accès à la tête. Tout le côté gauche de son visage comportait des traces de brûlures, une peau vaguement plus rouge, craquelée même par endroit, des blessures que même la magie, dans toutes ses possibilités, ne pouvait guérir. La cicatrice qui lui barrait le visage semblait, en comparaison, encore plus livide que d'ordinaire. Le plus frappant, le dernier clou du spectacle, était cependant le bras gauche de la cheffe des Aurors. Lily savait que ce dernier avait été pris sous des débris, subit des brûlures ; par le passé, comme pour tout le monde ayant un métier à risque, Constance se l'était cassé en frappant quelqu'un un peu trop brutalement. Mais voir l'endroit où le drap tombait et rencontrait le matelas, remplissant un espace qui normalement aurait dû être occupé par de la chair, eh bien. Il y avait une drôle de galipette dans son estomac, qui vagabondait et refusait de s'en aller.
Comme hypnotisée, Marie tapota l'espace où aurait dû se trouver un bras, un peu au-dessus du coude ; lorsque ses doigts ne rencontrèrent rien si ce n'est du tissu, elle tourna un regard perdu vers la médicomage. Lily se détourna et se hâta d'aller chercher le dossier qu'on lui avait donné, le feuilletant pour y lire les informations nécessaires.
« Ah– oui, je vois, marmonna-t-elle en revenant à pas lents vers la blessée et son visiteur.
- Pourquoi est-ce qu'elle n'a plus– ? »
Et ce disant, Marie fit d'étranges petits gestes de la main, comme si dire le mot allait définitivement sceller cette situation épineuse dans laquelle elles se trouvaient désormais.
« Plus de bras gauche ?, compléta Lily en levant brièvement les yeux de sa page. Il a été brûlé, écrasé sous des décombres, subi un poids important— la liste pourrait continuer longtemps mais. Enfin. Vous comprenez. Il a fallu amputer. »
Marie sembla ne pas saisir le concept ; Lily se demanda un instant si la seconde des Aurors avait encore assez d'énergie pour traduire de l'anglais au français ce qu'elle disait.
« Mais. Et la magie ? »
Lily se mordilla la lèvre inférieure et referma le dossier.
« Madame Reynard. Des fois, la magie intervient trop tard, ou alors nous ne sommes tout simplement pas assez avancés dans ces domaines pour nous permettre d'intervenir sans risquer la vie d'une personne. Des décisions ont dû être faites. »
L'autre parut prête à protester, si son froncement soudain des sourcils était une quelconque indication, et ce fut à cet instant-là que le médecin en chef et supérieur de Lily rentra dans la chambre. En cet instant-là, elle songea qu'elle aurait pu l'embrasser, tant l'attention se redirigea sur lui. Le médecin en chef, Stomart, prit connaissance de la situation dans laquelle elle était en un coup d'oeil, et se décala aussitôt de l'encadrement de la porte ; une claire invitation à sortit, que Lily saisit au vol. Avec un mot d'adieu, la médicomage en devenir s'éclipsa de la petite chambre et marcha à toute allure dans le couloir, mettant le plus de distance entre elle et là-bas. Rapidement, elle comprit plusieurs choses.
Tout ceci ne présageait rien de bon.
Le ministre était mort, ce qui signifiait que—
Et elle voulait Angelo.
